• inventaire topographique, Inventaire du parc naturel régional des Baronnies provençales
présentation de la commune de Rosans
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  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
  • (c) Parc naturel régional des Baronnies Provençales

Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Parc naturel régional des Baronnies provençales
  • Adresse
    • Commune : Rosans

Ce dossier de présentation de la commune de Rosans s'articule en deux parties principales : un développement historique et un développement par thématiques.

La partie historique propose un déroulé chronologique des grandes dynamiques et des évolutions globales du territoire communal, depuis la préhistoire jusqu'au 20e siècle.

La seconde partie s'attache plus aux détails, tant historiques que géographiques, qu'elle traite par grands thèmes avec une division en chapitres : le territoire physique, le territoire habité (population, voies de communication, organisation du bâti), l'agriculture (variété des cultures), l'élevage (bétail et apiculture), l'arboriculture (arbres fruitiers et domestiques), les bois et les forêts, les aménagements agricoles (terrasses de cultures, pierriers, digues et canaux) et les activités artisanales (moulins à farine et à huile, huile de noix, métiers artisanaux, tissage, fours à pain, carrières, matériaux de construction en terre cuite).

I. DEVELOPPEMENT HISTORIQUE

I.1. Préhistoire et protohistoire

La Carte Archéologique de la Gaule (département des Hautes-Alpes) ne mentionne pas d'artefacts datant des périodes pré et protohistoriques sur la commune de Rosans, hormis peut-être la découverte d'un squelette humain, portant des bracelets d'or aux bras, faite au début du 19e siècle dans « la vallée de la Crause » (I. Ganet, 1995), secteur qui correspond manifestement au ravin de Combe Cristol, à la limite des département des Hautes-Alpes et de la Drôme. Cette trouvaille était déjà mentionnée par Joseph Roman (1888), qui signale également quelques autres découvertes pouvant dater de ces époques. Il s'agit notamment d'une lame de silex trouvée dans une sablière (bord de l'Eygues ?) et surtout d'une certaine abondance de « haches de pierre polie, presque toutes en serpentine » qui sont ramassées hors contexte funéraire, dans « des sablières, dans les champs et sur les talus des routes ». Ces objets, remontant probablement au Néolithique, sont utilisés au 19e siècle comme amulettes protectrices par les bergers, qui « les pendent à la toison de leurs béliers pour préserver leur troupeau des maladies » (J. Roman, 1888) et d'autres « haches en silex » étaient placées par les habitants « dans les écuries pour préserver le bétail des maladies » (G. Derennes, 1886).

A l'ouest de la commune, séparant les vallons de Combe Cristol et de Baudon, le petit plateau perché de Saint-Jaume qui culmine à 700 mètres d'altitude est un probable oppidum proto-historique. A l'est de la commune l'impressionnant plateau du Risou marque la limite entre les communes de Moydans et de Saint-André-de-Rosans. Culminant à près de 1 200 mètres d'altitude, son sommet pourrait être un autre oppidum et plusieurs artefacts de l'Age du Bronze ont été trouvés sur la commune de Saint-André-de-Rosans (I. Ganet, 1995). L'occupation humaine de ces deux sites perchés semble avoir perduré jusqu'à l’Antiquité tardive et au premier Moyen Age (voir chapitre I.3.).

Le plateau de Saint-Jaume. Vue d'ensemble prise du sud.Le plateau de Saint-Jaume. Vue d'ensemble prise du sud. Le Risou (au centre du cliché) dominant la commune de Rosans, vue prise de l'ouest.Le Risou (au centre du cliché) dominant la commune de Rosans, vue prise de l'ouest. La commune de Rosans, vue prise de l'est depuis le Risou.La commune de Rosans, vue prise de l'est depuis le Risou.

I.2. Période antique

Parmi les trouvailles concernant la période de l'Antiquité romaine, J. Roman (1888) indique qu'ont été trouvés « un couteau dont le manche en bronze se terminait par une tête de bélier » caché dans le creux d'un rocher (années 1820), « une statuette de Mercure en bronze » au quartier du Collet (années 1820 ), « un vase en bronze rempli de monnaies romaines d'or et d'argent » au pied de l'enceinte fortifiée du bourg de Rosans (années 1840), et « deux lampes en terre rouge dont l'une est ornée d'une croix cantonnée de quatre annelets » (en 1872). En outre, des sépultures à vases auraient été découvertes à Raton (I. Ganet, 1995).

Plusieurs sites à tegulae sont mentionnés par la bibliographie, marquant l'emplacement de probables exploitations agricoles de l'Antiquité romaine, et d'autres ont été identifiés lors de l'étude d'inventaire topographique de la commune. Le site le plus important paraît être celui de la « Plaine du Couvent », situé immédiatement au sud de la ferme de Luzerne, où des fouilles archéologiques menées en 1959 par l'abbé Lucien Van Damme ont notamment mis au jour une tegula à crochet avec marque estampée (AD26 série 103 J). Aujourd'hui, on observe sur ce site plusieurs pierriers contenant de nombreux tessons (imbrice et de tegulae) et la tradition orale rapporte que des télédétections (non autorisées) signalent une importante masse métallique enfouie dans le champ en contrebas de la ferme de Luzerne. Par ailleurs, il semblerait que les vestiges d'une tuilerie avec des ratés de cuissons de tegulae subsistent au pied sud de ce site archéologique.

L'abbé Van Damme a également trouvé des tegulae sur le plateau de Saint-Jaume en 1959, et ce site est réputé auprès des télédétectoristes illégaux qui y récoltent des monnaies et clous de sandales de l'époque romaine. Au quartier du Béal Noir, « quantité de débris de tegulae et de vases, des clous, du verre » et plusieurs sesterces de l'époque des Antonins ont été observés en 1923 (I. Ganet, 1995). D'autres sites à tegulae ont été repérés lors de l'inventaire topographique, aux quartiers de Chameyer, Champaure, la Coste, le Collet, Pigerolles et Serre d'Enfaure. Pour ce dernier, il s'agit notamment d'une zone située à hauteur du plan d'eau, entre la R. D. 994 et la rive droite du torrent de Pigerolles. Enfin, le sommet du Risou a peut-être été occupé par un temple romain (I. Ganet, 1995).

Le site archéologique antique de la Plaine du Couvent (Luzerne). Vue prise du nord.Le site archéologique antique de la Plaine du Couvent (Luzerne). Vue prise du nord. Le site archéologique antique de la Plaine du Couvent (Luzerne). Pierrier avec nombreux tessons de tegulae.Le site archéologique antique de la Plaine du Couvent (Luzerne). Pierrier avec nombreux tessons de tegulae.

I.3. Antiquité tardive et premier Moyen Age

I.3.1. Sites de hauteur : le Suquet et le col du Pertus, le Risou, Villevieille

Il est possible que le sommet du Suquet ou Suchet, qui domine le bourg de Rosans côté nord, ait accueilli un ancien site d'habitat perché. Cette éminence, culminant à environ 1 100 mètres d'altitude, est naturellement défendue et pourvue en eau par une source proche (à 750 mètres au nord du sommet). Si le site est favorable, aucun vestige n'y a toutefois été repéré. Néanmoins, il faut souligner que l'ancien itinéraire reliant Rosans à la vallée d'Oule passe par le sommet du Suquet, avant de poursuivre vers le nord par le col du Pertus, qui est situé à environ 1 kilomètre au sud-est du col de Pommerol (également appelé de la Fromagère) et 200 mètres plus haut en altitude.

Le Risou, déjà évoqué pour les périodes précédentes, correspond probablement au castrum Rizonem cité dans la charte de donation à l’abbaye de Cluny d’une église Saint-André dans le Rosanais, datée de 988 (A. Playoust et C. Mora, 1989). Son sommet, défendu par trois fossés, est occupé par une chapelle dédiée à Saint-Jean.

Situé à environ 2,5 kilomètres au nord-est du bourg de Rosans, non loin de la limite avec la commune de Moydans, le site de Villevieille domine le vallon du Béal de Luzerne (côté ouest), qui sépare ces deux communes, et le village de Moydans (côté sud-est). Cet ancien site d'habitat, perché à 1 000 mètres d'altitude, conserve encore quelques vestiges de constructions (probablement médiévales), notamment un long mur en petit appareil de moellons équarris et assisés qui borde le côté ouest de son sommet. Au pied de ce site, à environ 1,5 kilomètres au sud et 350 mètres plus bas, un ancien habitat appelé le Villard était accompagné d'une église « Notre-Dame ». Situé à 500 mètres à l'est de la limite communale, cet édifice aujourd'hui disparu est encore mentionné comme « chapelle » dans le cadastre de 1839 de la commune de Moydans.

Le bourg de Rosans au pied du Suquet, vue prise du sud.Le bourg de Rosans au pied du Suquet, vue prise du sud. L'échine du site de Villevieille, au fond le plateau du Risou.L'échine du site de Villevieille, au fond le plateau du Risou.

I.3.2. Le plateau de Saint-Jaume et la limite communale Rosans-Verclause

Le plateau de Saint-Jaume, déjà évoqué pour les périodes précédentes, a probablement accueilli jusqu'au début du Moyen Age un habitat organisé autour d'une église dédiée à saint Jaume (ou saint Jacques). Cet édifice est en tout cas attesté dans le cadastre de 1699, qui le décrit comme une « vieille masure où était la chapelle Saint Jaume, patron du lieu » de Rosans (f° 226). Encore figuré comme chapelle ruinée sur la carte de Cassini à la fin du 18e siècle, le bâtiment est aujourd'hui réduit à un grand pierrier et n'est plus du tout identifiable architecturalement

Les indices de son occupation aux périodes protohistorique et antique, associés à l'existence passée d'une chapelle patronale (paroissiale ?), semblent indiquer que le site de Saint-Jaume constitue vraisemblablement un ancien pôle pour le territoire du Rosanais, utilisé sur une longue période. Ce petit plateau, orienté nord-sud, est partagé dans sa longueur par la limite des communes de Rosans et de Verclause (et donc des départements des Hautes-Alpes et de la Drôme). En l'absence de tout point de repère topographique évident, des bornes de limite ont été installées, au moins depuis le 16e siècle. Trois grandes bornes seigneuriales sont encore en place (voir dossiers IA05001630, IA05001655, IA05001656 et IA05001657), dont deux ornées d'armoiries : quatre roses, posées deux et deux et séparées verticalement. Elles pourraient correspondre aux armes dédoublées de la famille des Alauson, coseigneurs de Rosans entre le 15e siècle et la fin du 16e siècle.

Cette limite communale pourrait être le résultat d'un remodelage territorial qui aboutit à l'émergence, au cours du 13e siècle, de la seigneurie de Verclause à partir notamment du partage d’anciens fiefs : celui de Saint-Jaume, dont on ignore le nom, entre Rosans et Verclause et celui de Miraval, entre Verclause et Lemps. La transformation d'un site perché, ancien pôle local, en borne de limite est un phénomène classiquement associé au morcellement médiéval du territoire, bien attesté dans d'autres communes des Baronnies et de haute Provence en général. En outre, le toponyme « La Gardette » ou « Serre de la Gardette » situé un peu en amont du plateau de Saint-Jaume laisse penser qu’il pouvait y avoir là un axe de circulation nord-sud, défendu et contrôlé par une petite fortification disparue.

Le plateau de Saint-Jaume : limite territoriale et bornes. Vue prise du sud-est.Le plateau de Saint-Jaume : limite territoriale et bornes. Vue prise du sud-est. Le plateau de Saint-Jaume. Partie sud, grand pierrier (ruines de la chapelle ?).Le plateau de Saint-Jaume. Partie sud, grand pierrier (ruines de la chapelle ?). Borne armoriée du Serre de la Gardette.Borne armoriée du Serre de la Gardette.

I.3.3. Autres sites dispersés : Saint-Etienne, le Villar, le Villaron

A 300 mètres environ à l'est du bourg de Rosans, séparée de l'agglomération par le vallon de l'Estang, la colline de Saint-Étienne doit son nom à une église médiévale disparue. Ce mamelon marneux a peut-être accueilli un site d'habitat concurrent de celui du bourg de Rosans et phagocyté par ce dernier (voir dossier IA05001555). Il ne reste rien sur cette colline, si ce n'est le toponyme du Béal de la Chapelle, torrent qui draine son versant oriental, et le souvenir d'un habitat disparu qui se trouvait au départ de ce vallon et dont ne connaît que l'appellation du Villar. Un autre quartier, le Villaron existait aussi à un kilomètre à l'ouest de Rosans, entre la colline de Pigranier et le torrent de Pigerolles.

I.4. Second Moyen Age

I.4.1. Aux origines du bourg de Rosans, un cours d'eau et des chemins

D'après R. Maillot (2019), le nom de Rosans trouverait son origine dans la vieille racine « roz » signifiant « eau », que l'on retrouve dans l'ancienne appellation provençale « lou Rose » pour désigner le fleuve Rhône. Il s'agirait ici du torrent de l'Estang, dont les eaux servaient – sans doute dès l'époque médiévale, si ce n'est plus tôt – tant à l'arrosage des terres agricoles, qu'aux fontaines, lavoirs et aux établissements mouliniers installés sur ses rives. De fait, la présence de ce cours d'eau préside sans doute pour bonne part à l'existence du bourg à son emplacement actuel. Mais ce n'est pas la seule raison. En effet, Rosans s'est établi et développé au croisement de deux anciens chemins muletiers importants : l'un, nord-sud, qui relie le Diois à la vallée de la Durance et à la Montagne de Lure ; l'autre, est-ouest, qui rejoint la vallée du Buëch et celle du Rhône (pour des informations plus détaillées sur ces deux itinéraires, voir chapitre II.2.2.).

I.4.2. Second Moyen Age : l'organisation du bâti

La première mention connue de Rosans date de 988. Elle concerne l'église Saint-Arey (voir dossier IA05001764) et le prieuré de la « villa Rosanis » (A. Playoust et C. Mora, 1989 ; M.-P. Estienne, N. Nicolas, 1999), mais celui-ci est probablement de fondation plus ancienne. Un petit bourg castral, organisé autour de cette église et sans doute doté d'un premier enclos fortifié, existe probablement dès le 10e siècle. A cette époque, Rosans est « le chef-lieu du Pagus Rosanensis » avant de devenir à l'époque médiévale « le siège d'un archiprêtré important, l'un des quatre du diocèse de Gap » (J. Roman, 1888). Pour compléter la petite église Saint-Arey, une nouvelle église paroissiale plus grande, appelée Notre-Dame-la-Blanche, est édifiée hors les murs probablement vers le 11e siècle ou le 12e siècle, à l'emplacement de l'actuelle église Saint-Jacques.

Une première extension de l'enceinte fortifiée de l'enclos sommital est peut-être édifiée dès la seconde moitié du 13e siècle, lors de la construction des deux tours-donjons à bossages (voir dossiers IA05001551 et IA05001552), pour protéger l'agglomération en cours de développement. De façon plus certaine, cette enceinte est de nouveau agrandie à la fin du 14e siècle (années 1370-1380, pendant la guerre de Cent Ans), donnant au bourg intra muros sa forme actuelle. Au sujet de l'enceinte fortifiée, voir le dossier IA05001550. Cette muraille, aujourd'hui partiellement conservée, est un élément à la fois structurant et contraignant de l'évolution urbaine de l'agglomération (voir le dossier sur le village de Rosans IA05001555). Toutefois, si la trame parcellaire et les réseaux viaires du bourg ont une origine médiévale certaine, cette époque reste très discrète dans l'architecture des maisons actuelles car elle a été largement gommée par les (re)constructions de l’Epoque moderne, notamment au 16e siècle et au 17e siècle (voir le dossier collectif sur les maisons de Rosans IA05001647). Quant à l'actuel château de Rosans (voir dossier IA05001554), il trouve son origine dans une tour carrée, datant du 14e siècle et intégrée dans la courtine nord de l'enceinte fortifiée.

La réalité de l'habitat dispersé au Moyen Age est très peu documentée, mais il est probable que certaines fermes qui se sont développées à l’Epoque moderne correspondent pour la période médiévale à des granges isolées. Il semble qu'à cette époque le hameau de Raton regroupe déjà quelques granges. Pour une analyse plus détaillée de l'organisation du bâti et de son évolution dans le temps, voir les chapitres II.2.3. et II.2.4..

Tracé de l'enceinte fortifiée du bourg de Rosans (fin du 14e s.).Tracé de l'enceinte fortifiée du bourg de Rosans (fin du 14e s.).

I.4.3. Second Moyen Age : les coseigneuries

Au milieu du 13e siècle le castrum de Rosans appartient aux Montauban. Il est assiégé lors d'un conflit qui oppose le seigneur Dragonnet de Montauban et son vassal Jordans de Rosans au baron de Mévouillon et son vassal Montalin de Bruis. Le siège est levé le 25 décembre 1256. Quarante ans plus tard, en 1294, le Dauphin annexe définitivement Rosans « par un traité signé avec le dernier héritier des Montauban : Hugues Adhémar de Monteil » (M.-P. Estienne, N. Nicolas, 1999).

Pour le 13e siècle et le 14e siècle, Joseph Roman (1887-1890) a distingué quatre coseigneuries à Rosans, qui rendent l’hommage aux Mévouillon puis, à partir de 1317, au Dauphin. La plus importante semble être celle des Morges, mais les descendants de la famille de Rosans, sous ce nom ou sous celui d’Alauzon, conservent eux-aussi des droits seigneuriaux. Le prieur de Rosans, dépendant de l'abbaye de Cluny – puis à partir de 1327 de Saint-Marcel de Die (également dépendance de Cluny) – y a également quelques droits (A. Playoust, 1989).

A la fin du 14e siècle, les deux coseigneurs principaux sont les Morges, qui semblent être les plus importants, et les descendants de la famille de Rosans puis les Alauson. Les contours de ces seigneuries sont parfois évolutifs, comme en témoigne une transaction de décembre 1378 entre Guillaume de Morges et Barral de Rosans, époux de Philippa de Rosans, fille de Ferrand, « par laquelle le premier se réserve la tour qui est auprès de la sienne, la connaissance des délits commis en temps de foire et l’hommage » (J. Roman, 1887-1890). Leurs pouvoirs peuvent être détenus par une femme. En janvier 1392 (AD05 1 E 9756, f° 36 v°), Philippa de Rosans est appelée « coseigneuresse ». C'est toujours le cas en octobre 1398 (AD05 1 E 9756, 14 v°). A cette même date (AD05 1 E 9756, f° 9 r°), suite au décès de l'autre coseigneur Guillaume de Morge, c'est sa veuve Claire de Belleforti qui gouverne.

Des familles nobles acquièrent, au moins temporairement, des droits seigneuriaux. C’est aussi le cas de certains notaires, comme les Audibert, ou des membres de la famille de Pavia : Jacomet apparaît en novembre 1392 (AD05 1 E 9756, f° 21 v°) comme châtelain pour Guillaume de Morges. En janvier 1418 ou 1419 (AD05 1 E 9757, f° 85 v°), Claude de Morges donne en accapte un « chasal » à noble Giraud de Pavia et l’autorise à percer une fenêtre dans la muraille, à la condition d'en ferrer l'ouverture pour éviter tout danger. En octobre 1446 (AD05 1 E 9758, f° 151 r°), le même Giraud est qualifié de coseigneur de Rosans.

I.4.4. Second Moyen Age : le pouvoir religieux

La charte de donation à l’abbaye de Cluny de 988 suggère la présence antérieure d’un pouvoir laïc à la présence de cette abbaye, celui de la famille du clerc Richaud, qui reste peut-être en possession de l’autre moitié de la villa et de l’église. L’abbaye de Cluny surveille ses droits. Au début du 13e siècle, un censier permet de constater que les religieux perçoivent des droits sur les blés et le vin produits dans le castellum de Rosans – terme qui semble désigner autant un lieu qu’un ressort – et sept hommes, dont deux prêtres, tiennent du prieuré des manses, des vignes et des chènevières (A. Playoust, 1989). Toutefois, les droits seigneuriaux des religieux de Cluny semblent se déliter progressivement. Au 14e siècle, le prieuré de Saint-André-de-Rosans y possède encore quelques droits, cens et tasches. A partir de 1327 au moins, une partie de ces droits est entre les mains du sacriste du prieuré de Saint-Marcel de Die, lui-même dépendance de Cluny. Aucun moine n’est cité lors des visites du 14e siècle et du 15e siècle et le prieur, n'étant plus présent en permanence, donne ses biens à gérer à un fermier et ses fonctions paroissiales à un chapelain qu’il rémunère (A. Playoust, 1989).

On l'a vu, le premier noyau d'habitat fortifié est organisé autour de l’église Saint-Arey. C'est aussi là que le prieur possède une maison adossée à l’enceinte : une visite du prieuré en mai 1446 indique que la maison du prieuré est en bon état, à l’exception de la partie située du côté du mur d'enceinte (G. Charvin, 1970).

I.5. 16e siècle et 17e siècle

Malgré les troubles et les tensions liés aux guerres de Religions dans les décennies 1560 à 1590, le 16e siècle et le 17e siècle sont une période de prospérité à Rosans. La charnière de ces deux siècles, marquée par un fort ancrage protestant, est illustrée par d'assez nombreuses dates portées sur les maisons qui accompagnent d'importantes campagnes de (re-)construction.

I.5.1. 16e siècle et 17e siècle : le protestantisme

La seconde moitié du 16e siècle est marquée à Rosans par les idées de la Réforme qui s'implantent rapidement et durablement. Un « cimetière de ceux de la religion réformée » est attesté par le cadastre de 1570 (f° 303 v°). L'ancienne église paroissiale Notre-Dame-la-Blanche, détruite vers 1575, n'est rebâtie qu'au milieu du 19e siècle. Au début du 17e siècle, les protestants sont majoritaires à Rosans et les seigneurs d'Ise favorisent la construction d'un temple au bourg, qui fonctionna jusqu'à l'abolition de l'Edit de Nantes en 1685. En juillet 1683, l'état des biens du consistoire comprend des terres ainsi que le temple et le cimetière. Mais, en juillet 1686, le temple est détruit : ses « matériaux sont sur la place et les voûtes qui se trouvent en dessous (...) n'ont pas esté démoiles pour esviter la ruine des maisons voisines ». Les biens du consistoire sont attribués en avril 1693 à l'hôpital de Gap (E. Bégou, 2016). Cependant, dans le cadastre de 1699, la communauté des habitants possède toujours une maison « où était autrefois le Temple » (f° 218 v°).

I.5.2. 16e siècle et 17e siècle : l'organisation du bâti

L'architecture et l'organisation du bourg intra muros témoignent d'une forte densification de l'habitat à cette époque. Le repérage du bâti effectué lors des enquêtes de terrain montre que près des trois quarts des maisons datent au moins partiellement du 16e siècle ou du 17e siècle. Illustrant ce phénomène, 58 % des dates portées repérées sont comprises entre 1532 et 1683. Et plus de la moitié d'entre elles sont regroupées sur la décennie 1597-1608, indices de probables travaux de (re)construction consécutifs à la fin des guerres de Religion. En outre les façades conservent de nombreux détails architecturaux datant de cette période : baies boutiquières en plein-cintre, encadrements chanfreinés ou moulurés, baies à croisées ou à demi-croisées, etc. Pour plus d'information sur l'architecture urbaine à cette période, se reporter au dossier dédié au bourg de Rosans (IA05001555) et au dossier collectif sur les maisons (IA05001647).

La dynamique architecturale de l’Epoque moderne se retrouve aussi dans l'habitat dispersé. D'une part les données du repérage de terrain indiquent qu'environ 40 % des fermes trouvent leurs origines au 16e siècle et au 17e siècle. D'autre part, les différences relevées entre les cadastres de 1570 et 1699 montrent une mutation progressive du bâti dispersé et d'une densification des campagnes. En un siècle, le nombre de fermes isolées est multiplié par trois alors que celui des granges dispersées est presque divisé par deux. Les premières étant pour bonne part le résultat d'une évolution de ces granges. Pour une analyse plus détaillée de l'organisation du bâti et de son évolution dans le temps, voir les chapitres II.2.3. et II.2.4..

I.5.3. 16e siècle et 17e siècle : la communauté des habitants

Ces mêmes cadastres de 1570 et de 1699 mentionnent une maison de la communauté (appelée « maison de la confrairie » ou « maison de Ville ») installée dans un îlot bâti situé entre la grande tour-donjon et la Petite Rue (voir dossier IA05001548). Toutefois, l’existence d’une seule et même communauté d’habitants doit attendre la première décennie du 17e siècle, quand les deux coseigneuries sont réunies dans la main de Jean-Antoine d’Yze (voir chapitre suivant).

I.5.4. 16e siècle et 17e siècle : évolution de la seigneurie

Au début du 16e siècle, les deux principales coseigneuries semblent les seules à subsister. Le siège de la seigneurie des Morges, qui sont également désignés comme seigneurs de l’Épine, est formé par les deux tours-donjons (voir dossiers IA05001551 et IA05001552). Celui de la famille des Alauson, descendants des Rosans qui sont aussi seigneurs de Roussieux et de Montferrand, est probablement situé dans un bâtiment qui préfigure l’actuel château de Rosans (voir dossier IA05001554). A partir du début des années 1560 et au moins jusqu'en 1572 (AD05 1 E 1986, f° 67 ; 1 E 2052, f° 283 v°), les droits des Alauson paraissent être recueillis par Guy Diez, qui est en même temps seigneur du Pègue et de Montferrand. Le cadastre de 1570 mentionne le « four du seigneur du Pègue » et « four du seigneur de l'Espine » (voir chapitre II.8.6. et dossier IA05001605).

Dans les années 1570, François de Bonne, seigneur de Lesdiguières, acquiert auprès de Delphine de Rosans la coseigneurie des Alauson, dont les bâtiments qui préfigurent l'actuel château de Rosans). L'inventaire de 1613 (AD05 J 1787) atteste que François de Bonne est en possession des droits seigneuriaux des Alauson en décembre 1579. On sait par ce même document qu'il revend sa coseigneurie à son capitaine Jean-Antoine d’Yze le 1er mai 1600, pour le prix de 20 000 écus d’or.

Jean-Antoine d’Yze est issu d’une famille de l’ancienne chevalerie dont les traces les plus anciennes se retrouvent au 13e siècle dans les environs de Monaco, puis au 15e siècle et au début du 16e siècle à Marseille. C’est son grand-père, Alonce, qui quitte la ville pour s’installer, à l’occasion de son mariage, à Vaumeilh (actuel département des Alpes-de-Haute-Provence). Son fils, Jean, se marie avec Jeanne d’Orcières en 1555 ; décédé avant décembre 1576, sa succession est partagée entre ses deux fils, Jean-Antoine et Pierre. Tous deux s’engagent dans la carrière militaire et deviennent, au cours des années suivantes, des proches de François de Bonne. Jean-Antoine est nommé gouverneur du château d’Exilles, de la vallée d’Oulx et de Pragelat en 1595, titres qu'il conserve jusqu’à sa mort en 1613. Dans les actes notariés du début du 17e siècle, il porte le surnom de guerre de « capitaine Daurelle ». Henri IV le reçoit comme gentilhomme ordinaire de la chambre du roi en 1601 et Louis XIII en 1613. Son frère, Pierre, lui succède à ce « gouvernement » après son décès. En décembre 1593, Jean-Antoine d'Yze se marie avec Benoite Dubout et, après le décès de cette dernière, en août 1606 avec Marie de Rivière.

En décembre 1609 (AD26 2 E 1248, f° 320), Jean-Antoine d’Yze achète l'autre coseigneurie à « noble Jehan de Morges, s(ieu)r de Moydans et seigneur et prieur de Lagrand », dont les deux tours-donjons. Dès lors, devenu l'unique seigneur de Rosans, il restructure profondément le château des Rosans-Alauson (voir chapitre suivant). Quant aux deux tours-donjons, elles sont progressivement délaissées. La famille d’Yze conserve ses possessions seigneuriales jusqu'après la Révolution : Claude-Arthus d'Yze les cède en 1798 à Paul Motte, lequel disperse progressivement le domaine et ses bâtiments (voir l'annexe du dossier sur la ferme seigneuriale de La Rose : IA05001612).

I.5.5. 16e siècle et 17e siècle : le domaine agricole seigneurial

Le dynamisme architectural de la fin du 16e siècle et du début du 17e siècle, déjà observé pour le bâti domestique, se retrouve également dans les travaux seigneuriaux. Ainsi, dans les années 1600-1610, d'importants chantiers sont menés pour transformer et moderniser le château (voir dossier IA05001554).

Parallèlement, diverses actions sont lancées pour améliorer le domaine agricole seigneurial. Il peut s'agir d'une réorganisation des bâtiments existant, par exemple en janvier 1605 (AD05 1 E 2078, f° 2) quand deux maçons dits « gippiers de la ville de Sisteron » (plâtriers) doivent réaménager l'intérieur du « Jas des brebis » en y installant ce qui semble s'apparenter à des stalles, séparées par un « bugel en gipperye » (une cloison en plâtre).

I.5.5.a. L'acte d'arrentement du domaine seigneurial en 1607

La diversification et l'augmentation des capacités de production des terres seigneuriales sont également recherchées. L'acte d'arrentement du domaine, confié en avril 1607 (AD05 1 E 2080, f° 62 r°) au marchand Pierre Liotier, le montre clairement.

Devenant rentier et châtelain du seigneur, le marchand Liotier doit mettre en valeur et entretenir les domaines agricoles seigneuriaux (la Coste, la Clavelière, Cornilhane, Pierregrosse, Puygranier, « le pré appelé le Jardin », etc.) ainsi que deux colombiers : un grand et un petit. Un cheptel lui est confié, constitué d'un troupeau ovin d'environ 230 bêtes (« six trenteniers et une beste grosse ») et de deux paires de bœufs à « poyl blanc et rouge ». Il doit s'assurer de la bonne marche de la production agricole céréalière (principalement du froment mais aussi du seigle au Serre des Costes), qui est complétée par des vignes. Attestant de l'importance de la production vinicole, les caves du château accueillent notamment des « tynes » (cuves de fermentation) et des « veysseaulx » (tonneaux et foudres). Il est aussi chargé d'augmenter le nombre d'arbres présents, en ayant l'obligation de faire planter tous les ans « deux centz planssons de sauze ou pibous » (plants de saules ou de peupliers) et « quarante arbres fruictiers ». Enfin, il est tenu de superviser l'entretien des murs de soutènement ou de clôture des parcelles cultivées (pour que « nul gros bestailh ne y puisse estre pour y donner domage »), du réseau des canaux de drainage (il n'est pas fait mention spécifique de l'arrosage), mais aussi des digues (« maintenir et asservir les forces qui sont au bout du pré ») qui servent « de deffance contre le ruysseau de l'Estang appellé la Rivière ».

On observe, à travers le détail de cet acte, une volonté manifeste d'améliorer l'état et la rentabilité du domaine seigneurial, en le protégeant des crues (canaux, digues et plantations de saule) et en l'enrichissant de nouvelles plantations arborées : fruitiers pour la production, peupliers pour le bois d’œuvre. Ces données paraissent illustrer la mise en œuvre de principes agronomiques développés dans « Le Théâtre d'Agriculture et Mesnage des Champs » publié par Olivier de Serres en 1600, ouvrage présent dans la bibliothèque de Jean-Antoine d’Yze lors de son décès en 1613 (AD05 J 1787).

I.5.5.b. Evolution du domaine seigneurial au 17e siècle

Dans l'inventaire de 1613 (AD05 J 1787), on dénombre trois fermes isolées relevant du domaine seigneurial : une à Raton (acquise en 1608), une à La Coste et une à « la Clavellyere ». Elles sont complétées par « une grange et collombyer avec une tenement de terres y joignant assis dans led(it) terroir appellée au Serre dau Faure ». Le seigneur déteint en outre diverses terres agricoles. Il s'agit principalement de terres labourables (à Baudon, Champ Favier, Clot d'Anchéron, Combe Faraud, Combettes, Cornillane, Ouche, Pierre Grosse, Plan de la Croix, Saint-Etienne, Serre de la Coste, Serre d'Enfaure, Val Ségur, Villard, Villaron) et des vignes (à « la Campagne », Champaure, Combe Chauvine, Lidane, « la Sure »). Le domaine comprend également des prés (à « la Boryne », la Pallu, Raton, la Rivière), dont certains sont désignés par un micro-toponyme : « Pré de Chapellard », « Pré de Brunet », « Pré du Rivas ». On compte aussi plusieurs bois, dont un « bois de fau » (hêtre) à la Faye.

Comme le montre l'inventaire de 1703 (Archives communales de Rosans), le domaine seigneurial est augmenté tout au long du 17e siècle par diverses achats, échanges, préemptions, etc. C'est par exemple le cas entre 1641 et 1689 pour diverses terres et une grange à Raton. On relève aussi une forte activité d'acquisitions foncières (terres, prés, vignes, bois, etc.) dans les années 1640-1660 : aux Combettes, à la Longeagne, Merdaric, la Rivière, le Sucquet.

I.6. 18e siècle

18e siècle : l'organisation du bâti

Architecturalement, le 18e siècle est assez peu présent dans les maisons et les fermes de Rosans. En tout cas, les transformations et réalisations de cette époque y sont beaucoup moins visibles que plus à l'est, dans la vallée du Buëch et ses affluents, par exemple à Ribiers ou à Orpierre. L'une des explications pourrait se trouver dans la très bonne qualité des constructions réalisées au 16e siècle et au 17e siècle, faisant largement appel au grès comme matériau de construction, alors qu'ailleurs l'usage du pan de bois dans les parties supérieures des élévations s'est maintenu plus longtemps.

Pour autant, le 18e siècle à Rosans n'est pas exempt de nouveautés et d'évolution. C'est par exemple le cas pour le château qui est profondément remanié dans les années 1750 (voir dossier IA05001554) ou pour le quartier de la Frache, au nord-ouest du bourg intra muros, où l'on note des dates portées de cette période (voir dossiers IA05001550 et IA05001555). D'autre part, il semble que les quartiers agricoles périphériques au bourg commencent à accueillir des bâtiments d'habitation dès la fin du 18e siècle. Enfin, dans les campagnes, les fermes dispersées continuent d'être agrandies au cours de ce siècle.

En ce qui concerne les activités artisanales existant à cette époque, voir les chapitres de la partie II.8.. Pour cette période, il faut aussi se reporter à l'ouvrage de E. Bégou (2016) et aux publications de D. Faure-Vincent (2013, 2019, 2022).

Le territoire de Rosans sur la carte de Cassini (3e quart du 18e siècle).Le territoire de Rosans sur la carte de Cassini (3e quart du 18e siècle).

I.7. 19e siècle et 20e siècle

I.7.1. 19e siècle et 20e siècle : l'organisation du bâti

A partir du début du 19e siècle, la construction de nouvelles routes carrossables qui complètent ou remplacent les anciens chemins muletiers, va entraîner des modifications progressives de la répartition de l'habitat. A proximité du bourg on voit se développer de nouveaux faubourgs routiers (actuelles avenue Aristide-Briand et R. D. 994). Dans le même temps, en partie aspiré par ces nouveaux pôles, l'habitat de l'ancien centre intra muros est partiellement abandonné. Au quartier du Moulin, les anciennes installations moulinières seigneuriales sont reconstruites dès le début des années 1800, puis sont régulièrement augmentées et modernisées jusqu'au début du 20e siècle avant d'être rendues peu à peu caduques par l'installation d'une micro-centrale hydroélectrique un peu en amont à la charnière des années 1920-1930.

Le 19e siècle et le début du 20e siècle voient aussi se réaliser plusieurs projet communaux d'importance qui concourent à la structuration actuelle du bourg : création de la Fontaine Ladoucette et de sa place dans les années 1800 (voir dossier IA05001633), du temple et de l'église Saint-Jacques-le-Majeur dans les années 1850 (voir dossiers IA05001640 et IA05001651), des lavoirs de la Grand Rue et du Tricot dans les années 1890 (voir dossiers IA05001634 et IA05001637), de l'école dans les années 1900 (voir dossier IA05001654), etc.

Concernant le bâti dispersé, on observe un glissement des activités agricoles qui abandonnent de plus en plus les versants au profit de la plaine de l'Eygues, de plus en plus mise en valeur par l'action conjuguée de l'endiguement et des canaux de drainage et d'irrigation. Plusieurs nouvelles fermes y sont créées à partir des années 1860. Enfin, d'une manière générale, le 19e siècle voit se multiplier les petits bâtiments agricoles dispersés dans les terres cultivées et les vignes, appelés cabanons (voir dossier collectif IA05001648).

Cette dynamique se prolonge au 20e siècle, avec l'abandon définitif des fermes de versants. A proximité du bourg, le faubourg routier du Moulin et de la Boule d'Or continue de s'étendre et d'attirer les activités, tant commerciales qu'artisanales et publiques (gendarmerie, perception, etc.). A partir du milieu du 20e siècle, ce même secteur voit s'implanter des maisons pavillonnaires, mode de construction qui va être appliqué à d'autres quartiers anciennement vides d'habitations, par exemple au Plan de la Croix, aux Montarines ou à Pigranier. C'est d’ailleurs à ce dernier endroit qu'un hameau de forestage harki est implanté entre 1963 et 1965 (voir dossier IA05001588).

Nota : pour une analyse plus détaillée de l'organisation du bâti et de son évolution dans le temps, voir les chapitres II.2.3. et II.2.4.. En ce qui concerne les activités artisanales, voir les chapitres de la partie II.8..

I.7.2. 20e siècle : le Lastic, ferme, puis préventorium, puis centre d'accueil pour les jeunes juifs, puis sanatorium, puis centre d'aide par le travail

Le cadastre de 1699 atteste de l'existence d'une ferme avec ses dépendances, aires à battre et domaine agricole au « quartier du Lastic », citée comme « plassage de maison, grange, régailles, here, prés, jardin, chenevier, vigne » (f° 12). Dans le cadastre de 1839, elle est mentionnée comme une « maison » accompagnée de son « aire » et l'ensemble du domaine du « Lastiq » appartient à Hypolithe Montlahuc, gros propriétaire foncier de l'époque (parcelles 1839 D12 10, 11).

L'histoire récente (20e siècle) de ce lieu a été étudiée par Edouard Bégou (2016). Au début des années 1930, un préventorium est bâti à proximité de l'ancienne ferme du Lastic et l'ensemble agricole est loué à un fermier. A partir de 1942, le bâtiment du préventorium est loué à une émanation de l'Amitié Chrétienne, l'Association des Centres d'Accueil dirigée par l'abbé Alexandre Glasberg, juif né en Ukraine et converti au catholicisme. Le centre, destiné à recevoir de jeunes travailleurs étrangers, dispose d'une directrice, d'un économe et de huit moniteurs autrichiens et allemands. En mai 1942, 43 jeunes pensionnaires arrivent au Lastic (38 garçons et 5 filles, tous juifs) et 6 autres en juillet 1942. Ils travaillent à la réfection des bâtiments et une quinzaine d'entre eux sont également embauchés dans des fermes alentours. Au cœur de l'été 1942, le centre accueille une grosse vingtaine de pensionnaires et neuf travailleurs, tous juifs. Cet effectif correspond à 90 % des Israélites enregistrés comme nouvel arrivant dans les Hautes-Alpes.

Alerté des rafles prévues le 20 et le 28 août, l'abbé Glasberg prévient les services de l'Agriculture qui tentent de convaincre le préfet de conserver cette formation. Rien n'y fait. Le 20 août, les travailleurs sont raflés ; ils parviennent à s'évader mais quatre d'entre eux sont repris. Les 25 pensionnaires sont raflés le 26 août et conduits au camp des Milles, avant d'être transférés dans des camps d'extermination. Deux plaques gravées conservent les noms et le souvenir de ces déportés. L'une est fixée contre le mur de soutènement de la cour du Lastic et l'autre sur la façade de la mairie de Rosans (voir dossier IA05001640). Par ailleurs, un documentaire réalisé par le cinéaste Jean-Paul Thaens sous le titre « Personne à prévenir en cas d'accident : personne » (2008) est construit autour du témoignage de Peter Blank, juif allemand qui faisait partie des jeunes travailleurs raflés le 26 août 1942.

A partir de l'automne 1942, le centre accueille des enfants des villes de Lyon et Marseille. Par la suite, le Lastic fut reconverti en maison de repos qui accueillait des adultes atteints de problèmes pulmonaires. Depuis 1976, les bâtiments du Lastic font partie du centre d'Aide par le Travail (ESAT) géré par l'ADSEA de Gap (Association Départementale pour la Sauvegarde des Enfants et des Adultes) et accueille plusieurs studios. Spécialisé en agriculture (maraîchage) et élevage (chèvres et moutons), cet établissement fonctionne avec le centre médico-social du Buisson (voir chapitre I.7.4.).

Le Lastic et le vallon de l'Estang, vue de situation prise du sud-est.Le Lastic et le vallon de l'Estang, vue de situation prise du sud-est. Bâtiment principal du Lastic. Vue d'ensemble prise du nord-ouest.Bâtiment principal du Lastic. Vue d'ensemble prise du nord-ouest. Bâtiment principal du Lastic. Elévation sud, deuxième niveau. Balcon.Bâtiment principal du Lastic. Elévation sud, deuxième niveau. Balcon. Cour du Lastic, plaque en souvenir des enfants juifs déportés.Cour du Lastic, plaque en souvenir des enfants juifs déportés.

I.7.3. Seconde moitié du 20e siècle : le tourisme, une nouvelle activité économique

La seconde moitié du 20e siècle marque aussi une évolution dans les dynamiques territoriales de Rosans, avec la réalisation de projets destinés à favoriser une certaine attractivité touristique. C'est par exemple le cas avec des initiatives privées, comme la construction d'une piscine à l'Hôtel de la Boule d'Or, petite structure aquatique qui devient pourtant un sujet assez fréquent des cartes postales de l'époque.

En 1966-1967, une structure d'hébergement regroupant 40 petits appartements de villégiatures est construite sur le versant sud de la colline de Pigranier par l'association Village Vacances Familles (voir dossier IA05001628). Cette réalisation, œuvre des architectes Jean Percillier et Jean-Raphaël Hébrard, témoigne de l'importance de l'enjeu touristique à cette époque. Principalement destinée à un public de familles ouvrières, issues des comités d'entreprises des mines du nord de la France, cette structure propose alors diverses activités récréatives et de loisir, tout en mettant en avant la possibilité de participer à quelques activités agricoles locales, notamment la récolte des prunes. Cette pratique, qui paraît anecdotique, illustre pourtant la rencontre entre une économie rurale, agricole et artisanale en déclin et une nouvelle activité touristique espérée comme prometteuse pour le territoire.

De façon plus modeste, le camping municipal et ses terrains de sport participent à diversifier l'offre touristique. Deux autres campings privés sont créés, l'un aux Rosières et l'autre, naturiste dans les années 1980-2000, à Piérauche. Enfin, un plan d'eau artificiel est créé au quartier de Pigerolles en 1994-1995, alimenté par les eaux de l'Estang, afin de compléter l'offre touristique locale par des activités de baignades.

I.7.4. Dernier quart du 20e siècle : le centre médico-social du Buisson

Un centre d'accueil médico-social construit au quartier du Buisson fonctionne depuis 1979. Malgré un profond réaménagement des lieux réalisé à la charnière du 20e siècle et du 21e siècle, quelques bâtiments (non étudiés) conservent leur parti architectural d'origine, notamment le gymnase et son stade. Cet établissement est aujourd'hui le principal employeur du bassin du Rosanais.

Centre médico-social du Buisson. Vue d'ensemble prise de l'est.Centre médico-social du Buisson. Vue d'ensemble prise de l'est.

I.7.5. Dernier quart du 20e siècle : l'abbaye Notre-Dame de Miséricorde

Au lieu-dit Baudon, un monastère a été fondé en 1991 par l'abbaye bénédictine Notre-Dame-de-Fidélité (Jouques, Provence), elle-même issue de l'abbaye Saint-Louis-du-Temple de Limon. Une ancienne grange achetée à Jean-Claude Pourrot, exploitant agricole, a été réhaussée et prolongée pour devenir l'église et le quatrième côté du cloître du monastère, autour duquel les bâtiments s'articulent. Les autres côtés du cloître accueillent la porterie, les cellules du noviciat, l'infirmerie, le réfectoire, les bureaux (économat) et une partie des ateliers. Quelques logements accueillent l'aumônier et des prêtres de passage. Ces travaux d'agrandissement ont été réalisés de 1992 à 1995 par l'entrepreneur de maçonnerie rosanais Thierry Antonsig. La bénédiction de la première pierre eut lieu le 9 juin 1992. Celle-ci avait été donnée par la mairie de Saint-André-de-Rosans et provient du prieuré clunisien établi sur cette commune au 10e siècle. Elle marque la continuité de la vie bénédictine au travers les siècles. Une extension à venir devrait accueillir une plus vaste bibliothèque et une salle de conférence. Nombre des objets de l'église sont des dons de fidèles ou des familles des moniales (Calvaire, statue de saint Benoit etc.). La statue en pierre de Notre Dame de Miséricorde est une réalisation du sculpteur statuaire Pascal Beauvais (né à Arras en 1955), spécialisé dans l'art religieux catholique.

Monastère Notre-Dame de Miséricorde. Vue prise de l'ouest.Monastère Notre-Dame de Miséricorde. Vue prise de l'ouest. Monastère Notre-Dame de Miséricorde. Vue rapprochée depuis l'est.Monastère Notre-Dame de Miséricorde. Vue rapprochée depuis l'est. Monastère Notre-Dame de Miséricorde. Vue extérieure : le cloître et le portail d'accès aux ateliers vus depuis l'est.Monastère Notre-Dame de Miséricorde. Vue extérieure : le cloître et le portail d'accès aux ateliers vus depuis l'est.

En 2002, le monastère fut érigé en abbaye. Initialement occupé par six moniales, il en compte désormais 27. Les sœurs produisent des hosties, réalisent des ornements liturgiques, des enluminures ou encore des ouvrages reliés. Outre cet artisanat spirituel, elles ont développé des activités liées à l'agriculture, à l'apiculture, au maraîchage et au pastoralisme (une vache laitière, mère de trois génisses, leur permet de se nourrir en beurre et en fromage). Elles transforment des fruits (prunes, groseilles, framboises) et font sécher des plantes pour la préparation de tisanes qu'elles commercialisent. Sans négliger l'office et la liturgie, elles travaillent la terre de façon à subvenir à une partie leurs besoins de façon raisonnée, pratiquant "l'écologie intégrale".

Monastère Notre-Dame de Miséricorde. Vue extérieure : au sud, l'ancienne porcherie.Monastère Notre-Dame de Miséricorde. Vue extérieure : au sud, l'ancienne porcherie. Eglise du monastère Notre-Dame de Miséricorde. Vue intérieure : le chœur depuis l'entrée.Eglise du monastère Notre-Dame de Miséricorde. Vue intérieure : le chœur depuis l'entrée. Eglise du monastère Notre-Dame de Miséricorde. Notre-Dame de Miséricorde et Christ (chœur).Eglise du monastère Notre-Dame de Miséricorde. Notre-Dame de Miséricorde et Christ (chœur).

II. DEVELOPPEMENT PAR THEMATIQUES

Après une approche historique et chronologique du territoire de Rosans, cette seconde partie du dossier s'attache à présenter de manière approfondie plusieurs thématiques : le territoire physique (géologie et hydrologie), le territoire habité (population et répartition du bâti), les pratiques d'élevage, d'agriculture et d'arboriculture, les aménagements (chemins, canaux, digues, murs, pierriers) et les activités artisanales et commerciales.

Ces données sont issues des observations de terrain croisées avec les documents historiques (actes notariaux du Moyen Age au 19e siècle, cadastres de 1570, 1699 et 1839, inventaires après-décès de la première moitié du 19e siècle, etc.) et complétées par la mémoire orale du 20e siècle. L'ensemble met en évidence une évolution des pratiques, dont les formes n'ont jamais été figées. Si l'on observe dans certains quartiers ruraux une permanence historique dans les usages du territoire, ailleurs se révèlent de profondes mutations au cours du temps. Si le territoire était presque intégralement utilisé entre l'Epoque moderne et la fin du 19e siècle, la déprise humaine a peu à peu laissé les secteurs les moins commodes et les plus ingrats pour l'agriculture s'embroussailler et se boiser.

Aujourd'hui, la commune de Rosans est caractérisée par la grande variété de ses milieux : milieux anthropisés (cultures, bâti, voirie...) et milieux restés ou redevenus naturels (versants, talus marneux, ripisylves, zones humides...). Formant de petites entités intriquées, ils s'entremêlent en une mosaïque paysagère remarquable.

On note que certains thèmes, communs à l'aire d'étude, sont développés dans des dossiers transversaux qui leur sont spécifiquement dédiés : culture des prunes (IM05004628), viti-viniculture (IM05004629) et production de matériaux en terre cuite (IM05004630). Ils sont ici rapidement abordés. Par ailleurs, les analyses statistiques et typologiques concernant les bâtiments de la commune de Rosans sont compilées dans des dossiers dédiés aux maisons (IA05001647), aux fermes (IA05001649) et aux entrepôts agricoles (IA05001648).

Commune de Rosans. Variété du bâti dispersé, reportée sur la carte IGN (échelle d'origine 1/25 000e).Commune de Rosans. Variété du bâti dispersé, reportée sur la carte IGN (échelle d'origine 1/25 000e). Bourg de Rosans. Variété du bâti aggloméré.Bourg de Rosans. Variété du bâti aggloméré.

I.1. Le territoire physique

La commune de Rosans est la plus occidentale du département des Hautes-Alpes, bordée au nord, à l'ouest et au sud par le département de la Drôme. Son territoire, d'environ 30 kilomètres carrés, couvre la partie nord du bassin du Rosanais. Son altitude minimale est de 540 mètres – passage de la R. D. 994 sur le torrent de Baudon – à la limite de la commune de Verclause. Son point le plus haut culmine 1 571 mètres au sommet du Fourchat. Le bourg de Rosans et le hameau de Raton se situent à environ 700 mètres d'altitude, les fermes les plus élevées ne dépassent pas les 900 mètres.

Le territoire communal est limité au nord par les crêtes de la Montagne de Raton, du Fourchat et de la Montagne de l'Archier, étagées entre 1 300 et 1 450 mètres d'altitude en moyenne. Ce massif, orienté est-ouest, s'abaisse à environ 1 070 mètres au Col de Pommerol, également appelé Col de la Fromagère. C'est par ce passage que circule la R. D. 25 rejoignant Pommerol (Drôme) et la vallée d'Oule. A l'est, le torrent de Luzerne, qui draine les pentes de la Montagne de l'Archier, fait la séparation avec la commune de Moydans. Devenu en aval le torrent de Lidane, ce petit cours d'eau borde le sud-est de la commune, à la limite avec la commune de Saint-André-de-Rosans. Il rejoint ensuite la rivière de l'Eygues qui limite le territoire sur toute sa partie sud-ouest. Cette rivière, dont l'altitude s'échelonne entre 600 et 550 mètres, sépare Rosans des communes drômoises de Montferrand-la-Fare et de Lemps. A l'ouest, la limite communale qui sépare de Verclause (Drôme) suit en partie le torrent de Combe Cristol. Toutefois, le tracé de cette frontière passe en dehors de tout point topographique remarquable, situation qui s'explique par des raisons historiques anciennes remontant au moins au milieu du Moyen Age, si ce n'est avant. Cette limite est marquée par plusieurs bornes seigneuriales, dont deux armoriées (voir dossiers IA05001630, IA05001655, IA05001656, et IA05001657).

Le substrat est majoritairement calcaire, surtout dans toute la partie nord du territoire communal, qui est la plus élevée. Ces versants, anciennement pâturés et ponctuellement cultivés, sont aujourd'hui principalement occupés par des bois mixtes de régénération naturelle ou des forêts de résineux densément plantées. En revanche, dans la partie médiane de la commune, le sous-sol est constitué d'une alternance de couches marneuses et gréseuses de faibles amplitudes, configuration qui a favorisé une érosion différentielle dégageant de petits plateaux (Pié Léger, Saint-Jaume, Serre d'Enfaure, Serre des Costes, etc.) posés sur des versants très ravinés et stériles. De cette mixité géologique est né un paysage en mosaïque, où les reliefs raides et minéraux des marnes noires sont dominés par des échines plus boisées, alors qu'à leurs pieds s'étalent des pentes plus douces propices à l'installation de terres agricoles. Enfin, les zones les plus basses présentent une topographie relativement plane, avec des secteurs anciennement marécageux, plus ou moins drainés, dont témoigne la toponymie : Les Rosières, la Palud, le Marais, etc. C'est là que se trouvent la majorité des prés de fauche.

Paysage marneux, au Serre d'Enfaure.Paysage marneux, au Serre d'Enfaure. La vallée de Baudon entre ses versants marneux, vue prise de l'est.La vallée de Baudon entre ses versants marneux, vue prise de l'est. Marnes, au Pas du Terme.Marnes, au Pas du Terme. Affleurement de grès, au Collet.Affleurement de grès, au Collet.

L'Eygues présente un lit en tresse qui serpente entre de larges pans engravés, seulement recouverts lors des crues. On relève quatre affluents principaux, coulant tous du nord au sud, dont le plus important traverse la commune : prenant sa source à l'Estang, il conserve ce nom jusqu'aux anciennes installations moulinières placées en aval du bourg, devenant ensuite le Merdaric. Le torrent de Pigerolles traverse lui aussi le territoire communal. Les autres cours d'eau sont situés à l'est et à l'ouest de la commune, respectivement le torrent de Luzerne, puis de Lidane, et le torrent de Baudon qui passe par le hameau de Raton. Bordés d'une ripisylve plus ou moins continue, ils sont largement colonisés par les castors, qui ont édifié plusieurs barrages sur le torrent de Baudon, à la limite avec la commune de Verclause, sur celui de l'Estang, au quartier des Rosières, et sur le cours de l'Eygues.

L'Eygues au pied occidental de Pié Léger.L'Eygues au pied occidental de Pié Léger. L'Eygues, juste en amont du pont de l'Aubergerie.L'Eygues, juste en amont du pont de l'Aubergerie. Le ruisseau de Baudon, dans sa partie aval.Le ruisseau de Baudon, dans sa partie aval. Le ruisseau de Merdaric, barré par un barrage de castors.Le ruisseau de Merdaric, barré par un barrage de castors.

II.2. Le territoire habité

II.2.1. Le territoire habité : la population

Comme souvent dans les bourgs ruraux de la taille de Rosans, le maximum démographique historique se situe au sortir des guerres de Religion, au début du 17e siècle. La population avoisine alors au moins les 1 000 habitants, alors qu'elle n'était que de 200 personnes deux cents ans plus tôt, au 15e siècle (E. Bégou, 2016). Assez stable, la population décline ensuite lentement au cours du 18e siècle, et elle n'est plus que de 700 à 800 habitants en 1789 (P. Guillaume, 1908). Le maximum démographique est de nouveau atteint dans les années 1800-1810 avec environ 900 habitants, chiffre qui reste plus ou moins stable pendant toute la première moitié du 19e siècle. Avec l'exode rural, la population ne cesse ensuite de décliner, pour atteindre son minimum dans les années 1950 avec moins de 400 habitants. Depuis la fin du 20e siècle, elle est stabilisée aux environs de 500 habitants.

II2.2. Le territoire habité : les voies de communication

Le bourg de Rosans se trouve au carrefour de deux importants et anciens itinéraires pédestres et muletiers.

Le premier relie le Diois au nord, la vallée de la Durance au sud-est et la Montagne de Lure au sud. Au nord du bourg, il correspond à trois anciens chemins menant à la vallée de l'Oule via le territoire de Pommerol : un premier par le sommet du Suquet et le passage du Pertus ; un deuxième, moins raide car passant au pied occidental du Suquet, par le col de Pommerol également appelé col de la Fromagère ; un troisième, toujours par le même col mais via Raton. Dans le cadastre de 1570 (f° 260 v°), le passage du col de Pommerol est décrit comme étant limité à l'est et à l'ouest par deux éminences rocheuses, désignées l'une comme le « rochas de Colomban » et l'autre comme le « rochas de la Posterle ». Ce dernier terme indique bien la fonction de « porte » attribuée à ce passage qui marque la limite avec le « terroir de Pommeyrol ». On retrouve l'appellation « rocher de la Pousterle » sur le tableau d'assemblage du cadastre de 1839. Le tracé de cet itinéraire nord-sud, qui a été remplacé dans le dernier quart du 19e siècle par le percement de l'actuelle R. D. 25., correspond dans la traversée du bourg à deux axes successifs : l'ancienne rue Coynelle (actuelle Petite Rue) et la Grande Rue. Au sud du bourg, ce chemin se rejoint la vallée de l'Ouvèze via Montferrand puis le Pas de Corbière.

L'autre itinéraire, est-ouest, rejoint la vallée du Buëch et celle du Rhône en passant originellement par les montagnes pour éviter les gorges impraticables de l'Eygues. Son arrivée occidentale sur le bourg de Rosans correspond au « chemin Étroit » ou « chemin romain », voie muletière d'environ 2 mètres de large soutenue par des murs en pierre sèche, qui demeure utilisé par les piétons pour rejoindre Rosans et le plan d'eau de Pigerolles. Ce chemin se prolongeait vers l'est et la vallée du Buëch, soit par Saint-André-de-Rosans puis la vallée de la Blaisance, soit par Moydans et Ribeyret. Cet axe est-ouest est resté longtemps d'une importance modeste, car concurrencé par le chemin passant par Orpierre. A partir du début du 19e siècle, cet itinéraire est devenu primordial avec l'aménagement des routes à travers les gorges de l'Eygues, favorisant le développement du transport sur roues : percement de la R. D. 325 dès le début des années 1800, création de la R. N. 94 dans les années 1850 (actuelle R. D. 994).

Le bourg de Rosans et les anciennes voies de circulation.Le bourg de Rosans et les anciennes voies de circulation. Ancien chemin de Verclause à Rosans, au Grand Pré.Ancien chemin de Verclause à Rosans, au Grand Pré. Ancien chemin de Rosans à Pommerol.Ancien chemin de Rosans à Pommerol.

Outre ces deux itinéraires principaux, le cadastre de 1570 mentionne de nombreux autres axes de circulation, appelés « chemin », « chemin voisinal » ou « chemin public ». On note parfois quelques précisions : « chemin du Serre dau Faure », « chemin de Suquet », « chemin de Raton », « chemin de Moydans », « chemin de Puy Laugier », « chemin des Granges de Baudon », etc. Dans le bourg, il s'agit de « rue publique » ou de « ruelle ». Les mêmes termes sont utilisés dans le cadastre de 1699, qui mentionne également le « grand chemin » : appellation qui désigne indifféremment les actuelles Grande Rue et rue du Temple – cette dernière étant aussi appelée quelquefois le « chemin royal », mention que l'on retrouve ponctuellement au quartier de la « Peguiere » (Luzerne) et qui semble plus particulièrement désigner le chemin allant de Saint-André à Pommerol. La carte de Cassini (dernières décennies du 18e siècle) figure une importante voie de communication, venant de Serres, qui semble aboutir à Pigerolles. Cependant, la précision cartographique de ce document est très hasardeuse puisque les écarts de la Beaumette et de Raton sont chacun indiqués deux fois, à deux emplacements distincts. De même, si le bourg de Rosans est bien figuré comme un bourg fortifié, son dessin n'a aucune vérité topographique.

Le début du 19e siècle est marqué par une première réorganisation des axes de circulation avec la construction de la grande route de Romans à Gap, par Nyons, Rosans et Serres. Ce nouveau tracé entraîne des modifications importantes dans la configuration de la partie nord du bourg extra muros. Un premier projet est établi dès les années 1720 (E. Bégou, 2016) et les travaux sont finalement supervisés par le préfet Ladoucette au début des années 1800. Cette voie est le seul axe de circulation désigné comme « route » dans le cadastre de 1839. Elle est appelée « grande route de Rosans à Serres » dans la partie orientale de la commune, « grande route de Nyons à Rosans » dans la partie occidentale. On observe cependant que ce dernier tronçon s'interrompt à hauteur de l'écart du Coulet. Cette route est ensuite largement rectifiée au milieu du 19e siècle, lors de son aménagement comme « Route Nationale 94 de Pont-Saint-Esprit à Briançon ». Au niveau du bourg de Rosans, elle suit un tracé créé ex nihilo en passant au pied sud de l'agglomération qu'elle laisse à quelques distances. La matrice cadastrale indique que les terrains concernés par cette traversée ont été cédés à la voie publique dès 1845 pour certains, mais surtout en 1847. D'autres, moins nombreux, l'ont été dans les années 1870-1880 avec un pic en 1875 qui correspond probablement à une campagne de rectification ou d'élargissement de cet axe devenu majeur. On note que deux ponts situés sur son tracé (torrent de Pigerolles et de l'Estang) sont emportés par des crues en 1868 et que cette route est goudronnée dans la première moitié des années 1930 (E. Bégou, 2016).

Tracé de l'ancienne route de Serres à Verclause, sur le tableau d'assemblage du cadastre de 1839. Echelle d'origine 1/20 000e.Tracé de l'ancienne route de Serres à Verclause, sur le tableau d'assemblage du cadastre de 1839. Echelle d'origine 1/20 000e. La R. D. 994 (ex R .N. 94), au Collet.La R. D. 994 (ex R .N. 94), au Collet. Mur de soutènement en pierre sèche de grès au bord de la R. D. 994.Mur de soutènement en pierre sèche de grès au bord de la R. D. 994.

La R. D. 25, axe nord-sud reliant Pommerol à l'Aubergerie, est réaménagée dans les années 1870-1890 par les entrepreneurs Allara, de Gap, et Ismaël Serratrice, de Rémuzat (E. Bégou, 2016). La rampe menant au col de Pommerol et le pont sur l'Eygues, daté de 1883 (voir dossier IA05001753), font partie des ouvrages réalisés au cours de ces travaux. Quant aux multiples chemins qui sillonnent le territoire communal sur le plan cadastral de 1839, il s'agit avant tout d'itinéraires ruraux d'importance locale. Caractérisés par une faible largeur permettant néanmoins le passage du bétail et des équins éventuellement bâtés, ils peuvent être confortés par des murs de soutènement en pierre sèche ou être aménagés en talus perpendiculaires au sens de la pente. Certains de ces chemins ont été élargis et transformés en routes carrossables. D'autres servent parfois d'itinéraires pédestres. Les derniers, simplement abandonnés, sont embroussaillés et/ou érodés.

La R.D. 25 en contrebas du col de Pommerol.La R.D. 25 en contrebas du col de Pommerol. Ancien chemin muletier de Raton à Staton, quartier du Ravin de MichelonneAncien chemin muletier de Raton à Staton, quartier du Ravin de Michelonne Ancien chemin muletier, quartier de la Combe.Ancien chemin muletier, quartier de la Combe.

II.2.3. Le territoire habité : le hameau de Raton

Outre le bourg de Rosans (voir dossier IA05001555), la commune ne comporte qu'un seul hameau, celui de Raton, distant à environ 3,5 kilomètres au nord-ouest du bourg. Implanté à la même altitude que Rosans (700 mètres), ce hameau est installé en haut du vallon de Baudon. Exploitant un élargissement du fond de la vallée et les versants anciennement viticoles de l'adret, il contrôle la montée aux cols de Staton, à l'ouest, et de Pommerol ou de la Fromagère, au nord. L'origine de ce hameau pourrait remonter à la fin du Moyen Age et il s'agit alors vraisemblablement d'un regroupement de dépendances agricoles de type granges-étables. Ces bâtiments sont peu à peu transformés et complétés par des maisons d'habitation, et deviennent des fermes à la limite du 16e siècle et du 17e siècle.

Dans le cadastre de 1570, le hameau de Raton paraît déjà exister, mais à l'état embryonnaire puisqu'il regroupe seulement trois fermes, dont une partagée entre deux propriétaires, et deux granges. Ces bâtiments sont accompagnés d'aires à battre. En mai 1608, le seigneur de Rosans Jean-Antoine d'Yze, achète des « biens et propriétés assis au terroir de Rozans appellé Raton et à Rochemoye et autres endroictz vers led(it) Raton », complétés en février 1609 par « une terre a Raton ». Ce domaine est mentionné dans l'inventaire seigneurial de 1613 comme « une grange maison yere terres et regailles joincts assis dans led(it) terroir a Raton » (AD05 J 1787). Il est possible que cette acquisition accompagne une volonté de peupler et valoriser ce secteur. En effet, dans le cadastre de 1699, deux granges sont toujours mentionnées à Raton, mais le nombre de fermes a augmenté depuis 1570 puisqu'on en compte désormais cinq, dont celle appartenant au seigneur François d'Yze. Celle-ci est décrite dans l'inventaire seigneurial de 1703 (Archives communales de Rosans) comme un « tenemant de grange maison et estable et greniers à foin » dont la partie habitable se limite à « la chambre quy sert de maison pour le grangier ». Le hameau paraît encore agrandi au cours du 18e siècle.

D'après le cadastre de 1839 et sa matrice de 1840, le hameau regroupe sept maisons, détenues par sept propriétaires différents (voir le tableau de transcription en Annexe de ce dossier). Seulement quatre d'entre eux habitent à Raton, les autres étant domiciliés au bourg de Rosans ou dans les communes voisines de Pommerol et de La Motte. Elles sont accompagnées d'une cour, de quelques dépendances agricoles disjointes – dont un « hangard » – et d'aires à battre. On dénombre également trois fours à pain privés, dont un en copropriété.

La tradition orale rappelle qu'une école existait à Raton (parcelle 1984 A2 91) pendant toute la première moitié du 20e siècle. Une ferme a été étudiée dans ce hameau : voir dossier IA05001624.

Hameau de Raton, vue de situation prise de l'ouest.Hameau de Raton, vue de situation prise de l'ouest. Raton. Natures des parcelles en 1839, reportées sur le cadastre de 1839 (sections A3 à A10). Echelle d'origine 1/2 000e.Raton. Natures des parcelles en 1839, reportées sur le cadastre de 1839 (sections A3 à A10). Echelle d'origine 1/2 000e. Raton. Natures des parcelles en 1839, reportées sur le cadastre de 1839 (section A4). Echelle d'origine 1/2 000e.Raton. Natures des parcelles en 1839, reportées sur le cadastre de 1839 (section A4). Echelle d'origine 1/2 000e. L'ancienne école de RatonL'ancienne école de Raton

II.2.4. Le territoire habité : l'habitat dispersé

Quelques écarts regroupent ou regroupaient une paire de fermes, plus ou moins rapprochées : la Beaumelle, le Béal Noir, le Collet (voir dossier IA05001616), la Coste (voir dossier IA05001615), l'Estang, les Graves, les Montarines... Pour le reste, le bâti dispersé est uniquement composé de fermes ou de bâtiments agricoles isolés. La réalité de l'habitat dispersé au Moyen Age est très peu documentée, mais il est probable que certaines fermes qui se sont développées à l’Epoque moderne correspondent à l'époque médiévale à des granges isolées. Par exemple, c'est sans doute le cas de la ferme de la Coste (voir dossier IA05001615). En revanche, les données du repérage de terrain indiquent qu'environ 40 % des fermes trouvent leurs origines au 16e siècle et/ou au 17e siècle, période caractérisée par une grande dynamique d'expansion de l'habitat qui se traduit logiquement dans l'architecture. L'analyse des données des cadastres de cette période permet de préciser l'ampleur de ce phénomène.

Ainsi, le cadastre de 1570 (malheureusement incomplet) ne recense qu'une dizaine de fermes installées hors du bourg et de ses abords immédiats. Désignées comme des « maisons », elles sont presque toutes accompagnées d'une ou plusieurs dépendances agricoles et d'une aire à battre. Le hameau de Raton, alors embryonnaire, en regroupe trois. Les autres sont dispersées dans les campagnes de Rosans : au moins trois au quartier des Millets (certaines partagées entre plusieurs propriétaires), deux à la Baumelle, une à l'Estang et une à La Roche. Les bâtiments agricoles isolés sont beaucoup plus nombreux que les fermes dispersées. On dénombre une cinquantaine de constructions désignées comme « grange » et une dizaine indiquées comme « chazal ». Par ailleurs, 45 aires à battre sont indiquées, toutes associées à un bâtiment : « grange », « chazal » ou « maison ».

La comparaison de ces données avec celles du cadastre de 1699 met en évidence une nette évolution du bâti dispersé en à peine plus d'un siècle (voir les tableaux de comparaison présentés en annexe du dossier sur les fermes de Rosans : IA05001649). Tout d'abord, en 1699 le nombre de « granges » isolées est bien moins important qu'en 1570 : on en dénombre seulement une trentaine, soit une diminution de plus d'un tiers. A l'inverse, le nombre de fermes est multiplié par trois puisqu'il en existe plus d'une trentaine, dont cinq au hameau de Raton, les autres étant dispersées sur le territoire. Certaines de ces nouvelles fermes correspondent très vraisemblablement à des constructions mentionnées comme « granges » de 1570, qui ont été agrandies et dotées d'une partie de logis. C'est par exemple le cas aux quartiers de Baudon, la Baumelle, le Collet, l'Estang, la Gardette, le Villaron, etc. On relève en outre certaines évolutions ou glissements toponymiques qui compliquent l'identification des lieux-dits et du bâti associé. Ainsi des bâtiments indiqués aux Millets ou à Champaure en 1570 sont peut-être ceux localisés aux quartiers de La Palud ou de la Coste en 1699. Cette mutation progressive du bâti dispersé est bien illustrée par l'exemple des anciennes fermes seigneuriales de La Rose (voir dossier IA05001612) et de la Grande Coste (voir dossier IA05001613). La première conserve une date portée de 1598, qui correspond manifestement à une importante phase d'agrandissement et de réaménagement, et elle est ensuite encore augmentée après son acquisition par le seigneur d'Yze en 1644. Dans la seconde, des travaux d'extension sont documentés par des devis ou prix-faits datant de 1602.

Le 18e siècle voit se prolonger cette dynamique de peuplement des campagnes mais, manifestement, uniquement par l'augmentation des bâtiments déjà existants plus que par la création de nouvelles implantations agricoles. Au 19e siècle, alors que la réalisation de nouvelles routes carrossables entraîne la création de nouveaux faubourgs routiers en périphérie du bourg (voir dossier IA05001555), on observe un glissement progressif des activités agricoles, qui abandonnent peu à peu les versants de la partie haute de la commune, au profit de la plaine de l'Eygues et de ses affluents, mutation favorisée par l'amélioration de l'endiguement des cours d'eau, le drainage des zones humides et la création de canaux d'irrigation supplémentaires. Cette dynamique se traduit, dès les années 1860, par l'implantation de nouvelles fermes bâties ex-nihilo, à Chameyer (voir dossier IA05001627), Lidane (voir dossier IA05001625) ou aux Millets. C'est aussi à partir de cette période que sont construits de nombreux petits bâtiments agricoles dispersés dans les terres labourables et les vignes, localement appelé cabanons (voir les dossiers IA05001593, IA05001595, IA05001596, IA05001598, IA05001600, IA05001601, IA05001602, IA05001603).

Avec le 20e siècle, plusieurs fermes éloignées sur les versants sont définitivement abandonnées. Ainsi, les fermes du quartier de Champ Queyras ne sont plus habitées à partir des années 1940. C'est sans doute le cas dans la décennie suivante pour celles La Combe, de la Beaumelle, des Graves ou de la haute vallée de Baudon. En revanche, dans la partie basse de la commune, les fermes sont complétées, dans les années 1950-1980, par un nouveau bâtiment de logis disjoint qui prend l'allure d'une grosse maison pavillonnaire comme au Coulet, aux Montarines, ou au Béal Noir. Les logis des anciens bâtiments d'habitation continuent à être occupés par des parents souvent âgés, sinon réaménagés en location ou simplement abandonnés. Les bâtiments agricoles de l'ancienne ferme continuent généralement à être utilisés, mais ils sont complétés par quelques hangars métalliques, installés non loin de la ferme ou disjoints sur les meilleures terres cultivables : quartiers de la Longeagne et de la Ribière, ferme Armand, ferme Roman, ferme des Basses Graves (voir dossier IA05001626), etc.

A partir du milieu du 20e siècle, la périphérie du bourg commence à accueillir des maisons pavillonnaires, d'abord concentrées dans le faubourg routier de la R. D. 994 (voir dossier IA05001555) puis établies dans des quartiers plus éloignés, notamment sur le replat du Plan de la Croix, à Pigranier, aux Coings ou aux Montarines. Un village de forestage harki est installé au quartier de Pigranier entre 1963 et 1965 (voir dossier IA05001588). A la même époque, un village-vacances est établi en 1966-1967, à quelques centaines de mètres en contre-haut (voir dossier IA05001628).

II.3. L'agriculture

D'après les données du cadastre de 1839, la commune de Rosans s'étend sur environ 2 432 hectares. A cette époque, la surface agricole utile – c'est à dire les zones cultivables : terres labourables arrosables ou non, prés, vignes et jardins – occupent 974 hectares, soit 40 % de la superficie communale.

Le reste est couvert de terres incultes (29 % de la surface communale : « landes », « graviers », « clapiers »), de « friches » (4 %) et de « terres vaines » (1 %) qui peuvent néanmoins servir au pâturage extensif, ou de bois (23,5 %, « bois taillis »). Les zones humides (« marais » et « oseraies ») concernent à peine 1,5 % du territoire communal.

labours arrosables

labours secs

prés

jardins

vignes

bois taillis

pâtures

friches

terres vaines

landes, graviers, clapiers

marais

oseraies

bâti

TOTAL

surface en m²

0 867 041

8 000 032

0 473 653

0 009 560

0 387 795

5 674 790

0 174 570

1 021 465

0 309 475

7 020 988

0 252 755

0 072 080

0 052 053

24 317 352

% surface totale

3,6 %

32,9 %

1,9 %

0,04 %

1,6 %

23,3 %

0,7 %

4,2 %

1,3 %

28,9 %

1 %

0,3 %

0,2 %

100 %

% surface agricole utile

9 %

82 %

5 %

0,1 %

4 %

-

-

-

-

-

-

-

-

100 %

Répartition de l'usage des sols sur le territoire communal, d'après le cadastre de 1839.

II.3.1. L'agriculture : les jardins

Les jardins permettaient une production légumière et potagère familiale, fondamentale dans l'économie agro-pastorale locale. Les documents de l'Epoque moderne les désignent comme « horts ». D'après le cadastre de 1839, ils occupent près d'un hectare, la très grande majorité étant regroupée autour du bourg (voir dossier IA05001555). Les micro-toponymes cadastraux qui s'y réfèrent sont rares. On relève par exemple, en 1570, « l'hort de las Abeilhes » (f° 255 v°) et, en 1839, « le Jardinon » (section B10).

II.3.2. L'agriculture : terres labourables et culture des céréales

D'après le cadastre de 1839, environ 887 hectares sont occupés par des terres labourables. Si cette surface correspond à seulement un gros tiers de la superficie communale, elle représente 91 % des terres agricoles. Environ un dixième de ces terres sont enregistrées comme « labours arrosables ». Cette importance se retrouve dans la toponymie cadastrale où, en 1839, près d'une quarantaine de noms de quartiers font référence aux « champs ». Certains indiquent un patronyme ou un sobriquet – « Champ de Brunel » (D13), « Champ de Coupa » (B1), « Champ de Michel » (A7), etc. – d'autres rappellent une anecdote – « Champ du Mouton » (A8), « Champ du Soldat » (A3) – sont en lien avec la topographie – « Champ du Milieu » (A5), « Champ du Rocher » (A8), « Champ Long » (E9) ou « Champ Rond » (B10, B11), etc. Plus rarement, la micro-toponymie peut désigner un mode de mise en valeur agricole, par exemple les cultures en terrasses comme « la Grande Faysse » (F5) ou les défrichements avec « les Eyssards » (A12), « les Graves des Eysserenes » (D15).

Dans les réponses au questionnaire de 1789 (P. Guillaume, 1908), il est indiqué que « les grains qui se perçoivent dans le territoire sont de froment, d'épeautre rousse, quelque peu de seigle et de l'avoine » mais que les habitants se nourrissent « d'épeautre, d'avoine, de gland et de pomme de terre » car le peu de blé récolté est vendu pour payer les impositions royales et seigneuriales. A cette époque, le bourg accueille « un mauvais marché pour le débit des grains que les étrangers y apportent, étant éloignés des pays de commerce ». Les inventaires après décès de la première moitié du 19e siècle confirment que la principale culture céréalière est celle du blé froment. Il est parfois stocké en grande quantité, comme à la ferme de La Rose en septembre 1809, où « trois mille cinq cent kuiliograme bled fromant » sont en attente et doivent servir « à la subsistance des héritiers et pour faire les travaux des biens immobiliers appartenant à l’hoirie et l’exédant être vendu » (AD05 1 E 5770, n° 174 ; voir dossier IA05001612).

Outre le blé, l'autre céréale très régulièrement mentionnée dans ces inventaires est l’épeautre, appelée épautre rousse ou épautre roussi. On trouve également de l'avoine et, plus ponctuellement, de l'orge. En revanche, les actes du 19e siècle ne mentionnent jamais le seigle, alors que cette céréale est attestée deux siècles plus tôt, en 1607, dans un acte concernant une partie du domaine seigneurial (voir chapitre I.5.5.a.).

Commune de Rosans. Natures des parcelles en 1839, reportées sur le tableau d'assemblage du cadastre de 1839. Echelle d'origine 1/20 000e.Commune de Rosans. Natures des parcelles en 1839, reportées sur le tableau d'assemblage du cadastre de 1839. Echelle d'origine 1/20 000e. Champ de céréales, au Serre des Costes.Champ de céréales, au Serre des Costes. Champ de céréales et tilleul isolé, au Serre des Costes.Champ de céréales et tilleul isolé, au Serre des Costes.

II.3.3. L'agriculture : céréales et aires à battre

Le dépiquage des céréales était réalisé sur des aires à battre, le plus souvent installées en contre-haut des bâtiments – fermes ou entrepôts agricoles – et donnant ainsi accès de plain-pied à la grange. Certaines de ces aires de battage conservent encore des rouleaux à dépiquer, monolithes en pierre tirés par un âne ou un mulet pour séparer les grains des gerbes. L'un de ces rouleaux a été étudié sur la commune (voir dossier IM05004542).

Au bourg de Rosans, les aires à battre étaient regroupées à proximité des quartiers agricoles périphériques : les « heres de Picard » au sud de l’agglomération, les « heres de Liotier » au pied de la tour-donjon dite Tour du Four, aujourd'hui appelée Place des Aires, etc. (voir dossier IA05001555). D'autres aires se trouvaient déconnectées au nord-ouest du bourg, au départ du chemin de Raton, au quartier nommé « Aire de l'Eglise » dans le cadastre de 1839 (section C4, F5 et F7), appellation déjà attestée dans les parcellaires de 1570 et 1699 comme « las Hieres de l'Esglise ». C'est là qu'un ensemble de granges a été étudié (voir dossier IA05001597). Juste en face de ces granges, à l'emplacement de l'actuel cimetière, le cadastre de 1839 localise le micro-toponyme « l'Embreyssaye » (parcelles F5 46 et 47). Ce terme, qui désigne l'action de tortiller le foin en brassées afin de faciliter son chargement, est déjà cité en 1699 pour une terre localisée « au dessous la font des Graves appelée Leybreyssaye » (f° 80).

Dans la campagne, on note qu'un petit secteur agricole isolé au nord du Sucquet est désigné comme « l'hiere de May » (quartier de la Counière) dans les cadastres de 1570 et 1699. En 1570, on relève l'appellation non localisée de « l'hiere de Palhier », qui désigne à la fois une aire de battage et une grange (un pailler est l'endroit où l'on stocke la paille), ainsi que celles des « hieres de la Croix » et de « las hieres dou Chouchays » (quartier de la Longeagne). Le cadastre de 1839 dénombre une quarantaine d'« aires » à battre, toutes privées. Outre celles qui accompagnent les fermes du hameau de Raton, les autres sont généralement associées à une ferme dispersée.

II.3.4. L'agriculture : conservation des céréales et « grenier d'abondance »

Pour les conserver, les céréales étaient stockées dans des coffres à grains construits en planches sur un bâti en menuiserie. Localement appelés arches, ces coffres étaient installés indifféremment dans une resserre, dans une chambre ou dans le galetas de l'étage de comble. Certaines fermes pouvaient en compter deux. Leur capacité est parfois imposante puisque les plus grands pouvaient contenir plus d'une tonne de céréales. C'est le cas dans une ferme de Luzerne où, en janvier 1810, la grande arche, contient « mille kilogramme bled froment ou environ cinquante eymines mesure de Rosans ancienne dénomination » (AD05 1 E 5771, n° 5). Deux coffres à grains en menuiserie ont été étudiés sur la commune : voir dossiers IM05004535 et IM05004536.

Il existait, à la charnière du 18e siècle et du 19e siècle, un très grand coffre à grains communal, appelé « grenier d'abondance » et servant de stockage commun pour une partie des récoltes. Il est cité par J. Ladoucette (1834) qui loue cet équipement, « utile conception du moyen-âge, surtout dans un pays aussi sujet aux intempéries que les Hautes-Alpes », et précise que ses grains ont notamment été distribués aux habitants en 1793. L'ingénieur départemental Janson Desfontaines rédige un rapport au sujet de ce « grenier d'abondance » le 25 brumaire de l'An XIV (16 novembre 1805) (AD05 O 7220). Il explique que ce grenier est en réalité un très grand coffre à grains « formé au moyen de lambourdes et de planches en noyer et en chêne » et « exécuté avec soin et solidité ». Placé dans le renfoncement du coin d'une pièce utilisé comme école, son couvercle est fermé par deux serrures dont deux personnes différentes ont la clef. L'ingénieur estime son volume maximal à 500 émines – il contient 350 émines lors de sa visite. D'après les dimensions données, le volume théorique maximal est d'environ 15 mètres cube (2,4 mètres de long ; 2,6 mètres de profondeur ; 2,45 mètres de haut). Toutefois, il considère comme dangereux de « conserver ainsi une grande quantité de blé dans un espace resserré et fermé (…) sans qu'il puisse être remué et airé », redoutant notamment les dégâts des rats, des charançons et autres insectes mais aussi les risques de surchauffe interne de grains humides, fermentant et menant à l'incendie.

II.3.5. L'agriculture : commerce et transformation des céréales

Les céréales étaient vendues ou achetées en utilisant des mesures à grains. Quelques-unes sont mentionnées dans les inventaires après décès du 19e siècle. Généralement en noyer, elles peuvent être aussi en bois blanc et parfois cerclées de fer pour les renforcer. Dans ces documents, elles sont régulièrement appelées émine, demi-émine ou civayer, noms donnés à des unités de mesure de l'Ancien Régime, désignant une quantité ou une surface selon les cas. Plusieurs de ces mesures, conservées en lot dans une ferme de Rosans, ont été étudiées dans le dossier IM05004537.

La transformation des blés et autres céréales en farine était faite dans plusieurs moulins : au moins deux moulins seigneuriaux (celui du Pont et celui de Colombet) à partir de la seconde moitié du Moyen Age et jusqu'à la fin du 17e siècle, puis uniquement celui de Colombet jusqu'à la Révolution. Au 19e siècle, on dénombre jusqu'à quatre moulins à farine sur la commune : les deux déjà cités, et deux autres au haut quartier de l'Estang. Nota : au sujet des moulins, voir le chapitre II.8.1. ainsi que les dossiers IA05001087, IA05001088 et IA05001090.

II.3.6. L'agriculture : autres cultures de plein champ

Les témoignages oraux rapportent que les légumineuses sèches étaient largement cultivées, notamment les lentilles, pois-chiches et haricots blancs. La culture des légumineuses est également attestée par les archives, par exemple avec la mention en septembre 1809 de « quatre vingt kuiliograme fèves » présents à la ferme de La Rose (AD05 1 E 5770, n° 174 ; voir dossier IA05001612), où sont également conservés « deux cent kuiliograme garouses destinés à la noriture des pigeons ». On retrouve ces garouses (des gesses indéterminées : lentilles ou pois chiches) en octobre 1833 à la ferme de Montlahuc où « deux décalitres et demi de pois jarousse » sont conservés dans une bonde (récipient en paille tressée), accompagnés de « deux décalitres de pois jarrousses moulus » et de « deux décalitres pois dits Treynaus » (AD05 1 E 8126, n° 185 ; voir dossier IA05001611). Les légumineuses se retrouvent également sous l'appellation générique de ers, comme ces « soixante kilogrames ers ou alliés » stockés dans une maison du quartier de la Rose en février 1811 (AD05 1 E 5772, n° 64). En mai 1821, « six kilogrammes pois cuits » sont conservés dans un sac placé dans la cuisine d'une ferme à la Beaumelle (AD05 1 E 5776, n° 99). En décembre 1839, on trouve « douze décalitres de pesarote » et « cinq décalitres de fèves » à la ferme de La Coste, mais aussi « vingt décalitres de graine de sainfoin » (AD05 1 E 8132,n° 242 ; voir dossier IA05001615).

Les pommes de terre sont mentionnées dans certains inventaires après décès, par exemple « un terrain complanté en pommes de terre » au quartier des Rosières en septembre 1812 (AD05 1 E 5773, n° 172). Dans la même maison du quartier de la Rose, en 1811, « dans un coint dudit apartement il se trouve cent kilogrammes pome de tere » et, en décembre 1823, « vingt quatre sacs de pommes de terre destinés à la subsistance de la famille et des bestiaux ainsi que deux domestiques » sont conservés dans une dépendance d'une ferme à Champ Queyras (AD05 1 E 5777, n° 85).

Plus ponctuellement, la culture du lin apparaît dans quelques cas, par exemple en juin 1824 dans une maison du bourg, au quartier de l'Aire de Liotier, où « deux kilogrammes grains de lin » sont rangés dans une armoire de la cuisine (AD05 1 E 5777, n° 93).

II.3.7. L'agriculture : la culture du chanvre

La culture du chanvre est attestée au moins depuis le milieu du 15e siècle puisque deux actes notariés datés de 1445 et 1447 (AD05 1 E 9758, f° 40 v°, f° 184 v°) font mention de plusieurs « cheneviers » au quartier du Pont. Le cadastre de 1570 indique une quarantaine de parcelles sous le même terme de « chenevier », éventuellement accompagnées d'un pré ou d'un jardin, indication confirmant leur emplacement dans des zones relativement humides ou irriguées par des canaux. La majorité sont situées autour du bourg, au quartier du Pont (« las Chauchieres », « l'Esclauze ») ou à la Rebière, mais quelques autres sont distribuées ailleurs sur le territoire, par exemple à Baudon, Raton ou aux Millets. Le cadastre de 1699 est beaucoup moins précis sur cette culture, qui ne concerne que quelques parcelles situées aux quartiers du Lastic, de l'Esclause et de Merdaric, ainsi qu'un autre « chenevier » situé au Verger et appartenant au domaine seigneurial.

On peut se demander si la moindre importance accordée aux chènevières à la fin du 17e siècle est le reflet d'un déclin relatif de cette culture, qui était peut-être plus importante à l'époque médiévale et qui s'est vue concurrencée par la laine des moutons ? Toutefois, les terrains plantés en chanvre demeurent courants au 19e siècle, même s'ils ne sont pas spécifiquement mentionnés dans la nature des parcelles cadastrées. En revanche, on relève dans le cadastre de 1839 l'existence d'au moins trois bassins destinés au rouissage du chanvre, c'est à dire à la macération des tiges de chanvre, opération préalable au défibrage avant leur transformation en fil textile végétal. Ils sont mentionnés comme « rotoirs ». Deux sont installés au quartier de la Rébière, en rive gauche du torrent de l'Estang (parcelles 1839 D10 76 et 77) et un autre est situé dans des jardins clos au sud-ouest du bourg (1838 F1 335). Cet usage est également attesté dans la toponymie, à travers le terme naï ou naïs, appellation classique de l'occitan et du provençal pour désigner les bassins à rouir le chanvre. Ainsi, on relève dans le parcellaire de 1699 le micro-toponyme « lou Naix » (f° 77) au quartier de la Baumelle, en rive droite du « beal de la Font de la Lauze ». On le retrouve au même endroit dans le cadastre de 1839, où « le Nays » désigne quatre parcelles (1839 B4 24 à 27) situées immédiatement en aval de la Beaumelle, au quartier de la Clavelière, en rive droite du « beal de la Lauze » juste en amont de sa confluence avec le torrent de Pigerolles.

Dans les inventaires après décès de la première moitié du 19e siècle, le chanvre est principalement mentionné sous forme de semences – « douze kilogrammes graine chanvre » dans une ferme de Luzerne en janvier 1810 (AD05 1 E 5771, n° 5) ; « un double boisseau environ de graine de chanvre » dans à la ferme de Pigerolles en novembre 1827 (AD05 1 E 8120, n° 111) – ou de plantes mises à sécher en vrac. Par exemple « quarante kilogrammes chanvre non peigné » présents dans la ferme de La Rose en septembre 1809 (AD05 1 E 5770, n° 174 ;voir dossier IA05001612), « quatre kilogrammes chanvre, brisé seulement » dans la même ferme de Luzerne, ou « trente sept kilogrammes de chanvre de toute espèce, mâle, femelle » dans le galetas de la ferme de La Coste en décembre 1839 (AD05 1 E 8132, n° 242 ; voir dossier IA05001615).

D'après E. Bégou (2016), la crue du 13 août 1868 du torrent de l'Estang envahit de graviers les chènevières situées au bord du Merdaric. D'après la tradition orale, la culture du chanvre était encore en usage au début du 20e siècle.

II.3.8. L'agriculture : le chanvre et ses usages

Dans ces mêmes inventaires après décès, on retrouve le chanvre comme produit transformé en fils ou en cordes, comme « un kilograme de fil grossier provenant d’étoupes de chanvre » dans une maison du quartier de la Rose en février 1811 (AD05 1 E 5772, n° 64). Si le fil était destiné au tissage, les cordes pouvaient servir à de multiples usages, comme la fabrication de divers filets servant à enclore les troupeaux d'ovins ou à transporter le foin : « un fillet en corde pour parquer un troupeau d’avérage » et « un filet en corde pour le transport du fourage » (ferme de La Rose en 1809, voir dossier IA05001612).

D'après la tradition orale, la production de toiles et de draps en chanvre est encore en usage au début du 20e siècle. Un rouet de cordier, datant vraisemblablement de la charnière du 19e siècle et du 20e siècle et destiné au commettage des cordes en chanvre, est encore conservé dans une ferme de la commune (voir dossier IM05004539). D'autre part, la confection de tissus en vanne, un tissage particulier en fils de chanvre, est attestée à Rosans au moins depuis le début du 17e siècle (voir chapitre II.8.5.).

II.3.9. L'agriculture : les prés de fauche

Les données du cadastre de 1839 indiquent que les prés de fauche occupent environ 47 hectares, soit 5 % de la surface agricole utile. Ils sont toujours situés sur des parcelles naturellement humides ou bénéficiant de l'irrigation, soit par des canaux d'arrosage soit par des réservoirs.

Source de fourrage essentielle à la stabulation hivernale du bétail, leur importance dans la vie quotidienne se retrouve dans la toponymie cadastrale. Ainsi, le cadastre de 1570, qui recense près de 90 terrains occupés par des prés, mentionne le « Pra de Pelenc » au quartier de Baudon (f° 309). Dans le cadastre de 1699, on relève « le bas coin des Prés » à la Beaumelle (f° 134 v°), le « Pré d'Auméras » (f° 25 v°), le « Pré de la Cour » (f° 70 v°) et le « Pré des Comptes » (f° 141, f° 228 v°), ce dernier étant seigneurial. Le cadastre de 1839 cite les quartiers du « Champ du Pré » (section A9), du « Grand Pré » (A8, F5), « le Pré » (A8, A9, G6), « Pré de l'Eperon » (D1, D2), « Pré des Contes » (E14), « Pré du Milieu » (G2), « le Prayon » (D13, G6), « les Prayons » (A11), « Pra de Basseou » G3).

D'autres désignations et appellations relèvent du stockage des foins dans les bâtiments agricoles. Le cadastre de 1570 recense 65 granges, dont seulement 8 au bourg – mais ce document est incomplet. Celui de 1699, qui dénombre plus de 110 granges sur l'ensemble du territoire, dont une grosse moitié concentrées au bourg, indique un quartier appelé « les Granges » (f° 51 v°). Cette appellation correspond vraisemblablement au quartier de « la Grange » mentionné dans le cadastre de 1839 dans le secteur de la Gardette (parcelles B7 38 à 46), non loin de la « Grange des Moulins » (parcelles B6 10, 11, 15, 16). Enfin, au bourg, l'ancienne dépendance seigneuriale aujourd'hui occupée par des maisons et le bureau de poste (voir dossier IA05001553) est appelée « le Granjon » en 1699 (f° 232 v°) et « le Grangeon » en 1839 (parcelles F5 34 à 39).

A la ferme de La Rose, l'inventaire après décès de septembre 1809 (AD05 1 E 5770, n° 174 ; voir dossier IA05001612) indique que trois tonnes de foin sont entreposées dans les « greniers à foin (...) excédant la quantité nécessaire à la subsistance et nourriture du gros et menu bétail ». On y relève aussi la présence d'un grand filet servant au transport du foin, appelé « une entre maîe ». En octobre 1833 (AD05 1 E 8126, n° 185 ; voir dossier IA05001611), plus d'une tonne de foin est stockée dans le fenil de la ferme de Montlahuc. En juillet 1841 (AD05 1 E 8134, n° 54 ; voir dossier IA05001571), ce sont 650 kilogrammes de foin qui sont entreposés dans le galetas d'une maison du bourg, alors qu'en septembre de la même année (AD05 1 E 8134, n° 70), plus d'une tonne de foin se trouve dans une autre maison, au quartier de l'Aire Liotier.

Prés de fauche, aux Millets.Prés de fauche, aux Millets.

II.3.10. L'agriculture : la viti-viniculture

La culture de la vigne et la production de vin sur la commune de Rosans sont attestées par les archives depuis l'époque médiévale : en 1445, des vignes sont localisées au quartier du Chouchays (« ad Chauchayssum », AD05 1E 9758), secteur situé dans la plaine de la Longeagne et appelé Chaussaï dans le cadastre de 1839. Les données cadastrales du 19e siècle et du début du 20e siècle, confirmées par la tradition orale, indiquent que chaque domaine agricole possédait son vignoble, parfois disjoint et éloigné de la ferme. En 1839, les parcelles cadastrées comme vignes couvraient une surface d'un peu moins de 40 hectares, soit 4 % des terres cultivées de la commune. Elles ont été replantées pour partie après la crise du phylloxera. Cette importante activité agricole a disparu progressivement et les dernières vendanges remontent au dernier quart du 20e siècle : en 1974 à ferme de la Grande Coste (voir dossier IA05001613), vers 1975 à la ferme du Collet (voir dossier IA05001616), en 1989 à la ferme Souvoux (voir dossier IA05001606), en 1992-1993 à la ferme du Béal Noir où se trouvait l'ultime vignoble.

Aujourd'hui, il ne reste plus rien de la viticulture rosanaise. En revanche, les traces de la viniculture sont bien identifiables dans les maisons et dans les fermes de la commune. Les celliers y sont nombreux, accueillant parfois encore des tonneaux en bois de différentes contenances. Ils sont souvent complétés par une fonction de cuvage, dont l'élément principal consiste en une cuve de fermentation qui, à Rosans, est en bois. C'est là une spécificité du bassin rosanais, où les cuves vinaires maçonnées, qui sont omniprésentes dans la vallée du Buëch, sont très peu représentées. Quatre de ces cuves vinaires ont été étudiées sur la commune (dossiers IM05004530, IM05004531, IM05004532 et IM05004533). Par ailleurs, la viti-viniculture, son ancrage historique et ses spécificités dans le bâti sont traités dans un dossier thématique d'aire d'étude (voir dossier IM05004629).

Commune de Rosans. Localisation des parcelles de vignes mentionnées dans le cadastre de 1839, reportées sur le cadastre de 2022 (échelle d'origine 1/25 000e).Commune de Rosans. Localisation des parcelles de vignes mentionnées dans le cadastre de 1839, reportées sur le cadastre de 2022 (échelle d'origine 1/25 000e). Commune de Rosans. Localisation des parcelles de vignes mentionnées dans le cadastre de 1839, reportées sur la carte IGN (échelle d'origine 1/25 000e).Commune de Rosans. Localisation des parcelles de vignes mentionnées dans le cadastre de 1839, reportées sur la carte IGN (échelle d'origine 1/25 000e). Le Moulin, Saint-Etienne, la Longeagne, Plan de la Croix. Natures des parcelles en 1839, reportées sur le cadastre de 1839 (sections E1 à E5). Echelle d'origine 1/2 000e.Le Moulin, Saint-Etienne, la Longeagne, Plan de la Croix. Natures des parcelles en 1839, reportées sur le cadastre de 1839 (sections E1 à E5). Echelle d'origine 1/2 000e.

II.3.11. L'agriculture : la lavande

Le cadastre de 1699 désigne plusieurs terrains comme « bayassiere » ou « bayssiere », terme indiquant des zones incultes où pousse notamment la lavande, localisées sur les versants de l'Estang, du Lastic, du Collet, de la Gardette, etc. Toutefois, on ne sait pas si les lavandes étaient alors ramassées, ni si elles étaient mêlées au buis et aux genêts étalés dans les rues en hiver pour faire un fumier comme c'était le cas ailleurs au début du 19e siècle, par exemple à Orpierre (voir dossier IA05001700).

La distillation de la lavande ne paraît pas antérieure à la charnière du 19e siècle et du 20e siècle. D'après E. Bégou (2016), c'est à partir du début du 20e siècle que des lavanderaies sont plantées et complètent les baïassières naturelles. Des alambics mobiles étaient alors installés au bourg. D'après les sources orales, la lavande était cultivée au milieu du 20e siècle dans les quartiers du Lastic et du Collet, avant d'être remplacée par le lavandin. En 1956-1957, une distillerie de lavande est implantée au quartier du Béal Noir par Henri-Emile dit Emile Arnoux (voir dossier IA05001085). A cette époque, les plantations de lavande et de lavandin occupaient dans ce quartier une superficie d'environ 35 hectares, complétées par la sauge sclarée. La lavande a été ramassée à la main jusqu'au début des années 1970 par des ouvriers qui venaient de Valréas, puis d'Andalousie, remplacés ensuite par des machines. La production artisanale d'essence de lavande et autres plantes aromatiques est développée dans le chapitre II.8.4.

Pelouse sèche à lavande sauvage, quartier du Serre du Suquet.Pelouse sèche à lavande sauvage, quartier du Serre du Suquet. Champ de lavande, quartier du Serre de la Longeagne.Champ de lavande, quartier du Serre de la Longeagne.

II.4. L'élevage

II.4.1. L'élevage : le bétail

Au 16e siècle, la présence manifestement notable des troupeaux ovins transparaît dans plusieurs toponymes mentionnés dans le cadastre de 1570 : le « Jas de Barbier », le « Jas de Jaquerel », le « Jas de Jaques », le « Jas de las Molles », le « Jas de Paulet ». Toutefois, ces noms de lieux, qui se réfèrent clairement à une bergerie, ne sont jamais associés dans ce cadastre à la présence réelle d'un bâtiment. En 1605 (AD05 1 E 2078, f° 2), un prix-fait mentionne le « Jas des Brebis » comme une dépendance agricole relevant du domaine seigneurial. Le cadastre de 1699 mentionne le « Jas de Leymoyres » et le « Jas de Barnier ». Ce dernier, au quartier des Estourrants) est associé à un domaine agricole décrit comme un « plassage de maison, grange, régailles, here, prés, vigne, terres » (f° 22). On relève dans le cadastre de 1839 le « Jas des Moueres » (section A3), qui correspond sans doute au « Jas de las Molles » de 1570 et au « Jas de Leymoyres » de 1699. Il est possible qu'un micro-toponyme relevé dans le cadastre de 1570, désignant un jardin appelé « l'hort de las Abeilhes » (f° 255v°), fasse référence au passage des troupeaux transhumants, souvent appelés abéiés ou avéiés en provençal.

En 1789 (P. Guillaume, 1908), le cheptel ovin et caprin, qualifié de « menu bétail (...) dont l'espèce est fort petite », est estimé à environ 1 000 bêtes. Il est complété par « 24 paires de bœufs » et une trentaine d'équins : « chevaux, mulets ou bourriques ». D'après les inventaires après décès rédigés entre les années 1800 et 1850, transcrits et pour partie publiés par David Faure-Vincent (2022), le cheptel d'une ferme se compose au mieux d'un ou deux bœufs de labour, d'un âne ou d'un mulet et de dix à trente ovins, complétés par une chèvre. Les poules et coqs sont également présents, parfois accompagnés d'une « poule d'Inde ». Un fer à marquer le bétail, utilisé au début du 20e siècle, a été étudié sur la commune (voir dossier IM05004546).

La production de tissus en laine est avérée de façon indirecte par la mention dans les archives de moulins à foulon qui permettaient, par une action mécanique répétée, d'assouplir les draps de laine. Ainsi, en 1747 (D. Faure-Vincent, 2019) il est fait mention des « batiments des foulons » que le seigneur possède au quartier du Pont (voir dossier IA05001088). Au début des années 1830, un nouveau moulin à foulon est installé en rive gauche du torrent de l'Estang, au départ du chemin de Bauzenq. Il cesse ses activités dès les années 1850. Au sujet de ces établissements artisanaux, se reporter aux chapitres II.8.1. et II.8.2..

Troupeau de moutons pâturant les prés de fauche et les champs de céréales après la récolte, à la Palu.Troupeau de moutons pâturant les prés de fauche et les champs de céréales après la récolte, à la Palu. Transhumance à Rosans, le 16 juin 2020.Transhumance à Rosans, le 16 juin 2020.

II.4.2. L'élevage : l'apiculture

Jusqu'à l'importation du sucre de canne, puis de betterave, le miel était la seule source de sucre localement disponible. On trouve plusieurs mentions de ruchers dans les archives anciennes.

Comme mentionné dans le chapitre précédent, le cadastre de 1570 désigne un jardin appelé « l'hort de las Abeilhes » (f° 255 v°), dont on ignore l'emplacement et dont l'appellation ne renvoie peut-être pas à l'apiculture. Un acte notarié de 1610 (AD05 1 E 2083, f° 46 v° à 52 v° ; voir dossier IA05001612) mentionne la présence de 22 ruches à la ferme de La Rose, désignées comme « bruscs d'abeilles » et installées dans un jardin. Deux siècles plus tard, en mai 1810 (AD05 1 E 5771, n° 77), l'inventaire d'une ferme de la Beaumelle indique que « six ruches à miel » se trouvent sur un terrain appelé « la terre des Abeilles ». En décembre 1823 (AD05 1 E 5777, n° 85), une parcelle dépendant d'une ferme de Champ Queyras accueille « quatre ruches garnies de mouches à miel ». En avril 1828 (AD05 1 E 8121, n° 118), « cinq ruches à miel dont deux vides et trois garnies de leurs montres » sont installées « contre un petit mur au devant de la façade de la maison » d'une ferme de l'Estang.

Aujourd'hui, plusieurs petits ruchers abandonnés restent identifiables : aux quartiers du Grand Pré, de Beauzenc ou de Piérauche. Ce sont des aménagements très modestes, adossés à un talus ou à un mur de terrasse, qui conservent quelques blocs de pierre ou de lauzes, sur lesquels étaient posées les ruches, et parfois des tuiles creuses qui étaient employées pour maintenir le couvercle des ruches.

Des ruches apparaissent dans les inventaires après décès du 19e siècle. Ainsi, en octobre 1833 (AD05 1 E 8126, n° 185 ; voir dossier IA05001611), un « bois de ruche » – vraisemblablement une ruche monoxyle – est conservé dans une chambre de la ferme de Montlahuc. En avril 1851 (AD05 1 E 8140, n°152-153 ; voir dossier IA05001626), ce sont « trois ruches vides » qui se trouvent dans une chambre de la ferme des Basses Graves. Trois ruches datant du 20e siècle ont été étudiées sur la commune : une monoxyle (dossier IM05004545), une en écorce de liège vraisemblablement importée du Var (dossier IM05004554) et une en planches (dossier IM05004544). Enfin, les inventaires après décès signalent très ponctuellement la présence de miel dans les habitations. C'est par exemple le cas en juillet 1841 (AD05 1 E 8134, n° 54) dans la chambre d'une maison proche du bourg, au quartier du Verger, où se trouvent « deux pots de miel pesant deux kilogrammes ». Ou en avril 1843 (AD01 1 E 8135, n° 333-334) dans la cuisine d'une autre maison du bourg, au quartier des Terrasses, où sont conservés « quatre pots en poterie commune dont un plein de miel et l’autre de sel ».

Rucher, au Grand Pré.Rucher, au Grand Pré. Rucher, à Piérauche.Rucher, à Piérauche.

II.5. L'arboriculture

Complément des cultures de plein champs, l'arboriculture a longtemps été une évidence dans le paysage agricole de la commune de Rosans. Si, aujourd'hui, les arbres fruitiers ont pour partie disparu, demeurent divers objets qui témoignent de l'importance de cette activité. D'autre part, les arbres dit sauvages mais commensaux des habitats humains ont également marqué les usages ruraux. Enfin, l'exploitation des bois et des forêts se retrouve dans les matériaux des constructions agricoles et domestiques.

Pré et verger, à l'est du bourg de Rosans.Pré et verger, à l'est du bourg de Rosans. Pré-verger et haie de cognassiers, au Grand Pré.Pré-verger et haie de cognassiers, au Grand Pré.

II.5.1. L'arboriculture : les pruniers

Dans le Rosanais, la culture de la prune, et notamment de la Reine-Claude, a été une activité florissante durant tout le 20e siècle et jusqu'aux années 1970. Permettant les bonnes années, dans les grands domaines, le financement d'un tracteur ou d'un bâtiment supplémentaire, cette arboriculture a suscité la production de divers outils et objets agricoles spécifiques. Les prunes étaient pour partie expédiées fraîches, mais elles étaient aussi transformées en pruneaux pour être conservées localement ou commercialisées.

Ont été étudiés sur la commune : un coffret en vannerie pour l'expédition des prunes fraîches (voir dossier IM05004538), des paniers à ébouillanter les prunes (voir dossier IM05004540) et une claie pour le séchage des pruneaux (voir dossier IM05004541). Cette activité ne se limitant pas à la seule commune de Rosans, elle est traitée plus en détail dans un dossier d'aire d'étude qui est dédié aux patrimoines de la culture de la prune : IM05004628. Un autre dossier d'aire d'étude est consacré aux échelles utilisées lors des cueillettes : IM05004688.

II.5.2. L'arboriculture : les cognassiers

Ce petit arbre fruitier est remarquablement présent sur le territoire de Rosans. Un grand quartier des Coings existe aujourd'hui le long du torrent de Pigerolles. Absent du cadastre de 1570, il est mentionné « les Coins » dans le cadastre de 1699, pour seulement une « terre et jardin » (f° 31 v°). En revanche, dans le cadastre de 1839, le toponyme « les Coings » concerne plus d'une vingtaine de parcelles. Si l'on considère que cette appellation se réfère bien au fruit, cela pourrait être l'indice d'un développement de cette production au cours du 18e siècle, mais rien ne permet de l'affirmer.

Les cognassiers sont quelquefois organisés en vergers, par exemple autour du hameau de Raton ou à proximité des fermes Armand, Bertrand, Champ Pauvre ou au Collet. Mais ils sont surtout plantés en très nombreuses haies bocagères, installées en limites parcellaires ou sur les talus de rupture de pente. On les retrouve partout dans la campagne rosanaise, y compris au bord des chemins, comme au Plan de la Croix. Plusieurs fermes sont entourées de ce type de haies, par exemple aux Basses Graves, à la Grande Coste ou à la Coste.

La tradition orale rapporte qu'une part de la production était transformée localement en gelée ou en pâte de coing pour la consommation domestique, ce produit étant souvent offert en cadeau. Mais les coings pouvaient aussi être vendus ailleurs. Ainsi, ceux ramassés à ferme de la Grande Coste étaient pour partie exportés vers Apt (fabrication de pâte de coing et confiseries) ou vers les centres urbains, via le même négociant de Verclause que pour les prunes. Au Béal Noir, ils étaient expédiés vers les confitureries de Nyons.

Haie de cognassiers, au Collet.Haie de cognassiers, au Collet. Coings dans une haie de cognassiers, au Plan de la Croix.Coings dans une haie de cognassiers, au Plan de la Croix.

II.5.3. L'arboriculture : autres arbres fruitiers (poiriers, pommiers et cerisiers)

Les poiriers sont nombreux sur la commune. Ils sont parfois regroupés en vergers, associés à des pommiers et des cognassiers comme à la ferme de Roman ou dans certains quartiers agricoles, par exemple au Grand Pré ou au pied de Saint-Jaume. Mais le plus souvent on les trouve sous la forme d'arbres isolés, dispersés dans les terres labourables ou éventuellement installés à proximité d'une ferme comme aux Montarines ou à Montlahuc.

La tradition orale indique que plusieurs variétés de poires à couteau étaient cultivées : Louise Bonne ou Bonne Louise, Bon Curé... D'autres variétés étaient plutôt destinées à la cuisson, comme la Campanette – encore très répandue à Rosans et qui servait également pour la distillation en eau de vie – la Crémesine ou la Sarteau. Les cadastres anciens indiquent plusieurs micro-toponymes désignant les poiriers. Ainsi, on relève en 1699 « le Poyrier de Parden », « le Poirier de Picard », « le Poyrier du Ronfle » et le « Poirier Gris ». Ces deux derniers se retrouvent dans le cadastre de 1839 : le « Perier Gris » (section A5), le « Poirier du Ronfle » (F6), complétés par le « Perier Rima » (D6) et le « Ray des Poiriers » (A1), et il n'est pas exclu que l'appellation « Canpanetière » (B5) se réfère aux poires de variété Campanette. Une « caisse en poirier » est mentionnée en avril 1828 dans l'inventaire d'une ferme de l'Estang (AD05 1 E 8121, n° 118) et, en décembre 1839, on trouve un « bois de lit en poirier tout neuf » dans la ferme de La Coste (AD05 1 E 8132, n° 242 ; voir dossier IA05001615).

En décembre 1842, on trouve 150 kilogrammes de pommes entreposés dans une auberge du bourg (AD05 1 E 8134, n° 249-250). Un verger de cerisiers a été observé à Raton, ainsi que quelques arbres isolés ailleurs.

Poirier isolé dans un champ, à la Grande Coste.Poirier isolé dans un champ, à la Grande Coste. Poirier, au Grand Pré.Poirier, au Grand Pré. Poirier de variété Campanette, à la Grande Coste.Poirier de variété Campanette, à la Grande Coste.

II.5.4. L'arboriculture : noyers et amandiers

Les noyers étaient autrefois nombreux. Ils servaient de bois d’œuvre, mais étaient destinés avant tout à la production d'huile par broyage des cerneaux dans des conques actionnées par la force hydraulique.Le chapitre II.8.3. est dédié à la production et à la conservation de l'huile de noix à Rosans.

Quelques rares micro-toponymes sont relatifs à ces arbres, par exemple « le Nohier de Chouvin » dans le cadastre de 1570 (f° 275), le « Champ des Noyers » (section B10) et le « Noyer du Conce » (A5) dans celui de 1839. Dans les réponses au questionnaire de 1789 (P. Guillaume, 1908), il est précisé que « les terres sont complantées de noyers, quelques peu d'amandiers et des arbres fruitiers [dont les variétés] sont des plus communes ». Aujourd'hui, les noyers qui subsistent sont soit plantés isolément à proximité d'une ferme (les Basses Graves, les Montarines...) ou d'un bâtiment agricole (les Coings, Pigranier, les Rosières...), soit regroupés en alignements ou en vergers comme à la Grande Coste ou à Lidane. La tradition orale rappelle qu'au Béal Noir, deux variétés de noix étaient récoltées : la Franquette et la Dauphine.

Dans les inventaires après décès dépouillés pour la première moitié du 19e siècle, on relève que la plupart des meubles (pétrins, chaises, lits, commode, caisses d'horloge, coffres à grains, etc.) sont fabriqués en noyer. On relève aussi l'existence de « fourches (...) en bois noyer (ou) en bois roux » (ferme de La Rose, septembre 1809 : AD05 1 E 5770, n° 174 ; voir dossier IA05001612). Par ailleurs, la présence de stocks de noix est ponctuellement mentionnée. Ainsi, en décembre 1823, « quatre doubles boisseaux de noix en coquille » sont conservés dans le galetas d'une ferme de Champ Queyras (AD05 1 E 5777, n° 85) et, en décembre 1839, ce sont « quatre cent vingt kilogrammes de noyaux de noix » qui sont entreposés dans le galetas de la ferme de La Coste (AD05 1 E 8132, n° 242 ; voir dossier IA05001615). On relève aussi la mention de « deux hectolitres de coquilles de noix » conservés au moulin du Pont en septembre 1854 (AD05 1 E 8373, n° 174), sans que l'on sache à quel usage elles étaient réservées.

Les amandiers étaient plantés dans les terres cultivées en céréales, et sans doute aussi dans les vignes. On en trouve encore quelques-uns aujourd'hui : isolés dans des terres abandonnées au quartier de Bauzenq, en verger au quartier des Basses Graves, etc.

Noyer dans une parcelle de terre labourable, à la Rose.Noyer dans une parcelle de terre labourable, à la Rose. Verger de noyers, à la Grande Coste.Verger de noyers, à la Grande Coste. Champ complanté en amandiers, aux Basses Graves.Champ complanté en amandiers, aux Basses Graves.

II.5.5. L'arboriculture : les mûriers et la soie

D'après E. Bégou (2016), la production de feuilles de mûriers est attestée au domaine de la Rose en 1702. En août 1834 et février 1835, la présence de ces arbres est encore mentionnée dans des baux à ferme, qui précisent que le fermier du « domaine rural appelé la Rose » devra « soigner particulièrement, tailler et arranger les mûriers, au moins tous les deux ans » (AD05 1 E 8127, n° 137) et que des chambres peuvent servir « pour les vers à soie » (AD05 1 E 8128, n° 53). Déjà en septembre 1809, l'inventaire de cette ferme mentionnait un « bois de lit » en « bois de meurier » dans une chambre (AD05 1 E 5770, n° 174). Au début des années 1830, il existe sur la commune une « pépinière de mûriers » (J. Ladoucette, 1834) qui correspond peut-être à la parcelle mentionnée comme « pépinière » dans le cadastre de 1839, au quartier de la Grande Vigne (1839 E4 92). Dans les années 1880 (G. Derennes, 1886), il est indiqué que « les mûriers poussent très bien » à Rosans. D'après la tradition orale, l'élevage du vers à soie était pratiqué au domaine de la Grande Coste dans les années 1920-1930.

Quelques mûriers subsistent encore aujourd'hui, notamment plusieurs arbres plantés en alignement le long de la R. D. 25 à la sortie du bourg face au cimetière.

II.5.6. L'arboriculture : les tilleuls

Récolté pour ses fleurs, plus que pour ses feuilles ou ses fruits, le tilleul est devenu l'arbre emblématique et un marqueur paysager des Baronnies provençales.

Sa présence a été observée dans plus d'un tiers des fermes de la commune, où il est souvent planté dans la cour, comme à Luzerne, au Collet, au Béal Noir, aux Millets, à Montlahuc ou à la Baumelle. Parfois, sa silhouette demeure l'ultime indice visible dans le paysage de l'emplacement d'une ferme aujourd'hui ruinée ou rasée : à la Combe, la Galère, aux Hautes-Graves ou en haut de l'Estang.

Un tilleul accompagne aussi certains bâtiments agricoles isolés, à Combe Cristol ou à Pigranier, ainsi qu'à l'ancienne école de Raton ou au moulin du Pont. En quelques cas, les arbres sont alignés sur une limite parcellaire dans les zones de cultures. Ils sont plantés en allée à l'Estang et en verger à Raton. On les retrouve aussi ponctuellement le long des routes.

Malgré une présence évidente dans le paysage, cette arboriculture est restée discrète en terme de matériel spécifique et d'aménagements architecturaux. Les fleurs de tilleuls étaient récoltées à l'aide de grandes échelles à un ou deux montants verticaux (voir le dossier d'aire d'étude consacré aux échelles : IM05004688) puis transportées dans des sacs appelés « saquette » (voir dossier IA05004547) jusque dans les séchoirs ou elles étaient étalées sur les planchers. Là, régulièrement brassées et retournées, elles séchaient dans la pénombre.

Grand tilleul dans un champ de la vallée de Raton, marquant l'emplacement d'une ferme rasée.Grand tilleul dans un champ de la vallée de Raton, marquant l'emplacement d'une ferme rasée. Alignement de tilleuls et pré de fauche, à Pié Léger.Alignement de tilleuls et pré de fauche, à Pié Léger.

II.5.7. L'arboriculture : autres arbres domestiques

Quelques autres espèces d'arbres accompagnent le bâti, que l'on peut qualifier d'arbres domestiques malgré leur origine sauvage, tant leurs usages étaient liés à la vie des exploitations agricoles : complément de fourrage avec les feuilles, utilisation des fruits pour l'alimentation humaine ou du bétail, bois de chauffage, bois d’œuvre, etc. C'est par exemple le cas des frênes, que l'on trouve plantés en allée à l'Estang ou de façon isolée dans la cour d'une ferme aux Montarines. Au quartier de la Longeagne, le toponyme « le Fraysse » désigne également cet arbre dans les cadastres de 1570 (f° 210 v°) et de 1839 (section E4). Mais aussi des saules, qui ont été observés plantés en alignement à la Longeagne et à Roman, où ils sont associés à des peupliers, ou isolément à la Combe, à Chameyer et à l'Estang. D'autres arbres sont simplement décoratifs ou plantés pour leur ombrage, comme ce platane dans la cour de la ferme de Baudon.

Il faut également mentionner le peuplier, que l'on trouve planté le long des cours d'eau ou en bordure de parcelles dans les zones plus humides. Ces arbres, à la croissance relativement rapide, étaient beaucoup utilisés comme bois de charpente et pour les planchers. En ce qui concerne l'ameublement, cette essence se retrouve sous l'appellation générique de bois blanc. Elle est précisément spécifiée pour un « grand coffre ou arche » (coffre à grains) présent en octobre 1816 dans une ferme à Champ Queyras (AD05 1 E 8118, n° 153) et pour une « caisse farinière en bois de peuplier presque neuve » à la ferme de la Coste en décembre 1839 (AD05 1 E 8132, n° 242 ; voir dossier IA05001615).

II.6. Bois et forêts

II.6.1. Bois et forêts : localisation

Dans les réponses au questionnaire de 1789 (P. Guillaume, 1908), les habitants de Rosans indiquent que « nous n'avons point de bois de haute futaie ; il n'y en a que trois autres, l'un appelé la Fayolle, l'autre la Fayé et l'autre Piléger, tous les trois de petite étendue et en très mauvais état ». Le bois de la Fayolle est à l'usage exclusif du seigneur, mais celui de la Fayé « a été partagé entre lui et la communauté ; la portion de cette dernière est en si mauvais état que les habitants ont peine d'y trouver du bois pour leur chauffage, n'étant garnie que de rejetons de fayards et broussailles ».

On trouve déjà les toponymes mentionnés ci-dessus, qui désignent des hêtraies, dans les cadastres anciens. Dans celui de 1570, on note un « chemin de la Faye » (f° 155, f° 208 v°) et un « chemin de l'Adrech de la Faye » (f° 169 v°, f° 282) au quartier de la Gardette, ainsi qu'une « terre de la Faye » (f° 188) dans le secteur de La Roche. Dans celui de 1699, les bois de « Fayolle » et « la Faye » figurent dans les propriétés seigneuriales (f° 232 v°) et l'on note une « draye de la Fayolle » (f° 208) dans le secteur de Champ Queyras. Ces toponymes apparaissent dans le cadastre de 1839 sous la forme « la Fayolle » (sections A9, A10), « la Fayollon » (A10), « la Fayé » (A1, A5, A6), l'« Adrech de la Fayé » et l'« Ubac de la Fayé » (A7), le « Serre de la Faye » (B1). Quant au bois de Pié Léger, mentionné en 1789 comme « garni de broussailles et de quelques chênes d'une petite grosseur et longueur », il est alors seigneurial mais les habitants y ont « quelques privilèges ». Mentionné sous la forme « Puylaugier » dans le cadastre de 1570 (f° 288), il est désigné dans celui de 1699 comme un « bois et deves » à « Pilleger » figurant parmi les propriétés seigneuriales (f° 232 v°).

D'après le cadastre de 1839, près d'un quart du territoire communal est occupé par des « bois taillis », soit environ 567 hectares, principalement situés sur les versants de la partie nord de la commune. A cette date, la commune est propriétaire de plus de 160 hectares de « bois taillis » sur la section cadastrale A, dont près de 29 hectares au quartier de « la Fayé » (parcelle A1 10) et le reste aux quartiers de « Blache Bouvaïre », « Blache d'Allier », « Bois des Planes », « Fouent du Végé », « Ray de Laurette », « Tartufière », « Zaraniouze », etc. Auxquels il faut ajouter 14 hectares de « bois taillis » au quartier de « Pied Léger » (parcelle G10 05).

Dans ce cadastre, plusieurs toponymes relatifs aux bois et aux forêts précisent la nature des peuplements dominants. Outre ceux concernant les hêtres, déjà cités plus haut, certains désignent des bois de chênes : « la Blache » (G3), « Blache Bouvaïre » (A1, B1, B2), « Blache d'Allier » (A12), « Blache de l'Adrech » (A11), « Blache de la Dame » (B1), « Blache de Raton » (B9), « Blache du Rocher » (A8, A9), « Blache Ronde » (A14), « Grande Blache » (A2). Plus rares, quelques appellations désignent les buis, comme « la Bouïssona » (G3) ou le « Travers des Buis » (A1), ou les genévriers avec le « Champ du Cade » (E7).

La haute vallée du torrent de Baudon et le quartier de la Fayée, vue prise du sud-ouest.La haute vallée du torrent de Baudon et le quartier de la Fayée, vue prise du sud-ouest.Le quartier du Collet, au fond le plateau de Pié Léger.Le quartier du Collet, au fond le plateau de Pié Léger.

II.6.2. Bois et forêts : usage des arbres sauvages

De la même manière que pour plusieurs variétés d'arbres domestiques (voir chapitre II.5.7.), certaines espèces d'arbres sauvages étaient utilisées pour d'autres usages que le seul bois de chauffage.

Parmi ces espèces sauvages, les chênes étaient émondés pour fournir des ramées utilisées comme litière ou fourrage complémentaire. Certains, qui conservent leur forme en têtard, sont encore reconnaissables, notamment au quartier de Saint-Jaume. Déjà mentionnés comme faisant partie de la nourriture des habitants en 1789 (P. Guillaume, 1908), des glands figurent en décembre 1839 dans l'inventaire de la ferme de la Coste (AD05 1 E 8132, n° 242 ; voir dossier IA05001615), où sont conservés « soixante dix décalitres de glands » et « quinze décalitres de farine de gland ». On ignore s'ils sont alors destinés au bétail ou aux habitants. Dans les inventaires après décès de la première moitié du 19e siècle, le bois de chêne est surtout associé aux cuves vinaires et aux tonneaux, plus ponctuellement à des petits bancs. En outre, « deux métiers de tisserant en bois de chêne » sont présents dans une maison du bourg en octobre 1818 (AD05 1 E 8119, n° 152).

On trouve quelques « bois de lit » confectionnés en sorbier, en 1811 dans une maison du bourg (AD05 1 E 5772, n° 214), en février 1822 dans une ferme de Raton (AD05 1 E 5776, n° 195), ainsi qu'un « lit à colonnes bois de sorbiers » dans une ferme de l'Estang en avril 1828 (AD05 1 E 8121, n° 118), où sont par ailleurs conservées des planches de cette essence, désignées comme « quatre plateaux de sorbier ». Ces mêmes inventaires mentionnent quelques rares objets en châtaignier, essence aujourd'hui absente du territoire et probablement déjà importée à l'époque. Il s'agit notamment d'une « barrique » présente en septembre 1808 dans le moulin du Colombet (AD05 1 E 5769, n° 183 ; voir dossier IA05001090) et de deux mesures, désignées comme « boisseau en bois de chataignier », conservées en septembre 1854 au moulin du Pont (AD05 1 E 8373, n° 174 ; voir dossier IA05001087).

Quant aux résineux, désignés comme pin ou sapin, ils sont parfois spécifiquement mentionnés dans les inventaires, mais ces bois font sans doute aussi partie de l'appellation très générique de bois blanc. C'est la matière première d'un mobilier très divers mais moins considéré que celui en noyer : caisses, tables, bois de lit, etc. Les deux bois peuvent d'ailleurs être associés, comme cette « arche ou grenier à bled en bois noyer au devant, le derrière bois blanc » conservée en mai 1821 dans une ferme de la Beaumelle (AD05 1 E 5776, n° 99) ou ce « redressoir en noyer et bois blanc » (crédence avec vaisselier) dans une maison du bourg en juin 1824 (AD05 1 E 5777, n° 93).

Grands chênes à ramées, plateau de Saint-Jaume.Grands chênes à ramées, plateau de Saint-Jaume.

II.6.3. Bois et forêts : usage des buissons

Comme pour les arbres sauvages, les buissons pouvaient servir à divers usages agricoles et domestiques. Ainsi, la tradition orale rapporte que jusqu'aux années 1910, les branches de buis et de genêts étaient étalées dans les rues du bourg avant le passage des troupeaux d'ovins. Une fois piétinée et chargée des déjections animales (et humaines), cette masse végétale servait de fumier.

D'autre part, les genêts et les cornouillers étaient utilisés pour la confection de balais rustiques, appelés « escoubes », ou « escoubette », dont la fabrication perdurait au début des années 1980 (voir dossier IM05004543).

II.7. Aménagements agricoles

II.7.1. Aménagements agricoles : les murs de soutènement

Les murs de soutènement en pierre sèche, supportant des terrasses de culture, sont assez peu nombreux sur la commune de Rosans. Cette situation s'explique sans doute par le fait que la majorité des terres cultivées sont aujourd'hui concentrées dans les zones basses de la commune, sur des pentes relativement faibles voire sur des terrains plats. Quant aux versants plus raides, qui étaient anciennement cultivés et probablement aménagés en terrasses au moins en partie, ils ont été abandonnés dès la fin du 19e siècle, désaffection accompagnée d'une végétalisation plus ou moins dense qui masque aujourd'hui ces constructions. En outre, certaines terrasses étaient soutenues par des talus-pierriers (voir chapitre suivant).

Mur de soutènement en pierre sèche, au Villard.Mur de soutènement en pierre sèche, au Villard.

II.7.2. Aménagements agricoles : les pierriers

Les pierriers sont des tas de pierres, accumulations qui résultent de l’épierrage des terres labourables ou des vignes, parfois des terrains dédiés au pâturage extensif. Ils sont généralement installés en limite de parcelles ou sur des zones déjà défavorables à la culture. A Rosans, les « pierriers bâtis » – dont un ou plusieurs côtés sont montés avec un parement en pierre sèche – sont rares ; quelques-uns ont été observés aux quartiers du Villard et de Piérauche. Les autres sont de simples tas de pierres. Lorsqu'ils sont implantés parallèlement au sens de la pente, ils servent souvent de limite parcellaire. Lorsqu'ils disposés parallèlement aux courbes de niveaux, ils constituent alors un talus accentuant la rupture de pente, artifice pouvant servir de soutènement à une parcelle située en contre-haut.

Dans le cadastre de 1839, plus de 70 pierriers sont désignés comme « clapier », dont un quart concentrés au quartier du Villar. Quatre étaient suffisamment conséquents pour être cadastrés à part et constituer une parcelle propre. Ils sont situés aux quartiers du « Champ de la Fouent » (parcelle 1839 A8 49), « Combe Chauvine » (E2 23), « Pigerolles » (B5 32) et le « Villard » (E7 12). Le plus petit occupait une surface de 160 mètres carrés et le plus grand 750 mètres carrés. Tous les autres clapiers sont rattachés à une parcelle plus grande. Dans presque la moitié des cas, le pierrier est alors inclus sur une parcelle de « landes » mitoyenne d'une parcelle cultivée. Ce phénomène confirme le choix de stocker les pierres d'épierrage sur une zone naturellement défavorable à la culture mais située à proximité de terres travaillées.

« clapier » associé à une parcelle de :

Nombre de parcelles

« landes »

32

« labour »

20

« friche »

9

« pâture »

2

« ozeraie»

2

« labour arrosable »

1

« bois taillis »

1

Les pierriers dans le cadastre de 1839.

Pierrier bâti, au Villard.Pierrier bâti, au Villard. Terrasses agricoles abandonnées installées entre des talus-pierriers, à Baudon.Terrasses agricoles abandonnées installées entre des talus-pierriers, à Baudon.

II.7.3. Aménagements agricoles : les digues

Les rives des cours d'eau ont été aménagées par endroits pour prémunir les terres riveraines des débordements dévastateurs lors des crues. Outre la rivière de l'Eygues, ce sont deux autres torrents qui sont notamment concernés, celui de Baudon et celui de l'Estang – appelé Merdaric dans sa partie aval. Il s'agit généralement de digues, certaines étant de simples talus en terre mais d'autres étant bâties en pierres sèche. On remarque également, quartiers des Rosières et des Millets, quelques petits ruisseaux temporaires canalisés au moyen de digues en remblais. Ce dispositif vise à empêcher les épanchements de graviers lors des fortes pluies, en surélevant artificiellement le lit du ruisseau pour atténuer et régulariser sa pente au niveau de son cône de déjection naturel.

Digue en pierre sèche bordant la rive gauche du torrent de Baudon, au Ravin de Reynier.Digue en pierre sèche bordant la rive gauche du torrent de Baudon, au Ravin de Reynier. Ruisseau surélevé sur un remblai, aux Rosières.Ruisseau surélevé sur un remblai, aux Rosières.

La volonté de lutter contre les effets des crues est déjà présente au début du 17e siècle. En 1607, un acte d'arrentement du domaine seigneurial faisant état d'un système « de deffance contre le ruysseau de l'Estang appellé la Rivière » (AD05 1E 2080, f° 62 r°). En 1789 (P. Guillaume, 1908), la communauté se plaint de « quelques torrents desquels on ne peut tirer aucun avantage, mais qui, au contraire, font beaucoup de dommage, et on ne saurait les prévenir qu'en faisant beaucoup de réparations et fortifications ». Trois décennies plus tard, « on commence à planter et avec succès, mais pas assez le long des ravins ; tels qu'ils restent à sec dix mois de l'année semblent, lors de forts orages, de grosses rivières qui emportent tout » (J. Ladoucette, 1834). Malgré ces efforts, certaines zones restent vulnérables et les matrices cadastrales (période 1840-1911) illustrent plusieurs cas de terres agricoles impactées par les débordements torrentiels. C'est par exemple le cas de parcelles qui ont été l'objet d'une « corrosion » comme ce pré aux Rosières en 1848 (parcelle 1839 E15 152) ou ce marais aux Coings en 1855 (parcelle F9 79).

De graves crues et inondations ont lieu en 1868, dont le souvenir est gravé sur le linteau d'une ferme du quartier des Millets : « MAISON FONDEE PAR ANTOINE ARMAND L'AN DU DELUGE DU 13 AOUT 1868 ». Sans doute à la suite de cet épisode météorologique, plusieurs terrains font l'objet de corrections dans les matrices cadastrales en 1870. C'est le cas d'une grande parcelle de terre « labourable arrosable » déclarée « engravée » à 40 % par la crue du torrent de Lidane (parcelle 1839 E11 70, voir dossier IA05001625). D'autres parcelles situées ailleurs sur la commune sont également concernées par des destructions et épandage de graviers : un pré à la Lierresse (parcelle A1 48), une terre labourable au Vallon (parcelle E13 22), une vigne aux Vignes de Raton (parcelle A4 40) ou une « oseraie bois taillis » à Batarelle (parcelle E12 46).

Linteau avec inscription « MAISON FONDEE PAR ANTOINE ARMAND L'AN DU DELUGE DU 13 AOUT 1868 ». Ferme aux Millets.Linteau avec inscription « MAISON FONDEE PAR ANTOINE ARMAND L'AN DU DELUGE DU 13 AOUT 1868 ». Ferme aux Millets.

En 1874, c'est à Baudon qu'une terre « labourable arrosable » (parcelle G4 47) disparaît à cause du « changement du lit d'un torrent ». En 1876, aux Coings, c'est un pré (parcelle F9 119) qui est mentionné comme « recouvert de graviers par inondation ». En 1879, à nouveau sur les bords du torrent de Baudon mais au pied du plateau de Saint-Jaume, 20 % de la superficie d'une parcelle de terre « labourable arrosable » est déclassée en « gravier » suite à une « inondation » (parcelle G12 04, voir dossier IA05001599). Suite aux crues du mois d'août 1868, un projet de reconstruction d'un « radier de prise d'eau » pour un canal d'arrosage sur les rives du torrent de Luzerne est établi en 1874 (AD05 7 S 210). En 1896 (AD05 7 S 210), des « travaux de défense » sur les rives de l'Estang sont un autre exemple des efforts menés pour préserver les terrains face aux crues. Il s'agit alors de réaliser un confortement des berges du cours d'eau, aux quartiers de la Ribière et de l'Ecluse, au moyen de clayonnages en bois.

II.7.4. Aménagements agricoles : les canaux et les bassins d'arrosage

Dans les documents du 16e siècle et du 17e siècle, les canaux sont généralement désignés sous le terme de beal. Mais cette appellation est parfois délicate d'interprétation car son acceptation peut aussi correspondre à des ruisseaux : « Beal de la Chapelle », « Beal des Eysserilles », « Beal du Routavour », « Béal de Combe Chauvine », « Béal Mathieu », « Béal de Reynier », « Béal de Plaranche », « Beal du Villar », « Beal de la Font de la Lauze » ... D'ailleurs, les ruisseaux secs et les talwegs inactifs sont appelés « beal mort ».

Toutefois, dans certains cas, il demeure possible de les identifier. Ainsi, dans les cadastres de 1570 et 1699, les canaux sont généralement désignés sous le terme de beal : le « beal de las Chauchières » (tanneries), le « beal du moulin de Colombet », le « beal du moulin de Verclause ». Le terme canal est employé ponctuellement en 1699 : « canal du moulin » à la Palud. En 1604 (AD05 1 E 2077, f° 5 r°, 87 r°), il est fait mention d'« ung beal po(ur) passer l’eau qui aroze par du cousté de l’yere », canal qui traverse la cour du château de Rosans et qui est également désigné comme « le beal de l’eygage des pres ». D'autre part, outre les canaux destinés aux activités moulinières, d'autres, plus nombreux et parfois aménagés sur de courtes distances, servaient à l'irrigation des chènevières, des prés de fauches et des terres labourables arrosables. Ces dernières occupent une superficie d'environ 87 hectares – soit 10 % de l'ensemble des terres labourables – dans le cadastre de 1839. Parmi les canaux d'irrigation clairement identifiés comme tels dans les cadastres anciens, on relève en 1570 « le beal qui vient de l'Estan », le « beal de l'eygage des pras » ou « beallage des prés » au quartier de la Rebière, le « beal de leygage » au quartier des Millets et le « beal de l'Esclauze » qui désigne le canal d'amenée au réservoir du moulin du Pont mais qui pouvait également servir pour l'irrigation. On retrouve en 1699 le « beal de l'Estan » ou « beal de la Fontaine de l'Estan », ainsi que le « beal de l'arrosage » au quartier de la Rebière.

En 1789 (P. Guillaume, 1908), les habitants regrettent que « les eaux des ruisseaux ne sont point de qualité à engraisser les fonds » cultivés. Ils précisent que le torrent de l'Estang est dérivé et « sert pour l'arrosage des fonds et prairies principales et notamment de ceux qui sont à l'entour du village appartenant au seigneur dudit lieu ». Celui-ci possède les droits sur cette eau du « lundi matin jusqu'au vendredi à 9 heures du matin (…) pour ses prairies au-dessus du pont » et du « vendredi matin jusqu'au samedi, au soleil couchant » pour celles situées en aval. Quant aux torrents de Baudon, Pigerolles et Luzerne, « qui ne sont ni les uns ni les autres bien considérables (ils) servent à arroser une partie des fonds des particuliers qui se trouvent le long d'iceux ».

De nombreux canaux d'irrigation figurent sur les plans cadastraux de 1839, la plupart d'entre eux étant des dérivations directes des cours d'eau. Certains sont très courts et servent à l'arrosage de seulement quelques parcelles, par exemple à Raton et en aval de ce hameau (sections A4, A5, A7), à Pigerolles (B5), à l'Estang (D13), à Lidane (E11), à la Vourgie (F8), à Baudon (G2, G3) etc. Mais d'autres sont beaucoup plus étendus et possèdent parfois plusieurs ramifications en fonction des ruptures de pente. C'est notamment le cas des canaux dérivés du torrent de Baudon – par exemple au Coulet (G11) ou au pied de Pied Léger (G9, G11) – et surtout du torrent de l'Estang : au Lastic (D12), à la Rébière (D10), aux Rosières (E14, E15), à Merdaric (F3, F4, F5) ou aux Coings (F9).

Dans les années 1930, quatre groupements de propriétaires se partagent les eaux dérivées de l'Estang (E. Bégou, 2016) qui permettent l'arrosage des deux rives de ce torrent mais également l'irrigation des jardins situés de part et d'autre du bourg grâce à « des canaux qui empruntaient la place et les rues (…) Certains canaux, qui ne sont plus utilisés depuis longtemps, étaient situés sous des maisons, en particulier sous les maisons qui sont à l'est de l'église, l'ex-café Andru et l'écomusée » (côté nord de la rue Aristide-Briand ou R. D. 325). Plus en aval, des canaux alimentent les quartiers de Merdaric, les Rosières et la Coste.

Outre ces canaux, des réservoirs ou bassins existaient pour stocker l'eau nécessaire à l'arrosage des parcelles. Un seul, situé à Champaure, est cadastré comme parcelle individuelle ; mentionné comme « réservoir » (1839 G6 41), il semble que ce soit le seul aménagement de ce type qui alimente un canal d'arrosage. Les autres ne sont pas enregistrés cadastralement mais certains sont figurés sur le dessin des plans cadastraux, par exemple à la Combe (D5), la Rébière (D11), Luzerne (E10), la Rose (E12), Merdaric (F3), l'Auche (F4).

La Ribière. Canal d'irrigation et parcelles arrosables, sur le cadastre de 1839 (section D10). Echelle d'origine 1/2 000e.La Ribière. Canal d'irrigation et parcelles arrosables, sur le cadastre de 1839 (section D10). Echelle d'origine 1/2 000e. Le Moulin. Natures des parcelles en 1839, reportées sur le cadastre de 1839 (sections E1 et E2). Echelle d'origine 1/2 000e.Le Moulin. Natures des parcelles en 1839, reportées sur le cadastre de 1839 (sections E1 et E2). Echelle d'origine 1/2 000e. Bassin d'arrosage au bourg.Bassin d'arrosage au bourg.

II.7.5. Aménagements agricoles : les canaux de drainage et les marais

Hormis les canaux d'arrosage, d'autres canaux étaient destinés au drainage des eaux dans les zones de marais – qui occupent plus de 25 hectares en 1834. Comme pour les digues, ce système est attesté dès 1607 (AD05 1 E 2080, f° 62 r°), quand le châtelain ou rentier du domaine seigneurial est tenu de « maintenir et entretenir curer les beals et razes (...) aux fins que les eaux pluvialles ne donnent domage ausdites propriettés ».

Les secteurs marécageux se concentrent principalement dans la partie la plus basse de la commune, le long du torrent de Merdaric et vers sa confluence avec l'Eygues. Le cadastre de 1839 dénombre plus de 70 parcelles enregistrées comme « marais » : la très grande majorité d'entre elles sont situées aux quartiers de La Palud, les Coings, les Rosières, les Millets, Chameyer, etc. Quelques autres existaient également ailleurs, à Lidane, la Combe, l'Essaillon, Pied Léger, Baudon... On remarque que, dans ce cadastre, près des deux tiers des parcelles désignées comme « marais » résultent d'une correction, l'ancienne mention « pré » (plus rarement « terre labourable arrosable ») ayant été biffée. Ce phénomène témoigne d'un usage mixte de ces terrains, qui n'étaient donc pas strictement incultes mais pouvaient notamment servir de prés de fauche, peut-être de façon non pérenne ou non extensive.

II.8. Activités artisanales

II.8.1. Activités artisanales : les moulins du Moyen Age au 18e siècle

Deux moulins seigneuriaux sont attestés à la fin du Moyen Age, chacun appartenant à un coseigneur différent. Leurs meules sont entraînées en prise directe par des roues hydrauliques horizontales. La plus ancienne mention connue date des années 1410 et concerne le « moulin de Colombet » installé au bord de l'Eygues, aujourd'hui appelé Moulin Armand (voir dossier IA05001090). Entre les années 1670 et la Révolution, c'est le seul moulin seigneurial autorisé à moudre des farines, avec une banalité obligatoire pour les habitants de Rosans et de Montferrand. En 1445, un « moulin de Veyssello » ou « moulin dou Veyssellet » est mentionné au quartier du Pont (voir dossier IA05001088). Sa présence est confirmée dans les années 1570 (à cette époque, un autre moulin existe aussi à l'Ecluse). Le moulin du Pont est transformé en moulin à huile de noix dans les années 1670, auquel sont ajoutés un moulin à foulon et un moulin à vernis dans les années 1740-1750.

Un moulin à huile de noix (« le mollin des noix ») est attesté en septembre 1628 sur les rives du torrent de Baudon, d'après David Faure-Vincent (2019). Il pourrait correspondre au micro-toponyme la « Grange des Moulins » relevé dans le cadastre de 1839 (parcelles 1839 B6 10, 11, 15, 16), sur les bords de ce cours d'eau au quartier de la Gardette.

II.8.2. Activités artisanales : les moulins au 19e siècle et au 20e siècle

Après la Révolution, l'ancien moulin à huile seigneurial du Pont est reconstruit en 1805 comme moulin à farine, puis est agrandi en plusieurs fois entre le milieu du 19e siècle et le début du 20e siècle (voir dossier IA05001088). L'autre ancien moulin seigneurial, au bord de l'Eygues, continue ses activités. Il est en partie reconstruit dans les années 1870 et cesse progressivement son activité entre les années 1910 et 1930 (voir dossier IA05001090). Outre ces deux établissements, dont l'origine est médiévale, d'autres installations moulinières ont fonctionné entre les premières décennies du 19e siècle et le début du 20e siècle.

Dans le cadastre de 1839, un autre moulin à huile de noix se trouve au quartier du Pont. Il est complété par une scierie hydraulique au début des années 1900 (voir dossier IA05001087). D'après David Faure-Vincent (2019), une scierie fonctionnait au début du 20e siècle vers la ferme de Baudon, également actionnée par les eaux de ce torrent.

En 1832-1833 (AD05 7 S 210), le teinturier Jacques Meyron lance la construction d'un nouveau moulin à foulon en rive gauche du torrent de l'Estang, immédiatement en contrebas du pont dit du Fer-à-Cheval. Cet établissement est manifestement équipé d'une roue hydraulique verticale, que l'administration des Ponts & Chaussées lui ordonne de masquer « de manière à ce que le mouvement n'en soit pas aperçu par les chevaux, mulets et autres bêtes de somme » qui cheminent sur la route située juste au-dessus. Dans le cadastre de 1839, il est enregistré comme « foulon » (parcelle 1839 E1 68) et appartient à trois propriétaires, qui le déclarent « abandonné » en 1853 et démoli en 1857. Ne subsiste aujourd'hui de ce bâtiment qu'un long mur en grand appareil directement bordé par le cours d'eau.

[Plan de situation du moulin à foulon en construction (nord à droite), 1832. Echelle d'origine 1/500e.][Plan de situation du moulin à foulon en construction (nord à droite), 1832. Echelle d'origine 1/500e.] Localisation du moulin à foulon, sur le cadastre de 1839 (section E1). Echelle d'origine 1/2 000e.Localisation du moulin à foulon, sur le cadastre de 1839 (section E1). Echelle d'origine 1/2 000e.

Le cadastre de 1839 mentionne un autre ensemble moulinier sur la partie haute du torrent de l'Estang, appartenant au meunier Jean-Louis Combel. Il regroupe quatre bâtiments : deux installés au quartier de l'Estang et deux autres implantés plus en aval.

A l'Estang, en contrebas de la ferme actuelle, il s'agit d'un moulin à huile, désigné comme « pressoir » (parcelle 1839 D13 88bis, 12 mètres carrés) et juste en dessous, d'un autre bâtiment enjambant le canal de fuite. Ce dernier est désigné comme « masure » (parcelle 1839 D13 92, 15 mètres carrés), mais il s'agit très certainement d'un autre moulin, sans doute déjà désaffecté. On sait que le moulin à huile existait déjà une décennie plus tôt. En effet, un inventaire après décès y est réalisé en avril 1828 (AD05 1 E 8121, n° 118). Ce document ne donne guère de précisions sur les équipements mécaniques et sur les meules qui l'équipent. Un outil d'entretien, un « gravoir », est mentionné ainsi que quelques ustensiles présents dans « l’appartement qui sert de moulin à huile », notamment quatre grands chaudrons en cuivre d'une capacité individuelle d'environ 100 litres, accompagnés d'une « marmite de gueuse » (en fonte) avec son entonnoir. Ce moulin a huile est déclaré démoli en 1883.

Quant aux deux autres moulins, ils sont installés plus bas sur la rivière, dans un secteur très escarpé situé en amont de la ferme du Lastic (parcelle 1839 D13 39, 18 mètres carrés ; parcelle 1839 D13 40, 40 mètres carrés). On ignore leur vocation précise (moulin à blé ou à huile ?). Placés au départ d'une pente raide, ils sont alimentés en eau par un bassin-réservoir désigné comme « écluse et canal » (parcelle D13 42, 500 mètres carrés). Le cadastre nomme ce quartier « la Lampourdière » mais, d'après E. Bégou (2016), ces moulins étaient aussi appelés « moulin de Roulane ». Le moulin le plus bas est déclaré démoli en 1883, l'autre semble avoir fonctionné plus longtemps puisque sa démolition n'est enregistrée qu'en 1909. Aujourd'hui, ne reste du bâtiment qu'une ruine effondrée.

Localisation des moulins de l'Estang, sur le cadastre de 1839 (section D13). Echelle d'origine 1/2 000e.Localisation des moulins de l'Estang, sur le cadastre de 1839 (section D13). Echelle d'origine 1/2 000e. Localisation des moulins de Lampourdière, sur le cadastre de 1839 (section D13). Echelle d'origine 1/2 000e.Localisation des moulins de Lampourdière, sur le cadastre de 1839 (section D13). Echelle d'origine 1/2 000e.

Au début des années 1930, une micro-centrale hydroélectrique est implantée en amont des moulins du Pont, au bord de l'actuelle R. D. 994 (actuelle supérette, voir dossier IA05001086). Sa production électrique sert notamment à alimenter une scierie située à la Boule d'Or et assure l'éclairage des maisons du bourg.

II.8.3. Activités artisanales : huile de noix et huile d'olive

Comme précisé dans la partie thématique traitant de l'arboriculture, les noyers étaient très présents sur le territoire communal et on les remarque aujourd'hui encore même si ils sont moins nombreux qu'autrefois. Outre le bois d’œuvre qu'ils fournissaient, leurs noix servaient à faire de l'huile, produite dans des moulins spécifiques déjà évoqués dans le chapitre précédent.

Les actes notariés anciens, notamment les inventaires après décès qui s'intéressent avant tout aux meubles et objets laissés dans la succession font régulièrement mentions de stocks d'huile de noix possédés par les habitants. Cette précieuse matière grasse est conservée dans plusieurs types de grands récipients, les plus courants étant en terre cuite, les autres en pierre ou en bois. Une seule mention de récipient en cuir est faite, en 1841 (AD05 1 E 8134, n° 70), dans une maison du bourg où se trouvent « huit outres à huile garni ». N'est pas décrite ici la multitude des divers petits récipients qui servaient quotidiennement : pots en terre cuite, bouteilles ou cruches en fer blanc mais jamais en verre.

II.8.3.a. Huile de noix : récipients en terre cuite

En 1613, l'inventaire du château de Rosans (AD05 J 1787) indique la présence dans une resserre de deux « doyres » utilisées pour conserver l'huile, terme qui dérive du mot latin dolia désignant à l'époque romaine de grandes amphores de stockage. Ces jarres en terre cuite, destinées à être posées au sol ou à être en partie enterrées, sont couramment appelées urnes au 19e siècle : à la ferme de Montlahuc (voir dossier IA05001611), l'inventaire d'octobre 1833 mentionne deux « urnes en terre propres à y placer de l’huile » (AD05 1 E 8126, n° 185). L'une de ces grandes jarres est encore visible dans une ferme du bourg (voir dossier IA05001607).

Très répandues, ces urnes sont présentes dans plus de la moitié de la trentaine d'inventaires dépouillés pour la période 1808-1854). Elles sont de taille variable, les plus grandes contenant potentiellement plusieurs dizaines de litres, jusqu'à 100 litres. A l'inverse, en 1821 (AD05 1 E 5776, n° 99) on trouve dans une ferme de la Beaumelle « une bien petite urne contenant trois kilogrammes d'huile de noix ». Logiquement, les moulins en concentrent plus. En 1828, il y a au moulin à huile de l'Estang déjà cité « quatre grand pots en terre appelé jerles et trois autres petits pots également en terre propres à contenir l’huile » (AD05 1 E 8121, n° 118). Dans la meunerie à huile du moulin du Pont, l'inventaire de septembre 1854 (AD05 1 E 8373, n° 174) indique « deux vases à huile sans anse et deux autres à anse, le tout en terre ».

II.8.3.b. Huile de noix : récipients en pierre

L'huile pouvait être aussi stockée en plus grande quantité dans d'imposants récipients monolithes, creusés dans une pierre de taille. Là encore, cet usage est attesté en 1613 (AD05 J 1787) dans le château de Rosans, où se trouve « une pyere a tenir huyle tenant un demi quintal ». Une autre était déjà mentionnée en février 1610 à la ferme de La Rose (voir dossier IA05001612). En juin 1824 (AD05 1 E 5777, n° 93), il y a dans une maison du quartier de l'Aire de Liotier une « pierre creusée propre à y tenir de l’huile ». Deux autres pierres à huile sont présentes dans la maison du médecin Balthazard Gresse, en avril 1851 (AD05 1 E 8140, n° 152-153 ; voir dossier IA05001561).

II.8.3.c. Huile de noix : récipients en bois

On relève également l'existence de coffres à huile en bois, rendus étanches par un doublage intérieur en ferblanterie. En 1828, dans le moulin à huile de l'Estang, il y a deux « coffres à huile doublés en fer blanc, dont l’un est de la capacité de trois cent quatre vingt kilogrammes et l’autre, de cent dix » (AD05 1 E 8121, n° 118). Deux autres sont décrits dans des maisons du bourg : en septembre 1835 « un vieux et mauvais coffre de noyer, intérieurement de fer blanc, propre à contenir de l’huile » (AD05 1 E 8128, n° 201), en juillet 1841 un « coffre à huile en bois blanc garni en fer blanc pouvant contenir cinq cents kilogrammes » (AD05 1 E 8134, n° 54). Plus ponctuellement, d'autres contenants en bois étaient employés, comme ces « deux barriques à huile » en 1854 au moulin à huile du Pont (AD05 1 E 8373, n° 174).

II.8.3.d. Huile d'olive

Il semble que l'huile d'olive n'a jamais été produite sur le territoire de Rosans, les conditions climatiques y étant trop rudes. Elle est uniquement signalée au moulin à huile du Pont en 1854, où « six pots, grands ou petits, dont l’un renferme un kilogramme d’huile d’olive » sont conservés dans « la chambre dite le Pigeonnier » ((AD05 1 E 8373, n° 174 ; voir dossier IA05001087).

II.8.4. Activités artisanales : diversité des métiers au 19e siècle et au 20e siècle

Les données du cadastre de 1839 offrent un aperçu des métiers exercés au bourg à cette époque : cinq tisserands, quatre menuisiers, trois boulangers, deux tailleurs, deux cordonniers, deux maréchaux-ferrants, un boucher, un cordonnier, un chapelier, un bastier (fabricant de bâts) et un maçon. On compte aussi plusieurs commerçants : trois marchands dont un de bestiaux et un autre de laine, deux aubergistes, un cabaretier et un cafetier. Cette liste est bien sûr non exhaustive : les professions ne sont pas systématiquement indiquées, et ces informations se limitent aux propriétaires, tous des hommes. En sont donc exclues les femmes, mais aussi les non-propriétaires. J. Ladoucette (1834) précise que, dans les années 1830, « on fabrique à Rosans des draps communs, de la toile, des chapeaux, un peu de dentelles ».

Il faut relever l'importance numérique des tisserands et des menuisiers. La présence des premiers témoigne d'une activité artisanale textile florissante, qu'elle soit basée sur le filage de la laine ou sur celui du chanvre (et plus ponctuellement celui du lin). On retrouve leurs meubles et outillage dans quelques inventaires après décès des années 1810. Ainsi, un « vieux mettier à faire des étoffes » est mentionné dans une ferme de Luzerne en janvier 1810 (AD05 1 E 5771, n° 5). En octobre 1818, une maison du bourg, pourtant occupée par un agriculteur, abrite « deux métiers de tisserant en bois de chêne » et « un ourdissoir de tisserant, en bois blanc avec seize chevilles bois de chaque côté » (AD05 1 E 8119, n° 152).

Quant aux menuisiers, ils fabriquent un mobilier relativement important (au sujet de l'ameublement des maisons au 19e siècle, voir le dossier collectif IA05001647), mais aussi des aménagements intérieurs en menuiserie (escaliers, planchers, consoles de cheminées, etc.), qui sont plus fréquents à Rosans que dans la vallée du Buëch. On retrouve leur équipement dans les inventaires du 19e siècle, notamment des bancs de menuisier qui sont appelés « varlet ». C'est le cas à la ferme de La Rose en septembre 1809 (AD05 1 E 5770, n° 174 ; voir dossier IA05001612), à la ferme des Basses Graves en avril 1851 (AD05 1 E 8140, n° 152-153 ; voir dossier IA05001626), dans une ferme de l'Estang en avril 1828 (AD05 1 E 8121, n° 118) ou au moulin à huile du Pont en septembre 1854 (AD05 1 E 8373, n° 174 ; voir dossier IA05001087).

A la fin des années 1890 (E. Bégou, 2016), le bourg de Rosans regroupe deux cafés ou cercles, trois marchandes de coiffes pour femmes, deux entreprises de diligence, deux marchands de fruits, deux merciers, deux marchands de vin, un distillateur et un herboriste. On sait qu'une première forge est installée dans la partie basse du bourg dans les années 1870 (voir dossier IA05001573), puis une autre dans les années 1910 (voir dossiers IA05001522 et IA05001524). Dans les années 1930 (E. Bégou, 2016), existent encore deux distillateurs dont un marchand de vin et de charbon, deux ferblantiers, deux couturières, un marchand de chevaux et un charron. La mémoire orale rappelle que, dans les années 1950, le bourg disposait encore de nombreux commerces : trois épiceries (voir dossier IA05001525), deux boucheries (voir dossier IA05001610), deux menuiseries (voir dossier IA05001543), deux cordonneries, un charron et bourrelier (voir dossier IM05004548), une droguerie, un coiffeur, un modiste, un magasin de vêtements, plusieurs auberges et cafés (voir dossiers IA05001526, IA05001536, IA05001559, IA05001563, IA05001571 et IA05001589). Les ateliers de couturières, brodeuses, tricoteuses, etc. étaient nombreux mais ces activités féminines discrètes, bien que répandues, n'ont laissé que peu de traces matérielles, hormis quelques outils (voir dossier IM05004529). Deux foires avaient lieu dans l'année, dont une en septembre réservée aux bestiaux : chevaux, mulets, moutons... La fin de ces activités commerciales et artisanales s'est échelonnée entre les années 1960 et 1990.

La distillation de la lavande sur le territoire de Rosans ne paraît pas antérieure à la charnière du 19e siècle et du 20e siècle, quand des lavanderaies sont plantées et complètent les baïassières, ces landes où les lavandes sauvages poussent naturellement. A cette époque, des alambics mobiles s'installent au bourg. Une distillerie de lavande fixe est installée au quartier du Béal Noir en 1956-1957 (voir dossier IA05001085). Elle cesse ses activités vers 1995 et ses équipements sont en partie réutilisés dans la nouvelle distillerie coopérative bâtie au Collet en 1995-1996 (voir dossier IA05001089). Cet établissement collecte et transforme la production de tout le bassin du Rosanais et des communes drômoises limitrophes.

II.8.5. Activités artisanales : la vanne, un tissage en fils de chanvre

La culture du chanvre, plante prisée pour ses qualités textiles permettant de tresser des cordes et de confectionner des étoffes, est attestée à Rosans depuis au moins la fin du Moyen Age (voir chapitre II.3.7.). Le tissage en chanvre a donné lieu à des savoir-faire spécifiques, comme celui de la vanne : « tissage dont la trame comporte alternativement deux fils ordinaires et un fil de chanvre plus grossier de gros diamètre, ce qui donne un tissu régulier d'une jolie texture, très résistant » (P. Mélet, 1965). Elle est encore produite à Antonaves (vallée du Buëch) au début du 20e siècle (voir dossier IA05001501).

A Rosans, cette étoffe est déjà signalée en 1613, dans l'inventaire du château de Rosans où est signalée « une couverte de marmelle appellée vanne » (AD05 J 1787 ; voir dossier IA05001554). Ici, le terme de marmelle indique qu'il s'agit d'un mélange de fils de nature différentes. Deux siècles plus tard, on en trouve dans les deux-tiers des maisons du bourg et des fermes dispersées concernées par les inventaires après décès de la première moitié du 19e siècle. Quelques serviettes sont fabriquées avec cette technique, mais le tissu est surtout utilisé pour des couvertures de lit appelées couvertes. A la ferme de la Rose en septembre 1809 (AD05 1 E 5770, n° 174), on trouve « deux couvertures toille de ménage appellées vannes », terminologie marquant la polyvalence, la robustesse et la rusticité de ce tissu. Dans les inventaires, les couvertes de vanne sont fréquemment associées à d'autres type de couvertures, en laine ou plus rarement en coton.

Le mode de tissage est parfois renseigné dans ces inventaires : « deux couvertes en fil dites vannes » dans une maison du bourg en septembre 1843 (AD05 1 E 8135, n° 388) ou simplement « une vanne de fil » en octobre 1833 à la ferme de Montlahuc (AD05 1 E 8126, n° 185 ; voir dossier IA05001611). La nature du fil de chanvre, qui s'apparente à une cordelette très fine apparaît aussi dans certaines désignations, notamment pour des serviettes en « vane corda » ou « toile corda » que l'on trouve par exemple dans une ferme aux Rosières en septembre 1812 (AD05 1 E 5773, n° 172), dans une maison du bourg en mai 1819 (AD05 1 E 8119) ou à Raton en février 1822 (AD05 1 E 5776, n° 195). On note aussi une « veste corda » dans les vêtements de la ferme des Rosières en 1812, indice de l'usage de ce mode de tissage pour les vêtements.

II.8.6. Activités artisanales : les fours à pain du 16e siècle au 19e siècle

Au Moyen Age et jusqu'au début du 17e siècle on connait l'existence de fours seigneuriaux et banaux au bourg, liés à la présence d'une coseigneurie. Après la réunion en une seule seigneurie au début du 17e siècle, ne demeure qu'un seul four banal et l'on sait que d'autres fours existent dans l'habitat dispersé. Après la Révolution, un four communal est installé dans les ruines d'une ancienne tour-donjon de Rosans (Tour du Four), d'autres fours privés se créent au bourg, dont un dans l'autre tour-donjon (Tour Carrée). La plupart des fermes dispersées sont équipées d'un four à pain privé (voir dossier IA05001649).

Dans les années 1560-1570, chacun des deux coseigneurs de Rosans possède son four banal au bourg. Celui du seigneur du Pègue est situé le long de l'actuelle rue de la Tour (voir dossier IA05001605) et celui du seigneur de l'Espine se trouve au quartier des Terrasses (actuelle Petite rue). Suite à l'acquisition des deux co-seigneuries par Jean-Antoine d'Yze au début du 17e siècle, seul le four de l'ancien seigneur du Pègue est conservé en usage. En 1602, le seigneur donne la permission à deux habitants de « faire un four à pain dans son grangeage de Baudon terroir de Rosans et la faculté d'y faire cuire ses pains » (AD05 1 E 2075). Cette même année, il commande la reconstruction du four à pain de sa ferme de la Grande Coste (voir dossier IA05001613).

Le cadastre de 1839 dénombre 13 fours à pain, dont quatre au bourg et trois à Raton (voir chapitre II.2.3.). L'unique four à pain communal est installé dans l'ancienne tour-donjon dite Tour du Four (voir dossier IA05001552). Parmi les trois fours privés du bourg : un correspond à l'ancien four du seigneur du Pègue (désaffecté en 1878, voir dossier IA05001605) ; un occupe la partie basse de l'ancienne tour-donjon dite Tour Carrée (déclaré démoli en 1873, voir dossier IA05001551) ; le dernier est installé à l'entrée sud de l'agglomération. En 1880, la construction d'un nouveau four est déclarée au quartier des Terrasses – peut-être à l'emplacement de l'ancien four du seigneur de l'Espine resté inutilisé depuis le début du 17e siècle.

Les six autres fours à pain sont associés à des fermes dispersées : à Baudon, au Béal de la Chapelle, à l'Estang, au Verger et au Villard. L'un des deux fours de l'Estang sert aussi de « colombier », disposition également relevée de nos jours à la ferme du Collet (voir dossier IA05001616). Il faut cependant insister sur le fait que le cadastre ne prend en compte que les fours à pain installés dans un bâtiment disjoint et éventuellement cadastré à part. De ce fait, tous les fours à pain englobés dans d'autres constructions sont ignorés et restent invisibles dans ce document, situation pourtant régulièrement rencontrée lors du repérage du bâti.

Bourg de Rosans. Localisation des fours à pain mentionnés par les archives (16e siècle au 19e siècle), reportés sur le cadastre de 1839 (section F1). Echelle d'origine 1/1 000e.Bourg de Rosans. Localisation des fours à pain mentionnés par les archives (16e siècle au 19e siècle), reportés sur le cadastre de 1839 (section F1). Echelle d'origine 1/1 000e.

II.8.7. Activités artisanales : les carrières de pierres

Dans les années 1600, les divers actes relatifs aux travaux de réaménagements du château et du moulin du seigneur (AD05 1 E 2077, f° 144 v° ; AD05 1 E 2082, f° 168 r°) précisent que les pierres de taille doivent être extraites « aux peyryeres » de Rosans, de Montferrand, de Moydans, de Saint-André ou de Trescoussous (commune de Pomerol). En 1607 (AD05 1 E 2080), un prix-fait prévoit l'installation d'un four à chaux à la Coste de Raton, « lequel fourt feront le trou de 22 pans de cane d''hauteur depuis la payrolle (…) de 16 pans de large au ban et de douze pas auxdits haulteur (…), fourniront toute la pierre qui y sera nécessaire audit four avec le bois ». Dans les réponses au questionnaire de 1789 (P. Guillaume, 1908), les habitants déclarent que « la bâtisse est fort difficile est coûteuse par rapport à l'éloignement et conséquemment au charroi des matériaux, qui sont de la distance d'au moins une lieue », faisant probablement allusion à des carrières situées vers Saint-André.

Quelques anciennes petites carrières ont été repérées lors des enquêtes de terrain sur le territoire de la commune. Dans le ravin de Combe Cristol (limite de la commune de Verclause), un front de taille utilise une petite falaise naturelle de calcaire. D'autres sites sont installés sur des affleurements de grès, par exemple au sommet des collines de Pigranier et de Saint-Etienne. Les plus importantes sont deux carrières abandonnées qui se trouvent au-dessus de l'écart du Collet, aux extrémités sud et nord du petit plateau marno-gréseux appelé Serre d'Enfaure. A l'extrémité sud, on observe un large front de taille en demi-cercle, divers pierriers de déchets de taille et les ruines d'une grande cabane en pierre sèche. La tradition orale rapporte que cette carrière a notamment été utilisée dans le premier quart du 20e siècle, les pierres débitées étant descendues au Collet sur des platelages en planches, où elles ont principalement servi à la construction de plusieurs bâtiments agricoles (voir dossiers IA05001617 et IA05001618). A l'extrémité nord, une autre carrière est mentionnée en septembre 1843 dans un acte notarié (AD05 1 E 8135, n° 385), par lequel le propriétaire Jacques Guillaume, demeurant au quartier du Collet, vend « le droit exclusif d’exploiter et faire exploiter la carrière de pierre qu’il possède dans sa propriété sise au quartier de Rafoudet et des Molèges » à Daniel Busset, « tailleur de pierres, demeurant à Rosans ». Il est précisé que « le passage pour exploiter la dite carrière, lequel sera pris dans le béal des Molèges ». On remarque sur ce site un symbole gravé dans un bloc de grès – le chiffre « 4 » (?) – qui pourrait être une marque de carrier. Il faut souligner que cette même marque se retrouve gravée sur un moellon de la maçonnerie d'une dépendance agricole de la ferme de Montlahuc située en contrebas (voir dossier IA05001611).

Front de taille d'une calcaire de grès et pierriers de déchets, colline de Saint-Etienne.Front de taille d'une calcaire de grès et pierriers de déchets, colline de Saint-Etienne. Marque gravée (chiffre 4 ?) sur un bloc de grès, carrière à l'extrémité nord du Serre d'Enfaure.Marque gravée (chiffre 4 ?) sur un bloc de grès, carrière à l'extrémité nord du Serre d'Enfaure. Marque gravée (chiffe 4 ?) sur un moellon de la ferme Montlahuc.Marque gravée (chiffe 4 ?) sur un moellon de la ferme Montlahuc.

II.8.8. Activités artisanales : les matériaux en terre cuite

La production de matériaux de construction en terre cuite (tuiles, briques, carreaux, etc.) sur le territoire de la commune de Rosans a débuté dès l'Antiquité romaine (voir chapitre I.2.) pour ne s'arrêter qu'au début du 20e siècle. A partir du début du 17e siècle, la production des matériaux en terre cuite paraît être contrôlée par le pouvoir seigneurial : en 1608 (AD05 1 E 2080, f° 93 v°), le seigneur acquiert une tuilerie déjà existante dans le vallon de Baudon au pied du plateau de Saint-Jaume. En 1747 (D. Faure-Vincent, 2019), il permet l'installation d'une poterie sur la place des Aires, qui semble perdurer au moins jusqu'à la Révolution puisque, en 1789, « il y a une fabrique pour des tuiles près du village » mais elle est réservée à l'usage du seigneur (P. Guillaume, 1908).

Après la Révolution, la production de matériaux en terre cuite relève du fait privé. En mai 1807 (AD05 1 E 5768, n° 86), une « société pour la fabrication et vente de poterie fine et grossière » est créée par François Achard, « potier de terre originaire de Moustier », et Jean-Joseph Tourniaire, tonnelier rosanais. Notée dans le cadastre de 1839 comme une « fabrique de poterie », située au départ du chemin du Lastic (parcelle 1839 F1 13bis, 75 mètres carrés), elle est déclarée démolie en 1848.

Dans les années 1860-1890, les matrices cadastrales enregistrent la création de cinq nouvelles tuileries rurales sur le territoire communal : à Saint-Etienne, aux Rosières, à Lidane, à Chameyer et aux Marais. Les quatre dernières sont implantées dans la partie la plus basse du territoire communal. Leur installation accompagne ou précède la création de fermes ex-nihilo, illustration de l'abandon progressif des fermes du versant au profit de nouveaux domaines agricoles gagnés sur le lit des cours d'eau (voir chapitre II.2.4.). Toutefois, on ignore si la création de ces tuileries était dirigée par la volonté de produire sur place une partie des matériaux de construction, ou s'il s'agit d'un acte d'entreprise à visée commerciale plus large. Les tuileries de Chameyer, de Lidane et des Rosières sont enregistrées comme démolies en 1901 (révision cadastrale), celle du Marais paraît perdurer après cette date. C'est d'ailleurs la seule où quelques vestiges bâtis liés à cette activité sont encore identifiables aujourd'hui.

Plusieurs objets relatifs aux matériaux de construction en terre cuite ont été étudiés sur la commune : un moule à tuile creuse (dossier IM05004520), cinq tuiles gravées (dossiers IM05004521, IM05004522, IM05004523, IM05004524 et IM05004525) et deux briques gravées (dossiers IM05004526 et IM05004527). Par ailleurs, la multiplicité de cette production en terre cuite, la polyvalence de ses usages dans le bâti et son ancrage historique sont traités dans un dossier thématique d'aire d'étude (voir dossier IM05004630).

Commune de Rosans. Localisation des tuileries et poteries mentionnées dans les archives (du 16e siècle au 18e siècle), reportées sur la carte IGN (échelle d'origine 1/25 000e).Commune de Rosans. Localisation des tuileries et poteries mentionnées dans les archives (du 16e siècle au 18e siècle), reportées sur la carte IGN (échelle d'origine 1/25 000e). Commune de Rosans. Localisation des tuileries et poteries mentionnées dans les archives (du 19e siècle au 20e siècle), reportées sur la carte IGN (échelle d'origine 1/25 000e).Commune de Rosans. Localisation des tuileries et poteries mentionnées dans les archives (du 19e siècle au 20e siècle), reportées sur la carte IGN (échelle d'origine 1/25 000e).

Les premières traces connues d'occupation humaine sur le territoire de la commune de Rosans semblent remonter à la protohistoire, notamment sur le plateau de Saint-Jaume, à la limite avec la commune de Verclause. Plusieurs sites d'habitat de l'Antiquité romaine sont attestés par des découvertes d'objets ou par des sites à tegulae.

La première mention de Rosans dans les archives date de 988, lors d'une donation d'une partie du prieuré, « villa Rosanis », et de l'église Saint-Arey en faveur de l'abbaye de Cluny. Le bourg, placé au carrefour de deux itinéraires nord-sud et est-ouest, se développe peu à peu autour de cette église, secondée dès l'époque romane par une autre église extra muros, Notre-Dame-la-Blanche, rasée à la fin du 16e siècle pendant les guerres de Religion. L'époque médiévale voit la présence d'une coseigneurie, système qui perdure jusqu'au début du 17e siècle au moment où Jean-Antoine d'Yze réunit ces deux pouvoirs dans sa main. Cette famille demeure seigneur de Rosans jusqu'à la Révolution.

Dans la continuité du Moyen Age, l'Epoque moderne est marquée par une intensification de la mise en valeur agricole du territoire, accompagnée par un développement progressif de l'habitat dispersé. Parallèlement, le bourg de Rosans se densifie à l'intérieur de sa dernière enceinte fortifiée, érigée à la fin du 14e siècle. Le maximum démographique est atteint à la charnière du 16e siècle et du 17e siècle, période qui marque également fortement l'architecture domestique des constructions, tant dans le bourg que dans les campagnes. A cette époque, les activités artisanales sont variées et bien implantées, particulièrement celles utilisant la force hydraulique du torrent de l'Estang (moulins, foulons, tanneries, etc.), affirmant le rôle de Rosans comme chef-lieu du bassin du Rosanais.

La fin de l'Epoque moderne est marquée par un relatif déclin de la population et des activités, mais le maximum démographique est de nouveau presque atteint pendant la première moitié du 19e siècle. Avec la déprise humaine liée à l'exode rural, débutée dès le milieu du 19e siècle, le nombre d'habitants décroît et le bourg intra muros se vide en partie au profit des anciens faubourgs agricoles qui sont réaménagés pour l'habitat. Cette mutation est amplifiée par le percement de nouvelles routes carrossables qui attirent à elles habitations et activités commerciales et artisanales. Parallèlement, alors que les fermes installées sur les versants sont peu à peu abandonnées, de nouvelles constructions sont implantées plus bas dans la plaine : nombreux petits bâtiments agricoles appelés cabanon, mais aussi fermes créées ex nihilo. Le début du 20e siècle est marqué par l'apparition de la culture des lavandes pour la distillation.

Le milieu du 20e siècle correspond à l'apparition de nouvelles activités économiques, liées au tourisme et à l'accueil médico-social. Enfin, le dernier quart du 20e siècle voit la disparation définitive des anciennes formes de polycultures : céréales, prés de fauche, vignoble, vergers complantés (noyers, pruniers et poiriers, etc.) au profit d'un resserrement des activités agricoles autour de l'élevage ovin.

Commune la plus occidentale du département des Hautes-Alpes, Rosans est bordée au nord, à l'ouest et au sud par le département de la Drôme. Son territoire occupe le vaste adret des montagnes de l'Archier et de Raton, dont les crêtes forment sa limite la plus haute, côté nord. Côté sud, il est bordé par la rivière d'Eygues et son lit en tresses. Il s'étage entre 540 mètres et 1 571 mètres d'altitude ; le bourg et le hameau de Raton se trouvent à environ 700 mètres et les fermes les plus élevées ne dépassent pas les 900 mètres.

Dans la partie haute de la commune, le substrat est calcaire. Ailleurs, il s'agit d'une alternance de couches marneuses et gréseuses, où l'érosion différentielle a dégagé des plateaux perchés et des crêtes marquées par des versants ravinés et stériles. Les zones les plus basses, au bord de l'Eygues ou au débouché de ses tributaires, sont d'anciens marécages à la topographie plus plane.

La population actuelle est d'environ 500 habitants, principalement agglomérés au bourg et dans sa périphérie pavillonnaire. On dénombre en outre une quarantaine de fermes dispersées, dont la plupart sont habitées à l'année même si elles ne sont plus en exploitation. Le hameau de Raton est surtout occupé durant la belle saison.

Documents d'archives

  • [Hommage lige pour divers biens, dont un "hospice" situé au lieu de Rosans et confrontant le "barri neuf".] Dans les minutes de maître AUDIBERT Antoine, notaire à Rosans (1390-1420), 1392. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9756.

    F 36 v°.
  • [inventaire de biens sous l’autorité de Jacomet de Pavia, châtelain de Guillaume de Morges.] Dans les minutes de maître AUDIBERT Antoine, notaire à Rosans (1390-1420), 1392. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9756.

    F° 21 v°.
  • [Attribution et mise en possession de la chapellenie Saint-Jean fondée dans l'église de Rosans.] Dans les minutes de maître AUDIBERT Antoine, notaire à Rosans (1390-1420), 1398. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9756.

    F° 9 r°.
  • [Hommage lige pour divers biens, dont un "hospice" confrontant la place de Saint-Ariey.] Dans les minutes de maître AUDIBERT Antoine, notaire à Rosans (1390-1420), 1398. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9756.

    F° 14 v°.
  • [Bail à accapte pour un chasal, conclu par Claude de Morges en faveur de Giraud de Pavia.] Dans les minutes de maître AUDIBERT Antoine, notaire à Rosans (1390-1420), 1418 ou 1419. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9757.

    F° 85 v°.
  • [Donation comprenant un "chenevier" au quartier du Pont.] Dans les minutes de maître AUDIBERT Michel, notaire à Rosans (1439-1448), 1445. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9758.

    F° 40 v°.
  • [Mariage, Giraud de Pavia est coseigneur.] Dans les minutes de maître AUDIBERT Michel, notaire à Rosans (1439-1448), 1446. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9758.

    F° 151 r°.
  • Cession de biens concernant un jardin situé entre les deux tournelles ("inter duas tornellas") et un "chenevier" au quartier du Pont, 1447. Dans les minutes de maître AUDIBERT Michel, notaire à Rosans (1439-1448), 1447. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9758.

    F° 184 v°.
  • [Quittance d'arrentement par Guy Diez, pour les seigneuries de Rosans et de Montferrand.] Dans les minutes de maître GIVOUDAN Claude, notaire à Rosans (1551-1572), 1565. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 1986.

    F° 67.
  • [Cadastre par confronts de la communauté de Rosans.] Nom du notaire inconnu, 1570. [registre relié, incomplet : f° 138 à 319.] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 E 6468.

    F° 155, 169 v°, 188, 208 v°, 210 v°, 255 v°, 275, 260 v°, 282, 288, 303 v°, 309.
  • [Arrentement par Guy Diez de son four de Rosans.] Dans les minutes de maître GIVOUDAN Jean I, notaire à Rosans (1569-1583), 1572. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2052.

    F° 283 v°.
  • [Permission seigneuriale pour faire un four a pain dans un "grangeage de Baudon", 4 mars 1602.] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1602. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 E 2075.

  • [Prix fait concernant des travaux pour calader la cour du château de Rosans, 1er janvier 1604.] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1604. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 E 2077.

    F° 5 r°.
  • [Prix fait pour la calade de la cour du château de Rosans, 2 avril 1604.] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1604. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 E 2077.

    F° 87 r°.
  • [Prix fait pour le pavage de la cour du château de Rosans, 20 mai 1604.] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1604. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 E 2077.

    Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 E 2077
    F° 144 v°.
  • [Prix fait concernant des travaux dans un bâtiment agricole dit "Jas des Brebis".] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1605. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2078.

    F° 2.
  • [Prix fait pour un four à chaux à la Coste de Raton, 9 janvier 1607.] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1607. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2080.

  • [Arrentement par Jean-Antoine d'Yze, coseigneur de Rosans, au marchand Pierre Liotier pour toute la seigneurie haute, moyenne et basse.] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1607. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2080.

    F° 62 r°.
  • [Achat pour le seigneur d'une "terre herme et taulhyere" à Baudon.] Dans les minutes de maître GIVOUDAN Jean II, notaire à Rosans (1583-1629), 1608. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2080.

    F° 93 v°.
  • [Prix fait pour l'extraction et la fourniture de meules pour le moulin seigneurial de Collombet.] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1609. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2082.

  • [Prix fait pour la reconstruction du grand portail de la cour du château de Rosans.] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1609. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2082.

    F° 168 r°.
  • Achept de la place et jurisdiction de Rozans pour noble Jehan Anthoyne Dize dict Daurelle seigneur de Rozans, gouverneur pour le roy au chateau d’Eysilles et vallee d’Oulx. Dans les minutes de maître Creycent ARIEY, notaire à Sainte-Jalle (1582-1652), 1609. Archives départementales de la Drôme, Valence : 2 E 1248.

    F° 320.
  • [Arrentement du logis et du domaine de la Roze et de la grange du bois de Treaux.] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1610. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 E 2083.

    F° 46 v° à 52 v°.
  • Loyal inventayre et description des biens tant meubles et immeubles delayssés par ledit feu seigneur de Rozans, noble Jehan Antoine Dize dict Daurelle seigneur dudit Rozans et gouverneur pour le roy du chasteau d’Exilles et Val d’Oulx. Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1613. [cahier, papier, 41 f°.] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : J 1787.

  • Cadastre general des batimens fondz et proprietes de tous les habitans et possedans biens au lieu et terrain de presant lieu de Rosans. Experts jurés en 1698-1699 : Antoine Perrin, châtelain de Sahune et Jean-André Bonnet, de Bellegarde. Procédure de révision en 1702, experts jurés : Antoine Bérenger et Guillen Armand. Révision de la valeur cadastrale des biens en avril-mai 1755 (apparaît en marge, anonyme). [registre relié, 243 f° ; supplément de 1702, 10 f°.] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 E 6470.

    F° 22, 25 v°, 31 v°, 51 v°, 70 v°, 77, 80, 134 v°, 141, 208, 218 v°, 226, 228 v°, 232 v°.
  • Invantaire sommaire et domestique de tous les biens et esfets de noble François Dize seigneur dudict Rozans. Dans les minutes de maître Laurent BONNEMANT, notaire à Valence (1666-1713), 1703. Archives communales de Rosans, Hautes-Alpes : non coté.

  • [Visite du grenier d'abondance et de l'hôpital de Rosans par l'ingénieur Janson Desfontaines.] Travaux communaux (An XIII (1804) à 1894), An XIV (1805). Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 7220.

  • [Acte de création d'une « société pour la fabrication et vente de poterie fine et grossière » à Rosans.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1807. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5768.

    N° 86.
  • [Inventaire après décès du moulin de Colombet.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1808. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5769.

    N° 183.
  • [Inventaire après décès de ferme de La Rose.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1809. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5770.

    N° 174.
  • [Inventaire après décès d'une ferme à Luzerne.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1810. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5771.

    N° 5.
  • [Inventaire après décès d'une maison à la Beaumelle.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1810. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5771.

    N° 77.
  • [Inventaire après décès d'une maison à La Rose.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1811. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5772.

    N° 64.
  • [Inventaire après décès de la maison de Thomas Taxil.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1811. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5772.

    N° 214.
  • [Inventaire après décès d'une ferme aux Rosières.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1812. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5773.

    N° 172.
  • [Inventaire après décès d'une ferme à Champ Queyras.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1816. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8118.

    N° 153.
  • [Inventaire après décès de la maison d'André Bernard.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1818. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8119.

    N° 152.
  • [Inventaire après décès d'une maison à "l'Aire de Liotier".] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1819. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8119.

    N° 264.
  • [Inventaire après décès d'une ferme à la Beaumelle.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1821. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5776.

    N° 99.
  • [Inventaire après décès d'une ferme à Raton.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1822. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5776.

    N° 195.
  • [Inventaire après décès d'une ferme à Champ Queyras.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1823. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5777.

    N° 85.
  • [Inventaire après décès d'une maison à "l'Aire de Liotier".] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1824. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5777.

    N° 93.
  • [Inventaire après décès d'une ferme à Pigerolles.] Dans les minutes de maître Jean-Henry FAURE, notaire à Rosans, 1827. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8120.

    N° 111.
  • [Inventaire après décès d'une ferme et d'un moulin à huile de noix à l'Estang.] Dans les minutes de maître Jean-Henry FAURE, notaire à Rosans, 1828. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8121.

    N° 118.
  • [Projet de construction d'un moulin à foulon, 1832 à 1833.] Travaux hydrauliques (An XI (1802) à 1939), 1832-1833. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 7 S 210.

  • [Inventaire après décès de la ferme de Montlahuc.] Dans les minutes de maître Jean-Henry FAURE, notaire à Rosans, 1833. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8126.

    N° 185.
  • [Bail à ferme et chargement du domaine de La Rose.] Dans les minutes de maître Jean-Henry FAURE, notaire à Rosans, 1834. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8127.

    N° 137.
  • [Bail à ferme et cautionnement du domaine de La Rose.] Dans les minutes de maître Jean-Henry FAURE, notaire à Rosans, 1835. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8128.

    N° 53.
  • [Inventaire après décès de la maison de Jacques Faure.] Dans les minutes de maître Jean-Henry FAURE, notaire à Rosans, 1835. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8128.

    N° 201.
  • [Inventaire après décès de la ferme de La Coste.] Dans les minutes de maître Jean-Henry FAURE, notaire à Rosans, 1839. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8132.

    N° 242.
  • Matrices cadastrales de la commune de Rosans, 1839-1911. [registre papier] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1241 à 3 P 1243.

  • Etat des sections cadastrales de la commune de Rosans, 1840. [registre papier]. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1240.

  • [Inventaire après décès d'une maison au Verger.] Dans les minutes de maître François-Hippolyte MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1841. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8134.

    N° 54.
  • [Inventaire après décès d'une maison à "l'Aire de Liotier".] Dans les minutes de maître François-Hippolyte MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1841. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8134.

    N° 70.
  • [Inventaire après décès d'une auberge place de la Fontaine.] Dans les minutes de maître François-Hippolyte MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1842. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8134.

    N° 249-250.
  • [Inventaire après décès d'une maison aux Terrasses.] Dans les minutes de maître François-Hippolyte MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1843. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8135.

    N° 333-334.
  • [Vente de droit exclusif d’exploiter une carrière de pierres au quartier de Rafoudet et Molèges.] Dans les minutes de maître François-Hippolyte MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1843. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8135.

    N° 385.
  • [Inventaire après décès d'une maison à côté de l'ancien presbytère.] Dans les minutes de maître François-Hippolyte MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1843. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8135.

    N° 388.
  • [Inventaire après décès de la maison du médecin Balthazard Gresse.] Dans les minutes de maître Jean-Victor CHAMBON, notaire à Rosans, 1851. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8140.

    N° 152-153.
  • [Inventaire après décès de la ferme des Basses Graves.] Dans les minutes de maître Jean-Victor CHAMBON, notaire à Rosans, 1851. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8140.

    N° 153.
  • [Inventaire après décès du moulin du Pont, 22 et 23 septembre 1854.] Dans les minutes de maître Jean-Victor CHAMBON, notaire à Rosans, 1854. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8373.

    N° 174.
  • [Reconstruction d'un radier de prise d'eau pour un canal d'arrosage sur le torrent de Luzerne.] Travaux hydrauliques (An XI (1802) à 1939), 1874. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 7 S 210.

  • Matrices cadastrales des propriétés bâties de la commune de Rosans, 1882-1911. [registre papier] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1244.

  • [Travaux de défense sur le torrent de l'Estang, 1896.] Travaux hydrauliques (An XI (1802) à 1939), 1896. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 7 S 210.

  • Fond de l'abbé Lucien Van Damme. 1976. Archives départementales de la Drome, Valence : 103 J 374.

Bibliographie

  • Aux amis et bienfaiteurs de Notre-Dame de Fidélité et de Notre-Dame de Miséricorde, 1992. Rosans : Abbaye Notre-Dame-de-Miséricorde, novembre 1992.

  • Aux amis et bienfaiteurs de Notre-Dame de Fidélité et de Notre-Dame de Miséricorde, 2002. Rosans : Abbaye Notre-Dame-de-Miséricorde, novembre 2002.

  • Visite de l'église de l'abbaye Notre-Dame de Miséricorde. Rosans : Abbaye Notre-Dame de Miséricorde, sans date, 8 p.

  • BEGOU, Edouard. Rosans et le Rosannais dans l'histoire. Rosans : auto-édition, 2016.

  • CHARVIN, Gaston. Chapitres, statuts généraux et visites de l’Ordre de Cluny. Paris : E. de Boccard, 1970.

    8-12 mai 1446, tome 5, p 224.
  • DERENNES, Gustave. Géographie du département des Hautes-Alpes : physique, politique, historique, administrative, économique et commerciale. Gap : Editions A. Fillon & Cie, 1886.

    P. 92-93.
  • ESTIENNE, Marie-Pierre ; NICOLAS, Nathalie. Châteaux médiévaux des Hautes-Alpes. Gap : Les Amis des Archives des Hautes-Alpes / Librairie des Hautes-Alpes (Les Cahiers du patrimoine Haut-Alpin, 1), 1999.

    P. 132-139.
  • FAURE-VINCENT, David. Fontaines, lavoirs, canaux de Rosans. In : Lettres aux amoureux du patrimoine n° 57 : spécial Rosans. Association de Sauvegarde du Patrimoine du Pays du Buëch et des Baronnies. Serres (Hautes-Alpes) : 1er trimestre 2013.

    P. 11-14.
  • FAURE-VINCENT, David. Maisons et objets du quotidien à Rosans au XIXe s. : Lettres aux amoureux du patrimoine n° 85 : Rosans. Association de Sauvegarde du Patrimoine du Pays du Buëch et des Baronnies. Serres (Hautes-Alpes) : 1er trimestre 2022.

    P. 32-45.
  • FAURE-VINCENT, David. Les moulins de Rosans. In : Lettres aux amoureux du patrimoine n° 80 : Rosans. Association de Sauvegarde du Patrimoine du Pays du Buëch et des Baronnies. Serres (Hautes-Alpes) : 2e trimestre 2019.

    P. 8-18.
  • GANET, Isabelle. Carte archéologique de la Gaule. Les Hautes-Alpes. Paris : Académie des Inscriptions et Belles Lettres, Ministère de la Culture, Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Fondation Maison des sciences de l'homme, 1995.

    P. 143.
  • GUILLAUME, Paul (abbé). Recueil des réponses faites par les communautés de l'élection de Gap au questionnaire envoyé par la commission intermédiaire des États du Dauphiné (fin 18e siècle). Dans Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, 1908.

    P. 413.
  • LADOUCETTE, Jean-Charles-François de. Histoire, topographie, antiquités, usages, dialectes des Hautes-Alpes. Paris : Fantin, Carilhan Goeury, Delaunay, Rey et Gravier, 1834, XVI-664 p.

    P. 162, 185-188.
  • MAILLOT, Richard. Deux sources dans le Rosanais. In : Lettres aux amoureux du patrimoine n° 80 : Rosans. Association de Sauvegarde du Patrimoine du Pays du Buëch et des Baronnies. Serres (Hautes-Alpes) : 2e trimestre 2019.

    P. 4-7.
  • MELET, Pierre. Antonaves mille ans d'histoire. Antonaves : Les Amis du Village, 1965.

    P. 77-78.
  • PLAYOUST, Arlette, Le temporel du prieuré Saint-André de Rosans, 988-1079. Dans Saint-André de Rosans, Hautes-Alpes, Millénaire de la fondation du prieuré. Actes du colloque des 13 et 14 mai 1988. Société d'Etudes des Hautes-Alpes, Gap, 1989, 437 p.

    P. 85-86.
  • PLAYOUST, Arlette, MORA, Célestin, Charte du clerc Richaud, au sujet de l’église Saint-André dans le pays de Rosanais, dans le comté de Gap. Dans Saint-André de Rosans, Hautes-Alpes, Millénaire de la fondation du prieuré. Actes du colloque des 13 et 14 mai 1988. Société d'Etudes des Hautes-Alpes, Gap, 1989, 437 p.

    P. 43-46.
  • ROMAN, Joseph. Répertoire archéologique du département des Hautes-Alpes. Paris : Imprimerie nationale, 1888.

    P. 129-131.
  • ROMAN, Joseph. Tableau historique du département des Hautes-Alpes. Paris : Imprimerie Nationale, 1887-1890. 2 vol.

    P. 269.

Documents figurés

  • Carte de France dite Carte de Cassini. / Dessin à l'encre, carte géographique en 182 feuilles au 1/86 400e par César-François Cassini de Thury, commencé en 1756, terminée en 1815 par Jean-Dominique Cassini. Bibliothèque nationale de France, Paris.

  • Plan d'une portion de la route royale n° 94 et du foulon en construction sur le talus droit. / Travaux hydrauliques (An XI (1802) à 1939), 1832. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 7 S 210.

  • Plan cadastral de la commune de Rosans. / Dessin, encre et lavis par Truchy, géomètre, 1839. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1239.

  • Plan cadastral de la commune de Rosans [Archives communales]. / Dessin, encre et lavis par Truchy, géomètre, 1839. Archives communales, Rosans : non coté.

Documents multimédia

  • THAENS, Jean-Paul. Personne à prévenir en cas d'accident : personne. Film, 90 mn. Tants Production, Rosans, 2008.

Annexes

  • Propriétés à Raton d'après la matrice cadastrale de 1840.
Date(s) d'enquête : 2019; Date(s) de rédaction : 2022
(c) Parc naturel régional des Baronnies provençales
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Bonan Aurélie
Bonan Aurélie

Chercheur Inventaire Région Sud, à partir de février 2013.

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