I. Commentaire historique
Le Moulin du Colombet est attesté au moins depuis le début du 15e siècle comme moulin seigneurial. Ses installations ont connu diverses campagnes de construction et de reprises. C'est la dernière, très conséquente et réalisée au début des années 1870, qui a donné son aspect actuel aux bâtiments.
Vue d'ensemble prise du sud.
Localisation sur le tableau d'assemblage du cadastre de 1839. Echelle d'origine 1/20 000e.
Localisation sur la carte IGN de 2024. Echelle d'origine 1/25 000e.
I.1. Le Moulin de Colombet à la fin du Moyen Age et au 16e siècle
L’existence de ce moulin remonte sans doute à la seconde moitié du Moyen Age. Il est attesté de façon certaine dès le début du 15e siècle : la première mention connue du « Moulin du Colombet » (ou Collombet) se trouve dans un acte d'arrentement des années 1410 (AD05 1 E 9757). Il s'agit alors du moulin de l'un des coseigneurs de Rosans, très probablement la famille des Rosans-Alauson. On le retrouve quelques décennies plus tard, en 1454, dans un « extraict de transaction en parchemin pour les moulins de Colombet dudict Rozans » cité lors de l'inventaire des biens seigneuriaux rédigé en 1703 (Archives communales de Rosans). C'est peut-être ce même moulin qui est cité comme « moulin delphinal » dans un albergement de 1461 (E. Bégou, 2016).
La présence d'éléments d'un grand encadrement avec accolade et écusson, datant sans doute du milieu du 16e siècle et vraisemblablement remployés sur place, pourrait indiquer une importante campagne de travaux à cette époque (reconstruction, agrandissement ?).
Le cadastre par confronts de 1570 ne détaille pas les propriétés seigneuriales. On relève toutefois que quelques terres situées au quartier de « la Pallu » sont limitrophes du domaine moulinier ou sont bordées par le « beal du moulin de Colombet » (AD05 3 E 6468).
Bâtiment principal. Elévation sud, premier niveau. Porte de la remise-étable.
Bâtiment principal. Elévation sud, premier niveau. Porte de la remise-étable, détail d'un congé.
Bâtiment principal. Elévation sud, premier niveau. Porte de la remise-étable, détail du linteau.
I.2. Le Moulin de Colombet au début du 17e siècle
Au début du 17e siècle, le moulin appartient à Jean-Antoine d'Yze. Il l'a acheté en 1600 auprès de François de Bonne, seigneur de Lesdiguières, lequel en avait fait l'acquisition vers 1570 auprès des descendants de la famille des Rosans-Alauson (anciens seigneurs de l'Espine et coseigneurs de Rosans). Dans l'inventaire des biens seigneuriaux d'octobre 1613 (AD05 J 1787), l'ensemble est décrit comme « deux mollins à bled » accompagnés de prés et de terres situées le long du canal de dérivation, au quartier des « Mollins de Collombet et à l'Estyelle ».
Plusieurs actes de la première décennie du 17e siècle donnent des précisions sur l'organisation et le fonctionnement du moulin à cette époque. Ainsi, les « mollins a bled » de « Collombet » sont arrentés de deux façons distinctes. D'une part la levée des taxes et des droits associés à la meunerie est attribuée à un notable. D'autre part, la production en tant que telle est attribuée à un meunier – en l'occurrence Esprit Sauvan de Bellecombe en 1602 et en 1607 (AD05 1 E 2075). A cette dernière date, la rente est payable en nature (farine et porc gras). Il est précisé que le moulin et ses canaux sont en bon état, fonctionnels et que les bâtiments ferment à clef et sont couverts de tuiles (« duement taulissé »). Le mobilier contient, outre une caisse fermant à clef et des bassines en bois ou en vannerie (« deux cornues »), deux marteaux pour rectifier les meules (« deux petits martaulx pour en chappar ») qui peuvent être relevées avec une « arche », ainsi qu'« une pignayere bonne avec sa resoyre attachée d’une chayne fer ». On retrouve le terme « pignaire » un siècle et demi plus tard, dans un bail de mai 1744 cité par D. Faure-Vincent (2019) : c'est alors un objet de mesure de volume (« une mesure vulgairement appellée pugnarerie pour percevoir le droit de mouture » ; en juillet 1797, un autre acte indique « deux mesures pour mouturer le bles appellées vulgairement pugnées ».
D'autres actes font état de travaux de maintenance ou de réparations. En 1602 (AD05 1 E 2075), le même meunier Esprit Sauvan explique que les « beals » du moulin sont comblés en plusieurs endroits et que leur remise en état requiert quatre journées d'homme. En 1604 (AD05 1 E 2077), un dénommé Esteve Fare, demeurant à Lemps, doit exécuter diverses réparations et fournitures aux « deux mollins de Collombet » pour la somme de 28 florins. Tout d'abord « ung rodete de neuf » pour le « mollin blanc ». Le terme « rodete » désigne probablement la roue horizontale en bois actionnée par l'eau déversée depuis le bassin-réservoir, qui entraîne en prise directe la meule volante du moulin. Quant au terme « mollin blanc », il s'agit des meules dédiées à la farine de froment – ce qui indique en creux l'existence d'autres meules dédiées à des farines moins raffinées. L'artisan doit aussi fabriquer deux bancs et « deux chanaulx », peut-être des chéneaux de gouttière. Tout ces éléments doivent être établis en hêtre (« boys de fau »). Est convenue aussi la réfection d'une voûte ou d'un arc en pierres brutes qui se trouve sous ce même « mollin blanc », vraisemblablement la chambre des roues hydrauliques horizontales. Cet ensemble de travaux paraît traduire une campagne de restauration d'au moins une partie du système de production des farines.
La réfection des meules, qui s'usent immanquablement, est également régulièrement mentionnée. C'est le cas en mars 1609 (AD05 1 E 2082), quand le maître-maçon de Rosans Pierre Joubert est chargé de tailler et de préparer une nouvelle meule pour « le moulin blanc dudit seigneur appelé a Collombet », issue des carrières (« perrière ») de Moydans. Ce maçon est très actif à cette époque à Rosans (voir dossiers IA05001554, IA05001555 et IA05001647). Trente ans plus tard, un autre prix-fait concernant de nouvelles meules pour le Moulin de Colombet est cité par D. Faure-Vincent (2019). En août 1637, les dénommés Pierre Guilheaume, Benoît et Pierre Brunel doivent tailler une nouvelle « meule blanche » pour moudre le blé. Comme en 1609, cette pierre doit être extraite sur le terroir de Moydans. Il est aussi question dans cet acte d'une « meule brune », déjà livrée sur place par le seigneur, sur laquelle il faut faire les finitions avant de l'installer.
I.3. Le Moulin de Colombet à la fin du 17e siècle et au début du 18e siècle
A partir des années 1670, et jusqu'à la Révolution, le Moulin de Colombet est le seul autorisé pour broyer les céréales sur le terroir de Rosans. D. Faure-Vincent (2019) indique que, dès 1673, le seigneur décide d'y faire transporter la meule du Moulin du Pont (voir dossier IA05001088), lequel sera désormais réservé à la production de l'huile de noix, avant d'être plus tard complété par des foulons.
Dans le cadastre par confronts de 1699 (AD05 3 E 6470), le domaine de « la Coste et Colombet » fait partie des biens nobles du seigneur François d'Yze. Il est décrit comme « grange, régailles, hiere et basse cour et jardin et maison, moulins banals et maison, régailles et escleuse, prés, terres et hermes et vegene ». Outre le moulin, cet ensemble foncier inclut également la ferme seigneuriale de la Grande Coste (voir dossier IA05001613).
Dans l'inventaire des biens seigneuriaux rédigé en 1703 (Archives communales de Rosans), les « moulins banaux dudict Rozans appellé de Colombet » correspondent à au moins deux bâtiments. Le plus important intègre deux meules en plus de l'habitation avec son étable et son fenil. Un autre bâtiment, « séparé au dessoubz dudict moulin », accueille manifestement une autre meule. Il est précisé que « lesdictz bastimantz [sont] en médiocre estat » et qu'ils sont accompagnés de terres et de prés. L'arrentement est alors établi au profit de Jacques Guillaume et la rente du moulin consiste en « vingt huict charges de fromant et qu’il a pour capitaux trente brebis neuf poules et un coq fezant de rente des brebis quinze livres ».
Ce document précise que la banalité de ce moulin est obligatoire non seulement pour les habitants de Rosans, mais également pour ceux de Montferrand – au moins depuis 1668 pour ces derniers. On retrouve par ailleurs le toponyme « l’Estialla », déjà mentionné en 1613 (voir chapitre I.2.), pour un pré situé au sud du canal d'amenée du moulin.
I.4. Le Moulin de Colombet à la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle
En 1797, Claude-Artus d'Yze, dernier descendant de cette famille, cède ses biens situés à Rosans à Barthélémy Boisset et Paul Motte. Dans un acte d'arrentement de juillet 1797 concernant le Moulin de Colombet (D. Faure-Vincent, 2019), outre quelques meubles relatifs au travail de meunerie (arches en bois, mesures pour la mouture, etc.) on relève la présence d'une cuve vinaire en bois « tenant environ vingt charge de vendange ». La présence d'une « meule blanche » et d'une « meule brune » est confirmée à cette date. D'une manière générale, la composition du bâtiment et de ses équipements ne paraît guère différente de celle aperçue en 1703 : partie basse avec meunerie et étable, partie haute avec logis sommaire.
Une disposition que l'on retrouve en septembre 1808 (AD05 1 E 5769) dans l'inventaire du moulin dressé après le décès de Jean-Antoine Queyrel, « meunier des moulins de Rosans appartenant à Paul Motte » (voir la transcription complète de cet acte en annexe). Cet inventaire, qui débute dans le Moulin du Pont (voir dossier IA05001088) concerne avant tout les meubles et objets, sans s'attacher aux bâtiments. Néanmoins, la description permet d’identifier la disposition générale des pièces. Ainsi, l'étage de soubassement semble accueillir seulement deux pièces, l'une où se trouvent les meules et une autre « qui sert d’écurie au menu bétail », à savoir quatre brebis laitières et six poules. Le rez-de-chaussée surélevé, accessible depuis cette étable, est occupé par une « cuisine » servant vraisemblablement de logis. Parmi les objets et meubles, seules deux pioches et deux marteaux peuvent peut-être être rattachés à l'entretien des meules, mais aucun équipement spécifique n'est mentionné.
I.5. Le Moulin d'Eygues ou Moulin d'Aigues dans le cadastre de 1839
Sur le plan cadastral de 1839, le bâtiment du moulin est dessiné en L, au pied de son long bassin-réservoir alimenté par un canal de dérivation de l'Eygues. On relève également le tracé du canal de fuite. On note que le bâtiment principal est moins long du côté ouest qu'aujourd'hui. Quant au bâtiment du colombier, il n'existe pas.
Sur ce plan, le bâtiment est divisé en deux parcelles. La partie ouest, où est dessinée une roue (parcelle 1839 G7 39, 80 mètres carrés) et qui est mentionnée comme un « moulin », est imposée fiscalement comme une « usine » comprenant trois ouvertures. La partie est (1839 G7 39bis, 200 mètres carrés) est cadastrée comme une « maison ». Le bassin-réservoir (1839 G7 40, 380 mètres carrés) est désigné comme « écluse et canal » et son imposition fiscale est « évalué comme friche ». Le quartier est appelé « Moulin d'Aigues » ou « Moulin d'Eygues » et l'ensemble foncier appartient à Pierre Roman, « meunier à Aigues ».
Plan de situation, d'après le cadastre de 1839 (section G7) (version des Archives départementales). Echelle d'origine 1/2 000e.
Plan de masse, d'après le cadastre de 1839 (section G7) (version des Archives communales). Echelle d'origine 1/2 000e.
I.6. Le Moulin Armand à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle
En 1880, les matrices cadastrales enregistrent la maison comme une « construction neuve » comportant cinq ouvertures imposables. Cet enregistrement pourrait faire suite à d'importants travaux de reconstruction qu'il faut sans doute rattacher à la date portée « 1873 » gravée sur le linteau de la porte occidentale du premier niveau de la façade sud. Les aménagements intérieurs, qui font beaucoup appel au bois (cloisons en planches, sols en plancher, manteau de la cheminée, etc.) datent manifestement de cette époque.
La lecture des élévations montre que l'actuel bâtiment principal est le résultat d'une reconstruction menée en conservant une partie des bâtiments antérieurs. On remarque ainsi que la partie ouest, qui n'existait pas sur le plan de 1839, a été adossée à un édifice déjà existant, ce dont témoignent les collages de maçonnerie visibles sur les façades nord et sud. Sur cette dernière, l'aspect de cette reprise est plus complexe et intègre une reprise partielle en sous-œuvre, talutée. Il semble donc que ces travaux aient impliqué la reconstruction d'au moins une grande partie de la façade sud. Lors de ces travaux du début des années 1870, quelques éléments lapidaires plus anciens ont été remployés : ils ont sans doute été recyclés sur place. C'est notamment le cas de l'encadrement de la remise-étable avec ses piédroits chanfreinés en doucine et son linteau (tronqué) portant accolade et écusson (16e siècle probable). Quelques rares ouvertures murées indiquent également des évolutions dans l'organisation des percements, c'est par exemple le cas sur le pignon ouest où l'on remarque l'arc de décharge d'une ouverture disparue.
Quant au bâtiment du colombier, qui n'existait pas sur le plan de 1839, il a pu être construit à cette époque, en remployant là aussi quelques blocs lapidaires qui semblent dater de l'Epoque moderne. On remarque que sa chaîne d'angle sud-est s'appuie sur l'ancien angle du muret de clôture de la cour.
Bâtiment principal. Elévation sud, collages de maçonnerie.
Bâtiment principal. Elévation sud, premier niveau. Porte de la meunerie, date gravée « 1873 ».
En 1881, la propriété passe à Pierre Armand, désigné comme « meunier à Aigues », et le moulin prend dès lors le nom de Moulin Armand. En 1891, l'ensemble revient à Pierre Armand, son fils éponyme puis, en 1902, les bâtiments et le domaine associé passent à la veuve Armand, née Rome.
D'après E. Bégou (20166), ce moulin a été racheté dans les années 1890 par la famille Massot-Clier et il fonctionnait encore régulièrement en 1914. Cet auteur précise que les droits d'eaux sur le canal d'amenée réservaient l'eau 6 jours par semaine pour le moulin et un jour pour l'arrosage des champs situés en contrebas du canal.
La tradition orale ajoute que l'établissement a fonctionné de façon ponctuelle jusque dans les années 1930. Depuis, le moulin est resté inoccupé et ses installations sont demeurées en place. Après l'effondrement de l'extrémité est du bâtiment principal, des travaux de restauration des toitures et de consolidation ont été réalisés au début du 21e siècle pour préserver les bâtiments de la ruine.
II. Description architecturale
Ce moulin est situé en rive droite de la rivière d'Eygues, à environ trois kilomètres au sud-ouest du bourg de Rosans, non loin de l'ancienne ferme seigneuriale de la Grande Coste (voir dossier IA05001613). Il est composé de deux bâtiments disjoints et séparés par une cour fermée : un bâtiment principal installé au pied du bassin-réservoir, où se trouvent notamment la meunerie et le logis, et un petit bâtiment de type colombier.
Plan de masse, d'après le cadastre de 2024 (section 000G). Echelle d'origine 1/500e.
Vue d'ensemble prise du sud-est.
Vue d'ensemble prise du sud.
Vue d'ensemble prise du sud-ouest.
II.1. Bâtiment principal
II.1.1. Bâtiment principal : fonctions et aménagements intérieurs
Le bâtiment principal, orienté est-ouest, est adossé au talus du bassin-réservoir où était stockée l'eau nécessaire au fonctionnement des roues du moulin. Il comporte un sous-sol, un étage de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé. L'extrémité orientale du bâtiment (environ un quart de son emprise au sol) est ruinée. Débordant du reste du bâtiment sur son côté nord, ses fonctions ne sont plus identifiables : elle n'est pas comprise dans les descriptions qui suivent.
Bâtiment principal. Vue d'ensemble prise du nord.
Bâtiment principal. Vue d'ensemble prise de l'ouest.
[Bâtiment principal. Coupe est-ouest.]
II.1.1.a. Bâtiment principal : sous-sol
Le sous-sol se limite à la partie centrale du bâtiment. Couvert par une voûte en berceau segmentaire très plate, il accueille la chambre des deux roues hydrauliques horizontales, séparées par un mur maçonné.
Bâtiment principal. Sous-sol, chambre des roues horizontales. Vue de volume prise du sud.
II.1.1.b. Bâtiment principal : étage de soubassement
L'étage de soubassement est divisé en trois parties : est, centrale et ouest.
[Bâtiment principal. Plan de l'étage de soubassement.]
II.1.1.b.1. Bâtiment principal, étage de soubassement : remise-étable
La partie est, occupée par une remise-étable, est accessible de plain-pied depuis la cour par une large ouverte dont l'encadrement remploie des éléments de l'Epoque moderne. La pièce est couverte par une voûte d'arêtes. Une mangeoire sur banquette maçonnée est adossée au pied du mur nord. Dans le mur est, une porte permettait d'accéder à la partie effondrée du bâtiment. Dans le mur ouest, une arcade donnait accès à la pièce de la meunerie. Elle a été murée.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, remise-étable. Vue de volume prise du sud.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, remise-étable. Mur nord, mangeoire.
II.1.1.b.2. Bâtiment principal, étage de soubassement : meunerie
La partie centrale est la plus vaste du bâtiment et accueille la meunerie. On y accède depuis la cour par une porte piétonne précédée de trois marches extérieures. Une partie du sol de cette pièce, installée directement sur le tas de charge de la voûte de la chambre des roues, est plus haute qu'ailleurs. Cette disposition implique l'existence de quelques degrés avec marches monolithes.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Vue de volume prise de l'est.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Mur ouest et lessiveuse.
C'est sur cette partie surélevée que sont installées les deux meules. Elles sont constituées de quartiers de pierres calcaires, noyés dans du plâtre blanc et cerclés de fer. La meule dormante est enchâssée dans un bâti en bois. La meule orientale, complète et en assez bon état, conserve son bras articulé en bois équipé d'une pince de relevage en fer. La meule occidentale est plus abîmée.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Les meules, vue prise de l'est.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Meule orientale avec son bras de relevage.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Bras de la meule orientale, détail.
Des arbres de transmission métalliques sont fixés sous les solives du plafond. Vraisemblablement entraînés par la force issue des axes des roues horizontales, via des renvois d'angle, ils permettaient d'actionner deux blutoirs et une lessiveuse mécanique.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Arbre et engrenage du blutoir oriental.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Roue d'arbre déposée.
Les deux blutoirs sont entièrement construits en bois. Le plus grand, partiellement brisé et incomplet, est placé à côté de la meule occidentale : il déborde entièrement dans la pièce d'atelier voisine. L'autre, un peu plus court, occupe la partie est de la meunerie et s'étend sous l'arcade orientale. Il est équipé d'une poulie d'entraînement placée sur son flanc et il conserve son cylindre intérieur, dégarni de son tamis.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Blutoir, poulie sur le côté.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Blutoir, extrémité du cylindre.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Blutoir, cylindre.
La lessiveuse à grains est installée dans l'angle sud-ouest de la meunerie. La marque du fabricant est frappée sur une plaque en laiton ou en cuivre vissée sur un des côtés de la machine. Elle indique « LOUIS MARTIN CONSTRUCTEUR / A SAINTE-CECILE VAUCLUSE / 11Z LAVEUSE N° 1 B[REVE]TE S.G.D.G. ». Son alimentation en grains se faisait par deux conduites en planches. L'une, coudée, donne sur l'extérieur. L'autre, placée juste au-dessus de la lessiveuse, communique directement avec un coffre à grain en planches installé dans l'angle sud-ouest de la cuisine du rez-de-chaussée surélevé.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Lessiveuse à grains et ses deux conduites en planches.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Lessiveuse à grains, plaque du fabricant.
Outre ces trois machines, on note la présence d'un grand crible en bois cerclé de fer (tamis disparu) qui conserve sur ses flancs des inscriptions manuscrites : « la mouture est du 6 au 7 pour cent sur les blés propres ». Quelques pièces de mécanisme (roues d'engrenage) sont déposées au sol.
L'escalier menant au rez-de-chaussée surélevé, entièrement réalisé en bois, est adossé au mur sud, à côté de la porte d'entrée.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, meunerie. Escalier, vue prise de l'ouest.
II.1.1.b.3. Bâtiment principal, étage de soubassement : atelier
La partie ouest semble correspondre à une pièce d'atelier : on y accède uniquement depuis la meunerie par une arcade. La pièce, couverte par une voûte en berceau plein-cintre, est éclairée par une fenêtre ouverte côté sud. Un grand blutoir en menuiserie occupe toute sa partie nord et se prolonge sous l'arcade qui relie à la meunerie.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, atelier. Vue de volume prise du sud.
Bâtiment principal. Etage de soubassement, atelier. Vue de volume prise du sud.
II.1.1.c. Bâtiment principal : rez-de-chaussée surélevé
L'escalier venant de l'étage de soubassement débouche sur un palier qui dessert : côté sud la porte-fenêtre d'un balcon, côté est la pièce orientale, côté nord le couloir avec ses cloisons en planches qui mène au reste du bâtiment.
[Bâtiment principal. Plan du rez-de-chaussée surélevé.]
Bâtiment principal. Rez-de-chaussée surélevé, couloir. Vue de volume prise de l'est.
II.1.1.c.1. Bâtiment principal, rez-de-chaussée surélevé : pièce orientale
La pièce orientale paraît être à usage de chambre mais elle a pu aussi servir au stockage des grains. Outre son accès intérieur depuis le palier de l'escalier, elle dispose d'un accès de plain-pied, côté nord, par une porte qui donne dans le talus du bassin-réservoir. La pièce est éclairée par une fenêtre ouverte côté sud. Le sol est en carreaux de terre cuite rectangulaires, les murs sont enduits et le plafond est à solivettes sur solives bien équarries et non enduites.
Bâtiment principal. Rez-de-chaussée surélevé, pièce orientale. Vue de volume prise du sud-ouest.
Bâtiment principal. Rez-de-chaussée surélevé, pièce orientale. Plafond.
II.1.1.c.2. Bâtiment principal, rez-de-chaussée surélevé : petite chambre
Face au palier de l'escalier, côté nord, une porte du couloir donne accès à une petite chambre aveugle. Le sol est en plancher, ainsi que les cloisons sud et ouest, cette dernière étant recouverte de lais de papier-peint fleuri. Les autres murs sont enduits et peints. Le plafond est un plancher sur solives. Une échelle de meunier donne accès, par une trappe, à l'espace sous le toit.
Bâtiment principal. Rez-de-chaussée surélevé, chambre. Cloison ouest.
II.1.1.c.3. Bâtiment principal, rez-de-chaussée surélevé : cuisine
Le couloir dessert la cuisine par une porte en partie vitrée. Dans cette cuisine, une fenêtre est ouverte dans le mur sud et une porte dans le mur ouest, accédant à la pièce occidentale. Les murs sont enduits et peints, sauf la cloison en planches du côté est. Le sol est un plancher, de même que le plafond sur solives. Un petit coffre à grains en planches occupe l'angle sud-ouest de la pièce, juste au-dessus de la lessiveuse de la meunerie.
Bâtiment principal. Rez-de-chaussée surélevé, cuisine. Vue de volume prise du nord-ouest.
Bâtiment principal. Rez-de-chaussée surélevé, cuisine. Mur sud.
Bâtiment principal. Rez-de-chaussée surélevé, cuisine. Vue de volume prise du sud-est.
Une cheminée est adossée au mur ouest, avec une hotte en briques maçonnées sur un manteau en bois. Un placard-niche est aménagé dans l'angle nord-ouest ; il accueillait probablement un potager. Une longue pile d'évier, taillée dans une épaisse dalle de grès incluant son évacuation extérieure, est scellée dans le mur nord.
Bâtiment principal. Rez-de-chaussée surélevé, cuisine. Mur nord, pile d'évier.
Bâtiment principal. Elévation nord, sortie de la pile d'évier de la cuisine.
II.1.1.c.4. Bâtiment principal, rez-de-chaussée surélevé : pièce occidentale
La pièce ouest est desservie par une porte percée dans le mur ouest de la cuisine. Inaccessible à cause du mauvais état des sols, elle n'a pas été visitée. Elle servait sans doute de chambre, éclairée par une fenêtre côté sud.
II.1.2. Bâtiment principal : structure, matériaux et mises en œuvre
Le bâtiment est construit en maçonnerie de moellons calcaires et de grès, avec des chaînes d'angles en gros moellons équarris. Les élévations ne conservent pas d'enduit. La plupart des encadrements sont en pierre de taille de grès avec un linteau monolithe droit, si non ils sont en moellons avec un linteau droit en bois.
Bâtiment principal. Vue d'ensemble prise du sud.
Bâtiment principal. Vue d'ensemble prise du sud-ouest.
Bâtiment principal. Elévation nord.
Au premier niveau de la façade sud, du côté est, l'encadrement de la porte de la remise-étable remploie des éléments de l'Epoque moderne : piédroits et linteau avec chanfrein en doucine à congés lancéolés, accolade sur le linteau surmontée d'un écusson anépigraphe en bas-relief. Le linteau monolithe de l'encadrement de la porte de la meunerie est gravé de la date « 1873 ». L'ouverture en arc segmentaire de la chambre des roues est en partie masquée par les quelques marches qui précèdent cette porte.
Bâtiment principal. Elévation sud, premier niveau. Porte de la meunerie.
Bâtiment principal. Elévation sud, premier niveau. Fenêtre de l'atelier.
Les fenêtres sont équipées de menuiseries avec petits carreaux fermant avec une barre verticale mobile. Elles peuvent être occultées avec des contrevents en planches croisées. Au deuxième niveau de la façade sud, le balcon du palier de l'escalier conserve sa structure en ferronnerie avec un garde-corps à simples barreaux droits ; le sol, sans doute en planches, a disparu.
Bâtiment principal. Elévation sud, deuxième niveau. Porte-fenêtre du palier de l'escalier.
Bâtiment principal. Elévation sud, deuxième niveau. Fenêtre de la cuisine.
Le toit est à longs pans avec une couverture en plaques ondulées de fibrociment recevant des tuiles creuses. Les avant-toits et saillies de rive sont réalisés avec deux rangs de génoise.
II.2. Bâtiment du colombier
Ce bâtiment est disjoint à quelques mètres au sud-ouest du bâtiment principal ; il ferme le côté ouest de la cour. Il comporte un rez-de-chaussée, un étage carré et un étage de combles. Le rez-de-chaussée est accessible de plain-pied par une porte piétonne ouverte côté nord. La pièce est aérée par un jour côté sud. Le premier étage, éclairé par une fenêtre côté sud, est desservi par un escalier extérieur. L'étage de combles était occupé par un pigeonnier disposant de deux baies d'envol, au sud et à l'est.
Bâtiment du colombier. Vue d'ensemble prise du sud-est.
Bâtiment du colombier. Elévation nord.
[Bâtiment du colombier. Coupes et élévations.]
Le bâtiment est construit en maçonnerie de moellons calcaires et de grès, avec des chaînes d'angles en gros moellons équarris. Les élévations ne conservent pas d'enduit. Les encadrements mêlent moellons et pierre de taille de grès, parfois briques pleines, avec un linteau monolithe droit. Les anciennes baies d'envol du pigeonnier disposent d'appuis saillants sous forme de dalles de grès. Au premier niveau de la façade nord, l'escalier de distribution extérieur qui mène au premier étage est adossé parallèlement à l'élévation. Entièrement maçonné, ses marches sont des monolithes de grès. Il est prolongé par un palier filant constitué d'une grande dalle de grès soutenue par un corbeau en ferronnerie. Le toit est à un pan avec une couverture en plaques ondulées de fibrociment recevant des tuiles creuses.
Bâtiment du colombier. Elévation sud, deuxième et troisième niveaux.
Bâtiment du colombier. Elévation nord, escalier extérieur.
II.3. Cour
La cour qui s'étend au pied sud du bâtiment principal est fermée par un muret maçonné, aujourd'hui ruiné. Subsiste néanmoins son angle sud-ouest, en gros blocs équarris, qui forme la base de la chaîne d'angle du bâtiment du colombier.
Un bâtiment bas, effondré, occupe l'angle sud-ouest de la cour en étant adossé au mur de clôture et au pignon oriental du colombier. Il s'agit sans doute d'anciennes étables à cochon, divisées en trois stalles chacune équipée d'une porte piétonne et couverte par une petite voûte en berceau segmentaire.
II.4. Bassin-réservoir et canaux
Dominant la façade nord du bâtiment principal, un long bassin-réservoir est soutenu par un imposant talus en terre. Il stockait l'eau amenée par le canal de dérivation depuis la rive droite de l'Eygues, à environ un kilomètre à l'est. A l'extrémité de ce bassin-réservoir, une conduite forcée maçonnée, équipée d'une grille, déversait l'eau jusqu'aux roues hydrauliques horizontales installées sous les meules.
Au sud du bâtiment principal, dans l'axe de la chambre des roues, on observe toujours le tracé canal de fuite qui file tout droit pour rejoindre les rives de l'Eygues.
Bassin-réservoir. Vue d'ensemble prise du nord-est.
Bassin-réservoir. Vestiges de la chute d'eau et de sa grille.
Maître-maçon actif à Rosans (Hautes-Alpes) à la fin du 16e siècle et au début du 17e siècle.