I. Commentaire historique
La distillation de la lavande sur le territoire de Rosans ne paraît pas antérieure à la charnière du 19e siècle et du 20e siècle, quand des lavanderaies sont plantées en complément des baïassières, ces landes où les lavandes sauvages poussent naturellement. Des alambics mobiles sont alors installés au bourg.
I.1. 1956-1957 : la première distillerie
En 1956-1957, Henri-Emile Arnoux, dit Emile, propriétaire et agriculteur, installe une première distillerie de lavande. Alimentée en eau par la source de sa ferme du Béal Noir, elle est aménagée en contrebas de celle-ci, dans un petit hangar qui existe encore partiellement entre la route et le grand hangar actuel.
La chaufferie de l'établissement, qui brûle principalement de la paille de lavande, fournit la vapeur nécessaire au fonctionnement d'un alambic à bain-marie de 3 600 litres. Une photo prise en 1956 ou en 1957 montre l'appareil lors de sa livraison sur le chantier. Cet alambic provient de la Chaudronnerie Prince, fabricant marseillais (n° 16 de la rue Villa-Oddo, 15e arrondissement). Le plan de l'installation de cette chaudière et de sa cheminée est conservé dans les archives de la famille Arnoux. Un autre alambic à bain-marie, similaire à celui qui était utilisé ici et provenant de la même Chaudronnerie Prince, a été observé dans l'ancienne parfumerie Chaillan, établie en 1945 à Lambruise, dans les Alpes-de-Haute-Provence (voir dossier IA04000358).
Localisation sur la carte IGN de 2024. Echelle d'origine 1/25 000e.
L'alambic à bain-marie Prince en attente sur le chantier, en 1956 ou 1957.
Le premier hangar de la distillerie, à la fin des années 1950. Vue prise du nord-ouest.
I.2. 1976-1977 : la seconde distillerie
En 1971, les installations de la distillerie sont rachetées par Maurice Jean, les locaux et la source restant la propriété d'Emile Arnoux. Vers 1975, il est décidé de faire bâtir un nouveau hangar, plus grand, où sont déplacés les équipements de la première distillerie.
Le 25 mai 1976, Emile Arnoux dépose un projet de construction d'un hangar de distillerie, avec un complément le 6 juillet. Un avis conforme est donné par le Service de l'Equipement et du Logement des Hautes-Alpes le 12 juillet 1976. Les plans sont dressés par l'entreprise Felix Eysseric & Fils. La nouvelle construction prévoyant de remployer l'ancien alambic Prince, une dalle hexagonale spécifique est prévue dans le projet pour l'accueillir. A cette occasion, la cuve de 3 600 litres est surélevée pour atteindre une capacité de 5 000 litres et une seconde cuve vient compléter l'alambic. Des photos des années 1980 montrent le bâtiment en exploitation, équipé d'une cheminée métallique.
L'entreprise Felix Eysseric & Fils, fondée à la fin des années 1920, était installée route de Montélimard, à Nyons (Drôme). Elle cesse ses activités en 1993 (voir dossier IA26000308). Spécialisée en chaudronnerie, elle fabriquait notamment des appareils de distillation (alambics) mais produisait également des bâtiments agricoles et industriels en ossature métallique. Ses productions ont été diffusées dans tout le sud-est de la France, notamment dans les Alpes-de-Haute-Provence (voir dossier collectif IA04000359). On lui doit notamment la Coopérative de distillation de plantes à parfum du Rocher d'Ongles à Saint-Etienne-les-Orgues (voir dossier IA04000073), trois parfumeries (distilleries de lavande) à Clumanc (voir dossiers IA04000662, IA04001498 et IA04001499), une machine à distiller (alambic) à Demandolx (voir dossier IM04001703) et une autre à Thorame-Haute (voir dossier IM04001704).
Plan, coupes et élévations.
Plan détaillé.
I.3. Plantations et productions de la distillerie
Lorsque la distillerie est créée en 1956-1957, des plantations de lavandes et de lavandins existent déjà sur le domaine du Béal Noir. Elles sont ensuite développées jusqu'à occuper environ 35 hectares, répartis entre les lavandes (Fine et Maillette) et les lavandins (cultivars Abrial, Grosso et Super). Les boutures étaient achetées dans le Vaucluse et la distillerie Arnoux faisait aussi office de revendeur local. La sauge sclarée, d'un rendement plus aléatoire, était aussi cultivée (entre 4 et 5 hectares au Béal Noir). Un essai de culture et de distillation d'hysope a été tenté. Un carnet à souche avec des bons de production, à l'en-tête de la distillerie témoigne de cette diversité.
Les lavandes du Béal Noir ont été ramassées à la main jusqu'au début des années 1970 par des ouvriers qui venaient de Valréas (Vaucluse), puis d'Andalousie (Espagne). Cette main d’œuvre a plus tard été remplacée par des machines. La production d'essence de lavande était vendue aux établissements Reynaud à Montbrun-les-Bains (Drôme) ou Adrian à Marseille. Les distillations de sauge étaient plutôt destinées à être utilisées comme fixateur dans les parfumeries de Grasses (Alpes-Maritimes).
La distillerie traitait aussi les productions d'autres exploitations agricoles situées dans le bassin rosannais et sa périphérie, jusqu'à Serres à l'est et Rémuzat (Drôme) à l'ouest. Elle cesse son activité vers 1995 et ses installations (cuves et réfrigérant, cheminée, etc.) sont réutilisées dans la nouvelle distillerie coopérative qui s'installe du Collet (voir dossier IA05001089). Le hangar sert depuis de lieu de stockage.
Carnet à souches utilisé par la distillerie.
La distillerie en fonctionnement dans les années 1980. Vue prise de l'ouest. Au premier, la partie conservée du premier hangar des années 1950.
II. Description architecturale
La construction, réalisée telle que présentée dans le projet de 1976, consiste en un vaste hangar à ossature métallique : 10 poteaux, fixés dans des pieds en béton, supportent un toit à longs pans couvert en plaques ondulées de fibro-ciment. Les appareils étaient installés en étage de soubassement, au pied d'une plate-forme surélevée en béton armé d'une hauteur d’environ 3 mètres, formant un L.
D'après les plans du projet de 1976, l'emprise au sol du grand hangar est d'environ 21 mètres de longueur par 14 mètres de largeur. La hauteur au faîtage est d'environ 11 mètres côté est, contre seulement 8 mètres côté ouest.
Agriculteur et entrepreneur au Béal Noir, à Rosans (Hautes-Alpes) dans la seconde moitié du 20e siècle.