I. Commentaire historique
D'après le cadastre de 1699, cet emplacement fait partie de terrains agricoles appartenant au seigneur de Rosans François d'Yze, rattachés foncièrement au grand bâtiment agricole alors appelé « le Granjon ». Un siècle et demi plus tard, le cadastre de 1839 confirme leur usage comme terres labourables. Elles appartiennent alors à Benoît-Saturnin Joubert et Jean-François Fériaud, qui se partagent avec quelques autres propriétaires l'ancien domaine seigneurial, dont « le Grangeon » (voir dossier IA05001553).
Ce village de vacances a été développé par l'association « Village Vacances Familles » (VVF), fondée en 1958 et qui a installé de nombreux autres villages communautaires en France. A Rosans, le terrain est préalablement acquis et viabilisé par la commune, puis mis à disposition de VVF avec un bail emphytéotique de 30 ans. La première tranche de travaux est réalisée en 1966 (quatre modules de bases isolés), suivie d'une seconde tranche en 1967 avec des bâtiments à deux modules accolés.
Au moment de la construction à Rosans, un autre village de vacances édifié par VVF existe déjà à Lagrand. Situé au pied du village et à proximité du lavoir, il utilise les mêmes modèles de bâtiments mais avec des finitions différentes.
Le projet est dessiné par les architectes Jean Percillier et Jean-Raphaël Hébrard. En 1956, le premier, âgé de 28 ans, remporte le concourt du tout premier VVF d'Albé (Bas-Rhin). Il devient l'architecte attitré de l'association, réalisant vingt-cinq centres VVF jusqu'au début des années 1970, en œuvrant à son compte ou en association avec Jean-Raphaël Hébrard et André Grésy au sein de l'agence Aquitaine Architectes Associés. Ce trio réalise notamment les centres de Capbreton et Seignosse (Landes, 1960-1963-1968) et d'Anglet (Pyrénées-Atlantiques, 1970) (Alma Smoluch, 2016). A Rosans, la tradition orale rapporte que la construction a été confiée à une entreprise de Laragne.
Le style général des bâtiments de Rosans est assez proche de celui du premier projet alsacien datant de la fin des années 1950. Il reste fidèle au principe de Jean Percillier d'emprunter des éléments de l'architecture vernaculaire pour les intégrer dans une architecture « moderne contemporaine ». D'où l'usage de matériaux locaux (galet et calcaire à Lagrand, grès à Rosans) avec une mise en œuvre traditionnelle, associés au béton et à des formes résolument contemporaines. Il intègre aussi un adossement à la pente facilitant l'accès de plain-pied aux deux niveaux des bâtiments, disposition tout à fait similaire à celle observée dans le bâti rural local.
Vue aérienne de situation, prise du sud-ouest.
Vue aérienne de situation, prise du sud-ouest.
Vue de situation prise du sud.
Vue de situation prise de l'est.
Vue d'ensemble prise du sud.
Dès 1966, Madame Regnat, qui habite toujours à Rosans, est nommée directrice – « hôtesse » – jusqu'en 1972. Elle rappelle qu'à cette époque, les appartements meublés du VVF étaient principalement occupés par un public familial originaire du nord de la France, issu des comités d'entreprises minières. L'activité était limitée à la belle saison, même si un essai d'ouverture hivernale a été tenté.
Le VVF proposait à ses résidents diverses prestations et activités : barbecues, ping-pong, volley, jeux, animations et excursions, garde d'enfants, etc. Ainsi, des soirées cinéma, dansantes ou « Intervilles » se déroulaient dans la salle commune, des excursions à la montagne emmenaient les familles venues en train jusque dans les montagne des Alpes, etc. Les vacanciers pouvaient aussi participer aux récoltes locales, notamment celle des prunes, qui demeurait encore importante à cette époque. Cette pratique, qui paraît anecdotique, illustre pourtant la rencontre entre une économie rurale, agricole et artisanale traditionnelle, qui entame son déclin, et une nouvelle activité touristique espérée comme prometteuse pour le territoire.
Avec la fin du bail emphytéotique, les lieux sont repris par d'autres structures de loisir qui maintiennent l'activité jusqu'en 1997. Les locaux reviennent ensuite à la commune de Rosans qui décide de mettre en vente les appartements à la fin des années 2010. Entre-temps, le bâtiment d'accueil a été reconverti en salle des fêtes où se déroulent notamment des événements associatifs, stages, concerts, etc.
II. Description architecturale
Cet ensemble résidentiel, situé à environ 300 mètres à l'ouest du bourg de Rosans, s'étage entre 690 et 700 mètres d'altitude. Il est constitué d'un bâtiment d'accueil et de huit blocs d'habitation. Ces derniers, adossés perpendiculairement à la pente, sont construits à partir d'un même module architectural. Les plus récents accolent deux modules avec un décrochement d'emprise ; les plus anciens sont disjoints. Chaque module comporte un étage de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé. Chaque niveau est divisé en deux appartements, soit quatre par module.
Le site totalise ainsi quarante appartements, tous similaires. Chacun dispose d'un large couloir central incluant la cuisine, qui distribue la salle d'eau équipée d'une douche, les sanitaires et une petite chambre. L'autre partie est occupée par une pièce à vivre dont un côté peut être transformé en chambre (alcôve fermée par un rideau), l'autre côté s'ouvrant sur la terrasse de plain-pied ou sur la loggia. La seule différence entre les appartements situés en soubassement et ceux du rez-de-chaussée consiste en l'accès. Pour les premiers, il se fait côté sud par la large porte-fenêtre précédée de quelques marches. Pour les seconds, une porte ouverte côté nord donne directement dans le couloir-cuisine.
Localisation du village de vacances sur une vue aérienne (IGN).
Au moins un appartement conserve en partie son aménagement d'origine. Les sols sont en petits carreaux rectangulaires de terre cuite vernissée rouge, avec des plinthes de même nature, et le plafond est en frisette. La cuisine dispose d'un long plan en inox incluant l'évier, l'égouttoir et une plaque de cuisson électrique à deux feux. Elle fait face à un vaste placard mural. La chambre accueillait un lit superposé alors que l'alcôve du salon disposait d'un lit double. Ces deux pièces sont encore équipées d'appliques murales lumineuses en plastique orange et blanc d'un design seventies.
Appartement en rez-de-chaussée surélevé, vue de volume de la cuisine.
Appartement en rez-de-chaussée surélevé, vue de volume de la pièce à vivre et baie vitrée de la loggia.
Appartement en rez-de-chaussée surélevé, une des appliques murales d'éclairage.
Les bâtiments sont construits pour partie en maçonnerie de moellons de grès avec chaînes d'angles harpées (pignons, partie centrale de la façade principale) et pour le reste en béton armé et parpaings de béton (façade arrière, loggia, dalles, etc.). Les toits sont à longs pans. Sur les façades sud un large débord est soutenu par des consoles en béton. Une saillie de rive constituée d'un rang de génoise court sur les pignons. La couverture est en tuile mécanique et des capteurs photovoltaïques ont été installés à la fin des années 2010.
Elévation sud d'un des bâtiments.
Elévation sud d'un des bâtiments.
Pignon est d'un des bâtiments.
Le bâtiment d'accueil, installé à l'entrée orientale du complexe, est plus grand que les autres. Son étage de soubassement était occupé par la chambre des moniteurs, une salle de ping-pong, des sanitaires et la chaufferie. Le rez-de-chaussée accueillait d'un côté l'appartement du gardien, complété par une autre chambre en soubassement. L'autre partie était occupé par une cuisine et une grande salle collective – actuelle salle communale. Cette large pièce, rythmée par deux séries de poteaux, est toujours équipée de son imposante cheminée, construite en maçonnerie de grès et béton. La charpente, ici visible, est à pannes sur fermes avec poinçon et arbalétriers.
Bâtiment d'accueil. Vue de volume de la salle communale.
Bâtiment d'accueil. Cheminée de la salle communale.
Les talus autour des bâtiments sont arborés par des plantations datant de la construction du VVF. Les cheminements sont complétés par des escaliers maçonnés au béton permettant de rejoindre les différents niveaux. Au-dessus du site, une plate-forme abrite les vestiges de l'ancien terrain de sport.
Cheminement en escalier menant à l'ancien terrain de sports.
L'ancien terrain de sports.
Entreprise spécialisée dans les prises de vue aériennes par drone.