• inventaire topographique, Inventaire du parc naturel régional des Baronnies provençales
château de Rosans
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
  • (c) Parc naturel régional des Baronnies Provençales

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Parc naturel régional des Baronnies provençales - Serres
  • Commune Rosans
  • Lieu-dit
  • Cadastre 1839 F1 273 à 279  ; 1984 F1 720, 721  ; 2020 000F 720, 721

I. Le château, du Moyen Age au 16e siècle

I.1. L'origine médiévale du château : une tour du 14e siècle

Le château de Rosans trouve son origine dans une tour, remontant probablement au 14e siècle et peut-être déjà flanquée d'un corps de logis. Elle correspond sans doute à celle qui est mentionnée dans un acte de 1445 (AD05 1 E 9758, f° 38 r°), au moment de la vente d'une terre qui est faite dans la tour du seigneur (« in turri dicti domini ») Antoine d'Alauson. La famille d'Alauson, à la suite de la famille des Rosans, est alors coseigneur de Rosans. L'érection de cette tour pourrait remplacer l'usage fait par les Alauson de l'une des deux tours-donjons bossagées du 13e siècle (la Tour Carrée, IA05001551 et la Tour du Four, IA05001552), situées de l'autre côté de l'église castrale de Saint-Arey (voir dossier IA05001764). Tours à bossages dont on sait qu'elles sont en 1378 dans la seule main de l'autre famille de coseigneurs, celle des Morges (J. Roman, 1887-1890).

Vue aérienne de situation prise du nord.Vue aérienne de situation prise du nord. Emprise de la tour du 14e siècle sur la façade nord.Emprise de la tour du 14e siècle sur la façade nord. Le château de Rosans et l'enceinte urbaine de la fin du 14e siècle.Le château de Rosans et l'enceinte urbaine de la fin du 14e siècle.

L'emprise de cette tour originelle se détache encore nettement sur la façade nord du bâtiment principal, les autres parties étant toutes des ajouts postérieurs. Elle a peut-être été édifiée pour servir de point fort à l'enceinte urbaine fortifiée, dont on ignore cependant le tracé précis à cet endroit avant sa réfection dans les années 1370-1380 (voir dossier IA05001550).

Partie centre-est. Elévation nord, chaîne d'angle nord-est de la tour médiévale.Partie centre-est. Elévation nord, chaîne d'angle nord-est de la tour médiévale. Partie centre-est. Elévation nord, quatrième niveau. Maçonnerie en petits moellons de la tour médiévale.Partie centre-est. Elévation nord, quatrième niveau. Maçonnerie en petits moellons de la tour médiévale.

Avec son plan carré ou pseudo-carré, cette tour était plus haute d'au moins un niveau par rapport à ce que montre sa façade nord aujourd'hui. Son parement de petits moellons équarris et régulièrement assisés est associé à des chaînes d'angles en gros moellons harpés. La base de son élévation nord a été ultérieurement renforcée par l'ajout d'un contrefort taluté. Les ouvertures d'origine (meurtrières ?) ont disparu au profit des percements réalisés au 17e siècle puis au 18e siècle, mais leurs embrasures ont pu servir pour percer ces nouvelles baies.

État hypothétique à la fin du 14e siècle, vue du nord-ouest.État hypothétique à la fin du 14e siècle, vue du nord-ouest. État hypothétique à la fin du 14e siècle, vue du nord-est.État hypothétique à la fin du 14e siècle, vue du nord-est. État hypothétique à la fin du 14e siècle, vue du sud-ouest.État hypothétique à la fin du 14e siècle, vue du sud-ouest.

D'après M.-P. Estienne et N. Nicolas (1999), les premières constructions à vocation résidentielle auraient été ajoutées à cette tour à partir du 15e siècle. D'autres remaniements ont certainement eu lieu au 16e siècle. Toutefois, peu d'éléments de cette période ont été clairement identifiés : quelques encadrements de petites baies et un petit volet intérieur à quatre panneaux sculptés en plis de serviette, remployé sur un jour de l'étage de comble, qui pourrait remonter à la fin du 15e siècle ou au 16e siècle. Les vestiges d'autres volets de ce même type subsistent sur d'autres jours de cet étage de comble.

Partie centre-ouest. Elévation sud, deuxième niveau. Petite fenêtre murée.Partie centre-ouest. Elévation sud, deuxième niveau. Petite fenêtre murée. Partie centre-ouest. Etage de comble, mur sud. Volet intérieur sculpté en plis de serviette, détail.Partie centre-ouest. Etage de comble, mur sud. Volet intérieur sculpté en plis de serviette, détail.

I.2. Le château et la coseigneurie médiévale

Le régime de coseigneurie, évoqué plus haut, est attesté au moins depuis le 13e siècle. Le nombre de coseigneurs a pu varier selon les époques, mais les deux plus importantes familles semblent être celle des Morges et celle des descendants de la famille de Rosans, sous ce nom ou sous celui d’Alauzon. Le prieur de Rosans, dépendant de l'abbaye de Cluny, a également quelques droits. Au début du 16e siècle, seules les deux principales coseigneuries semblent subsister. Le cadastre de 1570 mentionne toujours deux fours à pain seigneuriaux, celui du seigneur du Pègue (droits de la famille des Alauson alors détenus par Guy Diez, voir dossier IA05001605) et celui seigneur de l'Epine (droits de la famille des Morges).

Nota : l'organisation et l'évolution de cette coseigneurie sont développées plus précisément dans le dossier de présentation de la commune, chapitre sur le second Moyen Age (IA05001650).

I.3. Le château dans les années 1550-1600

En février 1557 (AD05 1 E 1979, f° 93 v°), Antoine d’Alauson passe un prix fait à Estève Chavandier, maître maçon, charpentier et gipier (plâtrier) habitant à Ribeyret, afin de refaire deux cheminées. Ces travaux, qui consistent probablement en une réfection des manteaux en gypse, concernent une cheminée située dans la salle principale du château, qui doit porter ses armoiries, et une autre placée dans la « chambre du portail » (« du pourtal »).

En juillet 1565 (AD05 1 E 1986, f° 67), Guy Diez afferme ses bâtiments situés au bourg à un marchand de Séderon. L'acte d'arrentement est signé dans son « chastel », qui est décrit comme étant pourvu d'un cellier voûté (« crotte et seillier ») où se trouvent des cuves vinaires de fermentation (« les tines » et des tonneaux de grande capacité (« veyseaulx »). Le château est flanqué d'une dépendance accolée, où se trouvent des étables (« les estables joignantz audit chastel »).

Dans le courant des années 1570, François de Bonne, seigneur de Lesdiguières, acquiert auprès de Delphine de Rosans la coseigneurie des Alauson avec les bâtiments qui préfigurent l'actuel château. Sa possession est attestée en décembre 1579 (AD05 J 1787). Il entreprend peut-être quelques travaux dans le château, mais il ne semble toutefois pas séjourner de manière durable à Rosans. Le 1er mai 1600, François de Bonne revend sa coseigneurie à son capitaine Jean-Antoine d’Yze, pour le prix de 20 000 écus d’or.

État hypothétique à la fin du 16e siècle, vue du nord-ouest.État hypothétique à la fin du 16e siècle, vue du nord-ouest. État hypothétique à la fin du 16e siècle, vue du nord-est.État hypothétique à la fin du 16e siècle, vue du nord-est. État hypothétique à la fin du 16e siècle, vue du sud-ouest.État hypothétique à la fin du 16e siècle, vue du sud-ouest.

A la fin du 16e siècle, on peut considérer que le bâtiment principal comprend la tour médiévale à laquelle sont accolés : au sud un escalier en vis inscrit dans une construction de plan pseudo-carrée, à l'ouest un bâtiment de logis (rez-de-chaussée, étage et étage de comble), à l'est un bâtiment bas (rez-de-chaussée et étage de comble) flanquant la porte fortifiée de l'enceinte urbaine. A cette époque, le bâtiment de la dépendance agricole existe déjà (rez-de-chaussée et un étage ?), il est séparé du bâtiment principal par une petite porte fortifiée privée et seigneuriale. Cette porte offre une communication directe entre la basse-cour du château (côté sud) et les jardins extra muros (côté nord) et, plus loin, une autre dépendance agricole qui deviendra Le Grangeon (voir dossier IA05001553).

II. Le château dans la première moitié du 17e siècle

II.1. Le château et la nouvelle seigneurie unique (années 1600)

En décembre 1609 (AD26 2 E 1248, f° 320), Jean Antoine d'Yze achète l'autre coseigneurie à Jean de Morges, dont les deux tours-donjons. Devenu l'unique seigneur de Rosans, il restructure profondément l'ancien château des Rosans-Alauson mais délaisse les deux autres tours. La famille d'Yze conserve cette seigneurie jusqu'après la Révolution. Le dernier seigneur, Claude-Arthus d'Yze, cède ses domaines en 1798 (AD05 1 E 5770, n° 174) à un particulier, Paul Motte.

Il faut donc souligner que, si le château de Rosans est appelé « Château Lesdiguières » depuis les années 1830 (J.-C.-F. Ladoucette, 1834), cette désignation apparaît peu fondée. En effet, c'est Jean-Antoine d’Yze qui, dans les deux premières décennies du 17e siècle, fait profondément transformer et augmenter l'édifice. Ses descendants poursuivent ensuite son œuvre, notamment Jacques d'Yze au milieu du 18e siècle.

Nota : l'origine de la famille d'Yze est développée plus précisément dans le dossier de présentation de la commune, chapitre sur le 16e siècle et le 17e siècle (IA05001650).

II.2. Les grands travaux des années 1600-1610

Devenu unique seigneur de Rosans, Jean-Antoine d'Yze lance plusieurs chantiers conséquents, tant sur son château que sur l'ensemble de son domaine agricole. Entre 1602 et 1609 (AD05 1 E 2075 à 2078, 2080, 2082), près d'une vingtaine de prix-faits éclairent sur les réalisations menées à cette époque et illustrent le projet architectural du commanditaire. Les chantiers concernent principalement le château et sa dépendance agricole accolée, mais aussi d'autres bâtiments, par exemple la ferme seigneuriale de la Grande Coste (voir dossier IA05001613). Ils visent à réorganiser et à optimiser les édifices et concernent autant les parties réservées à l'habitation que celles dédiées à la production agricole : celliers vinaires, greniers, fenil, bûcher, etc. Certains actes concernent la fourniture des matériaux nécessaires aux travaux : chaux, sable, pierre de taille, etc.

Le bâtiment principal du château, celui de sa dépendance agricole, sa basse-cour et son jardin sont largement agrandis, restructurés et mis au goût du jour. Ces travaux s'organisent en deux principales périodes : 1604-1605 et 1609-1611.

NOTA : la description détaillée des travaux réalisés, avec les références précises des archives citées, est fournie dans l'Annexe 1 de ce dossier. En ce qui concerne les travaux menés sur le domaine agricole seigneurial, ils sont développés dans le dossier de présentation de la commune, chapitre sur le 16e siècle et le 17e siècle (IA05001650).

L'organisation des chantiers et l'approvisionnement en matériaux

Le détail des prix-faits relatifs à l'ensemble des travaux effectués sur cette décennie offre un bon aperçu sur la manière dont ils étaient organisés, autant en termes d'approvisionnement en matériaux qu'en termes de professionnels engagés.

Ainsi, une très large part du chantier est confiée à un artisan local : le maître maçon Pierre Joubert, qui est parfois aussi désigné comme tailleur de pierre, résidant à Rosans mais originaire de Montmorin. Ce personnage, qui apparaît également dans d'autres chantiers réalisés à cette période (enceinte urbaine fortifiée, voir dossier IA05001550 et église Saint-Arey, voir dossier IA05001764), semble être à la tête d'un atelier qui travaille aussi pour des particuliers. Nota : pour plus de détails au sujet de cet atelier, voir le chapitre historique du dossier collectif sur les maisons de Rosans : IA05001647.

Ce maître-maçon est ordinairement secondé par des ouvriers, qui sont généralement des habitants. Mais il est ponctuellement accompagné pour certaines tâches par d'autres maîtres spécialisés. En 1602, il est associé à d'autres tailleurs de pierre originaires de La Charce pour réaliser des fenêtres. En 1603, la construction des nouvelles voûtes de la dépendance agricole est confiée à des maçons venant de Serres. En 1605, divers travaux de finition (façades, reprise de couverture) et d'intérieurs (enduits, cloisons, cheminées...) sont donnés à des maîtres plâtriers désignés comme « gippiers de la ville de Sisteron ». En 1609, certains ouvrages majeurs (portail de la basse-cour, escalier intérieur et porte d'entrée, la fontaine du jardin) nécessitent des plans et des dessins techniques qui sont dressés par Auban Ravel, maître-architecte de Sisteron.

La gestion des matériaux est prévue dans la majorité des prix-faits. Le plus souvent le commanditaire (le seigneur) doit organiser l'extraction et le transport des matières premières : le sable (« arenne » ou « larane »), la chaux, les pierres à bâtir ou de taille, le bois, etc. Le lieu d'extraction des pierres est parfois précisé. Par exemple, les dalles du sol (« bards ») de la basse-cour doivent provenir de Saint-André-de-Rosans ou de Trescoussous (Pommerol). Les pierres de taille nécessaires à la construction du grand portail et de l'escalier intérieur sont extraites et dégrossies (« tyrer et esgrosser ») dans les carrières (« peyryeres ») de Rosans et de Montferrand.

La production de chaux, liant indispensable aux travaux de maçonnerie, fait également l'objet de contrats spécifiques. En 1604, six habitants de Rosans sont embauchés pour construire un four à chaux (« fourt dachaux ») à la Combe de Farau sous la supervision d'un maître « expertz pour crotter ledit fourt et le fere cuyre ». L'approvisionnement en pierres à cuire et en bois est à la charge des ouvriers. Quelques détails techniques sont donnés pour ce four de forme trapézoïdale (6 mètres de haut, 4,5 mètres de long à la base et 3,5 mètres de long au sommet) qui est constitué d'une cuve (« peyrollier ») et d'une coupole (« coquillon »). En 1605, deux maîtres-maçons de Sisteron sont engagés pour construire un autre four à chaux au même endroit (6 mètres de hauteur et 4 mètres de largeur au centre) dont le bois nécessaire à la cuisson sera pris à proximité.

II.3. La première phase des travaux : 1602-1605

Une première phase de restructuration du château et de ses abords, esquissée dès 1602, est réalisée en 1604 et 1605. Les intérieurs de la dépendance agricole accolée à l'ouest du château sont largement reconstruits et ce bâtiment est repercé. La basse-cour et son mur de clôture sont remaniés et consolidés, alors que ses accès sont détruits pour être rebâtis. Quant à l'édifice du château, son rez-de-chaussée est entièrement réorganisé : les anciens celliers vinicoles, saloirs (« charnyer ») et « prisons vyeilles » laissent la place à un logis, où le seigneur va pouvoir installer son châtelain à partir de 1607 (voir chapitre suivant). Les étages, qui sont distribués par un escalier à vis, font l'objet de réaménagements plus minimes.

II.3.1. La dépendance agricole : reconstructions et réaménagements

Ce bâtiment, placé dans le prolongement ouest de celui du château, est largement remanié en 1603. Son ancienne étable est démolie pour être remplacée par deux pièces voûtées à vocation vinicole (une grande et une petite « crottes servant a caves »), dont une à usage de cellier (« la crotte des tonneaulx »), qui servent également de cuvage, comme l'indique leur appellation de « tynerye » ou « autenerye » (terme dérivant du mot provençal tine utilisé pour un réservoir ou une cuve vinaire). Une autre pièce est aussi entièrement refaite pour servir comme « autenerye des grains » : il s'agit vraisemblablement d'une resserre où se trouvent des coffres, maçonnés ou en bois, destinés à stocker les céréales.

Afin d'accéder à ces nouvelles salles, des ouvertures sont percées en 1603, notamment deux grandes portes cintrées desservant les celliers. L'année suivante une autre grande porte en pierre de taille est ouverte pour un probable bûcher (« bussier ») où était stocké le bois de chauffage. Elle doit être assez large pour que « les bestes y puissent entrer avec leur charge ».

En 1605, deux maçons (« gippiers ») de Sisteron sont engagés pour enduire les voûtes d'arêtes (« les croysilhes ») qui précèdent les « greniers et buschier ». Ces mêmes ouvriers doivent aussi intervenir pour cloisonner en gypse une écurie que le seigneur possède « oultre et par dessus le susdit chateau » localisée « au Jardin et à Puygranier ». Ce bâtiment, situé au nord du jardin qui borde le château, correspond vraisemblablement à l'actuel bâtiment agricole appelé Le Grangeon (voir dossier IA05001553), très largement agrandi dans la seconde moitié du 17e siècle.

II.3.2. Le bâtiment d'habitation : travaux de maçonneries et de couverture

En 1602, les travaux de reconstruction de la porte fortifiée nord de l'enceinte urbaine (voir dossier IA05001550) comprennent également la création d'un imposant contrefort taluté en pierre de taille à l'angle nord-est du bâtiment principal. Cet aménagement, toujours en place aujourd'hui, est décrit dans le prix-fait comme « une arreste de pierre de tailhe d'anviron dix ou douze cantons en forme d'ancque au pyé de l'areste du chateau de cousté de levant ». Ces travaux sont réputés être terminés en août 1603.

Vue de situation prise du nord-est.Vue de situation prise du nord-est. Partie est. Elévation orientale et porte fortifiée de l'enceinte urbaine.Partie est. Elévation orientale et porte fortifiée de l'enceinte urbaine. Partie est. Contrefort taluté en grand appareil à la base des élévations est et nord.Partie est. Contrefort taluté en grand appareil à la base des élévations est et nord.

En 1604, quelques travaux sont menés pour consolider certaines parties de maçonnerie, dont un renforcement au niveau de la « chambre de Sorbyer » qui se trouve du côté du jardin (à l'ouest). En 1605, la révision de la toiture précise que le bâtiment principal est « couvert d'ardoyse » fixées par des crochets. Le terme « ardoyse » est sujet à interprétation, les ardoisières (schiste) les plus proches étant situées vers Embrun, et il s'agit peut-être d'une couverture en lauzes de grès ou en tuiles plates de type tuile écaille. Toutefois, ces différentes natures de matériaux sont toutes destinées à couvrir un toit à forte pente.

II.3.3. Le bâtiment principal : reconstructions et réparations des escaliers (extérieur et intérieur)

Le niveau des sols extérieurs était manifestement plus bas qu'aujourd'hui, nécessitant la présence d'escaliers pour accéder au bâtiment d'habitation. En 1602, il faut reconstruire en pierres de taille celui auquel on accède depuis « la posterle du chateau », ouvrage fortifié qui existait à l'emplacement de l'actuelle porte fortifiée de l'enceinte urbaine. En 1604, un autre escalier extérieur est établi. Il dessert à la fois les caves et greniers de la dépendance agricole mais aussi l'entrée au rez-de-chaussée du château, sa cuisine basse et l'escalier en vis (« visette ») qui mène aux étages.

Toujours en 1604, cette « visette » (aussi appelée « viste ») fait l'objet de réparations, notamment la réfection d'une petite voûte soutenant un palier (un « courchon de pierre de tailhe que defaillis »). Les baies qui l'éclairent sont équipées de « trappes », terme qui désigne peut-être des grilles défensives en ferronnerie. Dans l'inventaire de 1613, ces grilles, démontées, sont stockées dans les combles.

II.3.4. Le bâtiment principal : reconstructions et réaménagements du rez-de-chaussée

Avant 1605, le rez-de-chaussée (« bas estage ») du château accueillait, outre une cuisine, des pièces à vocation agricole ou de stockage, appelées « offices du bas du chateau ». Des travaux importants y sont effectués pour modifier l'organisation et la vocation des lieux. Les maçons et plâtriers doivent démolir les murs et la voûte « des prisons vyeilles » (ou « basse crotte des prisons »), qui a pourtant été rebâtie peu de temps avant. Ils doivent aussi détruire un « charnier », sans doute une pièce de garde-manger ou de saloir dédiée à la viande.

Après ces destructions, le niveau du sol du rez-de-chaussée est rectifié (« remis a plain pyé et a droict fil ») puis surélevé par la pose d'un plancher à « bois perdu » installé sur des sommiers. La nouvelle organisation des lieux impose de percer de nouvelles portes de communication intérieures, distribuées par un vestibule (« hallée sive passage ») créé au pied de l'escalier en vis. Les murs de ce vestibule intègrent des finitions et moulures (« les apparements ») vraisemblablement réalisées au mortier de gypse, dont une corniche qui souligne la naissance de la voûte qui le couvre. Parmi les nouvelles pièces, un ancien local voûté (« crotte vyelle ») est transformé en cuisine, où une porte doit être ouverte dans le mur pour accéder à un « cellyer qui doibt servir de chambre » également appelé « petit gabinet ». L'encadrement de cette porte doit être fait en « gipperye ».

II.3.5. Le bâtiment principal : réparations dans la cuisine du premier étage

Le premier étage accueille notamment une cuisine (« la cuisine plus haulte dudit chateau ») dont la pile d'évier doit être dotée d'une nouvelle conduite d'évacuation en 1604. Cette canalisation est décrite comme « un chanal de pierre de tailhe toute carrée (...) pour recevoir l'eau que sort de l'eyguier » qu'il faut « enchasser dans la muraille en sorte que n'aparoysse poinct or la dehors (…) jusque dans terre ». Cette description correspond aux descentes d'eau en pierre de taille, verticales et encastrées, que l'on peut observer dans plusieurs maisons de Saint-André-de-Rosans – et dont un vestige est encore visible dans une maison de la rue du Barry à Rosans. La cheminée de cette cuisine est réparée en 1605.

II.3.6. Le bâtiment principal : reconstruction et réparations des cheminées

Outre celle de la cuisine mentionnée ci-dessus, d'autres cheminées font l'objet de travaux en 1605. Au rez-de-chaussée, deux sont entièrement reconstruites : celle de la « cuysine basse » et celle du « petit gabinet » adjacent. Le foyer de la cheminée la « basse salle » (localisation incertaine) doit être rebâti. Deux gypsiers de Sisteron sont embauchés pour ces travaux, qui « restiqueront chacune tout autour », opération qui consiste vraisemblablement en un ravalement de l'enduit au plâtre des manteaux et de leurs éventuels décors en gypserie. En outre, ils « en paiseront les penonsseux » (une recharge en plâtre sur les panneaux décoratifs ?) et autres « cul de lampe », probables consoles décorées qui supportaient ces manteaux.

I.3.7. Le bâtiment principal : création et modification des fenêtres

Dès 1602, cinq nouvelles fenêtres à demi-croisée sont percées dans les murs du château, peut-être pour remplacer ou agrandir d'anciennes ouvertures. En 1604, six « fenestres francoyses » sont ouvertes pour éclairer le rez-de-chaussée, manifestement en prévision des travaux de réorganisation réalisés l'année suivante, et une petite ouverture (« un petit hullet carré ») est réalisée dans « le cabinet de la chambre de Sorbyer » (appelée « chambre d'Ize » dans l'inventaire de 1613).

II.3.8. La basse-cour : reconstruction et réaménagements

La basse-cour occupait les actuelles cours situées au pied des façades sud du château et de sa dépendance agricole. Séparée de l'agglomération par un mur de clôture, elle disposait de deux entrées. Du côté nord, une « posterle » fortifiée (aujourd'hui disparue) permettait un accès direct extra muros. Du côté est, un « grand portal » qui occupait vraisemblablement l'emplacement de l'actuel portail monumental en s'ouvrant intra muros. Une profonde réfection de cette basse-cour est lancée en 1604.

Le sol est d'abord entièrement nivelé en ménageant une pente pour évacuer les eaux pluviales vers le pré qui s'étend à l'ouest du château (appelé « Pré de la Cour » dans le cadastre de 1699). Il est ensuite recouvert pour partie par une « callade », réalisée par deux « calladeurs de Grandeville en Lorraine », le reste étant pavé en utilisant d'épaisses dalles (« bards »). Ces revêtements intègrent une rigole maçonnée (« beal ») destinée à conduire l'eau (irrigation et abreuvage) du côté de l'aire à battre placée au pied de la dépendance agricole. Cette eau était peut-être issue de la surverse de la fontaine de Font Sainte (voir dossier de la Fontaine Ladoucette IA05001633).

Le mur de clôture est rehaussé d’environ un mètre de hauteur. Son couronnement est pourvu de créneaux, d'un mètre de haut également, destinés à parfaire son rôle défensif et symbolique. Désignés comme des « merletz a quatre arrestes de pierre brutte (…) aultant plain que vuyde », ils doivent être couverts « d'ardoise ou fuelle » (ce dernier terme désignant peut-être des lauzes ou des bardeaux de bois). C'est peut-être contre ce mur qu'est adossée une petite construction désignée en 1605 comme un « petit couvert » (remise ouverte sous un toit en appentis ?) dont la couverture doit être refaite en tuile avec une pente plus prononcée.

La « posterle » nord était une porte fortifiée installée entre le château et sa dépendance agricole, qui a été remplacée vers le milieu du 18e siècle par la construction d'un nouveau bâtiment de logis. Lors des travaux de 1604, elle est d'abord en partie démolie, sauf son passage voûté (« crotillon »), puis reconstruite en intégrant un mâchicoulis sur consoles (« un mortryere soustenu de troys consolles de pierre de tailhe ») de type bretèche. Cet ouvrage sert en 1607 de modèle lors de la reconstruction de la partie supérieure de la porte fortifiée nord de l'enceinte urbaine (voir dossier IA05001550).

Enfin, le « grand portal » est refait en pierre de taille, dont une partie semble être un recyclage de matériaux issus des démolitions menées dans la dépendance agricole. L'encadrement de son ouverture est surmonté d'une « pierre des armoyries » encastrée dans un mur élevé plus haut que le reste du mur de clôture.

II.4. Le château en 1607

Par un acte du 14 avril 1607 (AD05 1 E 2080, f° 62 r°), Jean-Antoine d'Yze arrente pour quatre ans son domaine de Rosans à Pierre Liotier (ou Lieutier, Léotier), marchand habitant à Rosans mais qui semble originaire de Chabottonnes-en-Champsaur (AD26 2 E 1248, f° 320).

Ayant fait entièrement réaménager le rez-de-chaussée de son château (voir chapitre précédent), le seigneur offre à son nouveau châtelain (ou « rantyer ») de disposer librement de ce « bas estage » avec les caves et greniers de la dépendance agricole. En revanche, il garde pour son usage personnel les étages pour y résider « quand bon luy semblera avec sa famille », ainsi qu'une partie des caves vinaires avec trois tonneaux de vin. Le châtelain est tenu de pourvoir aux dépenses et la nourriture du seigneur et de sa femme « avec tout leur train » sur une période vingt jours par an. En dehors de la présence du seigneur, le châtelain peut occuper les étages. L'acte précise que les portes du château ferment à clef et que les fenêtres sont vitrées.

Dans la dépendance agricole, où les portes ferment aussi à clef, les caves abritent notamment des « tynes » (cuves à vin) et des « veysseaulx » (tonneaux). Les stocks de foin et de paille (« moutte de foin », « moutte de pailhe ») conservés dans « la fenyere » de la grange sont mesurés, une marque indiquant leur hauteur étant inscrite sur les murs et sur un « pyellon ». Ce dernier terme désigne une colonne ou un pilier, probablement une pile de fond soutenant la panne faîtière de la charpente. Enfin, il semble que cette fenière dispose d'une partie en mezzanine, appelée « taulière ».

II.5. La seconde phase des travaux : 1609-1611

Cette deuxième tranche de travaux est lancée en 1609 et paraît être terminée en 1611. Dans le bâtiment principal, l'ancien escalier à vis est remplacé par un escalier à retours et une nouvelle construction est ajoutée du côté est.

Accompagnant la monumentalisation du château, le portail intra muros de la basse-cour est intégralement reconstruit selon un modèle dorique en vogue à l'époque. A l'autre extrémité de l'ensemble bâti, une fontaine est installée dans les jardins qui s'étendent au pied de la dépendance agricole. Parallèlement, en dehors de l'ensemble bâti castral, d'autres chantiers visent à améliorer les pratiques d'élevage et de mise en valeur du domaine agricole. Il faut sans doute mettre en relation cette volonté avec les nouvelles idées agronomiques de l'époque, notamment celles publiées en 1600 par Olivier de Serre dans son Théâtre d'Agriculture et Mesnage des champs, ouvrage présent la bibliothèque du château lors de l'inventaire de 1613.

II.5.1. Le bâtiment principal : construction d'une extension occidentale

Une nouvelle construction est ajoutée, désignée dans les prix-faits comme une « tour », qui pourrait correspondre au bâtiment situé au-dessus de la porte fortifiée de la basse-cour (posterle reconstruite en 1604). L'accès à ce nouveau bâtiment nécessite quatre portes, dont au moins trois correspondent à des percements intérieurs pour permettre la communication avec la nouvelle extension. Sont aussi prévues douze fenêtres « a la françoyse ou de demy croisée ».

II.5.2. Le bâtiment principal : construction d'un nouvel escalier

L'ancien escalier en vis (« visete ») réparé en 1604 comportait « trois fenestrages ». Il est démoli en 1609 pour laisser la place à un nouvel ouvrage dessiné par l'architecte de Sisteron Auban Ravel, qui devra s'inscrire dans les mêmes dimensions que l'ancien et comporter lui aussi trois ouvertures.

L'escalier neuf est prévu à rampes sur rampes, avec des paliers principaux et intermédiaires (« reppos et nyvaulx »). Les marches de 175 centimètres (7 pans) de long doivent être posées sur une voûte en berceau (« voulte a une nef faictes en ront »). Les sols des paliers, supportés par des voûtes d'arêtes (« a croyzillon de massonarye »), sont en épaisses dalles de pierre appelées (« bards »). Une nouvelle porte d'accès est créée, dont l'ornementation de l'encadrement est faite en « suyvant le dessain et ordonance » de l'architecte. Le maître-maçon Pierre Joubert est chargé de l'extraction des pierres aux carrières (« peyryeres ») de Montferrant (pour le calcaire) et de Rosans (pour le grès) mais leur transport jusqu'au chantier est à la charge du seigneur. La réalisation de l'ouvrage est supervisée sur place par l'architecte lui-même. Les indications techniques du prix-fait (dimensions et mises en œuvre) correspondent bien à l'escalier actuel. Le linteau de l'encadrement de la porte extérieure est gravé de la date du 10 août 1611 (« M DCXII LE X AOVST ») et son tympan mouluré est orné d'un cartouche saillant où sont gravés les mots « DEO DVCE FERRO COMITE » (« Dieu comme chef, l'épée comme compagne »), en partie bûchés.

Sur le mur oriental des paliers intermédiaires de cet escalier, de grands placards-niches sont en réalité aménagés dans l'embrasure de baies condamnées. Cette disposition témoigne que, au moment de la construction de l'escalier, la partie orientale du bâtiment principal n'existait pas – ou était réduite à un seul niveau : elle a été édifiée plus tard au 17e siècle (voir chapitre dédié).

Escalier est. Elévation sud, premier niveau. Porte, détail du couvrement avec date portée (10 août 1611) et devise de la famille d'Yze.Escalier est. Elévation sud, premier niveau. Porte, détail du couvrement avec date portée (10 août 1611) et devise de la famille d'Yze. Escalier est. Rez-de-chaussée, vestibule. Vue de volume prise du nord-ouest.Escalier est. Rez-de-chaussée, vestibule. Vue de volume prise du nord-ouest.

II.5.3. La basse-cour : reconstruction du grand portail

Déjà reconstruit en 1604, le « grand portal de la cour » est finalement détruit pour être remplacé par un nouveau projet monumental dressé par le même architecte sisteronnais Auban Ravel. Le prix-fait du 17 juin 1609 donne la description de son ornementation qui s'inscrit dans l'ordre dorique (« a l'ordonance douricque ») : « corinsses frizes et arquitraves » (architraves = linteaux) surmontés d'un « front d'aspicq au dessus avec troys piers d'estrailh avec une boulle a chacung par dessus » (fronton saillant avec décor). La partie inférieure est faite à la rustique (« a la roustique ») avec pilastres et contre-pilastres ornés d'un « harpillon tout autour », reposant sur des bases du même ordre avec piédestal (« basses aussi douricque avec son pye destrailh ») et couronnés par des chapiteaux. Les pierres calcaires nécessaires à sa réalisation sont tirées de la carrière de Montferrant.

Par son décor alternant blocs gaufrés et blocs lisses, l'encadrement de ce portail est très similaire dans sa facture et ses finitions à celui de la porte de l'hôtel de Perrinet (actuelle mairie) à Serres (Hautes-Alpes, classé MH en 1926, voir dossier PA00080626). Cet édifice, daté de la charnière du 16e siècle et du 17e siècle, est donc contemporain de la construction du portail du château de Rosans. Peut-être faut-il y voir l’œuvre du même architecte Aubin Ravel, mais ce type de décor était alors à la mode dans les vallées du Buëch et de la Durance. On le retrouve ainsi au château de Montmaur (Hautes-Alpes, classé MH en 1988, voir dossier PA00080591) et au château de Ventavon (Hautes-Alpes).

Portail de la cour.Portail de la cour.

II.5.4. Le jardin : construction d'une fontaine

En complément des réaménagements et embellissements apportés au château et à sa cour, une fontaine est installée en 1609 dans le jardin seigneurial, qui s'étendait à l'ouest du château. La fontaine a disparu à une date inconnue, l'ancien jardin étant désormais occupé par la rue du Temple et le boulodrome. L'eau, captée à la source seigneuriale de « Cathelanne » (voir dossier IA05001645), est amenée dans une canalisation en tuyaux de terre cuite (« borneaulx », voir dossier IM05004557). L'arrivée de cette conduite dans le buffet de la fontaine est équipée de grilles.

L'architecte Auban Ravel, concepteur du grand portail et de l'escalier, est également chargé de ce projet dont il dirige les travaux d’exécution. L'ouvrage, en pierre de taille, prévoit un bassin et un buffet d'eau disposant de quatre « repous de deux pans dans heouvre a touts carrieux » (niches (?) d'environ 50 centimètres de profondeur). Le couvrement (« cabercel ») du réservoir du buffet, lui aussi en pierre de taille, est muni d'une trappe de visite (« battant »). Une dérivation doit également amener l'eau jusqu'à l'intérieur de la basse-cour où une autre fontaine en « pierre de tailhe a troys tuyaulx » permet l'abreuvage du bétail installé dans la dépendance agricole.

II.6. Le château en 1613

Après le décès de Jean-Antoine d'Yze, un inventaire des biens seigneuriaux est dressé le 29 octobre 1613 (AD05 J 1787). Ce document recense notamment les meubles et objets présents dans le château, sa basse-cour et sa dépendance agricole où se trouvent grenier, cave et bûcher. La description est faite pièce par pièce, dont la fonction est généralement indiquée, offrant un état des lieux précis des bâtiments et de leur organisation.

NOTA : la description détaillée de cet inventaire après décès est fournie dans l'Annexe 2 de ce dossier.

II.6.1. Le bâtiment principal : organisation générale

L'édifice comprend une quinzaine de pièces, réparties entre le rez-de-chaussée, le premier étage et l'étage de comble. L'ensemble est desservi par l'escalier intérieur. Au moins six pièces disposent d'une cheminée équipée de chenets en acier ou en laiton appelés « landiers » : la cuisine, la salle basse et deux chambres du rez-de-chaussée, la grande salle et la « chambre d'Ize » à l'étage.

Le rez-de-chaussée regroupe une salle basse, une cuisine et une demi-douzaine de pièces à usage de resserres et/ou de chambre. La cuisine est flanquée d'un « cabinet » et de deux pièces de réserve, l'une dite « chambre basse ». Là sont conservées une grande jarre en pierre contenant 50 kilogrammes d'huile (« une pyere a tenir huyle tenant un demi quintal ») et deux jarres à huile en terre cuite (« doyres ») d'une contenance totale de 60 livres. Le terme « doyre » est directement issu des dolia, grosses amphores romaines de stockage destinées à être enterrées. Quant à l'huile, il s'agit très probablement d'huile de noix. A côté de cette cuisine, la salle basse fait office de salle à manger. On y trouve une plaque de laiton destinée à faire la lessive (« ung grand lavoyr de louton »), objet qui implique logiquement la présence d'une bugadière ou d'une pile d'évier.

Le premier étage accueille une grande salle, deux chambres (la « chambre d'Ize » et « la Garde-Robe ») et un cabinet qui est également désigné comme galerie. La grande salle possède des fonctions polyvalentes de salon, de salle de réception et de chambre dont témoigne son ameublement diversifié : table, bancs, chaises, tabourets et lits. Le cabinet abrite la bibliothèque.

L'étage de combles comprend quatre « chambres Jacoppines » : le terme chambre jacobine correspond à cette époque à une pièce aménagée en sous-pente de toiture. Trois de ces chambres paraissent être principalement utilisées comme espaces de stockage pour divers objets.

Quant au toit, il est toujours « couvert d’ardoyse », comme en 1605, sans autre précision sur la nature réelle de cette couverture (ardoises de schiste, lauzes de grès, tuiles plates de type tuile écaille ?).

II.6.2. Le bâtiment principal : les meubles et objets

La plupart des chambres ainsi que la grande salle de l'étage disposent d'au moins un lit. C'est aussi le cas de la salle basse et de la cuisine du rez-de-chaussée, où il s'agit cependant d'un cadre de lit nu. Ailleurs, les lits sont munis de matelas en laine, couettes en plumes, couvertures dites de Catalogne et coussins (« bissoche » ou « bossoche »). La « chambre d'Ize » possède trois lits, dont deux à impériale ou baldaquin. Il faut souligner la mention d'un type particulier de couverture : « une couverte de marmelle appellée vanne ». La vanne est un tissage spécifique de fils de chanvre (voir à ce sujet le chapitre dédié dans le dossier IA05001650). Les habits et le linge de maison sont rangés dans des bancs-coffres ou dans des armoires placées dans les différentes pièces.

Des tapis et tapisseries sont présents mais ne semblent plus être utilisés. Trois tapis de Turquie sont conservés dans l'une des annexes de la cuisine. La chambre de la « Garde-Robe » abrite quatre « tapysserye de Bergame » (terme désignant des pièces de qualité très commune) qui sont destinées à orner les murs de la salle basse, de la grande salle de l'étage et des deux chambres principales.

Dans la salle basse et dans la cuisine du rez-de-chaussée, des vaisseliers (« dressyer ») accueillent la vaisselle courante. L'argenterie est conservée dans l'armoire murale du cabinet du premier étage : plats, coupes, assiettes et couverts armoriés pour un poids total de 20 kilogrammes. Un important lot de vaisselle d'étain (près de 170 kilogrammes) est stocké dans l'une des chambres de l'étage de comble. Il est complété par un ensemble de plats, assiettes, aiguière et salières en terre cuite dite « terre de Venize », terme généralement utilisé pour désigner des faïences produites en Espagne, Italie ou dans le sud de la France. Une autre chambre du comble regroupe près de 80 kilogrammes d'ustensiles usagés : marmites et plats de cuisine en divers métaux (fer, laiton, cuivre jaune, cuivre rouge appelé « rouzette », airain).

Les armes à feu (trois pistolets et deux mousquets) et les armes blanches (dont quatre arquebuses, deux épées et une dague) sont également rangées à l'étage de comble, où l'on trouve aussi les grilles (« treillitz de fer ») destinées à protéger la porte et les fenêtres de l'escalier en cas de besoin.

II.6.3. Le bâtiment principal : les archives et la bibliothèque

Au premier étage, le cabinet (ou galerie) dispose d'une armoire murale (« une garde roube affichée dans la muraille ») fermant à clef et renfermant une partie des archives seigneuriales : actes d'achat, terriers, livres de reconnaissances, quittances, hommages, etc. Le reste des documents étant conservé dans l'armoire d'une autre chambre.

Cette armoire murale accueille également la bibliothèque du château, composée d'une petite douzaine de livres : quelques ouvrages religieux ou de droit, écrits philosophiques, historiques, linguistiques ou thématiques, comme ceux de Plutarque et de Machiavel, une histoire de France, un ouvrage de l'Académie française. On remarque également la présence d'un exemplaire du Théâtre de l'agriculture et mesnage des champs d'Olivier de Serres, ouvrage récent puisque publié pour la première fois en 1600. Ce volume est couvert d'un « parchemin blanc ».

II.6.4. La dépendance agricole

La dépendance agricole comporte un rez-de-chaussée, un premier étage et un étage de comble. Son toit est couvert de « tuylles », très probablement des tuiles creuses.

Le rez-de-chaussée est occupé par des celliers-cuvages où sont conservées trois cuves vinaires en bois, manifestement cerclées par des éclisses (« pleches ») ; il n'est pas fait mention de cuve maçonnée. On compte également trente-trois tonneaux (un tiers cerclés en fer, le reste avec des « plèches ») et quatre barils pour le transport du vin. Une vingtaine de bassines ou hottes en bois de mélèze (« cornues de meulletz ») sont destinées aux vendanges.

L'étage abrite un grenier qui contient 200 charges de blé froment « a la mesure dudit Rozans ». L'étage de comble accueille quatre chambres, mentionnées mais non décrites, qui servaient à la domesticité.

III. Le château dans la seconde moitié du 17e siècle

III.1. D'autres travaux vers la fin du 17e siècle

D'importants travaux sont réalisés entre l'inventaire de 1613 et celui de 1703 : ce dernier mentionne un deuxième étage dans le bâtiment principal. Cet étage, qui n'existait pas auparavant, est caractérisé par un ameublement des pièces décrit comme presque neuf (voir chapitre dédié). Il s'agit d'une part d'une surélévation de toute la partie ouest du bâtiment principal. D'autre part, de la construction d'un nouveau bâtiment côté est, accolé entre la porte fortifiée de l'enceinte urbaine (reconstruite entre 1602 et en 1607) et la vieille tour médiévale. Cette dernière ne semble pas avoir été modifiée lors de ces travaux.

Les recherches en archives n'ont pas été menées pour tenter de retrouver les prix-faits de ce chantier, mais il faut sans doute placer ces travaux dans la seconde moitié du 17e siècle – si ce n'est dans les dernières décennies de ce siècle. En effet, outre l'ameublement récent cité dans l'inventaire de 1703, c'est aussi ce que suggèrent la finition des encadrements des baies à demi-croisée, avec leurs arêtes vives, qui sont conservées sur la partie orientale du bâtiment principal et qui semblent dater de ce chantier. Les planchers en panneaux qui sont conservés au premier étage de la partie est (pièce voûtée) et centre-est pourraient dater de ces travaux : la pièce voûtée n'existait pas lors de la création de l'escalier en 1609-1611, dont le palier intermédiaire a été doté d'une fenêtre plus tard condamnée lors de la construction de la voûte.

L'enduit à décor de faux appareil façonné qui couvre encore aujourd'hui la façade nord du bâtiment principal, et plus ponctuellement celle de la dépendance agricole, doit sans doute lui aussi être attribué à cet important chantier. Ce même enduit se retrouve à l'intérieur du bâtiment, sur des murs qui étaient alors situés à l'extérieur. C'est le cas du dernier niveau des façades sud et est de la tour médiévale, mais aussi du dernier niveau du pignon ouest du bâtiment principal.

Partie centre-ouest. Elévation nord, enduit à faux appareil façonné.Partie centre-ouest. Elévation nord, enduit à faux appareil façonné. Etage de comble, ancienne élévation sud de la tour avec enduit à faux appareil façonné.Etage de comble, ancienne élévation sud de la tour avec enduit à faux appareil façonné. Dépendance agricole. Etage de comble, ancien pignon ouest du bâtiment principal avec enduit à faux appareil façonné.Dépendance agricole. Etage de comble, ancien pignon ouest du bâtiment principal avec enduit à faux appareil façonné.

Par ailleurs, la question se pose de savoir si, dès cette époque, une partie du bâtiment principal (seulement la tour médiévale ?) est couverte par une toiture polychrome en tuiles écailles glaçurées. Grâce aux travaux de Henri Amouric, Bernard Sournia et Jean-Louis Vayssettes (1996), on sait que plusieurs grands édifices seigneuriaux ou royaux de Provence et du Languedoc reçoivent des couvertures vernissées dès la seconde moitié du 16e siècle : le château comtal d'Aix-en-Provence en 1559, le château de la Tour-d'Aigues (Vaucluse) couvert en tuiles écailles noires vers 1570, ou le château de Villelaure (Vaucluse) en 1587. A partir du 17e siècle, et jusqu'au 19e siècle, les couvertures polychromes ne sont plus l’apanage des grands châteaux et « la tuile vernissée en écaille va faire partie, peu à peu, des productions communes des potiers locaux ». Ce matériau, qui se diffuse assez largement, va être utilisé pour des édifices plus modestes, par exemple le château de Campagne à Roumoules (Alpes-de-Haute-Provence, classé MH en 1992, voir dossier PA00080459) qui est couvert en tuiles écailles colorées à partir de 1659.

Plus proche de Rosans, le château de Laragne (Hautes-Alpes) reçoit une couverture polychrome en tuiles écailles vernissées dès 1628-1630 (Marie-Hélène Gueyraud-La Lumia, 2025), avec des motifs en losanges à quatre couleurs : blanche, verte, jaune et rouge. Le doute demeure donc pour le château de Rosans : l'actuelle toiture polychrome, qui ne semble pas antérieure aux travaux du milieu du 18e siècle (voir chapitre dédié), pourrait s'inscrire dans une continuité plus ancienne.

Enfin, la seconde moitié du 17e siècle voit aussi la construction d'une vaste dépendance agricole, disjointe au nord du jardin du château, appelée « le Granjon » dans le cadastre de 1699 (voir chapitre suivant).

État hypothétique à la fin du 17e siècle, vue du nord-ouest.État hypothétique à la fin du 17e siècle, vue du nord-ouest. État hypothétique à la fin du 17e siècle, vue du nord-est.État hypothétique à la fin du 17e siècle, vue du nord-est. État hypothétique à la fin du 17e siècle, vue du sud-ouest.État hypothétique à la fin du 17e siècle, vue du sud-ouest.

III.2. Le château dans le cadastre de 1699

Dans le cadastre par confronts de 1699 (AD05 3 E 6470, f° 232 v°), le château fait partie des biens nobles de François d'Yze. Il est décrit comme « château, basse-cour et régailles », désignation englobant tant le bâtiment d'habitation que sa dépendance agricole accolée.

Au sud et au nord, l'ensemble bâti est bordé par la rue et par le chemin public. Côté est, il est mitoyen de la porte fortifiée de l'enceinte urbaine (la « porte du lieu ») qui ouvre sur une « place au devant du château ». Au sud-ouest, une « petite ruelle recevant l'eau du couvert » le sépare des maisons du bourg, passage étroit qui existe toujours aujourd'hui. Cette description montre une configuration des lieux très proche de celle que l'on connaît aujourd'hui.

Ce document mentionne pour la première fois la nouvelle dépendance agricole établie au nord des jardins du château. Appelée « le Granjon », elle comprend des écuries, deux glacières, une aire à battre, une basse-cour et est accompagnée d'un pré et d'un jardin (voir dossier IA05001553).

IV. Le château au 18e siècle

IV.1. Le château en 1703

Suite au décès de François d'Yze, un inventaire des biens seigneuriaux est dressé le 26 avril 1703 (Archives communales de Rosans). Le château est désigné comme « chasteau basse court et regales ». Les confronts indiquent, au nord un chemin public, à l'est la porte fortifiée de l'enceinte urbaine (« la porte du lieu ») et la place qui ouvre devant le grand portail de la basse-cour, à l'ouest deux maisons et un jardin, séparés du château par le passage étroit déjà mentionné au 16e siècle et au 17e siècle (« petitte ruelle apartenant audict seigneur qui reçoit l'esgout du couvert du grenier dudict chasteau »), au sud une rue publique.

NOTA : la description détaillée de cet inventaire après décès est fournie dans l'Annexe 3 de ce dossier.

IV.1.1. Le bâtiment principal : organisation générale

L'édifice comprend près de 25 pièces (soit une dizaine de plus que lors de l'inventaire de 1613), réparties entre le rez-de-chaussée, les deux étages et l'étage de comble. L'ensemble est desservi par l'escalier intérieur.

Le rez-de-chaussée regroupe une salle basse, une cuisine et une demi-douzaine de pièces à usage de resserres qui sont appelées « cabinet ». L'une de ces pièces, aménagée sous l'escalier, sert à stocker l'huile de noix dans cinq grandes jarres en terre cuite. Dans les autres pièces, on trouve diverses denrées alimentaires (farines, pièces de cochon, pommes, etc.) mais également des éléments d'ornement pour les chevaux, brodés aux armes du seigneur, des tapis de Turquie ou de la vaisselle. Comme en 1613, la salle basse sert de salle à manger mais un grand lit y a été installé et les murs accueillent trois vieilles tapisseries de Bergame qui, un siècle plus tôt, étaient simplement entreposées dans une chambre.

Le premier étage accueille une grande salle et son annexe voûtée, une cuisine avec sa pièce d'eau (« eguier ») et sa resserre, ainsi qu'une chambre. La grande salle apparaît comme une salle d'apparat servant à la fois de lieu de réception, de repas et de couchage. On y trouve une cheminée, deux tables, une douzaine de chaises et deux lits. Il est précisé que le plus petit de ces deux lits sert au fils du seigneur défunt et que la garniture d'un des lits a été louée, de même qu'une tapisserie noire. L'annexe voûtée, appelée « cabinet », est un bureau où se trouve notamment la bibliothèque du château.

Le deuxième étage comprend une grande salle et quatre chambres. La salle, qui fait office de salon, est équipée d'une cheminée, de deux tables, de plusieurs chaises et fauteuils, d'une banquette, d'un grand lit à baldaquin et de quelques autres meubles. Ses murs sont ornés de tapisseries et d'un grand miroir. Les chambres disposent de cheminée, de lits dont un grand lit « a la duchesse », de miroirs, et des tapisseries sont suspendues aux murs.

L'étage de comble regroupe trois chambres destinées à la domesticité et des petites pièces de stockage.

IV.1.2. Le bâtiment principal : les meubles et objets

Des tapis et tapisseries sont présents et sont utilisés (alors qu'ils étaient simplement stockés en 1613). Trois vieilles tapisseries de Bergame sont accrochées aux murs de la salle basse et quatre autres, trouées, sont suspendues dans l'une des chambres du premier étage. Au deuxième étage, une tapisserie en « cuir doré » se trouve dans la grande salle, trois éléments d'une vieille tapisserie ornent les murs de l'une des chambres, alors que dans deux autres chambres il s'agit d'une dizaine d'éléments d'une tapisserie ancienne « a personnage ». Des tapis de Turquie sont rangés au rez-de-chaussée.

La vaisselle est rangée dans des meubles installés dans la cuisine du rez-de-chaussée et dans la pièce d'eau de la cuisine du premier étage. C'est dans cette dernière qu'est conservée la vaisselle précieuse, dont 13 kilogrammes (27 livres) de vaisselle en argent fin (une vingtaine de fourchettes et autant de cuillères, une douzaine de couteaux dont le manche est gravé aux armes du seigneur, des plats, etc.), environ 90 kilogrammes (123 livres) de vaisselle en « étain commun » (pots et plats) et plus de 40 kilogrammes (84 livres) de vaisselle en « estain de cornille » (plats, assiettes, etc.) marquée aux armes du seigneur. La vaisselle en terre cuite regroupe une quinzaine de plats de différentes tailles, une cinquantaine d'assiettes (à potage, creuses et simples), une dizaine d'écuelle, etc. La plupart de ces objets sont récents et sont dits à « nouvelles fasson ». Quelques autres sont « a la vielhe mode ».

IV.1.3. Le bâtiment principal : les archives et la bibliothèque

Au premier étage, le bureau joignant la grande salle renferme les archives seigneuriales et un grand placard mural où sont rangés les livres de la bibliothèque. Celle-ci est composée d'environ 70 volumes, soit sept fois plus qu'en 1613. On y retrouve certains des ouvrages déjà présents un siècle auparavant, notamment des écrits de Plutarque, de Machiavel ou l'œuvre d'Olivier de Serre (Théâtre de l'agriculture et mesnage des champs). Les autres livres illustrent quelques thèmes de prédilection : histoire et droit féodal et royal, états politiques, ouvrages scientifiques et philosophiques, littérature antique et moderne.

IV.1.4. La dépendance agricole

La dépendance agricole comporte un rez-de-chaussée et deux étages. Le rez-de-chaussée accueille un cellier-cuvage où se trouvent au moins trois cuves vinaires en bois et une petite vingtaine de tonneaux. On y trouve aussi deux étables voûtées (« escuerie ») abritant quatre chevaux et un poulain. Les étages abritent un grenier qui contient 200 charges de blé froment à la mesure de Serres et divers équipements destinés à mesurer, broyer et transporter les céréales.

IV.2. Les travaux de la première moitié du 18e siècle

Le château est de nouveau remanié dans le courant de la première moitié du 18e siècle. Ces travaux, qui visent à moderniser l'aspect extérieur du château pour lui donner un style classique, cherchent à harmoniser les façades et à les couvrir sous un toit unique à longs pans et croupe avec une couverture polychrome. Ces chantiers sont complétés par une reprise des décors intérieurs, notamment les gypseries des cheminées. Il faut peut-être les rapprocher chronologiquement de la reconstruction du portail nord-ouest de l'enceinte urbaine, appelé Portail de la Frache (voir dossier IA05001550), dont l'encadrement porte la date 1727. D'autre part, il semble que le bâtiment agricole dénommé Le Grangeon soit lui aussi agrandi à cette époque (voir dossier IA05001553).

IV.2.1. Le bâtiment principal : reconstructions et repercements

La porte fortifiée de la basse-cour (posterle qui avait été reconstruite en 1604) disparaît et la façade nord de cette partie du bâtiment est entièrement rebâtie, ce qui explique l'absence de l'enduit à faux appareil à cet endroit. A l'intérieur, la longue voûte du rez-de-chaussée correspond peut-être à l'ancien passage couvert de la porte fortifiée, qui a pu être conservé.

Les façades nord et ouest de la vieille tour médiévale sont rabaissées d'au moins un niveau. La partie orientale du bâtiment principal est également légèrement surbaissée mais, si les encadrements du dernier niveau semblent amputés côté extérieur, leurs tableaux intérieurs demeurent complets. Certaines baies à croisée et demi-croisée de la façade nord (tour et partie centre-ouest) sont démontées et remplacées par de nouvelles ouvertures avec encadrements en arc segmentaire. Ces repercements sont marqués par la disparition ponctuelle de l'enduit à faux appareil, manques qui correspondent au fantôme des anciennes ouvertures démontées. Il est probable que les élévations aient été entièrement ré-enduites après ces repercements, mais ces enduits ont été lessivés et ont disparu.

Partie centre-ouest. Elévation nord.Partie centre-ouest. Elévation nord. Partie centre-ouest. Elévation nord, deuxième et troisième niveaux. Fenêtres repercées là où manque l'enduit à faux appareil façonné.Partie centre-ouest. Elévation nord, deuxième et troisième niveaux. Fenêtres repercées là où manque l'enduit à faux appareil façonné.

IV.2.2. Le bâtiment principal : reconstruction du toit et couverture polychrome

Le toit du bâtiment principal paraît avoir été entièrement reconstruit dans le courant de la première moitié du 18e siècle. Il couvre désormais la totalité du bâtiment principal (hormis la nouvelle construction qui remplace la petite porte fortifiée de la basse-cour, mais il s'agit peut-être d'une transformation réalisée après la partition post-révolutionnaire lors des travaux de 1805).

Vue aérienne de situation prise du nord-est.Vue aérienne de situation prise du nord-est. Vue d'ensemble prise de l'est.Vue d'ensemble prise de l'est. Bâtiment principal. Elévation sud.Bâtiment principal. Elévation sud.

Suite à cette évolution, les murs est et sud de la tour médiévale, auparavant saillants et recouverts de l'enduit à faux appareil du 17e siècle, se retrouvent englobés sous la nouvelle charpente (ils sont visibles à l'intérieur de l'étage de comble). Cet important chantier, qui a transformé la silhouette générale du château en lui donnant un aspect massif, pourrait être contemporain des repercements et de la construction d'un nouveau bâtiment évoqués dans les paragraphes précédents. Ainsi, les jours de l'étage de comble dont les encadrements ne sont pas en pierre de taille pourraient correspondre à des percements réalisés après cette modification de la toiture. En revanche, le petit volet intérieur à panneaux sculptés en plis de serviette qui est installé dans l'un des jours, du côté sud, est un remploi, sans doute fait in situ : cet élément paraît remonter à la fin du 15e siècle ou au 16e siècle. Les vestiges d'autres volets de ce même type subsistent sur d'autres jours.

Partie est. Etage de comble, ancienne élévation est de la tour avec enduit à faux appareil façonné.Partie est. Etage de comble, ancienne élévation est de la tour avec enduit à faux appareil façonné. Partie centre-ouest. Etage de comble, mur sud. Volet intérieur sculpté en plis de serviette.Partie centre-ouest. Etage de comble, mur sud. Volet intérieur sculpté en plis de serviette.

La nouvelle toiture, polychrome avec des frises de losanges, se compose d'un grand vaisseau à longs pans complété par une croupe du côté est. La couverture est en tuiles écailles glaçurées de quatre couleurs (vert, jaune, brun/rouge et noire) alors que le faîtage et les arêtiers de la croupe sont couverts en tuiles creuses glaçurées noires (voir le détail sur cette couverture dans le chapitre VII.11. de la partie descriptive). Mais, comme indiqué précédemment, une couverture polychrome existait peut-être déjà dès la seconde moitié du 17e siècle.

Vue d'ensemble prise du sud-est.Vue d'ensemble prise du sud-est. Bâtiment principal. Vue aérienne d'ensemble prise du sud.Bâtiment principal. Vue aérienne d'ensemble prise du sud. Vue aérienne zénithale.Vue aérienne zénithale. Versant sud et croupe orientale du toit. Couverture en tuiles écailles.Versant sud et croupe orientale du toit. Couverture en tuiles écailles.

Grâce aux travaux de David Faure-Vincent (2019), on sait qu'un contrat de location (albergement) est conclu en septembre 1747 (AD05 1 E 5742) entre le seigneur Jacques d'Yze et Jacques Tournasse, « maître potier de terre » originaire de Dieulefit (Drôme). Ce dernier prend en location la maison dite du Liotier (voir dossier IA05001560) avec son aire à battre et un bâtiment agricole, où il projette d'installer « un four pour une poterie de terre ». Le contrat de location comprend aussi l'usage d'un « moulin a vernis » que le seigneur a fait construire en complément de son moulin à huile situé au quartier du Pont (voir dossier IA05001088). Ce moulin à vernis correspond sans doute à un petit établissement artisanal destiné à produire les ingrédients nécessaires aux glaçures des terres cuites : carreaux, tuiles et tuyaux de fontaine.

Cet acte nous donne quelques indications sur les tuiles colorées du château. En effet, en échange du droit d'installer sa poterie, le maître potier doit fournir annuellement au seigneur une partie de sa production : 1 500 tuiles creuses, des sections de tuyaux pour les adductions d'eau (« tuaux de fontaine ») et des carreaux de terre cuite glaçurés destinés au parement intérieur des cuves vinaires (« carraux aussi vernissez pour cuve »). Mais il est aussi fait mention de 500 tuiles à crochets vernissées (« tuilles a crochets vernissez ») à livrer chaque année. On peut donc supposer que Jacques d'Yze prévoit alors des travaux ou des réparations, tant aux fontaines que sur le château. Il est possible que les carreaux vernissés cités soient destinés à parementer de nouvelles cuves vinaires maçonnées, installées dans les caves du château en remplacement des anciennes cuves vinaires en bois mentionnées dans l'inventaire de 1613. Les tuiles creuses pourraient être prévues pour la réfection des toitures des fermes seigneuriales (ferme de l'Ecu de France, voir dossier IA05001589, ferme de la Coste, voir dossier IA05001615, ferme dite La Rose, voir dossier IA05001612) ou d'une des dépendances agricoles, celle du château ou celle du Grangeon (voir dossier IA05001553). Quant aux tuiles à crochet vernissées, il semble plus que probable qu'elles soient destinées à couvrir le toit du bâtiment principal. Cependant, leur nombre est insuffisant pour couvrir la totalité de l'édifice puisque l'on estime nécessaire environ 60 tuiles pour un mètre carré de toiture (Henri Amouric, Bernard Sournia et Jean-Louis Vayssettes, 1996).

On peut donc supposer que l'actuelle toiture polychrome a été réparée (voire entièrement refaite ?) dans un temps proche de l'acte d'albergement de 1747. Hormis diverses réparations, elle n'a que peu évolué depuis : encore relativement récente au moment de la Révolution, elle n'a pas bénéficié de gros travaux au cours du 19e siècle, mais son entretien régulier (changement ponctuel des tuiles) a peu à peu brouillé le motif à losanges d'origine.

L'association des coloris et les motifs utilisés à Rosans s'inscrit dans la longue tradition des toitures polychromes, phénomène attesté partout en France dès le 14e siècle mais qui est en déclin à partir du 17e siècle (C. Baradel-Vallet, 2008). D'après M.-P. Estienne et N. Nicolas (1999), les tuiles du château de Rosans « rappellent celles trouvées sur le site du château de Mison ou celles fabriquées pour le château de Laragne ». Si l'on considère que la toiture polychrome du château de Rosans date de la première moitié ou du milieu du 18e siècle, elle constituerait un exemple tardif de ce genre de réalisation – même si l'on connaît par ailleurs d'autres couvertures de ce type pour cette époque, par exemple celle des halles de Clermond-l'Hérault édifiées en 1760 avec, là aussi, un motif de losanges (Henri Amouric, Bernard Sournia et Jean-Louis Vayssettes, 1996). Mais la couverture du château pourrait aussi s'inscrire dans un temps plus long, si l'on suppose que le bâtiment principal était déjà pourvu d'un toit polychrome dès la seconde moitié du 17e siècle. Des analyses en archéo-sciences permettraient peut-être d'éclairer cette question.

État hypothétique au milieu du 18e siècle, vue du nord-ouest.État hypothétique au milieu du 18e siècle, vue du nord-ouest. État hypothétique au milieu du 18e siècle, vue du nord-est.État hypothétique au milieu du 18e siècle, vue du nord-est. État hypothétique au milieu du 18e siècle, vue du sud-ouest.État hypothétique au milieu du 18e siècle, vue du sud-ouest.

IV.3. Le château pendant la Révolution

Depuis le début de la Révolution, Claude-Artus d'Yze, dernier descendant de cette famille, est réfugié à Livron (Drôme). En 1793, il accepte une proposition de la commune de Rosans qui souhaite racheter son domaine, mais cet accord est rejeté par l'administration qui défend aux communes l'acquisition de grands ensembles fonciers. Les tensions qui s'ensuivent entre les habitants et les fermiers du seigneur poussent ces derniers à abandonner leurs baux. Entre temps, les biens seigneuriaux sont mis sous séquestre.

L'inscription de Claude-Artus d'Yze comme émigré est finalement annulée. Malgré une ultime tentative d'empêchement de la vente par les habitants, il cède ses biens en 1797-1798 à Paul Motte et à son gendre Barthélemy Boisset (E. Bégou, 2016). Ceux-ci revendent rapidement certains ensembles fonciers, par exemple la ferme de La Rose dès 1799 (voir dossier IA05001612) ou les divisent en lots, comme c'est le cas pour le Grangeon (voir dossier IA05001553). En revanche, Paul Motte conserve le moulin du Pont qu'il fait rebâtir en 1802 (voir dossier IA05001088).

V. Le château au 19e siècle

V.1. Une réorganisation partielle en 1805-1806

Après l'achat du château, Paul Motte fait réaliser des travaux, notamment dans la partie ouest du bâtiment principal qui est rendue indépendante du reste de l'édifice. Une nouvelle porte est percée au premier niveau de la façade sud : la clef de son couvrement est gravée de la date « 1805 » accompagnée des initiales « PM » pour Paul Motte. Au deuxième niveau, une autre porte dont l'encadrement est orné de motifs floraux ouvre sur un escalier intérieur nouvellement construit qui dessert les étages supérieurs. Cette porte est accessible par un escalier de distribution extérieur en équerre dont le garde-corps en ferronnerie intègre de manière stylisée les mêmes initiales « PM ». La façade sud reçoit sans doute son actuel enduit rustique au cours de cette même campagne de travaux et, peut-être, le toit de cette partie occidentale est rabaissé par rapport au grand toit polychrome qui demeure sur le reste de l'édifice.

Quant au jardin du château, qui s'étendait en grande partie sur l'actuelle place, il est considérablement remanié en 1805-1806, lors de la création de la nouvelle route et de l'aménagement de la place Ladoucette (voir dossiers IA05001555 et IA05001633). Le plan dressé à cette occasion (AD05 O 7220) montre bien l'emprise de l'ancien jardin, désigné comme « jardin de Mr Motte », traversé par la nouvelle voie et amputé par la nouvelle place. La fontaine édifiée en 1609 disparaît peut-être à cette occasion.

Plan du projet de la place publique de Rosans, 1805.Plan du projet de la place publique de Rosans, 1805. Partie centre-ouest. Elévation sud, premier niveau. Porte avec date portée (1805) et initiales (PM), détail.Partie centre-ouest. Elévation sud, premier niveau. Porte avec date portée (1805) et initiales (PM), détail. Partie ouest. Elévation sud, deuxième niveau. Garde-corps en ferronnerie du palier filant, avec initiales entrelacées (PM).Partie ouest. Elévation sud, deuxième niveau. Garde-corps en ferronnerie du palier filant, avec initiales entrelacées (PM).

Au milieu des années 1820, deux des filles de Barthélémy Boisset (gendre de Paul Motte) se marient le même jour (4 avril 1825), l'une avec Joseph Lagarde, rentier à Grenoble, et l'autre avec Théodore Corréard, avocat à Grenoble (E. Bégou, 2016). Ces deux personnages deviennent d'importants propriétaires fonciers et le restent pendant toute la première moitié du 19e siècle.

V.2. Le château dans le cadastre de 1839

Sur le plan de ce cadastre, le dessin montre nettement l'escalier de distribution extérieur qui dessert l'étage de la partie ouest du bâtiment principal et déborde largement sur l'emprise de la cour. Côté nord, on remarque également un autre escalier extérieur, qui n'existe plus aujourd'hui. En revanche, l'actuel escalier extérieur qui dessert la dépendance agricole n'est pas figuré. Le bâtiment principal, sa dépendance et sa cour sont divisés en sept parcelles pour une emprise au sol totale de 692 mètres carrés, cour comprise (130 mètres carrés).

Plan de masse, d'après le cadastre de 1839 (section F1). Echelle d'origine 1/1 000e.Plan de masse, d'après le cadastre de 1839 (section F1). Echelle d'origine 1/1 000e.

Le bâtiment principal, d'une emprise au sol de 365 mètres carrés, est divisé en deux parcelles, est (1839 F1 274, 185 mètres carrés) et ouest (1839 F1 275, 180 mètres carrés). L'ensemble compte 34 ouvertures imposables et est enregistré dans la première classe fiscale, sauf le rez-de-chaussée de la partie ouest (sixième classe). Il appartient à Joseph-Vincent Lagarde et à Gaspard-Guillaume-Abel Meyer, « receveur de l'enregistrement », sans que la répartition intérieure soit claire (partie est à l'un et partie ouest à l'autre, avec sans doute une autre partition horizontale).

La partie nord de la dépendance agricole (1839 F1 277) est enregistrée comme « cave » et « maison », avec une emprise au sol de 100 mètres carrés. Les deux tiers de la cave du rez-de-chaussée appartiennent à Joseph-Vincent Lagarde. Le reste, plus un étage d'habitation au-dessus, est détenu par Benoît-Saturnin Joubert qui complète son logis par une autre petite parcelle de 14 mètres carrés (1839 F1 276). En tout, cette habitation compte deux ouvertures imposables et est enregistrée dans la sixième classe fiscale.

La partie sud de la dépendance agricole (1839 F1 278) est enregistrée comme une « écurie » de 65 mètres carrés d'emprise au sol. Elle appartient à Joseph-Vincent Lagarde. Mais Gaspard-Guillaume-Abel Meyer en possède une petite parcelle de 8 mètres carrés, à l'angle sud-est.

Le nombre de parcelles, leur copropriété presque générale et la présence de micro-parcelles témoignent d'un découpage foncier réalisé selon la configuration des bâtiments pré-existants. On devine que les divisions intérieures entre les propriétaires devaient être complexes, mêlant séparations verticales et horizontales.

Enfin, la cour de 130 mètres carrés (1839 F1 273) appartient en indivis à ces trois propriétaires, qui détiennent aussi d'autres biens issus du démantèlement de l'ancien domaine seigneurial. Ainsi, Benoît-Saturnin Joubert possède aussi une maison au quartier du Verger et une partie de l'ancienne dépendance disjointe du château appelée Le Grangeon (voir dossier IA05001553). L'autre partie de ce vaste bâtiment appartient à Gaspard-Guillaume-Abel Meyer, qui détient des terres aux quartiers de la Fayé, la Catalane, Champ Pierou, Luzerne, Plan de la Croix, Serre des Costes, Grand Pré, Pigranier, Champaure, etc. Quant à Joseph-Vincent Lagarde, il est également propriétaire de l'ancienne ferme-auberge seigneuriale de l'Ecu de France (voir dossier IA05001589), de la Boule d'Or et de nombreuses terres dans les meilleurs terroirs dont une « pépinière » à la Grande Vigne.

Répartition foncière, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e.Répartition foncière, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e. Répartition foncière, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e.Répartition foncière, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e.

V.3. Evolutions mineures du château au 19e siècle

Dès le début des années 1840, les parties appartenant à Gaspard-Guillaume-Abel Meyer passent à Théodore Corréard, avocat à Grenoble. Celui-ci va progressivement réunir l'ensemble du château sous sa propriété en devenant, dix ans plus tard, propriétaire des parcelles de Benoît-Saturnin Joubert puis, au milieu des années 1870, de celles de son beau-frère Joseph-Vincent Lagarde. Après le décès de Théodore Corréard, la propriété passe à son fils Paul-Louis Corréard, inspecteur des Postes et Télégraphes à Marseille. Puis, après le décès de ce dernier en 1892, elle revient à son fils René Corréard, rentier.

Au cours du 19e siècle, les réparations successives de la couverture du toit du bâtiment principal utilisent de nouvelles tuiles écailles, non glaçurées, pour remplacer celles qui étaient détériorées. Deux modèles différents ont été observés, le plus récent étant muni de deux crochets. Ces reprises brouillent peu à peu les motifs en losanges colorés, qui subsistent toutefois encore partiellement à l'extrémité est du versant sud.

La physionomie du bâtiment n'évolue presque pas, hormis des condamnations de baies, murées en brique, notamment dans la partie orientale du bâtiment principal. D'autre part, certains sols semblent avoir été refaits durant cette période, principalement ceux en plancher droit et ceux en tomettes. Des cheminées sont réparées ou refaites avec des consoles en marbres et de nouvelles hottes avec moulures en gypserie simples. A l'étage de comble, on remarque quelques graffitis de comptabilité datés de 1883 et 1884, accompagnés de dessins dont celui d'un personnage barbu et d'un blason. D'autre graffitis gravés (rosaces, motifs circulaires) ont également été observés.

Partie centre-est. Etage de comble, mur sud. Graffitis de comptabilité et blason.Partie centre-est. Etage de comble, mur sud. Graffitis de comptabilité et blason. Partie centre-est. Etage de comble, mur sud. Dessin d'un personnage barbu.Partie centre-est. Etage de comble, mur sud. Dessin d'un personnage barbu.

V.4. Le bâtiment principal : projet de transformation en école (1883)

En août 1883 (AD05 O 7217), l'architecte départemental L. Chaudier dresse l'estimatif d'un projet de transformation du château de Rosans, que la commune souhaite acquérir, pour y installer une nouvelle école devant accueillir 164 élèves. Il dessine les plans du bâtiment à réaménager, ainsi qu'une élévation de la façade nord et une coupe. Le rez-de-chaussée pourrait accueillir trois salles de classe, le premier étage deux autres classes, le deuxième étage des logements réservés à l'instituteur et aux religieuses. Si la structure de l'édifice n'est pas touchée (murs et escaliers notamment), il est prévu de repercer une bonne part des ouvertures de la façade nord. La cour du château serait divisée en deux par un mur et équipée de toilettes. Le coût estimé du projet, hors achat du château (environ 30 000 francs), est de 53 047 francs.

Façade développée (côté de la Place). [Echelle d'origine 1/100e, 1883.]Façade développée (côté de la Place). [Echelle d'origine 1/100e, 1883.] Coupe transversale. [Echelle d'origine 1/100e, 1883.]Coupe transversale. [Echelle d'origine 1/100e, 1883.]

Plan du rez-de-chaussée. [Echelle d'origine 1/100e, le nord est en bas, 1883].Plan du rez-de-chaussée. [Echelle d'origine 1/100e, le nord est en bas, 1883]. Plan du premier étage. [Echelle d'origine 1/100e, le nord est en bas, 1883].Plan du premier étage. [Echelle d'origine 1/100e, le nord est en bas, 1883].

Face aux critiques de l'inspection scolaire qui estime, entre autres, que certaines portes doivent être déplacées, l'architecte s'émeut du caractère historique de l'édifice et refuse de modifier la porte de l'escalier « dont la construction remonte au 17e siècle [et qui] présente un véritable intérêt historique et artistique ». A cause de la complexité des travaux et de leur coût important, ce projet n’aboutit pas et il faut attendre 1901 pour que le bâtiment de l'actuelle école soit édifié ex nihilo au quartier du Verger (voir dossier IA05001654).

VI. Le château au 20e siècle et au 21e siècle

Dans les années 1940, Théodore-René Corréard, fils de René Corréard et médecin à Lyon, vend le château à un Marseillais dénommé Aguitton (E. Bégou, 2016). Au milieu du 20e siècle, une fausse tour crénelée est ajoutée sur la façade sud pour accueillir les pièces d'eau et les sanitaires. Le portail de la cour est partiellement restauré, notamment son fronton qui est reconstruit de manière simplifiée. Le mur de clôture et le sol de la cour sont également repris.

Au début du 21e siècle, le bâtiment principal accueille des chambres d'hôtes, sans que les aménagements intérieurs n'aient été bouleversés. Le bâtiment de l'ancienne dépendance agricole sert d'habitation. Aujourd'hui, le château et sa dépendance correspondent chacun à une parcelle (2020 F 720 et 721) avec une emprise au sol totale de 692 mètres carrés, cour comprise, superficie identique à celle donnée par le cadastre de 1839.

État actuel, vue du nord-ouest.État actuel, vue du nord-ouest. État actuel, vue du nord-est.État actuel, vue du nord-est. État actuel, vue du sud-ouest.État actuel, vue du sud-ouest.

VII. Le bâtiment principal aujourd'hui : description architecturale

Installé au nord du bourg fortifié de Rosans, le château est composé d'un bâtiment principal à usage principal d'habitation, d'une dépendance agricole accolée à l'ouest et d'une cour fermée qui se développe au pied des façades sud de ces deux bâtiments. L'ensemble était complété par une autre vaste dépendance agricole, appelée « le Grangeon », disjointe au nord-ouest de l'autre côté de la place (voir dossier IA05001553).

Vue aérienne de situation prise du nord-ouest.Vue aérienne de situation prise du nord-ouest. Vue aérienne de situation prise du nord.Vue aérienne de situation prise du nord. Vue aérienne de situation prise du nord-est.Vue aérienne de situation prise du nord-est. Vue aérienne de situation prise de l'est.Vue aérienne de situation prise de l'est.

Le bâtiment principal, grossièrement orienté est-ouest, comporte un rez-de-chaussée, deux étages carrés et un étage de comble. Le rez-de-chaussée et les deux étages sont réservés au logis, l'étage de comble servait de séchoir, de grenier et, anciennement de chambres pour les domestiques. Il accueille aussi deux pigeonniers.

Vue aérienne d'ensemble prise du nord.Vue aérienne d'ensemble prise du nord. Bâtiment principal. Vue aérienne d'ensemble prise du sud.Bâtiment principal. Vue aérienne d'ensemble prise du sud.

L'organisation intérieure est contrainte par l'ajout successif des constructions de part et d'autre de l'ancienne tour médiévale. Il faut distinguer quatre parties, qui communiquent entre elles mais qui sont séparées par d'épais murs. La partie centre-est correspond à la tour médiévale du 14e siècle à laquelle est accolée, côté sud, la cage de l'escalier monumental édifiée en 1609-1611. Une partie de la structure de cette cage d'escalier (murs sud et est) existait avant cette date, quand elle accueillait un escalier en vis, et pourrait remonter à la fin du Moyen Age. La partie centre-ouest correspond à un bâtiment sans doute déjà existant au 15e siècle, mais largement remanié au début du 17e siècle (rez-de-chaussée) puis dans la seconde moitié du 17e siècle (surélévation d'un étage). La partie occidentale (ou partie ouest) correspond à un bâtiment édifié du 17e siècle au-dessus de la porte fortifiée de la basse-cour (posterle reconstruite en 1604) qui permettait un accès extra-muros direct, privé et seigneurial, depuis cette basse-cour vers les jardins. Ce bâtiment a été très remanié, si ce n'est en partie reconstruit, vers le milieu du 18e siècle. Enfin, la partie orientale (ou partie est) correspond à une construction ajoutée dans la seconde moitié du 17e siècle, sans doute édifiée sur la base d'un édifice assez bas préexistant.

Le bâtiment est desservi de bas en haut par l'escalier monumental édifié entre 1609 et 1611. Dans la partie occidentale, un autre escalier, aménagé vers 1805, débute au premier étage et s'élève jusqu'à l'étage de comble (voir chapitres suivants).

Localisation des différentes parties du bâtiment principal sur le plan du rez-de-chaussée.Localisation des différentes parties du bâtiment principal sur le plan du rez-de-chaussée. Coupe longitudinale AA Coupe longitudinale AA Coupe transversale BBCoupe transversale BB

VII.1. Le bâtiment principal, les intérieurs : l'escalier monumental (1609-1611)

Au rez-de-chaussée, le vestibule de l'escalier distribue les parties centre-est et centre-ouest par une porte. Sur le mur du vestibule, la porte d'accès qui ouvre sur la cour est équipée d'un unique vantail en planches croisées, massif, renforcé par des clous forgés à pointe diamantée. Il est supporté par trois pentures dont deux sont munies de verrou à leur extrémité. Contre le mur nord, un couloir aménagé sous le rampant de la volée supérieure donne accès à un petit réduit voûté installé sous le palier intermédiaire. La tradition orale affirme que cette petite pièce était beaucoup plus profonde et qu'elle a été partiellement comblée et remblayée au milieu du 20e siècle.

Coupe transversale CCCoupe transversale CC Escalier est. Rez-de-chaussée, vestibule. Vue de volume prise du nord-ouest.Escalier est. Rez-de-chaussée, vestibule. Vue de volume prise du nord-ouest. Escalier est. Rez-de-chaussée, palier intermédiaire. Vue de volume prise du sud.Escalier est. Rez-de-chaussée, palier intermédiaire. Vue de volume prise du sud.

Les marches de l'escalier sont toutes constituées de grandes pierres de grès monolithes, dont les dimensions concordent avec celles du prix-fait de 1609. Chaque volée est couverte par une voûte en berceau segmentaire. Le sol des paliers de niveaux et des paliers intermédiaires est fait de grandes dalles de grès, sauf celui du rez-de-chaussée qui est en carreaux de terre cuite. Ils sont chacun couverts par deux petites voûtes d'arêtes. A chaque palier, les extrémités du mur-noyau sont marquées par une colonne centrale monolithe en pierre de taille de grès, avec base et chapiteau moulurés. Sur le palier du premier étage, les portes qui distribuent les pièces disposent d'encadrements en pierre de taille de grès, avec des arêtes moulurées d'un léger tore retombant sur des congés en bec. Sur les paliers intermédiaires du premier et du deuxième étage, un placard-niche est aménagé dans le mur est, occupant l'embrasure des anciennes baies qui ont été condamnées lors de la construction de la partie orientale du bâtiment principal dans la seconde moitié du 17e siècle.

Escalier est. Premier étage, palier. Vue de volume prise du sud.Escalier est. Premier étage, palier. Vue de volume prise du sud. Escalier est. Premier étage, palier. Mur nord, détail de l'encadrement de la porte.Escalier est. Premier étage, palier. Mur nord, détail de l'encadrement de la porte. Escalier est. Premier étage, première volée. Vue de volume prise de l'ouest.Escalier est. Premier étage, première volée. Vue de volume prise de l'ouest.

VII.2. Le bâtiment principal, les intérieurs : l'escalier occidental (1805)

Cet escalier, qui dessert uniquement la partie ouest du bâtiment entre le premier étage et l'étage de comble, date de la restructuration partielle de cette portion de l'édifice vers 1805. Bâti à retour avec rampe sur rampe, mais sans paliers intermédiaires, il est beaucoup plus modeste que l'escalier oriental. Ses volées sont ancrées dans les murs et le noyau reste vide. Ses marches sont en carreaux de terre cuite, avec nez-de-marche en bois et contremarches en mortier. La main courante et sa balustrade sont en ferronnerie avec des motifs en volutes. Au palier du deuxième étage, la porte qui distribue la partie centre-ouest est équipée d'une menuiserie en noyer à deux vantaux.

Coupe transversale DDCoupe transversale DD Escalier ouest. Premier étage, volée intermédiaire.Escalier ouest. Premier étage, volée intermédiaire. Escalier ouest. Premier étage, noyau creux.Escalier ouest. Premier étage, noyau creux. Escalier ouest. Deuxième étage, palier. Rambarde en ferronnerie.Escalier ouest. Deuxième étage, palier. Rambarde en ferronnerie.

VII.3. Le bâtiment principal, les intérieurs : le rez-de-chaussée

L'accès principal au rez-de-chaussée se fait depuis la cour, par le vestibule de l'escalier monumental. Mais d'autres portes existent ailleurs sur la façade sud et aussi du côté nord. Les parties est et ouest accueillent chacune une unique pièce couverte par une voûte en berceau plein-cintre. Dans la partie centre-est, l'emprise de l'ancienne tour médiévale est occupée par une grande pièce couverte par un plafond en plâtre. La partie centre-ouest est divisée en trois pièces couvertes par un plafond sur solives : deux pièces à l'est et une grande pièce à l'ouest. La pièce au sud-est est traditionnellement appelée « la chapelle » mais aucun aménagement spécifique à cet usage n'y a été observé. La partie occidentale est longée, dans son mur ouest, par un passage bas et étroit, couvert par une voûte segmentaire.

Plan du rez-de-chausséePlan du rez-de-chaussée Partie ouest. Rez-de-chaussée, pièce voûtée. Vue de volume prise du nord.Partie ouest. Rez-de-chaussée, pièce voûtée. Vue de volume prise du nord.

Quelques encadrements d'ouvertures sont réalisés en pierre de taille de grès, avec un linteau droit monolithe (vestibule de l'escalier, remployé) ou en arc plein-cintre (pièce sud-ouest de la partie centre-ouest). Les sols anciens conservés sont en carreaux de terre cuite ou, pour la grande pièce de la partie centre-est, en plancher encadrant un tapis de carreaux de ciment. Les murs et les plafonds sont enduits. Dans la grande salle de la partie centre-est, une large et profonde niche aménagée dans le mur pourrait correspondre à l'ouverture d'une ancienne cheminée – la cheminée actuelle est engagée dans le mur sud. Dans cette même pièce, le haut des murs est souligné d'une corniche moulurée en plâtre, rythmée par des pilastres.

Partie centre-est. Rez-de-chaussée, grande salle. Mur est, grande niche et porte de la partie est.Partie centre-est. Rez-de-chaussée, grande salle. Mur est, grande niche et porte de la partie est. Partie centre-est. Rez-de-chaussée, grande salle. Mur sud, cheminée.Partie centre-est. Rez-de-chaussée, grande salle. Mur sud, cheminée.

VII.4. Le bâtiment principal, les intérieurs : le premier étage

Au premier étage, on retrouve une organisation des pièces assez similaire à celle du rez-de-chaussée. Dans la pièce voûtée de la partie est, un grand placard mural à quatre battants est aménagé dans le mur nord : il occupe notamment l'embrasure d'une baie à demi-croisée murée. La partie ouest est occupée par une vaste cuisine, sauf du côté sud où prend place la cage de l'escalier. Un réduit est aménagé sous cet escalier, accessible depuis cette cuisine. Dans le mur ouest de cette cuisine, une porte de communication permet d'accéder à une petite pièce qui fait partie du bâtiment de la dépendance agricole.

Plan du premier étagePlan du premier étage Partie est. Premier étage, pièce voûtée. Vue de volume prise du sud.Partie est. Premier étage, pièce voûtée. Vue de volume prise du sud.

Les encadrements des portes percées dans les murs porteurs sont en pierre de taille de grès, avec linteau droit et arêtes vives. Toutefois, dans la pièce nord-ouest de la partie centre-ouest, l'encadrement est couvert par un arc en anse-de-panier avec clef à crossettes et ses arêtes sont largement chanfreinées. Les sols sont en planchers à panneaux (de la seconde moitié du 17e siècle ?) ou en chevrons (en point de Hongrie) ou bien en carreaux de terre cuite. Seule la pièce de la partie orientale est couverte par une voûte en berceau plein-cintre. Les pièces nord de la partie centre-ouest sont couvertes par un plafond à solives et solivettes, récemment repeint avec des motifs fleuronnés. Ailleurs, il s'agit de plafonds sur solives avec enduits au plâtre, éventuellement ornés de moulures simples.

Partie centre-ouest. Premier étage, sol avec plancher en chevrons.Partie centre-ouest. Premier étage, sol avec plancher en chevrons. Partie centre-ouest. Premier étage, sol avec plancher en tableau.Partie centre-ouest. Premier étage, sol avec plancher en tableau.

Plusieurs pièces de cet étage conservent une cheminée dont le manteau droit et plat est orné d'un décor en gypserie. Dans la grande pièce qui occupe l'emprise de l'ancienne tour médiévale (partie centre-est), les pilastres à rinceau floral encadrent un tableau central où prend place une glace ovale cerclée d'un tore et cantonnée de palme. La console est simplement façonnée au mortier. L'ensemble est coiffé d'une corniche denticulée. Dans la pièce voûtée de la partie orientale, les pilastres, qui figurent une fausse colonne cannelée, sont surmontés de chapiteaux à feuilles d'acanthe et volutes. La console est en marbre. Dans la pièce sud-ouest (partie centre-ouest), le manteau est sculpté de simples motifs géométriques et floraux. La console et ses jambages sont en noyer.

Partie centre-est. Premier étage, cheminée avec hotte en gypserie.Partie centre-est. Premier étage, cheminée avec hotte en gypserie. Partie centre-est. Premier étage, cheminée avec hotte en gypserie. Détail.Partie centre-est. Premier étage, cheminée avec hotte en gypserie. Détail. Partie centre-ouest. Premier étage, cheminée avec hotte en gypserie.Partie centre-ouest. Premier étage, cheminée avec hotte en gypserie. Partie est. Premier étage, pièce voûtée. Mur est, cheminée.Partie est. Premier étage, pièce voûtée. Mur est, cheminée.

VII.5. Le bâtiment principal, les intérieurs : le deuxième étage

L'organisation générale du deuxième étage diffère de celle du premier étage : les pièces sont plus nombreuses et les portes de communication qui traversent les murs porteurs ne sont pas percées aux mêmes endroits. La partie orientale reste occupée par une unique pièce. L'emprise de la vieille tour médiévale est divisée en deux pièces. Quatre pièces occupent la partie centre-ouest. Dans la partie ouest, on retrouve l'escalier qui débute au premier étage et, dans le mur sud, un accès pour une pièce située dans le bâtiment de la dépendance agricole.

Les encadrements des portes percées dans les murs porteurs sont en pierre de taille de grès, avec linteau droit et arêtes vives. L’appareil en pierre de taille se poursuit dans l'intégralité des embrasures. Les sols anciens conservés sont en planchers à lames droites, en carreaux de terre cuite (carrés ou rectangulaires) ou en petites tomettes. Les couvrements sont à plafonds enduits (partie est et ouest, seulement deux pièces dans les autres parties) ou avec solives et solivettes.

Plan du deuxième étagePlan du deuxième étage Partie centre-est. Deuxième étage, sol en plancher et en carreaux de terre cuite rectangulaires.Partie centre-est. Deuxième étage, sol en plancher et en carreaux de terre cuite rectangulaires. Partie centre-ouest. Deuxième étage, plafond à solivettes sur solives.Partie centre-ouest. Deuxième étage, plafond à solivettes sur solives.

Comme au premier étage, certaines pièces conservent des cheminées ornées en gypserie, avec un manteau droit. Dans la pièce centrale de l'ancienne tour médiévale, le manteau est galbé en relief et dispose d'un décor à rinceaux végétaux dégageant deux tableaux centraux polylobés. Au sommet, un oiseau (une oie ou un cygne ?) tient dans sa bouche une tige à feuilles de chêne et fleurs de rose. Dans la grande pièce de la partie orientale, il s'agit de pilastres simplement moulurés et terminés par une grappe florale pendante, surmontés d'une corniche avec une coquille centrale. La console et ses jambages sont en noyer. Dans la pièce sud-ouest de la partie centre-ouest, il s'agit de simples panneaux finement moulurés et la console est en marbre.

Partie centre-est. Deuxième étage, cheminée avec hotte en gypserie.Partie centre-est. Deuxième étage, cheminée avec hotte en gypserie. Partie centre-est. Deuxième étage, cheminée avec hotte en gypserie. Détail.Partie centre-est. Deuxième étage, cheminée avec hotte en gypserie. Détail. Partie est. Deuxième étage, cheminée avec hotte en gypserie.Partie est. Deuxième étage, cheminée avec hotte en gypserie.

VII.6. Le bâtiment principal, les intérieurs : l'étage de comble

L'escalier monumental aboutit jusqu'à l'étage de comble, sur un palier en pierre de taille de grès. Là, on distingue nettement le départ d'une autre volée, en grande partie détruite, qui desservait originellement un étage supplémentaire. L'observation des maçonneries montre que cette partie disparue s'élevait indépendamment du reste du bâtiment. En effet, on remarque que les anciens murs extérieurs de la cage de cet escalier conservent le même enduit rustique à décor de faux appareil façonné visible sur la façade nord du bâtiment. La démolition de l'extrémité supérieure de l'escalier paraît contemporaine de la modification générale de la toiture, qui correspond au toit actuel.

Plan du premier étage de comblesPlan du premier étage de combles Plan du second étage de comblesPlan du second étage de combles Escalier est. Etage de comble, arrivée de la dernière volée.Escalier est. Etage de comble, arrivée de la dernière volée.

A l'étage de comble, les volumes des deux parties centrales ont été fusionnés par la démolition partielle des anciens murs porteurs, ponctuellement remplacés par des poteaux en bois. Seul l'angle sud-ouest de ce vaste volume est fermé par une cloison, ménageant une pièce qui accueille un pigeonnier. Il regroupe environ 120 boulins adossés, façonnés au mortier de gypse en demi-cercle, et fixés sur des tablettes également façonnées en mortier.

Partie centre-ouest. Etage de comble, vue de volume prise du nord-ouest.Partie centre-ouest. Etage de comble, vue de volume prise du nord-ouest. Partie centre-ouest. Etage de comble, pigeonnier. Vue de volume prise du nord.Partie centre-ouest. Etage de comble, pigeonnier. Vue de volume prise du nord. Partie centre-ouest. Etage de comble, pigeonnier. Mur ouest.Partie centre-ouest. Etage de comble, pigeonnier. Mur ouest.

La partie orientale est divisée en deux pièces. Dans l'angle de celle du sud, un autre pigeonnier regroupe 35 boulins, aménagés dans l'épaisseur du mur sud au-dessus de deux niches basses. Chaque boulin est cloisonné par des carreaux de terre cuite carrés sur chant, posés sur des planches horizontales. La façade est façonnée au mortier de gypse. D'autres boulins (environ 110) étaient adossés aux murs ouest et nord, dont on remarque l'arrachement. Deux rangées de 8 boulins en menuiserie (planchettes) sont fixées au mur nord.

Partie est. Etage de comble, pièce nord. Vue de volume prise du sud-est.Partie est. Etage de comble, pièce nord. Vue de volume prise du sud-est. Partie est. Etage de comble, pigeonnier. Vue de volume prise de l'est.Partie est. Etage de comble, pigeonnier. Vue de volume prise de l'est. Partie est. Etage de comble, pigeonnier. Mur sud, boulins.Partie est. Etage de comble, pigeonnier. Mur sud, boulins.

La partie ouest, occupée par un grenier ou séchoir, est aujourd'hui uniquement accessible par l'escalier occidental, mais elle communiquait anciennement avec le reste par deux portes murées. Comme au premier et au deuxième étage, elle donne accès à une petite pièce située dans le bâtiment de la dépendance agricole.

Les sols sont en carreaux de terre cuite (carrés ou rectangulaires) sauf dans les pièces orientales où il s'agit d'une chape de mortier. Dans le pigeonnier est, cette chape est complétée par un pavage grossier de lauzes de grès. Les murs et les cloisons sont enduits, ainsi que les plafonds dans les pièces concernées.

Partie centre-ouest. Etage de comble, sol en carreaux de terre cuite rectangulaires.Partie centre-ouest. Etage de comble, sol en carreaux de terre cuite rectangulaires.

VII.7. Le bâtiment principal, les extérieurs : la maçonnerie

D'une manière générale, le bâtiment est construit en maçonnerie de petits moellons de grès assez régulièrement assisés, ponctuellement complétés par des moellons de calcaire. Sur l'ancienne tour médiévale, les moellons sont mieux équarris et plus réguliers dans leur module. Ses chaînes d'angles sont en gros moellons de grès, harpés, et la chaîne nord-ouest légèrement saillante. On retrouve cette mise en œuvre sur les autres bâtiments, mais de façon moins soignée.

Sur le bâtiment accolé à l'est de cette tour, la base des élévations est et nord est marquée par un puissant contrefort taluté en grand appareil de grès, édifié en 1602-1603 (voir chapitre II.3.2. de la partie historique). L'ajout de ce contrefort a toutefois veillé à conserver une petite ouverture préexistante du côté nord, aujourd'hui murée. Son épais linteau monolithe est surmonté d'un arc de décharge. Plus tard, au 19e siècle, une porte charretière a été percée au premier niveau de la façade nord.

VII.8. Le bâtiment principal, les extérieurs : les enduits

Sur toute la hauteur de la façade nord, on observe un épais enduit rustique portant un décor façonné de faux appareil et faux joints. Il est aussi présent au deuxième niveau de la façade nord de la dépendance agricole (voir chapitre dédié). Cet enduit date manifestement des travaux de la seconde moitié du 17e siècle. Très résistant et homogène, il a toutefois été lessivé par les intempéries dans les zones basses ou saillantes. On retrouve également cet enduit caractéristique sur des murs intérieurs de l'étage de comble. Au moment de l'application de cet enduit, ces murs donnaient alors sur l'extérieur et se sont retrouvés englobés dans les volumes des nouveaux combles après la modification du toit au 18e siècle. C'est le cas au-dessus de la cage de l'escalier monumental, où l'enduit à faux appareil habille les élévations sud et est de la vieille tour médiévale. C'est également le cas dans la pièce de la partie occidentale du bâtiment principal, qui correspondait alors au dernier niveau du pignon ouest.

L'enduit à faux appareil est absent des élévations sud et est, qui ont été décroûtées et ré-enduites au 19e siècle et au 20e siècle, avec un enduit rustique rehaussé d'un cadre de façade lissé pour la première, un enduit à pierres vues avec joints gravés pour la seconde. Il est également absent sur la travée de la façade nord qui correspond au bâtiment de l'ancienne porte fortifiée de la basse-cour (posterle du 17e siècle) dont l'élévation a été entièrement reconstruite au 18e siècle. Il faut également souligner son absence autour des fenêtres en arc segmentaires sur les autres travées de cette même façade nord. Ces manques correspondent à l'emprise des anciennes ouvertures à croisée et demi-croisée qui ont été démontées et remplacées par de nouvelles baies au 18e siècle.

Partie centre-ouest. Elévation nord, deuxième et troisième niveaux. Fenêtres repercées là où manque l'enduit à faux appareil façonné.Partie centre-ouest. Elévation nord, deuxième et troisième niveaux. Fenêtres repercées là où manque l'enduit à faux appareil façonné. Partie centre-ouest. Elévation nord, troisième niveau. Fenêtre repercée et enduit à faux appareil façonné.Partie centre-ouest. Elévation nord, troisième niveau. Fenêtre repercée et enduit à faux appareil façonné.

VII.9. Le bâtiment principal, les extérieurs : les ouvertures et aménagements remarquables

Au premier niveau de la façade sud, la porte de l'escalier monumental s'ouvre du côté est. Son encadrement est en pierre de taille calcaire aux arêtes chanfreinées. Le linteau à plate-bande est surmonté d'un fronton en demi-cercle souligné d'une corniche moulurée. Les pierres de ce fronton portent la date gravée du 10 août 1611 (« M.D.C.X.I. LE DIX AOVST ») qui encadre un bloc saillant où est gravée la devise de la famille d'Yze : « DEO DUCE FERRO COMITE » (« Dieu comme chef, l'épée comme compagne »). Au-dessus de cet encadrement, un bloc armorié (un lion et trois roses sommé d'une couronne) est un ajout du milieu du 20e siècle sans rapport historique avec l'édifice – il en est de même pour le bloc armorié fixé sur la façade nord. Cette porte est équipée d'une lourde menuiserie en planches croisées et cloutées. Un heurtoir en ferronnerie est fixé à l'extérieur. A l'intérieur, ses pentures sont terminées par des verrous.

Escalier est. Elévation sud, premier niveau. Porte.Escalier est. Elévation sud, premier niveau. Porte. Escalier est. Elévation sud, premier niveau. Porte, détail de la menuiserie.Escalier est. Elévation sud, premier niveau. Porte, détail de la menuiserie. Escalier est. Rez-de-chaussée, vestibule. Mur sud, menuiserie de la porte.Escalier est. Rez-de-chaussée, vestibule. Mur sud, menuiserie de la porte.

Au premier niveau de la façade sud, l'encadrement d'une large porte piétonne (aujourd'hui condamnée, mais qui conserve sa menuiserie extérieure à deux vantaux symétriques pleins) est en pierre de taille de grès. Ses piédroits sont surmontés d'une petite corniche moulurée et le couvrement en arc segmentaire, très plat, est constitué de claveaux réguliers. La clef, passante, est ornée d'un motif à volutes sculptées en bas-relief encadrant les initiales « PM » gravées. Ce sont celles de Paul Motte, qui a racheté le château en 1797 (voir chapitre historique). La date « 1805 », gravée de part et d'autre de cette clef, date à la fois cet encadrement et la phase de travaux de réorganisation de cette partie du bâtiment principal : escalier de distribution extérieur et escalier intérieur.

Partie centre-ouest. Elévation sud, premier niveau. Porte avec date portée (1805) et initiales (PM).Partie centre-ouest. Elévation sud, premier niveau. Porte avec date portée (1805) et initiales (PM). Partie centre-ouest. Elévation sud, premier niveau. Porte avec date portée (1805) et initiales (PM), détail.Partie centre-ouest. Elévation sud, premier niveau. Porte avec date portée (1805) et initiales (PM), détail.

Cet escalier extérieur en équerre, adossé perpendiculairement à la façade, est prolongé par un palier filant qui dessert la porte de l'escalier intérieur. Ses marches sont des monolithes de grès et le sol du palier filant est constitué de deux grandes et épaisses dalles de grès soutenues par des corbeaux en pierre. Le garde-corps est en ferronnerie et, au niveau du palier, il intègre les initiales stylisées « P » et « M » qui doivent être rattachées au même Paul Motte. L'encadrement de la porte, en pierre de taille de grès, est sculpté en réserve. Les piédroits, appuyés sur une base moulurée légèrement saillante, sont ponctués au milieu par un ovale et sont terminés par des motifs floraux pendants. Le linteau, droit et monolithe, est sculpté en bas-relief de motifs floraux qui encadrent une fausse clef saillante ornée d'une rosace. L'ensemble est couvert d'une corniche moulurée en entablement. La menuiserie, à deux vantaux symétriques, est sculptée de panneaux moulurés avec décor de gouttes pendantes. Elle est complétée en partie haute par une imposte vitrée.

Partie ouest. Elévation sud, premier niveau. Escalier de distribution extérieur.Partie ouest. Elévation sud, premier niveau. Escalier de distribution extérieur. Partie ouest. Elévation sud, deuxième niveau. Porte de l'escalier ouest, avec encadrement scuplté.Partie ouest. Elévation sud, deuxième niveau. Porte de l'escalier ouest, avec encadrement scuplté. Partie ouest. Elévation sud, deuxième niveau. Porte de l'escalier ouest, détail de l'encadrement scuplté.Partie ouest. Elévation sud, deuxième niveau. Porte de l'escalier ouest, détail de l'encadrement scuplté. Escalier ouest. Premier étage, palier. Mur sud, porte.Escalier ouest. Premier étage, palier. Mur sud, porte.

Au quatrième niveau de la façade sud, la baie du pigeonnier occidental forme une lucarne passante dans la génoise d'avant-toit et on encadrement, façonné au mortier avec un linteau droit en bois, est souligné par un enduit lissé. Sur la même façade, la baie du pigeonnier oriental est aménagée dans une ancienne fenêtre, sans aménagement spécifique. En revanche, la baie de ce même pigeonnier pratiquée dans l'élévation orientale est entourée d'un habillage en zinc cloué.

Au premier niveau de la façade nord, partie est, la porte charretière est couverte en arc segmentaire avec des claveaux réguliers. Son embrasure a été taillée a posteriori dans le contrefort en grand appareil édifié au début du 17e siècle.

Au premier niveau de la façade nord, partie ouest, l'actuelle porte piétonne est desservie par un escalier de distribution extérieur adossé parallèlement à la façade. Il est bâti en maçonnerie sur un relief plein et il est prolongé par l'escalier extérieur de la dépendance agricole. L'encadrement de cette porte est surmonté d'une haute imposte en arc segmentaire séparée par une traverse horizontale droite.

VII.10. Le bâtiment principal, les extérieurs : les autres ouvertures

Les encadrements des autres ouvertures sont en pierre de taille de grès. Le linteau est droit et monolithe pour les baies du 17e siècle, avec un appui largement saillant qui a été plus tard bûché. Il s'agit surtout de fenêtres assez modestes ou de jours. Le premier niveau de la façade nord conserve deux baies à demi-croisée en place, mais une a été transformée en porte piétonne.

Partie centre-ouest. Elévation sud, deuxième niveau. Petite fenêtre murée.Partie centre-ouest. Elévation sud, deuxième niveau. Petite fenêtre murée. Partie centre-ouest. Elévation sud, deuxième et troisième niveaux. Fenêtres.Partie centre-ouest. Elévation sud, deuxième et troisième niveaux. Fenêtres. Partie centre-ouest. Elévation sud, deuxième et troisième niveaux. Fenêtres.Partie centre-ouest. Elévation sud, deuxième et troisième niveaux. Fenêtres.

Sur la partie orientale, qui date de la seconde moitié du 17e siècle, la façade nord conserve ses encadrements de fenêtres restées en place, mais murées avec des briques. Au deuxième et au troisième niveau de la façade sud, ainsi qu'au troisième niveau de la façade est, il s'agit de baies à demi-croisée dont les traverses horizontales ont été brisées et retaillées. La fenêtre du deuxième niveau côté nord était équipée d'une grille en ferronnerie dont subsistent les trous d'ancrage. Quant aux fenêtres des quatrièmes niveaux (façades nord, est et sud), il s'agit de baies simples, sans traverse intermédiaire. A l'extérieur, leur linteau a disparu au profit de la génoise de l'avant-toit, mais à l'intérieur elles conservent l'intégralité de leur encadrement, y compris le linteau monolithe de l'arrière-tableau. Traités en arêtes vives, ces encadrements sont caractérisés par un parement d’allège extérieur, massif et couronné d'un appui largement saillant taillé en doucine. On retrouve cette même finition pour quelques ouvertures, murées ou non, des niveaux supérieurs de la partie occidentale de la façade sud. Il faut également rattacher à cet ensemble la porte située au premier niveau de la façade sud de la partie orientale, avec son encadrement en plein-cintre surmonté d'un jour d'imposte carré. L'arrière-tableau de cette ouverture est traité avec un couvrement en arc segmentaire.

Partie est. Elévation nord, partie supérieurePartie est. Elévation nord, partie supérieure Partie est. Elévation est, troisième niveau. Fenêtre à demi-croisée, murée.Partie est. Elévation est, troisième niveau. Fenêtre à demi-croisée, murée. Partie est. Elévation est, quatrième niveau. Fenêtre.Partie est. Elévation est, quatrième niveau. Fenêtre. Partie est. Etage de comble, pièce nord. Mur nord, fenêtre murée.Partie est. Etage de comble, pièce nord. Mur nord, fenêtre murée.

Les ouvertures plus récentes (milieu du 18e siècle et 19e siècle) disposent d'un couvrement en arc segmentaire, monolithe ou à claveaux. Sur la façade nord, une partie de ces fenêtres en arc segmentaire correspondent à des repercements du milieu du 18e siècle qui ont manifestement fait disparaître d'anciennes croisées et demi-croisée du 17e siècle.

Sur la façade sud, certaines fenêtres conservent des menuiseries à deux vantaux vitrés en carreaux de moyenne dimension. Les baies sont occultées par des contrevents à persiennes, persiennes basses ou à cadres. Au deuxième niveau de cette même façade sud, une baie rectangulaire est équipée d'une grille en ferronnerie à barreaux croisés. Au dernier niveau de la façade sud, l'un des jours de l'étage de comble est équipé d'un volet intérieur à quatre panneaux, sculpté d'un motif en plis de serviette. Cet élément, qui pourrait dater de la fin du 15e siècle ou du 16e, est un remploi in situ. Des vestiges de ce même type de volet subsistent sur quelques autres jours.

Partie centre-ouest. Etage de comble, mur sud. Jour équipé d'un volet intérieur sculpté en plis de serviette.Partie centre-ouest. Etage de comble, mur sud. Jour équipé d'un volet intérieur sculpté en plis de serviette. Partie centre-ouest. Etage de comble, mur sud. Volet intérieur sculpté en plis de serviette, détail.Partie centre-ouest. Etage de comble, mur sud. Volet intérieur sculpté en plis de serviette, détail. Partie centre-ouest. Etage de comble, mur sud. Volet intérieur sculpté en plis de serviette, face arrière.Partie centre-ouest. Etage de comble, mur sud. Volet intérieur sculpté en plis de serviette, face arrière.

Enfin, au premier niveau de la façade sud, sur la fausse tour ajoutée au milieu du 20e siècle, un encadrement de porte remploie en couvrement un élément lapidaire orné d'entrelacs sculptés en bas-relief, qui provient peut-être de l'ancienne église paroissiale Notre-Dame-la-Blanche détruite dans les années 1570.

Fausse tour de l'élévation sud. Premier niveau, élément lapidaire en remploi sculpté d'entrelacs.Fausse tour de l'élévation sud. Premier niveau, élément lapidaire en remploi sculpté d'entrelacs.

VII.11. Le bâtiment principal : le toit et sa couverture

Les trois quarts du bâtiment sont couverts par un toit à longs pans, avec une large croupe du côté est. Sur la partie occidentale du bâtiment, le toit est plus bas d'un demi-niveau et il est couvert en longs pans ; il est possible que cette différence de hauteur résulte d'un surbaissement du toit après la division du château au début du 19e siècle. L'avant-toit est réalisé avec quatre rangs de génoise maçonnés.

Bâtiment principal. Toit, vue d'ensemble prise du nord-est.Bâtiment principal. Toit, vue d'ensemble prise du nord-est. Bâtiment principal. Toit, vue aérienne zénithale.Bâtiment principal. Toit, vue aérienne zénithale. Versant sud et croupe orientale du toit. Couverture en tuiles écailles.Versant sud et croupe orientale du toit. Couverture en tuiles écailles. Partie est. Avant-toit constitué de quatre rangs de génoise.Partie est. Avant-toit constitué de quatre rangs de génoise.

Dans la partie occidentale du bâtiment, la charpente à pannes supporte des chevrons taillés en quartons sur lesquels sont posées des tuiles creuses. Pour tout le reste du bâtiment, il s'agit de pannes reposant sur des fermes à poinçon, avec contrefiches renforcées par des liens de faîtage. A l'extrémité est, la ferme qui soutient la croupe du toit est renforcée par d'autres contrefiches rayonnantes et intègre des entraits et enrayures qui constituent la structure du plafond des pièces situées en-dessous.

Plan de toituresPlan de toitures Partie centre-ouest. Etage de comble, ferme de la charpente.Partie centre-ouest. Etage de comble, ferme de la charpente.

Partie est. Etage de comble, ferme de la croupe.Partie est. Etage de comble, ferme de la croupe. Partie est. Etage de comble, pièce nord. Entraits et enrayures de la ferme de la croupe intégrés dans le plafond.Partie est. Etage de comble, pièce nord. Entraits et enrayures de la ferme de la croupe intégrés dans le plafond. Partie est. Etage de comble, ferme de la croupe. Détail d'un assemblage avec marques gravées.Partie est. Etage de comble, ferme de la croupe. Détail d'un assemblage avec marques gravées.

La couverture polychrome est réalisée en tuiles écailles. Toutefois, le faîtage et les arêtiers des arbalétriers de la croupe sont couvert en grandes tuiles creuses. Pour les arêtiers, il s'agit de larges mais courtes tuiles creuses glaçurées, dont l'extrémité inférieure est façonnée en pointe de manière à former des écailles. Ces tuiles sont colorées en noir, brun jaune ou vert. Quelques-unes sont déposées à l'étage de comble. Confectionnées avec une pâte jaune, elles mesurent 24 centimètres de long pour 31,5 à 32,5 centimètres de large et 1,5 centimètre d'épaisseur. Sur le faîtage, il s'agit de tuiles creuses non colorées, matériau que l'on retrouve aussi à la base des versants sur un rang unique, où ces tuiles creuses viennent couvrir l'épaisseur de la génoise d'avant-toit.

Tuiles creuses glaçurées des arêtiers de croupe.Tuiles creuses glaçurées des arêtiers de croupe.

Les tuiles écailles

Les tuiles écailles, à crochets, reposent sur des liteaux horizontaux fixés sur les chevrons de la charpente. Les tuiles les plus anciennes, glaçurées et colorées (voir paragraphe suivant), sont disposées de manière à former un décor géométrique de losanges détourés en noir et ponctués d'un centre également noir. Ces losanges sont organisés en bandes qui alternent les couleurs vertes, jaunes et rouges. Les réparations du 19e siècle et du 20e siècle ont largement brouillé ce décor qui subsiste uniquement dans la partie est du versant sud.

Bâtiment principal. Toit, versant sud. Couverture polychrome en tuiles écailles.Bâtiment principal. Toit, versant sud. Couverture polychrome en tuiles écailles. Versant nord du toit. Couverture en tuiles écailles mélangées.Versant nord du toit. Couverture en tuiles écailles mélangées. Partie est. Couverture en tuiles écailles sur liteaux.Partie est. Couverture en tuiles écailles sur liteaux. Partie est. Couverture en tuiles écailles sur liteaux.Partie est. Couverture en tuiles écailles sur liteaux.

Au moins trois types différents de tuiles écailles glaçurées ont été observés parmi celles déposées entières ou brisées à l'étage de comble. Leurs dimensions sont similaires : 25 à 25,5 centimètres de long, 12,5 à 13,5 centimètres de large, 1 à 1,5 centimètre d'épaisseur. Il n'a pas été remarqué de marque ou de poinçon de fabricant.

Les plus fréquentes disposent à la fois d'un crochet de suspension triangulaire et d'un trou circulaire. Elles sont confectionnées dans une pâte jaune ou rouge, la nuance paraissant liée à des différences de température de cuisson. Elles sont partiellement couvertes d'une glaçure de couleur noire, brun foncé, jaune claire, jaune orangé ou verte.

Tuiles écailles glaçurées, avec crochet triangulaire et trou de fixation. Vue de dessus.Tuiles écailles glaçurées, avec crochet triangulaire et trou de fixation. Vue de dessus. Tuile écaille glaçurée brun foncé, avec crochet triangulaire et trou de fixation. Vue de dessus.Tuile écaille glaçurée brun foncé, avec crochet triangulaire et trou de fixation. Vue de dessus. Tuiles écailles glaçurées, avec crochet triangulaire et trou de fixation. Vue de dessous.Tuiles écailles glaçurées, avec crochet triangulaire et trou de fixation. Vue de dessous.

En revanche, les tuiles écailles recevant une glaçure de couleur rouge foncé ou brun rouge sont différentes. Toutes façonnées dans une pâte rouge, elles s'individualisent par leur absence de trou de fixation. Certaines disposent d'un crochet triangulaire mais d'autres possèdent un crochet en demi-lune. Un tesson de tuile à pâte rouge avec une glaçure orange vif a également été observé, sans qu'il soit possible de le rapprocher de l'un ou de l'autre type.

Tuiles écailles glaçurées, avec crochet triangulaire ou en demi-lune sans trou de fixation. Vue de dessus.Tuiles écailles glaçurées, avec crochet triangulaire ou en demi-lune sans trou de fixation. Vue de dessus. Tuiles écailles glaçurées, avec crochet triangulaire ou en demi-lune sans trou de fixation. Vue de dessous.Tuiles écailles glaçurées, avec crochet triangulaire ou en demi-lune sans trou de fixation. Vue de dessous.

Outre ces tuiles écailles colorées, deux types de tuiles écailles non glaçurées coexistent : ce sont les plus récentes et elles ont été utilisées lors des diverses réparations. Leur longueur est de 25 centimètres. Le premier type paraît dater du 19e siècle : larges de 16,5 centimètres et épaisses de 1,5 centimètre, ces tuiles écailles sont façonnées dans une pâte jaune et disposent d'un gros crochet en demi-lune, sans trou. L'autre type est beaucoup plus récent (deuxième moitié du 20e siècle probable). Confectionnées avec une pâte brun-rouge granuleuse, ces tuiles écailles sont larges de 15,5 centimètres, épaisses de 1,2 centimètres, et sont munies de deux petits crochets triangulaires sans trou.

Les trois principaux types de tuiles écailles utilisés. Vue du dessus.Les trois principaux types de tuiles écailles utilisés. Vue du dessus. Les trois principaux types de tuiles écailles utilisés. Vue du dessous.Les trois principaux types de tuiles écailles utilisés. Vue du dessous.

VII.12. Le bâtiment principal : la cour et son portail

Désignée comme basse-cour dans les archives, la cour fermée se développe au pied de la façade sud des deux bâtiments. Du côté sud, un haut mur maçonné la sépare du reste de l'agglomération Du côté ouest, un autre mur en retour la sépare de la partie de cour située devant le bâtiment de la dépendance agricole. Ce mur intègre une ouverture charretière avec encadrement en pierre de taille en arc plein-cintre, condamnée et réaménagée en une haute niche en cul-de-four couverte par une demi-coupole maçonnée.

Cour. Vue d'ensemble prise du sud-est.Cour. Vue d'ensemble prise du sud-est. Cour. Mur ouest.Cour. Mur ouest.

Le seul accès à cette cour se fait par le portail monumental en plein-cintre qui s'ouvre sur la placette aménagée derrière la porte fortifiée de l'enceinte urbaine (voir dossier IA05001550). Son encadrement alterne des blocs lisses avec des blocs sculptés avec motifs gaufrés en creux. La clef porte un blason armorié, bûché. Il devrait logiquement s'agir des armes de la famille d'Yze, mais on peine toutefois à y retrouver leur composition : « d’argent, au lion de gueules, à la bande d’azur chargée en chef d’une fleur de lis d’or, brochant sur le tout ». La sous-face de cette clef est ornée d'un « X » inscrit en réserve dans un cercle, motif reproduit à l'identique sur l'encadrement de la porte d'une maison de la rue du Barry daté de 1626 (voir dossier IA05001541). Le fronton triangulaire en béton est une restitution simplifiée de son ancienne forme, réalisée dans le courant de la seconde moitié du 20e siècle.

Portail de la cour.Portail de la cour. Portail de la cour, détail.Portail de la cour, détail. Portail de la cour, détail de la clef.Portail de la cour, détail de la clef.

Dessiné par l'architecte sisteronais Aubin Ravel, son prix-fait est établi le 17 juin 1609. Il est alors décrit comme un ouvrage « a l'ordonance douricque ». Le décor et la finition de ce portail est très similaire à celui de l'actuelle mairie de Serres. Il ressemble aussi aux portails des châteaux de Montmaur et de Ventavon (voir le chapitre II.5.3. dans la partie historique). L'usage de pierres calcaires, tirées de la carrière de Montferrant (comme pour l'encadrement de la porte de l'escalier), tranche avec les pierres de taille de grès qui sont presque toujours utilisées dans l'architecture du bourg de Rosans.

La tradition orale indique que des cavités enterrées existeraient sous le sol de la cour, tant devant le bâtiment principal que devant la dépendance agricole. Il pourrait s'agir d'anciens canaux d'évacuation des eaux de ruissellement et, peut-être, de citernes de récupération des eaux pluviales.

VIII. La dépendance agricole aujourd'hui : description architecturale

Formant un angle avec le bâtiment principal, celui de la dépendance agricole prend une orientation nord-est sud-ouest. Du fait de la pente naturelle et de la hauteur du sol de la cour, plus élevé que du côté du bâtiment principal, l'édifice comporte un étage de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et deux étages de combles.

Dépendance agricole. Vue d'ensemble prise du sud-ouest.Dépendance agricole. Vue d'ensemble prise du sud-ouest. Partie ouest et dépendance agricole. Elévation nord.Partie ouest et dépendance agricole. Elévation nord. Dépendance agricole. Vue d'ensemble prise du sud.Dépendance agricole. Vue d'ensemble prise du sud.

VIII.1. La dépendance agricole : les intérieurs

L'étage de soubassement est enterré côté sud sur la moitié de sa hauteur. Il est occupé par deux longues et hautes pièces parallèles, voûtées en berceau, qui correspondent manifestement à celles qui doivent être construites dans les prix-faits de 1603 à 1605. La pièce orientale est partiellement amputée de son côté est, ce qui correspond au passage de la galerie basse et étroite qui sépare le bâtiment de la dépendance agricole du bâtiment principal.

Les étages sont transformés en habitation et ne conservent plus de trace de leurs anciens aménagements agricoles. Cependant, on relève la présence d'une arcade en pierre de taille aménagée dans le mur de refend du premier étage de comble.

Dépendance agricole. Etage de soubassement, pièce voûtée ouest. Vue de volume prise du nord.Dépendance agricole. Etage de soubassement, pièce voûtée ouest. Vue de volume prise du nord. Dépendance agricole. Etage de soubassement, pièce voûtée est. Vue de volume partielle prise du sud.Dépendance agricole. Etage de soubassement, pièce voûtée est. Vue de volume partielle prise du sud.

VIII.2. La dépendance agricole : les extérieurs

Le bâtiment est construit en maçonnerie de petits moellons de grès assez régulièrement assisés, ponctuellement complétés par des moellons de calcaire. La chaîne d'angle sud-ouest fait appel à de longs moellons équarris, posés harpés.

Les élévations ont été rejointoyées à pierres vues ou, dans leur partie haute, conservent un enduit rustique au ciment. Toutefois, on remarque au deuxième niveau de la façade nord une petite portion, du même enduit à décor de faux appareil façonné que sur le bâtiment principal. C'est l'indice que les élévations du bâtiment de la dépendance agricole ont également reçu cet enduit au 17e siècle, en tout cas sur leurs deux niveaux inférieurs.

Les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille de grès avec un linteau droit. Celui de la porte charretière sur la façade ouest est couvert en arc segmentaire, avec des claveaux régulièrement disposés. En revanche, ses piédroits sont montés en moellons et enduits. Au-dessus de cette ouverture charretière, deux jours sont fermés par des grilles en ferronnerie.

Dépendance agricole. Elévation nord, deuxième niveau. Petite baie et enduit à faux appareil façonné.Dépendance agricole. Elévation nord, deuxième niveau. Petite baie et enduit à faux appareil façonné.

Adossé parallèlement à la façade ouest, un escalier de distribution extérieur mène au deuxième niveau. Bâti en maçonnerie sur un massif intégrant une niche, il s'appuie sur l'escalier extérieur de la partie ouest du bâtiment principal et se prolonge par un palier filant sur voûtains. Le garde-corps est en ferronnerie.

VIII.3. La dépendance agricole : le toit

La moitié nord du bâtiment est couverte par un toit à pan unique, orienté vers l'ouest. La moitié sud est couverte par un toit à longs pans dont le versant ouest s'inscrit dans la continuité de celui de la moitié nord. La couverture est en tuile creuse.

VIII.4. La dépendance agricole : la cour

La cour fermée qui se développe du côté sud s'inscrit dans le prolongement de celle du bâtiment principal, dont elle est séparée par un haut mur maçonné. Du côté sud-est, cette cour s'ouvre sur la rue de l'Aire par une porte piétonne. Du côté sud-ouest, son mur de clôture la sépare d'un étroit passage qui isole l'ensemble foncier du château de l’îlot de maisons voisines.

Le château de Rosans est le résultat de plusieurs siècles de constructions, reconstructions et réaménagements. Il trouve son origine dans une tour carrée médiévale, remontant probablement au 14e siècle, intégrée à l’enceinte fortifiée du bourg et peut-être déjà flanquée d'un corps de logis. Celui-ci est vraisemblablement augmenté à partir du 15e siècle et au 16e siècle. Mais peu d'éléments de cette période ont été clairement identifiés : quelques encadrements de petites baies et un petit volet intérieur à quatre panneaux sculptés en plis de serviette, remployé sur un jour de l'étage de comble.

Au moins depuis la seconde moitié du Moyen Age, Rosans est une coseigneurie et cette tour paraît être le siège de la famille des Rosans-Alauson au moins à partir du milieu du 14e siècle. Cette coseigneurie est acquise dans le courant des années 1570 par François de Bonne de Lesdiguières, qui la revend dès 1600 à son capitaine Jean-Antoine d'Yze. Celui-ci, achetant l'autre coseigneurie en 1609 à la famille des Morges, devient l'unique seigneur de Rosans.

Dans la première décennie du 17e siècle, Jean-Antoine d'Yze fait profondément remanier et agrandir le château, la dépendance agricole accolée, la basse-cour et le jardin. Les archives notariales indiquent deux importantes phases de travaux réalisées à cette époque. La première, entre 1602 et 1605, concerne la réorganisation du rez-de-chaussée du bâtiment principal et de toute la dépendance agricole, la basse-cour et la reconstruction de la porte fortifiée de cette basse-cour. La seconde, entre 1609 et 1611, voit la construction de l'actuel escalier intérieur, dont l'encadrement de la porte d'entrée porte la date gravée « 1611 », et celle du portail de la basse-cour. Elle inclut aussi la création d'un bâtiment au-dessus de la porte fortifiée de la basse-cour. Parallèlement, à l'est du bâtiment principal, la porte fortifiée de l'enceinte urbaine est reconstruite sur cette période et une maison de corps de garde lui est accolée.

Une autre campagne de travaux conséquents est réalisée plus tard au 17e siècle, probablement dans les dernières décennies si l'on en juge par la nature des encadrements à arêtes vives (en tout cas après 1613 et avant 1703). La partie orientale du bâtiment principal est surélevée et un nouvel étage est ajouté sur la partie ouest. A cette occasion, les façades nord du bâtiment principal et de la dépendance agricole reçoivent un enduit à décor de faux appareil façonné. On retrouve ce même enduit à l'intérieur du bâtiment, sur des murs qui étaient alors situés à l'extérieur : dernier niveau des façades sud et est de la tour médiévale, dernier niveau du pignon ouest du bâtiment principal. Il est possible que, dès cette époque, une partie du bâtiment principal dispose déjà d'une couverture polychrome en tuiles-écailles.

Le château est à nouveau modifié dans le courant de la première moitié du 18e siècle, vraisemblablement par Jacques d'Yze. Une partie des ouvertures des façades sont remaniées, et des fenêtres en arc segmentaire remplacent désormais les anciennes croisées et demi-croisées. La porte fortifiée de la basse-cour disparaît et la façade nord de cette partie du bâtiment est entièrement rebâtie, ce qui explique l'absence de l'enduit à faux appareil à cet endroit. La totalité de la toiture est reconstruite, entraînant la diminution en hauteur de certaines parties : la forme du toit actuel est le résultat de cette uniformisation des hauteurs des façades. La couverture polychrome en tuiles-écailles à motifs de losanges date de cette époque.

Ainsi, au vu des travaux réalisés au 17e siècle et au 18e siècle par les seigneurs d'Yze, l'appellation « Château Lesdiguières » donnée au château de Rosans depuis les années 1830 paraît assez peu fondée.

Après la vente des biens seigneuriaux en 1798 par Claude-Artus d’Yze, dernier descendant de cette famille, les bâtiments du château et ses dépendances directes sont partagés entre plusieurs propriétaires, dont Paul Motte. S'en suivent diverses modifications secondaires qui ne bouleversent pas pour autant l'organisation intérieure ni l'aspect de l'édifice. Dans la partie ouest, la création de nouvelles portes d'entrée et d'un escalier intérieur est datée par une date portée « 1805 » accompagnée des initiales « PM ». Ailleurs, on note quelques agrandissements et condamnations de baies. D'autre part, les réparations successives de la couverture du toit au cours du 19e siècle brouillent peu à peu les motifs en losanges colorés du milieu du 18e siècle.

Dans les années 1880, la commune prévoit d'acquérir le château pour le transformer en école primaire, projet resté sans suite. Au milieu du 20e siècle, une fausse tour crénelée est ajoutée sur la façade sud pour accueillir les pièces d'eau et les sanitaires et le portail de la cour est partiellement restauré.

Ainsi, outre sa tour du 14e siècle, le château de Rosans est largement caractérisé par les ajouts et transformations du 17e siècle, qui sont bien conservés : portail de la basse-cour et escalier intérieur, baies à demi-croisées et enduit à faux appareil, organisation des pièces et circulations intérieures, sols en planchers à panneaux. Son vaste toit à longs pans et croupe, avec sa couverture polychrome en tuiles écailles, ainsi qu'une partie de ses finitions intérieures (cheminées) et divers encadrements des fenêtres remontent à la première moitié du 18e siècle. Hormis l'escalier ouest, les réaménagements du début du 19e siècle et du 20e siècle sont assez mineurs.

  • Période(s)
    • Principale : 14e siècle
    • Principale : 15e siècle
    • Secondaire : milieu 16e siècle , daté par source
    • Principale : 1er quart 17e siècle , daté par source
    • Principale : 2e moitié 17e siècle
    • Principale : 1ère moitié 18e siècle
    • Secondaire : 1er quart 19e siècle , porte la date
    • Secondaire : milieu 20e siècle
  • Dates
    • 1557, daté par source
    • 1602, daté par source
    • 1603, daté par source
    • 1604, daté par source
    • 1605, daté par source
    • 1609, daté par source
    • 1611, porte la date
    • 1805, porte la date
  • Auteur(s)

Le château de Rosans occupe l'extrémité nord du bourg fortifié. Faisant corps avec l'enceinte urbaine, il en constitue la courtine nord qui fait face à un espace plat (actuelle place de l'Abbé-Bicais) auparavant occupé par le jardin.

L'édifice actuel est le résultat de plusieurs ajouts et extensions agglomérés de part et d'autre d'une tour originelle de plan carré ou pseudo-carré. Il comporte un rez-de-chaussée, deux étages carrés et un étage de comble. Hormis à l'étage de comble, il s'agit partout de pièces d'habitation, cuisines, salons, chambres ou resserres.

Les étages sont desservis par deux escaliers, l'un à l'est et l'autre à l'ouest. L'escalier oriental, monumental, est à rampe sur rampe avec paliers de niveaux et paliers intermédiaires, autour d'un mur noyau dont les extrémités reçoivent des colonnes. Les paliers sont couverts par de petites voûtes d'arêtes maçonnées, les volées par des voûtes en berceau. Les marches sont monolithes. L'escalier occidental, plus modeste, est également à rampe sur rampe autour d'un noyau creux dont la rambarde est en ferronnerie. Démarrant au premier étage, il est précédé au-dehors par un escalier de distribution extérieur, maçonné en équerre et prolongé par un palier filant. Au pied de la façade nord, côté ouest, un escalier de distribution extérieure maçonné et droit est adossé parallèlement à l'élévation.

Le rez-de-chaussée comporte six pièces, dont deux voûtées en berceau plein-cintre aux extrémités est et ouest, le premier étage huit pièces dont une voûtée en berceau plein-cintre à l'extrémité est, le deuxième étage dix pièces. Les sols sont en planchers à panneaux, planchers en chevrons, carreaux de terre cuite ou tomettes. Les plafonds sont à solivettes sur solives ou à simples solives. Plusieurs cheminées disposent de manteaux en bois et de hottes ornées de gypseries. L'étage de comble compte sept pièces, dont deux pigeonniers.

Le bâtiment est élevé en maçonnerie de moellons de grès et de calcaire, avec des chaînes d'angles en gros moellons harpés. La base de l'extrémité orientale est confortée par un renfort taluté en grand appareil. Les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille de grès, sauf pour le portail de la cour et la porte de l'escalier monumental, où il s'agit de pierre de taille calcaire. La façade nord conserve un enduit rustique épais façonné en faux appareil à joints creux, par endroits disparu.

L'extrémité ouest du bâtiment reçoit un toit à longs pans couverts en tuile creuse. Pour le reste, il s'agit d'un imposant vaisseau à longs pans, en pente raide, terminé à l'est par une croupe. La couverture est en tuiles écailles glaçurées et formait à l'origine un motif de losanges polychromes qui subsiste en partie. Ce grand toit est soutenu par une charpente est à fermes, avec poinçons, contrefiches et liens de faîtage. La ferme de la croupe, à contrefiches rayonnantes, est complétée par des entraits en enrayures qui forment le plafond des pièces situées en-dessous.

Une ancienne basse-cour fermée se développe au pied de la façade sud. Elle est dotée d'un portail monumental du côté est, avec un encadrement en pierre de taille calcaire en plain cintre, de style dorique avec fronton triangulaire. Un mur de clôture sépare la cour du château du reste de l'agglomération.

Mitoyenne à l'ouest du château, l'ancienne dépendance agricole est orientée perpendiculairement au bâtiment principal. Son étage de soubassement accueille deux grandes pièces voûtées en berceau qui servaient d'étable et d'écurie, le reste (anciens greniers et fenil) est aujourd'hui transformé en habitation. La partie nord de ce bâtiment reçoit un toit à un pan, la partie sud un toit à longs pans. La couverture est en tuile creuse.

  • Murs
    • grès moellon enduit
    • calcaire moellon
  • Toits
    tuile en écaille, tuile creuse
  • Étages
    rez-de-chaussée, 2 étages carrés, étage de comble
  • Couvrements
    • voûte en berceau plein-cintre
    • voûte d'arêtes
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en maçonnerie
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour en maçonnerie
    • escalier de distribution extérieur : escalier en équerre en maçonnerie
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit en maçonnerie
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Documents d'archives

  • [inventaire de biens sous l’autorité de Jacomet de Pavia, châtelain de Guillaume de Morges.] Dans les minutes de maître AUDIBERT Antoine, notaire à Rosans (1390-1420), 1392. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9756.

    F° 21 v°.
  • [Bail à accapte pour un chasal, conclu par Claude de Morges en faveur de Giraud de Pavia.] Dans les minutes de maître AUDIBERT Antoine, notaire à Rosans (1390-1420), 1418 ou 1419. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9757.

    F° 85 v°.
  • [Vente d'une terre située au Clot de Lagier, acte passé dans la tour (« in turri dicti domini ») du coseigneur Antoine d'Alauson.] Dans les minutes de maître AUDIBERT Michel, notaire à Rosans (1439-1448), 1445. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9758.

    F° 38 r°.
  • [Mariage, Giraud de Pavia est coseigneur.] Dans les minutes de maître AUDIBERT Michel, notaire à Rosans (1439-1448), 1446. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9758.

    F° 151 r°.
  • [Prix-fait pour la réfection de deux cheminées au château d'Antoine d'Alauson, par le giper Estève Chavandier.] Dans les minutes de maître GIVOUDAN Claude, notaire à Rosans (1551-1572), 1557. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 1979.

    F° 92 v°, 93 r°.
  • [Quittance d'arrentement par Guy Diez, pour les seigneuries de Rosans et de Montferrand.] Dans les minutes de maître GIVOUDAN Claude, notaire à Rosans (1551-1572), 1565. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 1986.

    F° 283 v°.
  • [Cadastre par confronts de la communauté de Rosans.] Nom du notaire inconnu, 1570. [registre relié, incomplet : f° 138 à 319.] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 E 6468.

    F° 153 v°, 160 v°, 184 v°, 214, 238, 243, 245, 252.
  • [Arrentement par Guy Diez de son four de Rosans.] Dans les minutes de maître GIVOUDAN Jean I, notaire à Rosans (1569-1583), 1572. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2052.

    F° 283 v°.
  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (escalier extérieur et fenêtres) et à l'enceinte urbaine (porte fortifiée).] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1602. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2075.

    F° 197.
  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (fenêtres du bâtiment d'habitation).] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1602. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2075.

    F° 205 r°.
  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (voûtes de la dépendance agricole).] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1603. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2076.

    F° 20 v°.
  • [Prix-fait pour des travaux de reconstruction au château de Rosans (portes de la dépendance agricole).] Dans les minutes de maître GIVOUDAN Jean II, notaire à Rosans (1583-1629), 1603. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2076.

    F° 143 v°.
  • [Quittance concernant des travaux et réparations au château de Rosans (voûtes de la dépendance agricole).] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1603. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2076.

    F° 162 v°.
  • [Prix-fait concernant la construction d'un four à chaux à la « Combe de Faraud ».] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1604. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2077.

    F° 2 r°.
  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (calade de la basse-cour).] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1604. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2077.

    F° 5 r°.
  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (voûtes de la dépendance agricole).] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1604. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2077.

    F° 40 v°.
  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (calade de la basse-cour).] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1604. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2077.

    F° 87 r°.
  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (escalier et fenêtres du bâtiment d'habitation ; voûtes et portes de la dépendance agricole ; dallage, mur, escalier, porte fortifiée et portail de la basse-cour).] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1604. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2077.

    F° 144 v°.
  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (démolition et reconstruction du rez-de-chaussée, des cheminées et de la couverture du bâtiment d'habitation) et au "Jas des Brebis".] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1605. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2078.

    F° .
  • [Prix-fait concernant la construction d'un four à chaux à la « Combe de Faraud ».] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1605. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2078.

    F° 30.
  • [Arrentement par Jean-Antoine d'Yze, coseigneur de Rosans, au marchand Pierre Liotier pour toute la seigneurie haute, moyenne et basse.] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1607. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2080.

    F° 62 r°.
  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (porte fortifiée de l'enceinte urbaine ; porte de la dépendance agricole).] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1607. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2080.

    F° 69 v°.
  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (fenêtres du bâtiment d'habitation).] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1609. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2082.

    F° 85 v°.
  • [Achat par Pierre Liotier, rentier et chatelain de Rosans, d'un jardin situé "entre les deux tournelles".] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1609. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2082.

    F° 128 r°.
  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (escalier intérieur du bâtiment d'habitation ; grand portail de la basse-cour ; fontaine du jardin).] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1609. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2082.

    F° 168 r°.
  • Achept de la place et jurisdiction de Rozans pour noble Jehan Anthoyne Dize dict Daurelle seigneur de Rozans, gouverneur pour le roy au chateau d’Eysilles et vallee d’Oulx. Dans les minutes de maître Creycent ARIEY, notaire à Sainte-Jalle (1582-1652), 1609. Archives départementales de la Drôme, Valence : 2 E 1248.

    F° 320.
  • Loyal inventayre et description des biens tant meubles et immeubles delayssés par ledit feu seigneur de Rozans, noble Jehan Antoine Dize dict Daurelle seigneur dudit Rozans et gouverneur pour le roy du chasteau d’Exilles et Val d’Oulx. Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1613. [cahier, papier, 41 f°.] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : J 1787.

  • Cadastre general des batimens fondz et proprietes de tous les habitans et possedans biens au lieu et terrain de presant lieu de Rosans. Experts jurés en 1698-1699 : Antoine Perrin, châtelain de Sahune et Jean-André Bonnet, de Bellegarde. Procédure de révision en 1702, experts jurés : Antoine Bérenger et Guillen Armand. Révision de la valeur cadastrale des biens en avril-mai 1755 (apparaît en marge, anonyme). [registre relié, 243 f° ; supplément de 1702, 10 f°.] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 E 6470.

    F° 232 v°.
  • Invantaire sommaire et domestique de tous les biens et esfets de noble François Dize seigneur dudict Rozans. Dans les minutes de maître Laurent BONNEMANT, notaire à Valence (1666-1713), 1703. Archives communales de Rosans, Hautes-Alpes : non coté.

  • [Albergement par le seigneur Jacques d'Yze de la maison du Liotier et d'un « moulin a vernis » à Jacques Tournasse, « maître potier de terre ».] Dans les minutes de maître Joseph GIVOUDAN, notaire à Rosans, 1747. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5742.

  • [Projet de construction d'une fontaine et d'aménagement de la place publique de Rosans.] Travaux communaux (An XIII (1804) à 1894), An XIII (1805) à 1808. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 7220.

  • [Inventaire après décès de ferme de La Rose.] Dans les minutes de maître François-Louis MONTLAHUC, notaire à Rosans, 1809. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5770.

    N° 174.
  • Matrices cadastrales de la commune de Rosans, 1839-1911. [registre papier] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1241 à 3 P 1243.

    F° 137 à 141, 1842, 1851, 1882, 1883 ; f° 243, 1883, 1894 ; f° 245, 1839, 1851, 1873, 1881, 1883 ; f° 252, 1839, 1865, 1876, 1882, 1883 ; f° 282, 1839, 1842, 1883 ; f° 717, 1881, 1885 ; f° 921, 1894.
  • Etat des sections cadastrales de la commune de Rosans, 1840. [registre papier]. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1240.

    Section F1.
  • Appropriation du château de Rosans pour école communale. Travaux communaux (1895 à 1923), 1881-1884. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 7217.

  • Matrices cadastrales des propriétés bâties de la commune de Rosans, 1882-1911. [registre papier] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1244.

    F° 78-79, 1882, 1885, 1894.

Bibliographie

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    P. 19-25.
  • BARADEL-VALLET, Catherine. Les toitures polychromes en Bourgogne du XIVe au XXe siècle. Bulletin du centre d'études médiévales d'Auxerre n° 12, 2008.

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  • ESTIENNE, Marie-Pierre ; NICOLAS, Nathalie. Châteaux médiévaux des Hautes-Alpes. Gap : Les Amis des Archives des Hautes-Alpes / Librairie des Hautes-Alpes (Les Cahiers du patrimoine Haut-Alpin, 1), 1999.

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  • GUEYRAUD-LA LUMIA, Marie-Hélène. De Moustiers à Laragne, les toitures de tuiles vernissées du château. In : Lettres aux amoureux du patrimoine n° 91. Association de Sauvegarde du Patrimoine du Pays du Buëch et des Baronnies. Serres (Hautes-Alpes) : 1er trimestre 2025.

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    P. 185-188, 421.
  • LAURENT, Alexeï. La fortification d'agglomération du bourg de Rosans Xe-XVIIIe siècle. In : Lettres aux amoureux du patrimoine n° 85 : Rosans. Association de Sauvegarde du Patrimoine du Pays du Buëch et des Baronnies. Serres (Hautes-Alpes) : 1er trimestre 2022.

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  • PLAYOUST, Arlette, Le temporel du prieuré Saint-André de Rosans, 988-1079. Dans Saint-André de Rosans, Hautes-Alpes, Millénaire de la fondation du prieuré. Actes du colloque des 13 et 14 mai 1988. Société d'Etudes des Hautes-Alpes, Gap, 1989, 437 p.

    P. 85-86.
  • ROMAN, Joseph. Tableau historique du département des Hautes-Alpes. Paris : Imprimerie Nationale, 1887-1890. 2 vol.

    P. 153-154, 269.

Documents figurés

  • Plan cadastral de la commune de Rosans. / Dessin, encre et lavis par Truchy, géomètre, 1839. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1239.

    Section F1.
  • Projet de place pour la commune de Rosans. / Dessin, An XIII (1805). Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 7220.

  • Appropriation du château de Rosans pour école communale. Projet. [Première planche.] / Dessin, 1884. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 7217.

  • Appropriation du château de Rosans pour école communale. Projet. [Deuxième planche.] / Dessin, 1884. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 7217.

Annexes

  • Annexe 1 : détail des prix-faits pour les travaux au château de Rosans (années 1602 à 1609).
  • Annexe 2 : le château de Rosans dans l'inventaire de 1613.
  • Annexe 3 : le château de Rosans dans l'inventaire de 1703.
  • Annexe 4 : propositions de correspondances des pièces du château de Rosans de 1565 à 1703.
Date(s) d'enquête : 2019; Date(s) de rédaction : 2020
(c) Parc naturel régional des Baronnies provençales
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général