I. Commentaire historique
I.1. Les moulins seigneuriaux du Pont avant la Révolution
La présence d'un moulin à farine au pied du bourg de Rosans est attestée dès le milieu du 15e siècle. Dans les années 1570, chacun des deux co-seigneurs de Rosans y possèdent un moulin : la famille des Rosans-Alauson (également seigneur de L'Epine) et celle des Morges (également seigneur du Pègue). Dès cette époque, et encore aujourd'hui, ce quartier est appelé indifféremment le Moulin ou le Pont, du fait de la présence conjointe de ces constructions.
Le cadastre de 1699 mentionne comme propriété du seigneur François d'Yze un « moulin à huille », accompagné d'un jardin et d'un pré, ensemble foncier situé au Pont (AD05 3 E 6470, f° 228, 232 v°). Il ne s'agit pas du bâtiment étudié ici, mais de l'ancien moulin à farine des Rosans-Alauson reconverti en moulin en huile au 17e siècle (voir dossier IA05001088) : à cette époque, seul le moulin de Colombet (voir dossier IA05001090) est autorisé à moudre les céréales.
De fait, on ignore si le moulin étudié ici existait déjà à l'Epoque moderne. Peut-être correspond-il à l'ancien moulin des Morges, mais rien ne permet de l'affirmer car ce moulin pouvait aussi se trouver plus en amont, vers l'actuel pont du Fer-à-Cheval où existait un moulin à foulon cité dans le cadastre de 1839. Il est donc possible que la construction du bâtiment actuel ne soit pas antérieure à la Révolution. A cette époque, le moulin est probablement actionné par une roue horizontale.
I.2. Le moulin à huile d'après le cadastre de 1839
Le bâtiment actuel est attesté de façon sûre dans le cadastre de 1839. Il est alors divisé en deux parcelles. La petite (1839 E1 87bis), ayant une emprise au sol de seulement 20 mètres carrés, est initialement mentionné comme un « moulin à huile » mais cette mention est ensuite corrigée en « pressoir à huile ». Il s'agit d'huile de noix, aucune production d'olive n'étant signalée à Rosans. L'autre parcelle (1839 E1 87), qui correspond au reste du corps du bâtiment, est une grande maison ayant une emprise au sol de 100 mètres carrés, imposée dans la 5e classe fiscale et comprenant 8 ouvertures. L'ensemble appartient à Antoine Mathieu, « meunier au Pont », qui possède un autre moulin à proximité avec son réservoir mentionné comme une « écluse » (voir dossier IA05001088). D'ailleurs, le micro-toponyme cadastral nomme les lieux « l'Ecluse ».
Sur le plan de ce cadastre, le bâtiment du moulin est représenté selon un plan trapézoïdal. Collé contre la maison, il est bordé par le torrent de l'Estang dont les eaux sont dérivées en amont par deux canaux. La surverse de ces canaux alimente manifestement le bassin-réservoir du moulin à farine situé en contrebas, en passant sous la chaussée du chemin.
Plan de situation, d'après le cadastre de 1839 (section E1) (version des Archives départementales). Echelle d'origine 1/2 000e.
Plan de masse, d'après le cadastre de 1839 (section E1) (version des Archives communales). Echelle d'origine 1/2 000e.
I.3. Le moulin à huile durant la seconde moitié du 19e siècle ; la scierie au début du 20e siècle
En 1857, les bâtiments passent à Louis Chambon, fils de Jean. En 1868, celui-ci transforme environ un tiers de la maison pour agrandir le moulin (parcelle 1839 E1 87P, avec une emprise au sol de 33 mètres carrés, mentionnée comme « moulin » et « construction nouvelle »). Ces travaux pourraient correspondre à l'installation de nouveaux équipements plus volumineux.
En 1880, l'ensemble moulinier passe à Clotilde Laget, épouse Bessier demeurant à Montferrand, et à Jean Béranger, ancien cantonnier. Puis en 1886, à Jean Béranger, fils de Jean, désigné comme « meunier au Pont ». Le meunier Baptiste Hugues en devient propriétaire en 1892. Il adjoint la même année un « lavoir » sur l'emprise de la parcelle de la maison. En 1902, il déclare une la construction d'une « scierie mécanique », mitoyenne à l'ouest du moulin et édifiée au-dessus du lit du torrent de l'Estang.
Un plan dessiné en 1908 (AD05 O 7217), montre bien l'organisation des lieux et l'emprise des constructions. Le corps de bâtiment enjambant le cours d'eau est désigné comme un « hangar couvert scierie mécanique », le reste du bâtiment étant indiqué comme « maison d'habitation, scierie et moulin à huile ». On note aussi le départ du canal qui alimente le bassin-réservoir du moulin à farine situé en aval, en passant sous la route à l'entrée du pont.
[Localisation des moulins sur un plan de 1908. Pas d'échelle d'origine.]
[La scierie et le moulin à huile Hugues sur un plan de 1908. Pas d'échelle d'origine.]
D'après E. Bégou (2016), la scierie appartenait au début du 20e siècle à Raymond Hugues. Quand l'établissement cesse de fonctionner dans le courant des années 1950, il est détenu par Raymond Hugues. Dès la fin des années 1930, une autre scierie avait été installée plus haut le long de la R. N. 94 (actuelle R. D. 994), au quartier de la Boule d'Or : abandonnant la force hydraulique, ce nouvel établissement est alimenté en électricité par une micro-centrale hydroélectrique (voir dossier IA05001086).
Aujourd'hui, le bâtiment du moulin à huile sert d’habitation et la scierie est à l'état d'abandon. Deux petites meules volantes de l'ancien moulin à huile sont remployées comme support d'un escalier dans le bâtiment voisin du moulin à farine (voir dossier IA05001088).
II. Description architecturale
Ce moulin est situé en contrebas du bourg de Rosans, le long de la R.D. 25 qui mène à Montferrand-la-Fare (Drôme). Installé en rive gauche du torrent de l'Estang, il est placé à l'amont immédiat d'une cascade enjambée par le pont, mais se trouve au pied d'une rupture de pente mineure sur la cours d'eau qui permettait un débit d'eau suffisant pour actionner son mécanisme.
Il est composé d'un bâtiment principal, installé le long du cours d'eau, qui est le plus ancien et où se trouvent le moulin à huile et l'habitation. Le bâtiment de la scierie, plus récent est implanté au-dessus du torrent, qu'il enjambe.
Localisation sur le plan IGN de 2024. Echelle d'origine 1/5 000e.
Plan de masse, d'après le cadastre de 2024 (section 000E). Echelle d'origine 1/500e.
Vue d'ensemble prise de l'ouest.
II.1. Bâtiment principal
Le bâtiment principal, adossé à la pente sur son côté oriental au pied de la dépendance agricole d'une ferme mitoyenne, comporte deux étages de soubassement et un étage carré. Il n'a pas été visité mais la chambre de la roue (très vraisemblablement horizontale) paraît occuper la partie nord du premier étage de soubassement. On distingue l'ouverture cintrée de son canal de fuite au premier niveau de l'élévation ouest.
Le bâtiment est construit en maçonnerie de moellons calcaires et de grès, les encadrements des fenêtres disposent d'appuis saillants. Les élévations reçoivent un enduit à la tyrolienne. Le toit à pan est couvert en plaques ondulées de fibro-ciment.
Vue d'ensemble prise du sud.
Bâtiment principal. Elévation ouest.
Bâtiment principal. Elévation ouest, partie nord.
Bâtiment principal. Elévation ouest, premier niveau. Ouverture du canal de fuite.
II.2. Bâtiment de la scierie
Le bâtiment de la scierie, édifié au-dessus du lit du torrent de l'Estang qu'il couvre d'une voûte, comporte un étage de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé. L'étage de soubassement est occupé par les systèmes de transmission : courroies, roues en bois et en métal. Au rez-de-chaussée surélevé se trouve l'atelier, avec son banc de coupe et quelques autres machines et établis. L'énergie mécanique était peut-être prise sur l'axe de la roue du moulin à huile.
Le bâtiment est construit en maçonnerie de moellons calcaires et de grès, les élévations reçoivent un enduit au ciment. Les sols sont des planchers sur solives. La charpente à ferme avec poinçon supporte le toit à longs pans. La couverture en tuiles creuses posées sur des chevrons taillés en quartons.
Batiment de la scierie. Elévation sud.
Bâtiment de la scierie. Elévation nord.
Bâtiment de la scierie. Couvrement du torrent de l'Estang, vue prise du sud-est.
Bâtiment de la scierie. Etage de soubassement, salle des courroies. Vue de volume prise du sud.
Bâtiment de la scierie. Etage de soubassement, salle des courroies. Détail.
Bâtiment de la scierie. Rez-de-chaussée surélevé, atelier. Vue de volume prise du nord.