I. Commentaire historique
Avant la modification de la place de Rosans au tout début du 19e siècle, liée au percement de l'actuelle R. D. 25, l'ancien lavoir se trouvait sur cette place, en contrebas du départ du chemin de l'Estang. Ce lavoir est dessiné sur le plan du projet de place publique dressé en 1805 par l'ingénieur départemental A. Magdelaine, également concepteur de la fontaine dite Fontaine Ladoucette (voir dossier IA05001633). Un premier projet de construction d'un nouveau lavoir apparaît cette même année.
I.1. Un premier projet ambitieux : 1806
Le 7 frimaire de l'An 14 (28 novembre 1805), le conseil municipal, qui souhaite établir un nouveau « lavoir public pour le blanchissage du linge des habitants », ouvre à cette fin un registre de souscription volontaire. L'édifice, qui doit être installé au pied du mur de soutènement de la nouvelle place, sera enterré et couvert par une voûte. La terrasse aménagée au-dessus permettra de prolonger d'autant le sol de cette place. Le projet, rédigé par le maire et notaire François-Louis Montlahuc le 20 février 1806, justifie cette implantation « hors la place Ladoucette afin de ne point toucher à sa symétrie ».
La pièce enterrée, appelée « chambre », sera couverte par une voûte en plein cintre (hauteur : 10 pieds et 6 pouces de à la flèche intérieure). L'accès se fera uniquement par deux grandes ouvertures cintrées, placées côte à côte, dont le dessin est joint au projet. Le sol au dessus de la voûte, prolongement de la place Ladoucette, recevra un pavage en pierres de taille liées au mortier et scellées sur un lit de terre glaise. Un bassin en pierre de taille (longueur : 14 pieds ; largeur : 7 pieds ; profondeur : 18 pouces) sera placé au centre de la « chambre » et entouré d'une plate-forme (« genouillère »). L'eau arrivera de la fontaine Ladoucette par un « aqueduc souterrain ».
[Projet du lavoir enterré de Rosans : double porte d'entrée, février 1806.]
Toutefois, en mai 1806, l'ingénieur d'arrondissement Janson Desfontaine liste les inconvénients du projet : contraintes et coûts d'une construction enterrée, risque de déchaussement par les racines des arbres qui doivent être plantés sur la place, obscurité et froid du local projeté avec des risques de chaud-froid pour les travailleuses, etc. Il propose d'établir le lavoir non sous la place, mais plus simplement à son pied en s'adossant au mur de soutènement.
I.2. Un second projet plus modeste : 1806
En septembre 1806, un nouveau projet est établi par le maire Montlahuc. Le lavoir sera couvert par un toit soutenu par quatre piliers « pour mettre les lavandières à l'abry de la pluye » et l'ensemble édifié « le plus harmoniquement possible » (sic). Un plan et un dessin d'élévation illustrent ce projet : l'unique bassin rectangulaire est couvert par un toit en pavillon reposant sur quatre piliers. Il est proposé d'adjuger ces travaux à l'entrepreneur gapençais François Saulnier qui est en train de terminer la construction de la Fontaine Ladoucette.
Le devis pour la construction d'un « lavoir public a exécuter sous la place Ladoucette » est signé le 21 décembre 1806. Le bassin, qui fera 5 mètres de longueur pour 2,5 mètres de largeur, sera entouré d'une « banquette en pierre taillée servant de genouillère ». Les pierres devront être assemblées avec des « crampons en fer scellés avec du souffre fondu ». Le fond du bassin sera composé de six à huit dalles au maximum. Deux piliers en pierre de taille, avec socles et chapiteaux, seront élevés pour supporter la charpente du toit qui reposera, côté mur de soutènement, sur deux « éperons ». La couverture est prévue en « briques peintes ou tuiles ». La commune fournira au maçon les matériaux (pierres, sable, chaux, etc.) et les acheminera sur le chantier. Mais c'est le maçon qui devra extraire et tailler les pierres de taille.
[Projet de lavoir public : plan, coupe et élévation, septembre 1806.]
Le chantier est confié à l'entrepreneur Bagatty. En mai 1808, celui-ci réclame le paiement des surcoûts liés aux difficultés d'extraction et de taille des pierres, sous-estimées dans le devis initial.
I.3. Le projet de couverture : 1890
Le 31 août 1890, l'agent voyer cantonal Faure établi un projet relatif à la construction d'un nouveau lavoir à la Catalane (non réalisé) et à la couverture des deux lavoirs existants, celui « de la Grand Place » et celui « de la Placette » situé au Tricot (voir dossier IA05001637). Il précise que le bourg de Rosans ne dispose d'aucun lavoir couvert. Ses dessins (plan et coupe) figurent un bassin installé immédiatement au pied du mur de soutènement de la place Ladoucette, ce qui suggère que le projet de 1806 a finalement été réalisé a minima.
Le projet de couverture prévoit la construction de deux piliers en brique, reliés à leur sommet par une poutrelle métallique, pour soutenir la charpente à chevrons d'un toit en appentis. Celui-ci doit être couvert en « tôle galvanisée ». L'installation inclus la mise en place d'un pavage autour du bassin et la pose de dix « poteaux d'étendage » destinés à suspendre le linge. Le coût total est de 172 francs et le projet est approuvé par le préfet en mars 1892.
[Projet de couverture du Lavoir de la Place : plan, 1890.]
[Projet de couverture du Lavoir de la Place : coupe, 1890.]
I.4. La reconstruction totale : 1892
Le temps de décider de la couverture du bassin existant, un projet plus ambitieux est apparu. Etabli le 20 mars 1892 par le même agent voyer cantonal Faure (qui signe Faure-Vages), il prévoit la construction du lavoir actuel, avec un nouveau bassin abrité sous un édifice couvert en berceau. Le pignon oriental demeure entièrement ouvert alors qu'une porte flanquée de deux fenêtres est prévue du côté sud. Des dessins sur calque (plan, coupe et élévations) accompagnent le projet. Le coût total est estimé à 1 000 francs et le projet est rapidement approuvé par le préfet, en mai 1892.
Le marché de gré à gré est signé le 22 mai 1892 avec Casimir Barre et Pierre Gaud, entrepreneurs de travaux publics demeurant à Rosans, pour la somme de 1 924 francs. Les travaux sont complètement terminés en juin 1893.
[Pojet du nouveau Lavoir de la Place : plan, 1892.]
[Projet du nouveau Lavoir de la Place : élévation est, 1892.]
[Projet du nouveau Lavoir de la Place : coupe, 1892.]
I.5. Le lavoir dans le cadastre : 1839-1914
Sur le plan cadastral de 1839, cet emplacement est occupé par une parcelle de 75 mètres carrés (1839 F1 149), désignée comme un terrain « vacant » appartenant à la commune de Rosans. Curieusement, après la mise à jour de 1914, les matrices mentionnent toujours la parcelle comme « vacant » dans les biens communaux.
Plan de situation, d'après le cadastre de 1839 (section F1). Echelle d'origine 1/1 000e.
II. Description architecturale
Ce lavoir est situé immédiatement en contrebas de la place de l'Abbé-Bicais, en haut de la Grande Rue. Il est abrité par une construction maçonnée, mêlant moellons de grès et de calcaire, dont l'élévation sud est talutée. L'ensemble est couvert par une voûte en berceau plein-cintre, enduite. Au-dessus, se développe une terrasse dans le prolongement de la place de l'Abbé-Bicais.
Vue aérienne de situation : le lavoir est au centre du cliché.
Vue d'ensemble prise du sud-est.
Côté est, la construction est ouverte par une grande arcade en arc plein-cintre dont les piédroits (grandes pierres de taille calcaire bouchardées, en remploi ?) sont surmontés d'entablements moulurés de même nature. Les claveaux, extradossés, sont en pierre de taille de grès brochées.
Côté sud, une porte piétonne possède un couvrement en plein cintre en moellons clavés ; deux gonds témoignent de la présence d'une menuiserie disparue. Cette porte est flanquée de deux jours, également cintrés. A la base de l'élévation sud, on observe un bloc de pierre de taille calcaire remployé, portant les chiffres gravés « CVII ». Incomplète, l'origine de cette inscription est inconnue : lapidaire antique ?, bloc provenant de l'ancienne église Notre-Dame la Blanche ?, élément funéraire de l'ancien cimetière ?.
Dans le mur nord, une petite porte avec encadrement en pierre de taille calcaire et vantail en fer donne accès à la galerie d'amenée d'eau, coffrée en berceau segmentaire.
Vue d'ensemble prise de l'est.
Bassin, vue d'ensemble.
Mur nord, élément lapidaire en pierre de taille calcaire, en remploi, avec chiffres romains gravés (CVII).
Galerie d'amenée, vue de volume.
Le bassin, séparé en deux parties (lavage et rinçage), est construit en pierre de taille calcaire bouchardées sauf à l'extrémité orientale où il s'agit de pierre de taille de grès. Ces éléments sont assemblés sans agrafes. La borne d'eau qui alimente ce bassin est en pierre de taille de grès ; la conduite et le canon sont en tubes PVC. Une barre de séchage en bois, est suspendue au-dessus du bassin grâce à des suspentes en ferronnerie fixées sur deux traverses métalliques scellées dans la voûte.
Bassin, vue d'ensemble.
Support en ferronnerie de la barre de séchage.
Entrepreneur et maçon actif à Rosans (Hautes-Alpes) dans les années 1800.