• inventaire topographique, Inventaire du parc naturel régional des Baronnies provençales
Ensemble agricole seigneurial, puis maisons, presbytère, école et auberge, puis maisons et hôtel de voyageurs, puis maisons, bureau postal et poterie, dit Le Grangeon
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
  • (c) Parc naturel régional des Baronnies Provençales

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Parc naturel régional des Baronnies provençales - Serres
  • Commune Rosans
  • Cadastre 1839 F5 35, 36, 38  ; 1984 F1 52, 53, 55, 56  ; 2020 000F 52, 53, 55, 56
  • Dénominations
    entrepôt agricole, maison, presbytère, école, auberge, hôtel de voyageurs, bureau de poste, poterie
  • Appellations
    Le Grangeon
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante
  • Parties constituantes non étudiées
    étable, remise, cellier, resserre, fenil, glacière, aire à battre, boucherie

I. Le Grangeon à l'époque Moderne

I.1. Avant Le Grangeon, au 16e siècle

La tradition historique veut que la construction de cette dépendance agricole ait été ordonnée par Jean de Bonne de Lesdiguières, après son achat de l'ancienne coseigneurie des Rosans-Alauson dans le milieu des années 1570. C'est notamment ce qu’affirme J. Roman (1888) : « Lesdiguières s'était fait construire à la fin du XVIe siècle de vastes écuries hors du bourg ; on les nomme maintenant le Grangeon ». Si un bâtiment agricole seigneurial semble bel et bien exister dès la fin du 16e siècle, et peut-être même avant, il ne s'agit alors pas encore de l'actuelle vaste construction agricole. Cet édifice fait partie des biens coseigneuriaux rachetés le 1er mai 1600 (AD05 J 1787) par Jean-Antoine d'Yze, ancien capitaine de Lesdiguières. Biens qu'il complètera en 1609 par l'achat de l'autre coseigneurie rosanaise, celle des Morges (AD26 2 E 1248).

I.2. Avant Le Grangeon, au début du 17e siècle

On sait par l'inventaire dressé en 1613 (AD05 J 1787) après le décès de Jean-Antoine d'Yze, qu'un bâtiment est localisé « oultre et par dessus le susdit chateau ». Il est décrit comme « une escuierie avec ung jardin pré et terres joincts ensamble assis au terroir dudit Rozans appellé au Jardin et à Puygranier contenant ledit pré troys seytimes et ladite terre six charges semance ou environ touchant au levant le chamin pubic et aussi du midi et terre de Jehan Faure et de Jehan Alméras et de Jaumes Laget au couchant et ses autres confronts ». Le jardin en question est celui qui s'étendait au nord du château (voir dossier IA05001554), remplacé depuis par la place, la route et le boulodrome. Il s'agit alors manifestement d'un édifice assez modeste qui n'est pas encore appelé Le Grangeon, sa fonction première étant de servir d'étable. A cette époque, la principale dépendance agricole du château se trouve dans un bâtiment qui est flanqué à l'ouest du bâtiment d'habitation.

Il faut peut-être rattacher le futur bâtiment du Grangeon à « l'estable dudit sieur scavoir au plaine appellé le jas des brebis », qui est citée en 1605 (AD05 1 E 2078). A cette date, il est question que des plâtriers partitionnent cette étable avec des cloisons désignées comme « bugel en gipperye » (en provençal, un buget est une cloison) pour y créer des stalles : une soue à cochon disposant d'une baie d'auge avec volet extérieur (« fenestre avec son balhyer par dehors »), un clapier pour les lapins et un réduit pour les chèvres. Mais ce jas était peut-être situé ailleurs sur le vaste domaine seigneurial.

I.3. Le Grangeon : une nouvelle construction de la seconde moitié du 17e siècle

La modeste étable citée au début du 17e siècle est largement agrandie dans la seconde moitié du même siècle. Ce chantier est peut-être contemporain de celui du bâtiment d'habitation du château : surélévation et extension, façades enduites avec un décor de faux appareil façonné. La nouvelle grande dépendance agricole est séparée du château par le jardin seigneurial, que l'on devait pouvoir traverser afin de rejoindre une petite porte fortifiée, privée et seigneuriale (disparue depuis le 18e siècle), qui permettait un accès direct à la basse-cour intra muros.

I.4. Le Grangeon dans le cadastre de 1699

Le bâtiment est appelé pour la première fois « le Granjon » dans le cadastre par confronts de 1699 (AD05 3 E 6470). Il est décrit comme une « écurie, basse-cour, here dans laquelle il y a deux glacières, ténement de pré, jardin ». La présence de deux glacières (aménagées sous l'aire à battre ?) atteste de la production de glace sur le site, très certainement réalisée par entassement hivernal de neige. Deux petites pièces voûtées en plein-cintre, aujourd'hui situées au fond de l'atelier de poterie, pourraient peut-être correspondre à ces glacières. Au sud du Grangeon et à l'ouest du château, un grand pré seigneurial est nommé le « Pré de la Cour ».

I.5. Le Grangeon dans l'inventaire de 1703

L'inventaire de 1703 (Archives communales de Rosans), dressé après le décès de François d'Yze, mentionne bien une « escuirie appellée le Granjon avec sa basse court hiere et jardin y joignant dans laquelle il y a une glassiere ». Le bâtiment est accompagné d'un « tenemant de pré et terre tout joint ensemble ledict pré contenant environ douze charges et en jardin une eymine et demy en tout environ douze charges la charge compozant cin eymines mesure dudict Rozans ».

I.6. Une extension vers le milieu du 18e siècle ?

Le bâtiment a peut-être été encore agrandi vers l'ouest aux alentours du milieu du 18e siècle, comme semble le suggérer la présence d'une grande porte charretière en plein cintre visible sur la façade nord de cette partie. Une forme que l'on retrouve fréquemment dans la vallée du Buëch et l'est des Baronnies provençales à cette période et, plus localement, dans l'ancienne ferme seigneuriale de l'Ecu de France située au pied du bourg de Rosans (voir dossier IA05001589).

Elévation nord, partie centre-ouest avec la porte charretière en plein-cintre.Elévation nord, partie centre-ouest avec la porte charretière en plein-cintre.

I.7. Le Grangeon à la Révolution

Des émeutes ont lieu en 1798 devant Le Grangeon. Cette année est celle de la vente du domaine seigneurial par le dernier descendant de la famille d'Yze, Claude-Arthus, à Paul Motte et à son gendre Barthélemy Boisset (E. Bégou, 2016). Si Paul Motte conserve le moulin du Pont, qu'il fait rebâtir en 1802 (voir dossier IA05001088), les nouveaux propriétaires partitionnent d'autres ensembles fonciers, comme le château, ou les revendent. C'est par exemple le cas de la ferme de La Rose dès 1799 (voir dossier IA05001612). Le Grangeon est manifestement lui aussi divisé et revendu.

II. Le Grangeon à l'époque Contemporaine

II.1. Le Grangeon dans le cadastre de 1839

Dans le cadastre de 1839 (AD05 3 P 1239, 1240), ce quartier demeure appelé « le Grangeon » et l'ancien grand pré seigneurial du « Pré de la Cour », désormais appelé le « Grand Pré », a été loti et divisé en plusieurs prés de fauche et de terres arrosables. Quant à l'ancien bâtiment agricole, il est divisé en trois parcelles inégales : deux mentionnées comme « écurie et cour » (F5 35 et 38), la troisième comme une « maison et cour » (F5 36). Chacune est associée à une portion d'« aire » à battre mitoyenne au nord.

Plan de masse et de situation, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e.Plan de masse et de situation, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e. Plan de masse, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e.Plan de masse, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e.

La parcelle la plus grande occupe la moitié orientale du bâtiment (1839 F5 35), associée à l'aire à battre (1839 F5 34). Elle est partagée entre Gaspard-Guillaume-Abel Meyer et Ferdinand Urtin, les deux étant « receveurs de l'enregistrement ». Le premier en possède les deux tiers orientaux (soit 447 mètres carrés pour l'aire et 407 mètres carrés pour le bâtiment et la cour) et le second le reste (soit 223 mètres carrés pour l'aire et 203 mètres carrés pour le bâti et la cour). On note que Gaspard Meyer possède également une partie du bâtiment d'habitation du château et de sa cour.

La partie centrale (1839 F5 36 + aire à battre 1839 F5 37), désignée comme « maison », appartient à Jean-François Fériaud. Avec sa cour son emprise au sol est de 300 mètres carrés, l'aire associée de 190 mètres carrés. La maison est imposée dans la 2e classe fiscale, indiquant un bon état sanitaire, et comporte 7 ouvertures imposables. Ce propriétaire possède également une ferme au Serre d'Enfaure.

La partie occidentale (1839 F5 38 + aire à battre 1839 F5 39) est la propriété de Benoît-Saturnin Joubert. La superficie au sol du bâti et de la cour est de 200 mètres carrés, celle de l'aire de 300 mètres carrés. Benoît Joubert possède aussi une partie de la dépendance agricole adjacente au château et de sa cour.

Répartition foncière, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e.Répartition foncière, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e. Nature des parcelles, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e.Nature des parcelles, d'après le cadastre de 1839 (sections F1 et F5). Echelle d'origine 1/1 000e.

Ces données permettent de définir les superficies de l'ensemble seigneurial. Ainsi, l'aire à battre totalisait 670 mètres carrés, alors que le bâtiment et sa cour s'étendaient au sol sur 1 110 mètres carrés. On remarque que le cadastre ne fait aucune mention des glacières.

II.2. Le Grangeon au 19e siècle et au 20e siècle

Les parts de Fériaud et de Joubert ont conservé leur configuration jusqu'à aujourd'hui, restant toujours associées à leur aire à battre respective, avec néanmoins quelques réaménagements ou extensions récentes.

En revanche, la partie orientale possédée par Meyer et Urtin va connaître une évolution notable à partir du début des années 1860 et jusqu'aux années 1910. Dès 1842, elle passe à Théodore Correard, avocat à Grenoble et gendre de l'un des deux acquéreurs post-révolutionnaires du domaine seigneurial. Cette même année, il reprend également les biens d'Adrien Donnat, à la Coste. Il devient alors le plus grand propriétaire terrien de la commune et va progressivement regrouper dans sa main la totalité de l'ancien château.

II.2.1. La cure et presbytère

Toutefois, Théodore Correard concède en 1859 au curé Jean-François Richier les deux tiers de l'écurie, de la cour et de l'ancienne aire à battre du receveur Urtin. Dès 1862, le curé déclare une « construction nouvelle » sur sa parcelle 1839 F5 35P : une maison de 10 ouvertures, déclarée non imposable. Il s'agit d'une cure, aménagée sur les deux derniers niveaux du bâtiment : second étage de soubassement et rez-de-chaussée (actuelle salle communale). Le premier étage de soubassement est conservé comme écurie (actuel atelier de poterie). Parallèlement, en 1862 et en 1865, le curé Richier acquiert du même Corréard deux morceaux de 512 mètres carrés chacun, issus du découpage de l'ancien grand pré seigneurial situé au pied ouest du château.

Après son décès, les biens du curé reviennent à Jacques, maire de Saint-Julien-en-Beauchêne, qui les cède en 1871 à la commune de Rosans : maison, écurie, aire et les deux prés. Lors des révisions cadastrales de 1905 et 1908, la maison est désignée comme « maison presbytère » (parcelle 1839 F5 35P, 136 mètres carrés) alors que les terrains sont appelés « jardin du presbytaire » (1839 F5 0018P, 1024 mètres carrés ; actuel terrain de boules) et « l'aire du presbytaire » (1839 F5 34P, 149 mètres carrés ; actuel parking).

II.2.2. L'école

D'après J. Roman (1888), l'une des parties du Grangeon servait d'école dans les années 1880 : elle était probablement installée dans l'ancien appartement du curé récupéré par la commune en 1871 (voir chapitre précédent).

En juillet 1894, dix ans après avoir dressé un projet de transformation du château de Rosans en école communale (voir dossier IA05001554, chapitre V.4.), l'architecte départemental L. Chaudier établit un nouveau projet pour la « construction d'une maison d'école » à édifier sur les anciennes aires à battre du Grangeon (voir dossier IA05001821). Validé par le conseil municipal en décembre 1898, le projet est abandonné notamment parce que les sondages réalisés laissaient craindre un sous-sol trop instable et argileux pour sa pérennité. Il faut attendre 1901 pour que le bâtiment de l'actuelle école soit édifié ex nihilo au quartier du Verger (voir dossier IA05001654).

II.2.3. L'auberge, puis hôtel de voyageurs et bureau de poste

En 1866, Edouard Bégou, gendre Givaudan et « marchand de pommes », achète le tiers restant de la part Urbin, soit une portion orientale du bâtiment : une écurie et son bout de cour du côté sud (1839 F5 35P, 67 mètres carrés), l'aire à battre du côté nord (1839 F5 34P, 74 mètres carrés). Il acquiert peu après le rez-de-chaussée de l'extrémité orientale du bâtiment (1839 F5 35P, 136 mètres carrés), sur laquelle il déclare en 1870 la construction d'une « maison auberge » dotée de 10 ouvertures imposables.

Dix ans plus tard, en 1880, une nouvelle petite maison supplémentaire est inscrite à la matrice cadastrale : peut-être la partie accolée à la façade nord. En 1891, la propriété d'Edouard Bégou passe à son fils homonyme. L'aire à battre est agrandie en 1893, grâce à l’acquisition d'une partie de l'aire héritée par René Corréard, petit-fils de Théodore.

En 1914, Edouard Bégou fils termine le rachat de l'ancienne propriété Corréard dans ce bâtiment. Des réaménagements et travaux sont alors réalisés afin de créer un hôtel de voyageurs, dont la cérémonie d'inauguration est annulée par la déclaration de guerre, en août 1914 (E. Bégou, 2016). A partir de 1933, les locaux accueillent un bureau de poste.

II.2.4. La boucherie, puis bourrellerie

En 1883, une nouvelle construction est déclarée par Edouard Bégou comme « boucherie » (parcelle 1839 F5 35P, 2 ouvertures). Il s'agit sans doute du petit bâtiment indépendant édifié en bordure de la place, qui remploie dans son oculus une colonnette monolithe (originelle de l'église Notre-Dame-la-Blanche ?). A partir de 1891, la boucherie est mentionnée comme une « bourrellerie ».

III. Le Grangeon aujourd'hui

L'aspect actuel du bâtiment est le résultat des modifications apportées après sa division post-révolutionnaire, au cours du 19e siècle et du 20e siècle. Il est complété par une petite construction disjointe ajoutée à la fin du 19e siècle.

III.1. Le bâtiment de l'ancienne dépendance agricole seigneuriale

Le bâtiment de plan rectangulaire est orienté sud-est nord-ouest et adossé perpendiculairement au sens de la pente. Il est divisé en quatre parties : est (parcelle 2020 000F 56), centre-est (parcelle 2020 000F 55), centre-ouest (parcelle 2020 000F 53) et ouest (parcelle 2020 000F 52). Deux adjonctions sont adossées sur la façade nord (parties est et ouest).

Plan de masse et de situation, d'après le cadastre de 2022 (section 000F). Echelle d'origine 1/500e.Plan de masse et de situation, d'après le cadastre de 2022 (section 000F). Echelle d'origine 1/500e. Plan de masse, d'après le cadastre de 2022 (section 000F). Echelle d'origine 1/500e.Plan de masse, d'après le cadastre de 2022 (section 000F). Echelle d'origine 1/500e. Vue d'ensemble prise du sud-est.Vue d'ensemble prise du sud-est.

La partie est (ancienne auberge puis hôtel de voyageurs) comporte un étage de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré. L'étage de soubassement est occupé d'une part par une vaste remise-étable, couverte par deux travées d'une voûte d'arêtes retombant sur deux piliers latéraux en pierre de taille de grès. Des mangeoires sur banquettes maçonnées sont adossées aux murs est et ouest. Elles conservent partiellement leurs râteliers en bois, surmontés de trappes d'abat-foin percées dans l'épaisseur de la voûte. L'autre partie de cet étage de soubassement correspond à une longue pièce voûtée en berceau segmentaire coffré, sans doute anciennement à usage de cellier et de resserre. Le bureau de poste, qui occupe partiellement le rez-de-chaussée surélevé, est desservi depuis la place publique par un large escalier de distribution extérieur maçonné. Dans l'une des pièces de logis de ce rez-de-chaussée surélevé, une cheminée conserve sont habillage en marbre blanc, avec une sole en carreaux de ciment colorés entourés d'un tapis en marbre blanc et rouge. Des balcons récents courent sur les élévations sud et est.

Vue d'ensemble prise de l'est.Vue d'ensemble prise de l'est. Etage de soubassement, partie est. Remise-étable, vue de volume prise du sud.Etage de soubassement, partie est. Remise-étable, vue de volume prise du sud. Rez-de-chaussée surélevé, partie est. Cheminée.Rez-de-chaussée surélevé, partie est. Cheminée.

Tout le reste du bâtiment comporte deux étages de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé. Le premier étage de soubassement correspond aux anciennes étables et écuries seigneuriales, couvertes par des plafonds sur solives reposant sur de fortes poutres ancrées dans des piles de fond maçonnées – certains plafonds ont été remplacés par des voûtains en briques et poutrelles métalliques. Le premier étage de soubassement de la partie centre-est est désormais occupé par un atelier de poterie et son espace de vente. C'est là que l'on trouve deux petites pièces voûtées en plein cintre qui correspondent peut-être aux glacières citées en 1699 et 1703. Ailleurs, il sert de remise et/ou de resserre. Le second étage de soubassement et le rez-de-chaussée surélevé, anciennement à usage de fenil, sont transformés en habitation, sauf dans la partie centre-est où ce rez-de-chaussée est occupé par une salle communale.

Etage de soubassement, partie centre-est. Glacière (?), vue de volume prise du sud.Etage de soubassement, partie centre-est. Glacière (?), vue de volume prise du sud.

Le bâtiment est construit en maçonnerie de moellons de grès, ponctuellement complétés par des blocs calcaires. Selon les parties, les élévations reçoivent un enduit à la tyrolienne avec décor peint de fausse chaîne d'angle harpée, un enduit lisse au ciment ou un enduit à pierres vues récent. Un élément lapidaire médiéval en pierre de taille de grès est remployé au deuxième niveau de la façade sud (partie centre-ouest) : il s'agit d'un tailloir de chapiteau sculpté en bas-relief d'un visage d'ursidé.

Elévation sud, partie ouest.Elévation sud, partie ouest. Elévation sud, partie centre-ouest.Elévation sud, partie centre-ouest. Elévation sud, partie centre-ouest. Deuxième niveau, élément lapidaire remployé.Elévation sud, partie centre-ouest. Deuxième niveau, élément lapidaire remployé. Elévation sud, partie centre-est.Elévation sud, partie centre-est.

Les encadrements sont en pierre de taille de grès. Dans la partie est, la remise-étable de l'étage de soubassement est accessible par une porte charretière couverte par un arc segmentaire. Dans la partie centre-ouest, la façade nord conserve une grande porte charretière en plein-cintre qui donnait accès au fenil. Les autres portes piétonnes et fenêtres disposent d'un linteau droit monolithe. Dans la partie centre-ouest, les encadrements sont en brique pleine avec un couvrement en plate-bande segmentaire ; on note l'existence d'un oculus en losange. Des terrasses maçonnées sont adossées au premier niveau de la façade sud. Bâties sur de petites voûtées en berceaux, elles sont accessibles par des escaliers maçonnés, droits, en équerre ou à retour.

Elévation sud, partie centre-ouest. Troisième niveau, jour du fenil-séchoir.Elévation sud, partie centre-ouest. Troisième niveau, jour du fenil-séchoir.

Le toit à longs pans est couvert en plaques ondulées de fibrociment recevant des tuiles creuses. L'avant-toit et la saillie de rive sont traités avec deux rangs de génoise intégrant deux rangées de carreaux en terre cuite. L'une des souches de cheminée est en brique pleine.

Elévation sud, avant-toit constitué de deux rangs de génoise alternant avec rangs de carreaux en terre cuite.Elévation sud, avant-toit constitué de deux rangs de génoise alternant avec rangs de carreaux en terre cuite. Souche de cheminée.Souche de cheminée.

Devant la façade sud, l'ancienne cour est bordée par un muret maçonné. Devant la façade nord, l'ancienne aire à battre seigneuriale est divisée en jardins clos par des haies ou des murets, ou en parking devant la salle communale (partie centre-est).

Elévation nord, partie centre-est.Elévation nord, partie centre-est.

III.2. Le bâtiment de l'ancienne boucherie, puis bourrellerie

Une petite construction disjointe, de type cabanon urbain, est installée à une dizaine de mètres de l'angle sud-est du bâtiment principal, bordant la place de la fontaine. Il comporte un étage de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et un étage de comble. L'étage de soubassement correspond vraisemblablement à la boucherie mentionnée en 1883, remplacée par une bourrellerie en 1891.

Bâtiment de la boucherie. Vue d'ensemble prise du sud-est.Bâtiment de la boucherie. Vue d'ensemble prise du sud-est. Bâtiment de la boucherie. Vue d'ensemble prise du nord-est.Bâtiment de la boucherie. Vue d'ensemble prise du nord-est.

Les élévations du bâtiment reçoivent un enduit rustique avec décor saillant de faux encadrements et de fausses chaînes d'angles harpées, façonné au mortier et lissé. Un élément lapidaire médiéval en pierre de taille de grès est remployé à la base de l'oculus de l'étage de comble : il s'agit d'un bloc monolithe dans lequel est sculptée en bas-relief une colonnette à base moulurée et chapiteau orné de feuilles d'acanthe. Le toit à longs pans est couvert en tuile creuse. L'avant-toit et la saillie de rive sont réalisés avec deux rangs de génoise.

Bâtiment de la boucherie. Pignon est, troisième niveau. Oculus et bloc lapidaire en remploi.Bâtiment de la boucherie. Pignon est, troisième niveau. Oculus et bloc lapidaire en remploi. Bâtiment de la boucherie. Pignon est, troisième niveau. Bloc lapidaire en remploi.Bâtiment de la boucherie. Pignon est, troisième niveau. Bloc lapidaire en remploi.

L'origine de ce bâtiment remonte sans doute au moins depuis la fin du 16e siècle. Une petite dépendance seigneuriale à usage d'étable est en tout cas attestée à cet emplacement en 1613.

Dans la seconde moitié du 17e siècle, un nouveau bâtiment plus grand est construit, qui correspond vraisemblablement à la moitié est du bâtiment actuel. Le nouvel édifice est appelé pour la première fois Le Grangeon dans le cadastre de 1699 ; il abrite alors deux glacières. Celles-ci sont de nouveau citées en 1703.

L'édifice paraît être agrandi du côté ouest vers le milieu du 18e siècle. Ses dispositions et volumes actuels datent de cette époque : deux étages de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé adossés perpendiculairement au pied d'une vaste aire à battre qui se développe côté nord.

Loti et divisé après son rachat en 1798 auprès de l'ancien seigneur d'Yze, le bâtiment perd peu à peu sa vocation agricole. Une maison y est déjà mentionnée dans le cadastre de 1839. La seconde moitié du 19e siècle voit d'autres parties des anciennes fenières être transformées en habitation. Le curé y aménage sa cure dans les années 1860, qui sert d'école dans les années 1880. L'extrémité orientale est convertie en auberge en 1870. Une nouvelle petite construction disjointe ajoutée en 1883 accueille une boucherie puis une bourrellerie. L'auberge cède la place à un hôtel de voyageurs en 1914 et le bureau de poste s'installe en 1933.

  • Période(s)
    • Principale : 16e siècle , (incertitude)
    • Secondaire : 1ère moitié 17e siècle , daté par source
    • Principale : 2e moitié 17e siècle
    • Principale : milieu 18e siècle
    • Secondaire : 1er quart 19e siècle
    • Secondaire : 3e quart 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 4e quart 19e siècle , daté par source
    • Principale : 1er quart 20e siècle , daté par travaux historiques
    • Secondaire : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
    • Secondaire : 2e moitié 20e siècle
  • Dates
    • 1605, daté par source
    • 1862, daté par source
    • 1870, daté par source
    • 1883, daté par source
    • 1891, daté par source
    • 1914, daté par travaux historiques
    • 1933, daté par travaux historiques

Le bâtiment, de plan rectangulaire, est adossé perpendiculairement au sens de la pente. Il est divisé en quatre parties : est, centre-est, centre-ouest et ouest. La partie est (ancienne auberge puis hôtel de voyageurs) comporte un étage de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré. L'étage de soubassement est occupé par une remise-étable couverte par une voûte d'arêtes sur piliers latéraux et par un cellier-resserre voûté en berceau segmentaire. Le reste du bâtiment comporte deux étages de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé. Le premier étage de soubassement correspond aux anciennes étables et écuries seigneuriales. Elles sont couvertes par des plafonds sur solives reposant sur de fortes poutres ancrées dans des piles de fond maçonnées. On note également la présence de deux petites pièces voûtées en plein-cintre qui correspondent peut-être aux glacières citées en 1699 et 1703. Le second étage de soubassement et le rez-de-chaussée surélévé, anciennement à usage de fenil, sont transformés en habitation et salle communale (partie centre-est).

Le bâtiment est construit en maçonnerie de moellons de grès, ponctuellement complétés par des blocs calcaires. Les élévations reçoivent un enduit à la tyrolienne avec décor peint de fausse chaîne d'angle harpée, un enduit lisse au ciment ou un enduit à pierres vues récent. Un élément lapidaire médiéval en pierre de taille de grès est remployé au deuxième niveau de la façade sud : il s'agit d'un tailloir de chapiteau sculpté en bas-relief d'un visage d'ursidé. Les encadrements sont en pierre de taille de grès ou en brique pleine. Des terrasses maçonnées sont adossées au premier niveau de la façade sud, accessibles par des escaliers maçonnés, droits, en équerre ou à retour. Le toit à longs pans est couvert en plaques ondulées de fibrociment recevant des tuiles creuses.

  • Murs
    • grès moellon enduit
    • calcaire moellon
  • Toits
    tuile creuse
  • Étages
    2 étages de soubassement, rez-de-chaussée surélevé
  • Couvrements
    • voûte en berceau plein-cintre
    • voûte en berceau segmentaire
    • voûte d'arêtes
  • Couvertures
    • toit à longs pans
  • Escaliers
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit en maçonnerie
    • escalier de distribution extérieur : escalier en équerre en maçonnerie
    • escalier de distribution extérieur : escalier tournant à retours en maçonnerie
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Documents d'archives

  • [Prix-fait concernant des travaux et réparations au château de Rosans (démolition et reconstruction du rez-de-chaussée, des cheminées et de la couverture du bâtiment d'habitation) et au "Jas des Brebis".] Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1605. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2078.

    F° 2.
  • Achept de la place et jurisdiction de Rozans pour noble Jehan Anthoyne Dize dict Daurelle seigneur de Rozans, gouverneur pour le roy au chateau d’Eysilles et vallee d’Oulx. Dans les minutes de maître Creycent ARIEY, notaire à Sainte-Jalle (1582-1652), 1609. Archives départementales de la Drôme, Valence : 2 E 1248.

    F° 320.
  • Loyal inventayre et description des biens tant meubles et immeubles delayssés par ledit feu seigneur de Rozans, noble Jehan Antoine Dize dict Daurelle seigneur dudit Rozans et gouverneur pour le roy du chasteau d’Exilles et Val d’Oulx. Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1613. [cahier, papier, 41 f°.] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : J 1787.

  • Invantaire sommaire et domestique de tous les biens et esfets de noble François Dize seigneur dudict Rozans. Dans les minutes de maître Laurent BONNEMANT, notaire à Valence (1666-1713), 1703. Archives communales de Rosans, Hautes-Alpes : non coté.

  • Matrices cadastrales de la commune de Rosans, 1839-1911. [registre papier] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1241 à 3 P 1243.

    F° 42, 1885 ; f° 47, 1857, 1882, 1884 ; f° 96, 1871, 1882, 1905, 1908 ; f° 123, 1890, 1891, 1894, 1914 ; f° 170, 1839, 1857 ; f° 245, 1839, 1873, 1881 ; f° 282, 1839, 1842 ; f° 137 à 141, 1842, 1859, 1866, 1870, 1883 ; f° 243, 1883, 1894 ; f° 430, 1839, 1842 ; f° 528, 1866, 1870, 1873, 1880, 1882, 1890, 1891 ; f° 541, 1884 ; f° 653, 1859, 1862, 1864, 1865, 1871 ; f° 717, 1881, 1885 ; f° 921, 1894, 1914.
  • Etat des sections cadastrales de la commune de Rosans, 1840. [registre papier]. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1240.

  • Matrices cadastrales des propriétés bâties de la commune de Rosans, 1882-1911. [registre papier] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1244.

    F° 11, 1884 ; f° 33, 1882, 1883, 1890, 1891 ; f° 45, 1882, 1884 ; f° 236 et 240, 1890, 1891, 1900.

Bibliographie

  • BEGOU, Edouard. Rosans et le Rosannais dans l'histoire. Rosans : auto-édition, 2016.

  • ROMAN, Joseph. Tableau historique du département des Hautes-Alpes. Paris : Imprimerie Nationale, 1887-1890. 2 vol.

    P. 153-154, 269.

Documents figurés

  • Plan cadastral de la commune de Rosans. / Dessin, encre et lavis par Truchy, géomètre, 1839. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1239.

    Section F1.
Date(s) d'enquête : 2019; Date(s) de rédaction : 2020
(c) Parc naturel régional des Baronnies provençales
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Articulation des dossiers