I. Commentaire historique
Le dessin du plan cadastral de 1839 montre qu'à cette époque le chemin arrivant de Rosans sur la rive droite de l'Eygues abouti directement dans le lit de la rivière, le cours d'eau étant alors vraisemblablement franchit par un gué.
Localisation sur la carte IGN de 2024. Echelle d'origine 1/25 000e.
Emplacement du futur pont sur le plan cadastral de 1839 (section E13). Echelle d'origine 1/2 000e.
Le 31 juillet 1880, l'agent voyer d'arrondissement Agostini dresse le projet des constructions à établir sur le chemin d'intérêt commun n° 24 d'Aigues à Pomerol. Dans son rapport il rappelle que cette voie, qui relie le canton de Séderon à celui de Rosans, puis à celui de Rémuzat, a été délaissée et qu'elle est en mauvais état. Il précise que le département de la Drôme a déjà réalisé d'important travaux sur cet axe et que la remise en état de cette route côté Hautes-Alpes sera bénéfique au territoire. Toutefois, cela nécessite la construction d'un pont car la traversée de la rivière d'Eygues est difficile « pendant 9 à 10 mois de l'année ».
L'agent voyer propose donc, pour franchir ce cours d'eau, l'établissement d'un pont à trois arches de 10 mètres d'ouverture chacune. En outre, les deux rives en amont immédiat de l'ouvrage seront confortées par des digues et enrochements. Il faudra également édifier deux rampes permettant d'arriver à l'altitude du tablier. La hauteur des arches est décidée en fonction des plus hautes connues : ce niveau correspondra à la naissance des voûtes.
[Plan des lieux, 1880.]
[Elévation aval et coupes, 1880.]
Les fondations des piles et des culées seront faites en béton de chaux hydraulique et de pierres concassées. Elles devront être établies à 2 mètres de profondeur sous le niveau de l'étiage. Si l'agent voyer ne redoute pas le déchaussement de l'ouvrage par surcreusement, étant donné l'apport régulier de matériaux par le cours d'eau, il estime toutefois nécessaire d'implanter « des enceintes de pieux et palplanches autour des piles et culées » de manière à prévenir les risques d'affouillement en temps de crue.
Les piles auront une hauteur de 1,20 mètre entre le socle et le couronnement, leur parement extérieur sera en pierre de taille avec un remplissage en maçonnerie ordinaire. Les culées auront des chaînes d'angle en pierre de taille, le reste du parement en « moellons smillés ». Les voûtes des arches, bâties en pierre de taille, feront 65 centimètres d'épaisseur à la clef et seront intradossées et extradossées. Les parapets seront eux aussi en « moellons smillés ». La largeur du pont sera de 4,60 mètres entre les têtes, celle de la voie charretière sur le tablier sera de 2,60 mètres avec des trottoirs de 0,60 mètre.
Demi-plan supérieur. [1880.]
[Plans et coupe d'une pile, 1880.]
Les « digues perreyées » (aussi appelées « perrés ») seront édifiées en pierre sèche. Des enrochement seront établis à leur base pour limite les risques de déchaussement. De part et d'autre du pont, la chaussée aura 5 mètres de largeur et sera construite avec une seule couche de 15 centimètres d'épaisseur faite de « cailloux cassés » d'un diamètre compris entre 2 et 6 centimètres.
Le 8 mai 1882, le département de la Drôme vote une subvention de 14 000 francs pour ce projet, qui sera versée au département des Hautes-Alpes après achèvement de l'ouvrage. En juin 1882, les services de la Direction de l'Administration départementale et communale du ministère de l'Intérieur demandent des modifications à apporter, notamment le rétrécissement de la chaussée sur le tablier et l'exhaussement de la flèche de l'arche principale. Le projet est finalement approuvé par les services préfectoraux le 5 décembre 1882.
Le dessin de l'élévation aval du pont a manifestement été surchargé après cette validation administrative pour y ajouter les cartouches avec les inscriptions « R.F. » et « 1883 ». Portées en rouge, ces figures se superposent sur le dessin originel.
Elévation aval. [Détail, 1880.]
D'après E. Bégou (2016), ce pont a été construit par l'entrepreneur Pouchot, de Serres. Le chemin d'intérêt commun n° 24 prend plus tard le nom de chemin de grande communication n° 25, puis de route départementale n° 25.
II. Description architecturale
Ce pont permet à la R. D. 25 de franchir la rivière de l'Eygues et de relier la commune de Rosans à celle de Montferrand-la-Fare (Drôme). Cette route se prolonge côté drômois avec la R. D. 116a.
L'ouvrage est bâti en pierre de taille de grès dur d'extraction locale, de couleur jaune-vert. Il comporte trois arches en arc segmentaire retombant sur deux piles de plan ovale en moyen appareil. Les rouleaux sont à claveaux extradossés avec clef diamantée. Les intrados sont en moyen appareil. Les parements latéraux, en petit appareil allongé avec une finition smillée, sont soulignés par un bandeau saillant sur lequel repose la maçonnerie du parapet. Les longues pierres de couvrement du parapet sont bouchardées.
Vue d'ensemble prise de l'est.
Vue d'ensemble prise du nord-est.
Vue d'ensemble prise du sud-ouest.
Arche sud, intrados. Vue prise du sud.
Arche nord, rouleau amont. Clef diamantée.
Les deux piles comportent sur leurs faces amont et aval un cartouche en grès rose allogène avec une inscription sculptée en creux : date « 1883 » sur la face orientale de la pile nord et sur la face occidentale de la pile sud ; initiales « R.F. » sur la face orientale de la pile sud et sur la face occidentale de la pile nord.
Pile sud avec inscription « R.F ». Vue prise de l'est.
Pile centrale avec date portée « 1883 ». Vue prise de l'est.
Pile centrale avec date portée « 1883 ». Face est.
Architecte et agent voyer d'arrondissement à Serres (Hautes-Alpes), actif durant la seconde moitié du 19e siècle.