• inventaire topographique, Inventaire du parc naturel régional des Baronnies provençales
moulin à farine seigneurial dit Moulin de Veysselo ou Moulin dou Veyssellet, puis moulin à huile, moulin à foulon et moulin à vernis seigneurial, puis moulin à farine Motte, puis moulin à farine Mathieu, puis moulin à farine et scierie Hugues, dit Moulin du Pont
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
  • (c) Parc naturel régional des Baronnies Provençales

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Parc naturel régional des Baronnies provençales - Serres
  • Hydrographies torrent de l'Estang
  • Commune Rosans
  • Lieu-dit le Moulin
  • Adresse R. D. 25
  • Cadastre 1839 E1 88, 90  ; 2024 000E 1029, 1030
  • Dénominations
    moulin à farine, moulin à huile, moulin à foulon, scierie
  • Genre
    seigneurial
  • Précision dénomination
    moulin à vernis
  • Appellations
    Moulin de Veyssello, Moulin dou Veyssellet, Moulin du Pont
  • Parties constituantes non étudiées
    conduite forcée, réservoir, atelier

I. Commentaire historique

I.1. Le Moulin du Pont du 15e siècle au 17e siècle : un moulin à farine

A la fin du Moyen Age et au début de l'Epoque moderne, deux moulins existent déjà sur les rives du torrent de l'Estang dont les eaux fournissent la force motrice. Chacun appartenant à l'une des deux familles des coseigneurs de Rosans, celle des Rosans-Alauson (également seigneur de l'Espine) et celle des Morges ( également seigneur du Pègue).

En 1445, un moulin seigneurial appartenant à la famille des Rosans, seigneur de l'Espine et coseigneur local, est appelé « moulin de Veyssello » ou « moulin dou Veyssellet » (AD05 1 E 9758). Il s'agit manifestement du moulin étudié ici puisque, dans le cadastre par confront de 1570, on trouve mention de quelques parcelles localisées au quartier du « molin dou Veysselet » et qui confrontent le « beal de la Rebiere » (AD05 3 E 6468). D'ailleurs, en février 1572 (AD05 1 E 2052), l'acte d'arrentement des moulins du seigneur de l'Espine indique bien qu'il s'agit des « moulins dudit sieur qu'il a audit Rozans appellé au Pont ». A la même époque, le cadastre de 1570 précise que l'autre coseigneur, celui du Pègue, possède un moulin distinct situé au quartier de « l'Esclauze » (AD05 3 E 6468) – son emplacement correspond peut-être à celui d'un moulin à foulon localisé dans le cadastre de 1838 vers l'actuel pont du Fer à Cheval (parcelle 1839 E1 68, aujourd'hui ruiné).

Après la réunion des deux coseigneuries dans les mains de la famille d'Yze (en 1600 et 1609), l'inventaire des biens seigneuriaux d'octobre 1613 (AD05 J 1787) décrit le moulin du Pont comme « ung mollin a bled assis (h)ors led(it) lieu au dessoubz du pont conf(rontant) la riviere au couchant et le chemin public au dessus a la bize ».

I.2. Le Moulin du Pont à la fin du 17e siècle et au début du 18e siècle : un moulin à huile de noix

En 1673 (D. Faure-Vincent, 2019), le seigneur décide de faire transporter la meule à farine du moulin du Pont au moulin de Colombet (voir dossier IA05001090) qui, à partir de cette date et jusqu'à la Révolution, semble être le seul autorisé à moudre les céréales pour la communauté de Rosans.

Le moulin du Pont est alors converti en moulin à huile. C'est que qu'indique implicitement un arrentement de 1685 (E. Bégou, 2016) qui précise que la rente annuelle consiste notamment en 250 livres d'huile de noix et une éminée d'épeautre mondée. Cette évolution est confirmée dans le cadastre par confronts de 1699 (AD05 3 E 6470) : le moulin du Pont, qui fait partie des biens nobles du seigneur François d'Yze, est désigné comme « moulin à huile, jardin, regailles ». Ce document le localise bien à l'emplacement du bâtiment actuel, bordé à l'est par le chemin, à l'ouest par le torrent, au nord directement par le pont. Quelques années plus tard, dans l'inventaire des biens seigneuriaux d'avril 1703 (Archives communales de Rosans), on le retrouve mentionné comme « moulin a huille avec un jardin et regaillies contenant le tout deux civayers ».

I.3. Le Moulin du Pont au milieu du 18e siècle : un moulin à huile de noix, un moulin à foulon et un moulin à vernis

Grâce aux recherche de D. Faure-Vincent, on sait qu'à la fin de la première moitié du 18e siècle ce moulin à huile est accompagné d'un « foulons à drap » (cité en 1746 et en 1747), destiné à assouplir les étoffes de laine ou de chanvre.

En 1747, il est également fait mention d'un « moulin a vernis [avec] sa mulle tornante » que le seigneur vient de faire ajouter à son moulin à huile. Ce moulin à vernis a pu servir à « broyer un minerai, tel le plomb argentifère fréquent dans la région, pour obtenir le vernis servant à couvrir des céramiques » (D. Faure-Vincent, 2019), notamment les tuyaux et les tuiles vernissées mentionnées comme redevance en nature. Il est ainsi très probable que l'actuelle couverture du château de Rosans, bien que largement remaniée depuis, date de cette époque (voir dossier IA05001554). En 1749, le moulin à vernis n'est plus mentionné mais demeurent « les foulons, moulin à huile, presse, chauderon, partie de jardin et autres effets ».

I.4. Le Moulin du Pont au début du 19e siècle : un moulin à farine

Après la Révolution, le Moulin du Pont fait partie des anciens biens seigneuriaux acquit en 1797 par Paul Motte auprès de Claude-Artus d'Yze, dernier descendant de cette famille. Il semble que ce moulin ne fonctionne plus à cette époque. En effet, un courrier du maire Montlahuc au préfet, daté du 17 brumaire de l'An 11 (8 novembre 1802) (AD05 7 S 210), précise que ledit Paul Motte à fait construire un « moulin à farine a côté du pont de Rosans » seulement trois mois auparavant. Ces travaux concernent également la construction du bassin-réservoir (« écluse ») placé en contrebas du grand chemin et qui rend ses abords dangereux. Cette mention indique en creux que l'ancien moulin à huile seigneurial a été complètement modifié durant l'été 1802.

Quelques mois plus tard, le 27 germinal de l'An 11 (17 avril 1803) (AD05 7 S 210), le maire et les adjoints de la commune reçoivent une plainte des propriétaires des jardins et prairies irriguées par les eaux du torrent de l'Estang qui déplorent la construction de deux moulins à farine alimentés par ces mêmes eaux et « construits depuis la Révolution ». L'un de ces moulins, situé au quartier de l'Estang, n'existe plus aujourd'hui. L'autre, qui correspond au moulin étudié, est « placé au dessous du pont de Rozans » et appartient à Paul Motte. Le problème concerne le débit des eaux du ruisseau, qui sont longtemps stockées dans les réservoirs des moulins puis relâchées brutalement dans le cours d'eau, impactant les possibilités d'arrosage gravitaire et détruisant les prises d'eau des canaux. Un arrêté est prit interdisant à ces deux moulins de retenir et relâcher les eaux entre le premier floréal (fin avril) et le dernier jour de l'année (mi-septembre) : ils ne pourront donc fonctionner que durant l'automne, l'hiver et le début du printemps.

I.5. Le Moulin du Pont dans le cadastre de 1839 : un moulin à farine

Dans le cadastre de 1839, le bâtiment est mentionné comme un « moulin » (parcelle 1839 E1 88, 100 mètres carrés), qui est imposé fiscalement comme « usine » comprenant trois ouvertures. Il est accompagné par un bassin-réservoir désigné comme une « écluse » (E1 90, 100 mètres carrés, son imposition fiscale est « évalué comme friche »). L'ensemble appartient à Antoine Mathieu, « meunier au Pont ». Celui-ci possède également à proximité un « pressoir à huile » (E1 87bis, 20 mètres carrés) accompagné d'une maison (E1 87, 100 mètres carrés) (voir dossier IA05001087). Le quartier est alors appelé « l'Ecluse ».

Sur le dessin de ce cadastre, le bâtiment du moulin est figuré avec un plan en L orienté est-ouest, qui correspond approximativement au bâtiment principal actuel. Le bassin-réservoir, de forme approximativement ovale, est placé immédiatement en contre-haut à l'est du bâtiment. Il est alimenté par la surverse du moulin à huile situé en amont, de l'autre côté de la route. L'emprise de ce bassin-réservoir est aujourd'hui occupée par les extension ajoutées au bâtiment principal. A cette époque, le moulin est manifestement actionné par une ou deux roues horizontales, placées dans une pièce voûtée au premier étage de soubassement.

Plan de situation, d'après le cadastre de 1839 (section E1) (version des Archives départementales). Echelle d'origine 1/2 000e.Plan de situation, d'après le cadastre de 1839 (section E1) (version des Archives départementales). Echelle d'origine 1/2 000e. Plan de masse, d'après le cadastre de 1839 (section E1) (version des Archives communales). Echelle d'origine 1/2 000e.Plan de masse, d'après le cadastre de 1839 (section E1) (version des Archives communales). Echelle d'origine 1/2 000e.

I.6. Le Moulin du Pont au milieu du 19e siècle : un moulin à farine

En mars 1847 (AD05 7 S 210) le meunier Antoine Mathieu, « propriétaire d'un moulin à roue » au quartier du Pont, demande l'autorisation de le convertir en « moulin à lanterne ». Ce terme, qui désigne un renvoi d'angle pour les axes moteurs, implique le remplacement de la roue hydraulique horizontale par une roue hydraulique verticale.

En septembre 1854 (AD05 1 E 8373), suite au décès du meunier Antoine Mathieu, un inventaire du mobilier présent dans la maison et ses dépendances moulinières est dressé (voir la transcription complète versée en annexe de ce dossier). Malheureusement, cet acte se limite au mobilier et ne fait pas mention des machines et mécanismes. Tout au plus relève-t-on les outils nécessaires au rhabillage des meules et à la pesée des grains. De plus il est difficile de localiser précisément les pièces situées dans les différents bâtiments qui composent la propriété moulinière. Cependant, il faut en retenir qu'à cette date les bâtiments ne se limitent pas aux seules fonctions de meunerie et d'habitat, mais qu'ils disposent également de pièces destinées à la production et à la conservation du vin, d'un atelier de menuiserie, d'une étable à cochon et d'un pigeonnier. Il est aussi fait mention, dans une « chambre dite le Pigeonnier » d'un pot d'huile d'olive et d'« un sac de pain de noyaux », sans que l'on sache si le moulin à huile voisin (dossier IA05001087) travaillait ponctuellement des olives, et pas seulement des noix, pour la production d'huile.

I.7. Le Moulin du Pont à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle : un moulin à farine et une scierie

Durant la seconde moitié du 19e siècle, le moulin change plusieurs fois de propriétaire, le détail de ces mutations foncières a été publié par D. Faure-Vincent (2019).

En 1892, les matrices cadastrales enregistrent la propriété au nom du meunier Baptiste Hugues. Il apparaît que d'importants travaux sont réalisés à cette époque, comme l'indique la date « 1891 » portée sur le linteau de la porte au premier niveau du pignon oriental du bâtiment principal. L'homogénéité des maçonneries de ce bâtiment suggère qu'il a alors été presque entièrement rebâti, prenant son aspect actuel. Seule l'ancienne chambre de la roue du moulin, située au premier étage de soubassement et couverte par une voûte en berceau semble avoir été conservée pour accueillir les nouvelles turbines alimentées par des conduites forcées.

Bâtiment principal. Premier étage de soubassement, chambre de la roue. Vue de volume prise de l'ouest.Bâtiment principal. Premier étage de soubassement, chambre de la roue. Vue de volume prise de l'ouest. Bâtiment principal. Pignon est, premier niveau. Date gravée « 1891 » sur le linteau de la porte.Bâtiment principal. Pignon est, premier niveau. Date gravée « 1891 » sur le linteau de la porte.

Une première extension du bâtiment principal est ajoutée côté nord, sans doute à la fin du 19e siècle ou au tout début du 20e siècle. Disjointe du bâtiment principal, elle est dessinée sur un plan de 1908 (AD05 O 7217). Cette nouvelle construction oblitère l'extrémité nord du bassin-réservoir et occupe le virage de la route, face au moulin à huile et à la scierie. La partie conservée de ce bassin-réservoir est enjambée par un « pont de service » qui donnait accès à la porte du logis (celle datée « 1891 »). Sur ce plan, on note aussi la présence de deux jardins : un à l'angle nord-est du bassin, l'autre à son extrémité sud.

[Localisation des moulins sur un plan de 1908. Pas d'échelle d'origine.][Localisation des moulins sur un plan de 1908. Pas d'échelle d'origine.] [Le moulin à farine Hugues sur un plan de 1908. Pas d'échelle d'origine.][Le moulin à farine Hugues sur un plan de 1908. Pas d'échelle d'origine.] Restitution schématique du moulin vers 1908. Vue du sud-est.Restitution schématique du moulin vers 1908. Vue du sud-est.

Quelques temps plus tard (années 1920 ou 1930 ?), une nouvelle construction remplace l'ancien bassin-réservoir qui est couvert par des voûtains, et masque le pignon oriental originel du bâtiment principal. Elle est prolongée côté sud, formant une remise ouverte destinée à accueillir des ateliers de menuiserie et charpenterie. Elle est ensuite encore agrandie côté sud par l'ajout d'un bâtiment à usage de remise pour véhicules. Ces ateliers étaient alimentés en électricité par la microcentrale hydroélectrique située plus haut, au bord de la R.D. 994 (voir dossier IA05001086).

D'après E. Bégou (2016), l'établissement appartient à François Hugues au début du 20e siècle puis à son fils Raymond Hugues quand il cesse de fonctionner dans le courant des années 1950. Aujourd'hui, l'ensemble moulinier est converti en plusieurs habitations et en espace de stockage.

II. Description architecturale

Ce moulin est situé en contrebas du bourg de Rosans, le long de la R. D. 25 qui mène à Montferrand-la-Fare (Drôme). Installé en rive gauche du torrent de l'Estang, il est placé à l'aval immédiat d'une cascade enjambée par le pont de la route. L'ampleur de la chute d'eau naturelle (huit à dix mètres) assurait sans doute une bonne puissance motrice aux mécanismes. Le moulin est composé de trois bâtiments qui ont été ajoutés successivement.

Localisation sur le plan IGN de 2024. Echelle d'origine 1/5 000.Localisation sur le plan IGN de 2024. Echelle d'origine 1/5 000. Plan de masse, d'après le cadastre de 2024 (section 000E). Echelle d'origine 1/500.Plan de masse, d'après le cadastre de 2024 (section 000E). Echelle d'origine 1/500. Vue d'ensemble prise du sud, le bâtiment principal est à gauche.Vue d'ensemble prise du sud, le bâtiment principal est à gauche.

II.1. Bâtiment principal

Le bâtiment principal, qui est le plus ancien, est orienté sur un axe est-ouest et il est implanté parallèlement au sens de la pente. Il comporte trois étages de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré.

Le premier étage de soubassement se limite à l'extrémité ouest du bâtiment. Il correspond à une petite pièce voûtée en berceau. On observe dans l'un des angles l'ancienne ouverture de la conduite maçonnée qui actionnait la roue horizontale originelle. Cette roue a ensuite été remplacée par une turbine dont subsistent seulement les conduites forcées en acier.

Le deuxième étage de soubassement accueillait vraisemblablement les meules. Le troisième étage de soubassement, le rez-de-chaussée surélevé ainsi que le premier étage sont aujourd'hui transformés en habitation et ne conservent pas d'éléments pouvant être rattachés au fonctionnement du moulin. Au troisième étage de soubassement, le départ d'un escalier récent remploie deux petites meules volantes provenant du moulin à huile voisin (voir dossier IA05001087).

Le bâtiment est construit en maçonnerie de moellons calcaires et de grès, avec des chaînes d'angles en simples moellons équarris. Les élévations n'ont jamais été enduites. Au premier niveau du pignon oriental (aujourd'hui englobé dans une extension), l'encadrement de la porte principale est en pierre de taille de grès, avec des arêtes moulurées et un linteau portant la date « 1891 » gravée dans un cartouche. Au deuxième niveau de la façade nord, on note le piédroit en pierre de taille d'une autre porte piétonne, murée. Les encadrements des autres ouvertures sont façonnés au mortier de gypse, avec un couvrement droit en bois. Le toit à longs pans est couvert en plaques ondulées de fibro-ciment.

Vue d'ensemble prise du nord-ouest, le bâtiment principal est à droite.Vue d'ensemble prise du nord-ouest, le bâtiment principal est à droite. Bâtiment principal. Pignon ouest.Bâtiment principal. Pignon ouest. Bâtiment principal. Elévation nord, partie basse.Bâtiment principal. Elévation nord, partie basse. Bâtiment principal. Elévation nord, partie haute.Bâtiment principal. Elévation nord, partie haute.

II.2. Autres bâtiments

Les deux autres bâtiments, adossés au nord et au sud de l'extension orientale du bâtiment principal, sont alignés le long de la route. Implantés perpendiculairement au sens de la pente, ils comprennent chacun un étage de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré.

Extensions est. Vue d'ensemble prise du nord-est.Extensions est. Vue d'ensemble prise du nord-est. Extension est. Vue d'ensemble prise du sud-est.Extension est. Vue d'ensemble prise du sud-est.

Le bâtiment nord se développe sur une partie de l'emprise de l'ancien bassin-réservoir dessiné sur le plan cadastral de 1839. Aujourd'hui occupé par des logis, il accueillait sans doute des ateliers et/ou des dépendances agricoles.

L'étage de soubassement du bâtiment sud accueille des dépendances agricoles, dont un pigeonnier du côté nord. Son rez-de-chaussée surélevé, où se trouvait la scierie, consiste en une remise ouverte sur ses deux côtés, est et ouest (aujourd'hui en partie fermés par des parpaings de béton), rythmée par des piliers maçonnés qui soutiennent la charpente. Quelques machines-outils (scies, etc.) sont conservées à l'étage. Une extension, adossée au pignon sud et à usage de remise pour véhicules, était originellement ouverte sur ses côtés est et ouest.

Extension sud-est. Elévation ouest.Extension sud-est. Elévation ouest. Extension sud-est. Etage, machines-outils de la scierie.Extension sud-est. Etage, machines-outils de la scierie.

Ces deux bâtiments sont construits en maçonnerie de moellons de grès, avec des chaînes d'angles en gros moellons équarris. Les élévations ne sont pas enduites. Sur la façade orientale du bâtiment nord, on note un encadrement de porte piétonne en pierre de taille de grès. Les encadrements des autres ouvertures sont bruts de maçonnerie, avec un couvrement droit en bois ou un arc segmentaire en brique pleine. Les toits à longs pans sont couverts en plaques ondulées de fibro-ciment.

II.3. Bassin-réservoir

La partie nord du bassin-réservoir tel que dessiné sur le plan cadastral de 1839 est aujourd'hui occupée par l'extension nord, ajoutée à la fin du 19e siècle ou au tout début du 20e siècle. Quant à l'emprise de ce bassin-réservoir qui existait sur le plan de 1908 (voir chapitre I.7.), elle est désormais occupée par l'extension accolée au pignon oriental du bâtiment principal.

Subsiste néanmoins le parement du mur de soutènement, caractérisé par une puissante maçonnerie réalisée en gros blocs de grès, irrégulièrement équarris mais néanmoins assisés. Son volume, en partie comblé de gravas, est couvert en voûtains.

Bassin-réservoir. Mur de soutènement ouest, vue partielle.Bassin-réservoir. Mur de soutènement ouest, vue partielle. Bassin-réservoir. Mur de soutènement ouest, détail du parement.Bassin-réservoir. Mur de soutènement ouest, détail du parement.

Ce moulin est mentionné à la fin du 15e siècle : appelé « moulin de Veyssello » ou « moulin dou Veyssellet », il appartient à la famille des Rosans-Alauson, coseigneur de Rosans et seigneur de l'Espine. Plus tard appelé Moulin du Pont, il est de nouveau mentionné comme un moulin à blé à la fin du 16e siècle, puis au début du 17e siècle après l'achat des deux coseigneuries par la famille d'Yze. On note qu'un autre moulin seigneurial existe aussi depuis le 15e siècle : le moulin de Colombet (voir dossier IA05001090)

Il semble être converti en moulin à huile seigneurial en 1673, usage est attesté en 1685 et 1699. Un moulin à foulon y est ajouté dans la première moitié du 18e siècle, puis un moulin à vernis en 1747.

Acquis en 1797 par un particulier auprès du dernier descendant de la famille d'Yze, il est reconstruit en tant que en moulin à farine en 1802, accompagné d'un grand bassin-réservoir. Dans le cadastre de 1839, il est associé à un moulin à huile, situé en contre-haut de l'autre côté de la route (voir dossier IA05001087). Jusqu'en 1847, il utilise une ou deux roues hydrauliques horizontales. A cette date, une demande est faite pour y installer une roue verticale.

D'importants travaux sont réalisés en 1891 (date portée), après un changement de propriétaire. L'homogénéité des maçonneries du bâtiment principal suggère qu'il a alors été presque entièrement rebâti, prenant son aspect actuel. A cette époque, l'établissement est vraisemblablement doté d'une turbine.

Dans les décennies suivantes, des bâtiments sont ajoutés à l'emplacement de l'ancien bassin-réservoir, accueillant notamment des ateliers de menuiserie et de charpente dépendant de la scierie voisine.

L'établissement cesse de fonctionner dans le courant des années 1950. Aujourd'hui, il est converti en plusieurs habitations et en espace de stockage.

  • Période(s)
    • Principale : 15e siècle
    • Secondaire : 3e quart 17e siècle
    • Principale : 1ère moitié 18e siècle
    • Secondaire : milieu 18e siècle
    • Principale : 1er quart 19e siècle
    • Secondaire : milieu 19e siècle
    • Principale : 4e quart 19e siècle
    • Principale : limite 19e siècle 20e siècle
  • Dates
    • 1673, daté par travaux historiques
    • 1747, daté par travaux historiques
    • 1802, daté par source
    • 1847, daté par source
    • 1891, porte la date

Situé en contrebas du bourg de Rosans, au quartier du Pont, ce moulin se trouve en rive gauche du torrent de l'Estang, dont les eaux l'alimentaient en énergie motrice. Il est composé de trois bâtiment : le bâtiment principal (orienté sur un axe est-ouest), qui est le plus ancien et qui complété par deux extensions (ailes nord et aile sud).

Le bâtiment principal comporte trois étages de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré. Le premier étage de soubassement correspond uniquement à l'ancienne chambre des roues horizontales, couverte par une voûte en berceau plein-cintre. Subsistent des conduites forcées en acier qui alimentaient vraisemblablement une turbine hydraulique. Le second étage de soubassement devait accueillir la pièce des meules. Le rez-de-chaussée surélevé et les étages supérieurs étaient sans doute réservés au logis et au stockage des grains. Leur transformation récente empêche de connaître l'ancienne distribution intérieure.

Les deux autres bâtiments comportent chacun un étage de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré. Le bâtiment sud, formant remise ouverte, accueillait une scierie avec des ateliers de menuiserie et de charpenterie.

Les bâtiments sont construits en maçonnerie de moellons de grès, complétés par du calcaire sur le bâtiment principal, avec des chaînes d'angle en moellons équarris. Les toits à longs pans sont couverts en plaques ondulées de fibro-ciment.

  • Murs
    • grès moellon
    • calcaire moellon
  • Toits
    ciment amiante en couverture
  • Étages
    3 étages de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré
  • Couvertures
    • toit à longs pans
  • Énergies
    • énergie hydraulique roue hydraulique horizontale
    • énergie hydraulique roue hydraulique verticale
    • énergie hydraulique turbine hydraulique
  • État de conservation
    établissement industriel désaffecté
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Documents d'archives

  • [Vente d'un pré situé près du moulin de "Veyssello".] Dans les minutes de maître AUDIBERT Michel, notaire à Rosans (1439-1448), 1445. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 9758.

    F° 2 r°.
  • [Cadastre par confronts de la communauté de Rosans.] Nom du notaire inconnu, 1570. [registre relié, incomplet : f° 138 à 319.] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 E 6468.

    F° 176, 215 v°, 278 v°.
  • [Arrentement pour les moulins du Pont appartenant au seigneur de l'Espine.] Dans les minutes de maître GIVOUDAN Jean I, notaire à Rosans (1569-1583), 1572. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 2052.

    « moulins dudit sieur qu'il a audit Rozans appellé au Pont ».
  • Loyal inventayre et description des biens tant meubles et immeubles delayssés par ledit feu seigneur de Rozans, noble Jehan Antoine Dize dict Daurelle seigneur dudit Rozans et gouverneur pour le roy du chasteau d’Exilles et Val d’Oulx. Dans les minutes de maître Jean II GIVOUDAN, notaire à Rosans (1583-1629), 1613. [cahier, papier, 41 f°.] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : J 1787.

    « ung mollin a bled assis (h)ors led(it) lieu au dessoubz du pont conf(rontant) la riviere au couchant et le chemin public au dessus a la bize ».
  • Cadastre general des batimens fondz et proprietes de tous les habitans et possedans biens au lieu et terrain de presant lieu de Rosans. Experts jurés en 1698-1699 : Antoine Perrin, châtelain de Sahune et Jean-André Bonnet, de Bellegarde. Procédure de révision en 1702, experts jurés : Antoine Bérenger et Guillen Armand. Révision de la valeur cadastrale des biens en avril-mai 1755 (apparaît en marge, anonyme). [registre relié, 243 f° ; supplément de 1702, 10 f°.] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 E 6470.

    F° 232 v°.
  • Invantaire sommaire et domestique de tous les biens et esfets de noble François Dize seigneur dudict Rozans. Dans les minutes de maître Laurent BONNEMANT, notaire à Valence (1666-1713), 1703. Archives communales de Rosans, Hautes-Alpes : non coté.

    « moulin a huille avec un jardin et regaillies contenant le tout deux civayers ».
  • [Albergement par le seigneur Jacques d'Yze de la maison du Liotier et d'un « moulin a vernis » à Jacques Tournasse, « maître potier de terre ».] Dans les minutes de maître Joseph GIVOUDAN, notaire à Rosans, 1747. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 5742.

    « foulons à drap » et « moulin a vernis [avec] sa mulle tornante ».
  • [Plaintes suite à la construction de moulins sur le torrent de l'Estang.] Travaux hydrauliques (An XI (1802) à 1939), An XI (1802 et 1803). Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 7 S 210.

  • Matrices cadastrales de la commune de Rosans, 1839-1911. [registre papier] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1241 à 3 P 1243.

  • Etat des sections cadastrales de la commune de Rosans, 1840. [registre papier]. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1240.

    Section E1, dite de Saint-Etienne.
  • [Demande de transformation d'un moulin à roue en moulin à lanterne, au quartier du Pont.] Travaux hydrauliques (An XI (1802) à 1939), 1847. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 7 S 210.

  • [Inventaire après décès du moulin du Pont, 22 et 23 septembre 1854.] Dans les minutes de maître Jean-Victor CHAMBON, notaire à Rosans, 1854. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E 8373.

    N° 174.
  • Matrices cadastrales des propriétés bâties de la commune de Rosans, 1882-1911. [registre papier] Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1244.

  • Installation d'un poids public au quartier du Pont, 1908. Travaux communaux (1895 à 1923), 1908. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 7217.

Bibliographie

  • BEGOU, Edouard. Rosans et le Rosannais dans l'histoire. Rosans : auto-édition, 2016.

    P. 67, 148.
  • FAURE-VINCENT, David. Les moulins de Rosans. In : Lettres aux amoureux du patrimoine n° 80 : Rosans. Association de Sauvegarde du Patrimoine du Pays du Buëch et des Baronnies. Serres (Hautes-Alpes) : 2e trimestre 2019.

    P. 8 à 18.

Documents figurés

  • Plan cadastral de la commune de Rosans. / Dessin, encre et lavis par Truchy, géomètre, 1839. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1239.

    Section E1, dite de Saint-Etienne.
  • Plan cadastral de la commune de Rosans [Archives communales]. / Dessin, encre et lavis par Truchy, géomètre, 1839. Archives communales, Rosans : non coté.

    Section E1, dite de Saint-Etienne.
  • [Plan pour l'installation d'un poids public au quartier du Pont.] / Dessin, 1908. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 7217.

Annexes

  • Inventaire de la succession d'Antoine Mathieu, meunier (22 et 23 septembre 1854).
Date(s) d'enquête : 2013; Date(s) de rédaction : 2024
Articulation des dossiers