I. Commentaire historique
I.1. L'école à Rosans avant la fin du 19e siècle
L'enseignement pour les garçons est attesté à Rosans au moins depuis la fin du 17e siècle. En 1778, le maître d'école reçoit un traitement de 150 livres (soit 42 % du budget de la communauté) complété par des rétributions en nature (E. Bégou, 2016). Au 19e siècle, la co-existence de cultes à Rosans, catholique et protestant, implique l'existence de quatre écoles : deux de filles et deux de garçons. Et de fait, la commune loue quatre locaux à cet effet auprès de particuliers ou réoccupe l'ancienne mairie et l'ancien presbytère. Cette multiplicité des lieux d'enseignement et le coût financier engendré pousse la commune a vouloir réunir toutes les écoles dans un unique bâtiment, volonté favorisée par l'augmentation des possibilités de financement gouvernemental à la fin du 19e siècle.
D'après E. Bégou (2016), un premier projet de construction neuve est proposé en 1876 avec l'installation d'un bâtiment à l'ouest de la place de la Fontaine, sur l'emplacement de l'actuel boulodrome. En 1881 et 1882 (AD05 O 7217), quand le conseil municipal renouvelle son intérêt pour la construction d'un nouvel ensemble scolaire, l'inspecteur d'académie Léotier précise que les deux écoles catholiques et les deux écoles protestantes sont installées dans des locaux qui « sont loués au prix de 600 francs et sont peu convenables ». La population scolaire est alors d'environ 160 élèves : 40 enfants de 2 à 6-7 ans (classe enfantine), 60 filles de 6 à 14 ans et 60 garçons de 6 à 14 ans.
En août 1883 (AD05 O 7217), l'architecte départemental L. Chaudier établi un projet pour transformer le château de Rosans, que la commune souhaite acquérir pour y installer une nouvelle école devant accueillir 164 élèves (voir dossier IA05001554, chapitre V.4.). En raison de la complexité des travaux et de leur coût, ce projet n’aboutit pas.
Dix ans plus tard, en juillet 1894 (AD05 O 7217), le même architecte départemental établi un nouveau projet pour la construction d'une « maison d'école » qui doit être bâtie au nord-ouest de la place publique, sur les aires à battre de l'ancienne dépendance agricole du château appelée le Grangeon (voir dossier IA05001821). Validé par le conseil municipal en décembre 1898, le projet est abandonné notamment parce que les sondages réalisés laissaient craindre un sous-sol trop instable et argileux pour sa pérennité.
Cette même année 1894, l'inspecteur d'académie constate que, si les cultes ont été regroupés, l'école des garçons et celle des filles sont toujours éloignées l'une de l'autre. La première est installée dans une « rue montante, étroite et très mal entretenue » où elle occupe deux corps de bâtiments, la seconde est « mieux située » étant au bord de la route (sans doute dans l'ancien presbytère au Grangeon). Ni l'une ni l'autre ne dispose de toilettes, de cour ni de préau. Il y a alors 112 élèves.
I.2. Le projet de construction d'un groupe scolaire au Verger : 1899-1901
Un nouveau terrain favorable ayant été identifié à l'entre nord-est du bourg, au quartier du Verger, l'architecte départemental L. Chaudier établit en juin 1899 (AD05 O 7217) le devis estimatif pour la construction du nouveau bâtiment d'école. Il comprendra deux salles de récréation en étage de soubassement, ouvertes de plain-pied sur la cour et flanquées des préaux, trois classes au rez-de-chaussée surélevé et trois logements au premier étage. Le coût total, acquisition du terrain comprise, est estimé à 51 547 francs.
[Plan d'ensemble, échelle d'origine 1/200e, le nord est en bas, 1899.]
Coupe transversale. [Echelle d'origine 1/100e, 1899.]
Parmi les détails de l'estimatif, il est précisé que les toutes les pierres de taille dites « tendres » ou « demi-dures » (et destinées aux chaînes d'angle, chaînes intermédiaires, encadrements, « pierres d'inscription », etc.) proviendront des carrières d'Oppède (Vaucluse). Les autres pierres de taille dites « dures » (marches d'escalier, dalles, etc.) seront d'extraction locale ainsi que les « moellons de choix » servant à la maçonnerie. Les façades recevront un « enduit rustique au balai genre tyrolien ». Les charpentes, poutraisons et planchers seront en bois de sapin, sauf le plancher des salles de classe qui sera en mélèze. Le toit sera couvert en « tuiles de St-Henry » (Marseille). Les conduits et souches de cheminées seront en briques. Dans la cour, les fosses d'aisance des toilettes seront couvertes en voûtains de brique.
A l'intérieur, les cloisons seront en briques creuses. Les plafonds seront enduits au plâtre, alors que les murs et cloisons seront enduits au mortier bâtard avec un blanchiment « à la colle et au blanc de Troye » ; les chambres auront du papier-peint. Les menuiseries des portes extérieures et intérieures seront en sapin, celles des fenêtres en noyer et les escaliers seront en chêne ou en noyer. Les descentes d'eaux usées seront en terre cuite. Les cuisines seront équipées d'une pierre d'évier et d'une cheminée « avec potager, capote en cloison, étagère en bois dur ». Les chambres disposeront chacune d'une « cheminée d'appartement » avec un « revêtement en pierre polie intérieure à la Rumfort » (pierre réfractaire) et équipée de chenets et d'une panière.
Plan du rez-de-chaussée. [Echelle d'origine 1/100e, le nord est en bas, 1899.]
Plan du premier étage. [Echelle d'origine 1/100e, le nord est en bas, 1899.]
A la demande de l'inspection primaire, parmi d'autres détails, une fontaine sera installée. Le projet est validé par l'administration entre janvier et mars 1900 et sa réalisation est adjugée le 31 mars à l'entrepreneur et maître-maçon rosannais Albert Andreoletty (ou Andréoletti). La construction est réputée terminée en 1901 (E. Bégou, 2016). La « maison d'école et cour » (parcelle 1839 F5 26, 780 mètres carrés) et la « cour et jardin de maison d'école » (1839 F5 27P, 572 mètres carrés) apparaissent dans les matrices cadastrales en 1903.
Façade sur cour. [Echelle d'origine 1/100e, 1899.]
Façade principale. [Echelle d'origine 1/100e, 1899.]
I.3. L'école dans la première moitié du 20e siècle
En 1902 (AD05 O 7217), des travaux complémentaires et non prévus doivent être réalisés, notamment le confortement en béton du mur de soutènement de la cour (car le terrain s'effondre), l'installation de contrevents aux fenêtres et la couverture d'une portion du canal d'arrosage qui longe le bâtiment à l'ouest. En 1905, les volets ne suffisant pas, il faut installer des stores aux 14 fenêtres de la façade sud et équiper les trois salles de classe de porte-manteaux. Tous ces travaux sont réalisés par le même maître-maçon Andreoletty.
En 1908, suite à la plainte des instituteurs du mauvais fonctionnement des cheminées, le maire s'emporte et s'interroge : « Veut-on que je fasse change la cheminée en marbre par une cheminée en bois ? Ou veut-on que j'arrête le vent du nord qui fait fumer toutes les cheminées de Rosans ? »... Plus sérieusement, cette même année un devis est dressé par l'ancien agent-voyer puis secrétaire de mairie Chauvet pour diviser la salle de l'école enfantine en deux salles de classe afin d'accueillir une nouvelle classe dirigée par un instituteur supplémentaire à titre temporaire.
En janvier 1925 (AD05 O 7219), un projet de renforcement du mur de soutènement de la cour de l'école est dressé par l'adjoint technique subdivisionnaire Ricard. Il prévoit notamment l'implantation de quatre puissants contreforts à établir au pied oriental du mur, faisant trois mètres de hauteur et ancrés dans une fondation d'un mètre de profondeur. D'autre part, ce projet prévoit l'installation d'un grillage sur poteaux métalliques scellés dans le couronnement du mur de la cour. Le projet est approuvé en juillet 1927 par le ministère de l'Instruction publique. Une porte doit être ouverte dans le mur nord du préau oriental, pour communiquer directement avec la rue. Enfin, les salles de récréation couvertes située à l'étage de soubassement doivent être dallées.
I.4. L'école dans la seconde moitié du 20e siècle
Au printemps 1964, une nouvelle salle de classe est aménagée au rez-de-chaussée de l’école primaire, afin d'accueillir les 36 nouveaux élèves issus des familles de Harkis arrivées en février et installée dans le hameau de forestage (voir dossier IA05001588). Elle est mise en service en septembre 1964, un second instituteur étant affecté à l'école.
Avec la réduction des effectifs, une des anciennes salles de classe a ensuite accueilli les locaux de la perception jusque dans les années 1990.
II. Description architecturale
Installé dans le faubourg de la R.D. 25 (rue Aristide-Briand), le bâtiment du groupe scolaire comporte un étage de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré. L'étage de soubassement abrite une vaste pièce originellement à usage de préau, le rez-de-chaussée surélevé accueille les salles de classes et l'étage est réservé aux appartements des institutrices et instituteurs.
Plan de masse et de situation d'après le cadastre de 2022, section 000F. Echelle d'origine 1/500e.
Plan de masse d'après le cadastre de 2022, section 000F. Echelle d'origine 1/500e.
Vue d'ensemble prise du sud-est.
Le bâtiment est construit en maçonnerie de moellons calcaires et de grès. Les chaînes d'angles et les chaînages intermédiaires des murs de refend sont en pierres de taille de grès, harpées et saillantes, ainsi que les encadrements des ouvertures. Ceux-ci sont couverts en arc segmentaire au premier et deuxième niveau de la façade sud. Sur les autres ouvertures, il s'agit de linteaux monolithes.
Vue d'ensemble prise du sud-ouest.
Vue d'ensemble prise du nord-ouest.
Vue d'ensemble prise du nord-est.
Les élévations reçoivent un enduit à la tyrolienne, hormis la base de la façade nord où le soubassement est traité en petit appareil apparent. Un bandeau saillant en pierre de taille souligne la limite du premier niveau des façades sud et nord. La façade nord est ornée de deux grandes plaques horizontales de grès, sur lesquelles sont gravées les inscriptions « ECOLE DE FILLES » et « ECOLE DE GARCONS ». Hormis ces deux plaques dont la surface est lisse, toutes les faces des pierres de taille saillantes sont simplement épannelées mais leurs arêtes sont ciselées. Le toit est à longs pans, avec une couverture en tuiles creuses mécaniques récentes. Une souche de cheminée en briques pleines est conservée côté est.
Elévation nord, pierre d'inscription : « ECOLE DE FILLES ».
Elévation nord, pierre d'inscription : « ECOLE DE GARCONS ».
Le bâtiment est flanqué sur ses pignons de deux préaux sur poteaux, celui à l'ouest ayant été remplacé par une construction maçonnée avec toit-terrasse. Celui à l'est subsiste sans modifications et conserve son toit à longs pans couvert en tuiles plates mécaniques. Une cour se développe au pied de la façade sud, soutenue par un haut mur maçonné.
Architecte départemental des Hautes-Alpes, actif entre les années 1870 et 1900.