Dossier d’aire d’étude IA04002602 | Réalisé par
Masson-Lautier Maïna
Masson-Lautier Maïna

Conservateur du patrimoine en poste au Service régional de l'Inventaire à la DRAC de Poitiers de 2002 à 2005, puis au Service de l'Inventaire de la DRAC d'Aix-en-Provence. En poste au Service de l'Inventaire et du patrimoine, région Provence-Alpes-Côte d'azur depuis 2008.

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  • inventaire topographique
Présentation de la commune de Saint-André-les-Alpes
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  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var
  • Adresse
    • Commune : Saint-André-les-Alpes

I. ELEMENTS HISTORIQUES

On trouve mention de Saint-André dès la première moitié du 13e siècle. Dans la seconde moitié du siècle, le village compte 33 feux et l'ecclesia sancte Andrea apparaît dans les pouillés en 1300. La communauté de Saint-André va s'adjoindre celle de Troins, qui existe dès le 12e siècle en 1518, puis celle de Méouilles en 1837 puis de Courchons en 1966. Au moment de la fusion des communes de Saint-André et de Méouilles, en 1837, la nouvelle entité prend le nom de Saint-André-de-Méouilles. En 1928, elle change à nouveau pour Saint-André-les-Alpes.

Avant la Révolution, Saint-André fait partie du diocèse de Senez et de la viguerie de Castellane ; c'est, depuis 1791, le chef-lieu du canton éponyme, appartenant au département des Alpes-de-Haute-Provence.

Cartes consultées

Afin de comprendre l'évolution morphologique de la commune, trois cartes ont été utilisées.

La carte de Cassini est une carte du royaume de France dressée par la famille Cassini entre 1747 et 1789. Si l’échelle de la carte ne permet pas une représentation fine du bâti, elle mentionne les toponymes et les symboles utilisés rendent compte des bâtiments civils ou religieux les plus importants et de leur état de conservation.

La carte de Bourcet de la Saigne est une carte des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille, dressée entre 1764 et 1778 par les ingénieurs militaires Bourcet de la Saigne et Le Michaud d’Arçon. Cette carte est avant tout un outil topographique : elle rend avec fidélité les reliefs mais aussi le type de paysages. Elle peut cependant être aussi utilisée pour comparer l'existence ou l'entendu d'un écart ou d'un village.

Le plan cadastral dit napoléonien date de 1838. Il a été comparé au cadastre actuel, révisé pour 1965 et mis à jour pour 1982. Dans certains cas, celui de 2016 a également été consulté en ligne. Cette comparaison permet parfois d’affiner l’histoire d’un édifice, de proposer un bornage chronologique à sa construction ou à des modifications. Conçu comme un outil juridique et fiscal utilisé pour l’établissement de l’impôt foncier, ce cadastre parcellaire est en effet d’une grande précision.

Les hameaux ruinés du Seuil ou de Troins

Troins et le Seuil se trouvent le long de la vallée de l'Issole, au nord du village de Saint-André.

D'après le cartulaire de Saint-Victor, le lieu de Troins appartient à l'abbaye en 1042, il n'est alors pas habité. Troins est rattaché au tout début du 16e siècle à Saint-André. Gras-Bourguet mentionne un acte du 11 juin 1518, reçu par Féraud, notaire à Saint-André, selon lequel "Jean-Bapstiste de Forbin, sieur de la Roque, Saint-André, la Mure et autres places, cède à bail perpétuel à la communauté de Saint-André, tous les droits et devoirs seigneuriaux qui possède au dit lieu de Troins".

La première mention d'habitations à Troins date de 1278 avec l'état des communauté et des feux dressé à la demande de Charles II d'Anjou, comte de Provence : Troins compte alors 30 feux et 24 hommes aptes à porter les armes. C'est donc, à l'époque, une communauté équivalente à celle de Saint-André. Dans les pouillés, l'ecclesia de Troynis est mentionnée en 1300, puis à nouveau en 1376 et enfin au 16e siècle, elle semble avoir été sous la titulature de Notre-Dame. Dans la visite pastorale de 1708, elle est déjà en ruine. En 1664, Honoré Bouche mentionne le castrum de Troins avec "demy feu". En 1788, Achard présente Troins comme un fief séparé de Saint-André où il y a "un vicaire pour le service de la chapelle rurale, qui dépend de la paroisse de Saint-André", il dénombre douze maisons ou bastides et soixante personnes en tout" : il est probable qu'il parle alors de l'actuel hameau du Seuil, nommé Troins sous l'Ancien Régime. Dans la visite pastorale de 1708, il est fait mention de la chapelle du hameau "sous le nom de Saint-Michel, et son presbytère fort petit". Elle est alors en assez bon état (le toit doit être réparé) et bien meublée. Elle existe également en 1562 (mention dans la visite pastorale de 1708 également).

Si l'on distingue aujourd'hui les lieux du Seuil et de Troins, la distinction n'est pas aussi nette avant la Révolution. Selon Alain Collomp, des "bastides" ont essaimé à partir du hameau de Troins : au départ fermes isolées autour desquelles ont pu se constituer de petits hameaux. Ainsi, avant la Révolution, la communauté de Troins est composé du hameau du Seuil (dit aussi le Seuil de Troins), le chef-lieu, et de huit "bastides" dispersées. Sur la carte de Cassini, "Troyns" est bien symbolisé comme étant une paroisse, les lieux en dépendants sont nommés : l'Espinasson, le Collet, la Tour et la Tours des templiers, ruinée, (Référence IA04002587). Pas de mention du Seuil. En fait, le Haut Seuil et Troins se confondent en un seul et même lieu progressivement, avec l'abandon progressif des différentes fermes alentours ; et si l'on superpose les cartes de Cassini (Troins) et le cadastre moderne (le Seuil), le lieu est le même. De plus, sur la carte de Bourcet de la Saigne, le lieu du Seuil n'apparaît pas, en revanche le vallon "d'au Sueil" sépare Troins du lieu de la Tour.

Aujourd'hui, les lieux sont complètement abandonnés, le lieu de la Tour n'apparaît même plus sur le cadastre moderne où sont seulement portés les pointillés marquant les ruines du Seuil. Ils ont été désertés dès la fin du 19e siècle (en 1884 le dernier habitant aurait quitté son habitation). Des ruines sont cependant encore visibles, au moment de l'enquête, au hameau du Seuil, notamment le four à pain ou la chapelle Saint-Michel, dont l'abside était encore debout au moment du passage de Raymond Collier puisque celui-ci mentionne "on observe une abside romane". Sur le cadastre de 1838 encore sept parcelles sont construites.

II. GEOGRAPHIE

Localisation

La commune s'étend, au nord de Castellane, sur 47,5 km². Elle est située au confluent de la vallée de l'Issole et de celle du Verdon, à l'extrémité du lac artificiel de Castillon. Le village est cerné par la montagne de Maurel et la barre blanche des crêtes de Serres et de Chamatte, à 1 784 m d'altitude, il ouvre le défilé de la Haute Vallée du Verdon.

La commune est sans doute la plus urbanisée du Pays Asses-Var-Verdon-Vaïre. Elle compte en 2013, 932 habitants à l'année et de nombreuses résidences secondaires.

Le paysage agricole est bocager. Certains versants sont encore voués à la culture de la lavande mais, pour l'essentiel, couverts de résineux. La construction du barrage hydroélectrique de Castillon (Référence IA04000644) a profondément modifié le paysage de la commune en créant le lac de Saint-André.

Réseau viaire et ferroviaire

Les cartes du 18e siècle montrent clairement que Saint-André se trouve déjà à un carrefour, entre les routes des Alpes, de Digne et de Castellane (vers Nice). Cela est toujours vrai sur le cadastre napoléonien.

La Nationale 202, aussi nommée route des Alpes traverse le territoire communal et le village, en rive gauche du Verdon ; elle a été tracée et percée dans les années 1970. Autrefois, la route de Castellane vers les Alpes traversait le village, suivant l'actuelle Grand Rue.

Le chemin de fer arrive à Saint-André en 1892. La ville demeure tête de ligne jusqu'en 1911. Aujourd'hui le train des Pignes dessert toujours la gare de Saint-André.

Organisation du bâti

L'habitant est dense dans le village de Saint-André. En allant vers le sud, se développe des zones pavillonnaires.

Les anciens hameaux de la commune, villages avant leur rattachement à Saint-André, sont aujourd'hui complètement désertés pour Troins, à Méouilles demeurent le château et la chapelle, à Courchon, le village haut est également en ruine, subsistent des fermes groupées en contrebas (Référence IA04002593). Ils demeurent quelques fermes isolées dispersées sur la commune.

Economie

L'économie de Saint-André est diversifiée.

Au 19e siècle, le village de Saint-André est le fer de lance du développement de l'industrie textile dans la vallée du Verdon (Référence IA04000468), avec notamment la draperie Honnorat (Référence IA04000472). La première draperie ouvre à Saint-André en 1819, la dernière ferme en 1908.

Autre phénomène ponctuel dans l'histoire économique de Saint-André : la construction du barrage de Castillon (entre 1928 et 1950) qui a des conséquences directes sur l'emploi notamment puis sur la diversification des activités locales.

L'économie est traditionnellement rurale, on compte aujourd'hui une dizaine d'exploitations agricoles, étendues, tournées vers les grandes cultures et l'élevage ovin. La culture de la lavande (Référence IA04000359) en est également un élément essentiel. Dans un premier temps, la cueillette de la lavande sauvage est, dans la 2e moitié du 19e siècle, très pratiquée à Saint-André. Puis se met en place la culture de la lavande, qui va, notamment dans le 3e quart du 20e siècle, modifier l'aspect des paysages aux alentours du village.

Enfin, le dernier aspect de l'économie de Saint-André, est le tourisme : tourisme vert mais aussi, dans une certaine mesure, de villégiature depuis la création du lac en 1949.

Population : historique et évolution

En 2013, date du dernier recensement, Saint-André-les-Alpes compte 932 habitants pour une densité de la population de 19,6 habitants au km².

D'après Baratier, la population de Saint-André ne cesse d'augmenter du 13e siècle, où 37 feux sont recensés en 1278, au 16e siècle où l'on en dénombre 70 en 1570. En 1765, la population atteint 507 habitants, en 1841, 847. La population va ensuite rester relativement stable, autour de 900 habitants jusqu'en 1872. Puis l'exode rural, observable partout dans les campagnes françaises, fait chuter le nombre d'habitants à 541 en 1921. La population va ensuite augmenter régulièrement à nouveau grâce au développement des nouvelles activités économiques citées plus haut. Depuis les années 1970, la population oscille entre 850 et 950 habitants.

En 1962, après la guerre d'Algérie, un hameau de forestage est créé pour accueillir des réfugiés harkis qui sont employés par les Eaux et Forêts. Ce hameau provisoire est situé sur les bords du Verdon. En 1973, les 110 harkis quittent le village (ils sont donc comptés dans le recensement de la population en 1968).

Les ouvrages liés à l'eau à Saint-André

Construit à la confluence de l'Issole et du Verdon, l'histoire du village de Saint-André est liée à celle de ces cours d'eau et de leurs dérivations par la lutte contre les débordements, par l'irrigation ou encore par l'alimentation des moulins et autres usines.

Les canaux à Saint-André

Le village est traversé par un canal aujourd'hui abandonné et par endroit disparu. Ce canal, lié à l'existence du moulin (Référence IA04001084) dans le centre du village pourrait dater du 14e siècle. Le canal du moulin (ou des moulins), appelé aussi Grand Canal, prend sa source dans l'Issole, bien au nord du village, et se jette dans le Verdon. Il apparait distinctement sur la carte de Bourcet de la Saigne (3e quart 18e siècle) Carte des frontières Est de la France : de Colmars à Marseille [Détail de la feuille 194-16 : village de Saint-André].Carte des frontières Est de la France : de Colmars à Marseille [Détail de la feuille 194-16 : village de Saint-André]. : alimentant du nord au sud, le foulon du quartier Notre-Dame (Référence IA04000472), le moulin du centre du village, puis le moulin Bagnis (Référence IA04000807). En 1838, sur le cadastre napoléonien, on distingue, en pointillé la partie enterrée (dans le centre du village) et la partie à l'air libre. Le canal va changer de nom dans le courant du 19e siècle et être nommé canal des usines, puisque lié à l'activité industrielle de Saint-André. Il est d'ailleurs déplacé dans les années 1860 pour longer en souterrain la draperie Pascal (Référence IA04000478).

Le canal bénéficie d'aménagement pour améliorer l'écoulement et l'envasement en 1983. Il est aujourd'hui très majoritairement souterrain.

Le canal du Verdon Carte de situation de la prise d'eau jusque vers la plaine de Saint-André.Carte de situation de la prise d'eau jusque vers la plaine de Saint-André. est à l'origine, en 1848, un canal d'irrigation aménagé par Adrien Pascal. Il est prolongé en 1868 et c'est à cette occasion qu'est construit le pont canal dit des sept arcades (Référence IA04000899).

Autre canal d'arrosage : le canal Saint-Antoine. Il s'agit d'un canal secondaire d'irrigation avec une prise sur le canal des moulins.

Les digues

La construction des digues sur l'Issole est moins bien documentée Une digue sur l'Issole près du Clos Reynier.Une digue sur l'Issole près du Clos Reynier.. Celles dont on observe des vestiges pourraient datées du 19e siècle, mais il en existait sans doute avant.

La digue submersible Vue de la digue submersible sur le Verdon.Vue de la digue submersible sur le Verdon. sur le Verdon est visible au sud de Saint-André : elle est construite dans les années 1880 au moment de la réfection et de la mise en oeuvre du nouveau tracé de la route nationale dite 207 arrivant de Castellane.