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Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var

I. Un territoire rural préalpin présentant de forts contrastes

Carte physique de la communauté de communes Alpes Provence Verdon (anciennement Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var), d'après la carte de l'IGN.Carte physique de la communauté de communes Alpes Provence Verdon (anciennement Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var), d'après la carte de l'IGN.

Le territoire est drainé par quatre cours d'eau principaux (Asse, Verdon, Vaïre et Var), qui appartiennent à deux bassins versants majeurs de la haute Provence : celui de la Durance à l'ouest, et celui du Var à l'est. Le premier englobe deux collecteurs : la vallée du Verdon (depuis sa source à Allos jusqu'au débouché de ses grandes gorges à La Palud-sur-Verdon) avec tous ses affluents, et les trois vallées d’Asses (Asse de Blieux, Asse de Clumanc, Asse de Moriez) concentrées en une unique rivière à l'aval de Barrême. Le bassin du Var comprend les communes riveraines du fleuve (du débouché des gorges de Daluis jusqu'au pont de Puget-Théniers) et de son affluent principal la Vaïre avec ses tributaires. Il englobe aussi trois communes du bassin versant de l'Estéron, affluent du Var qu'il rejoint en amont de Nice, à moins de 20 km de son embouchure dans la mer Méditerranée. Partant de cette organisation hydrographique, il est possible de diviser le Pays en quatre grandes entités géographiques : les vallées d'Asses, le haut Verdon, le moyen Verdon et le bassin versant du Var.

Dans cette partie des Préalpes, les altitudes minimales sont déjà élevées : 422 mètres dans la vallée du Var (commune d'Entrevaux), 489 mètres au débouché des gorges du Verdon (commune de La Palud-du-Verdon), 648 mètres dans la vallée de l'Asse (commune de Chaudon-Norante). Le dénivelé est partout vigoureux, et l'altitude maximale est atteinte à 3 051 mètres, au Mont Pelat (commune d'Allos).

Réputé pour ses contraintes topographiques, le Pays est de toutes parts difficile d'accès : à l'ouest, la vallée de l'Asse est barrée par la clue de Chabrières, et les imposants reliefs du bloc de Majastre le séparent du plateau de Valensole ; au sud-ouest, le Verdon s'encaisse dans des gorges vertigineuses qui marquent à peu près la limite avec le département du Var et le plateau de Canjuers ; au sud-est, la vallée de l'Estéron bute sur la clue de Saint-Auban ; à l'est, les clues d'Entrevaux, du Pont de Gueydan et les gorges de Daluis barrent la vallée du Var ; au nord, les montagnes élevées séparent des vallées de la Bléone, de l'Ubaye et de la haute vallée du Var.

Ce territoire montagneux fait partie de la haute Provence, géographiquement définie par « l'altitude et le climat où le facteur limitant du froid s'ajoute à celui de la sécheresse », caractérisée par une intériorité et un isolement induisant de faibles densités humaines et un dépeuplement ancien, un mode vie agropastoral traditionnel aujourd’hui révolu mais qui a laissé des traces prégnantes dans le paysage actuel, alors que l'industrie et les réseaux de communication sont peu développés. Par ailleurs, cet espace à fortes contraintes est lié par une langue commune, le provençal gavot, qui connaît des variations locales.

Situé au contact des zones alpines et méditerranéennes, ce pays est un espace où les limites climatiques sont fragmentées selon les altitudes, les pentes et les expositions. Sa variété territoriale offre un grand nombre de possibilités naturelles, mises en valeur par des utilisations anthropiques évolutives selon les époques, régissant l'économie rurale des communautés montagnardes.

La vallée du Var entre la clue de Gueydan (à l'extrême droite), le pont Noir et la clue d'Entrevaux (à l'arrière-plan).La vallée du Var entre la clue de Gueydan (à l'extrême droite), le pont Noir et la clue d'Entrevaux (à l'arrière-plan). Paysage de la haute vallée du Verdon avec le village de Villars-Colmars.Paysage de la haute vallée du Verdon avec le village de Villars-Colmars.

La vallée de la Vaïre depuis la route départementale 32 menant à Peyresq au nord. La vallée de la Vaïre depuis la route départementale 32 menant à Peyresq au nord. Les Gorges du Verdon à La Palud-sur-Verdon.Les Gorges du Verdon à La Palud-sur-Verdon.

Localisation des quatre zones ou secteurs du Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var.Localisation des quatre zones ou secteurs du Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var.

II. Les modes de groupement et d’implantation du bâti sur le territoire

Sous l’Ancien Régime, la haute Provence était partagée en plusieurs « Pays » qui correspondaient approximativement aux anciennes vigueries, divisions administratives de l’époque moderne. L’actuel Pays A3V, historiquement axé sur le Verdon, englobe totalement le territoire des anciennes vigueries de Colmars, Barrême, Castellane et Annot, et il inclut une partie de celles de Moustiers, Guillaumes et Barcelonnette.

À une échelle plus locale, les communes sont issues des communautés rurales installées dès l’époque médiévale. Elles forment le cadre territorial d’un habitat organisé en villes, villages et écarts, ces derniers étant désignés sous le terme « hameaux » par le cadastre. Ces agglomérations, dans lesquelles chacun se reconnaît comme membre d’une même communauté, sont complétées par de multiples fermes et entrepôts agricoles dispersés.

Aujourd’hui, aucune agglomération du territoire ne peut être réellement qualifiée de ville, en tout cas d’un point de vue démographique, puisque nulle part la population n’atteint les 2 000 habitants. Mais ce n’était pas le cas au milieu du 19e siècle à Castellane, ou même à Entrevaux. D’autre part, il existait à cette époque une diversité des activités autres qu’agricoles ou artisanales dans la plupart des chefs-lieux de canton, où officiaient notaires, médecins, juges de paix, etc. représentant la bourgeoisie rurale. Cette pluralité d’activités socio-économiques est bien un caractère spécifique aux agglomérations supra-villageoises.

Le territoire a constamment évolué, tout en conservant certains caractères spécifiques. En effet, selon les époques et en fonction des règles socio-culturelles ou des pratiques agricoles dirigeant les usages spatiaux, les utilisations d’un même terroir ont pu fluctuer, influençant en même temps la localisation des pôles d’attraction que sont les agglomérations. Les défrichements de l’époque sont par exemple l’illustration de cette élasticité temporelle des terroirs : jusqu’alors seulement parcouru de manière extensive, le saltus accessible est devenu une réserve de sols cultivables1. De même, la profonde déprise humaine entamée dès le milieu du 19e siècle a modifié les usages territoriaux, abandonnant des quartiers ruraux malcommodes et en reboisant d’autres. Ainsi, les usages du territoire, la localisation de son bâti et l’aspect de ses paysages ruraux – tous éléments soumis aux dynamiques des interactions hommes-milieu – ne sont pas restés immuables.

Pour autant, comme cela a été dit plus haut, il existe une remarquable stabilité des limites territoriales depuis le milieu de l’époque médiévale. Et sur un temps encore plus étendu, on observe la permanence de l’idée d’un perchement de l’habitat. Ce phénomène, qui s’étend sur trente siècles et traverse diverses périodes socio-économiques, débute à l’époque protohistorique avec l’implantation des oppida. Ce genre de sites très haut placés, moins fréquenté à l’époque romaine mais probablement pas abandonné, connaît un renouveau dès l’Antiquité tardive, époque à laquelle se réinstallent ou s’implantent les castellars, jusqu’au milieu de l’époque médiévale. La création des multiples castra au cours du second Moyen Âge témoigne tout à fait de l’existence conjointe d’une évolution temporelle de certaines pratiques territoriales et d’une permanence pour d’autres principes : certes ces castra sont installés plus bas en altitude pour se rapprocher des zones de cultures, mais ils demeurent perchés sur une position dominante – emplacement que conservent aujourd’hui encore plusieurs villages.

Le bourg castral de Barrême sommé de la chapelle Saint-Jean. Le village s'étend au pied du piton de calcaire marneux.Le bourg castral de Barrême sommé de la chapelle Saint-Jean. Le village s'étend au pied du piton de calcaire marneux.

1. La commune

Les lois révolutionnaires et républicaines de 1789 instituant les 62 communes du Pays2 n’ont fait que prolonger un cadre administratif déjà solidement constitué au 13e siècle : celui des communautés urbaines et villageoises, qui ont su résister autant à la fragmentation du tissu féodal qu’aux errements du réseau paroissial. L’effondrement démographique de la fin du Moyen Âge, provoqué par la Peste noire et les ravages des Grandes Compagnies, en avait déjà fait disparaître quelques-unes.

La déprise humaine du 19e siècle, qui débute presque partout entre 1810 et 1850, n’a pas immédiatement donné lieu à des remaniements communaux, mais elle a créé les conditions d’une modification territoriale sensible dès le début du siècle suivant. En 1971 la loi Marcellin impose la fusion des communes les moins peuplées. Alors que le département des Basses-Alpes vient de troquer son nom pour celui d’Alpes-de-Haute-Provence, pas moins de dix communes disparaissent en l’espace de deux ans seulement3. En définitive, en moins de deux siècles, le Pays a perdu un tiers de ses communes, passant de 62 à 41.

Expression de la variété du territoire, les superficies de ces anciennes communes montrent de grandes disparités. Ainsi, les superficies communales sont réparties en cinq catégories : très petites communes (moins de 5 km², 5 % de l’ensemble), petites communes (entre 5 et 15 km², 28 %), communes moyennes (entre 15 et 40 km², 43 %), grandes communes (entre 40 et 70 km², 17 %), très grandes communes (plus de 70 km², 7 %).

Les trois plus petites communes du Pays ont, ou avaient, une superficie d’environ 4,5 km² : Castellet-les-Sausses, Saint-Jacques et Villars-Brandis, sans prendre en compte la minuscule et éphémère commune du Plan-de-Puget. Elles sont localisées dans les différentes zones du Pays, à l’exception du haut Verdon. C’est en revanche cette dernière zone qui accueille les trois plus grandes communes, comprises entre 80 et 116 km² : Allos, Colmars et Thorame-Haute. La répartition spatiale de ces superficies communales extrêmes révèle un antagonisme marqué entre le haut Verdon, zone de haute montagne où les communes sont étendues, et le reste du Pays où la situation est plus variée.

Vue d'ensemble de la plaine haut-thoramaise depuis la route départementale 908 menant à l'écart de la Colle-Saint-Michel. Au fond, la montagne de Chamatte.Vue d'ensemble de la plaine haut-thoramaise depuis la route départementale 908 menant à l'écart de la Colle-Saint-Michel. Au fond, la montagne de Chamatte.

Mais chaque zone possède ses spécificités. Ainsi, en moyen Verdon, ce sont les petites communes qui sont les plus nombreuses, suivies par les communes moyennes. Dans le bassin-versant du Var, entre un quart et un tiers des communes sont petites, alors que la grande majorité sont de taille moyenne. Dans les vallées d’Asses, la situation est plus nuancée, avec une répartition égale entre moyennes et grandes communes. Enfin, en haut Verdon, on relève que, si un tiers des communes sont de taille moyenne, près de la moitié ont de très grandes superficies.

Cette variété dans la répartition spatiale correspond à un phénomène commun à l’arc alpin et même jurassien, où les communes de haute montagne, couvertes pour bonne partie de forêts et de pâturages d’altitude, sont de grande dimension, alors que celles cantonnées en vallées sont de taille beaucoup plus réduite. Car en zone d’altitude moindre, les meilleurs rendements des cultures – bien que tous relatifs dans le cas du Pays – offrent une autonomie possible pour des communautés installées sur des terroirs restreints et juxtaposés. Par ailleurs, dans le sud du Pays, les grandes communes paraissent correspondre à des territoires où il y a eu fusion de plusieurs entités castrales autrefois indépendantes. On peut citer par exemple Clumanc, qui réunit plusieurs finages depuis le 16e siècle (Clumanc, Saint-Honorat, Douroules et Labaud), ou Peyroules (Ville, la Bâtie, la Foux et le Mousteiret). Plusieurs autres communes sont également dans ce cas4.

En zone de montagne aux pentes raides, la topographie des principales lignes de crête constitue l’armature des limites des finages communaux. En revanche, les cours d’eau principaux servent d’axes et non de limites puisque les versants opposés – adret et ubac – ont des usages complémentaires et que l’eau peut être utilisée sur chaque rive pour faire tourner les moulins et irriguer prairies, vergers et jardins. À Allons, Annot, Barrême, Blieux, Entrevaux, Montblanc, Saint-André, Senez ou Taulanne, le territoire communal correspond à une entité topographique homogène, souvent encadrée par les crêtes des pentes environnantes. Toutefois, d’autres communes sont enclavées dans des reliefs qui fragmentent et dispersent leur territoire agricole. À Demandolx, Robion ou Villevieille, elles occupent un amphithéâtre perché. À Castellane, Chasteuil, Rougon, Taloire, Ubraye ou Castellet-lès-Sausses, elles s’inscrivent dans une topographie morcelée, très cloisonnée et marquée par un fort étagement altitudinal. C’est bien sûr aussi le cas des communes alpines du haut Verdon, et singulièrement de Peyresq, dont l’ancien territoire, marqué par les montagnes d’estive, est dépourvu de plaine, ce qui lui a fait développer la culture en terrasses.

La vallée étroite de l'Asse de Blieux au niveau du village de Senez.La vallée étroite de l'Asse de Blieux au niveau du village de Senez.La large vallée de l'Asse de Clumanc.La large vallée de l'Asse de Clumanc.Vue de situation de l'écart de Peyresq dans son contexte paysager depuis la route départementale 32 (on devine les restes des terrasses de cultures en contrebas de l'ancien village).Vue de situation de l'écart de Peyresq dans son contexte paysager depuis la route départementale 32 (on devine les restes des terrasses de cultures en contrebas de l'ancien village).

2. Le bâti groupé

a. Le village et ses aménagements spécifiques

Sur ce point, consulter le dossier de référence Villages du Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var : IA04003152.

b. L’écart et ses aménagements spécifiques

Implantation

La constitution des premiers écarts remonte au moins à la seconde moitié du Moyen Âge, puisque certains apparaissent dans les textes des 13e et 14e siècles5, la polarisation médiévale de l’habitat n’ayant pas abouti à une concentration exclusive en villages. Quelques-uns parmi les plus anciens remontent peut-être au premier Moyen Âge et peuvent avoir survécu à une captation par le nouveau bourg castral, alors que d’autres semblent être des créations de la fin du Moyen Âge. La diffusion de l’habitat en écarts est plus précoce et plus marquée dans le haut Verdon et dans la vallée de l’Asse de Clumanc, où elle s’accompagne d’ailleurs d’un régime de franchises plus général. À Allos ou à Thorame-Basse, l’habitat dispersé est attesté dès la seconde moitié du 14e siècle, à Clumanc dès le 15e siècle.

C’est donc sans surprise qu’on les trouve plus nombreux dans ces deux zones : on en compte 22 à Clumanc, 15 à Chaudon-Norante et 14 à Allos. Ailleurs, la situation est plus contrastée. Castellane ou Entrevaux, dont le terroir est assez riche, en regroupent respectivement 13 et 11. Mais d’autres communes en possèdent beaucoup moins. En fait, le nombre d’écarts ne dépend pas tant de la superficie communale que du potentiel agraire du terroir et de son cloisonnement. En outre, hors du haut Verdon, une forte densité d’écarts et de fermes isolées est corrélée à l’absence d’un véritable village chef-lieu, comme développé plus haut. Les crises du 14e siècle ont pu aussi laisser un désert démographique, plus tard contré par un repeuplement pionnier dirigé ou spontané.

Généralement éloignés du village, les écarts sont répartis en fonction des discontinuités des terroirs dues à une topographie accidentée : vallée secondaire, versant disjoint, combe, replat, méandre. Parfois, des petits écarts se sont installés en périphérie du village, comme à Chaudon, à la suite d’un phénomène d’étalement de la population villageoise en grappes familiales disjointes. Plusieurs gros écarts peuvent être considérés comme des petits villages, même s’ils n’ont pas de fonction administrative : Rouaine (Annot), Gévaudan (Barrême), La Palud et la Beaume (Castellane), la Bâtie (Peyroules), Rouainette (Ubraye). Quant à celui de Villars-Colmars, il a pris suffisamment d’importance pour être détaché de sa commune-mère en 1792. Les écarts plus modestes, eux, sont parfois le fruit de l’expansion progressive d’une ferme isolée, en liaison avec l’accroissement démographique de la cellule familiale originelle. Cette dynamique, d’ailleurs similaire à celle des quartiers familiaux villageois6, est à l’origine de « hameaux familiaux », souvent nommés par un nom de famille mis au pluriel : les Fabres, les Michels, les Reybauds, etc. On les rencontre également sous la forme « Aco de... » Cette appellation vient du latin populaire in casa de..., littéralement « dans la maison de... », comme le mot français chez. Elle existe sur l’ensemble du territoire : Aco de Mondon et Aco de Gravier à Beauvezer, Aco des Reynauds et Aco de Chaix à Demandolx, Aco de Brun à Eoulx, Aco de Madame à Ubraye, Aco de Vial et Aco du Gros à Villars-Colmars. Enfin, les écarts et les fermes peuvent être aussi nommés par d’autres appellations récurrentes : « Forest », « Villars » ou « Villard ». La première, très fréquente en Ubaye et dans les Hautes-Alpes, se retrouve surtout dans le haut Verdon et dans les vallées d’Asses, plus ponctuellement à Allons ou Taloire. Ce terme vient du latin populaire foresti qui signifie « de l’extérieur, éloigné ». En provençal, un étranger se dit un fourestié (un forain en français), et en haute Provence lou fourest désigne un groupe d’habitations à l’extérieur du village, isolé ou éloigné. Les termes Villars ou Villard viennent du latin populaire villare, qui désignait à l’époque médiévale un écart « distinct mais dépendant de la villa », avant d’évoluer pour définir « des hameaux dépendants d’une bourgade principale7 ».

Rouainette, écart de la commune d'Ubraye, vue aérienne oblique depuis le sud-est.Rouainette, écart de la commune d'Ubraye, vue aérienne oblique depuis le sud-est. Vue aérienne du village de Braux avec l'écart de Sous-Ville en bas à droite.Vue aérienne du village de Braux avec l'écart de Sous-Ville en bas à droite.

Morphologie et fonctions

Comme pour toute agglomération, l’emplacement et la morphologie des écarts découlent de contraintes géographiques autant que d’évolutions historiques, sociales et économiques. Pour certains, leur urbanisme se rapproche de celui des petits villages, mais d’autres sont bien spécifiques, tant dans leurs formes (bâti dense à îlot unique, bâti lâche, agglomération organisée en paire ou en grappe…) que dans leurs fonctions (écarts de fermes ou d’entrepôts agricoles).

De nombreux écarts sont structurés en quartiers plus ou moins disjoints, l’éloignement pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres, organisation que l’on retrouve d’ailleurs plus au nord dans les Alpes, par exemple dans le Queyras8. Ici, la disjonction la plus fréquente est celle d’une paire d’écarts, intégrant bien souvent un étagement altitudinal entre les deux parties. Renvoyant aux principes de la « ferme éclatée » déjà développés, cette disposition répond à une volonté d’installer les bâtiments – habitations et dépendances – au plus près des zones de production. Ce fonctionnement en binôme se rencontre sur l’ensemble du territoire, où il est classiquement nommé par les préfixes ou suffixes toponymiques « Haut » et « Bas ».

Les écarts qui fonctionnent comme des petits villages ne s’en distinguent que par leur importance, d’ailleurs toute relative. Comme eux, ils sont constitués d’îlots de maisons en hauteur mitoyennes et leur aspect urbain est caractérisé par des rues et ruelles à peu près horizontales, parallèles les unes aux autres et reliées entre elles par des traverses ou « andrones ». On y retrouve les principes de la « ferme éclatée », avec la présence fréquente d’un quartier regroupant aires à battre et bâtiments agricoles. En revanche, la densité du bâti y est plus faible : les maisons comportent moins de niveaux que celles des villages, alors que la proportion d’escaliers extérieurs est plus importante. Ils n’ont pas non plus connu l’installation d’un nouveau pôle administratif décentré et, lorsqu’une éventuelle école a été bâtie en périphérie, le déclin démographique l’a généralement laissée isolée jusqu’à la seconde moitié du 20e siècle – quand quelques maisons pavillonnaires ont pu l’accompagner.

Allos. Vue aérienne prise du sud-ouest avec les écarts de Villard-Bas (à droite) et de Villard-Haut (au fond à gauche).Allos. Vue aérienne prise du sud-ouest avec les écarts de Villard-Bas (à droite) et de Villard-Haut (au fond à gauche).

Les écarts spécialisés

Écarts de fermes : regroupement de fermes et de quelques bâtiments agricoles plus ou moins disjoints, ces écarts présentent un bâti assez lâche. Cette forme d’urbanisme se rencontre surtout dans le haut Verdon, par exemple au Villard (Allos), à Clignon (Colmars) ou au Plan (Beauvezer). Mais elle peut aussi apparaître ponctuellement ailleurs : à la Rivière ou à Toueste (Clumanc), à Laval (Ubraye), à Bay (Entrevaux)… Les bâtiments sont généralement adossés à la pente et les fermes sont séparées les unes des autres par une aire à battre ou par une cour ouverte sur le chemin, montrant une certaine perméabilité entre espace privé et espace public. Quelques fermes peuvent aussi être mitoyennes entre elles, et parfois ce type d’écart intègre malgré tout un véritable quartier périphérique d’entrepôts agricoles et d’aires à battre, comme à la Foux (Allos).

Écarts d’entrepôts agricoles : l’existence d’ensembles bâtis à fonctions spécialisées associant bâtiments agricoles et aires à battre a déjà été soulignée plus haut lorsque, rattachés à un pôle d’habitat – village ou écart – ils s’organisent en un ou plusieurs quartiers agricoles périphériques. Dans les campagnes, des groupements similaires existent aussi. Certains sont associés à une concentration de terrains cultivables (céréales et/ou fourrages) plus ou moins éloignés des habitations, secteur qui constitue alors un pôle agricole. D’autres sont installés à des endroits favorables : carrefour bien situé entre plusieurs terroirs, emplacement isolé d’accès aisé au pied d’un village perché, etc.

3. Le bâti isolé

Hors des villages et des écarts, les zones agricoles sont parsemées de fermes isolées, de multiples bâtiments agricoles et de quelques abris de cultivateurs. Des bergeries (jas) et des cabanes pastorales sont disséminées dans les zones incultes où le pâturage extensif est roi.

Dispersées selon la richesse des terres, les fermes ponctuent les zones agricoles les plus généreuses, parfois centrées sur des micro-terroirs très enclavés. Pour quelques-unes, le bâti conservé remonte à l’époque médiévale et témoigne d’anciens fiefs laïcs ou ecclésiastiques. Mais la plupart datent de l’époque moderne, à partir du 16e siècle autour d’Annot, et dans le reste du territoire des 17e et surtout 18e siècles, périodes d’expansion anthropique. Si les implantations de fermes postérieures aux cadastres napoléoniens (années 1810-1840) sont marginales, le 19e siècle est une période qui voit de nombreux ajouts, réaménagements, extensions, surélévations, ou plus rarement reconstructions. Elle est aussi celle de l’augmentation du nombre des bâtiments agricoles ou pastoraux dispersés.

Ceux-ci, éparpillés dans le finage, constituent les dépendances disjointes d’exploitations familiales dont le siège se trouve dans un village, dans un écart ou dans une ferme. Ils sont répartis sur l’ensemble des zones cultivées, leur densité étant fonction à la fois de la qualité de la production micro-locale et de l’éloignement des habitations. Certains témoignent de l’expansion agricole des 18e et 19e siècles. Ils se trouvent généralement isolés, dans des quartiers de conquête et installés au milieu ou en bordure de parcelles épierrées et parfois terrassées. Les plus modestes sont de simples cabanes de cultivateurs ou de bergers en pierre sèche, adossées à la pente ou au rocher, ou incluses dans un mur de soutènement. Un peu plus volumineux, les petits entrepôts servaient d’abri aux outils et aux hommes, de remise, de hangar à foin, d’étable... Ces fonctions de base pouvaient être diversement complétées : séchoir, citerne, logis saisonnier, pigeonnier, etc.

À ces deux grandes familles de constructions dispersées, fermes et bâtiments agricoles (auxquels on associera les cabanes de bergers ou d’estive), il faut ajouter toutes les autres constructions annexes et parfois éloignées qui complètent l’aménagement agricole des terroirs : quelques puits et citernes, des bassins d’arrosage et de nombreux canaux d’irrigation, des milliers de kilomètres linéaires de murs de soutènement pour les chemins et les terrasses de cultures, d’innombrables pierriers et clapiers d’épierrement. Autant d’éléments bâtis qui, malgré leur abandon plus ou moins prononcé, témoignent d’un aménagement méthodique et réfléchi du territoire et montrent encore aujourd’hui un paysage véritablement façonné par l’homme.

Castellane. Entrepôt agricole multifonctionnel isolé dans le finage, quartier d'Escoulaou.Castellane. Entrepôt agricole multifonctionnel isolé dans le finage, quartier d'Escoulaou. La Garde. Ferme isolée aux Clarnes.La Garde. Ferme isolée aux Clarnes.

III. Mettre en valeur le foncier : une économie d’abord fondée sur l’agriculture et l’élevage

1. S’adapter aux particularités locales

Les fortes contraintes spatiales à l’œuvre ont à un « relatif cloisonnement-enfermement de collectivités paysannes pauvres », installées sur des « terroirs de nécessité9 » très morcelés. La dispersion est une marque prononcée du système agropastoral traditionnel de la haute Provence, consécutive d’une mise en valeur maximale des potentialités agricoles et pastorales exacerbée par une forte pression démographique. Soumises à un relief malcommode et à un climat très contrasté, les communautés rurales ont cherché à optimiser leurs pratiques culturales dans les zones favorables (terrasses, épierrement, irrigation, drainage, etc.) et à utiliser au mieux les grands espaces incultes du saltus, notamment par le pâturage. Cette structuration, mise en place dès le Moyen Âge, a entraîné l’intensification des espaces agricoles utiles.

Historiquement étagées entre vallées et replats, versants et sommets, les productions s’inscrivaient dans une économie vivrière essentiellement destinée à l’autoconsommation locale, et ceci jusqu’à l’équipement tardif du pays en vraies routes et voie ferrée. Jusqu’à l’époque subactuelle, l’agriculture est restée dépendante de l’élevage (surtout ovin) qui, par sa fumure, permettait de cultiver des terres pauvres.

Les rivières drainant des reliefs raides, les véritables « plans » ou plaines sont réduits. Les fonds de vallées les plus larges, les replats favorables sont fréquemment encombrés par des zones stériles : graviers des cônes de déjection des ravins tributaires, roubines marneuses, etc. Ils étaient traditionnellement dédiés aux cultures potagères (jardins), fourragères (prés de fauche irrigués) ou céréalières. Grâce à la diversité des productions agricoles, on tirait parti au maximum des versants : bien sûr ceux à l’adret – plus favorables en intersaison et en hiver, mais trop souvent véritables « cagnes » desséchées au cœur de l’été – mais aussi certains secteurs à l’ubac propices à des cultures tardives nécessitant un peu plus de fraîcheur estivale. Les pentes bien exposées étaient aménagées en terrasses de cultures, restanques, planches ou « banquets », qui retiennent la terre et en accroissent l’épaisseur, tout en évitant qu’elle ne soit emportée par le ruissellement. L’empilement de ces terrasses transforme parfois les versants en escalier géant, dont chaque marche est souvent partagée entre plusieurs propriétaires. En effet, si chaque terrasse est soutenue par un mur en pierre sèche adossé perpendiculairement au sens de la pente, le parcellaire est généralement implanté parallèlement au sens de cette même pente. Cette disposition foncière permettait à chaque propriétaire de profiter au mieux de l’étagement altitudinal du versant, tout en favorisant une certaine mutualisation de l’entretien des murs, la cohésion et la solidité de l’ensemble intéressant chacun. Ces terrasses étaient plantées selon la nature du sol, son exposition, son altitude, soit en céréales (blé, orge, avoine, seigle…), soit en légumineuses (lentille, pois chiche, fève…), et parfois en vignes. Ces cultures étaient en complantation, souvent avec des arbres fruitiers10. La complantation, appelée aussi agriculture à deux étages, consistait en une technique associant les cultures vivrières et d’autres sur une même parcelle, en lignes, selon une organisation appelée « outins et oulières », ou dispersées dans l’ager. Elle était répandue de manière quasi uniforme sur le territoire de l’A3V, mais ne s’observe plus que de manière résiduelle aujourd’hui.

Paysage de la haute vallée du Verdon.Paysage de la haute vallée du Verdon.Tartonne. Paysages de marnes et poche de culture.Tartonne. Paysages de marnes et poche de culture.Exemple de complantation dans la moyenne vallée du Verdon (Saint-André-les-Alpes) : fruitiers, herbe et lavande.Exemple de complantation dans la moyenne vallée du Verdon (Saint-André-les-Alpes) : fruitiers, herbe et lavande.Terrasses de cultures aménagées sur les pentes dans le quartier de la Blachoune au nord-est de la Colle-Saint-Michel. Vue depuis le sud.Terrasses de cultures aménagées sur les pentes dans le quartier de la Blachoune au nord-est de la Colle-Saint-Michel. Vue depuis le sud.La plaine thoramaise depuis le sud avec le finage des terres de la Condamine, les cultures de versant et la montagne de Chamatte où se pratique l'estive.La plaine thoramaise depuis le sud avec le finage des terres de la Condamine, les cultures de versant et la montagne de Chamatte où se pratique l'estive.

Les secteurs incultes, les plus nombreux, étaient traditionnellement dédiés au pâturage extensif, valorisant ainsi la plus grande part possible du saltus. Les documents cadastraux de la première moitié du 19e siècle les mentionnent comme lande, terre vague, bruyère ou buissière. L’homme y a parfois favorisé certaines espèces utilitaires : le sumac autour de Castellane, localement appelé rous11 ; le pistachier dans le secteur d’Entrevaux, où sa résine était utilisée ; le genévrier cade, dont on tirait une huile ; le buis, qui servait notamment à la fabrication du fumier12 ; le genêt, dont les usages étaient multiples : balais, chaume. C’est également là que poussaient les lavandes sauvages, dans des « baïassières ». Les zones d’altitude, crêtes et sommets situés au-dessus de la limite forestière, étaient dédiées aux alpages d’estive, accompagnés d’un bâti spécifique de cabanes pastorales, d’enclos et de bergeries (REF=IA04002770)13.

D’une manière générale, la pauvreté des sols de nombreux quartiers agricoles obligeait à une jachère sur plusieurs années, parfois jusqu’à cinq ans. Les terrains laissés en repos étaient néanmoins pâturés, complétant utilement les parcours extensifs des terres incultes. Dans la partie nord du territoire, les conditions étaient encore plus rudes. Il faut rappeler qu’ « avant l’arrivée salvatrice de la pomme de terre, généralisée au 19e siècle, l’agriculture de haute montagne, qui repose avant tout sur les céréales, est une agriculture de l’extrême14 ». Avec l’altitude, il fallait composer avec une réduction de la période végétative, impliquant une jachère climatique : la maturité tardive des grains engendre des moissons d’automne et empêche de semer à la bonne époque les céréales d’hiver, obligeant à attendre l’année suivante.

2. Un système de polyculture vivrière, marginalement dédié à l’exportation

a. Les grands principes

La polyculture constituait la règle autour du maximum démographique (vers 1830-1840), ce qui ne saurait surprendre dans un contexte de valorisation intensive des espaces, en fonction de la nature du terrain, de l’exposition, de la géographie de l’exploitation et des conditions climatiques. La culture céréalière s’avérait indispensable en tant que base du régime alimentaire, et là également, la nature de la céréale différait selon les mêmes variables qu’énoncées ci-dessus. Ainsi le blé – ou le froment – était-il réservé aux terres d’un meilleur rendement, de préférence à l’adret, mais l’altitude entrait également en considération. Il était majoritaire, dans les vallées de l’Asse, de la Vaïre, du moyen Verdon et du haut Verdon, et on pouvait le trouver relativement haut dans le relief, entre 1 000 et 1 200 m d’altitude à Lioux, écart de Senez considéré comme le grenier à blé de la commune. Villars-Colmars jouait le même rôle pour Colmars. En revanche, malgré une exposition favorable, et compte tenu de la nécessité de trouver des espaces de cultures toujours plus élevés, le Suillet, à Peyresq, au-delà de 1 500 m, ne pouvait offrir mieux que le seigle. On produisait aussi de l’avoine, de l’orge, du froment, du méteil et de l’épeautre. Autour d’Annot, le substrat gréseux empêchait la production de blé, remplacé par celle du seigle. Les fruitiers étaient nombreux : noyers, poiriers, pommiers, pruniers, cognassiers, amandiers, cerisiers dans une moindre mesure, figuiers parfois, selon la zone (à La Palud-sur-Verdon ou à La Rochette), y compris dans le haut Verdon (on trouvait ainsi des cerisiers et des mirabelliers au-delà de 1 500 m d’altitude à Colmars). Ils offraient des compléments indispensables, pour des produits qui pouvaient s’avérer lucratifs car véritablement renommés. On pense surtout à la culture du prunier, très importante, autant dans les vallées d’Asses qu’autour de Castellane et dans la vallée du Var : la fameuse « pistole », spécialité de prune séchée était particulièrement prisée). Les jardins à l’arrosage et les zones de cultures sèches apportaient d’autres compléments alimentaires essentiels (haricots, pommes de terre, tomates, carottes, betteraves, blettes, céleri, melons, salades, choux, pois chiches, lentilles, fèves, courges, etc., ainsi que des condiments sous forme de plantes aromatiques : ail, oignon), en quantité et nombre variés selon les communes. Outre la pistole, qui s’exportait, il existait occasionnellement un système de spéculation sur la tardivité des récoltes. L’écart entre les calendriers de récolte ou de production d’un même produit entre la montagne et le littoral permettait en effet de jouer sur les prix.

 

b. Les cultures et productions spécifiques

Le sol gréseux du terroir annotien a permis la présence d’une vaste châtaigneraie, implantée parfois en complantation sur les terrasses, mais surtout menée en pré-verger. D’après les chiffres des cadastres napoléoniens, cette châtaigneraie occupait près de la moitié de la surface forestière d’Annot, un tiers de celle de Braux et du Fugeret, mais seulement 5 % à Méailles et encore moins à Saint-Benoît15. On retrouve aussi quelques châtaigniers dans les grès de La Rochette et de Saint-Pierre.

La culture de la vigne était présente partout ou presque. Préférentiellement installés sur des replats d’adret exigus, sur des éboulis de pentes ou sur des petits cônes de déjection bien exposés et à l’abri des fonds humides et froids, ces vignobles étaient limités à quelques hectares, voire à quelques ares. Sur le modèle des vergers fruitiers, les rangées de vigne étaient « séparées par une bande de terre de trois ou quatre mètres de largeur qu’on labourait et qu’on ensemençait en grains ou en légumes », mais seulement une année sur deux16. Parfois, comme à Annot ou à Entrevaux, des vignes de raisin de table étaient menées en treille sur des arbres fruitiers : pommiers, poiriers, pruniers. Mais la majeure partie de cette production était transformée en vin, lequel était principalement réservé à la consommation locale. Les nombreuses cuves à bouillir que l’on observe encore aujourd’hui dans les fermes et dans les maisons – généralement maçonnées et carrelées, mais parfois en bois comme à Sausses – témoignent de l’importance passée de cette culture. Les ravages du phylloxéra ont réduit à néant les vignobles du pays dès la première moitié des années 1870 et, concurrencés par les vins d’importation, ils n’ont été que peu replantés. Il faut toutefois signaler quelques exceptions, comme le domaine viticole du Plan du Coulomp à Saint-Benoît, installé dans les années 1885 et bénéficiant d’un accès direct à la voie ferrée pour expédier sa production.

L’olivier est sensible au gel et son biotome, au-delà duquel il ne peut pousser sans danger, est souvent considéré comme une frontière entre basse et haute Provence. Dans le Pays, on ne le rencontre qu’en périphérie, aux franges sud-est et sud-ouest du territoire. Avant tout destinée à la production d’huile, cette culture, qui se conduit dans le long terme, est présente de façon très ponctuelle au débouché des gorges du Verdon (quartier de Mairestre à La Palud) et dans le bassin de l’Estéron (quartier du Cheinet à La Rochette). Elle est beaucoup plus importante en vallée du Var. Attestée à Castellet-les-Sausses et à Sausses, c’est surtout à Entrevaux qu’elle est la plus développée. Les oliveraies y sont plantées en terrasses jusqu’à une altitude d’environ 750 mètres, et certaines sont mentionnées comme irrigables dans les documents cadastraux des années 1810. De fait, la commune d’Entrevaux est la seule où l’on trouve quelques moulins spécialisés dans la production de l’huile d’olive. Ailleurs, c’est la prédominance de l’amandier et des noyers. L’huile que fournissaient ces derniers servait autant pour la consommation humaine que pour l’éclairage. Elle était produite par des moulins spécifiques, généralement installés en complément de moulins à farine.

La production de l’herbe n’a rien d’anodin dans un pays où l’équilibre agropastoral impose de disposer de fourrage pour le cheptel, notamment en prévision de la période hivernale. Les zones humides ou marécageuses en fond de vallées ou sur des replats, sillonnées de canaux servant selon la saison au drainage ou à l’arrosage, étaient presque systématiquement utilisées comme prés de fauche. Mais les prairies d’altitude et les zones d’estive servaient aussi à la culture fourragère pour le cheptel. On remarque, certes ici encore à la marge, une tendance à spéculer sur ce type de production, en lien avec le marché côtier. Ainsi Jean-Baptiste Blanc, propriétaire cultivateur, négociant et éleveur transhumant de La Colle-Saint-Michel au tournant du 18e siècle, n’hésitait pas à procéder de la sorte sur les prix de ses récoltes, jouant sur son réseau étendu et sa présence en des lieux variés pour écouler une denrée qui faisait l’objet d’une pénurie dans l’arrière-pays provençal.

Le Fugeret. Paysage de châtaigneraie.Le Fugeret. Paysage de châtaigneraie. Entrevaux. Vigne et oliviers au quartier du Brec.Entrevaux. Vigne et oliviers au quartier du Brec. Culture mécanisée de l'herbe à Thorame-Haute.Culture mécanisée de l'herbe à Thorame-Haute.Paysage d'oliveraie avec terrasses de cultures au quartier de la Fouent de Castel à Entrevaux.Paysage d'oliveraie avec terrasses de cultures au quartier de la Fouent de Castel à Entrevaux.

André de Réparaz a pu parler de « spéculation passionnée » à propos de la lavandiculture, qui a représenté une véritable manne économique pour les habitants du territoire d’étude en particulier, et en général pour de larges zones de l’ancien département des Basses-Alpes. Contrairement aux autres types de cultures évoqués jusqu’à présent, celle de la lavande est circonscrite dans des bornes chronologiques restreintes, entre 1880 et la fin des années 1960. De façon significative, la grande aventure de la distillerie d’avant-garde Schimmel puis Mane, à Barrême, s’achève à cette époque, lorsque l’usine ferme ses portes en 1972 après soixante années d’exercice, clôturant un épisode intense mais finalement court – moins d’un siècle (voir REF=IA04000360 et IA04000359)17 . En outre, elle est intimement liée au marché des parfumeurs grassois qui prit son véritable essor au début du 20e siècle – et atteignit son âge d’or dans les vallées du Verdon et des Asses durant l’entre-deux-guerres, ce qui entraîna l’aménagement de champs de lavande fine – les lavanderaies artificielles – pour approvisionner la demande en hausse constante, et pallier ainsi l’insuffisance des baïassières naturelles présentes sur les versants d’altitude du Pays A3V18. La zone d’enquête se caractérise par la culture de la lavande fine ou vraie. Celle-ci diffère de la lavande aspic et surtout du lavandin. Le lavandin, plus résistant et assurant des rendements plus élevés en essence mais de moindre qualité, offrait des débouchés industriels donc commerciaux très importants. Le territoire d’enquête, qui avait d’emblée misé sur la lavande fine en lien avec le marché des parfumeurs grassois, subit de plein fouet la crise de la lavandiculture au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le déclin reposait sur plusieurs facteurs. En premier lieu, le Pays A3V ne pouvait concurrencer d’autres zones de cultures à l’ouest de la Durance (autour de Sault et dans les Baronnies provençales), parfaitement adaptées à la mécanisation, donc à une production plus forte. Le lavandin ensuite, plus rentable qu’un marché de niche réservé à une clientèle fortunée mais très réduite, sapa les bases de l’économie lavandicole locale. L’instabilité des cours, enfin, contrariait toute projection sur le long terme. Ces facteurs cumulés eurent finalement raison de la culture de la lavande fine sur place. Il ne reste plus de cette activité autrefois florissante mais volatile que quelques rares plantations (essentiellement autour de Saint-André-les-Alpes et Moriez), des champs abandonnés et des baïassières inexploitées. Plusieurs petites distilleries artisanales, constituées d’alambics à feu nu abrités dans un bâtiment ou sous un hangar, subsistent encore en de nombreux points du territoire, de La Palud-sur-Verdon à Thorame-Haute, de Senez à Sausses. L’usine Schimmel puis Mane à Barrême accueille depuis 2015 un centre d’interprétation dédié à la lavande. Il valorise un épisode glorieux quoiqu’éphémère de son histoire récente, sur un site marquant de cette activité agricole, économique et industrielle, aujourd’hui patrimonialisé. On notera dans un registre différent que dans les « paluds » d’altitude, à Ubraye, à La Palud-sur-Verdon ou à Châteauneuf-les-Moustiers, les narcisses ont fait l’objet d’un ramassage pour les distilleries de Grasse, de la fin du 19e siècle jusqu’aux années 1960.

3. Une présence de l’élevage ovin de plus en plus marquée et importante économiquement

L’activité d’élevage et plus spécifiquement celle liée la pratique de la transhumance l’économie transhumante apparaissent essentielles sur le territoire de l’A3V et sont durablement ancrées sur le plan historique. L’économie transhumante pour sa part est attestée depuis au moins la seconde moitié du 14e siècle. Des documents d’archives nombreux et variés en témoignent (contrats marchands, cartulaires, règlements liés à la commercialisation des alpages et à leurs voies d’accès depuis la plaine côtière…). On constate cependant une bascule cruciale intervenue dans le dernier tiers du 19e siècle, qui ne concerne pas seulement le territoire d’enquête mais la France dans son ensemble, consécutive à l’augmentation de la population urbaine entraînant une demande croissante d’animaux de boucherie et, en partie au moins, au traité de libre-échange commercial franco-britannique supprimant les droits de douane entre les deux pays. Dès lors, le nombre et le volume des troupeaux se sont élevés, même si dès la fin du Moyen Âge et comme l’ont montré entre autres les travaux de l’historien Noël Coulet avec les troupeaux aixois circulant dans le Pays A3V durant le 15e siècle, les flux pouvaient être considérables19. Dans son livre de raison, Jean-Baptiste Blanc20, établi à La Colle-Saint-Michel, précise qu’il disposait en 1705 d’un troupeau de 725 têtes au moins, soit plus de 24 trenteniers.

La cabane de l'Orgéas (Thorame-Haute) contrôle un quartier de pâture fréquenté dès le 15e siècle par les troupeaux aixois.La cabane de l'Orgéas (Thorame-Haute) contrôle un quartier de pâture fréquenté dès le 15e siècle par les troupeaux aixois.

Il reste que ce basculement résulte d’une évolution. Certes, on identifie certaines fermes spécialisées dès l’Ancien Régime, mais elles sont rares et relèvent essentiellement pour celles qui ont traversé le temps de la catégorie des fermes dites de maîtres voire seigneuriales, comme celle du Jas de Barbin à La Palud-sur-Verdon (REF=IA04002732). En effet, l’activité d’élevage s’est peu à peu développée après le mitan du 19e siècle. Pour preuve, beaucoup de fermes antérieures au cadastre napoléonien ont vu à cette époque l’adjonction de bergeries volumineuses destinées à rassembler des cheptels toujours plus considérables. Ainsi la ferme Reboul à Soleilhas, au lieu-dit Saint-Barnabé, remonte à la deuxième moitié du 18e siècle, et comportait dès l’origine une bergerie voûtée en berceau segmentaire d’une contenance d’environ 40 m2. Mais ce n’est pas avant la seconde moitié du 19e siècle, au plus tôt, que furent ajoutées deux bergeries indépendantes, au sud du bâtiment principal, construites en pierre sèche, quadruplant ainsi la superficie d’accueil des troupeaux d’ovins (voir REF=IA04001054). D’autres ensembles d’emblée dédiés à l’élevage ovin n’apparurent que plus tardivement. La ferme située aux Bosquets, à Colmars, avec son ample vaisseau voûté en arc segmentaire à l’étage de soubassement, fut par exemple édifiée à la charnière du 20e siècle (voir REF=IA04002388) ; le grand bâtiment accolé dans son prolongement, qui correspond à une bergerie-étable surmontée d’un large fenil, est effondré ; la ferme ovine aux Espiniers, toujours à Colmars, traduit la mutation économique qui s’opère alors et s’apparente à la ferme d’élevage (voir REF=IA04002114). Celle-ci apparaît isolée de préférence, dans les meilleures terres et sur les zones de parcours transhumants, du moins à proximité. Très souvent, elle est également située à moyenne altitude, voire perchée. Quant aux estives elles-mêmes, avec leurs cabanes destinées à loger les bergers, elles n’ont cessé de louer à prix d’or leurs ressources herbagères aux propriétaires de troupeaux transhumants. Au 20e siècle, l’économie d’élevage extensif est devenue majoritaire, puis quasi exclusive.

Colmars. Vestiges d'une occupation pastorale de la fin du 18e siècle sur la pâture de Mouriès-Lignin (cabane de la Mole).Colmars. Vestiges d'une occupation pastorale de la fin du 18e siècle sur la pâture de Mouriès-Lignin (cabane de la Mole).

4. La complémentarité des activités agropastorales, leur impact durable sur l’équilibre naturel

Il faut souligner la forte imbrication qui a pu exister entre ces différents usages, y compris dans les plaines fertiles, depuis le 20e siècle et le basculement vers l'élevage extensif. Par exemple, on observe des aménagements agricoles sur des plateaux isolés et pastoraux, ou en haut des versants, à des altitudes élevées. Ainsi, au Pra de Pratti sur la montagne de Gourdan (La Rochette), la partie supérieure de l’adret était cultivée presque jusqu’à la crête. À près de 1 500 mètres d’altitude, des terrasses, des « clapas » d’épierrement et une cabane de cultivateur témoignent de l’existence d’une petite zone agricole installée au milieu d’un grand saltus à vocation pastorale extensive. Ainsi, l’étagement altitudinal, imposant classiquement les cultures en bas et les alpages en haut, était parfois bousculé par les possibilités locales. Cette cohabitation pastoralisme-agriculture se retrouve aussi au quartier agricole des Sagnes, dans la haute vallée de la Chasse (Villars-Colmars), à environ 1 700 mètres d’altitude. Aujourd’hui, cet espace est uniquement utilisé à des fins pastorales : regrouper temporairement les troupeaux puis les distribuer sur les différents pâturages plus élevés. Mais cet usage était auparavant complété par une utilisation agricole des lieux : plusieurs bâtiments dispersés regroupant un fenil sur étable, certains accompagnés d’une aire à battre, rappellent que les actuelles pâtures ont été d’anciens prés de fauche et que les terrasses abandonnées ont été cultivées (voir REF=IA04002088 21. Autre exemple au Lamberet (Colmars), à plus de 1 800 mètres. Au pied de ce versant, on observe encore un secteur anciennement cultivé en terrasses talutées et équipé de bâtiments agricoles, alors que la partie supérieure de la pente est dédiée au pastoralisme. L’étagement altitudinal est classique, mais il est ici tellement ramassé que les cabanes pastorales de la zone d’estive et leurs enclos dominent d’à peine 150 mètres les dernières cultures. On rappellera que, plus au nord dans le Queyras et au moins depuis la fin du Moyen Âge, on semait jusqu’au milieu des alpages, entre 2 000 et 2 500 mètres d’altitude22.

Le fort étagement altitudinal et le morcellement géographique du territoire contribuent à la diversité d’un couvert végétal aujourd’hui relativement abondant, mais récent. Les quelques forêts – publiques ou privées – qui subsistaient au début du 19e siècle servaient notamment de réserve de bois d’œuvre. Elles pouvaient être protégées par une mise en défens, réglementation plus ou moins stricte allant de l’interdiction absolue d’abattage à de simples limitations des coupes et du pâturage. Ailleurs, les bois en taillis étaient régulièrement coupés pour fournir le combustible domestique ou pour alimenter les charbonnières. Pour le reste, les forêts actuelles sont largement dues aux colossaux travaux de reboisement effectués par le service des Eaux et Forêts à partir des années 1880-1890 à travers le programme national de Restauration des terrains en montagne (RTM). Auparavant, et dès le 17e siècle, les effets de la déforestation s’étaient fait sentir. Les prélèvements forestiers servaient autant pour les foyers de cuisson, le bois d’œuvre et la fabrication du charbon de bois, qu’au pâturage ovin et caprin. La pression anthropique sur les boisements fut encore accentuée après la Révolution par le partage des biens nationaux, et parfois communaux. Et le maximum démographique de la première moitié du 19e siècle amplifia encore cet acharnement vital à conquérir quelques nouveaux espaces agricoles et pastoraux aux limites de l’extrême. Avec parfois des conséquences désastreuses : érosion et ravinement intenses favorisant les crues, décapant les sols, recouvrant de graviers les terres fertiles des vallées, et entraînant avec la ruine d’une partie du foncier agricole l’accélération de l’exode rural et la déshérence de certaines portions du territoire d’enquête. D’ailleurs, les photographies de la fin du 19e siècle et de la première moitié du siècle suivant témoignent de paysages minéraux et ravinés, souvent stériles et parfois lunaires, que l’on peine parfois à resituer dans l’environnement actuel beaucoup plus boisé.

Thorame-Haute. Parcelles de labours, prés de fauche et pâture au quartier de Saint-Antoine.Thorame-Haute. Parcelles de labours, prés de fauche et pâture au quartier de Saint-Antoine.

5. Formes de la propriété agricole

De façon très largement prépondérante, le modèle de la propriété agricole en haute Provence tel qu’il apparaît dans le premier tiers du 19e siècle, mais il est extrapolable sur une échelle historique beaucoup plus large, ressortit à une répartition dispersée sur le territoire. Cette distribution géographique répond à des stratégies, surtout autour du maximum démographique, qui mettent en valeur le principe organisationnel de la « ferme éclatée ». La nature du foncier impose des modes de mise en valeur spécifiques lesquelles, additionnées, favorisent l’économie familiale de subsistance voire au-delà, pour les propriétaires plus aisés voire riches. Les différentes dépendances agricoles disséminées au plus près des cultures ou des ressources exploitées, constituent autant de relais indispensables. La dispersion revêt plusieurs formes, de blocs de foncier compacts mais distincts qui prennent place logiquement dans le terroir de manière à assurer l’équilibre du modèle agropastoral jusqu’à l’émiettement diffus du parcellaire. En outre, certaines propriétés dépassent les limites communales et s’étendent parfois sur de très vastes étendues administratives non limitrophes. Chez l’agriculteur d’une manière générale la propriété exploitée, quelle que soit sa forme, son emprise et sa taille (mais l’essentiel relève évidemment de la petite voire de la très propriété), recherche un point d’équilibre. On trouvera ainsi des parties dédiées aux cultures céréalières (la base de l’alimentation) dans l’ager et des zones plus en altitude tournées vers l’activité d’élevage, dans le saltus, cependant qu’à proximité du logis prendront place les jardins potagers et les cultures de légumineux. On trouve des cas dans lesquels les propriétés présentaient un profil déséquilibré. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer ; parmi elles, le fait que le propriétaire n’était pas un agriculteur. Il existait aussi des propriétés dans lesquelles la nature du foncier traduisait une spécialisation telle que l’élevage : il s’agissait alors la plupart du temps de propriétés tronquées car appartenant à des forains transhumants dont le reste des possessions échappe au périmètre de l’enquête.

La prédominance de la propriété dispersée rendait encore plus prégnante la question du réseau viaire nécessaire à la circulation dans le terroir afin de rejoindre les différentes parcelles mises en valeur.

 

IV. Circuler dans le territoire

1. L’importance du réseau viaire

Le territoire correspondant au Pays A3V se caractérise par un mauvais réseau routier, évidemment lié à son enclavement, qui le prive de débouchés commerciaux propres à assurer l’écoulement rapide et peu onéreux des rares productions susceptibles d’intéresser le marché extérieur (comme l’industrie textile, qui prend en partie place dans la haute vallée du Verdon particulièrement mal desservie encore au 19e siècle). Or ce retard n’a jamais été complètement comblé, malgré de gros travaux routiers réalisés à partir de la fin du 19e siècle et surtout lors du siècle suivant, malgré aussi la mise en fonction de la ligne des chemins de fer de Provence, dont le dernier tronçon reliant Saint-André-les-Alpes à Puget-Théniers et achevant de compléter le tracé Digne-Nice, fut inauguré en 1911.

À l’échelle intracommunale le réseau viaire, constitué de chemins principaux dits vicinaux, secondaires ou muletiers, et de sentiers, joue également un rôle fondamental, puisqu’il garantit non seulement les liaisons entre le chef-lieu et les autres zones d’habitat groupé, mais également la circulation au sein du finage, vers l’habitat isolé et les zones de mise en valeur du territoire, qu’il s’agisse de l’ager, du saltus ou de la silva. Ce faisant, les chemins de quelque nature qu’ils soient permettent également de mieux comprendre la logique de la répartition géographique des différentes possessions foncières au sein des propriétés agricoles, ils constituent le fil d’Ariane reliant les parties constitutives bâties de la « ferme éclatée ». Certains, de rang certes inférieur, desservent quelques parcelles de cultures isolées dans des zones parfois peu propices à une telle mise en valeur d’un foncier particulièrement ingrat. Les plans figurés du cadastre dit napoléonien dressés entre 1811 et le milieu des années 1840 dans le Pays A3V portent mention par des pointillés de tous ces liens ombilicaux innervant le terroir et attestent l’importance du phénomène de conquête acharnée des terres lors du maximum démographique à la fin du premier tiers du 19e siècle.

Le cadastre ancien, précisément, offre une lecture instantanée de l’organisation viaire propre à chaque commune durant la première moitié du 19e siècle, qu’il s’agisse des tableaux d’assemblage généraux ou des feuilles constituant les différentes sections de l’emprise fiscale de référence. Les observations que l’on peut faire de la trame des chemins ruraux selon cette source rejoignent celles formulées par Roger Livet pour la basse Provence : la structure rayonnante domine, à partir des points de fixation d’habitat, villages et hameaux, pour irriguer le finage23. Le constat prévaut pour l’ensemble du territoire d’étude, sans distinction. L’autre forme d’organisation tramaire, le réseau quadrillé, qui se caractérise par un carroyage strict fait d’un chemin principal parallèle au lit du cours d’eau et ramifié par des chemins perpendiculaires s’enfonçant dans le parcellaire, reste anecdotique. En effet, il est réservé aux espaces circonscrits de colonisation récente tels que les zones à l’arrosage de fond de plaine (quartier des Graviers à Chaudon-Norante), parfois gagnés sur le lit des rivières (Plan des Listes à Castellane).

Senez. Le réseau viaire à partir du tableau d'assemblage du cadastre de 1811. Le village est au centre de son territoire utile.Senez. Le réseau viaire à partir du tableau d'assemblage du cadastre de 1811. Le village est au centre de son territoire utile.

D’une manière générale, les anciens chemins serpentaient le long des crêtes ou à mi-pente, en suivant les courbes de niveaux, n’hésitant pas à franchir les obstacles naturels pour atteindre plus directement l’objectif. C’est le cas par exemple de deux chemins reliant le village de Lambruisse à l’écart de la Bâtie et de là au chef-lieu Thorame-Basse : le premier passe par le col de Séoune au nord (1 400 m. d’altitude), le second par le Haut Meunier à l’est (1 300 m. d’altitude), quand la route actuelle tracée dans la première moitié du 20e siècle sinue au fond de la vallée de l’Issole dont la rivière éponyme coule en contrebas, et que les deux anciens chemins sont devenus des sentiers de randonnée.

Nombre des voies anciennes, certaines antiques, existent toujours, parfois sans rapport avec l’organisation agraire locale. Il s’agit de l’ancien réseau de communication hérité de la Gaule romaine. La commune de Senez était traversée par la route Vence-Sisteron, jalonnée par vingt-six bornes milliaires des 3e et 4e siècles. L’une d’elles, au nom de l’empereur Caracalla, était située sur le territoire communal. Elle marquait le sixième mille sur la voie antique de Castellane à Digne. L’ancienne route s’est appuyée en partie sur le tracé antique, en partie sur le tracé déjà existant sur la carte de Cassini (rive droite de l’Asse de Blieux). De même, l’actuel territoire communal de La Palud-sur-Verdon est encore traversé d’est en ouest par la voie dite « romaine », qui, c’est vrai, excède les limites du territoire d’étude puisque son tracé s’étend d’Arles, ancienne capitale de la province romaine, jusqu’au piémont italien.

La Palud-sur-Verdon. Ancienne voie romaine, au pied des falaises de Notre-Dame.La Palud-sur-Verdon. Ancienne voie romaine, au pied des falaises de Notre-Dame. Castellane. Passage de l'ancienne Route Royale à la clue de Taulanne.Castellane. Passage de l'ancienne Route Royale à la clue de Taulanne.

Braux. Quartier des Clapières. Tronçon pavé de lauses reliant le village à l'écart des Ségeaux.Braux. Quartier des Clapières. Tronçon pavé de lauses reliant le village à l'écart des Ségeaux. Chaudon-Norante. Ancien chemin de Digne à Barrême reliant l'ancien village de Chaudon à l'écart de la Bourgea. Il a été remplacé par l'actuelle route départementale 20.Chaudon-Norante. Ancien chemin de Digne à Barrême reliant l'ancien village de Chaudon à l'écart de la Bourgea. Il a été remplacé par l'actuelle route départementale 20.

Aujourd’hui toutefois, l’ancien réseau viaire tend à s’effacer, du fait du reboisement, spontané ou concerté par le biais des opérations menées par la RTM, mais aussi à cause de la déprise agricole.

2. Des routes pour les moutons : carraires et drailles

Le réseau viaire destiné aux hommes et aux marchandises se doublait d’un second réseau, dévolu aux troupeaux transhumants et à leurs bergers : les carraires, qui permettaient la transhumance entre les alpages d’estive et les plaines côtières d’hivernage. La vallée de l’Asse, la haute vallée du Verdon et la moyenne vallée du Var, qui traversent le territoire d’étude, étaient des voies de circulation très fréquentées par les troupeaux transhumants dès le 15e siècle et sans doute auparavant. Parce qu’elle représentait une activité lucrative, la transhumance s’est très vite érigée en une pratique extrêmement codifiée et réglementée, entre imposition, taxes diverses, droits de péage, espaces de circulation et de stationnement autorisés, locations d’alpages strictes, mais aussi vexations et remises en cause régulières, qui entraînèrent une législation spécifique et de multiples procès entre les différents acteurs de ce système économique. La largeur des carraires reliant la basse et la haute Provence fit ainsi l’objet d’une réglementation du Parlement de Provence dans un arrêt du 21 juillet 1783, disposant par exemple, dans son article 2, qu’elle devait s’en tenir exclusivement à une mesure comprise entre 5 et 10 cannes. Mais les décisions n’étaient pas toujours appliquées, souvent au détriment des transhumants. Ce long débat prouve combien les intérêts de ces derniers et ceux des paysans – qui pouvaient également pratiquer la migration courte vers les alpages communaux – reproduisent un schéma d’affrontement traditionnel entre, d’une part, l’homme nomade dont le troupeau était d’abord considéré comme un intrus, vecteur potentiel de dégradations la plupart du temps artificiellement exagérées, et, d’autre part, l’homme sédentaire centré sur une activité agropastorale où la culture dominait.

Toujours est-il que cette activité très ancienne représentait une manne financière indispensable à qui pouvait louer au meilleur prix ses quartiers de montagnes. Aussi les communes disposant de vastes alpages ne pouvaient-elles en faire l’économie. Dès lors, le tracé des carraires, puis des drailles – autrement dit les chemins principaux et les chemins secondaires – revêtait une importance cruciale, puisqu’il déterminait des enjeux réciproques. Il ne pouvait manquer d’être reporté sur les plans figurés du cadastre ancien, et plusieurs tableaux d’assemblage témoignent de la sorte de chemins dédiés dont les noms ne prêtent guère à confusion. Ainsi à Beauvezer, où la « carraire des troupeaux d’Arles » traverse la commune du sud au nord. Elle est également ramifiée par une draille ou carraire secondaire. Le réseau dédié aux troupeaux transhumants était donc scrupuleusement porté sur le plan figuré du cadastre, car il représentait un espace réglementé dont l’usage exclusif apparaît de manière incontestable, notamment lorsqu’il est « doublé » par un chemin traditionnel destiné aux individus et aux animaux de bât pour le transport des denrées et marchandises.

S’est ainsi constitué un réseau dense répondant au développement d’une économie lucrative, les carraires et drailles venant s’ajouter aux chemins et sentiers communaux pour composer une sorte de double organisation réticulaire – et complémentaire – reliant les différents espaces du territoire. Cette disposition s’avérait particulièrement efficace, puisque les drailles pouvaient s’articuler les unes aux autres et assurer ainsi une meilleure fluidité des circulations. Que reste-il aujourd’hui de ces voies de communication ? Presque rien. Les carraires elles-mêmes ont périclité : la transhumance s’effectue désormais sur le réseau routier, dans des bétaillères. Certains tronçons très courts peuvent faire l’objet d’un déplacement à pied du troupeau, mais essentiellement pour relier deux estives, lorsque le besoin en herbe oblige à changer de montagne, et de ce fait, à redescendre dans la vallée. En revanche, les drailles ont été épargnées par l’adaptation à la vie moderne, car elles se situent trop haut, ou dans des contextes topographiques inadaptés au trafic routier. Elles continuent donc à serpenter sur les versants des massifs à alpages, ainsi qu’à innerver les pâtures elles-mêmes.

La transhumance aujourd'hui (Thorame-Haute).La transhumance aujourd'hui (Thorame-Haute). Colmars. Troupeau en file le long d'une draille dans la pâture de Mouriès-Lignin.Colmars. Troupeau en file le long d'une draille dans la pâture de Mouriès-Lignin.

L’importance de la transhumance, fait remarquable, a même parfois conduit à la construction de ponts qui avaient pour principal voire unique enjeu le passage des troupeaux d’ovins, afin de garantir la continuité de la carraire. Ce fut le cas à Saint-Benoît et à Thorame-Haute, et certainement en d’autres lieux du Pays A3V. Le pont d’Ondres (Thorame-Haute), construit en pierre et réceptionné en 1688, demeure aujourd’hui la preuve tangible d’un usage pluriséculaire lié à l’économie locale.

Thorame-Haute. Le pont d'Ondres dit du Moulin ou de Serpège fut édifié à la fin du 17e siècle pour le passage des troupeaux transhumants.Thorame-Haute. Le pont d'Ondres dit du Moulin ou de Serpège fut édifié à la fin du 17e siècle pour le passage des troupeaux transhumants.

V. Une proto-industrialisation avortée

Le territoire est également marqué par les activités industrielles et proto-industrielles de différentes natures, souvent sous forme de vestiges, certaines relevant de fonctions essentielles comme la production de farine et d'huile, d'autres étant plus spécifiques au Pays, comme l'industrie drapière et celle liée à la parfumerie. En outre, dans un contexte topographique heurté, où le relief partout ou presque crée l'enclavement et les cours d'eau structurent des axes de circulation cahoteux, la voirie mais plus précisément les ouvrages de franchissement s'avèrent fondamentaux. Entre 1892 et 1911, la mise en service de la ligne des chemins de fer de Provence, destinée à améliorer la desserte du territoire, a en outre entraîné des travaux dédiés extrêmement complexes sur le plan technique tout autant que spectaculaires : ils caractérisent l'image du Pays car ils contribuent à en façonner les paysages au fil des terroirs qu'ils permettent de traverser. Ils jouent d'ailleurs et par surcroît un rôle essentiel dans l'apparition, l'essor mais aussi les limites puis l'effacement du développement des activités industrielles évoquées plus haut, car jamais ils ne permirent de créer les conditions d'une exportation suffisante de la production somme toute modeste vers des marchés très concurrentiels, ailleurs en France.

1. L'industrie drapière

L’industrie textile a joué un rôle particulièrement important dans l’histoire et le développement économique du Pays et ce dès le 14e siècle pour la production de la laine. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, il s'agissait d'une activité proto-industrielle caractérisée par une très faible mécanisation, avec la mobilisation d'une part d'une grande quantité de main d'oeuvre locale travaillant sur des métiers à tisser d'une part, et le recours au foulonnage hydraulique d'autre part. Ce n'est qu'à la suite des avancées techniques mises en place par les fabricants anglais dans la seconde moitié du 18e siècle avec des machines permettant la mécanisation du tissage du fil qu'une véritable industrie textile, totalement réorganisée, put se développer sur le territoire dans le courant du siècle suivant (voir le dossier IA04000468). L'inventaire de cette activité drapière dessine une géographie circonscrite. Sur les trente draperies répertoriées in situ, neuf échappent à une diagonale qui s'étire de Saint-Julien-du-Verdon à Colmars, le haut Verdon concentrant à lui seul 50 % du corpus en état d'être identifié. Elles furent toutes ouvertes entre 1819 et 1872 pour une activité optimale autour des années 1830 et un reflux puis une fermeture des sites dans leur totalité ou presque entre 1885 et 1895. Seules quatre draperies étaient encore en service au début du 20e siècle et la dernière, à Beauvezer, cessa définitivement son activité en 1968.

2. Culture et distillation de la lavande

Le ramassage de la lavande et sa distillation sont des activités ancestrales. Mais dans la seconde moitié du 19e siècle, la cueillette de la lavande s’est développée jusqu’à devenir essentielle à l’économie rurale du pays. Le canton de Barrême fut même le premier endroit en France où cette cueillette a pris de l’ampleur. La cueillette de la lavande constituait une activité complémentaire adaptée à la situation des paysans, y compris aux femmes et aux enfants. Ce développement est lié aux besoins manifestés par les parfumeurs grassois pour cette essence qui connait alors un véritable engouement.

Dès 1856, la commune du Poil a procédé à une adjudication des terres de fleurs de lavande sauvage, les baïassières. Peu à peu, la production s’est rationalisée. La cueillette s’est répandue aux cantons de Barrême, de Saint-André-les-Alpes et d’Annot, avant de se développer dans d’autres parties du sud de la France. Vers 1890, les premiers champs ont été plantés, mais jusqu’aux années 1920, la cueillette est restée prédominante. Le nombre des cueilleurs et les quantités récoltées ont fortement progressé et les communes ont procédé par adjudication à l’attribution des terres où poussait la lavande sauvage, entraînant le développement d’une cueillette nocturne et clandestine.

La lavande a connu un premier âge d’or dans les années 1920 lors de la première flambée des cours. C’est à cette époque que de gros distillateurs ou parfumeurs ont procédé à l’implantation de grandes exploitations de lavande fine dans l’ouest du pays (comme Lautier à Saint-André-les-Alpes ou à Lambruisse, Gras à Barrême).

La culture de ces champs de lavande a permis une nette augmentation de la production dans les années 1930.

Le pays Asses, Verdon, Vaïre, Var a été jusqu’au 3e quart du 20e siècle une importante zone de production. Les cantons de Barrême et de Saint-André-les-Alpes tout particulièrement, qui avaient pour spécificité de s’être spécialisés dans la culture de lavande fine, alors qu’ailleurs, celle du lavandin avait pris le dessus dès l’Entre-deux guerres. C’est cette spécialisation dans les grands crus de lavande qui a permis de maintenir une activité dans ces territoires pauvres et reculés. Mais c’est elle aussi qui, soumise à de brusques variations de cours, en a sonné le glas dans les années 1960-1970, après la crise consécutive à la seconde hausse des prix de 1956. Cette hausse vertigineuse des cours, passagère, a en effet eu raison de la culture de lavande dans le pays qui ne put plus résister à la concurrence du lavandin. Dans les années 1960, on trouvait encore, dans l’est du pays, une forte concentration d’exploitations de taille moyenne. À Moriez, on comptait 12 exploitations lavandicoles dont la surface agricole utile (champ + prés) était comprise entre 5 et 15 ha pour une seule dont cette même surface dépassait 15 ha.

À la fin des années 1970, cette activité devenait résiduelle.

VI. Remarques sur le patrimoine mobilier privé

Conformément au cadre de présentation des œuvres étudiées par l’Inventaire sur un territoire, le dossier de l’aire d’étude Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var donne accès aux dossiers d’œuvres mobilières de propriété privée localisées sur le territoire.

Ce sont surtout des objets domestiques principalement liés à la vie rurale mais pas seulement, puisqu'on y trouve aussi des exemples de machines à coudre, des moules à tuile creuse, des cartes murales ou encore un téléphone mural comme quelques objets de collection (tableaux, statuettes, bénitier...). En toute logique, les objets du quotidien prédominent, tout en constituant un ensemble hétéroclite rassemblant une centaine de pièces : reviennent fréquemment les ustensiles de stockage des denrées (coffres à grains, jarres, pots à conserves...) et plus précisément la vaisselle (poêlons, pots à cuire, louches, pichets, saladiers...), les pièces de vannerie (claies de séchage, paniers, corbeilles...) et, bien sûr, les outils et machines dédiés à la vie agricole : rouleaux à dépiquer, coupe-paille, mesures à grain, brancards, traîneaux, filets à foin, crochets à foin, marques à bétail, scies, pressoirs, boîtes à râpe, fléaux... Ces objets ont été pris en compte au fil de l'eau, selon leur état de conservation, parce qu'ils constituent autant de témoignages sur le mode de vie des habitants du Pays essentiellement dans la première moitié du 20e siècle. Aussi les curiosités marquantes s'y trouvent-elles mêlées aux objets caractéristiques : les serrures à coulisseaux (rarissimes) côtoient ainsi des pièces plus familières : chaussures, battoir à linge ou armoire. Partant, il serait vain d'y chercher une cohérence autre que fonctionnelle, dans un environnement tout entier tourné vers la fonctionnalité des pièces repérées. Le mobilier ne présente aucune cohérence stylistique propre à l'espace d'étude, qui permettrait donc de qualifier le Pays comme lieu de production identifiable parmi d'autres. Il en va de même du matériel de vaisselle, de stockage ou des différents outils, sans parler évidemment des pièces usinées découlant d'un processus de fabrication industriel. Dès lors, il n'a pas paru justifié de consacrer un dossier en propre à ce corpus hétérogène dans ses composantes.

1Agulhon, Maurice, 1970 [2012], p. 33-34.2Dès après la Révolution, le découpage communal a évolué. La première modification a lieu en 1792 et marque la création de la commune de Villars-Colmars, détachée de Colmars. En 1794, les communes de Chaudon et de Bédejun s’associent, avant d’englober également Norante. Vers 1805, Entrevaux absorbe la toute petite commune du Plan-de-Puget et, en 1837, la commune de Méouilles est rattachée à celle de Saint-André qui devient Saint-André-de-Méouilles. En définitive, seulement 58 communes sont cartographiées par les plans cadastraux levés entre 1811 et 1838.3En 1973, Chasteuil, Eoulx, Robion, Taloire et Taulanne sont absorbés par Castellane. En 1974 : Argens est associé à La Mure ; les anciennes communes de Castellet-Saint-Cassien, Montblanc et Villevieille fusionnent en la nouvelle commune de Val-de-Chalvagne ; Châteauneuf-lès-Moustiers est absorbé par La Palud-sur-Verdon ; Saint-Michel-Peyresq est réuni à Thorame-Haute ; Le Poil est rattaché à Senez, bien que les territoires soient non contigus.4Outre le "castrum" dont il découle directement, Barrême comprend les "castra" de Gévaudan et Puy-Saint-Pons ; Castellet-les-Sausses, celui d’Agnerc ; Châteauneuf-les-Moustiers, celui du Chastellas (les Subis) ; Entrevaux, ceux de Glandève et Saint-Jean-d’Aurelle ; Moriez, celui de Castellet-la-Robine (Hyèges) ; La Palud, ceux de Maireste et de la Bastié ; Tartonne, celui de La Peine ; Senez, celui de Boades ; Soleilhas, ceux de la Moutte et de Verraillon ; etc.5Benoit, Fernand, 1925 ; Baratier Édouard, 1969 ; Venturini Alain, 1987 ; Pecout Thierry (dir.), 2008-2015, 2011, 2012, 2018.6Trochet, Jean-René, 2006, p. 197.7Blanchet, Philippe, 2003.8Mallé, Marie-Pascale, 1999, p. 42.9De Réparaz, André, 2007, p. 55 et 59.10Comme c’est le cas en général en Provence. Ces principes de cohabitation bénéfique des cultures sont repris aujourd’hui comme base de la permaculture agroforestière.11Le sumac est un arbuste dont l’écorce pouvait produire un tan utilisé dans les tanneries. Cet usage se retrouve dans le Var, associé à celui de l’écorce de chêne vert. Les tanneries étaient nombreuses, assurant une production essentielle de souliers, les bois locaux ne convenant que très peu à la fabrication de sabots.12Comme dans le Var, les rues des villages servaient en hiver à fabriquer du fumier. On recueillait dans le foncier inculte ou boisé des plantes (fougères, buis...) qu'on laissait pourrit plusieurs mois dans la rue, processus assuré par le piétinement des animaux et l'arrosage quotidien par les habitants au moyen des eaux usées. Cette pratique était l’unique possibilité pour les petits propriétaires – qui habitaient seulement un étage d’une maison agglomérée et possédaient un « micro-foncier » – de fabriquer leur engrais.13À ce sujet, lire Del Rosso, Laurent et Mosseron, Maxence, 2015.14Carrier, Nicolas et Mouthon, Fabrice, 2010, p. 17.15Fabre, Éric, 2016, p. 485.16Cette jachère permettait d’assurer une bonne ressource nutritive à la vigne. Agulhon, Maurice, 2012 [1970], op. cit., p. 19 et 34.17Pour une histoire de la lavande et de sa distillation sur le territoire, se reporter à Buffa, Géraud, 2015.18Entre les années 1920 et la fin des années 1940, les surfaces cultivées dans les cantons de Barrême, Saint-André-les-Alpes et Colmars doublent, passant de 350 ha à un peu plus de 700 ha. » (Ibid., p. 48-49).19Lire par exemple Coulet, Noël, 1978, p. 213-247.20Propriétaire cultivateur, négociant, éleveur transhumant et spéculateur au seuil du 18e siècle. Voir Sarti, Aline, 2012, p. 28-40. 21Lire dans le dossier le passage II/2.2 : "2.2. Le cas complexe des plateaux des Sagnes et de la Réourié : d'un système agropastoral vers un système d'élevage exclusif".22Malle, Marie-Pascale, 1999, op. cit., p. 93-97.23Livet, Roger, 1962, p. 274-276.