Dossier d’aire d’étude IA06004362 | Réalisé par
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Présentation de la commune de Saint-Paul-de-Vence
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  • (c) SIVOM Pays de Vence
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Dossier non géolocalisé

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    Pays de Vence
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    • Commune : Saint-Paul-de-Vence

I. Cadre géographique

La commune de Saint-Paul-de-Vence fait partie de l’arrondissement de Grasse et du canton de Villeneuve-Loubet. Elle s’étend sur une superficie de 7,26 kilomètres carrés. Son altitude varie entre 39 mètres à l’extrémité sud de la commune au quartier Saint-Jean et 355 mètres au nord-ouest au quartier des Salettes (les Hauts-de-Saint-Paul). Elle est bordée par les communes de Vence au nord et à l’est, Cagnes-sur-Mer au sud-est, Villeneuve-Loubet au sud-ouest et La Colle-sur-Loup à l’ouest.

[Vue aérienne de Saint-Paul-de-Vence prise de l'ouest avec le coeur du village au centre, 1986].[Vue aérienne de Saint-Paul-de-Vence prise de l'ouest avec le coeur du village au centre, 1986].

La commune est aujourd’hui uniquement constituée du chef-lieu au centre du territoire, construit sur un socle rocheux à 120 mètres d’altitude, visible de toutes parts et offrant un paysage remarquable. C’est notamment pour cette raison que le village et ses abords formant socle sont inscrits sur l’inventaire des sites pittoresques du département des Alpes-Maritimes depuis le 13 mars 1967. Grâce à cette mesure, cet ensemble, incluant le bâti ancien villageois ainsi que les versants occupés par des terrasses agricoles et des espaces boisés, a pu être préservé. La commune s’intègre plus largement dans la bande côtière de Nice à Théoule, inscrite au titre des sites le 10 octobre 1974. Cette protection a été motivée par la nécessité de limiter et d’encadrer l’expansion urbaine croissante, mais aussi de préserver l’ensemble vallonné riche de nombreux cours d’eau et d’une végétation luxuriante. Saint-Paul-de-Vence n’a cependant pas échappé à ce mitage péri-urbain exponentiel depuis la seconde moitié du 20e siècle. Les quartiers agricoles ont pour l’essentiel été transformés en zones résidentielles (les Salettes, les Espinets, les Fumerates, les Serres, Saint-Etienne, le Malvan) et seules de rares zones naturelles restent partiellement sauvegardées : le bois des Gardettes au nord de la commune, quelques reliefs aux Espinets à l’est, les terrasses de culture plantées de vignes et de vergers à l’ouest du village et les espaces boisés l’entourant, principalement dans la zone protégée de Sous Barri.

Aux alentours du village, les paysages sont marqués au nord par la chaîne des Baous qui signale le début des Préalpes d’Azur et au sud par le rivage méditerranéen, à 4 km à vol d’oiseau.

Le territoire vallonné de Saint-Paul-de-Vence est traversé du nord au sud par quelques cours d’eau : la Ressence, le Cercle et le Défoussat à l’ouest, le Malvan à l’est, tous affluents de la Cagne. Les trois premiers glissent à travers des reliefs collinaires doux, aujourd’hui occupés par un habitat pavillonnaire diffus, tandis que le bassin versant du Malvan est caractérisé par une plaine peuplée aux versants plus pentus. Les sols sont en majorité constitués de calcaire marneux et de grès calcaires.

Aujourd’hui, deux axes majeurs traversent le territoire communal : la route de Cagnes reliant Cagnes-sur-Mer à Vence à l’est du vallon du Malvan et la route de La Colle-sur-Loup, puis de Vence, reliant les deux communes dont elle porte le nom d’ouest en est. De nombreuses routes secondaires permettent d’accéder aux différents quartiers et se calquent sur des réseaux anciens : à l’ouest, la route des Serres, le chemin du Cercle et le chemin de Saint-Etienne ; au nord, le chemin des Trious et celui des Gardettes ; à l’est, le chemin du Malvan et celui des Espinets. Le village, initialement accessible par le sud, est depuis l’Epoque Moderne davantage développé au nord où il possède son entrée principale.

II. Développement historique

II.1. Les origines

Le territoire de Saint-Paul-de-Vence était déjà occupé sous l’Antiquité. Proche de la cité romanisée de Vintium (Vence), des fouilles archéologiques ont mis à jour des artefacts dans plusieurs quartiers : de la céramique antique aux Fonts Murades, un habitat fortifié aux Salettes ; une cuve cinéraire dans l’actuel village ; une urne funéraire probablement issue d’un temple puis intégrée dans l’église médiévale, etc.

II.2. Moyen Age

C'est en 1016 qu'apparaît la première référence à la localité de Saint-Paul, dans le cartulaire de Lérins, grâce à un acte de donation à l'abbaye du domaine du Canadel « in territorio S. Paulo » (aujourd’hui situé à La Colle-sur-Loup)1. Les premiers seigneurs de Saint-Paul, vassaux des sires de Cagnes, sont mentionnés sous le même nom que la localité au début du 12e siècle. Celui-ci proviendrait sans doute d’une chapelle préexistante dédiée au saint éponyme et implantée sur l’éperon rocheux. Cette famille aristocratique y fait construire son château, une tour seigneuriale plusieurs fois remaniée et toujours existante (actuelle mairie, 2022 AY 60).

Château puis mairie (2022 AY 60). Vue d'ensemble prise du nord-est.Château puis mairie (2022 AY 60). Vue d'ensemble prise du nord-est.

Le castrum de Saint-Paul, dont l'existence est attestée au moins depuis le début du 13e siècle, s’est développé autour de ce donjon fortifié et de son église. Après la prise de contrôle de la Provence Orientale par le comte de Provence Raymond Béranger V, la communauté de Saint-Paul obtint en 1227 son statut de ville libre, conservant ses franchises et ses immunités, ainsi qu’une partie de l’ancien territoire du Gaudelet qui avait résisté au comte. Ces privilèges sont confirmés en 1235 dans les Statuts de Fréjus réglant les droits et impôts des communautés, chevaliers et barons locaux2. Ils sont ensuite régulièrement confirmés par les souverains comtaux successifs (1324 ; 1346 ; 1390 ; 1417 ; 1457 ; 1602). La ville de Saint-Paul s’administre librement à travers une assemblée réunissant les chefs de famille et les coseigneurs locaux qui possèdent des territoires à Saint-Paul (Saint-Paul, Barcillon, Grasse, Rostang de Berre, plus tard les Bernardy, Mougins, Villeneuve, etc.).

La communauté connaît ensuite une importante prospérité économique que plusieurs actes confirment : en 1241, la ville acquiert auprès de l’abbaye de Lérins le vaste territoire de Roquefort pour 16 000 florins3 ; en 1295, un lettre patente du comte Charles II autorise la tenue d’un marché tous les samedi4 ; en 1315, des lettres patentes du roi Robert dispensent la communauté de lever des charges pour la guerre contre le Piémont et en 1324, elle bénéficie d’exemptions fiscales5 ; en 1346, la reine Jeanne confirme les privilèges de Saint-Paul et octroie à la communauté les eaux du Malvan, décision entérinée en 14346. Au début du 14e siècle, le territoire de Saint-Paul compte 310 feux, soit environ 1 000 habitants.

Une période de déclin s’amorce ensuite, notamment avec l’arrivée de la peste dès 1348 sans que cela n’empêche la communauté de continuer à s’administrer : en 1356, l’église Saint-Michel est citée dans un texte relatant de la réunion devant celle-ci des coseigneurs et de l’université des habitants du castrum, dans l’objectif d’établir des règlements municipaux qui restèrent en vigueur pendant plusieurs siècles7.

La construction de l’enceinte médiévale de la ville a probablement eu lieu à partir de 1363, date à laquelle les Etats généraux de Provence recommandèrent la mise en défense des villes et châteaux du comté. Ces fortifications sont pour la première fois mentionnées en 1401 lorsqu’elles sont réparées8. Après la Dédition de Nice en 1388, la position de Saint-Paul revêt une nouvelle dimension : la ville se place comme une place forte de la Provence orientale, marquant la frontière avec le Comté de Nice. Cette situation est renforcée par un texte de 1400 qui nous apprend que la ville est le siège d’une baillie regroupant 11 localités, notamment Vence, avec des pouvoirs militaires, judiciaires et politiques. En 1418, l’importance de Saint-Paul se confirme lorsqu’elle est qualifiée de ville royale9. Elle prospère de nouveau à compter de cette période. Un acte d’affouagement établi en 1471 à la demande du roi René révèle que la population saint-pauloise intra-muros et dans les campagnes, s’élève à environ 2 000 habitants pour 175 maisons10.

II.3. Epoque Moderne

Le 16e siècle, marqué par les guerres d’Italie (1494-1547), propulse Saint-Paul à l’avant-poste des cités de la Provence Orientale. En 1538, François Ier visite officiellement la ville dont la position militaire stratégique conduit à un ambitieux chantier de modernisation de son système défensif. La ville devient officiellement une place forte royale et une viguerie en 1543. C’est sans doute à cette période que les travaux d’édification de l’enceinte bastionnée débutent et se poursuivent jusqu’en 1547, mais reste inachevés (référence du dossier : IA06002433). Cette nouvelle enceinte intègre une partie des fortifications médiévales existantes. De nombreuses maisons sont cependant détruites pour permettre sa construction, entraînant la relocalisation d’un certain nombre d’habitants à l’extérieur de l’« enclos » du village. C’est à cette occasion que le hameau de la Colle s’est largement développé.

Vue de situation prise du nord montrant le village de Saint-Paul-de-Vence entouré de l'enceinte bastionnée construite au 16e siècle.Vue de situation prise du nord montrant le village de Saint-Paul-de-Vence entouré de l'enceinte bastionnée construite au 16e siècle.

Durant les troubles de la Ligue, la ville est occupée par les troupes du duc de Savoie entre 1589 et 1596, donnant l’opportunité à l’ingénieur militaire du duc de lever un plan du bourg et de ses environs. Outre l’objectif d’établir un projet de restructuration des défenses militaire de Saint-Paul, ce plan à l’intérêt de faire figurer l’enceinte bastionnée récemment construite, ainsi que les restes de fortifications médiévales situées extra-muros.

[Plan et projet pour la fortification de Saint-Paul, 1589].[Plan et projet pour la fortification de Saint-Paul, 1589].

La prospérité de la ville se poursuit au 17 siècle, favorisée par une période de paix propice à cette santé économique. L’artisanat et le commerce y sont variés : tisserands, cardeurs, teinturiers, cordonniers, meuniers, etc. L’activité agricole est intense comme en témoigne l’exportation de nombreuses denrées (vins, figues)11.

Le statut de place forte militaire de la ville implique cependant de nombreuses contraintes, comme l’accueil des garnisons et le logement des gens de guerre par les habitants. Cela contribue à l’accroissement du hameau de la Colle non soumis à ces obligations. Saint-Paul perd cependant de son importance stratégique avec la construction de l’enceinte bastionnée d’Antibes qui débute en 1603 et dont les aménagements portuaires se poursuivent tout au long du siècle, passant au premier plan des places fortes provençales. Quelques travaux d’amélioration de l’enceinte bastionnée de Saint-Paul sont néanmoins réalisés au début du 18e siècle, après deux visites de Vauban (1692 ; 1700), selon un programme établi par l’ingénieur militaire Niquet en 1705.

Des difficultés financières ressurgissent dans la première moitié du 18e siècle en raison de plusieurs événements : l’occupation de la ville en 1707 par les troupes de Savoie, puis en 1747 lors de la guerre de succession d’Autriche, la participation aux frais d’entretien de l’enceinte bastionnée, la réapparition de la peste en 1720, les mauvaises récoltes répétées (1709 ; 1732-1734)12. La situation s’améliore dans la seconde moitié du 18e siècle.

II.4. Epoque Contemporaine

À la veille de la Révolution, la ville de Saint-Paul, avec le bourg de la Colle et le territoire de Roquefort comptaient environ 3 000 habitants (1 111 à Saint-Paul ; 1 325 à la Colle et 612 à Roquefort). Le territoire s’étendait sur 5 800 hectares (aujourd’hui 726). En 1789, la commune change de nom pour devenir Saint-Paul-du-Var, chef-lieu du district et du canton. La Colle et Roquefort sont érigées au rang de commune en 1790, ce qui occasionne la perte de deux tiers des habitants et d’une majeure partie du foncier.

En 1815, la ville est occupée pour la quatrième fois, cette fois-ci par les troupes autrichiennes et piémontaises qui s’installent plusieurs mois. Le village en ressort ruiné, endetté et réduit démographiquement. En 1817, 1 066 habitants sont dénombrés. Le retour à la prospérité s’amorce avant le milieu du 19e siècle et s’observe notamment par le développement d’infrastructures : l’installation d’une fontaine monumentale et du lavoir place de la Fontaine participe à ce renouveau économique (il faut ensuite attendre la Seconde Guerre mondiale pour la réalisation d’un réseau d’abduction de l’eau).

En 1860, la réunion du Comté de Nice à la France entraîne un bouleversement des limites administratives : le département des Alpes-Maritimes est créé. Saint-Paul-du-Var ne se situe alors plus à la limite du territoire et perd de son intérêt stratégique. En 1870, les remparts sont démilitarisés et l’Administration des Domaines les met en vente en 1872. Le Conseil municipal se mobilise alors pour sauver les fortifications de la démolition et les rachète en 1873. Un décret du 27 mars 1873 formalise la vente, signée par Adolphe Thiers13.

Au début du 20e siècle, l’installation d’une ligne de tramway en 1911, reliant Vence à Cagnes-sur-Mer (TAM), permet à la commune rurale de sortir de l’isolement en exportant plus facilement ses ressources (raisins, figues, fleurs, oranges) et en attirant des visiteurs pour des séjours de villégiature. C’est à compter de cette période que la notoriété contemporaine de Saint-Paul débuta, attirant de nombreux artistes, peintres, poètes, écrivains, puis d’innombrables visiteurs.

[Ligne du tramway au nord du village, en fonction entre 1911 et 1933. Vue prise du nord-est.]. [Ligne du tramway au nord du village, en fonction entre 1911 et 1933. Vue prise du nord-est.].

Les modes de vie anciens, depuis toujours tournés vers l’agriculture et l’élevage, déclinèrent progressivement dans la seconde moitié du 20e siècle au profit de l’expansion pavillonnaire qui toucha rapidement tous les quartiers du village. L’économie locale se tourna vers le tourisme. En 1964, l’inauguration de la Fondation Marguerite et Aimé Maeght, centre d’art moderne et contemporain qui accueille des artistes de renommée internationale, accroît la notoriété du village et participe à son image de cité des arts. De nombreuses galeries d’art ont vu le jour depuis et continuent d’alimenter cette réputation.

III. Évolution démographique14

1263-1264

240 feux soit entre 720 et 1 200  habitants

1315-1316

310 feux soit entre 930 et 1 150 habitants

1426

31 feux soit entre 93 et 155 habitants

1471

174 maisons ; environ 2 000 habitants

1728

166 maisons habités et 727 chefs de famille

1765

549 maisons ; 2 270 habitants

1790 (avant la séparation avec la Colle et Roquefort)

Environ 3 000 habitants

1817

1 066 habitants dont 30 propriétaires, 15 rentiers, 50 cultivateurs, 200 journaliers.

1851

958 habitants

1881

689 habitants

1901

761 habitants

1926

1 000 habitants

1954

1 250 habitants

1975

1 917 habitants

1999

2 847 habitants

2019

3 252 habitants

Évolution démographique de la commune de Saint-Paul-de-Vence

IV. L’occupation du territoire et l’organisation du bâti

IV.1. Le village

Le village de Saint-Paul s’est formé sur un éperon rocheux allongé à 120 mètres d’altitude. Enserré dans une enceinte bastionnée limitant l’espace disponible, il se compose de 24 îlots de taille et de forme très variées. Au nord-est, sur la partie la plus haute et la plus ancienne du bourg, ces îlots se sont développés de manière concentrique autour du château des seigneurs de Saint-Paul et de l’église paroissiale. L'agglomération s’est ensuite probablement agrandie à l’est en contrebas de ce piton, autour de la rue Grande, axe droit traversant le bourg du nord au sud. La partie sud présente un tissu urbain moins dense avec des parcelles plus grandes et quelques espaces libres privés. En 1833, lors de l’établissement du cadastre napoléonien, le village comprenait 312 parcelles bâties, dont 256 maisons, 45 entrepôts agricoles, deux édifices religieux, deux moulins à huile, trois fours et quatre « emplacements ». En 2022, il en compte 272. Cette diminution s’explique principalement du fait de la fusion de nombreuses parcelles pour agrandir les logements.

Répartition des fonctions principales de chaque parcelle dans le bourg de Saint-Paul-de-Vence, d'après l'état des sections du cadastre napoléonien de 1833.Répartition des fonctions principales de chaque parcelle dans le bourg de Saint-Paul-de-Vence, d'après l'état des sections du cadastre napoléonien de 1833.Plan de masse et de situation d'après le cadastre de 2022 (section AY), Echelle 1/2000.Plan de masse et de situation d'après le cadastre de 2022 (section AY), Echelle 1/2000.

À l’extérieur du bourg, le village s’est principalement étendu vers le nord sur des espaces à faible déclivité, à l’inverse des autres versants uniquement occupés par des terrasses de cultures ou des espaces boisés incultes. L’accès nord constitue aujourd’hui l’entrée principale du village, probablement depuis la construction de l’enceinte bastionnée au milieu du 16e siècle. Des espaces artisanaux et agricoles se sont développés à proximité (moulins, entrepôts agricoles, fontaines-lavoirs).

IV.2. Les écarts

La commune de Saint-Paul comprenait auparavant deux écarts : celui de la Colle qui s’est développé sur l’ancien territoire du Canadel déjà mentionné au 11e siècle et sur une partie du Gaudelet octroyé à la communauté en 1227 ; celui de Roquefort, acheté par la communauté en 1241. Ces deux écarts, très développés à la fin de l’Ancien Régime, comptaient alors 1 325 habitants à la Colle et 612 à Roquefort. Ils deviennent des communes indépendantes en 1790, occasionnant la perte de plus de 5 000 hectares pour Saint-Paul, soit environ 90% de la surface territoriale.

IV.3. L’habitat dispersé

L’habitat dispersé est bien présent sur le territoire de Saint-Paul. Situé au carrefour de plusieurs routes reliant d’autres communes et d’anciens écarts (Vence, Tourrettes-sur-Loup, Cagnes, Villeneuve-Loubet, La Colle-sur-Loup, Roquefort-les-Pins), ce territoire était habité et régulièrement traversé. Les axes anciens, figurés au plus tôt sur la carte des ingénieurs militaires des frontières Est de la France levée entre 1764 et 1778, sont bordés de quelques fermes, d’entrepôts agricoles et de constructions religieuses. C’est surtout le cas de la route des Serres menant à Cagnes, parallèle à l’ouest du village, du chemin de Notre-Dame constituant autrefois l’axe principal reliant le village à l’écart de la Colle, du chemin des Gardettes au nord menant à Tourrettes-sur-Loup.

Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. [Détail de la feuille 194-8 : village de Saint-Paul-de-Vence, 1764-1778].Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. [Détail de la feuille 194-8 : village de Saint-Paul-de-Vence, 1764-1778].

Environ 40 fermes dispersées existaient en 1833. Seulement huit d’entre elles ont pu être repérées au cours de l’enquête. Plus ou moins développées, elles présentent des typologies différentes, allant de la ferme modeste constituée d’un unique bâtiment accueillant parties agricoles et logis, souvent avec une aire à battre accolée (1833 D 345 ; 1833 C 109, référence du dossier : IA06004311), jusqu’à la ferme de maître dotée de plusieurs adjonctions et de parties d’agréments (1833 C 48-49, référence du dossier : IA06004313 ; 1833 D 812).

Ferme à bâtiment unique en maison-bloc en hauteur (1833 C 109). Vue d'ensemble prise de l'est.Ferme à bâtiment unique en maison-bloc en hauteur (1833 C 109). Vue d'ensemble prise de l'est.Ferme de maître à bâtiments multiples (1833 C 48-49). Vue d'ensemble prise de l'ouest.Ferme de maître à bâtiments multiples (1833 C 48-49). Vue d'ensemble prise de l'ouest.

Une typologie particulière semble avoir eu une certaine notoriété sur le territoire avec quelques occurrences constatées (1833 C 10, 1833 D 281, 1833 D 392, 1833 D 529). Ce type de ferme présente une partie agricole accolée à un volume latéral plus étroit mais souvent plus haut, comprenant le logis au deuxième niveau, accessible par un escalier extérieur parallèle à la façade menant à un porche couvert. Même si ce nombre est trop restreint pour généraliser ce modèle de construction, il reste intéressant de le signaler.

Ferme de la Thuilière (1833 C 10). Vue d'ensemble prise de l'ouest.Ferme de la Thuilière (1833 C 10). Vue d'ensemble prise de l'ouest. 

IV.4. L’analyse de la toponymie

L’analyse du cadastre napoléonien, croisé avec l’état des sections de 1833, a mis en évidence l’intérêt de tenir compte des toponymes pour mieux comprendre l’occupation ancienne du territoire. De nombreux noms de lieux font référence aux particularités géographiques (sources, flore, reliefs, etc.), au caractère agraire du territoire, à l’implantation de lieux de culte, à des bâtiments existants ou disparus.

Toponymes des différents lieux-dits de la commune de Saint-Paul-de-Vence d'après l'état des sections du cadastre napoléonien levé en 1833.Toponymes des différents lieux-dits de la commune de Saint-Paul-de-Vence d'après l'état des sections du cadastre napoléonien levé en 1833.

Origine

Nom

Explication15

Lieu de culte

Notre-Dame

Chapelle Notre-Dame-de-la-Gardette mentionnée dès le 15e siècle.

Sainte-Claire

Chapelle Sainte-Claire mentionnée à partir du 15e siècle.

Saint-Etienne

Chapelle Saint-Etienne mentionnée pour la première fois au 16e siècle. Un oratoire a été construit à proximité aux alentours du 19e siècle rappelant l'ancienne construction.

Saint-Jean

Fait probablement référence à une construction appartenant à la prévôté du chapitre de Vence mentionnée au 18e siècle.

Saint-Paul

Nom du village mentionné dès le 11e siècle. Son origine proviendrait des seigneurs de la localité, tenant eux-mêmes leur nom d’un édifice cultuel existant au préalable.

Saint-Pierre

Chapelle Saint-Pierre construite au 17e siècle.

Le Pilon

Le « piloun » désigne en provençal un oratoire souvent implanté au bord d’un chemin. Une construction coiffée d’une croix est en effet indiquée dans ce quartier sur la carte des ingénieurs militaires des frontières Est de la France (1764-1778), mais a depuis disparue.

Géographie

Les Malvans

Nom de la rivière traversant le vallon provenant du castrum des Malvans.

Les Fumerates

Provient de la déformation de Font Murado désignant une source murée.

Les Serres

Désigne une crête étroite et allongée. La route des Serres se dessine sur une crête traversant la commune du nord au sud en parallèle du bourg, à l'ouest.

Les Espinets

Désignerait un bois épineux. Il s'agit d'une partie du territoire possédant encore des espaces boisés.

Le Vert

Désigne une zone fertile.

La Vallière

Relatif à un vallon, une pente.

Les Blaquières

Lieu planté de chênes blancs.

Usage des terres

Versailles

Terre défrichée, labourée, retournée.

Les Côtes

Peut faire référence aux coteaux. La majorité des parcelles de ce quartier étaient plantées de vignes en 1833.

Constructions

Les Salettes

Désigne un lieu avec plusieurs maisons. Les fouilles archéologiques ont identifié un habitat fortifié antique dans ce quartier, le plus haut de la commune.

Sous Barri

Sous les remparts.

Les Gardettes

Désigne un poste de garde placé en hauteur sur une position stratégique.

La Bastide Rouge

Relatif à une construction aujourd’hui disparue.

La Thuilière

Désigne l’existence d’une fabrique de tuiles dont l’activité est attestée au moins à compter du 17e siècle et jusqu'en 1842 (1833 C 11).

Autre

Passe-Prest

Signifie qu’il faut y passer en se hâtant.

Non identifié

Le Défoussat ; Léouvé ; Le Bariral

Explications et hypothèses autour des toponymes répartis selon leur nature

V. Vie locale

V.1. Economie rurale

Dès le Moyen Age, des textes nous renseignent sur l’économie rurale de la ville de Saint-Paul : celle-ci repose notamment sur l’agriculture et l’élevage. Depuis l’achat de la seigneurie de Roquefort par la communauté de Saint-Paul en 1241, le territoire, entièrement recouvert de forêt, était dédié aux pâturages. L’acquisition du droit de dépaissance au territoire de Roquefort par les habitants de Saint-Paul, formalisé le 4 novembre 1276, confirme cet usage16. Plusieurs achats ultérieurs ont étendu les droits de pâture sur ce fief, principalement au 14e siècle (en 1305, 1325, 1330, 1342, 1345, 1378 et 1379).

En 1295, l’autorisation accordée à la ville de Saint-Paul de tenir une foire hebdomadaire le samedi traduit une certaine vitalité commerciale. Le territoire y vend ce qu’il produit, notamment le bétail, des peaux et de la laine, mais aussi des denrées issues de l’agriculture, à savoir des céréales, du vin, des fruits (surtout des figues) et des légumes17. Au 15e siècle, malgré la grave crise économique du siècle précédent, la croissance se relance progressivement et l’acte d’affouagement ordonné par le roi René nous renseigne sur les productions locales en 1471 : le terroir est fourni en vignes, figues et vin. La dime est prélevé sur le blé, le chanvre et le lin ; on y compte 280 bovins (dont 80 bœuf de labour), 3 750 ovins et caprins, 100 chevaux et 105 animaux de bât. Les habitants précisent qu’ils ont l’usage de paître au terroir de Roquefort18. Ce cheptel a permis à la population locale de vivre longtemps en autarcie, mais a également favorisé le maintient de métiers artisanaux en lien avec cette économie.

L’oléiculture n’est pas mentionnée au Moyen Age. On sait qu’elle existait au moins à compter du 16e siècle et surtout au 17e siècle, période à laquelle plusieurs moulins à huiles sont recensés sur le territoire19. Ce n’est qu’en 1700, à l’occasion de la seconde inspection des fortifications par Vauban, qu’il est fait mention de cette culture, qui alterne avec celle des vignes. En 1705, Niquet commenta les paysages saint-paulois : « ce territoire est couvert de vignes, d’oliviers et de figuiers et dans la même terre on y voit communément de ces trois sortes de plantes, disposées par alignement, avec des blés entre deux »20. Si la culture du blé disparaît à compter de cette époque, la viticulture et l’oléiculture se maintiennent et atteignent leur apogée aux alentours du 18e siècle et au début du 19e siècle, tendance que confirme les statistiques agricoles des années 1814 et 1815. La commune, d’une superficie de 776 hectares et 51 ares, comptait 256 hectares et 45 ares de vignobles, 285 hectares et 2 ares d’oliviers, 43 hectares et 34 ares de champs, 7 hectares et 54 ares de prairies, 5 hectares et 3 ares de jardins, 141 hectares et 8 ares de bois, 36 hectares et 71 ares de terrains incultes et 1 hectare et 43 ares de maisons. Parmi ces ressources, de larges quantités sont exportées à Nice, au port d’Antibes et à Grasse : 36 000 kg d’huile d’olive, 200 hectolitre de vin, 8 000 hectolitre de figues sèches et 200 milliers d’oranges. Il est précisé que ces statistiques étaient les mêmes avant la Révolution21. Le cadastre napoléonien levé en 1833 confirme cette prédominance de la vigne et de l’olive. Plusieurs celliers-cuvages identifiés dans les parties inférieures des maisons du village attestent encore de ce passé vinicole.

Maison (2022 AY 272). Vue de volume du cellier-cuvage prise du sud, encore utilisé dans les années 1950.Maison (2022 AY 272). Vue de volume du cellier-cuvage prise du sud, encore utilisé dans les années 1950.

Ces activités ont périclité à compter de la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, en raison notamment des épidémies de mildiou et de phylloxéra qui décimèrent les vignes, et de la concurrence des produits oléagineux pour l’huile d’olive (matière grasses animales notamment). Le village s’est ensuite tourné vers la production de fleurs, la rose de mai et la fleur d’oranger essentiellement, comme l’atteste les nombreuses cartes postales du 20e siècle.

[Vue de situation du village de Saint-Paul-de-Vence prise de l'ouest, entouré de parcelles cultivées, milieu du 20e siècle].[Vue de situation du village de Saint-Paul-de-Vence prise de l'ouest, entouré de parcelles cultivées, milieu du 20e siècle].

A partir des années 1980, ces cultures diminuèrent largement face à la pression foncière et à la concurrence internationale. Quelques agriculteurs y résistèrent, notamment pour la viticulture. Au début des années 1990, la commune comptait encore une trentaine de récoltants qui utilisaient quatre hectares de vignes et produisaient entre 150 et 200 hectolitres de vin. Aujourd’hui, quelques parcelles de vins sont encore cultivées sous le rempart ouest du village, témoignant de ce passé viticole ancestral ayant participé à la renommée de Saint-Paul.

Vue de situation du village prise de l'ouest.Vue de situation du village prise de l'ouest. Vue de situation du lieu-dit Versailles prise de l'ouest.Vue de situation du lieu-dit Versailles prise de l'ouest.

Concernant l’élevage, le dernier berger de Saint-Paul fut actif jusque dans les années 1990. Son troupeau était abrité dans un entrepôt agricole au nord du village (2022 AD 81, référence du dossier : IA06004296). Il s’agit de l’unique bergerie formellement identifiée sur le territoire saint-paulois. L’essentiel des bâtiments de ce type se trouvant sur les communes de Roquefort-les-Pins et de La Colle-sur-Loup.

Bergerie (2022 AD 81). Vue d'ensemble prise de l'ouest.Bergerie (2022 AD 81). Vue d'ensemble prise de l'ouest.

V.2. Activités artisanales et commerciales

L’activité artisanale et commerciale de la localité reflète sa vitalité historique. L’étude des maisons du village a permis d’estimer que 62 % des bâtiments repérés (87 maisons au total) étaient dotés de devanture commerciale en partie basse (référence du dossier : IA06004305). L’artisanat y a toujours été prospère, comme le confirme plusieurs sources : la charte autorisant la tenue d’une foire en 1295, l’acte d’affouagement de 1471, les registres de délibérations communales depuis l’Epoque Moderne. En 1792 par exemple, la ville comptait quatre tisserands, trois tisseurs à toile, un apprenti tisseur, quatre maréchaux à forge, trois tailheurs d’habits, deux chirurgiens, un menuisier et un compagnon menuisier, six cordonniers, un compagnon cordonnier, un médecin, quatre boulangers, deux perruquiers, un peigneur à chanvre, trois aubergistes, un notaire22.

Le cadastre napoléonien levé en 1833, indique la présence de quelques fonctions artisanales dans le village. Sont notamment précisés deux fours à pain (1833 B 162 et 174), deux moulins à huile (1833 B 206 et 272) et une forge (1833 B 38).

Les moulins sont régulièrement mentionnés dans les sources, surtout ceux qui appartenaient à la communauté. Si plusieurs ont disparus, dix d’entre eux ont pu être identifiés au cours de l’étude. Ils sont de nature différente. Six moulins repérés présentent un mécanisme hydraulique. Parmi ceux-ci, le plus ancien est le moulin dit des Trioux, puis de l’Arcade, qui tient son nom de son aqueduc (1833 D 482). Il est mentionné en 155523, puis en 1628 avec les deux autres moulins lui succédant le long de l'acqueduc : celui dit du Mitan (1833 D 477), puis celui dit le plus bas (1833 D 474) indiqué comme recense sur le cadastre napoléonien. Le moulin de Sainte-Claire (1833 A 309, référence du dossier : IA06004332), à l’entrée du village, a été construit en 1628 et a changé deux fois de fonctions (huile d’olive, farine, puis de nouveau huile d’olive)24. Enfin, il y a le moulin à huile dit de la Fontette (1833 A 304 bis) dont la construction remonte au plus tard au tout début du 18e siècle. Le cercle républicain a été installé au niveau supérieur en 1933, condamnant l'usage de l'aqueduc.

Moulin des Trioux (1833 D 482). Vue d'ensemble prise du nord-ouest. Au fond, le mur sud soutenant la roue verticale hydraulique, à gauche l'aqueduc.Moulin des Trioux (1833 D 482). Vue d'ensemble prise du nord-ouest. Au fond, le mur sud soutenant la roue verticale hydraulique, à gauche l'aqueduc. Vue d'ensemble du moulin de la Fontette (1833 A 304 bis), prise de l'ouest.Vue d'ensemble du moulin de la Fontette (1833 A 304 bis), prise de l'ouest.

Saint-Paul. Intérieur du moulin [de Sainte-Claire], entre 1954 et 1993. Saint-Paul. Intérieur du moulin [de Sainte-Claire], entre 1954 et 1993.  

Ces cinq moulins apparaissent sur la carte levée par l’ingénieur Niquet en 1705.

Plan/de St/Paul en l’état qu’il est/fait à Narbonne le 11 Janvier 1705/Niquet. [Les moulins sont figurés sur le plan].Plan/de St/Paul en l’état qu’il est/fait à Narbonne le 11 Janvier 1705/Niquet. [Les moulins sont figurés sur le plan].

Le sixième moulin hydraulique a pu être identifié parmi les dépendances de la ferme du Vern (1833 C 48-49, référence du dossier : IA06004313), dans un bâtiment ruiné déjà hors d’usage en 1833. La grande majorité de ces moulins était dotés d’une roue verticale, activée par la force de l’eau amenée par un aqueduc, à l'exception de celui de la ferme du Vern où l'arrivée d'eau n'a pas pu être déterminée. Le moulin du Mitan était en revanche équipé d'une roue horizontale dont le mécanisme était enclenché grâce à une cuve de charge alimentée par l'eau provenant d'un réservoir en amont.

Quatre moulins à énergie animale, également appelés moulin à sang, ont été repérés dans des maisons. De taille plus modeste, il s’agit de petites structures privées, souvent installées au premier niveau des habitations pour permettre l’accès au mulet chargé de tourner autour de la meule. Deux d’entre eux ont été relevés sur le cadastre napoléonien de 1833 dans le cœur du village (1833 B 206 et 272). Le deuxième, installé dans une ancienne demeure seigneuriale, a pu être visité. Il n’est plus en activité, mais les différents éléments le composant sont toujours dans le bâtiment (arbre, meule, pressoirs, scourtins, jarres) ainsi que les traces des mécanismes dans les fondations (cuve, poutres bloquant l’arbre de la cuve). Les deux autres moulins à sang se trouvaient dans des fermes isolées (1833 A 506, référence du dossier : IA06004310 ; 1833 C 48-49, référence du dossier : IA06004313). L’hypothèse de leur existence tient à la présence de meules retrouvées sur les propriétés, associée à des terrains plantés d’oliviers entourant les exploitations au 19e siècle.

Ces moulins reflètent l’intense activité oléicole génératrice d'une économie locale pérenne qui a perdurée pendant plusieurs siècles.

V.3. Ressources

La commune de Saint-Paul-de-Vence dispose de peu de ressources propres. Aucune carrière n’est mentionnée mais la proximité avec celles du quartier de la Sine à Vence suppose que les habitants s’y approvisionnaient directement. La forte propension de terres boisées ne pose pas de questions quant aux ressources en bois (les Gardettes, les Espinets, le Vert, les Salettes). La présence de terrains argileux a permis l’implantation de deux fabriques de tuiles sur le territoire, mentionnées à l’époque Moderne25. Une seule a pu être localisée. Il s’agit d’une construction disparue associée à la ferme de la Thuilière (1833 C 10), mentionnée pour la première fois au 17e siècle et indiquée sur le cadastre napoléonien de 1833 (1833 C 11). Dans les matrices cadastrales, il est précisé qu’elle fut détruite en 1842.

Concernant les ressources en eau, l’alimentation de Saint-Paul a toujours été un sujet complexe. Depuis 1434, la localité bénéficie de l’usage perpétuel de la source du Malvan, située sur le territoire éponyme au nord de Saint-Paul, pour résoudre la situation de «grande stérilité et pénurie dont souffre la ville et le lieu de Saint-Paul ». Cette décision confirme une concession ordonnée par la reine Jeanne en 134626. Depuis, plusieurs installations ont permis d’alimenter le village en eau, en supplément de la source de Fontrenaude, notamment un réseau de fontaines et de lavoirs (références de dossier : IA06004335, IA06004337, IA06004338, IA06004339). Ceux-ci compensent la faible propension de puits-citerne construits sur la voie publique (le puits des Quatre coins, rue Grande), où ceux chez des particuliers (par exemple 1833 B 38, référence de dossier : IA06004334 ; 1833 B 222 ; 1833 B 280). Les moulins sont également approvisionnés par ces sources, déviées par des aqueducs.

Fontaine-lavoir dite Grande fontaine (2022 AH 04). Vue d'ensemble prise du sud.Fontaine-lavoir dite Grande fontaine (2022 AH 04). Vue d'ensemble prise du sud. Lavoir (1833 B 185) et fontaine monumentale à l'arrière.Lavoir (1833 B 185) et fontaine monumentale à l'arrière.Puits-citerne privé dit de Dany, utilisé par la communauté (1833 B 38).Puits-citerne privé dit de Dany, utilisé par la communauté (1833 B 38).

 V.4. Vie religieuse

Le patrimoine religieux de la commune de Saint-Paul-de-Vence s’illustre par sa richesse et son abondance, considérant la faible étendue géographie de la commune. Plusieurs raisons le justifient : l’occupation continue du territoire au moins depuis le 11e siècle, qui tirerait notamment son nom d’un édifice religieux dédié à saint Paul, autour duquel une communauté se serait primitivement organisée ; la proximité de la ville avec celle de Vence qui était le siège de l’évêché depuis le 5e siècle ; enfin, le statut politique d’importance de Saint-Paul, en tant que ville libre, puis royale. L’église de Saint-Paul dépendait du chapitre de Vence et fut érigée en collégiale de la Conversion-de-Saint-Paul en 1666 à l’initiative de l’évêque de Vence, Monseigneur Godeau (1605-1672), décision confirmée par les lettres patentes du roi Louis XIV en 1667. Dès lors, elle fut dotée d’un chapitre collégial composé de cinq chanoines et de deux vicaires, dont beaucoup furent issus de riches familles saint-pauloises. Au 17e siècle, plusieurs nobles et bourgeois fondèrent des chapelles : celle de Saint-Pierre commanditée par la famille Bernardy, celle de Saint-Charles et Saint-Claude érigée par les familles Barcillon et Raymond (référence du dossier : IA06004344). D’autres se portèrent garant de chapelles existantes comme pour la chapelle Notre-Dame-de-la-Gardette qui bénéficia du jus-patronat de la famille de Villeneuve-Thorenc (1833 A 333, référence du dossier : IA06004344).

Chapelle Notre-Dame-de-la-Gardette (1833 A 333).Chapelle Notre-Dame-de-la-Gardette (1833 A 333).

Des édicules et édifices religieux sont présents dans le village et la campagne environnante, au moins depuis le 14e siècle. La première église mentionnée est l'église Saint-Michel en 1356 (1833 D 513, référence du dossier : IA06004342), puis au 15e siècle, la chapelle Sainte-Claire, sainte Claire étant devenue patronne de la ville au 20e siècle (1833 A 306, référence du dossier : IA06004343), l'église Notre-Dame-de-la-Gardette, la chapelle Saint-Roch (1833 A 127, référence du dossier : IA06004347) et la chapelle Saint-Georges (détruite lors de la construction de l’enceinte bastionnée en 1542, sa titulature fut transférée à la chapelle Saint-Michel puis à Notre-Dame-de-la-Gardette), enfin au 17e siècle, la chapelle Saint-Pierre (1833 C 106), actuellement en ruine, la chapelle Saint-Charles-et-Saint-Claude et celle des pénitents Blancs (1833 B 110, référence du dossier : IA06004355). La carte des ingénieurs militaires des frontières Est de la France levée entre 1764 et 1778 les indique presque toutes.

Chapelle Sainte-Claire (1833 A 306). Vue d'ensemble prise du sud.Chapelle Sainte-Claire (1833 A 306). Vue d'ensemble prise du sud. Chapelle Saint-Roch (1833 A 127). Vue d'ensemble prise du sud.Chapelle Saint-Roch (1833 A 127). Vue d'ensemble prise du sud.

Trois oratoires ont été repérés : Sainte-Marie-Madeleine (référence du dossier : IA06004340), Saint-Etienne (référence du dossier : IA06004341) et Saint-Antonin (2022 AS 9). Plusieurs ont depuis été reconstruits pour être davantage visibles dans l’espace public (nouvel oratoire Sainte-Marie-Madeleine le long de la route des Malvans par exemple).

Oratoire Sainte-Marie-Madeleine, installé le long de l'ancienne route royale reliant Saint-Paul à Vence. Vue d'ensemble prise de l'est.Oratoire Sainte-Marie-Madeleine, installé le long de l'ancienne route royale reliant Saint-Paul à Vence. Vue d'ensemble prise de l'est. Oratoire Saint-Etienne, installé le long du chemin de Saint-Etienne. Vue d'ensemble prise de l'ouest.Oratoire Saint-Etienne, installé le long du chemin de Saint-Etienne. Vue d'ensemble prise de l'ouest.

Plusieurs croix monumentales ont été érigées sur la voie publique : celle du cimetière (2022 AS 84, référence du dossier : IA06004307), celle commémorant une mission en 1857 (quartier Sainte-Claire, référence du dossier : IA06004308) et la croix de chemin faisant face à la chapelle Notre-Dame-de-la-Gardette mentionnée dès 1702, refaite depuis (2022 AC non cadastrée).

Croix de cimetière. Vue d'ensemble prise du sud.Croix de cimetière. Vue d'ensemble prise du sud.Croix de mission installée en 1857. Vue d'ensemble prise du sud-ouest.Croix de mission installée en 1857. Vue d'ensemble prise du sud-ouest.

La vente des biens nationaux nous fournit davantage de détails sur les possessions du clergé : outres les édifices religieux précédemment mentionnés, plusieurs constructions civiles en dépendaient. C’est notamment le cas de la maison dite du Pontail dans le cœur du village qui appartenait à la collégiale (1833 B 124-125, référence du dossier : IA06004283), de la bastide dite du Petit Saint-Jean qui appartenait à la prévôté de Vence (1833 D 812) et où existait probablement une chapelle dont il ne reste pas de traces27, de l’hôpital Sainte-Croix appartenant à la confrérie du Saint-Esprit (référence du dossier : IA06004282). Par ailleurs, plusieurs maisons dans le village présentent des symboles religieux gravés sur les linteaux des portes, indiquant peut-être un usage religieux de la construction, où éventuellement le statut du commanditaire (1833 B 124, 167 et 174).

Ferme dite du Petit Saint-Jean (1833 D 812). Vue d'ensemble prise du sud.Ferme dite du Petit Saint-Jean (1833 D 812). Vue d'ensemble prise du sud. Ferme dite du Petit Saint-Jean (1833 D 812). Vue d'ensemble prise du nord vers 1970.Ferme dite du Petit Saint-Jean (1833 D 812). Vue d'ensemble prise du nord vers 1970.

Maison du "Pontail" (1833 B 278-279), première moitié du 20e siècle. Maison du "Pontail" (1833 B 278-279), première moitié du 20e siècle.

Après la Révolution, deux nouveaux lieux de culte furent consacrés : la chapelle du couvent Passe-Prest, fondé vers 1880 par les dominicaines dans l’ancien château des Villeneuve-Thorenc aux Gardettes (2022 AX 91), la chapelle Saint-Bernard au sein de la fondation d’art moderne et contemporain créée par Marguerite et Aimé Maeght en 1962 (2022 AW 27).

1FAURE, 1970, p. 8. D'après : ROSTAING. Toponymie de la Provence : De Canadello. 1016. Cartulaire de Lérins, f°732.2FAURE, 1970, p. 13. D'après Fernand BENOIT. Recueil des Actes des comtes de Provence appartenant à la maison de Barcelone, Alphonse II et Raymond Berenger V (1196-1245). 3FAURE, 1970, p. 14. op. cit. note 2. 4LACROIX, 2005, p.84.5FAURE, 1970, p. 18. D'après : Archives communales de Saint-Paul-de-Vence. Lettres patentes du roi Robert dégageant les habitants de Saint-Paul que l'on voulait poursuivre comme responsables des dettes de la ville, 1324.6FAURE, 1970, p. 21, 29-30. D'après : archives communales de Saint-Paul-de-Vence. Procès entre les consuls de la ville de Saint-Paul et ceux de Vence ainsi que ceux du lieu inhabité des Malvans au sujet de la possession des eaux du Malvan, 1657-1789.7FAURE, 1970, p. 23. D'après : archives communales de Saint-Paul-de-Vence. Statuts communaux de Saint-Paul, réglements de police de la ville, peines municipales, limitation des deffens du territoire, 1356.8FAURE, 1970, p. 26. D'après : archives communales de Saint-Paul-de-Vence. Lettres patentes de Louis II, comte de Provence, confirmant les privilèges de la ville de Saint-Paul réglant quelques questions de police et obligeant les nobles et les membres du clergé habitant la dite ville de participer, au proratat de leurs biens, aux frais de réparations des fortifications, 1401.9VIALATTE, 1990, p. 25.10FAURE, 1970, p. 31-32.11VIALATTE, 1990, p. 25.12FAURE, 1970, p. 106, 109, 112-113, 126-127.13FAURE, 1970, p. 151. D'après : archives départementales des Alpes-Maritimes. Domaines 1872-1873.14Ce tableau présente l’évolution démographique de Saint-Paul en croisant les données récoltées par Monsieur Baratier en 1951, Directeur des Archives des Bouches-du-Rhône, les données extraites des archives communales par Jeanne Faure dans Saint-Paul, Ville royale (p. 33) en 1970, enfin, les données issues des recensements réguliers de population depuis 1793.15BENVENUTO, 2016 (pour les noms couramment utilisés en Provence Orientale) ; les noms spécifiques à la commune nous ont été expliqués par les habitants du village au cours de l’enquête. 16LACROIX, 2005, p. 82.17LACROIX, 2005, p.84.18FAURE, 1970, p. 31-32.19FAURE, 1970, p. 72 et 80.20VIALATTE, 1990, p. 43.21BONIFACE, 1934, p. 39. D'après : archives communales de Saint-Paul. Statistiques générales sur les données économiques et sociales de la ville de Saint-Paul, 1813-1815.22FAURE, 1970, p. 133. D'après : archives communales de Saint-Paul. État de la population de Saint-Paul par foyer avec indication de la profession du chef de famille et désignation des habitants qui ont le droit de vote dans les assemblées primaires et les éligibles, 1792.23FAURE, 1970. D'après : Archives départementales des Bouches-du-Rhône, B 1274.24FAURE, 1970, p. 80.25BONIFACE, 1934, p.39.26FAURE, 1970, p. 21, 29 et 30.27POTEUR, THEVENON, 1999, p. 58.

Le territoire de Saint-Paul-de-Vence est occupé au moins depuis l'Antiquité, mais ce n'est qu'à partir du 11e siècle que les sources révèlent l’existence de la localité, à l'occasion de la donation du domaine du Canadel sur le territoire de Saint-Paul à l'abbaye de Lérins en 1016. Au 12e siècle, les seigneurs de Saint-Paul sont mentionnés et leur château, érigé sur la partie sommitale du site, devient rapidement l'épicentre d'un bourg médiéval. Ce castrum, cité au début du 13e siècle, donne son allégeance au comte Raymond Beranger V lors de sa prise de contrôle de la Provence Orientale. En 1227, le comte accorde en récompense de cette fidélité le privilège à la communauté de s'administrer librement. Grâce à ce statut de ville libre, Saint-Paul s'étend (achat du fief de Roquefort en 1241) et prospère rapidement (charte de 1295 autorisant la tenue d'une foire hebdomadaire). Les décisions sont prises par l'université des habitants et les coseigneurs du bourg, comme l'atteste l'acte de 1356 établissant les règlements municipaux en vigueur jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Dans la seconde moitié du 14e siècle, la ville renforce son statut militaire en faisant construire une enceinte fortifiée et en devenant une place forte à la frontière du Comté de Nice, également son statut politique, par ses titres de ville royale et de siège de la baillie. Le 16e siècle confirme cette importance avec la construction de l'enceinte bastionnée ordonnée à la suite de la visite officielle de François 1er en 1538, avec l'officialisation de son statut de place forte royale et avec l’augmentation de ses pouvoirs judiciaires grâce à l'obtention du titre de viguerie en 1543. Si ces événements ont propulsé la ville sur la scène militaire, avec pour conséquence des occupations répétées (1589, 1707, 1747 et 1817), ils ont aussi contribué à sa prospérité tout au long des 16e et 17e siècles : la plupart des maisons sont construites ou transformées à cette époque, dont beaucoup par des aristocrates et des bourgeois ; le commerce est important et se reflète par un artisanat dense et varié ; l'économie rurale, tournée vers l'agriculture (vigne, olive et blé) et l'élevage, est florissante. En 1666, l'église paroissiale est érigée au rang de collégiale, renforçant durablement la place du clergé local. A la Révolution, la ville prend le nom de Saint-Paul-du-Var et est amputée de ses deux écarts : la Colle et Roquefort sont érigées en tant que communes ce qui occasionne la perte de 90 % de la superficie territoriale et de deux tiers des habitants (le territoire compte désormais environ 1 000 habitants et une superficie de 726 hectares). En 1860, la réunion du Comté de Nice à la France entraîne la démilitarisation des remparts en 1870, rachetés par la municipalité en 1873. Au début du 20e siècle, l’installation d’une ligne de tramway en 1911, reliant Vence à Cagnes-sur-Mer (TAM), permet à la commune rurale de sortir de l’isolement en exportant plus facilement ses ressources (raisins, figues, fleurs, oranges) et en attirant des visiteurs pour des séjours de villégiature. C’est à compter de cette période que la notoriété touristique de Saint-Paul débuta, attirant de nombreux artistes, peintres, poètes, écrivains, puis d’innombrables visiteurs.

  • Sites de protection
    site inscrit, abords d'un monument historique

La commune de Saint-Paul-de-Vence fait partie de l’arrondissement de Grasse et du canton de Villeneuve-Loubet. Elle s’étend sur une superficie de 7,26 kilomètres carrés et son altitude varie entre 39 et 355 mètres. Le territoire vallonné est traversé du nord au sud par quelques cours d’eau glissant à travers des reliefs collinaires doux à l'ouest, aujourd’hui occupés par un habitat pavillonnaire diffus, tandis que le bassin versant du Malvan à l'est est caractérisé par une grande plaine peuplée aux versants plus pentus. Les sols sont en majorité constitués de calcaires marneux et de grès calcaires. La commune est uniquement constituée du chef-lieu au centre du territoire, construit sur un socle rocheux à 120 mètres d’altitude. Le territoire a subi depuis la seconde moitié du 20e siècle un mitage péri-urbain exponentiel avec pour conséquence la disparition de l’essentiel des quartiers agricoles. Seules de rares zones naturelles restent partiellement sauvegardées : le bois des Gardettes au nord de la commune, quelques reliefs aux Espinets à l’est, les terrasses de culture plantées de vignes et de vergers à l’ouest du village et les espaces boisés l’entourant, essentiellement dans la zone protégée de Sous Barri.

  • État de la population de Saint-Paul par foyer avec indication de la profession du chef de famille et désignation des habitants qui ont le droit de vote dans les assemblées primaires et les éligibles, 1792. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : E 004 097 1F 1.

  • Statistiques générales sur les données économiques et sociales de la ville de Saint-Paul, 1813-1815. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : E 004 097 5F 1.

Documents d'archives

  • Achat de droits, 1263-1756. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : E 004 060 DD 13 à 22.

    Notamment de droit pour les paturages au territoire de Roquefort.
  • Lettres patentes du roi Robert dégageant les habitants de Saint-Paul que l'on voulait poursuivre comme responsables des dettes de la ville, 1324. Archives départementales des Alpes-Maritimes : Nice, E 004 001 AA 2.

  • Statuts communaux de Saint-Paul, règlements de police de la ville, peines municipales, limitation des deffens du territoire, 1356. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : E 004 003 BB 3.

  • Lettres patentes de Louis II, comte de Provence, confirmant les privilèges de la ville de Saint-Paul réglant quelques questions de police et obligeant les nobles et les membres du clergé habitant la dite ville de participer, au prorata de leurs biens, aux frais de réparations des fortifications, 1401. Archives départementales des Alpes-Maritimes : Nice,