Dossier d’œuvre architecture IA06004313 | Réalisé par
  • inventaire topographique
Ferme du Vern
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) SIVOM Pays de Vence
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pays de Vence
  • Commune Saint-Paul-de-Vence
  • Lieu-dit le Vert
  • Adresse 3468 chemin du Malvan
  • Cadastre 1833 C 48 ; 49  ; 2022 AE 29
  • Dénominations
    ferme
  • Appellations
    ferme du Vern
  • Parties constituantes non étudiées
    étable, fenil, pigeonnier, citerne, fontaine, station de captage, terrasse agricole, moulin à huile, jardin d'agrément

I. Commentaire historique

Cette ferme de maître a probablement été construite au cours de l'Epoque Moderne, vraisemblablement aux alentours du 17e siècle. La première étape concerna a minima la création d’une partie de la maison-bloc accueillant le logis (bâtiment 1), puis les suivantes entrainèrent l’ajout successif, peut-être concomitant, de plusieurs constructions : deux extensions de logis ont été créées au sud (bâtiments 2 et 3) et une harmonisation avec le bâtiment 1 a sans doute été réalisée à cette occasion (mise en place de toitures à un pan de part et d'autre du corps central en surcroît créant une illusion de symétrie ; uniformisation des encadrements des baies en briques pleines), tandis que deux dépendances agricoles ont été accolées au nord dans l’alignement de la maison-bloc (dépendances agricoles 1 et 2) et une troisième dans une aile en retour à l’ouest (dépendance agricole 3).

Vue d'ensemble prise de l'ouest. Etat vers 1970.Vue d'ensemble prise de l'ouest. Etat vers 1970.

La ferme figure sur la carte des frontières Est de la France levée par les ingénieurs militaires entre 1764 et 1778. Elle est représentée dans le vallon du Malvan, sur la rive gauche de la rivière, entourée de terrains cultivés et proche d’un axe de circulation reliant le village de Saint-Paul au territoire de Vence, puis à celui de La Gaude (aujourd’hui, il s’agit d’un sentier en terre battue). Elle n'apparaît pas dans la liste des biens nationaux vendus à la Révolution, ce qui précise le statut bourgeois de la propriété et non aristocratique ou clérical.

Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. [Détail de la feuille 194-8 : village de Saint-Paul-de-Vence].Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. [Détail de la feuille 194-8 : village de Saint-Paul-de-Vence].

En 1833, la ferme est figurée sur le cadastre napoléonien dans sa configuration actuelle. Elle occupe deux parcelles avec une maison au sud, s'étendant sur 490 mètres carrés et comprenant seulement six ouvertures imposables, puis d'une écurie et d'un grenier à foin au nord-ouest, d’une superficie de 140 mètres carrés. Seul le bâtiment disjoint en ruine au nord n'y figure pas. Celui-ci pourrait correspondre à une construction ayant accueilli un moulin à eau avant le 19e siècle (une imposante meule en pierre calcaire atteste de la présence d'un moulin au sein de la propriété), alimenté par une source d'eau captée en amont à l'est de la propriété. Le canal a vraisemblablement été dévié par la suite vers une galerie horizontale drainante construite à l'est du corps de la ferme, destinée à alimenter une fontaine et une citerne au sud du bâtiment du logis. Cette partie, intégrée dans un jardin d'agrément, a sans doute été aménagée dans le courant du 19e siècle, considérant le style des édicules mis en place.

Plan de masse et de situation d'après le cadastre de 1833 (section C, parcelles 48 et 49).Plan de masse et de situation d'après le cadastre de 1833 (section C, parcelles 48 et 49).

Les matrices cadastrales nous apprennent que l’exploitation appartient en 1833 à Antoine-Paul Gazagnaire, colonel à la retraite. Il possède une autre ferme, proche et beaucoup plus modeste, qui devait fonctionner avec celle-ci (1833 C 109), ainsi qu’une part importante de terrains cultivés aux alentours, plantés de vignes et d’oliviers, mais aussi d’arbres fruitiers. Sur les collines à l'est de la ferme, des vestiges d’anciennes claies pour le séchage des figues attestent que la production fruitière était encore pratiquée jusqu’au milieu du 20e siècle1. La propriété foncière d'Antoine-Paul Gazagnaire s’étend sur près de 25 hectares pour un revenu annuel total de 643.85 f. Il est probable qu’il résidait dans sa demeure du village de Saint-Paul (1833 B 254 à 257), tandis que ses domaines agricoles étaient exploités par des métayers logeant sur place.

Possessions foncières d'Antoine-Paul Gazagnaire, propriétaire de la ferme en 1833 à l'échelle de la commune à droite, agrandies et détaillées à gauche. Dessin numérique réalisé à partir du cadastre révisé en 1979. Possessions foncières d'Antoine-Paul Gazagnaire, propriétaire de la ferme en 1833 à l'échelle de la commune à droite, agrandies et détaillées à gauche. Dessin numérique réalisé à partir du cadastre révisé en 1979.

La configuration de la ferme ne changea pas par la suite. Seul le nombre d’ouvertures imposables augmenta entre 1833 et 1847, passant de six à dix, comme l’indique les matrices cadastrales, lors du transfert de la propriété en 1847 à Honoré-Léandre Fouque, géomètre. Celui-ci est également propriétaire de nombreux terrains au nord de la ferme étudiée, ainsi que d’une seconde propriété agricole au lieu-dit de la Thuilière, qui tint lieu de fabrique de tuiles jusqu’en 1842 (1833 C 10).

Possessions foncières d'Honoré-Léandre Fouques, propriétaire de la ferme en 1847, à l'échelle de la commune à droite, agrandies et détaillées à gauche. Dessin numérique réalisé à partir du cadastre révisé en 1979. Possessions foncières d'Honoré-Léandre Fouques, propriétaire de la ferme en 1847, à l'échelle de la commune à droite, agrandies et détaillées à gauche. Dessin numérique réalisé à partir du cadastre révisé en 1979.

En 1892, la ferme est transmise à Aimé Fouque, docteur en médecine à Cannes. Sa propriété foncière est appauvrie par rapport à son prédécesseur, mais il acquit ensuite de nombreux terrains jusqu’en 1903.

Possessions foncières d'Aimé Fouques, propriétaire de la ferme en 1892, à l'échelle de la commune à droite, agrandies et détaillées à gauche. Dessin numérique réalisé à partir du cadastre révisé en 1979. Possessions foncières d'Aimé Fouques, propriétaire de la ferme en 1892, à l'échelle de la commune à droite, agrandies et détaillées à gauche. Dessin numérique réalisé à partir du cadastre révisé en 1979.

À cette date, ses biens furent tous transmis à Elisée Fouques, propriétaire alors de 82 hectares de terrains sur le territoire saint-paulois, essentiellement au nord-est de la commune, pour une fortune s’élevant à 1 748,48 francs. Sa propriété bâtie comprend notamment cinq fermes (référence des dossiers : IA06004310 ; IA06004311), une demeure aristocratique au cœur du village (1833 B 222 à 224) et plusieurs entrepôts agricoles (référence de dossier : IA06004296) d’une valeur de 266 francs.

Possessions foncières d'Elisée Fouques, propriétaire de la ferme en 1903, à l'échelle de la commune à droite, agrandies et détaillées à gauche. Dessin numérique réalisé à partir du cadastre révisé en 1979. Possessions foncières d'Elisée Fouques, propriétaire de la ferme en 1903, à l'échelle de la commune à droite, agrandies et détaillées à gauche. Dessin numérique réalisé à partir du cadastre révisé en 1979.

À cette époque, la ferme du Vern (son appellation provient du provençal « Lou Vern », signifiant « Le Vert », en référence au lieu-dit), est exploitée par un couple de métayers, la famille Dallo. Une photo prise avant 1956 montre que l’aspect extérieur de l’édifice n’a pas été modifié depuis, à l’exception du percement d’une baie à l’est de la tour du logis.

Ferme-château du Malvan [vue prise de l'ouest avant 1956].Ferme-château du Malvan [vue prise de l'ouest avant 1956].

Deux logements ont ensuite été aménagés dans le bâtiment du logis dans les années 1980 et occupés par des artistes jusqu’en 2016. La ferme n’est aujourd’hui plus habitée, seul un atelier dans l’ancien entrepôt agricole de l’aile ouest est occupé par un ébéniste (dépendances agricoles 2 et 3). Un projet de rénovation du site est en cours d’élaboration par Thomas Fournier, héritier de la famille Fouques.

II. Analyse architecturale

II.1. Organisation générale et mise en œuvre

Cette ferme de maître se situe en milieu isolée à environ un kilomètre au nord-est du bourg de Saint-Paul, au lieu-dit le Vert dans le vallon du Malvan, sur la rive gauche de la rivière. Construite perpendiculairement à la pente, elle se compose d’un bâtiment du logis de composition symétrique a laquelle a été adjoint deux bâtiments agricoles dans son prolongement au nord, puis un troisième dans une aile en retour à l’ouest. La configuration finale est en forme de L. Un bâtiment disjoint en ruine se trouve également dans l’alignement du bâtiment principal au nord, tandis qu’une cour, une fontaine et une terrasse sur une citerne ont été aménagés au sud de la maison-bloc.

Vue d'ensemble prise du sud-ouest. Vue d'ensemble prise du sud-ouest. Vue d'ensemble prise du nord-est. Vue d'ensemble prise du nord-est. Cour au sud de la ferme. Vue de la fontaine prise de l'ouest. Etat vers 1970.Cour au sud de la ferme. Vue de la fontaine prise de l'ouest. Etat vers 1970.

Les bâtiments sont construits en maçonnerie de moellons calcaires, avec des reprises en brique. Ils sont couverts d’un enduit rustique pour la façade principale à l’ouest et les façades latérales au nord et au sud, à pierres vues pour l’élévation postérieure. La majorité des encadrements sont en brique, à l’exception de trois portes en pierre de taille calcaire, et de quelques ouvertures en moellons calcaires couvertes de linteau en bois ou façonnées au mortier.

Les toits sont à un pan sauf la partie en surcroît du bâtiment 1 ainsi que la deuxième extension de logis au sud, qui sont à longs pans. La partie nord du bâtiment 1, actuellement couverte d’un toit à un pan, était initialement pourvue d’une toiture à longs pans (traces visibles à l’intérieur). Les toitures sont protégées de tuiles creuses avec les avant-toits composés d’un rang de génoises et les saillies de rive d’un simple débord de tuiles.

Relevé avec plan de distribution de l'étage de soubassement de la ferme. Relevé avec plan de distribution de l'étage de soubassement de la ferme. Relevé avec plan de distribution du rez-de-chaussée surélevé de la ferme. Relevé avec plan de distribution du rez-de-chaussée surélevé de la ferme. Relevé avec plan de distribution de l'étage en surcroît et des toitures. Relevé avec plan de distribution de l'étage en surcroît et des toitures. Relevé avec plan de distribution des toitures de la ferme. Relevé avec plan de distribution des toitures de la ferme.

II.2. Bâtiment du logis (maison-bloc)

II.2.a. Plan et élévations

Le bâtiment initial était vraisemblablement composé de la partie centrale à une travée qui s’élève sur trois niveaux avec la partie nord qui lui est accolée à deux travées sur deux niveaux (bâtiment 1). Des relevés du bâti réalisés par l’entreprise Géotech ont mis en évidence un alignement des deux pièces du rez-de-chaussée surélevé tandis qu’un décalage de niveau s’opère avec le bâtiment accolé au sud tant à l’intérieur que pour la toiture (bâtiment 2), malgré un rendu final homogène et symétrique trompeur. Les bâtiments 2 et 3 ont probablement été construits successivement, considérant un encadrement en pierre de taille à l’intérieur signalant l’ancienne entrée avant l’ajout de la seconde extension de logis. Ils s'élèvent chacun sur deux niveaux.

Maison-bloc, bâtiments 1, 2 et 3. Elévation ouest.Maison-bloc, bâtiments 1, 2 et 3. Elévation ouest.

Propriété Fournier. Plan des coupes. Etat des lieux en date du 19/04/2021. Coupe AA ; Coupe BB ; Coupe CC ; Coupe DD.Propriété Fournier. Plan des coupes. Etat des lieux en date du 19/04/2021. Coupe AA ; Coupe BB ; Coupe CC ; Coupe DD.

La deuxième extension au sud (bâtiment 3) se développe seulement sur environ deux tiers de la profondeur des autres parties.

Vue d'ensemble prise du sud. Maison-bloc, bâtiment 3.Vue d'ensemble prise du sud. Maison-bloc, bâtiment 3.

L’ensemble comprend un étage de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et un étage en surcroît. L’accès au logis s’effectue par une porte au premier niveau du bâtiment 2 sur sa façade principale à l’ouest. Elle présente un encadrement en pierre de taille calcaire avec un arc en anse de panier chanfreiné. La porte est protégée par un auvent couvert de tuiles creuses.

Maison-bloc, bâtiment 2. Elévation ouest, premier niveau. Porte du logis. Maison-bloc, bâtiment 2. Elévation ouest, premier niveau. Porte du logis.

Les baies du premier niveau, de dimensions inégales, sont toutes encadrées de brique et couvertes d’un arc surbaissé. Celles du deuxième niveau sont plus disparates : trois (dont une s'apparantant à une baie fenière obstruée au moins depuis les années 1950) sont couvertes d’un linteau monoxyle, deux sont encadrées de brique, un jour a été percé dans la seconde moitié du 20 siècle pour éclairer une pièce d'eau (salle de bain). La baie du troisième niveau est en brique et présente un arc segmentaire.

Maison-bloc, bâtiments 1 et 2. Elévation ouest. Etat vers 1970.Maison-bloc, bâtiments 1 et 2. Elévation ouest. Etat vers 1970.

Un deuxième accès au logis existe au rez-de-chaussée surélevé sur la façade antérieure, accessible en empruntant un escalier extérieur maçonné en équerre longeant la façade sud. Il mène à une terrasse à l’arrière du bâtiment 3. Un passage décaissé avec un muret de soutènement pour contenir la poussée du terrain longe la maison à l’est et permet également d’accéder au bâtiment 1 par une porte encadrée de brique, couverte d’un arc déprimé, protégée par un larmier de tuiles creuses.

Maison-bloc. Bâtiment 3, élévation est à gauche ; bâtiment 2, élévation sud à droite.Maison-bloc. Bâtiment 3, élévation est à gauche ; bâtiment 2, élévation sud à droite.Maison-bloc, bâtiments 2 et 3. Elévation est, premier niveau. Maison-bloc, bâtiments 2 et 3. Elévation est, premier niveau.

II.2.b. Fonctions et aménagements intérieurs

Le bâtiment du logis a été réaménagé pour accueillir deux appartements indépendants. Le premier occupe le bâtiment 2 et 3 sur deux niveaux et le second la partie sud du bâtiment 1 sur trois niveaux avec une partie du bâtiment 2. La partie nord du bâtiment 1 a été cloisonnée et convertie en partie agricole.

L’étage de soubassement du bâtiment 1 est occupé par deux pièce voûtées en berceau segmentaire. La première, au sud, est accessible depuis la porte du logis sur la façade principale, par l’intermédiaire d’une porte dans le mur nord du vestibule. Celui-ci, couvert d’un plancher à pannes sur chevrons, se prolonge vers un escalier tournant maçonné en fond de parcelle, dont les marches sont couvertes de carreaux de terre cuite et les nez-de-marche de bois (bâtiment 2).

Maison-bloc, bâtiment 2. Etage de soubassement, vestibule. Vue de volume prise de l'ouest. Maison-bloc, bâtiment 2. Etage de soubassement, vestibule. Vue de volume prise de l'ouest.

La deuxième pièce voûtée, au nord du bâtiment 1, était initialement accessible par une porte sur la façade principale, plus tard à demi-obstruée en partie basse. L’accès actuel s’effectue depuis la première dépendance agricole au nord. Le sol est en terre battue et les murs ne sont pas enduits. Un conduit a été aménagé dans l’angle sud-ouest de la pièce (cheminée ou passage entre les deux niveaux ?). Une mangeoire a été installée le long du mur est.

Maison-bloc, bâtiment 1. Etage de soubassement, pièce voûtée. Vue de volume prise du sud-ouest. Maison-bloc, bâtiment 1. Etage de soubassement, pièce voûtée. Vue de volume prise du sud-ouest. Maison-bloc, bâtiment 1. Etage de soubassement, pièce voûtée. Vue de volume prise du sud-est. Maison-bloc, bâtiment 1. Etage de soubassement, pièce voûtée. Vue de volume prise du sud-est. Maison-bloc, bâtiment 1. Etage de soubassement, pièce voûtée. Ancien conduit dans l'angle sud-ouest. Maison-bloc, bâtiment 1. Etage de soubassement, pièce voûtée. Ancien conduit dans l'angle sud-ouest.

L’étage de soubassement des bâtiments 2 et 3 se compose de deux pièces communicantes, celle du bâtiment 3 est voûtée en berceau plein-cintre. L’accès s’effectue par une porte-fenêtre sur la façade sud. Cette partie est occupée par le premier appartement.

Maison-bloc, bâtiments 2 et 3. Etage de soubassement. Vue de volume prise du nord. Maison-bloc, bâtiments 2 et 3. Etage de soubassement. Vue de volume prise du nord.

Le rez-de-chaussée surélevé comprend quatre pièces, probablement dédiées au logis à l’origine. Le bâtiment 1, desservi à ce niveau par l’escalier intérieur menant à un palier dans le bâtiment 2, comprend deux pièces cloisonnées par le mur de refend, mais à l’origine communicantes (visible dans la pièce nord). La première pièce, au sud, est éclairée par une baie à l’ouest et un jour à l’est dans l’angle d’un escalier maçonné en équerre qui mène à l’étage en surcroît. Les marches sont couvertes de carreaux de terre cuite avec les nez-de-marches en bois. La pièce est couverte d'un plancher à pannes sur solives.

Maison-bloc, bâtiment 1. Rez-de-chaussée surélevé, pièce sud. Escalier dans l'angle sud-est. Maison-bloc, bâtiment 1. Rez-de-chaussée surélevé, pièce sud. Escalier dans l'angle sud-est. Maison-bloc, bâtiment 1. Rez-de-chaussée surélevé, pièce sud. Plancher à pannes sur solives.Maison-bloc, bâtiment 1. Rez-de-chaussée surélevé, pièce sud. Plancher à pannes sur solives.

La deuxième pièce, au nord, est accessible par une porte ouverte sur la façade postérieure du rez-de-chaussée surélevé. Elle est éclairée par deux grandes baies à l’ouest et une plus réduite à l’est. Ses murs sont enduits en partie basse. Les traces d’une ancienne charpente couverte d'une toiture à longs pans sont visibles sur le mur nord. Cette pièce communique avec la première dépendance agricole par une porte percée postérieurement à la construction de la maison-bloc dans le mur nord.

Maison-bloc, bâtiment 1. Rez-de-chaussée surélevé, pièce nord. Mur nord, traces de l'ancienne toiture à longs pans. Maison-bloc, bâtiment 1. Rez-de-chaussée surélevé, pièce nord. Mur nord, traces de l'ancienne toiture à longs pans. Maison-bloc, bâtiment 1. Rez-de-chaussée surélevé, pièce nord. Mur sud, ancienne porte condamnée.Maison-bloc, bâtiment 1. Rez-de-chaussée surélevé, pièce nord. Mur sud, ancienne porte condamnée.

Le bâtiment 2 est séparé en deux espaces : au nord, le palier permettant d’accéder au bâtiment 1 ; au sud, une pièce de logis du premier appartement éclairée par deux baies (une à l’ouest et une au sud éclairant un escalier à vis installé récemment) et couverte d’un plancher à pannes sur solives. Le bâtiment 3, desservi par l’entrée sur la façade postérieure à l’est, comprend une pièce. Elle communique avec le bâtiment 2 par une porte dotée d’un encadrement en pierre de taille à linteau sur coussinets, probablement en remploi considérant la disparité de ses piédroits.

Maison-bloc, bâtiment 3. Rez-de-chaussée surélevé, porte du logis.Maison-bloc, bâtiment 3. Rez-de-chaussée surélevé, porte du logis.

L’étage en surcroît, desservi par l’escalier maçonné de la pièce sud du bâtiment 1, accueille une pièce de logis avec une mezzanine (bâtiment 1). Il est probable qu’il était initialement dédié à un usage agricole tel un pigeonnier et/ou un séchoir. Il est éclairé par trois baies (une à l’ouest, une à l’est et une au sud en partie haute) et couvert d’une charpente à pannes sur chevrons.

II.3. Dépendances agricoles

II.3.a. Organisation générale

Trois dépendances agricoles, peut-être quatre (la dernière, disjointe, est en ruine), ont été construites au nord de la maison-bloc, la première dans son alignement, les deux dernières formant une aile en retour vers l’ouest.

Entrepôts agricoles. Vue d'ensemble prise du sud-ouest. Entrepôt agricole 1 à droite ; entrepôt agricole 2 au centre ; entrepôt agricole 3 à gauche.Entrepôts agricoles. Vue d'ensemble prise du sud-ouest. Entrepôt agricole 1 à droite ; entrepôt agricole 2 au centre ; entrepôt agricole 3 à gauche.

II.3.b. Entrepôt agricole 1

La première dépendance agricole est légèrement moins haute que la maison-bloc. Elle s’élève sur deux niveaux avec un étage de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé. Le premier niveau est accessible de plain-pied à l’ouest par une porte sur la façade principale dotée d’un encadrement en pierre de taille calcaire et couverte d’un arc en plein cintre. Une baie façonnée au mortier a été percée à gauche de l’entrée, peut-être a posteriori à l’édification du bâtiment. Une baie fenière en brique couverte d’un linteau en bois se situe au deuxième niveau de la façade, dans l’alignement de la porte.

Entrepôt agricole 1, élévation ouest. Entrepôt agricole 1, élévation ouest.

L’accès à cet étage se faisait directement sur la façade est, par une large porte encadrée de briques avec un arc en plein cintre. Un jour a été percé à droite de cette entrée.

Entrepôt agricole 1, élévation est. Entrepôt agricole 1, élévation est.

À l’intérieur, l’étage de soubassement a été converti en atelier dans les années 1980. Il s’agissait probablement d’une étable à l’origine. Une trappe a été aménagée dans le plancher avec une échelle de meunier permettant d’accéder au rez-de-chaussée surélevé depuis l’intérieur. Ce niveau était occupé par un fenil. Il communique aujourd’hui avec la maison-bloc par une porte percée dans le mur sud et un degré de deux marches rattrapant la différence de niveaux entre les deux bâtiments.

Entrepôt agricole 1. Rez-de-chaussée surélevé, fenil. Trappe.Entrepôt agricole 1. Rez-de-chaussée surélevé, fenil. Trappe.

II.3.c. Entrepôt agricole 2

La deuxième dépendance agricole a été accolée au nord de la première. Il est probable qu’elle fut édifiée en deux temps, avec la partie est étendue ensuite vers l’ouest. Construite parallèlement à la pente, elle s’élève sur deux niveaux à l’est avec un étage de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé, un rez-de-chaussée au centre, puis de nouveau deux niveaux à l’ouest avec un rez-de-chaussée et un étage de comble. Sa toiture à un pan est perpendiculaire aux toitures des bâtiments précédents pour sa partie est, parallèle pour sa partie ouest. L’extrémité de sa toiture occidentale a été réduite et remplacée par une toiture perpendiculaire à un pan dans la deuxième moitié du 20 siècle.

Entrepôts agricoles 2 et 3. Vue d'ensemble prise du sud-ouest. Entrepôts agricoles 2 et 3. Vue d'ensemble prise du sud-ouest.

Une large porte charretière en brique et couverte d’un arc segmentaire se trouve sur sa façade sud. Une baie aussi haute et de même facture a été ouverte sur sa façade nord. Elle a récemment été étendue vers le bas pour créer une porte.

Entrepôt agricole 2. Elévation nord, premier niveau. Ancienne baie en brique convertie en porte. Entrepôt agricole 2. Elévation nord, premier niveau. Ancienne baie en brique convertie en porte.

Le deuxième niveau possède deux ouvertures : une porte à l’est protégée par un larmier de tuiles creuses et une baie l’ouest, toutes les deux avec des montants en brique et couvertes d’un linteau monoxyle.

Entrepôt agricole 2. Elévation est, premier niveau.   Entrepôt agricole 2. Elévation est, premier niveau.

L’extrémité ouest de l’entrepôt, aujourd’hui dissociée de cette partie par une cloison maçonnée, comprend une fenêtre en partie basse sur la façade sud, surmontée d’une baie rectangulaire de pigeonnier munie de deux trous d'envol et encadrée de carreaux vernissés de couleur rouge.

Entrepôt agricole 2. Elévation sud, premier niveau. Entrepôt agricole 2. Elévation sud, premier niveau. Entrepôt agricole 2. Elévation sud, deuxième niveau. Pigeonnier.  Entrepôt agricole 2. Elévation sud, deuxième niveau. Pigeonnier.

À l’intérieur, cette ancienne étable est divisée en deux espaces séparés par une arcade en anse de panier en brique. Au-dessus, une ancienne baie encadrée de brique semblable à une baie fenière a été obstruée par des parpaings. La maçonnerie n’est plus enduite au-delà, laissant voir d’importantes inclusions de galets. La fonction initiale de cette pièce n’était peut-être pas celle d’une étable, eu égard à sa hauteur considérable.

Entrepôt agricole 2. Etage de soubassement, ancienne étable. Vue de volume prise du sud-ouest.Entrepôt agricole 2. Etage de soubassement, ancienne étable. Vue de volume prise du sud-ouest.Entrepôt agricole 2. Etage de soubassement, ancienne étable. Ancienne baie murée en partie haute. Entrepôt agricole 2. Etage de soubassement, ancienne étable. Ancienne baie murée en partie haute.

Entrepôt agricole 2. Etage de soubassement, ancienne étable. Vue de volume prise du nord-est.Entrepôt agricole 2. Etage de soubassement, ancienne étable. Vue de volume prise du nord-est.

Dans l’angle sud-est de la pièce, un départ d’escalier maçonné en équerre est toujours en place, le reste a été refait en béton. Il permet d’accéder au rez-de-chaussée surélevé dédié au fenil. 

Entrepôt agricole 2. Etage de soubassement, ancienne étable. Angle sud-est, escalier.Entrepôt agricole 2. Etage de soubassement, ancienne étable. Angle sud-est, escalier.

À l’extérieur, l’espace libre séparant l’entrepôt du bâtiment en ruine au nord a été couvert de plaques de tôle.

II.3.d. Entrepôt agricole 3

Cet entrepôt agricole a été ajouté à l’ouest du précédent. Il a été édifié sur un seul niveau d’élévation en rez-de-chaussée. Il est accessible par une porte étroite et haute sur la façade nord, en brique avec un arc de couvrement segmentaire. Une entrée, transformée en baie, se trouvait sur la façade ouest. L’intérieur est aujourd’hui occupé par un atelier.

Entrepôt agricole 3, élévation nord.Entrepôt agricole 3, élévation nord.

 

II.3.e. Bâtiment ruiné

De plan rectangulaire, ce bâtiment adossé perpendiculairement au sens de la pente, s’élevait vraisemblablement sur un seul niveau. Seuls les pans nord, est et sud sont encore debout. Ils sont respectivement percés d'une ouverture très haute encadrée de briques et couverte d'un arc segmentaire. Cette construction a pu accueillir un moulin à eau, alimenté par une source d'eau en amont à l'est (source orale). L'espace entre ce bâtiment et l'entrepôt agricole 2 était probablement la chambre accueillant la roue verticale de ce moulin. L'existence de trois meules dans le jardin, dont une de grande dimension, et la mémoire locale attestent son existence. La présence significative d’oliviers dans les alentours immédiats abonde également en ce sens.

Bâtiment ruiné. Vue d'ensemble prise de l'ouest.Bâtiment ruiné. Vue d'ensemble prise de l'ouest.Bâtiment ruiné. Vue d'ensemble prise de l'est.Bâtiment ruiné. Vue d'ensemble prise de l'est.Bâtiment ruiné, élévation sud à gauche. Entrepôt agricole 2, élévation nord (à droite).Bâtiment ruiné, élévation sud à gauche. Entrepôt agricole 2, élévation nord (à droite).

II.4. Espaces libres et aménagements extérieurs

La ferme a fait l’objet d’un aménagement de ses abords immédiats pour l’agrément de ses usagers. Une cour ouverte borde le bâtiment du logis, à l’ouest et au sud, délimitée par une clôture maçonnée n’obstruant pas la vue, avec un passage en face de la porte du logis pour l'accès direct au pré.

Vue d'ensemble prise du nord. A droite, la meule réutilisée comme table de jardin ; au fond, les piles maçonnées dans la cour sud. Vue d'ensemble prise du nord. A droite, la meule réutilisée comme table de jardin ; au fond, les piles maçonnées dans la cour sud. Vue d'ensemble prise du nord depuis la terrasse à l'arrière de la ferme (bâtiment 3). A droite, le mur de soutènement auquel est adossée la fontaine en-dessous ; au centre, une meule a été réutilisée en table de jardin ; à gauche, un mur en pierres sèches soutenant une terrasse de culture.Vue d'ensemble prise du nord depuis la terrasse à l'arrière de la ferme (bâtiment 3). A droite, le mur de soutènement auquel est adossée la fontaine en-dessous ; au centre, une meule a été réutilisée en table de jardin ; à gauche, un mur en pierres sèches soutenant une terrasse de culture.

La cour au sud de la ferme a probablement été couverte à une époque, comme semble l’indiquer la présence de sept piles en moellons calcaires et en brique qui devaient soutenir un couvrement (treille, tonnelle ?). Une fontaine adossée à un mur de soutènement a été installée à l’est. Elle comprend un bassin à fleur de terre divisé en trois compartiments et encadré de deux piliers engagés en brique pleine, coiffés respectivement d’un chapiteau en pyramide tronquée inversée. Les deux piliers sont reliés par un large bandeau imitant un avant-toit à deux rangs de génoises. L’ensemble a été enduit à la chaux. Le déversoir a disparu. Un bassin situé dans l’angle sud-est reçoit l’eau du bassin précédent.

Cour au sud de la ferme. Fontaine. Cour au sud de la ferme. Fontaine. Cour au sud de la ferme. Bassin dans l'angle sud-est. Cour au sud de la ferme. Bassin dans l'angle sud-est.

Cette fontaine est alimentée par une mine d’eau. Une galerie horizontale a été creusée à l’est de la ferme, dans le mur de soutènement, pour capter l’eau d’une source à l'est (source orale). Elle se déverse dans une grande citerne aménagée au sud de la cour. Celle-ci a été couverte d’une terrasse qui est accessible depuis la cour par un degré de quatre marches, entre deux piles.

Cour au sud de la ferme. Terrasse sur la citerne. Vue prise du nord-ouest.Cour au sud de la ferme. Terrasse sur la citerne. Vue prise du nord-ouest.

Deux ouvertures ont été ménagées dans ces galeries : la première dans le mur à l’ouest de la terrasse permet d’accéder à la mine d'eau, la deuxième dans le mur est de la terrasse donnant sur la citerne. De faibles dimensions, elles sont encadrées de briques et couvertes d’un arc segmentaire.

Terrasse au sud de la cour. Mur de soutènement à l'est, baie de la mine d'eau. Terrasse au sud de la cour. Mur de soutènement à l'est, baie de la mine d'eau.

Trois meules ont été identifiées dans le jardin : la première, la plus épaisse, est simplement adossée à l'entrepôt agricole 3, les deux suivantes ont été réutilisées en tant que tables de jardin. L’une se situe à l’ouest de la maison-bloc, l’autre au-dessus de la mine d’eau.

Jardin à l'ouest de la ferme. Ancienne meule réutilisée en table de jardin. Vue prise du nord-ouest. Etat vers 1970.Jardin à l'ouest de la ferme. Ancienne meule réutilisée en table de jardin. Vue prise du nord-ouest. Etat vers 1970.

Des terrasses de cultures avec des murs de soutènement en pierre sèche existent encore au sud-est de la ferme, autrefois complantées d’oliviers, de vignes et d'arbres fruitiers jusqu’au milieu du 20e siècle.

Vue d'ensemble prise de l'ouest. A droite et au fond, d'anciennes terrasses de culture en pierre sèche.Vue d'ensemble prise de l'ouest. A droite et au fond, d'anciennes terrasses de culture en pierre sèche.

1Les statistiques agricoles établies pour l’année 1814-1815 classent les figues sèches parmi les exportations les plus importantes de la commune (8 000 quintaux). Ce rapport indique que les récoltes sont les mêmes qu’à la veille de la Révolution.

La ferme du Vern a été construite en plusieurs phases, avec l'édification d'un premier bâtiment à l'Epoque Moderne, augmenté de deux parties habitables au sud et de trois bâtiments agricoles accolés au nord (la première adjonction de logis peut-être estimée aux alentours du 17e siècle). Une fontaine et une citerne ont été installées au sud du bâtiment du logis, probablement dans le courant du 19e siècle. La ferme resta en activité jusqu'au milieu du 20e siècle. En 1980, deux appartements ont été aménagés dans la partie sud de la maison-bloc (bâtiment 1), ainsi que dans les deux adjonctions méridionales (bâtiments 2 et 3). Ils restèrent occupés jusqu'en 2016.

  • Période(s)
    • Principale : Temps modernes, 17e siècle, 18e siècle
    • Secondaire : 19e siècle
    • Secondaire : 4e quart 20e siècle

Cette ferme de maître se compose d’une maison-bloc en hauteur, à laquelle ont été adjoints deux bâtiments agricoles dans son prolongement au nord, puis un troisième dans une aile en retour à l’ouest. Un bâtiment disjoint en ruine se trouve également dans l’alignement du bâtiment principal au nord, tandis qu’une cour, une fontaine et une terrasse sur une citerne ont été aménagés au sud et sont alimentés par une station de captage creusée à l'est de la ferme.

Les bâtiments sont construits en maçonnerie de moellons calcaires, avec des reprises en brique. Ils sont couverts d’un enduit rustique, à l'exception de la façade postérieure qui est à pierres vues. Les toitures sont à un pan sauf la partie en surcroît du bâtiment du logis ainsi que la deuxième extension de logis au sud, qui sont à longs pans. Les toitures sont couvertes de tuiles creuses.

Trois escaliers desservent la maison-bloc : le premier, à l'extérieur, longe la façade sud et permet d'accéder au rez-de-chaussée surélevé sur la façade antérieure par l'intermédiaire d'une terrasse couvrant partiellement l'étage de soubassement (bâtiment 3). Il est maçonné en équerre. Les deux autres, dans-œuvre, desservent le logis. L'un est maçonné et tournant en fond de parcelle. Il relie l'étage de soubassement au rez-de-chaussée surélevé dans le bâtiment 2. L'autre, est maçonné en équerre dans l'angle en fond de parcelle et dessert l'étage en surcroît depuis la pièce sud du rez-de-chaussée surélevé (bâtiment 1). Les pièces sont couvertes d'un plancher, sauf les parties basses de la maison-bloc qui sont couvertes de voûtes en berceau plein-cintre ou segmentaire.

  • Murs
    • calcaire moellon sans chaîne en pierre de taille enduit
    • brique brique et pierre
  • Toits
    tuile creuse
  • Étages
    étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, étage de comble, étage en surcroît
  • Couvrements
    • voûte en berceau plein-cintre
    • voûte en berceau segmentaire
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • toit à un pan
    • terrasse
  • Escaliers
    • escalier de distribution extérieur : escalier en équerre en maçonnerie
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant, escalier en équerre en maçonnerie
  • Typologies
    F3a2 : ferme à maison-bloc en hauteur, à bâtiments accolés et/ou disjoints
  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne privée