I. Commentaire historique
I.1. La source de la Catelane ou Catalane à l’Epoque moderne
Le quartier de la « Cathelanne » est mentionné dès 1609 comme une terre seigneuriale. Il est appelé « Cathalane » en 1699, « Cathelonne » en 1703 et « Catalane » dans le cadastre de 1839. La source qui y jaillit alimentait une fontaine appelée « Font Sainte », localisée à proximité de l'église disparue Notre-Dame-la-Blanche (voir le chapitre sur cette église Notre-Dame-la-Blanche dans l'annexe 2 du dossier IA05001555).
Toponymie du bourg de Rosans d'après le cadastre de 1570.
Toponymie du bourg de Rosans d'après le cadastre de 1699.
Toutefois, le premier captage attesté dans les archives de la source de la Catalane remonte au début du 17e siècle. Il est réalisé par Jean-Antoine d'Yze, nouveau seigneur de Rosans qui a acquit la coseigneurie en 1600 et 1609. Un prix-fait conclu le 17 juin 1609 (AD05 1 E 2082) entre ce seigneur et le maître maçon rosannais Pierre Joubert concerne la construction d'un bassin « pour la fontayne que ledit seigneur faict conduyre despuys sa terre de Cathelanne jusques a son jardin et estable ». A cette époque, la jardin du château occupait la partie ouest de l'actuelle la place de la Fontaine et son boulodrome.
En 1747, à l'occasion d'un acte d'albergement concernant la maison du Liotier, passé entre le seigneur Jacques d'Yze et Jacques Tournasse, maître potier de terre originaire de Dieulefit, ce dernier doit fournir tous les ans au seigneur « six cannes tuaux de fontaine », soit environ 12 mètres linéaires (D. Faure-Vincent, 2019). Ces tuyaux ou sections de canalisation en terre cuite, sont manifestement destinés à l'entretient de l'adduction de la fontaine du château depuis la source de la Catalane.
I.2. La source de la Catalane au 19e siècle
Sur le plan cadastral de 1839 conservé aux Archives départementales des Hautes-Alpes, une petite construction est dessinée l'emplacement de l'actuel captage. Non individualisé et non cadastré précisément, cet édifice est rattaché à la grande parcelle agricole qui la contient : une terre labourable de 4 hectares appelée « la Catalane » (1839 C4 07). Elle appartient alors à Gaspard-Guillaume-Abel Meyer, receveur de l'enregistrement et propriétaire d'une partie de l'ancien château seigneurial, qui détient également la parcelle située juste au-dessus, contenant 1,7 hectare de landes (1839 C4 06).
Sur le plan cadastral de 1839 conservé aux Archives communales, ce petit édifice n'est pas dessiné. En revanche, une « fontaine » est figurée à l'extrémité sud de cette parcelle, beaucoup plus près du village : elle est peut-être alimentée par le captage de cette source.
Plan de masse, d'après le cadastre de 1839 (section C4) (version des Archives départementales). Echelle d'origine 1/2 000e.
Plan de situation, d'après le cadastre de 1839 (section C4) (version des Archives communales). Echelle d'origine 1/2 000e.
En 1842, les parcelles de la Catalane passent à Théodore Corréard, avocat à Grenoble qui fait partie des plus gros propriétaires fonciers de la commune. En 1849, celui-ci cède une portion de 2 250 mètres carrés, située au sud de la parcelle, pour l'aménagement de la « place publique » préfigurant l'actuelle place de la Fontaine.
En 1857, la grande parcelle de terre labourable est partagée en deux parts égales, l'une passant à Antoine Truphême et l'autre à Edouard Bégou, gendre Givaudan, « marchand de pommes ». En 1879, la part d'Antoine Truphême passe à son fils Hippolyte Truphémus, « marchand de bœufs » qui en cède 310 mètres carrés en 1889 pour l'élargissement de la « voie publique ». En 1891, la part d'Edouard Bégou passe à son fils homonyme.
D'après E. Bégou (2016), le débit de cette source peut monter jusqu'à 5 mètres cubes / heure au début du printemps, mais, suivant le même rythme que le ruisseau de Pigerolles, elle peut tarir à l'automne et mettre une année avant de se réamorcer. Cet auteur précise que les eaux de la source de Catalane étaient amenées dans une « touvière », canalisation en pierre de taille prolongée par des tuyaux en terre cuite vernissée, jusqu'à un bassin maçonné (reconstruit en béton à l'entrée du lotissement) où elles alimentaient le lavoir du Suquet. Il indique également que, dans les années 1830, la source était partagée entre trois propriétaires (½, ¼ et ¼) et qu'il existait un règlement des eaux. Quelques décennies plus tard, en 1874, alors qu'un propriétaire des Basses Graves cherche à capter une nouvelle source, il détruit la veine de la Catelane et est condamné à remettre la source en état. Les trois propriétaires de la source s'associent finalement pour réaliser ces travaux, afin d'en augmenter le débit général. Le captage est alors déplacé de 15 mètres.
Au vu de ses caractéristiques architecturales, l'édicule actuel est manifestement le résultat des travaux de 1874.
II. Description architecturale
Le petit édicule de la station de captage, installé à une centaine de mètres à l'est est de la ferme des Basses Graves, est engagé dans le versant parallèlement au sens de la pente.
Plan de situation, d'après le cadastre de 2022 (section 000C). Echelle d'origine 1/500e.
Localisation d'après la carte IGN de 2021. Echelle d'origine 1/25 000e.
Il est construit en maçonnerie de moellons calcaires et de grès, avec un encadrement de porte en pierre de taille doté d'un linteau droit monolithe. A l'extérieur, sa couverture correspond à l'extrados maçonné du couvrement intérieur voûté. Le volume intérieur est étroit, mais assez haut, et son extrémité orientale est arrondie. Les murs restent bruts de maçonnerie et le couvrement est réalisé par une voûte coffrée, en berceau très prononcé.
Vue d'ensemble prise de l'ouest.
Pignon ouest, détail de l'encadrement.
La source sourd au niveau du sol, où elle rempli un petit bassin maçonné. Dans le mur est, à 50 centimètres au-dessus de la source, on note la présence d'une section de canalisation en terre cuite qui pourrait correspondre à un remploi de la conduite du 19e siècle.
Intérieur : vue de volume prise de l'est.
Intérieur : vue de volume prise de l'ouest.
Intérieur : couvrement en voûte coffrée.
Intérieur : captage de la source.