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villages du Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var

Dossier IA04003152 réalisé en 2004

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I. Préambule sémantique :

Aujourd’hui, aucune agglomération du territoire ne peut être réellement qualifiée de ville, en tout cas d’un point de vue démographique, puisque nulle part la population n’atteint les 2 000 habitants. Mais ce n’était pas le cas au milieu du 19e siècle à Castellane, ou même dans une moindre mesure à Entrevaux. Sous l'Ancien Régime l'agglomération castellanaise jouissait d'un statut politique, administratif et économique important qui l'érigeait en véritable ville de la Provence intérieure dont elle possédait tous les attributs. Aussi pourrait-on la qualifier de "village-capitale" à l'échelle du Pays. Par ailleurs il existait à cette époque une diversité des activités autres qu’agricoles ou artisanales dans la plupart des chefs-lieux de canton, où officiaient notaires, médecins, juges de paix, etc. représentant la bourgeoisie rurale. Cette pluralité d’activités socio-économiques est bien un caractère spécifique aux agglomérations supra-villageoises1.

Il faut donc souligner le caractère urbain indéniable des agglomérations du territoire, comme ailleurs en haute Provence où le village ressemble à la ville : apparence extérieure, entassement des maisons dans la ceinture de remparts, structure sociale, fonctionnement en régime municipal2. Cet urbanisme généralisé fait qu’il existe une réelle continuité entre les petites et les grandes agglomérations, phénomène propre à la zone méditerranéenne3. Traduisant cette homogénéité des formes et des fonctions urbaines, c’est le terme générique de Ville qui désigne systématiquement les villages dans les chartes et les textes anciens4. D’ailleurs, le mot village est inconnu dans la langue provençale, qui perpétue l’usage médiéval en employant le seul mot ville pour désigner toute espèce d’agglomération5.

II. Implantation : approche historique et topographique

La répartition du nombre de villages est logiquement fonction de la taille des communes : s’il y a plus de petites communes, il y a plus de villages chefs-lieux. Ainsi, dans le moyen Verdon où les communes sont les moins grandes, on compte 36 % des villages du Pays, alors que 29 % d’entre eux sont situés dans le bassin-versant du Var. De leur côté, les vallées d’Asses en rassemblent 19 %, et le haut Verdon seulement 15 %. Malgré une topographie générale tourmentée, le village chef-lieu se trouve généralement à peu près au centre de son territoire utile, à défaut d’être au centre de son territoire communal. Il est complété par des écarts, qui sont pour certains de véritables pôles d’habitat dans des terroirs disjoints et parfois éloignés.

Le village de Senez est situé au centre de son territoire utile et relié à ce dernier par un réseau viaire radial, tel que le montre cette illustration réalisée à partir du tableau d'assemblage du cadastre de 1811.Le village de Senez est situé au centre de son territoire utile et relié à ce dernier par un réseau viaire radial, tel que le montre cette illustration réalisée à partir du tableau d'assemblage du cadastre de 1811.

Quelques rares communes ne possèdent pas de village chef-lieu, étant uniquement occupées par des écarts et de l’habitat dispersé. Au Castellet-Saint-Cassien ou à Montblanc, le village castral est resté tout à fait embryonnaire. Ailleurs, à Châteauneuf-les-Moustiers, à Clumanc, à Peyroules ou à Tartonne, c’est la concurrence entre plusieurs seigneuries laïques dont les sites castraux s’étaient peu développés qui, à l’époque moderne, a engendré plusieurs écarts sans que l’un d’eux ne se développe en village. Après la Révolution, lors de la mise en place des chefs-lieux communaux, cette situation a conduit au choix plus ou moins arbitraire d’un écart parmi d’autres pour remplir le rôle de chef-lieu. Dans d’autres cas, comme à Demandolx, la désertion tardive du village castral à la fin du 19e siècle a conduit à la mutation d’un écart en chef-lieu, ici celui de Saint-Michel. La déprise agricole initiée dans la seconde moitié du 19e siècle a en outre entraîné les conditions de modifications administratives - sous la forme de regroupements communaux - qui a pris effet dans les deux premiers tiers du 20e siècle6. Mais c’est surtout la loi Marcellin de 1971 qui impose la fusion des communes les moins peuplées, réduisant le nombre des communes de 62 au seuil du 19e siècle à 41 pour le Pays. En 1973, Chasteuil, Eoulx, Robion, Taloire et Taulanne sont absorbés par Castellane. En 1974 : Argens est associé à La Mure ; les anciennes communes de Castellet-Saint-Cassien, Montblanc et Villevieille fusionnent en la nouvelle commune de Val-de-Chalvagne ; Châteauneuf-lès-Moustiers est absorbé par La Palud-sur-Verdon ; Saint-Michel-Peyresq est réuni à Thorame-Haute ; Le Poil est rattaché à Senez, bien que les territoires soient non contigus. Des villages perdent ainsi leur statut de chef-lieu et sont rétrogradés au rang de simple écart. A l'inverse, mais c'est beaucoup plus rare, un ancien écart peut, à la faveur d'une scission administrative, conduire à la création d'une nouvelle commune, donc d'un nouveau village. C'est le cas de Villars-Colmars, ancien écart de Colmars, puisque Villars-Colmars est devenue commune à part entière depuis mai 1792 (voir dossier de référence : IA04002084).

Localisation des anciennes communes du Pays avec leur chef-lieu respectif, dans leur secteur d'appartenance géographique.Localisation des anciennes communes du Pays avec leur chef-lieu respectif, dans leur secteur d'appartenance géographique.

L'ancien village de Peyresq devenu écart de Thorame-Haute. Vue aérienne oblique rapprochée depuis le sud.L'ancien village de Peyresq devenu écart de Thorame-Haute. Vue aérienne oblique rapprochée depuis le sud.

Vue du village de Villars-Colmars (ancien écart de Colmars) avec ses extensions bâties depuis le quartier de Côte Meunière.Vue du village de Villars-Colmars (ancien écart de Colmars) avec ses extensions bâties depuis le quartier de Côte Meunière.

Les agglomérations secondaires sont importantes sur le territoire puisqu’elles sont présentes dans plus des trois quarts des communes ou anciennes communes. La moitié d’entre elles possède entre un et cinq écarts, et un peu moins d’un tiers en comporte davantage. Les communes sans écarts sont de superficies restreintes ou sont limitées par leurs maigres possibilités agricoles : Aurent, Argens, Courchons, La Colle-Saint-Michel, La Garde, La Mure, Peyresq ou Saint-Jacques.

Les villages ne sont pas installés dans les zones les plus basses. Éventuellement marécageuses, celles-ci sont surtout trop exposées aux risques de crues brutales qui entraînent dégâts et épanchements de galets. Au contraire, c’est sur des versants et des escarpements plus attirants que se trouvent aujourd’hui près d’un quart des villages. Leur position en hauteur est non seulement éloignée des débordements des cours d’eau, mais elle offre aussi un meilleur ensoleillement tout en étant plus facilement défendable. Ces villages perchés sont concentrés dans le moyen Verdon (Castillon, Châteauneuf-lès-Moustiers, Rougon, Taloire…) et dans le bassin du Var (Castellet-lès-Sausses, Montblanc, La Rochette, Saint-Benoît, Ubraye…) ; le seul village perché des vallées d’Asses, Le Poil, est situé dans les montagnes les plus hautes de cette zone. Installés dans la continuité directe des bourgs castraux médiévaux, certains d’entre eux sont mentionnés dès le 9e siècle (Rougon) ou le 11e siècle (Taloire).

Le village perché de Rougon surplombé par l'éperon du bourg castral depuis le nord-ouest.Le village perché de Rougon surplombé par l'éperon du bourg castral depuis le nord-ouest. Le village perché de Castellet-lès-Sausses.Le village perché de Castellet-lès-Sausses.

La topographie montagneuse et très accidentée offre une belle variété de choix au perchement villageois mais elle contraint fortement les cheminements. En effet, l’implantation des voies d’accès est très limitée par la raideur des versants, et seuls un ou deux chemins desservaient ces villages, empêchant la mise en place classique d’axes radiaux. Au demeurant ces petites agglomérations sont souvent de taille modeste et sans véritable centre. Dans ces conditions, l’urbanisme des villages perchés n’a que rarement abouti à une véritable structure radioconcentrique – Saint-Benoît en est toutefois un contre-exemple – se limitant à une simple organisation concentrique régulièrement accompagnée d’un développement axial unique, parfois disjoint ou discontinu selon la topographie comme à Castellet-lès-Sausses ou à Castillon. Dans les cas les plus extrêmes, à Montblanc ou au Poil, l’étroitesse de l’échine sur laquelle le village est installé est telle que l’urbanisme se limite à un seul axe commandé par la ligne de crête.

Abandonnant les bourgs castraux médiévaux caractérisés par un « perchement strict », l’habitat s’est majoritairement installé sur des sites de « perchement relatif7 », comme c’est le cas aujourd’hui pour les deux tiers des villages. À l’inverse, ceux situés en fond de plaine sont peu fréquents (12 % de l’ensemble). Le déperchement s’étant souvent traduit par un simple glissement de l’habitat sur le versant pour se rapprocher des zones agricoles et/ou des voies de communication en plaine, il a donné naissance aux « acropoles de versant » de R. Blanchard qui sont les « villages adossés » de A. De Réparaz : Chasteuil, Eoulx, Sausses, Soleilhas, Thorame-Haute… À Castellane, à Entrevaux, au Fugeret ou à Allons, l’implantation en pied de versant coïncide avec le débouché d’une clue, offrant un site favorable à l’installation d’un pont et au contrôle des voyageurs et marchandises. Le nouveau village a aussi pu être installé au sommet et/ou autour d’une petite éminence à faible déclivité, butte ou échine rocheuse émergeant de la plaine : Allos, Annot, Aurent, Beauvezer, Braux, Colmars, La Palud ou Vergons. Enfin, certaines agglomérations s’accrochent en limite de replat ou de plateau, dominant les escarpements d’un ressaut naturel comme Argens, Blieux ou Méailles. Il faut aussi souligner la situation très peu défensive de quelques villages implantés dans des vallées latérales ou en cœur de massif : déconnectés et éloignés des grands axes de circulation, à l’exemple de Lambruisse ou Villevieille, ils se tiennent ainsi naturellement à l’écart d’une éventuelle insécurité.

Le "village-tas" de Soleilhas adossé à la Roche.Le "village-tas" de Soleilhas adossé à la Roche. Le village de Braux.Le village de Braux. Vue du village de Thorame-Haute au pied de la montagne de Chamatte.Vue du village de Thorame-Haute au pied de la montagne de Chamatte.

III. Organisation générale du village

1. Une forme spécifique découlant de la présence d'une enceinte défensive8

Quel que soit le site d’implantation, les villages sont des blocs, des « villages-tas » composés d’îlots de bâtiments mitoyens, même si dans les plus petits villages – à Aurent, Robion ou Villars-Brandis – le « tas » est réduit à quelques îlots seulement. La forme en villages-tas, commune à toute la haute Provence, trouve son origine dans l’existence d’enceintes villageoises fortifiées, au moins jusqu’au 16e siècle : mur de défense ou îlot continu de maisons-remparts qui délimitaient l’espace urbanisé intra-muros en y imposant une densification du bâti. Sur l’ensemble du territoire, une enceinte a existé ou existe encore dans près de la moitié des villages, et cette proportion atteint les trois quarts lorsque l’on considère la présence incertaine mais néanmoins probable d’une fortification9. Ainsi, les villages identifiés comme strictement non fortifiés représentent moins d’un quart de l’ensemble. En cas d’expansion urbaine, les constructions sont sorties de l’enceinte pour s’installer de l’autre côté de la voie qui passait à son pied, formant des faubourgs-rues. Très lisibles à Annot, Barrême, Castellane, La Palud ou au Fugeret, ils possèdent une structure axiale qui tranche nettement avec la structure concentrique du village intra-muros.

La question des défenses : fortifications militaires et enceintes domestiques

Plusieurs villages seulement présentent encore une enceinte répondant à des critères défensifs directement observables, même si à l'état de vestige pour la plupart ou dans l'organisation de la trame urbaine. L'archéologue Mathias Dupuis a réalisé un inventaire des agglomérations fortifiées dans le département des Alpes de Haute-Provence, qui prend donc en compte celles du Pays, avec une carte de localisation avec marqueurs chronologiques de datation10. Pour ce faire, il s'est notamment appuyé sur la couverture par l'Inventaire général du territoire correspondant au Pays, l'opération d'inventaire ayant permis d'identifier de telles organisations spécifiques. Le tableau ci-dessous synthétise les données principales à partir des strictes observations de terrain consolidées par les sources historiques. En ce qui concerne les villages appartenant au territoire d'étude, il est par conséquent plus restreint que le recensement élaboré par Mathias Dupuis, qui intègre ainsi certains bourgs castraux 11 :

village

nom (1e mention)

commune

dossier village/

présentation de

la commune

dossier fortification

d'agglomération

état de conservation

historique

description

Allos

Ad Allodes (v. 1056)

Allos

IA04000290

-

Tracé des remparts lisible dans le parcellaire.

Le contour de l'agglomération se dessine dès la fin du 14e siècle avec l'édification d'un rempart.

Le village a conservé sa forme allongée et son réseau de rues pratiquement inchangé depuis l'époque médiévale. Il est traversé par une rue principale, la rue de la Calade (anciennement Grand Rue) qui épouse la courbe formée par l'ancien rempart dont subsistent des vestiges ainsi que ceux de deux tours au sud-est.

Annot

Anoth (1042)

Annot

IA04001641

IA04002080

Tracé des remparts lisible dans le parcellaire, plusieurs tronçons et portes conservés.

Les fortifications d'Annot sont le résultat d'au moins trois campagnes de construction. Une première qu'il faut situer entre le 12e et le 14e siècle autour de l'église, une seconde vers 1380 et une troisième dans la seconde moitié du 16e siècle. Suivirent des modifications du 17e au 20e siècle.

Village-tas marqué par un réseau d'enceintes successives au fil de son développement urbain.

Barrême

Barrema (1215)

Barrême

IA04000726

-

-

Le village aurait été fortifié à partir de 1589 pour faire face aux exactions liées aux guerres de religion.

-

Beauvezer

Belloviderium

Beauvezer

IA04003111

-

Tracé lisible dans le parcellaire.

La rue du Barry entourant le village dans sa partie occidentale signale la présence d'anciens remparts.

Village-tas.

Blieux

Blieus, Bleus (12e s)

Blieux

IA04001170

IA04001201

Vestiges dans la partie sud du village ancien : une tour de guet encore partiellement en élévation, bien que ruinée, sur les tours prévues dans le circuit des remparts.

La première fortification daterait du 14e siècle, un nouveau tracé étant décidé en 1420 par Jean de Pontevès, seigneur de Blieux.

Le cadastre napoléonien suit approximativement le contour des remparts et permet donc d'en donner une idée générale. L'ancienne tour de guet en ruine, implantée dans l'angle sud-est des fortifications, occupe l'emplacement le plus élevé du village. Une porte en contrôlait l'accès.

Braux

De Bravio (1147)

Braux

IA04000840

-

Tracé des remparts lisible dans le parcellaire, autour de l'église en coeur de village.

En 1633, la toponymie villageoise conservait le souvenir d'un mur d'enceinte doublé d'un fossé (le Vallat) et d'une porte (le Portal) ouverte au sud-est sur les chemins d'Annot et de Saint-Benoît.

Le plan concentrique du noyau de l'agglomération rappelle celui des bourgs castraux médiévaux.

Taloire (ancien village)

Taladoira (v. 1200)

Castellane

IA04000923

-

Vestiges de l'enceinte.

L'emplacement actuel de l'écart sur l'éperon rocheux, avec ses fortifications, date probablement du début du 15e siècle. Il est en tout cas mentionné au 16e siècle, avec son château. Dès la fin du 17e siècle, les constructions ont peu à peu débordé des remparts et glissé sur le petit col situé entre l'église et le rempart, formant aujourd'hui le coeur du village.

L'ancien village est fermé côté ouest par un rempart ruiné. Au nord et au sud, la raideur des pentes forme un glacis infranchissable.

Castellane

Castellana

Castellane

IA04001271

IA04000646

L'enceinte médiévale nous est parvenue dans un bon voire très bon (partie nord) état de conservation. La seconde enceinte construite à l'ouest pour englober le faubourg Saint-Michel est à l'état de vestiges.

Les fortifications de Castellane sont traditionnellement datées de 1359. C'est à cette date, selon le prieur Laurensi qui a travaillé au 18e siècle sur des archives aujourd'hui disparues, que les habitants de la ville obtinrent le droit du comte de Provence d'élever une enceinte. Plusieurs éléments peuvent conforter cette datation, comme les bossages ou les coussinets des linteaux. Cette enceinte a été renforcée à la fin du 16e siècle d'une seconde ligne de protection afin de garantir la défense du faubourg qui s'était développé entre la porte Saint-Michel et le couvent des Augustins. Trois tours de l'enceinte médiévale ont été protégées au titre des monuments historiques dans les années 1920.

L'enceinte médiévale dessine encore de manière très lisible son plan d'origine dont la forme, irrégulière, a pour axe de symétrie la rue Saint-Victor. Cette dernière étant située à la rupture de pente, l'enceinte médiévale a englobé des quartiers très pentus, au pied de la colline du Serre, et d'autres, plus à plat, au bord du lit du Verdon. Plusieurs tours et portes encore en élévation voire intactes (partie nord).

Colmars

De Collo Martio (v. 1040)

Colmars

IA04001880

IA04000045

Enceinte entièrement conservée.

L'enceinte colmarsienne pourrait remonter à la fin du 14e siècle. Une inscription datée de 1527 et placée au-dessus de l'une des avant-portes, atteste qu'elle fut améliorée sous le règne de François Ier. Les guerres de la Ligue d'Augsbourg à la fin du 17e siècle (1698-1697) conduisirent à renforcer les défenses du village (voir Entrevaux). Réalisés sous la direction de l'ingénieur Niquet, directeur des fortifications de Provence, ils s'appuient sur l'enceinte médiévale. Ils consistèrent en l'ajout de tours, des réduits, d'un demi-bastion et d'un magasin à poudre intra muros, qui furent rapidement réalisés. Vauban, le directeur général des fortifications du royaume de France, en 1693, élabora le projet d'une nouvelle enceinte flanquée de tours bastionnées, sans suite concrète.

Enceinte sur un replat en contrehaut de la rivière Verdon. Elle présente un plan en haricot, avec fossé et remparts doté de portes, d'avant-portes et de tours.

Entrevaux

Interrivos (1040)

Entrevaux

IA04001634

IA04001177

Enceinte entièrement conservée.

Une muraille d'enceinte existait au 14e siècle dont il ne reste plus trace visible. Elle était dotée d'une courtine, était flanquée de tours et dotée d'après un document graphique de la fin du 16e siècle de deux tours-portes sans pont-levis. L'édification d'une cathédrale en 1624 à l'est nécessita l'extension du rempart vers l'est, avec une troisième tour-porte d'accès au bourg. Les guerres de la Ligue d'Augsbourg à la fin du 17e siècle (1698-1697) conduisirent à renforcer les défenses (voir Colmars). Menés sous la direction de l'ingénieur Niquet, directeur des fortifications de Provence, ils consistèrent notamment en la réfection partielle du front sud de l'enceinte. Vauban, à la suite d'une tournée d'inspection en 1692, élabora un projet qui n'aboutit pas, hormis quelques réalisations dont le renforcement de la muraille côté oriental, insuffisamment protégée par les travaux engagés par Niquet. Encore le projet de grand ouvrage à cornes bastionné pour défendre l'entrée occidentales resta-t-il lettre morte. Le second projet de 1700 eut davantage d'effets, mais là encore, tout ne put être réalisé (projet de caserne avorté par exemple) et avec modifications, comme la rampe d'accès au château, achevée en 1746. Les travaux s'interrompirent ensuite avant une reprise sous la Restauration.

La muraille d'enceinte d'Entrevaux entoure le bourg en adoptant une forme ovalaire qui suit la pente du village selon un sens sud-nord. Elle offre une possibilité de circulation en chemin de ronde discontinu sur l'ensemble de son circuit. L'enceinte est ponctuée de trois portes, d'une portette, souvenir de l'ancienne porte de ville sud qui a été déplacée ainsi que de deux fortes tours bastionnées adaptées à l'artillerie, édifiées sur les indications de Vauban en 1693 pour renforcer le front sud. La porte principale est au sud : elle est précédée d'un pont franchissant le Var et d'une avant-porte ou redoute. Les deux autres portes, à l'est et à l'ouest sont également couvertes d'ouvrages avancés.

La Palud-sur-Verdon

Palus (13e s)

La Palud-sur-Verdon

IA04002768

-

Tracé des remparts lisible dans le parcellaire.

Le village s'est développé entre l'église et le château seigneurial datant de la fin du 14e siècle ou au début du 15e siècle. Il présente un rempart côté nord et domine le petit ressaut rocheux côté sud. Une porte fortifiée devait fermer la rue principale côté ouest. Dans les années 1570, le château est agrandi et dès cette période, le village déborde de l'enceinte et développe un faubourg : d'une part le long du rempart nord, en englobant ce dernier en cœur d'îlot, et d'autre part des deux côtés de la route à l'entrée ouest du village.

-

La Rochette

Las Roquetas (v. 1200)

La Rochette

IA04001724

-

Vestiges (une porte de l'ancien mur d'enceinte).

A partir de la fin du 14e siècle, le territoire de La Rochette devient frontalier avec le comté de Nice, qui s'est séparé de la Provence. Le rôle du village devient alors stratégique pour la défense de la vallée du Chanan dont il devient une sorte de capitale, rôle qu'il conserve jusqu'au 19e siècle. C'est probablement à cette époque ou peut-être au moment où se met en place une organisation municipale, au milieu du 15e siècle, qu'est édifiée l'enceinte dont subsiste une porte, en bas de la rue du Pountis.

L'état actuel témoigne d'une organisation du type maison-rempart.

Le Fugeret

Filiaretum (1200)

Le Fugeret

IA04002341

-

Tracé lisible dans le parcellaire, disposition concentrique de l'habitat, alignement de maisons-rempart.

Le village s'installe progressivement à son emplacement actuel à partir du milieu du moyen-âge, sans doute à la faveur de la construction de la Tour du Murat qui défend le site. Il se protège derrière une probable enceinte de maisons-rempart (Rue du Barri). Les traces de ce village médiéval se retrouvent aujourd'hui dans quelques pans d'élévations et surtout dans la toponymie : Rue du Barri, Aut-de-Vilo, La Tour, etc. Une seconde enceinte (Rue Basse) a probablement été édifiée afin d'englober un premier faubourg progressivement construit le long du chemin qui passait au pied du village.

Village-tas. La Rue du Barri et la Rue Basse possédaient toutes les deux des « portes » pouvant être fermées. Un « rempart », ou plus exactement une enceinte de maisons-remparts présentant des façades aveugles en parties basses, faisait office de fortifications extérieures.

Méailles

Madalagas (11e s)

Méailles

IA04002215

-

Tracé lisible dans le parcellaire, disposition concentrique de l'habitat sur un éperon rocheux, présence du toponyme "le Barri" sur l'état de section du cadastre napoléonien.

L'installation du village sur son site actuel remonte sans doute au milieu du moyen-âge. L'église, ainsi que des éléments de l'îlot du château semblent remonter au 12e ou au 13e siècle. Une enceinte de maisons-remparts fermait les côtés est et ouest, avec une possible fortification à l'arrivée du chemin de la Vaïre (toponyme "le Barri").

-

Thorame-Basse

Toramina (11e s)

Thorame-Basse

IA04003133

-

Vestiges de l'enceinte en élévation dans le quartier du Barri, au nord du village.

-

Tronçon du mur d'enceinte sur une cinquantaine de mètres linéaires.

Villages présentant une enceinte défensive dans le Pays, d'après l'enquête de terrain.

On notera que cinq village font l'objet d'un dossier spécifique aux fortifications d'agglomération. Il s'agit d'Annot, de Blieux, de Castellane, de Colmars et d'Entrevaux, ces deux derniers villages étant les seuls à avoir été "modernisés" sur le principe édicté par Vauban d'une standardisation des plans d'ingénieurs et des réalisations architecturales afférentes12.

A Castellane et à Annot (références des dossiers : IA04000646 et IA04002080), les fortifications reflètent la période troublée de la seconde moitié du 14e et le début du 15e siècles marquées notamment par les conflits entraînés par la succession de la reine Jeanne à partir de 1381. Elles sont traditionnellement datées à partir de 1359 à Castellane et à partir de 1381 à Annot. Leur mise en oeuvre, d'après les parties encore identifiables, apparaît encore hétérogène. On notera qu'elles firent l'objet d'agrandissements, les enceintes successives englobant l'accroissement urbain lié au développement démographique, notamment au 16e siècle. Celles de Blieux, village occupant l'extrémité d'un éperon rocheux, constituent un autre exemple tangible, légèrement plus tardif, de cette période heurtée. Les fortifications furent en effet construites à partir de 1420. Il n'en subsiste plus que de rares vestiges (référence du dossier : IA04001201).

Deux villages sont dotées de fortifications d'agglomération de type Vauban, Colmars et Entrevaux (références des dossiers : IA04000045 et IA04001177), datables donc de la dernière décennie du 17e siècle consécutivement aux travaux de renforcement et d'édification entraînés par la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697) qui opposa le duc de Savoie à la France. Encore convient-il de signaler qu'à Colmars l'intervention moderne vient compléter une enceinte urbaine érigée dès la fin du 14e siècle et améliorée sous François Ier. L'ingénieur Niquet, Directeur des fortifications de Provence, vient donc tirer parti d'une fortification en place par des adjonctions et remaniements divers. A Entrevaux, l'entreprise s'avère plus importante puisqu'elle remplace une muraille d'enceinte elle aussi édifiée au 14e siècle dont il ne reste plus trace et dont les mentions laissent penser qu'elle était également en partie constituée de maisons faisant rempart de leurs murs mêmes ainsi que du rocher escarpé.

Ailleurs, il est rare de pouvoir observer en élévation des aménagements défensifs spécifiques. A Thorame-Basse, sur une ligne haute au nord du village, on trouve les restes monumentaux (une cinquantaine de mètres linéaires) d'un mur qui avait de toute évidence vocation de rempart, dans le quartier au toponyme signifiant du Barri. Construit en maçonnerie de gros moellons calcaire non équarris liés au mortier de chaux et de sable, il prend appui sur une déclivité brutale du terrain ce qui induit une différence d'élévation entre son côté sud (environ sept mètres en élévation) et son côté nord (près de quatre mètres dans la partie préservée). Avec une épaisseur d'environ 80 centimètres, il sert autant de mur de soutènement que de rempart défensif. Au-delà des traces lisibles dans le parcellaire, en creux donc, certains témoignages historiques attestent la présence de vestiges encore présents à la fin du 19e siècle ou dans la première moitié du 20e siècle. Ainsi à Allos où, relève Mathias Dupuis, la porte Bouchier, puis la porte de France, qui faisaient partie du rempart édifié après 1385, furent démolie respectivement en 1850 et 1858. De même, à La Palud-sur-Verdon "Un pan du rempart aurait été mis au jour lors de travaux réalisés dans le village au cours des années 1990."13 A Thorame-Haute, l'existence d'une limite de cette nature n'est pas avérée : certains témoignages font état d'un mur de clôture entre l'église paroissiale et le front de maisons à la sortie est du village, mais il s'agirait là davantage d'une entrée ponctuelle contrôlée que d'un système défensif de type enceinte périmétrique.

Village d'Annot. Tracé des fortifications.Village d'Annot. Tracé des fortifications. Colmars. Vue du village dans ses remparts, depuis l'est. Au centre, la tour sud de la porte de Savoie.Colmars. Vue du village dans ses remparts, depuis l'est. Au centre, la tour sud de la porte de Savoie.

Entrevaux. Panorama du village fortifié depuis le sud-est.Entrevaux. Panorama du village fortifié depuis le sud-est. [Castellane. La place de l'église et deux tours des fortifications.][Castellane. La place de l'église et deux tours des fortifications.] Vestiges du mur d'enceinte de Thorame-Basse.Vestiges du mur d'enceinte de Thorame-Basse.

En bordure d’agglomération, le rôle d’enceinte fortifiée peut aussi - et c'est d'ailleurs le plus souvent le cas - être joué par quelques îlots linéaires de maisons, alignant vers l’extérieur leurs façades-remparts, comme à La Rochette. Dépourvues à l’origine d’ouvertures sur leurs premiers niveaux – ou uniquement percées de quelques jours en fente pouvant faire office de meurtrières – ces élévations peuvent être plus hautes que celles situées en cœur d’agglomération. Cette double fonction « habitat + défense » assurait en permanence un bon état relatif du système défensif villageois, à l’inverse des enceintes exclusivement militaires souvent mal entretenues, si ce n’est ruinées, et réparées seulement en cas de danger car extrêmement coûteuses non seulement à construire, mais également à entretenir. On sait par exemple qu'à Castellane, l'autorisation accordée aux Castellanais d'ériger une enceinte par le comte de Provence entraîna pour sa réalisation la collecte de fonds importants. Elle consistait en la levée d'une capitation sur tous les chefs de maisons et de nombreuses autres taxes (référence du dossier : IA04000646). A Blieux, l'édification des fortifications consécutive aux heurts locaux fut imposée dans un délai de quinze ans sous peine d'une amende de cent livres (référence du dossier : IA04001201). Le choix de l'enceinte et des dimensions périmétriques des villages fortifiés du Pays, comme partout ailleurs, traduit ainsi ce que l'historien Philippe Contamine appelle "la notion d'investissement défensif"14.

Maisons-rempart à La Rochette. Au premier plan en contrebas, le quartier des jardins potagers, toujours mis en culture.Maisons-rempart à La Rochette. Au premier plan en contrebas, le quartier des jardins potagers, toujours mis en culture.

2. Le village intra-muros

a. Une organisation interne qui n'exclut pas la discontinuité

Parfois, comme à Angles, La Palud, Soleilhas, Thorame-Haute ou Vergons, le village est accompagné d’un ou deux quartiers distants. Cette discontinuité du bâti peut traduire une bipolarité historique due à la présence de plusieurs pouvoirs distincts. À Angles, au moins depuis le 13e siècle, le village est organisé en deux quartiers. L’un est laïque et l’autre ecclésiastique. Autour de chacun d’eux s’est constituée une petite agglomération, l’une nommée la Bourgea ou la Bourgade, et l’autre le Moustier. Toutefois, des raisons topographiques (présence d’un cours d’eau, d’une forte pente ou d’un relief) peuvent aussi avoir imposé une rupture du bâti aggloméré. Il faut également souligner l’existence fréquente d’un quartier périphérique d’entrepôts agricoles, installé à l’écart du village autant par manque de place que par crainte du feu, comme à Vergons15. Dans le nord du territoire, la discontinuité urbaine est plus fréquente. À l’instar des dispositions courantes en Ubaye et plus au nord dans les Hautes-Alpes16, les quartiers sont assez éloignés les uns des autres en raison, là encore, de l’augmentation des risques d’incendie liés à un large emploi du bois dans l’architecture. Cette disposition en grappes est remarquable à Villars-Colmars, où trois quartiers se sont formés autour de trois noyaux familiaux distincts ; il en va de même à Norante (commune de Chaudon-Norante) et à Saint-Pierre17. Lorsque la densité du bâti est faible, elle s'accompagne généralement de la présence fréquente, dans le village même car à proximité immédiate des bâtiments, y compris des maisons et même des fermes le cas échéant, de jardins potagers, de vergers voire d'aires à battre, comme c'est le cas à Allos, Saint-André-les-Alpes ou encore Thorame-Haute)18. Le cas de Thorame-Haute apparaît intéressant à plus d'un titre dans la mesure où il témoigne d'une nette dissociation entre le coeur du village et un quartier périphérique situé au nord, qui ne témoigne d'aucune différence morphologique ou fonctionnelle dans le bâti. Le premier - que l'on pourrait appeler "Ville" - contient environ 130 parcelles bâties assemblant différents quartiers ; le second - le Riou - en réunit une cinquantaine. Un rapport de fouilles préventives signalerait une forme d'organisation concentrique autour de l'église, dont la rive sud de l'îlot sud cernant la place principale serait l'ultime témoignage en place. Il s'agirait dès lors des restes d'une disposition fréquemment observée de l'époque médiévale, mais d'autres recherches s'avèrent nécessaires pour pousser plus avant dans cette voie.

Le village de La Palud-sur-Verdon vu du sud avec à droite le premier noyau autour de l'église et à gauche l'extension autour du château.Le village de La Palud-sur-Verdon vu du sud avec à droite le premier noyau autour de l'église et à gauche l'extension autour du château.

Au Fugeret, le plan figuré du cadastre de 1830 montre un grand vide entre l'ancien presbytère et l'église, il est vrai excentrée, créant une véritable rupture, mais cette scission ne relève pas d'une discontinuité entre quartiers à proprement parler. Elle s'inscrit davantage dans un phénomène bien identifié ici et là sur le territoire d'étude (observable par exemple à Allos, Beauvezer ou à La Garde) : l'implantation d'un édifice religieux en périphérie. Cette disjonction peut s’expliquer par l’idée médiévale que l’église constitue « un espace de polarité sacrée tout à la fois protégé et isolé par des interdits et des techniques rituelles19 » : en plus d’être un bâtiment solidement construit en pierre de taille et pratiquement aveugle, elle est aussi un édifice sacré, et pour ces deux raisons elle se trouve en mesure de se défendre toute seule. En cas d’exiguïté trop prononcée du village, il était ainsi tout à fait concevable de placer l’église hors les murs, ainsi que son encombrant cimetière. Parfois, seul ce dernier se retrouve en marge du village, disposition beaucoup plus récente qui découle généralement de sa translation depuis les abords d’une l’église intra-muros, en application du décret du 23 prairial de l’an XII (qui fixe encore aujourd’hui, à quelques détails près, la législation concernant les lieux d’inhumation) et des idées hygiénistes du 19e siècle.

Le village partitionné d'Angles avec ses deux quartiers constitutifs : la Bourgade et le Moustier.Le village partitionné d'Angles avec ses deux quartiers constitutifs : la Bourgade et le Moustier.

Au sein même du village, on remarque fréquemment un îlot qui correspond à l’emprise du château, habitation seigneuriale elle aussi déperchée et installée là à la fin du Moyen Âge ou au début de l’époque moderne20 (référence du dossier : IA04003149). À Chasteuil, Eoulx, Moriez, La Palud, Sausses ou Soleilhas, ces demeures ont été modernisées au cours du 18e siècle. Destinées avant tout au logis, elles se présentent généralement sous la forme d’une bâtisse cubique dont les angles sont flanqués de tours, un escalier central desservant les étages. À l’origine percées de quelques ouvertures à croisées ou demi-croisées, les façades ont été repercées et montrent un ordonnancement régulier des travées : la porte principale possède un encadrement monumental à modénatures, les autres encadrements sont classiquement en arc segmentaire. À la Révolution, ce « château » a fréquemment été loti en appartements et son démembrement a pu conduire, au fil des successions, à des indivisions très nombreuses. Combinée à une négligence dans l’entretien des parties communes, cette multipropriété extrême a parfois entraîné son abandon voire sa ruine partielle ou totale21.

Dans les villages les façades sur rue des maisons sont des murs gouttereaux étroits, alors que les longs murs-pignons accueillent des bâtiments mitoyens qui s’y s’adossent facilement. C’est ainsi que se constituent des îlots agglomérés linéaires s’étendant parallèlement aux courbes de niveaux et qui, à l’instar des terrasses de cultures, sont partagés par un parcellaire perpendiculairement à cet axe. Les plans villageois concentriques mentionnés plus haut découlent de cette dynamique urbaine horizontale.

Le cas des villages fortifiés

Dans les villages enceints, donc contraints intérieurement par un espace périphérique délimité et par définition difficilement extensible sans engager de longs et coûteux aménagements, l'organisation entraîne-t-elle des spécificités remarquables ? C'est ce que l'on serait a priori porté à croire22, mais si cela reflète une réalité, il semble qu'il faille la nuancer, notamment dans le cadre de l'évolution des besoins propres à chaque village. Philippe Contamine indique que le tracé des remparts, pour les villes des 14e et 15e siècles, intégrait divers facteurs liés à leur bon et nécessaire fonctionnement : possibilité d'extension urbaine, accueil des réfugiés environnants en cas de conflit, terres de cultures et de pacage...23 Même si les agglomérations pourvues de fortifications sur le territoire d'étude sont de taille plus modeste que celles du corpus retenu par l'historien, peut-on néanmoins relever des points de comparaison ?

Si l'on s'en tient aux cinq seuls bourgs dont le système de défense a donné lieu à la rédaction d'un dossier relatif à une fortification - Annot, Blieux, Castellane, Colmars et Entrevaux -, on remarque que l'espace clos présente peu de foncier non urbanisé. A Annot et Entrevaux, la densité est manifeste et telle qu'elle ne permet pas ou plus d'accroissement intra-muros, du moins à une époque où l'ajout de faubourgs, après le 16e siècle, concomitamment à l'amélioration de l'artillerie, rend inutile l'édification d'une muraille défensive supplémentaire. On rappellera ici qu'Annot a vu ses fortifications étendues de même que l'insertion de la cathédrale dans le bourg d'Entrevaux a nécessité l'agrandissement des fortifications à l'est24. On a plutôt cherché à aérer le parcellaire plutôt qu'à le densifier lorsque cela fut possible, par exemple à Entrevaux avec la destruction de l'ancienne église paroissiale Saint-Martin en 1806 pour faciliter la circulation place Saint-Martin (voir le dossier "Village d'Entrevaux, référence IA04001634)25. Mais la topographie locale interdit de construire au nord (terrain pentu et entièrement rocheux), à l'est (contraint par le resserrement de l'espace disponible entre le relief et la rivière), non plus qu'à l'ouest ni au sud (rocher surplombant la rivière). Dès lors, l'extension ne pouvait intervenir qu'au-delà du Var, au sud. A Colmars, le quartier de la Citadelle au nord-ouest propose un profil plus aéré pour des raisons militaires, et contient des bâtiments spécifiques : la caserne, l’hôpital militaire ainsi que des écuries surmontées de greniers à foin, dont il est permis de penser que leur localisation relativement éloigné du reste du tissu bâti tient à des questions préventives contre le risque d'incendie (voir ci-dessus), qui avait déjà dévasté le village en 1672. D'ailleurs, directement au sud de ce quartier, le plan figuré du cadastre de 1827 figure dans le parcellaire un îlot entier repéré comme non bâti qui semble correspondre à une zone du village dévastée par un grand incendie. Cette zone correspond vraisemblablement au quartier dit « des maisons brûlées » (voir le dossier "Village de Colmars", référence IA04001880).

A Blieux et Castellane, qui ne sauraient être strictement comparées du fait de leur échelle et importance différentes, les plans figurés du cadastre montrent toutefois des espaces libres. Ils sont très nombreux à Blieux, où la densité du parcellaire apparaît très faible. La nature du foncier - le village est construit à l'extrémité d'un éperon rocheux incliné dans le sens sud-nord - empêche le réel développement d'une trame bâtie. Il n'est cependant pas interdit de penser que les limites internes des anciennes fortifications ont pris en compte les besoins en pacage pour les troupeaux et l'accueil des habitants hors-les-murs. De fait, à Blieux, l'habitat témoigne d'une réelle dispersion, ancienne, soit dans des quartiers proches (ainsi celui des Ferrays en face du village, de l'autre côté du cours d'eau de l'Asse), soit dans des écarts plus éloignés tels que La Melle (voir le dossier "Présentation de la commune de Blieux", référence IA04001168). A Castellane, la partie nord du bourg enceint est située à l'assaut du massif de la Serre, la rue Saint-Victor (ancienne rue Haute) étant située à la rupture de la pente. Les îlots 26 à 28, les plus au nord, ne sont pas des îlots urbains. De petites dimensions (moins d’une dizaine de parcelles, seulement deux pour l’îlot 26), ils apparaissent excentrés par rapport au reste de la trame urbaine, et constituent le lieu d'activités spécifiques, principalement agricoles. Les îlots 27 et 28 notamment rassemblent des bâtiments de cette nature, pour la plupart détruits aujourd'hui (étables et fenils) dans un quartier qui s’appelait « La Coueste » au 17e siècle, juste au-dessus de l’église Saint-Victor (voir le dossier "Village de Castellane", référence IA04001271). En somme, plus du quart de la superficie enclose (environ 6 500 m2 sur les 23 000 contenus dans le rempart médiéval) relevait d'activités agricoles, que ce soit en foncier bâti ou non bâti (pour l'essentiel). L'état de section du cadastre de 1834 ne marque pas d'évolution notable, et la nature des terrains demeure agricole ou relève du saltus. En ce sens, le bourg fortifié castellanais présente des similitudes avec l'analyse menée par Philippe Contamine à partir de son corpus de référence centré sur les centres urbains. Cela confirme du reste le statut de ville véritable occupé par Castellane pour la zone d'étude.

Castellane en 1685 avec le tracé restitué des remparts. On remarque l'espace libre au nord.Castellane en 1685 avec le tracé restitué des remparts. On remarque l'espace libre au nord.

L'analyse systématique du cadastre de 1685 a également permis d'établir une esquisse de répartition socio-professionnelle. Certes, elle traduit une réalité trois siècles environ après l'édification de la première enceinte. Pour autant, elle montre que les notables ont pour la plupart investi l'extra-muros (et prioritairement le faubourg Saint-Michel englobé par l'enceinte du 16e siècle) malgré deux ou trois "poches" intérieures, alors que les artisans et les couches plus pauvres sont restées dans le centre. Castellane propose l'exemple d'un bourg qui a pu, au même titre qu'Annot, se déployer hors-les-murs. Les villages de Colmars et d'Entrevaux en revanche sont demeurés confinés plus longtemps dans leurs remparts, jusqu'au tournant du 20e siècle voire au-delà. A Entrevaux, entre la fin de l'Ancien Régime et le début du 19e siècle, on observe comme à Castellane d'après le cadastre de 1685 une propension pour les couches aisées voire riches de la population à occuper la périphérie intra-muros, soit les habitations donnant sur le rempart, avec vue sur le Var. A l'inverse, et sans aller jusqu'à parler de quartiers caractérisés par une répartition socio-professionnelle stricte (par manque de données), on relève une contiguïté d'îlots présentant une homogénéité certaine. Il s'agit des îlots 23, 24 et 25 situés dans le nord-est du village, en premier et second rideau de la voie commerçante que constitue la rue du Marché qui porte aujourd'hui, dans cette portion précise conduisant à l'ancienne cathédrale, le nom de rue de l'Eglise (voir le dossier "Village d'Entrevaux, référence IA04001634). Là, la catégorie des artisans domine incontestablement. Quant à Colmars, une césure existe bien d'après les états de section du cadastre de 1827. Elle scinde le village en deux parties, l'une côté est, l'autre côté ouest (voir le dossier "Village de Colmars", référence IA04001880). Pourtant, il est évident que la répartition reflète dès cette époque un mouvement de mélange au sein de la population, qui apparaît bien moins sectorisée qu'elle ne l'était au seuil du 18e siècle. Alors, la localisation des activités mettait en évidence des quartiers « spécialisés » : ainsi la rue Basse semblait être alors le cœur de l’activité artisanale de la ville ; la rue Grande et celle de la Maison de Ville rassemblaient quant à elles les citoyens les plus fortunés, puisqu’on y trouvait le juge royal, les notaires, bourgeois et marchands. Certains habitants très aisés pouvaient habiter dans d’autres rues, mais ils constituaient l’exception.

Deux remarques s'imposent par conséquent à ce stade, qui peuvent présenter un visage contradictoire :

La première montre que plus l'on progresse dans le temps, plus la sectorisation initiale a tendance sinon à s'effacer, du moins à s'estomper pour se diluer dans un mélange interne qui brouille voire empêche l'identification de "quartiers" aux sens urbanistique et sociologique du terme. Ce point est valable d'abord et de façon contre-intuitive pour les villages dont l'emprise au sol et le parcellaire bâti n'ont que très peu voire pas évolué (Colmars, Entrevaux). Dans ces deux cas de figure la fin de la vocation défensive et même militaire de la place rendait caduque une organisation en partie conditionnée par la vocation stratégique du lieu (comme la présence d'une garnison par exemple). On sait que la rue de l'Orbitelle, à Entrevaux, située directement sous le rempart nord, était constituée d'anciennes écuries (ou étables à chevaux) surmontées d'un fenil, à destination des hommes de la troupe. Or, avec la perte du rôle militaire d'Entrevaux, ces bâtiments agricoles ont peu à peu été transformés en maisons d'habitation. A Colmars, les écuries surmontées de greniers à foin occupaient aussi les espaces périphériques, à proximité voire contre les remparts (les rues Saint-Pierre et Saint-Martin). Si elles n'ont pas toutes été transformées, conservant lisible au moins de façon ponctuelle cette vocation ancienne, leur rôle d'étable est tombé en désuétude. Encore ces modifications n'entraînèrent-elles pas de modifications dans le parcellaire. Mais le brouillage (qui peut aller jusqu'à la perte) de la sectorisation initiale intervient aussi et surtout là où le parcellaire a été profondément remanié. On l'observe particulièrement à Annot, dont la trame urbaine a beaucoup évolué, illustrant un enchevêtrement de ses îlots constitutifs au fil de l'agrandissement de ses remparts et de l'appropriation de certains espaces publics pour les lotir. La question de la mutation contemporaine des villages, lesquels intègrent de nouveaux quartiers d'habitation, n'entre pas ici en compte puisqu'elle concerne la périphérie.

La seconde remarque peut au contraire et selon l'évolution urbaine et économique propre au village, rebattre les cartes et reconstituer d'autres espaces fonctionnellement et/ou socialement déterminés selon de nouvelles logiques. Encore cette remarque vaut-elle aussi au plan général, c'est-à-dire pour les villages dépourvus de fortifications, et de même en fonction de l'histoire propre du lieu considéré. Le Fugeret propose cependant un exemple éloquent où l'extension urbaine hors-les-murs et l'appropriation subséquente d'un espace non contraint par les habitants a entraîné un changement de destination du bâti existant dans l'intra-muros (référence du dossier : IA04002341). En effet, l'habitat s'est déporté vers l'extérieur quand le coeur historique du village s'est reconverti en tirant parti du bâti existant, après adaptation. C'est ce que le dépouillement systématique des types de bâtiments mentionnés dans l'état des sections du cadastre a permis de mettre en évidence : à partir du tournant du 19e siècle les quartiers les plus anciens du village ne servirent plus qu'à des fonctions agricoles ou artisanales. C'est le cas des îlots dominant la Rue du Barri, et de ceux dominant la Rue Basse. L'étude in situ du bâti confirme la mutation. Un cas manifeste de maison recyclée en bâtiment agricole a ainsi fait l'objet d'une analyse spécifique. Là, une étable a été installée en lieu et place d'un logis en rez-de-chaussée surélevé sur voûte, avec destruction des cheminées et cloisons et construction d'une banquette de mangeoire maçonnée. Cependant, nous sommes au Fugeret davantage devant une particularité qu'une règle normative.

b. Quartiers spécialisés

Pour en revenir à la question de la spécialisation des "quartiers" pour les villages, fortifiés ou non, posée dans le paragraphe précédent, il est évident que le seul travail de terrain ne suffit pas. Il doit être accompagné d'un dépouillement exhaustif des états de sections, valables donc à un instant t et pour la première du 19e siècle (par le biais des classes de propriété notamment). Même si le décalage entre une situation fiscale objective datant de près de deux siècles et le repérage direct mené au début du 21e siècle ne traduit pas des évolutions intervenues entre-temps, elle favoriserait, à grande échelle, la possibilité d'identifier une sectorisation fonctionnelle et en partie sociale dans le village. La lecture des recensements de population précise parfois le dénombrement par nom de quartier, y compris dans des agglomérations modestes. Bien que lacunaire, cette source d'information montre de quelle manière évolue la population donc le développement ou la contraction de telle ou telle partie du village, depuis le milieu du 19e siècle. Un travail systématique a pu être réalisé pour Thorame-Haute, qui témoigne des dynamiques à l'oeuvre (référence du dossier : IA04002139). Entre 1851 et 1936 les données précisent la répartition de la population par quartiers dans le village, qui ne correspondent pas tous au découpage par lieux-dits du cadastre de 1827, entre autres parce qu'entre-temps le village a évolué26. En réalité le détail est effectif pour la période 1851-1896, avec des lacunes nombreuses, et seul le quartier du Riou - il est vrai le principal - est renseigné jusqu'en 1936. Il est intéressant de constater entre 1851 et 1896 la brusque chute ou au contraire la stabilité de certains quartiers - ce qui, dans un mouvement général de reflux, tend à modifier les équilibres. La Grande Rue, pourtant l'axe principal qui traverse le village, mais sinueux et sombre, voit le nombre de ses habitants divisé par deux, mais de manière non linéaire, puisqu'il a d'abord crû jusqu'au début de la décennie 1880 avant de chuter brutalement. Dans le même temps, celui de Saint-Julien voit la sienne stabilisée en chiffres absolus, ce qui signifie une progression en proportion par rapport à Grande Rue27. D'autres résistent aussi. Le jeu des associations de quartiers empêche une lecture fine, mais on perçoit dans le dernier quart du 19e siècle le jeu mouvant des changements d'équilibre. Le coeur du village, autour de la place et des commerces, devient prééminent, ainsi que le sud, avec le quartier Saint-Julien à l'est de l'église paroissiale excentrée. L'agglomération trouva à se "développer" dans cette direction : la dérivation puis le couvrement du ravin du Riou favorisa également le réaménagement de ce quartier, qui bénéficia en outre de la nouvelle route départementale n° 2. On ne saurait évidemment parler de développement pur puisque le mouvement d'ensemble est bien celui d'une diminution de la population. Le plan figuré du cadastre a pour sa part été levé en 1827, une date proche du haut démographique local (atteint autour de 1840). Cependant la baisse du nombre des habitants n'a pas entraîné de destruction du bâti, plutôt un mouvement de fusion parcellaire qui a préservé, dans l'ensemble, l'intégrité du village en redessinant les anciens rapports de forces. Avant les années 1930, l'ensemble des habitations étaient concentrés "dans" le village historique. Ce n'est qu'à partir du second tiers du 20e siècle qu'ont commencé à apparaître, de manière classique, quelques pavillons modernes aux franges et notamment autour de la Grande Rue, de Saint-Julien, à l'entrée ouest le long de la RD 2, le long de la rue de la Rastellone ou au nord du Riou.

Pour autant, aucune information à travers ces chiffres ne permet de déterminer la spécialisation ou non d'un quartier par rapport aux autres. Ils ne font que traduire une réalité pourtant bien établie : y compris dans des espaces urbanisés peu développés, la population se répartit dans des zones spécifiques qui caractérisent la vie "urbaine". On "montera" ou "descendra" donc sur la place principale, selon la partie de l'agglomération où l'on habite. C'est aussi la raison pour laquelle certains équipements collectifs se répartissent géographiquement pour les usages restreints d'une partie de la population de telle ou telle partie du village : on pense naturellement aux fontaines (voir ci-dessous III/2/e).

Reste qu'il existe bien des quartiers spécialisés au sein du village. On entend par là des espaces faisant état d'activités spécifiques prédominantes, qu'elles soient à vocation agricole, commerciale ou artisanale, dégageant une certaine unité d'ensemble. A Ubraye et pour illustrer le premier cas de figure, cela se traduit par l'existence systématique, dans le village (et dans les hameaux aussi d'ailleurs), de quartiers spécifiquement destinés aux maisons d'habitation (très densément bâtis, avec des ruelles étroites) et d'autres destinés aux entrepôts agricoles (à l'entrée de l'agglomération). En effet, l'exiguïté de la chaussée rend la circulation extrêmement complexe, interdisant la présence d'étables en partie basse mais aussi de fenils en partie haute, qui induiraient l'usage de carrioles ou de charrettes et donc des embarras inextricables. Ainsi dans le village le quartier du Jas est-il uniquement occupé par des étables et des granges à foin. Dans le cas des villages peu denses, comme à Allos, certains quartiers encore "urbains" aux franges de l'agglomération disposent d'espaces dédiés : ainsi les aires à battre sont-elles présentes non seulement à proximité immédiate du bâti mais également concentrées dans le secteur sud-est (parcelles 90, 97-98, 114, 116-124, 127 à 129 du cadastre de 1825). Mais établir une sectorisation de la sorte, pour des chefs-lieux de taille très modeste et évidemment entièrement ruraux, doit s'accompagner d'une nécessaire circonspection : pourrait-on s'attendre à une autre logique ?

L'approche sectorielle, qu'elle soit intra ou extra urbaine, peut également préciser la dénomination de "quartier" par celle de "périmètre longeant une discontinuité spatiale comme une rue importante, un cours d'eau ou toute autre limite définie arbitrairement"28. La nature de l'homogénéité observée y fait sens : historique, économique, architecturale, sociale. C'est particulièrement manifeste pour les axes principaux des agglomérations les plus développées : Annot, Castellane, Barrême, Colmars, Entrevaux, Saint-André-les-Alpes. En l'espèce, la vocation commerçante de ces artères est attestée par la présence de nombreuses boutiques. Dans le cas d'Entrevaux, elle se vérifie sur le long terme, car des devantures du 17e ou 18e siècle côtoient, le long de la longue rue du Marché, des devantures de la seconde moitié du 20e siècle et même des devantures contemporaines puisque l'activité perdure aujourd'hui.

Villlage d'Entrevaux. Boutiques avec baies commerciales en haut de la rue du Marché.Villlage d'Entrevaux. Boutiques avec baies commerciales en haut de la rue du Marché.

c. Le réseau viaire

La rue principale traversant le village s’appelle fréquemment Grande rue, rue Grande, ou rue Droite. Son gabarit étroit est avant tout adapté à un transport par mulets ou ânes, permettant éventuellement le passage de petites charrettes peu encombrantes. Quant à la rue où passe aujourd’hui l'essentiel du flux automobile, il s’agit d’une rue de faubourg située hors les murs au pied de l’enceinte. La rue principale s’aligne entre deux îlots de maisons et, suivant comme eux les courbes de niveaux, elle tend à rester à l’horizontale. Dans les villages perchés, ce principe est toutefois contrarié par la topographie qui limite l’implantation des voies de circulation. Dans ce cas, son tracé intra-muros s’organise en zigzags assez raides, à La Rochette ou à Ubraye, ou avec une pente relativement modérée à Châteauneuf-lès-Moustiers ou à Castellet-lès-Sausses. L’enceinte est ouverte par des portes fortifiées, ou « portails », comme à Annot, Castellane, Colmars, Entrevaux ou La Rochette29. Parfois, une place de dimensions réduites agrémente le parcours de cette rue. À Castellane, son aménagement date du 17e siècle30 et il est probable que d’autres villages aient choisi dès cette époque d’aérer un peu leur densité urbaine31. Installée à un carrefour, devant l’église, à proximité du four à pain…, elle accueille parfois une fontaine et/ou un lavoir. D’ailleurs, plus que la taille de la place qui leur sert de cadre, c’est bien cette proximité d’un ou plusieurs édifices collectifs qui « fonde le caractère “commun” de cet espace32 » dans la vie du village.

Grand Rue dans le village d'Annot, et passage couvert.Grand Rue dans le village d'Annot, et passage couvert. Grand Rue à Colmars.Grand Rue à Colmars. Entré principale du village fortifié d'Entrevaux : bastille, pont, porte de France.Entré principale du village fortifié d'Entrevaux : bastille, pont, porte de France.

Le faubourg 19e siècle de Barrême, traversé par la RN 202.Le faubourg 19e siècle de Barrême, traversé par la RN 202. Village de La Palud-sur-Verdon. La R.D. 952 au centre du village.Village de La Palud-sur-Verdon. La R.D. 952 au centre du village.

Selon la taille de l’agglomération, cette artère principale est doublée par une ou plusieurs autres rues ou ruelles nommées en fonction de leur emplacement dans l’agglomération (rue Basse, rue Haute, rue du Mitan ou rue du Milieu…), en rapport avec des activités (fonctions agricoles ou artisanales des quartiers) ou avec des bâtiments remarquables (rue de l’Église, rue du Barri…). Dans les quartiers les plus anciens et les plus denses, le resserrement général a pu favoriser l’ajout de constructions enjambant la rue et la transformant en passage couvert.

Ces rues et ruelles plus ou moins horizontales et parallèles sont reliées par des passages étroits, localement appelés « andrones33 », qui traversent les îlots en suivant le sens de la pente et dont l’aménagement varie en fonction de l’inclinaison. Lorsque la déclivité est faible, une rampe suffit, éventuellement caladée ou pavée. Lorsqu’elle s’accentue, on ajoute des pas d’âne, et l’androne se transforme en escalier dans les cas les plus raides, comportant parfois plusieurs volées. Tranchant la continuité linéaire des îlots, ces passages sont fréquemment abrités par une extension de maison avec un couvrement en voûte ou en plancher. Au quotidien, ces traverses contribuent à faciliter l’écoulement des eaux de ruissellement contraintes par les îlots qui barrent la pente naturelle. Pourtant, lorsque plusieurs rues sont étagées dans la pente, on observe régulièrement une implantation des andrones en chicane, qui peuvent en outre se rétrécir fortement. C’est là l’illustration d’une stratégie de défense collective intégrée au bâti : étroites, souvent raides et formant un labyrinthe défavorable à l’assaillant, les habitants pouvaient rapidement fermer ces traverses pour mieux les défendre.

Thorame-Basse. Pas d'âne dans le village reliant deux rues transversales.Thorame-Basse. Pas d'âne dans le village reliant deux rues transversales. Le Fugeret. Ruelle en partie couverte (« Androune du Pont ») reliant la « Grande Rue » et la « Rue Basse ».Le Fugeret. Ruelle en partie couverte (« Androune du Pont ») reliant la « Grande Rue » et la « Rue Basse ».

À travers ces divers éléments bâtis, un urbanisme villageois compact se dessine, où la promiscuité est évidente.

d. La maison en hauteur constitue l’unité fondamentale de l’habitat villageois

La maison en hauteur présente un caractère généraliste. Elle superpose trois espaces génériques fonctionnels (cave, logis et grenier) garantissant la diversité des activités requises, qu’elles soient agricoles, artisanales et commerciales. Elle structure la trame du tissu urbain mais dans la mesure où elle appartient à un environnement rural plus large marqué par les activités agricoles, elle dispose de ramifications en lien avec ces dernières. De fait, les volumes agricoles de la maison demeurent réduits et doivent la plupart du temps être complétés par d’autres bâtiments. Selon la nature et la situation de la propriété, ceux-ci peuvent être implantés dans le village même, proches ou distants de la maison, dans un quartier agricole ou dans un écart éloigné, ou bien encore à travers le finage, isolés dans la campagne au milieu des terres exploitées. Cette dispersion des bâtiments selon les potentialités d’un terroir morcelé et cloisonné entraîne un fonctionnement que l’on peut qualifier de « ferme éclatée ». La maison villageoise permet une certaine autonomie pour la vie quotidienne de la cellule familiale. Elle matérialise en même temps le centre d’une exploitation agro-pastorale composite et dispersée sur le territoire, cette dispersion étant à la fois formelle et fonctionnelle.

Demandolx. Maison rurale type.Demandolx. Maison rurale type.Demandolx. Maison rurale type. 1. Plan du 1er étage de soubassement - 2. Plan du 2e étage de soubassement - 3. Plan du rez-de-chaussée surélevé - 4. Elévation sud.Demandolx. Maison rurale type. 1. Plan du 1er étage de soubassement - 2. Plan du 2e étage de soubassement - 3. Plan du rez-de-chaussée surélevé - 4. Elévation sud.

e. Aménagements collectifs

Les villages chefs-lieux possèdent des bâtiments spécifiques, dépositaires des marques de pouvoir au moins dans leurs fonctions si ce n’est dans les formes : école, mairie, église. La première se retrouve presque partout, sauf si la déprise humaine était déjà trop avancée au moment de la vague de construction scolaire (1880-1920). Ce bâtiment, symbole de l’instruction publique et du progrès, englobe fréquemment les locaux de la mairie, voire ceux de la justice de paix dans les chefs-lieux de canton comme à Senez. Si ce n’est pas le cas, la mairie consiste très modestement en une ou deux pièces installées dans une partie de l’ancien presbytère ou d’une maison, héritage des maisons communes ou consulaires de l’Ancien Régime. Il y a bien sûr l’église et son cimetière, espaces sacrés, spirituel et sépulcral, de la communauté dans sa paroisse, et installés au cœur du village ou dans sa périphérie. Depuis les années 1920, un monument aux morts – parfois une simple stèle – complète cet ensemble.

En outre, chaque village possède normalement des équipements à usage collectif : abreuvoirs, fontaines et lavoirs souvent associés. Par leur fréquentation indispensable, ils sont des organes majeurs de la sociabilité villageoise et participent à la sectorisation des espaces pour favoriser les besoins. A titre d'exemple le bourg d'Entrevaux dispose de quatre fontaines : une place du Planet, une autre sur la place du Marché, une troisième place Saint-Jean-Baptiste, une dernière dans un renfoncement de la rue du Couvent, soit une à chaque extrémité ouest et est, une au nord, une autre enfin au centre du bourg. Le village de Senez en a deux : la première place de l'Eglise au sud-ouest, la seconde place de la Fontaine, au nord-est. L’existence d’un four à pain collectif est systématique, et les agglomérations les plus importantes en comptent plusieurs, sectorisant là encore la population. Son statut varie cependant : communal ou en multipropriété. Comme cela a déjà été évoqué, l’existence d’une véritable place publique au cœur des villages est limitée par un bâti dense où l’espace est compté et elle peut se retrouver extra-muros.

3. La périphérie et l'extra-muros

Dans la périphérie immédiate des villages, une zone de quelques centaines de mètres de rayon se développe. Plus vraiment agglomérée mais pas encore campagnarde, ses dimensions varient avec celle de l’agglomération. Lorsque les conditions sont favorables, ce petit territoire relie le village, l’urbs, à ses champs, son ager. Sinon, il le sépare d’une terre inculte, parfois pentue, constituant un saltus plus ou moins intensément occupé. Englobant théoriquement tout le tour du village, ces marges sont surtout contraintes par la topographie et les voies d’accès, capables de les repousser jusqu’à séparer l’agglomération de sa périphérie. Mais elles restent spécifiques, rationalisées et organisées. Annexe proche des « fermes éclatées » villageoises, cette zone peut englober plusieurs pôles spécialisés. On y trouve des quartiers d’entrepôts agricoles, généralement associés à ceux des aires à battre, et des quartiers de jardins, hortus ourlant l’urbs d’une ceinture de cultures irriguées. Cet espace périphérique est le lieu de certaines activités spécifiques (artisanales, agricoles ou commerciales), en même temps qu’il constitue une réserve foncière utile lors des phases d’extension urbaine.

Beauvezer. La place de la mairie.Beauvezer. La place de la mairie. Moriez. Fontaine, lavoir et abreuvoir.Moriez. Fontaine, lavoir et abreuvoir. Entrevaux. Porte d'accès à un jardin enclos au quartier de la Fouent de Castel. Au fond, le village.Entrevaux. Porte d'accès à un jardin enclos au quartier de la Fouent de Castel. Au fond, le village.

a. Quartiers agricoles

Conséquence du principe de la « ferme éclatée » villageoise qui nécessite de placer certaines fonctions ou parties de fonctions en dehors des maisons, une spécialisation et une spatialisation du bâti agricole s’observe aux pourtours des agglomérations, où sont notamment installés les bâtiments agricoles accueillant fourrage, récoltes et bétail. Certes, quelques-uns sont mêlés à des maisons dans les îlots intra-muros, mais ceux de la périphérie s’avèrent bien plus accessibles et forment de véritables quartiers agricoles périphériques. Plus ou moins disjoints, ils sont souvent accompagnés des aires à battre, et leur appellation renvoie directement à leurs spécificités fonctionnelles. À Saint-Julien, Taloire, Ubraye ou à Vergons, les toponymes cadastraux du début du 19e siècle les appellent communément « la Grange » ou « les Granges ». À Châteauneuf-lès-Moustiers, au Fugeret ou à Méailles, on trouve « l’Aire » ou « les Aires ». L’usage de ces aires, anciennement seigneuriales ou communales, était taxé et soumis aux banalités. Privatisées après la Révolution, elles ont souvent conservé un statut collectif à travers une possession en multipropriété et elles restent fréquemment considérées comme des espaces communs, même aujourd’hui.

Occupation du foncier à Vergons d'après le cadastre de 1830 : le quartier agricole associant entrepôts et aires à battre est ici clairement dissocié du quartier d'habitation.Occupation du foncier à Vergons d'après le cadastre de 1830 : le quartier agricole associant entrepôts et aires à battre est ici clairement dissocié du quartier d'habitation.

Occupation du foncier à Rougon d'après le cadastre de 1835 : remarquer la situation périphérique des jardins potagers et des aires à battre.Occupation du foncier à Rougon d'après le cadastre de 1835 : remarquer la situation périphérique des jardins potagers et des aires à battre.

Barrême. Le quartier des entrepôts (ici deux entrepôts multifonctionnels) en périphérie nord du village.Barrême. Le quartier des entrepôts (ici deux entrepôts multifonctionnels) en périphérie nord du village.

b. Aménagements périphériques 

Par sa nature même, la périphérie villageoise est mouvante, en mutation régulière : chaque nouvelle construction l’ampute, mais se faisant elle la repousse d’autant. En quelques cas, de nouvelles marges ont pu apparaître, attirant de nouvelles fonctions. Lorsqu’un cours d’eau important borde l’agglomération – la Vaïre à Annot ou le Verdon à Castellane – ses fréquents débordements ont longtemps limité l’utilité de la zone riveraine. Avec les progrès techniques du 18e et du 19e siècles, l’endiguement de ces rivières a créé de nouveaux espaces, plans de surcroît, rapidement intégrés par l’urbanisme (ainsi à Annot, référence du dossier : IA04001641). C’est là qu’ont été implantées les nouvelles constructions dédiées à l’affirmation des pouvoirs publics et de leurs institutions : mairie, école, bureau postal, caisse d’épargne... D’une manière générale, l’installation de ces édifices en périphérie est un phénomène récurrent, notamment quand l'implantation du bâti empêche une évolution interne. C'est le cas bien sûr des villages fortifiés : à Colmars par exemple, une fois atteintes les limites des capacités d’extension du bâti à l’intérieur de l'enceinte militaire, quitte à intégrer les remparts dans la sphère domestique, c'est extra-muros que le développement s'est poursuivi, notamment pour l'école primaire et plus tard dans le courant du 20e siècle l'offre hôtelière en lien avec l'essor de la villégiature de montagne. A Entrevaux, la même logique est à l'oeuvre pour le groupe scolaire édifié dans la seconde moitié des années 1950, tardivement donc. Mais on observe un phénomène identique pour les villages dépourvus de véritable enceinte, parfois très tôt. Au Fugeret, dès la fin du 15e siècle, des maisons d'habitation sont construites en excroissance des remparts (Androne du Pont), avec des baies chanfreinées à demi-croisées ou à meneaux. Au début du 16e siècle, des maisons sont bâties en face de l'ancien rempart et commencent à constituer l'actuelle Grande Rue (référence du dossier : IA04002341). A Beauvezer, toute la partie religieuse et administrative s'est déportée vers la périphérie au nord-est, autour d'une vaste place, puis, à partir de la seconde moitié du 19e siècle, l'habitat et les manufactures se sont développées dans un quartier plus éloigné en contrebas vers le nord-est. Quand la modestie de l’agglomération ne réunit pas les fonctions principales en un seul bâtiment comme à Senez, où l'édifice construit au seuil du 20e siècle rassemblait les fonctions de mairie, d'école et de tribunal (référence du dossier : IA04001265), cette dynamique a pu déboucher sur la constitution d’un nouveau quartier, sorte de faubourg administratif et/ou économique autour duquel un noyau d’habitat s’est parfois cristallisé. Ainsi à Saint-André-les-Alpes : l'arrivée de la ligne de chemin de fer, avec sa gare, y a favorisé l'apparition puis le développement du quartier de Saint-André où prend place l'école communale dès 1889 (référence du dossier : IA04002542). Lorsque la configuration des lieux le permettait, c’est entre le village et ce nouveau quartier qu’une place a été aménagée. La nouvelle place, facilement accessible de l’extérieur puisque située extra-muros, souvent plantée de platanes, a attiré les premiers hôtels voire les maisons de villégiature liés au début du tourisme excursionniste de la fin du 19e siècle (voir ci-dessous). C’est également là qu’a été dressé le monument aux morts dans les années 1920. On retrouve cette disposition dans la plupart des gros villages – Annot, Barrême, Castellane, Colmars, Entrevaux ou Saint-André – mais aussi dans des localités plus modestes : Beauvezer, Braux, La Mure, La Palud, Le Fugeret, Soleilhas, Thorame-Haute... Cette place hors les murs, qui offre un vaste espace ouvert tranchant avec la compacité et la promiscuité du bourg intra-muros, constitue un vrai cœur décentré accueillant marchés, foires, bals ou parties de pétanque.

Il faut en outre tenir compte, même si le phénomène demeure marginal sur le territoire d'étude, des activités industrielles qui se sont implantées en périphérie de certaines agglomérations : on pense bien sûr aux usines textiles qui ont vu le jour et se sont développées entre le début et la fin du 19e siècle, avant un déclin menant à la cessation de leur activité au plus tard à la fin du deuxième tiers du 20e siècle (référence du dossier : IA04000468). A un degré moindre, l'industrie du parfum a entraîné l'installation de parfumeries dont celles de Barrême constituent les exemples le plus remarquable. Ces activités ont aussi fixé de la population.

L'évolution urbaine d'Annot délaisse le centre fortifié pour s'établir hors-les-murs. La place des Platanes, aménagée au seuil du 20e siècle, devient le cœur du village, l'endroit où se tient le marché et où sont installés les nouveaux équipements publics.L'évolution urbaine d'Annot délaisse le centre fortifié pour s'établir hors-les-murs. La place des Platanes, aménagée au seuil du 20e siècle, devient le cœur du village, l'endroit où se tient le marché et où sont installés les nouveaux équipements publics.

c. Villégiature et nouveaux quartiers résidentiels.

Excursionnisme, tourisme vert, puis blanc et leurs conséquences

À l’orée du 20e siècle, puis dans le premier tiers du siècle, le tourisme et surtout les premières structures d’accueil dédiées firent leur apparition. C’est le développement de l’excursionnisme, lié à l’amélioration des voies de communication, à la création de la ligne Nice-Digne, dite du train des Pignes, dont le dernier tronçon fut inauguré en 1911, lié aussi à des travaux d’envergure dont certains périclitèrent mais servirent de points de fixation pittoresques. De façon complémentaire se développa le tourisme climatique ou vert pour les gens de la côte, dès la première décennie du 20e siècle, notamment dans le haut Verdon. La mise en service dans son trajet complet du train des Pignes assura des liaisons relativement aisées, d’autant que les hôtels mirent rapidement en place des systèmes de navettes pour la circulation de la clientèle, depuis la halte de Thorame-Gare, pourvue de son buffet de voyageurs. Beauvezer, Villars-Colmars, Colmars répondirent au goût nouveau, soutenu par les théories hygiénistes, pour l’air pur de la montagne et l’alimentation saine, dans des espaces propres à l’exercice physique à la portée de chacun. Beauvezer, « station estivale », pouvait s’enorgueillir de la présence de sept établissements visant des catégories de touristes variées, pour des séjours de villégiature à la saison, s’étalant sur trois ou quatre mois, de juin à septembre : l’hôtel du Verdon (vers 1907), la Clairière, l’Alp Hôtel (1911), le Novelty (1914). Deux seulement étaient encore ouverts en 2011. Les nouveaux établissements accueillaient toute la gamme de la clientèle. A la fin des années 1950, les Guides Bleus font par exemple état pour Colmars d'une capacité hôtelière de 120 chambres environ (Hostellerie Vauban, Hôtel de France, Hôtel des Alpes, Auberge Fleurie, auxquelles s'ajoutaient des pensions (Hôtel-Pension David, Pension Girieud) ainsi que des locations de villas et d'appartements meublés. Les années 1960 et 1970 ont vu l'offre se diversifier avec l'apparition de nouveaux établissements hôteliers (Le Chamois au pied des remparts). Seul Le France poursuit aujourd'hui son activité. Ces hôtels ou pensions selon leur qualité s'accompagnèrent dès le premier quart du 20e siècle et jusque dans les années 1970-1980 de résidences dédiées à la villégiature, en périphérie des agglomérations.

Beauvezer. Alp-Hôtel. Vue d'ensemble de la façade est avec portail au premier plan.Beauvezer. Alp-Hôtel. Vue d'ensemble de la façade est avec portail au premier plan.

COLMARS - Les Alpes (alt. 1259 m) - Le Fort de Savoie [la maison de villégiature est au premier plan].COLMARS - Les Alpes (alt. 1259 m) - Le Fort de Savoie [la maison de villégiature est au premier plan].

L’entre-deux-guerres favorisa l’éclosion d’établissements hôteliers dans la moyenne vallée du Verdon également – et en premier lieu à Castellane (hôtel Réaltor puis Ma petite auberge, à partir de 1926, en lieu et place de l’ancien hôtel de sous-préfecture) mais aussi dans les villages les plus importants – à Saint-André-les-Alpes (Grand Hôtel de la Forêt, mis en service en 1936, toujours en activité avec du mobilier contemporain de sa construction). Comme dans le haut Verdon, certains furent créés ex nihilo, d'autres réaménageaient et adaptaient des édifices existants en changeant leur destination. La mise en eau du barrage de Castillon, à la fin des années 1940, a ennoyé une grande partie des terres agricoles en amont de la construction. Elle a en revanche permis le développement d’activités de loisirs estivales à travers la création de bases nautiques, à Castellane, Saint-André-les-Alpes et Saint-Julien-du-Verdon. L'attrait du territoire auprès des urbains voire des scolaires (liés aux colonies de vacances) entraîna l'édification d'établissements y compris dans des zones moins exposées, comme à Lambruisse. Signalons encore, à partir du milieu du 20e siècle, l’émergence économiquement capitale du tourisme d’hiver, qui connut sa période de développement maximal dans le courant de la décennie 1970. Ces trois facteurs eurent des conséquences importantes sur le plan urbanistique et architectural pour les villages eux-mêmes, car ils contribuèrent à développer de véritables quartiers autour des coeurs de village, et à redynamiser l'activité économique, ne serait-ce que saisonnière.

Castellane. Ancienne sous-préfecture puis hôtel de voyageurs Ma petite auberge.Castellane. Ancienne sous-préfecture puis hôtel de voyageurs Ma petite auberge.[Saint-André-les-Alpes : hôtel Lac et Forêt]. Vue générale depuis le sud-est après 1948.[Saint-André-les-Alpes : hôtel Lac et Forêt]. Vue générale depuis le sud-est après 1948.

Saint-Julien-du-Verdon. Le village avec sa base nautique au bord du lac de Castillon, vue prise du sud-est.Saint-Julien-du-Verdon. Le village avec sa base nautique au bord du lac de Castillon, vue prise du sud-est. Lambruisse. Vue d'ensemble de l'hôtel de voyageurs prise du sud-ouest.Lambruisse. Vue d'ensemble de l'hôtel de voyageurs prise du sud-ouest.

L'apparition puis le développement de nouveaux quartiers résidentiels en périphérie des villages

Parallèlement à l'essor touristique est apparu un nouveau type d'habitat villageois, formant de nouveaux espaces qui peuvent s'organiser en quartiers périphériques proches mais structurellement dissociés du coeur du village historique, et englobant parfois des secteurs déjà investis de façon très lâche par les premiers élans liés au tourisme climatique. Il est constitué non seulement de résidences secondaires mais également de résidences principales à destination des actifs et de ceux qu'on qualifie aujourd'hui de néo-ruraux. De fait, à la faveur d'une inversion de la logique de l'exode rural en grande partie liée à des raisons d'accessibilité économique du foncier disponible, on assiste à l’éclosion à partir des années 1960-1970 de quartiers périphériques autour des villages. Le pavillonnaire y répond, au pire, à une architecture standardisée dépourvue de tout lien avec l'architecture vernaculaire. Ainsi du lotissement des Clots aménagé dans le courant des années 1960 à Senez, de celui du Plan des Listes à l'ouest de Castellane, ou du mitage dense entourant l'agglomération de Saint-André-les-Alpes. Au mieux, il répond à une image réinterprétée du chalet alpin dans la partie nord du territoire. Le quartier de Pied de Roche dans le village de Villars-Colmars, celui de Super Allos sur l'adret du massif dominant le village d'Allos en proposent témoignages et déclinaisons. Ils prouvent que les agglomérations du Pays retrouvent une forme de dynamisme. On notera d'ailleurs que ce type d'habitat a tendance à se développer aussi en bordure d'écarts et même émerger ex nihilo.

[Senez. Vue des Clots, lotissement nouvellement construit, années 1960. Vue aérienne en direction du nord].[Senez. Vue des Clots, lotissement nouvellement construit, années 1960. Vue aérienne en direction du nord].

Vue du village de Castellane. Au second plan, le Plan des Listes, ancienne zone maraîchère aujourd'hui construite. Au fond, les Cadières de Brandis.Vue du village de Castellane. Au second plan, le Plan des Listes, ancienne zone maraîchère aujourd'hui construite. Au fond, les Cadières de Brandis.

Allos : le noyau du vieux village (à droite) s'est vu adjoindre des quartiers périphériques investissant l'adret (Super Allos), ainsi qu'une station de ski, le Seignus Bas (à gauche).Allos : le noyau du vieux village (à droite) s'est vu adjoindre des quartiers périphériques investissant l'adret (Super Allos), ainsi qu'une station de ski, le Seignus Bas (à gauche).

1Il faut toutefois conserver à l'esprit la modestie des agglomérations à prendre en considération. André de Réparaz, dans son article "Le village en Haute-Provence entre la fin de l'Ancien Régime et la fin de la Monarchie de Juillet (à travers quelques exemples des Préalpes de Digne, Castellane, Sisteron", dans Provence historique, t. 21, fascicule 85, juillet-septembre 1971, p. 262-280, écrit à la p. 263 que "Senez, encore évêché il n'y a pas si longtemps, entasse en 1823 ses 247 maisons (et écarts, il est vrai, mais assez peu nombreux) sur 2 ha 46."2Agulhon, Maurice, La vie sociale en Provence intérieure au lendemain de la Révolution, Paris, Société des études robespierristes, Bibliothèque d'histoire révolutionnaire, 2012 [1970], p. 60.3Trochet, Jean-René, Les maisons paysannes en France et leur environnement (15e-20e siècles), Paris, Créaphis, 2006, p. 202.4Encore aujourd’hui, on relève l’appellation "Ville" dans de très nombreuses communes, où elle désigne le bourg castral : ancien site d’habitat perché lorsqu’il est abandonné, ou quartier médiéval d’une agglomération encore existante.5Ainsi que le précise Elisabeth Sauze, "Le village fortifié en Provence. Réflexions sur un phénomène encore mal connu", dans Provence historique, 2018, t. 68, fascicule 263, p. 239-251 [p. 239 pour la citation] : "Rappelons que ce mot [village] d'origine française est inconnu de la tradition vernaculaire jusqu'au début du 19e siècle. En témoigne le cadastre napoléonien qui, dans le premier tiers du 19e siècle et parfois même au-delà, continue à titrer "la Ville" la feuille relative à l'agglomération, même lorsque celle-ci a de très petites dimensions."6En 1919, Chaudon-Norante abandonne Bédejun, et Braux absorbe Aurent en 1932 avant que cette ancienne commune ne soit rattachée à Castellet-lès-Sausses en 1961. Lorsque, en 1948, le village de Castillon disparaît sous les eaux du barrage, son territoire est rattaché à Castellane. En 1964, cette dernière absorbe également Villars-Brandis, et, cette même année, le regroupement de Peyresq et de La Colle-Saint-Michel forme la commune de Saint-Michel-Peyresq. En 1966, Courchons est rattaché à Saint-André-les-Alpes.7De Réparaz, André, La vie rurale dans les Préalpes de Haute Provence, Lille, Atelier national de reproduction des thèses, 1978, p. 213.8Nous excluons du corpus les agglomérations médiévales relevant du bourg castral pour nous concentrer sur les formations villageoises en propre, toujours habitées, et pour l'essentiel apparues à partir du 13e siècle.9Cette observation semble contredire les propos d'André de Reparaz, "Le village en Haute-Provence...", op. cit. Le géographe écrit en effet à la p. 263 que "L'agglomération villageoise est plus diffuse, ses contours moins nets et, même au début du XIXe siècle, les remparts et murailles infiniment plus rares qu'en basse Provence." Faut-il comprendre un état des lieux de ce qui subsiste ou l'existence historique de murailles, qui peuvent avoir disparu ?10Dupuis, Mathias, "Inventaire des agglomérations fortifiées des Alpes-de-Haute-Provence", dans Provence historique, t. 68, fascicule 263, 2018, op. cit., p. 263-285. La carte de localisation est située p. 264.11On se reportera à l'article de Mathias Dupuis, ibid., pour des données complémentaires.12Guilloteau, Eric, "Les enceintes urbaines en Provence orientale dans les écrits et les représentations iconographiques des ingénieurs français et italiens", dans Provence historique, t. 68, fascicule 263, op. cit., p. 133-155. L'historien écrit ainsi p. 142 que "Durant cette période d'occupation [de la Ligue d'Augsbourg] entre 1691 et 1697, de nombreux plans, coupes, profils et mémoires sur les places conquises furent réalisés par les ingénieurs français selon les préceptes édictés par Vauban. Dans "Le directeur général des fortifications" [La Haye, 1685], celui-ci avait établi les règles devant être appliquées par tous les ingénieurs français. L'harmonisation des procédures devait passer par une normalisation des documents techniques, « afin que l'ordre que l'on tiendra ci-après dans la conduite des ouvrages, soit le même dans toutes les places où on fera travailler. »"13Dupuis, Mathias, "Inventaire des agglomérations fortifiées...", op. cit., p. 268 et 275.14Contamine, Philippe, "Les fortifications urbaines en France à la fin du Moyen Âge : aspects financiers et économiques", dans Revue historique, vol. 260, n° 527, 1978, p. 23-47 [p. 23]. 15Plusieurs villages, notamment dans les hautes vallées, ont été partiellement ou totalement détruits par des incendies. Cependant, si jusqu’au 16e siècle ces incendies sont dus à des attaques militaires (Thorame-Haute et Colmars en 1390, Senez en 1569), ils sont ensuite liés à des accidents domestiques (Méailles vers 1620 et, dans la seconde moitié du 18e siècle, Colmars en 1672, Villars-Colmars en 1690, Allos en 1718, 1747 et 1769, Beauvezer en 1728, etc. À Allos, les incendies étaient appelés les « grandes brûleries ». Caire, Jean et Domenge, Jean-Luc, Les papiers de Jean Caire. Mémoires, lieux et récits du Val d'Allos, Mane, Editions les Alpes de lumière, n° 2, 2004, p. 49.16Dans ce département, le village de Saint-Véran est ainsi divisé : « cinq groupes de constructions entre lesquels s’intercale un espace suffisant pour éviter la propagation du feu ». Mallé, Marie-Pascale, L'habitat du nord des Hautes-Alpes, Aix-en-Provence, Association pour le patrimoine de Provence, Gap, Société d'étude des Hautes-Alpes, 1999, p. 42.17Jusqu’en 1792, Villars-Colmars était un écart de Colmars (voir ci-dessus, II), et l’habitat actuel de Norante et Saint-Pierre correspond à d’anciens écarts dépendant de sites castraux, désertés et non remplacés par un village. Le fonctionnement en grappes pourrait ainsi tenir au fait que ces villages sont, à l’origine, des écarts...18De Reparaz, André, "Le village en Haute-Provence...", op. cit., rappelle que "Autour du village, dans le village souvent, les plans cadastraux l'attestent au début du siècle dernier, il y a de nombreux jardins villageois, petits clos généralement minuscules, jalousement préservés et appropriés" (p. 269-270).19Schneider, Laurent, "De la fouille des villages abandonnés à l'archéologie des territoires locaux. L'étude des systèmes d'habitat du haut Moyen Âge en France méridionale (V-VIe siècles) : nouveaux matériaux, nouvelles interrogations", dans Jean Chapelot, Trente ans d'archéologie médiévale en France. Un bilan pour un avenir, Vincennes, CRHAM, IXe congrès de la Société d'archéologie médiévale, 2010, 436 p., p. 133-161 [p. 147].20Les « châteaux » de Castellet-Saint-Cassien, de Clumanc ou de Villevieille, bien que disjoints du village, s’intègrent dans cette même dynamique.21Les « châteaux » de Chasteuil, Rougon, La Palud, Eoulx, Castellet-Saint-Cassien, La Rochette, Méailles, etc. ont ainsi été partagés. L’état de ruine de ceux de Rougon et La Rochette a imposé leur destruction, respectivement dans les années 1930 et 1950.22Voir le cas de Castellane développé ci-dessous.23Contamine, Philippe, "Les fortifications urbaines en France...", op. cit., p. 44-45.24La position militaire stratégique d'Entrevaux justifie que les fortifications soient repoussées après l'édification de la cathédrale, dans le deuxième quart du 17e siècle.25La densification a aussi pu se faire par le haut, en exhaussant d'un ou de plusieurs étages certaines habitations. C'est le cas à Entrevaux bien sûr, comme à Annot, caractérisée sur ce point par la hauteur de ses maisons et le nombre et la longueur des passages surélevés. 26Pour le détail des données chiffrées, voir le dossier correspondant (IA04002139).27Les chiffres très faibles enregistrés en 1876, 1881 et 1886 sont tellement incohérents qu'ils semblent erronés ou en tout cas désigner une réalité qui ne prend pas en compte la même emprise urbaine du quartier qu'en 1851 ou qu'en 1896.28Gauthiez, Bernard, Espace urbain. Vocabulaire et morphologie, Paris, Centre des monuments nationaux / Monum, Editions du patrimoine, "Principes d'analyse scientifique", 2003, p. 30.29Les enceintes de Colmars et d’Entrevaux présentent le cas particulier de places fortes royales aménagées par des ingénieurs militaires.30Il s'agit de la place aux Herbes, dans la rue du Mitan.31Voir ainsi la place du Marché dans la partie centrale du village d'Entrevaux. Il s'agit d'un modeste dégagement formé par le retrait des maisons situées rive nord. 32Mallé, Marie-Pascale, L'habitat du nord des Hautes-Alpes, op. cit., p. 58.33L’"androuno" (ou "endrouno") désigne une ruelle, un cul-de-sac ou un « vide qui sépare deux maisons ». Le terme peut être masculin ou, plus fréquemment, féminin. Mistral, Frédéric, Lou trésor dou Felibrige ou dictionnaire provençal-français, embrassant divers dialectes de la langue d'oc moderne, Raphèle-lès-Arles, Editions Marcel Petit, 1979 [1879], p. 97.
Aires d'étudesPays Asses, Verdon, Vaïre, Var
Dénominationsvillage

Références documentaires

Documents figurés
  • Plan cadastral de la commune de Senez, 1811 / Dessin à l'encre sur papier par Raymond Louis, géomètre, et Allemand, Builly et André Faure, géomètres secondaires, 1811. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 105 Fi 204 / 001 à 010.

    Tableau d'assemblage
  • COLMARS - Les Alpes (alt. 1259 m) - Le Fort de Savoie / Carte postale, premier quart du 20e siècle. Collection particulière.

  • [Castellane. La place de l'église et deux tours des fortifications]. Auteur inconnu, photographie, 1ère moitié 20e siècle. Collection particulière, non coté.

  • Route des Alpes - Saint-André-les-Alpes (B-A.) Station estivale. - Grand Hôtel du Parc / Tout le confort - Grand garage - Tel. 3 / Edit Vial - Digne / Carte postale, Edit. Vial, 1ère moitié 20e siècle. Collection particulière.

  • [Senez. Vue des Clots, lotissement nouvellement construit, années 1960. Vue aérienne en direction du nord]. / Carte postale colorisée, vers 1960. Collection particulière.

  • Hôtel du Lac. Catégorie ** [Saint-André-les-Alpes] / Carte postale, 3e quart 20e siècle. Collection particulière.

Bibliographie
  • AGUHLON, Maurice. La vie sociale en Provence intérieure au lendemain de la Révolution. Paris : Société des études robespierristes, Bibliothèque d'histoire révolutionnaire, 2012 [1970], 535 p. 

    p. 60
  • BRUNET, Marceline, DEL ROSSO, Laurent, LAURENT, Alexeï et MOSSERON, Maxence. La ferme et le territoire en haute Provence, dir. Marceline Brunet. Collection Cahiers du Patrimoine, n° 119. Lyon : Lieux Dits, 2019, 408 p.

  • CAIRE, Jean, DOMENGE Jean-Luc, Les papiers de Jean Caire. Mémoires, lieux et récits du val d'Allos. Dans : Chroniques de Haute-Provence, n° 352, 2004,124e année, 280 p. : ill.

    p. 49
  • CONTAMINE, Philippe. Les fortifications urbaines en France à la fin du Moyen Âge : aspects financiers et économiques. Dans : Revue historique, vol. 260, n° 527, 1978, p. 23-47.

    p. 23
  • DUPUIS, Mathias. Inventaire des agglomérations fortifiées des Alpes-de-Haute-Provence. Dans : Provence historique, t. 68, fascicule 263, 2018, p. 263-285.

  • GAUTHIEZ, Bernard. Espace urbain, vocabulaire et morphologie. Paris : Monum, éditions du patrimoine, 2003 (Principes d’analyse scientifique), 493 p.

    p. 30
  • GUILLOTEAU, Eric. Les enceintes urbaines en Provence orientale dans les écrits et les représentations iconographiques des ingénieurs français et italiens. Dans : Provence historique, t. 68, fascicule 263, p. 133-155.

    p. 142
  • MALLÉ Marie-Pascale. L'habitat du nord des Hautes-Alpes. Aix-en-Provence : Association pour le Patrimoine de Provence, Société d'études des Hautes-Alpes, 1999. Cahiers du Patrimoine n°55. 440 pages, ill., dessins, cartes ; 21 x 27 cm.

    p. 42, 97
  • MISTRAL, Frédéric. Lou trésor dou Felibrige ou dictionnaire provençal-français, embrassant divers dialectes de la langue d'oc moderne. Raphèle-lès-Arles : Editions Marcel Petit, 1979 [1879], 2 vol., 1196 et 1165 p.

    p. 97
  • REPARAZ, André de. Le village en Haute-Provence entre la fin de l'Ancien Régime et la fin de la Monarchie de Juillet (à travers quelques exemples des Préalpes de Digne, Castellane, Sisteron. Dans : Provence historique, t. 21, fascicule 85, juillet-septembre 1971, p. 262-280.

  • REPARAZ, André de. La vie rurale dans les Préalpes de Haute Provence. Thèse de l'université d'Aix-Marseille, II, 3 tomes. Lille : Atelier national de reproduction des thèses, 1978, 1230 p.

  • SAUZE, Elisabeth. Le village fortifié en Provence. Réflexions sur un phénomène encore mal connu. Dans : Provence historique, tome 68, fascicule 263, janvier-juin 2018, p. 239-251.

    p. 239
  • SCHNEIDER, Laurent. De la fouille des villages abandonnés à l'archéologie des territoires locaux. L'étude des systèmes d'habitat du haut Moyen Âge en France méridionale (V-VIe siècles) : nouveaux matériaux, nouvelles interrogations. Dans : Trente ans d'archéologie médiévale en France. Un bilan pour un avenir, Jean Chapelot (dir.). Vincennes : CRHAM, IXe congrès de la Société d'archéologie médiévale, 2010, 436 p., p. 133-161.

  • TROCHET, Jean-René. Les maisons paysannes en France et leur environnement (15e-20e siècles). Paris : Créaphis, 2006, 605 p.

    p. 202
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Buffa Géraud - Masson-Lautier Maïna - Pelletier Olivia - Sauze Elisabeth - Autric Françoise - Del Rosso Laurent - Mosseron Maxence
Mosseron Maxence (1976 - )

Chercheur au Service régional de l'Inventaire de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (2007- )


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- Laurent Alexeï