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Demeures seigneuriales et châteaux du Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var

Dossier IA04003149 réalisé en 2004

Fiche

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I.  Identification du corpus

 

1.  La famille concernée

Ce dossier concerne les demeures seigneuriales repérées lors de l’enquête d’Inventaire du Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var. Elles correspondent pour la plupart des édifices liées au déperchement, c’est-à-dire dissociées des anciens sites castraux et autres oppida médiévaux[1]. En conséquence, elles appartiennent à la période moderne, et pour la plupart aux 17e et 18e siècles. C’est la raison pour laquelle on ne tiendra pas compte ici des châteaux ou ensembles associés à des sites isolés et le plus souvent perchés présentant des caractères défensifs : enceintes, maisons fortes, tours-donjons comme on peut encore en voir des vestiges plus ou moins ruinés par exemple sur la Roche à Senez ou encore à Tra Castel surplombant le village de Thorame-Haute[2]. Ces entités sont d’ailleurs d’une manière générale antérieures aux châteaux dont il sera question puisqu’elles remontent pour certaines au 14e siècle, même si certaines ne furent définitivement abandonnées que dans le courant du 19e siècle après avoir perdu depuis longtemps leur vocation première.

Thorame-Haute. Vestiges du château de Tra Castel à l'extrémité sud de l'éperon rocheux éponyme qui domine le village.Thorame-Haute. Vestiges du château de Tra Castel à l'extrémité sud de l'éperon rocheux éponyme qui domine le village.

De fait, les demeures seigneuriales présentées dans ce dossier, parfois appelées « châteaux » localement, proposent peu d’éléments architecturaux relevant spécifiquement de l’architecture militaire, et le cas échéant essentiellement de manière symbolique. En revanche, leur plan, leurs dimensions, leur mise en œuvre, les matériaux utilisés, ainsi que les dépendances qui les accompagnent parfois mettent en évidence un traitement qui les différencie du reste de la production vernaculaire, quand bien même les ventes révolutionnaires éventuelles, souvent accompagnées d’un lotissement du bien considéré entraînant des modifications dans la distribution intérieure notamment, et d’une manière générale les mutations de propriété au fil du temps peuvent aujourd’hui perturber la lecture et donc l’identification de ces édifices. On l’aura compris, la question des éléments de décors et d’appartenance sociale jouent aussi leur rôle, mais il ne s’agit pas d’incorporer dans le corpus les bastides et autres fermes de rapport de riches propriétaires, qu’ils soient des seigneurs ou des bourgeois.

De sorte que les dépendances de domaines seigneuriaux sont exclues de l’analyse, même si ponctuellement un éclairage pourra être apporté. C’est le cas pour le château d’Eoulx à Castellane (REF=IA04003150), résidence du seigneur de Raymond, parce que la mise en œuvre de la demeure comme des deux dépendances principales apparaît homogène (REF=IA04000943 et IA04000945). Inversement, la bastide dite « Château de Seisset » à Clumanc sera écartée (REF=IA04000652). En effet, la seigneurie principale des Périer, devenus seigneurs majeurs de Clumanc dans le premier quart du 17e siècle par acquisition successive des parts des Oraison (1618) et des Barras (1622) et qui possédaient un château toujours en place bien qu’à demi-ruiné a été morcelée en plusieurs arrières-fiefs dont celui de Seisset. Si le « Château de Seisset », mentionné en 1743, relève bien statutairement de la demeure seigneuriale, il s’inscrit formellement davantage dans l’ordre d’un domaine agricole et du phénomène bastidaire, la demeure avec son jardin d’agrément contrôlant une ferme de production à proximité. On le voit, la limite s’avère parfois ténue entre la bastide et le château, l’une et l’autre pouvant être désignés comme des demeures. Aussi le Thésaurus de l’architecture, par l’énoncé de définitions claires, assure-t-il un garde-fou facilitant l’identification des objets d’étude. La demeure correspond ainsi à un :

"Edifice à usage d’habitation, rural ou urbain, formé d’un logis souvent accompagné de communs et de dépendances. Suivant ses dimensions, sa localisation, la qualité ou l’activité de ses habitants, la demeure peut porter des noms différents : palais, hôtel, château, manoir, etc.[3]"

Une bastide quant à elle répond à la définition suivante :

"Dans le sud-est de la France, au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, demeure à la tête d’un domaine agricole appartenant à un propriétaire de fief, noble ou non, ne possédant pas les droits seigneuriaux permettant d’élever un château muni de défenses importantes (tours et donjon). La bastide se signale par d’importantes parties agricoles liées au logis[4]."

Clumanc. Bastide dite château de Seisset. L'élévation est depuis les jardins.Clumanc. Bastide dite château de Seisset. L'élévation est depuis les jardins.

Autre type d’édifice exclu ici, les demeures nobiliaires de type hôtel particulier, urbaines et qui datent des 17e et 18e siècles, notamment à Castellane et Entrevaux. Si ces dernières diffèrent des exemples raffinés de centres urbains plus développés, elles présentent des traits propres à la famille de l’hôtel[5], sans proposer extérieurement, ou peu, de différences notables avec les demeures bourgeoises (REF=IA04001600 et IA04001605). En somme, ces demeures, au-delà d’un volume plus imposant, d’une régularité plus ou moins aboutie dans l’organisation des façades, d’un soin apporté au décor malgré tout modeste, se révèlent à l’intérieur, surtout par le traitement de la cage d’escalier. Mais là encore, rien ne différencie l’habitation du noble de celle du grand bourgeois. Et c’est depuis l’extérieur que le statut dominant du seigneur, entendu comme le suzerain des lieux, doit se manifester dans l’espace public.

 

2.  Une définition en trompe l’œil ?

a.  Un objet à la croisée des chemins

Ainsi posée, la demeure seigneuriale apparaît en creux comme un type d’édifice particulier au sein de famille de la demeure. Pourtant, toujours selon le Thésaurus de l’architecture, il semble que les définitions recoupent des objets morphologiquement et fonctionnellement proches, car la demeure seigneuriale qui fait l’objet du présent dossier répond également à certains critères caractéristiques du château, « […] demeure de grandes dimensions liée à une vaste propriété, et comprenant parc et dépendances »[6]. Aussi l’objet en question se trouve-t-il à la croisée des acceptions, ce qui ne doit pas surprendre outre mesure puisque la formulation même de « demeure seigneuriale » emprunte aux trois entrées énoncées ci-dessus. Or, cet empiètement notionnel traduit une réalité englobante non exclusive dont témoignent à des degrés divers les différents exemples retenus : demeure, château, bastide, hôtel.

b.  Intérêt de la famille concernée

En l’état, ce qui ressortit au château en tant que « demeure seigneuriale ou royale, fortifiée et défendue par des douves »[7]  a été traité dans le cadre de l’étude. C’est par exemple le cas des châteaux de Demandolx (REF=IA04000176) et de Montblanc (REF=IA04001761). C’est aussi le cas du château fort puis fort d’Entrevaux (REF=IA04001855), mais aussi des forts de Colmars (REF=IA04000046 et IA04000047) avec lesquels on quitte l’architecture domestique pour aborder l’architecture militaire. La bastide mériterait pour sa part une analyse dédiée : elle est représentée sur le territoire d’enquête par quelques ensembles remarquables (ainsi la bastide dite « château de Seisset » déjà citée à Clumanc, d’origine seigneuriale, ou telle autre à Castellane [REF=IA04001052], d’origine bourgeoise pour sa part) et le sujet gagnerait à être approfondi. La demeure seigneuriale quant à elle doit ici être entendue comme un élément autre, qui n’est pas vernaculaire dans la mesure où elle n’illustre pas une réalité propre au territoire de l’A3V même si elle propose des traits régionaux comme la mise en œuvre de l’avant-toit en génoise et la couverture en tuile creuse. Elle a toutefois son importance : en effet, elle illustre un phénomène « classique » sur la zone, celle des demeures seigneuriales du déperchement accompagnant la fixation des agglomérations modernes à la confluence des nouveaux axes de circulations et en connexion plus directe avec les zones cultivables[8].

Entrevaux. Le château puis fort perché sur l'éperon rocheux qui domine le village fortifié.Entrevaux. Le château puis fort perché sur l'éperon rocheux qui domine le village fortifié.

Elle justifie en outre sa prise en compte parce qu’elle constitue une pièce du puzzle dans la compréhension du territoire dans sa composante sociale ainsi que dans l’organisation de l’agglomération qui l’accueille et au sein duquel elle joue un rôle de polarisateur. Certes, cette fonction apparaît moins marquée que dans l’ancien système du bourg castral où la disposition « village perché + château (avec défenses) + église » prévalait, mais les « nouveaux » villages et parfois les écarts (par exemple à Eoulx, REF=IA04003150) en perpétuent la configuration à partir du 16e siècle. Au même titre que le château du bourg castral, la demeure seigneuriale a ainsi opéré un glissement, altitudinal et sémantique, dont le château de Verdon (REF=IA04000270), relié à son ancêtre le château de Demandolx (REF=IA04000176) fournit un cas d’école (voir plus bas).

Demandolx. Le château de Ville. Vue de situation depuis le nord-est.Demandolx. Le château de Ville. Vue de situation depuis le nord-est.

3.  Le corpus repéré : une famille composée d’un nombre d’éléments restreints

a.  La répartition

Le repérage fait état de 20 voire peut-être 21 édifices relevant de la demeure seigneuriale[9]. C’est à la fois peu et suffisamment représentatif, pour un phénomène qui n’a rien de local : on l’observe souvent dans la partie provençale notamment. C’est modeste en chiffres absolus et plus encore au regard des communes concernées, puisque 14 d’entre elles seulement disposent d’une demeure seigneuriale, en tout cas dans un état permettant une identification. On peut légitimement penser qu’il y en avait davantage. De fait, le site castral de Rougon disposait d’un château féodal remontant peut-être au 13e siècle et le village, aménagé directement à son pied, d’une maison forte en son centre appelée localement « le Château » telle que la consignent les officiers du cadastre en 1835. Cette grosse bâtisse était lotie à cette date et fut rasée dans la décennie 1950 après avoir été successivement abandonnée, pillée puis progressivement ruinée. Elle occupait l’actuelle place de la mairie et une carte postale ancienne du début du 20e siècle conserve le souvenir d’un édifice imposant au regard des autres habitations, dont le caractère défensif semble corroboré encore alors par un nombre restreint d’ouvertures.

Rougon. Le village pris depuis l'ouest vers 1900. A droite, l'éperon du bourg castral. A gauche, l'ancienne maison seigneuriale.Rougon. Le village pris depuis l'ouest vers 1900. A droite, l'éperon du bourg castral. A gauche, l'ancienne maison seigneuriale.

Comment la répartition s’effectue-t-elle ? Si l'on se reporte au découpage effectué pour l'analyse du territoire dans son ensemble, à savoir vallées des Asses, haut Verdon, moyen Verdon et vallée du Var (REF=IA04002138), on constate que le haut Verdon, à l’exception de Thorame-Basse, est dépourvu de châteaux repérables. Une donnée historique pourrait au moins de façon partielle contribuer à expliquer ce différentiel nord-sud au sein du territoire d’enquête ou, comme les qualifie Édouard Baratier plus largement, la « région des hautes vallées » et les « autres parties de la haute Provence »[10]. Il s’agit de l’importance plus ou moins grande des libertés municipales dans le Pays A3V, lequel oppose les communes régies par le droit seigneurial et celles dans lesquelles l’implantation facilitée des consulats a permis une autonomie bien plus grande des communautés d’habitants. Dans les secondes, l’influence directe du comte de Provence a autorisé dès le 13e siècle une latitude à certains villages, là où dans les premières certaines familles nobiliaires « ont longtemps résisté aux comtes angevins, tels les Faraud de Thorame »[11]. Ainsi que le résume Noël Coulet en termes géographiques : « cette zone seigneuriale est aussi la partie méridionale des Alpes du Sud », ce que confirment d’autres travaux historiques plus ponctuels et plus récents[12]. Ceci posé, la répartition traduit une implantation assez « uniforme » au sud du Pays, dans le sens où il n’y a pas de « zone blanche ». Bien sûr, le faible nombre d’occurrences entraîne l’absence de demeure seigneuriale repérée sur certaines communes, mais ces absences ne dessinent pas d’espace significatif d’une réalité extrapolable. Les trois zones ou secteurs concernés – même si ce découpage s’appuie sur une autre logique – donnent à voir une relative homogénéité dans la localisation des châteaux.

b.  Causes complémentaires du faible nombre d'occurrences

D’autres facteurs entrent bien sûr en considération, au premier rang desquels l’état de conservation du bien. Une demeure ruinée ne pourra être toujours repérée, et les usages liés à des mutations au fil du temps, à des changements de destination aussi, ont parfois rendu très ardue voire impossible une prise en compte lors du repérage. Les sources d’archives facilitent à l’occasion l’identification et lorsque l’édifice est encore en place, suffisent à l’intégrer à une famille, mais il arrive aussi que sa condition, que son évolution architecturale et/ou fonctionnelle interdisent d’aller plus avant. Même ceux qui ont mieux traversé le temps témoignent de modifications. Quelques exemples illustrent cet état de fait. Le château de Verdon à Demandolx (REF=IA04000270) a été condamné par la mise en eau du barrage de Castillon, dont les eaux ont recouvert le site en 1949 ; le château seigneurial construit au centre du vieux village de Saint-André-les-Alpes, a quant à lui été vendu puis réaménagé en hôtel de voyageurs au seuil de la Révolution française, et depuis agrandi pour l’accueil de la clientèle ; même cas de figure ou approchant pour le château de Méouilles à Saint-André-les-Alpes (REF=IA04002571), lequel a été fortement remanié par sa transformation en gîte ; le château de Montblanc a servi à la Révolution de carrière pour les maisons du village, qui incluent dans leur maçonnerie un grand nombre de petits blocs de tuf taillé en remploi ; le château de Tartonne a pour sa part subi lui aussi le vandalisme révolutionnaire mais les coups portés les plus destructeurs furent ceux induits par son usage agricole ; à Moriez, tant le Vieux Château que le Château Neuf ont été allotis en maisons d’habitation à la suite des ventes des biens nationaux lors de la Révolution, mais leur enveloppe extérieure a été globalement préservée (REF=IA04001545 et IA04001544). En revanche, le château de Gueydan à Castellet-lès-Sausses (REF=IA04000443), comme celui de Soleilhas (REF=IA04000190), ont eu moins de chance sur ce plan. A l'inverse, d'autres ont été restaurés, malgré des transformations dans la distribution intérieure, ainsi celui de La Palud-sur-Verdon (REF=IA04002518).

 Moriez. Vue générale du Vieux Château depuis le sud-est. Au premier plan la tour ronde sud-est ; à l'arrière-plan la tour rectangulaire sud-ouest.Moriez. Vue générale du Vieux Château depuis le sud-est. Au premier plan la tour ronde sud-est ; à l'arrière-plan la tour rectangulaire sud-ouest.

Castellet-lès-Sausses. Château de Gueydan. Elévation est.Castellet-lès-Sausses. Château de Gueydan. Elévation est. Soleilhas. Vue de l'élévation sud du château.Soleilhas. Vue de l'élévation sud du château.

Vue générale de la façade sud du château de La Palud-sur-Verdon, actuellement mairie, depuis le sud-ouest.Vue générale de la façade sud du château de La Palud-sur-Verdon, actuellement mairie, depuis le sud-ouest.

II.   Analyse de la demeure seigneuriale : caractéristiques historiques, morphologiques, fonctionnelles et symboliques

1.  Implantation

On remarquera en premier lieu que la position dominante, sur une éminence ou un promontoire faisant belvédère, résiste longtemps au déperchement qui met fin à l'organisation du bourg castral médiéval, car elle perpétue la visibilité du seigneur à travers sa demeure. Les demeures seigneuriales sont implantées principalement en village ou dans des écarts, qui parfois étaient d’anciens chefs-lieux ayant perdu leur statut administratif au fil des fusions communales (château d’Eoulx, REF=IA04003150 ; château de Villevieille, REF=IA04001745 ; château de Montblanc, REF=IA04001761 ; château de Chasteuil, REF=IA04000929) : 17 occurrences sur les 21 repérées, soit plus de 80% du corpus. Or, comme le rappelle André de Réparaz, « l’éclatement du village et la tendance à la dispersion en écarts […], après s’être développée probablement surtout au début du 17e siècle, s’accentue » ensuite, à partir de la fin de l’Ancien Régime[13]. L’écart constitue bien une forme agglomérée, disposant de ses propres services[14]. Cela signifie en retour qu’une petite minorité de demeures seigneuriales (un peu moins de 20%) sont situées en contexte isolé. Reste que cet isolement doit être tempéré par le fait qu’il s’avère souvent relatif : le château de Tartonne au lieu-dit Maladrech (REF=IA04000727) n’est situé qu’à environ 500 mètres à vol d’oiseau du village (Plan de Chaude) ; celui de Clumanc domine le fond de la vallée de l’Asse de Clumanc, commune dépourvue de chef-lieu (REF=IA04000341). Par ailleurs, tant ce dernier que le château de Maireste à La Palud-sur-Verdon (REF=IA04002597) ont été érigés à proximité de l’ancien bourg castral. En outre, avant de revenir entre les mains de la famille Demandolx-La Palud, la seigneurie de Maireste était distincte de celle-ci, ce qui explique que deux châteaux (en l’état) nous soient parvenus sur la même commune. L’édifice dans le village appartenait à la troisième branche de la famille Demandolx depuis le 16e siècle. Si à Moriez on dénombre deux châteaux, c’est qu’ils appartenaient à la même famille et que le château Neuf a tardivement remplacé le Vieux Château (REF=IA04001544 et IA04001545).

Saint-André-les-Alpes. Château de Méouilles. L'édifice, situé au sommet d'une colline dominant le Verdon, occupe un écart aujourd'hui ruiné qui lui donne l'apparence d'être isolé.Saint-André-les-Alpes. Château de Méouilles. L'édifice, situé au sommet d'une colline dominant le Verdon, occupe un écart aujourd'hui ruiné qui lui donne l'apparence d'être isolé.

Castellane. L'écart d'Eoulx avec le château dont la masse imposante se détache, depuis le sud-ouest.Castellane. L'écart d'Eoulx avec le château dont la masse imposante se détache, depuis le sud-ouest.

Moriez. Au sein du village, les deux châteaux, Vieux et Neuf, forment des masses identifiables de loin.Moriez. Au sein du village, les deux châteaux, Vieux et Neuf, forment des masses identifiables de loin.

Finalement, seul le château de Verdon (REF= IA04000270) apparaît véritablement isolé, mais la date de sa construction dans le dernier quart du 18e siècle, ainsi que son plan et son organisation d’ensemble désignent une demeure d’agrément retirée davantage qu’un lieu de monstration publique du pouvoir. L’ancien château situé à Ville, une fois délaissé par son propriétaire, le marquis de Demandolx, a d’ailleurs servi de carrière de pierre pour la construction d’un édifice érigé dans un nouvel état d’esprit, près de la rivière Verdon, dépourvu des éléments architecturaux qui signalent symboliquement plus que pratiquement la demeure du seigneur. Avec cet exemple, on est donc dans un cas-limite, en marge du corpus retenu. Mais il a son intérêt puisqu’il témoigne comme nous l’évoquions plus haut d’un glissement à plusieurs titres. Du site de Ville, où le château avait peu à peu, depuis le 16e siècle et au fil de ses évolutions et agrandissements successifs, gommé au moins partiellement son caractère défensif, à celui du Château en léger contrehaut du Verdon, ainsi nommé spécifiquement parce qu’un nouvel édifice venait y prendre place ex nihilo, l’édifice s’est mué en résidence moderne dont l’état avant ennoiement illustrait d’ailleurs surtout des améliorations et embellissements postérieurs à la Révolution française (début 19e siècle). La noblesse faisait alors profil bas ou, à l’inverse, projetait sur le présent une nostalgie de puissance qui se traduisait par un revival néo-médiéval à défaut d’être incarnée sur le plan militaire ou politique. D’où, d’après des documents figurés anciens, dont l’interprétation reste sujette à caution puisque le château a disparu, quelques adjonctions greffées sur une bâtisse imposante aux façades régulières, de nature à raviver une époque révolue (voir ci-dessous), d’une part, et la préoccupation de s’inscrire dans un site permettant le déploiement d’agréments plus développés dans un espace moins contraint et davantage accessible.

 

2.  Historique

a.  État des lieux

D’une manière générale, il convient de tenir compte des réaménagements ou réaffectations quelquefois profonds qui ont pu modifier et même altérer le parti initial, y compris lors d’interventions récentes. Ces opérations vont de la destruction pure et simple (château de Verdon) à la quasi conservation de l’intégrité de l’édifice (plus rare), en passant par des états intermédiaires dans lesquels la distribution a souvent autant sinon davantage évolué que l’enveloppe. Citons le cas de Thorame-Basse, où l’intérieur du château des Jassaud actuellement mairie a été entièrement remanié quand l’extérieur a relativement peu bougé hormis l’ajout d’une entrée sous auvent en façade ouest (REF=IA04002960). Si les cas diffèrent, la recension du château de Soleilhas, en définitive, s’avère transposable : « La façade nord, encore lisible dans les années 1980, a perdu toutes ses baies. Seule demeure la façade sud, amputée d'une partie de son niveau supérieur et défigurée par des repercements et l'adjonction à l'angle ouest d'un massif contrefort. Les divisions intérieures ont totalement disparu, à l'exception d'une pièce du rez-de-chaussée surélevé.[15]» Certains châteaux ont été réaffectés – outre les redécoupages liés aux allotissements découlant des ventes révolutionnaires – à des fonctions diverses y compris publiques : le deuxième étage du château d’Eoulx a ainsi accueilli un moment l’école communale à partir de 1904, celui de La Palud-sur-Verdon et de Thorame-Basse sont devenus chacun une mairie – le premier abritant aussi d’autres institutions, de nature culturelle : l'Office du Tourisme, le musée de la Maison des Gorges et la bibliothèque. Le château de Saint-André-les-Alpes, vendu peu avant la Révolution, a été immédiatement reconverti en hôtel de voyageurs, avec les remaniements profonds afférents. Celui de Méouilles, après de grands travaux, abrite désormais un gîte depuis le début de ce siècle. Pour certains autres, leur déshérence puis leur abandon en tant qu’habitation ont eu des effets divers quoique toujours néfastes sur le plan de leur conservation. Quelques-uns ont subi la ruine (châteaux de Ville, de Maireste) ; dans quelques autres, le bouleversement des usages courants pour en entraîner de nouveaux, dont le principal est l’usage agricole strict ou partiel, ne fut pas sans effet négatif sur la conservation de l’édifice lui-même (Sausses, Tartonne). À l’inverse, plusieurs châteaux ont été relativement préservés au gré des évolutions successives (châteaux d’Autane, de Castellet-Saint-Cassien, de Villevieille ou de Norante). Celui de Clumanc, inhabité depuis longtemps et très fortement dégradé, a toutefois bénéficié de la restauration très partielle de l’existant afin d’en éviter la destruction pleine et entière. Le château de Verdon fut pour sa part ennoyé lors de la mise en eau du barrage de Castillon en 1949. Ne restent plus que les sources anciennes, descriptions et illustrations, telle cette carte postale ancienne ci-dessous, qui en fournit un état autour de 1940, pour se le représenter de manière imparfaite car incomplète.

La Palud-sur-Verdon. Château de Maireste. Vue d'ensemble depuis le sud.La Palud-sur-Verdon. Château de Maireste. Vue d'ensemble depuis le sud. [Portail d'entrée et façade ouest du château de Verdon.][Portail d'entrée et façade ouest du château de Verdon.]

Les châteaux du corpus s’inscrivent tous ou presque dans la période historique correspondant aux temps modernes (milieu 15e – fin 18e siècle). Trois sont à l’origine plus anciens, mais ont de toute manière fortement évolué ensuite. Il s’agit de l’ancien château de Demandolx à Ville (REF=IA04000176), érigé dès le 14e siècle, et des deux châteaux de La Palud-sur-Verdon, celui de Maireste (REF=IA04002597) et du village (REF=IA04002518), le premier présentant des restes 15e, la construction du second ayant été entreprise à la limite des 14e – 15e siècles. Pour chacun des trois toutefois, plusieurs phases d’aménagements tels que des agrandissements se sont succédé dans le temps, si bien que l’état dans lequel ils nous sont parvenus témoigne d’interventions largement « modernes » au sens de la périodisation historique.

Pour les autres éléments du corpus, les 17e et 18e siècles prédominent : on dénombre dix châteaux construits entre le 17e siècle et durant le siècle suivant, et trois durant la deuxième moitié de ce même 18e siècle, c’est-à-dire à l’extrême fin de l’Ancien Régime (Demandolx [château de Verdon], Moriez [château dit Château Neuf], Saint-André-les-Alpes [Château puis hôtel de voyageurs, REF=IA04002564]). Par construction, on entend bien création et non modification plus ou moins profonde d’un château préexistant. Dans le lot, il convient cependant de préciser que deux d’entre eux se substituent, sur un emplacement différent, à un édifice devenu vétuste et caduque : à Moriez, où dans le village même le Château Neuf remplace le Vieux Château, l’ancienne structure restant debout, ainsi qu’à Demandolx, où le château historique de Ville sert de carrière à l’édification du château de Verdon plus bas dans la plaine[16]. Dans les deux cas, l’opération se déroule dans le dernier quart du 18e siècle.

b.  Familles seigneuriales

La répartition relativement homogène des châteaux repérés sur le territoire s’accompagne d’un réseau nobiliaire d’apparentement parfois complexe auquel se mêle des modes d’existence très proches, y compris sur le plan social. L’historien Frédéric d’Agay a en effet identifié et mis en évidence la présence, au sein de la noblesse haut-provençale, une inclination pour les métiers de la marine, et l’origine géographique des officiers de ce corps de l’armée qui lui a permis d’ « inventer une région qui ne correspond ni à une cité ni à une limite administrative ou historique de l’ancienne Provence : la vallée du Verdon »[17]. On notera que l’emprise géographique ici caractérisée correspond pour partie à l’emplacement des châteaux retenus dans le corpus. On y retrouve les familles de vieille extraction d’origine chevaleresque, certaines parfois moins anciennes mais assimilées qui durent lutter pour se faire une place face à la noblesse de robe dominante et occupant les charges les plus convoitées : ce sont entre autres les Castellane à Norante, les Demandolx à Demandolx et La Palud, les Chaylan à Moriez et Lambruisse, les Sabran mais surtout les Glandevès à Montblanc (Val-de-Chalvagne), au Castellet (Castellet-Saint-Cassien) et à Entrevaux, les Durand à Annot, les Raimondis et les Richery à Allons ou encore les Raymond à Eoulx. Leurs représentants, appauvris et repliés dans leurs fiefs isolés, se tournèrent dès le 17e siècle vers le corps d’officiers de galères puis d’officiers des vaisseaux afin de redonner un peu de lustre et de considération à leurs lignées, ces charges apportant les pensions parmi les plus élevées dans la carrière militaire. Frédéric d’Agay décrit brièvement le mode d’existence de ces familles alors désargentées, vivant « dans des châteaux dont aucun n’a d’éclat ou de réelle importance. On connaît le mot célèbre de Madame de Demandolx, nièce du cardinal de Forbin-Janson qui, arrivée à Demandolx, forteresse de pierre au sommet d’une montagne dominant le Verdon (à Ville, REF=IA04000176), au nord de Castellane, écrivait à sa famille : “Me voilà casée de manière à voir les aigles sur le dos”… [18]» On comprend dès lors mieux le démantèlement organisé de l’ancien château pour en édifier un autre plus conforme aux besoins nouveaux de l’époque, à la veille de la Révolution.

Demandolx. Le site de Ville avec le château. Vue aérienne prise du sud-est.Demandolx. Le site de Ville avec le château. Vue aérienne prise du sud-est.

On comprend mieux aussi la présence de graffiti dans les combles de certains de ces châteaux, mettant en scène des navires de différentes natures, tant à Castellet-Saint-Cassien que dans une dépendance du château d’Eoulx, reflets manifestes des activités militaires des nobles propriétaires. Quelques dessins témoignent d’une connaissance directe, d’autres relèvent davantage d’une description générique. C’est, à Castellet-Saint-Cassien, un vaisseau à trois mâts et trois ponts armé de nombreux canons, illustration maladroite mêlant vue de profil et de trois-quarts, afin de mettre en évidence d’une part les suites d’artillerie distribuées de la proue à la poupe et d’autre part, à la poupe, les cabines où logeaient capitaine et officiers[19]. Au Grand Rayaup (REF=IA04000943, dépendance du château d’Eoulx), maladroitement gravé dans le plâtre, c’est un bateau stylisé à deux voiles impossible à identifier, qui tient autant de la felouque que de la galère. De telles images, précieuses, permettent de relier, même de façon indirecte, les lieux avec la propriété en question. Seul le contexte historique spécifique des familles considérées explique leur présence qui semblerait sinon incongrue. Inversement, ce type de graffiti donne concrètement à voir, quoique de façon modeste et discrète – par le type de médium utilisé (la mine de charbon ou l’incision) et les emplacements qui les accueillent – une part de l’histoire sociale centrée sur une catégorie de la population locale, les aristocrates de la vallée du Verdon.

 Val-de-Chalvagne. Combles du château de Castellet-Saint-Cassien avec un graffiti de navire doté de trois ponts de canons.Val-de-Chalvagne. Combles du château de Castellet-Saint-Cassien avec un graffiti de navire doté de trois ponts de canons.

Castellane. Ferme du grand Rayaup dépendant du château d'Eoulx. Etage de soubassement, cuisine. Graffiti gravé d'un bateau à deux voiles.Castellane. Ferme du grand Rayaup dépendant du château d'Eoulx. Etage de soubassement, cuisine. Graffiti gravé d'un bateau à deux voiles.

3.  Les marqueurs du château sur le territoire d’étude

Beaucoup des châteaux « anciens » furent l’objet de réaménagements pour moderniser l’existant sur le plan du confort et des agrandissements nécessaires, à défaut de se mettre au goût du jour. Dans les faits, plusieurs éléments marquent l’appartenance d’un édifice à la famille du château au sens de demeure du seigneur, qui joue à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de ce dernier. Ainsi que le rappelle Alain Salamagne, « La désignation renvoie […] à la double réalité de la demeure noble, sa fonction résidentielle (domus) et militaire (fortis, fortalicium, fortericia, etc.) »[20]. Cette double réalité conjugue deux aspects fondamentaux de la monstration et donc de la perception du pouvoir, que le médiéviste Frans Doperé nomme les notions de hauteur et d’opulence[21]. Ainsi le volume, la mise en œuvre, mais aussi la présence de marqueurs architecturaux symboliques comme la tour de même que le soin parfois apporté au décor intérieur constituent-ils à des degrés divers des signes de la qualité du propriétaire.

a.  La tour : de la défense à l’apparence

Dans le château hérité de la période médiévale, la tour agit comme un signal identificatoire de la qualité du propriétaire entendu comme privilège réservé à l’élite seigneuriale, sous le double aspect défensif et symbolique. Si dans le village le clocher de l’église désigne immédiatement le pouvoir clérical, la tour du château, tout aussi visible ou presque, désigne à identique une autre forme de pouvoir, féodal celui-là, l’architecture se chargeant de prolonger un état de fait révolu après la Révolution française. A l'exclusion du château de Montblanc ruiné et pour lequel on ne dispose pas d'information sur ce point, 13 d’entre eux soit près des deux tiers du corpus sont dotés d’une ou de plusieurs tours, d’un succédané ou d’un élément à valeur de synecdoque se référant à la qualité défensive de l’édifice : pavillons d’angle à Clumanc (REF=IA04000341), échauguettes à Soleilhas (REF=IA04000190). Les combinaisons demeurent possibles. Ainsi la tour forte du château de Verdon dispose-t-elle à ses angles d’échauguettes, mais dans ce cas précis la visualisation de l’édifice aujourd’hui détruit est sujette à caution car les deux aquarelles d’artiste qui la représentent, bien qu’anciennes (1864, voir une reproduction ci-dessous), offrent une interprétation romantique insistant lourdement sur une lecture médiévale qui paraît s’opposer au seul document figuré fiable (une carte postale datée des années 1940 reproduite plus haut en II/2/a) : la tour forte, coiffée d'un toit d'ardoises, en pavillon très pentu, et percée d’ouvertures en ogive, est absente de l’épreuve en noir et blanc. En l’état, la circonspection s’impose donc[22]. À Moriez, au Château Neuf, constitué à l’origine de deux corps de bâtiments dont un en retrait appelé « tour quarrée » dans les procès-verbaux d’estimation des biens nationaux, il ne saurait s’agir d’un élément défensif mais d’une construction dominant les constructions alentour, qui plus est construite sur les hauteurs du village, par conséquent remarquable de loin.

[Vue du château de Verdon depuis la terrasse sud.][Vue du château de Verdon depuis la terrasse sud.] Tartonne. Château de Maladrech. Tour-sud-ouest, 2e niveau. Meurtrière de fusillade.Tartonne. Château de Maladrech. Tour-sud-ouest, 2e niveau. Meurtrière de fusillade.

Val-de-Chalvagne. Château de Castellet-Saint-Cassien. Détail du culot de l'échauguette à l'angle sud-est.Val-de-Chalvagne. Château de Castellet-Saint-Cassien. Détail du culot de l'échauguette à l'angle sud-est.

La tour prévaut donc. Et en premier lieu, la tour à vocation défensive, héritée de la période médiévale, dont il est encore possible d’observer ponctuellement les traces, comme à Tartonne où les tours cornières engagées sont percées de meurtrières de fusillade, à Villevieille, ou à Castellet-Saint-Cassien où elles sont percées de canonnières étroites, aujourd'hui murées, disposées en quinconce afin d’éviter les angles morts. Les châteaux les plus anciens disposaient de tours ou d’éléments défensifs mais l’on note que les évolutions plus récentes ou les constructions plus tardives ont conservé ce trait architectural, dont il est pertinent toutefois d’interroger le caractère strictement ou prioritairement défensif[23]. C’est notamment le cas des deux châteaux situés à La Palud-sur-Verdon. Celui de Maireste, vraisemblablement édifié à partir de la fin du 16e siècle avec une tour orientale à l’angle sud-est, s’est vu adjoindre une seconde tour, accolée à l’angle sud-est cette fois, selon toute probabilité dans la deuxième moitié du siècle suivant. Celui du village a lui aussi été l’objet de plusieurs campagnes de construction. Au premier château datant de la fin du 14e ou du début du 15e siècle a été adjoint une extension à la fin du troisième quart du 16e siècle comprenant la tour nord-est et vraisemblablement la tour sud-est. Ce n’est que dans la deuxième moitié du 18e siècle que l’édifice prend sa forme définitive et double sa surface par des travaux vers l’ouest et le sud, chaque façade recevant une tour cornière aux angles sud-ouest et nord-ouest. À cette date cependant et avec les progrès de l’artillerie, il n’était plus question d’envisager la tour comme un élément dissuasif efficace. Certes, la carte dressée de Moriez par l’ingénieur militaire Jean Bourcet de La Saigne entre 1764 et 1769 fait distinctement apparaître, en ce qui concerne le Vieux Château (REF=IA04001545) un plan de masse révélant un corps de bâtiment carré avec, à chaque angle, une tour ronde, auquel s’ajoute sur deux de ses côtés une muraille ponctuée de trois tours. L'imprécision du dessin à cette échelle ne permet pas de déterminer la forme de ces différentes tours. Il paraît raisonnable de penser que cette disposition dûment figurée témoigne d’un état ancien déjà alors, modifié sans doute au tournant du 19e siècle, car le plan du cadastre de 1838 ne mentionne plus qu’un bâti pourvu de deux tours, l’une quadrangulaire à l'angle sud-ouest, l’autre ronde à l'angle sud-est (voir illustration ci-dessus)[24].

Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. [Détail de la feuille 195-22 : village de Moriez, avec les quatre tours d'angle du Vieux Château, par ailleurs protégé par une muraille ponctuée de trois tours].Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. [Détail de la feuille 195-22 : village de Moriez, avec les quatre tours d'angle du Vieux Château, par ailleurs protégé par une muraille ponctuée de trois tours].

Cette « nouvelle » configuration donne au Vieux Château un plan que l’on retrouve à plusieurs reprises sur le territoire d’enquête : celui du château avec façade principale flanquée de deux tours cornières, majoritairement au sud[25]. Ainsi à Val-de-Chalvagne (REF=IA04002111), à La Palud-sur-Verdon (REF=IA04002597), à Castellet-lès-Sausses (REF=IA04000443) ou encore à Eoulx (Castellane, REF=IA04003150). Le bâtiment sud du château de Maladrech (qui en compte deux et qui ne correspond pas au corps de logis proprement dit) était lui aussi cantonné par deux tours cornières. On relèvera que le plan de Bourcet de la Saigne présentant le Vieux Château sous la configuration « ancienne » d’un plan régulier carré doté de quatre tours d’angle propose une autre typologie générale dont le château de La Palud-sur-Verdon (REF=IA04002518) et celui de Clumanc (REF=IA04000341) constituent des exemples complémentaires, même si dans ce dernier cas le parti du logis cantonné de pavillons d’angle rectangulaires s’écarte du schéma local plus fréquent à tours rondes. Il est notable en effet que la plupart des tours rencontrées sur le terrain d’enquête affectent une forme circulaire. La forme carrée, quadrangulaire ou irrégulière à plusieurs pans y demeure exceptionnelle. Lorsque cette variété concerne le même édifice, comme au Vieux Château, il est aisé de conjecturer des périodes de construction différentes. Lorsque l’homogénéité apparaît patente dans le sens d’un écart par rapport à la norme, comme à Clumanc, il convient d’y voir un choix qui s’éloigne des considérations défensives accompagnant le château médiéval, même si elles ne sont pas totalement occultées[26]. D’un autre côté, la tour quadrangulaire, dans l’architecture savante, apparaît dès le 16e siècle comme un marqueur de la modernité et de l’esthétique renaissante nouvelle alors, comme le rappelle Laurent Vissière[27]. Le château de Clumanc, propriété des Périer, seigneurs majeurs des lieux, pourrait s’en faire l’écho pour le 17e siècle, avec le recul chronologique coutumier à une réalisation éloignée des foyers de création principaux. 

Val-de-Chalvagne. Château de Castellet-Saint-Cassien. Plan du rez-de-chaussée.Val-de-Chalvagne. Château de Castellet-Saint-Cassien. Plan du rez-de-chaussée. La Palud-sur-Verdon. Château de Maireste. Plan-masse.La Palud-sur-Verdon. Château de Maireste. Plan-masse.

La Palud-sur-Verdon. Château. Plan du rez-de-chaussée.La Palud-sur-Verdon. Château. Plan du rez-de-chaussée. Clumanc. Château. Vue d'ensemble depuis le sud avec les pavillons d'angle.Clumanc. Château. Vue d'ensemble depuis le sud avec les pavillons d'angle.

La puissance symbolique de la tour dans le système de représentation sociale à la fin de l’Ancien Régime peut être confirmée et mise en exergue dans un cas au moins où il semble avéré qu’il intervient dans le cadre d’un aménagement du bâtiment principal, à Eoulx (REF=IA04003150). Là, les deux tours rondes cornières flanquant les angles ouest et est de la façade principale orientée au sud constituent un ajout presque certain à la structure préexistante, quand bien même elles auraient été rapidement mises en oeuvre consécutivement à l'édification du bâtiment initial : elles viennent « mordre » sur les encadrements en pierre de taille des deux remises extrêmes à l’étage de soubassement - une "imperfection" à laquelle échappe par exemple le château de La Palud-sur-Verdon, dont les phases de construction ont d'emblée intégré la question de l'articulation. En outre, un élargissement postérieur symétrique du bâtiment sur les côtés ouest et est vient effacer l’excroissance circulaire des tours, qui apparaissent presque en l’état comme le prolongement concave de ceux-ci en façade, n’était visible le collage avec chaîne d’angle en pierre de taille : elles perdent leur nature engagée mais restent bien visibles en façade sud, c’est-à-dire de front, d’autant plus que le château, installé sur un replat aménagé en terrasse, domine le fond de vallée. Le seigneur se met en valeur, mais l’architecture a désormais surtout valeur d’emblème au sens étymologique du terme.

Castellane. Château d'Eoulx. Tour cornière sud-ouest ajoutée au corps de logis préexistant (dont la chaîne d'angle reste apparente malgré le collage).Castellane. Château d'Eoulx. Tour cornière sud-ouest ajoutée au corps de logis préexistant (dont la chaîne d'angle reste apparente malgré le collage).

De manière éloquente, la tour dans les édifices de ce corpus s’apparente donc à une figure de style, un argument rhétorique identifiant d’abord on l’a dit la qualité du propriétaire. Si son rôle militaire a en partie résisté (voir plus haut), un autre de ses usages fonctionnels d’origine, celui d’accueillir en son sein un escalier de distribution tournant et principalement en vis, a lui quasi disparu. Le château de Villevieille, celui du Vieux Château à Moriez (escalier en vis dans la tour ronde pour les deux, auquel s’ajoute un escalier tournant à retour dans la tour rectangulaire pour le second) et celui de Castellet-Saint-Cassien (escalier en vis avec jour, REF=IM04002544) doivent à ce titre être considérés comme des exceptions. Sinon, les escaliers dans-œuvre sont intégrés au bâtiment lui-même, la tour abritant des pièces de logis et de service. L’escalier de distribution est pour sa part essentiellement en position centrale (Allons, Villevieille, Maireste, La Palud-sur-Verdon, Castellet-Saint-Cassien, Clumanc, Norante, Soleilhas), la position excentrée demeure occasionnelle (Tartonne). Dès lors, on perçoit bien l’enjeu de la tour, dont l’importance résiste jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, même si à partir de la fin du 17e siècle plusieurs châteaux locaux en font l’économie, suivant en cela une tendance générale au-delà du territoire (Allons, Chasteuil, Norante, Sausses, Soleilhas). S’agissant d’Eoulx (REF=IA04003150), la chronologie même approximative de l’édification du château au tournant du 18e siècle montre que les tours s’apparentent à un marqueur de la noblesse, elles exposent un acte militant de résistance autant que l’affirmation aux yeux de tous d’un pouvoir dont on comprend qu’il tend inéluctablement à se précariser. La sensation de déclassement social au sein même de l’aristocratie, ce que l’historienne Valérie Pietri a qualifié de « dérogeance nobiliaire », n’y est peut-être pas étrangère[28]. Cependant et pour nuancer immédiatement le propos, dans le cas précis d'Eoulx, le seigneur des lieux, appartenant à une famille de la noblesse parlementaire aixoise, les Raymondis, était au fait des modes, et il convient sans doute de ne pas surévaluer l'importance de ce dernier point de l'argumentation.

Val-de-Chalvagne. Château de Villevieille. Plan de l'étage de soubassement avec l'escalier en vis dans la tour demi hors-oeuvre.Val-de-Chalvagne. Château de Villevieille. Plan de l'étage de soubassement avec l'escalier en vis dans la tour demi hors-oeuvre.

b.  Mise en œuvre et distribution

On a déjà relevé une forme d’organisation récurrente : le château à plan rectangulaire cantonné de deux tours en façade principale, au moins dans une configuration ancienne et avant aménagements successifs qui ont souvent conduit à modifier l’existant quitte parfois à perdre la configuration initiale, y compris dans la distribution intérieure comme au Vieux Château de Moriez. Au bout du compte, la plupart des édifices du corpus ont évolué au fil du temps. Les changements n’entraînent pas nécessairement une rupture dans la régularité de l’ensemble le cas échéant. Ils peuvent même contribuer à la renforcer voire la créer. À La Palud-sur-Verdon, les travaux opérés sur le château dans la deuxième moitié du 18e siècle afin d’en doubler la superficie permettent de dessiner un édifice de plan trapézoïdal proche du carré cantonné de quatre tours d’angle avec un traitement de l'avant-toit en génoise filante périmétrique pour donner davantage de continuité et renforcer l'unité apparente de l'enveloppe. Le Vieux Château de Moriez, sur la carte dressée par Bourcet de la Saigne, présentait un type de plan similaire. Celui de Clumanc offre pour sa part un exemple de symétrie parfaite, les tours étant remplacées par des pavillons rectangulaires plus imposants. Au château de Villevieille la tour unique n’occupe pas l’un des angles du corps de logis, mais son centre, évitant grâce à son axialité de déséquilibrer l’ensemble. Les châteaux dépourvus de tour comme à Chasteuil, Chaudon-Norante, Sausses ou à Château Neuf (Moriez) peuvent présenter également un plan massé régulier de forme rectangulaire caractéristique du 18e siècle, sous un toit à longs pans, avec croupes pour les trois premiers. Le château d’Autane à Allons joue quant à lui sur la symétrie parfaite d’un corps de logis principal à cinq travées flanqué symétriquement de deux bâtiments moins élevés à trois travées, chacun recevant un toit à longs pans. La forme du toit constitue un signe supplémentaire de la qualité de l’édifice considéré : les toits à longs pans et à croupes (à Castellet-Saint-Cassien, Clumanc, Eoulx, Méouilles, Soleilhas, Tartonne, Thorame-Basse et Verdon en plus des trois nommés ci-dessus) ainsi que, plus éloquents encore, les toits en pavillon (Vieux Château à Moriez et château de La Palud-sur-Verdon) sont très majoritaires en nombre dans le corpus (les deux-tiers) et tous les cas encore debout, sauf exception liée à une restauration récente, sont couverts de tuile creuse[29].

Allons. Château d'Autane. Vue d'ensemble prise du nord-ouest avec le corps central flanqué symétriquement de deux bâtiments moins élevés. Allons. Château d'Autane. Vue d'ensemble prise du nord-ouest avec le corps central flanqué symétriquement de deux bâtiments moins élevés.

La qualité des matériaux de construction, hormis la pierre de taille occasionnelle en chaîne d’angle et l’encadrement des ouvertures, reste secondaire[30]. C’est bien davantage l’ordonnancement des percements ou, à défaut et surtout, la régularité des travées qui confère à l’enveloppe une certaine harmonie et partant souligne la qualité du propriétaire. La plupart des châteaux s’inscrivent donc dans cette préoccupation de l’alignement voire de l'ordonnancement à travées, même si elle n’est pas toujours respectée, n’en suivant que ponctuellement le principe. Ainsi la disposition des baies trahit-elle à plusieurs reprises une irrégularité certaine, dont l’origine réside parfois dans les aménagements progressifs de l’édifice, révélant autant d’états historiques distincts n’ayant pu pour une raison ou pour une autre être harmonisés. Ces façades différenciées forment ainsi une sorte de chronologie du bâti. Au château de La Palud-sur-Verdon, seules les façades sud et ouest présentent un profil ordonnancé avec porte centrale et cinq niveaux comprenant chacun cinq travées, le dernier niveau étant rythmé par des baies moins hautes. En revanche, les deux autres façades témoignent de leur antériorité, alors que le souci de la régularité classique n’était pas encore de mise. L’élévation orientale, partiellement repercée, atteste une recherche d’ordre avortée : l’habillage 18e siècle n’aura pas abouti totalement.

La Palud-sur-Verdon. Château. Vue d'ensemble des façades nord et est, depuis le nord-est. On remarque l'irrégularité des percements.La Palud-sur-Verdon. Château. Vue d'ensemble des façades nord et est, depuis le nord-est. On remarque l'irrégularité des percements.

Caractéristique de cette époque sans être omniprésent, le cintrage des ouvertures, que l’on retrouve à Eoulx, au château de la famille Raymond, à Thorame-Basse, dans la demeure des Jassaud de Thorame, à Saint-André-les-Alpes, au château du dernier co-seigneur local, Jean-François de Calvi, transformé en hôtel de voyageurs, ainsi qu'au château de Verdon, chez une autre branche de la famille de Demandolx. Dans les deux derniers cas de figure, la construction très rapide assure une harmonie stylistique évidente, qui ne repose pas sur une mise au goût du jour de l’existant. Une logique similaire semble-t-il est à l’œuvre à Castellet-lès-Sausses[31], ou à Eoulx, quand bien même le château résulte de plusieurs campagnes de construction durant le 18e siècle. À Chaudon-Norante, également construit sur une durée réduite, au 18e siècle lui aussi, la régularité repose en partie sur un subterfuge, puisqu’elle recourt au trompe l’œil afin de respecter facticement l’alignement à travées sur les trois niveaux (élévations est et nord). Au château de Sausses, le principe est le même (élévation ouest), mais une intervention postérieure à l’Ancien Régime n’est pas à exclure, pour l’un comme pour l’autre. Le château de Verdon à Demandolx propose un plan en L auquel la mise en œuvre harmonisée (travées ordonnancées, chaîne d’angle à bossage, cordons [voir ci-dessous]) apporte toutefois une grande homogénéité.

Thorame-Basse. Château. Vue cavalière depuis le nord-ouest (état en 1976 avant rénovation). Les ouvertures sont cintrées.Thorame-Basse. Château. Vue cavalière depuis le nord-ouest (état en 1976 avant rénovation). Les ouvertures sont cintrées.

[Carte postale] L'ancien château devenu Grand Hôtel du Parc, depuis le sud-est.[Carte postale] L'ancien château devenu Grand Hôtel du Parc, depuis le sud-est.

Chaudon-Norante. Château. Elévation est, angle nord-est : fausse travée de fenêtres en trompe l'oeil aux deux étages carrés.Chaudon-Norante. Château. Elévation est, angle nord-est : fausse travée de fenêtres en trompe l'oeil aux deux étages carrés.

On soulignera que les fenêtres à meneaux, finalement assez fréquentes parmi les châteaux du corpus, la plupart du temps sous forme de vestige, ne désignent pas forcément une période de construction remontant à la fin du Moyen Âge, puisque le château de Soleilhas, construit dans la seconde moitié du 17e siècle, en est pourvu. En revanche, il s’agit d’un archaïsme à cette date.

Les questions de distribution ne sauraient être longuement discutées dans la mesure où les intérieurs ont souvent fait l’objet de modifications et en fonction de l’espace disponible. Elles varient donc d’un édifice à l’autre, à plus forte raison selon l’emprise au sol disponible. Les escaliers sont tournants, à retour la plupart du temps, rarement en vis (voir plus haut). À La Palud-sur-Verdon, les dimensions importantes du château ont permis d’organiser la distribution générale autour d’un escalier central. Ailleurs la centralité peut exister, comme à Castellet-Saint-Cassien ou à Soleilhas, mais doit se limiter au front de parcelle car l’édifice est moins profond. A Eoulx (REF=IA04003150), sur une emprise bâtie importante de forme carrée, il est décalé vers le fond de parcelle : un vestibule permet d'y accéder depuis la façade principale, alors que l'entrée secondaire en façade postérieure ouvre directement sur la cage. Si les parties basses comprennent des pièces voûtées dévolues notamment au stockage des denrées alimentaires (resserres), à quelque fonction agricole (remise ou étable) à moins de dépendances idoines à proximité, ou correspondent encore à des espaces de distribution voûtés d’arêtes (Villevieille, Castellet-Saint-Cassien, La Palud-sur-Verdon), les étages d’habitation sont plafonnés à poutres et solives, avec quelques exemples de plafonds à la française, comme à Maladrech, Soleilhas et Villevieille. On trouve aussi, moins fréquemment, des pièces de logis dès le premier niveau (Norante), y compris lorsque le bâtiment, inscrit dans la pente, comprend un étage de soubassement (Villevieille encore, Maireste). Trois édifices au moins (châteaux de Verdon, de Soleilhas et de Tartonne) disposent d’une chapelle au sein même du château.

Castellane. Château d'Eoulx. Escalier tournant à retour rampe-sur-rampe.Castellane. Château d'Eoulx. Escalier tournant à retour rampe-sur-rampe.

Val-de-Chalvagne. Château de Castellet-Saint-Cassien. Vue générale de l'escalier de distribution intérieur en vis à noyau central creux, au rez-de-chaussée.Val-de-Chalvagne. Château de Castellet-Saint-Cassien. Vue générale de l'escalier de distribution intérieur en vis à noyau central creux, au rez-de-chaussée.

La Palud-sur-Verdon. Château. Vue générale intérieure : une voûte d'arêtes couvre la pièce en rez-de-chaussée de tour.La Palud-sur-Verdon. Château. Vue générale intérieure : une voûte d'arêtes couvre la pièce en rez-de-chaussée de tour.

Val-de-Chalvagne. Château de Villevieille. Etage carré du logis, pièce principale. Plafond avec poutres et baguettes moulurées.Val-de-Chalvagne. Château de Villevieille. Etage carré du logis, pièce principale. Plafond avec poutres et baguettes moulurées.

c.  Le décor

Les extérieurs

À l’extérieur, le décor reste sobre. Encadrement des portes et des baies, auxquels se greffe, à l’occasion, quelques éléments de modénature très simples. Les deux entrées les plus élaborées prennent place l'une en façade ouest du château de La Palud-sur-Verdon (REF=IA04002518), l'autre en façade principale méridionale du château d’Eoulx (REF=IA04003150); elles n'en demeurent pas moins discrètement élégantes, sans verser dans l'apparat : pilastres latéraux supportant un entablement toscan avec architrave, frise et corniche, la frise étant rythmée par trois ressauts discrets dont un central s’apparentant à une clef de plate-bande et deux latéraux supportés par le chapiteau des deux pilastres extrêmes, à Eoulx. A La Palud, le principe reste le même, mais la forme cintrée de l'ouverture commande une corniche à arc bombé, quand la clef de voûte de la frise est taillée en pointe de diamant. Rien de plus. Certaines élévations sont soulignées par des encadrements feints : baies et bandeau horizontal sous l’avant-toit traité la plupart du temps à deux (châteaux d’Autane, Castellet-Saint-Cassien, Sausses, Vieux Château…) voire trois rangs de génoise (châteaux d’Eoulx, La Palud-sur-Verdon, Tartonne, Thorame-Basse, Villevieille)[32], cordon d’appui mouluré (un à Castellet-Saint-Cassien et à Villevieille, deux à Soleilhas et au château de Verdon, et jusqu'à trois à Clumanc, mais pour les seuls pavillons d'angle). Les façades du château de Castellet-Saint-Cassien présentaient sur l’enduit lisse un décor de faux-appareil de pierre de taille restitué côté ouest, manière d’enjoliver une mise en œuvre en blocage de moellon brut bien loin de l’idée d’un appareillage noble. On trouve en outre en deux occasions les vestiges d’un cadran solaire peint, au château de Gueydan à Castellet-lès-Sausses, ainsi qu’à celui de Maladrech, à Tartonne.

Castellane. Château d'Eoulx. L'entrée en façade principale sud avec son encadrement en pierre de taille calcaire.Castellane. Château d'Eoulx. L'entrée en façade principale sud avec son encadrement en pierre de taille calcaire.

La Palud-sur-Verdon. Château. Détail de la porte d'entrée avec son encadrement en pierre de taille, façade ouest.La Palud-sur-Verdon. Château. Détail de la porte d'entrée avec son encadrement en pierre de taille, façade ouest.

Tartonne. Château de Maladrech. Corps de logis. Vue cavalière depuis le sud-ouest avec l'avant-toit traité à trois rangs de génoise filante.Tartonne. Château de Maladrech. Corps de logis. Vue cavalière depuis le sud-ouest avec l'avant-toit traité à trois rangs de génoise filante.

La Palud-sur-Verdon. Château. Détail du traitement de l'avant-toit à trois rangs de génoise filante, tour nord-ouest.La Palud-sur-Verdon. Château. Détail du traitement de l'avant-toit à trois rangs de génoise filante, tour nord-ouest.

Clumanc. Château. Pavillon nord-est. Bandeaux moulurés marquant la séparation entre les différents niveaux.Clumanc. Château. Pavillon nord-est. Bandeaux moulurés marquant la séparation entre les différents niveaux.

De surcroît, quelques édifices s’accompagnent d’embellissements spécifiques pour jouir des lieux environnants. On comptera à cet effet la terrasse-belvédère : La Palud-sur-Verdon, Clumanc, Château de Verdon (disparue), Eoulx en possèdent une ; inachevée dans le premier cas, talutée en pierre de taille au prix d’un gros effort de remblayage dans le dernier, et offrant un point de vue inégalée sur le jardin d’agrément qu’elle domine. Celui-ci a conservé quelques faibles restes de son lustre passé à Norante, à Sausses surtout dans son organisation, mais a entièrement disparu à La Palud-sur-Verdon et Château de Verdon, quand il n’est pas demeuré inachevé eu égard aux bouleversements induits par la Révolution (Eoulx). Le jardin se pare quelquefois aussi de pièces décoratives telles que la fontaine (Norante, Sausses). Pas davantage.

La Palud-sur-Verdon. Château. Vue générale de la façade sud, depuis le sud, avec la terrasse-belvédère.La Palud-sur-Verdon. Château. Vue générale de la façade sud, depuis le sud, avec la terrasse-belvédère.

Castellane. Château d'Eoulx. L'édifice est mis en valeur par une terrasse-belvédère.Castellane. Château d'Eoulx. L'édifice est mis en valeur par une terrasse-belvédère.

  Chaudon-Norante. Château. Vue d'ensemble depuis le sud-est avec les jardins étagés.Chaudon-Norante. Château. Vue d'ensemble depuis le sud-est avec les jardins étagés. Chaudon-Norante. Château. Fontaine d'agrément.Chaudon-Norante. Château. Fontaine d'agrément.

Sausses. Château. Jardin occidental. Pavement en mosaïque de cailloux devant la porte du château.Sausses. Château. Jardin occidental. Pavement en mosaïque de cailloux devant la porte du château.

Les intérieurs

Huit châteaux contiennent des décors de gypserie, soit près de 40% du corpus. Encore n'a-t-on pu pénétrer au château de Clumanc qui en contient peut-être. À l’intérieur il faut tenir compte des mutations et ventes révolutionnaires ayant entraîné souvent des découpages en lots, donc des aménagements qui ont parfois modifié la distribution d’origine ainsi que certains décors. C’est le cas au château d’Eoulx, dont les décors de gypserie, pour la partie à laquelle il nous a été permis d’accéder, ont considérablement pâti des interventions au long du 20e siècle. Si le parti se limitait apparemment aux faux panneaux de haut lambris laissés vierges, aux encoignures arrondies plus soignées recevant en parties basse et haute un cartouche polylobé, agrémenté à l’occasion au centre d’une corbeille de fruits, à quelques panneaux encadrant les ouvertures et le manteau des cheminées, avec décor floral et cartouche rocaille laissés vides, à des dessus de portes de même nature, à une corniche recevant alternativement un décor de chute d’armes et guirlandes de fleurs, à des plafonds compartimentées par le rythme des solives délimitant des entrevous eux-mêmes traités de façon similaire, la lecture de cette mise en œuvre relativement simple mais cohérente et exécutée avec talent est quoi qu’il en soit rendue particulièrement difficile aujourd’hui. En effet, les travaux réalisés au fil des générations ont partiellement effacé voire détruit ce décor, les lacunes du plâtre en ruinent la continuité, laissant par places à nu le plafond bûché, les couches successives de badigeon enfin ont progressivement altéré la fraîcheur, la qualité et la profondeur de l’incision, encore perceptible dans la cage de l’escalier, davantage préservée bien qu’en mauvais état général sur ce point notamment. Le logis du château de Chasteuil présente des décors sobres et élégants finalement assez proches de ceux du château d'Eoulx, quoique plus épurés sur le plan stylistique : décors d'entrelacs, motifs géométriques, cartouches, moulures fines.

Cependant, rien là d’aussi remarquablement travaillé que dans certains autres intérieurs, où le décor témoigne d’un programme iconographique nettement plus ambitieux avec scènes figurées, comme à Castellet-Saint-Cassien, le sommet du genre sur le terrain d’étude (REF=IA04002111). Dans ce lieu, l’escalier de distribution intérieur en vis à jour avec noyau central creux, mais aussi trois hottes de cheminées dans les appartements de l’étage noble (premier étage carré) illustrent entre autres des scènes historiées sur le thème des amours des dieux et des héros antiques tirées de la mythologie et des auteurs grecs. La qualité de cet ensemble en demi et haut relief datant du milieu du 17e siècle, en partie abîmé, a justifié sa protection au titre des monuments historiques. Malgré les mutilations qui l’ont altéré, il offre une rare vision du niveau de vie atteint par certaines grandes familles de l’aristocratie locale, comparable à d’autres réalisations prenant place cette fois dans des maisons et hôtels particuliers de centres urbains (Digne, Forcalquier, Riez, Sisteron) ou dans d’autres châteaux de la haute Provence (Le Poët, Laragne, Thoard, Volonne)[33]. Il s’agit d’un exemple prestigieux du talent des maîtres gypiers dans la région, particulièrement réputés entre le 16e et le début du 18e siècles, même s’il n’est pas exempt de quelques maladresses stylistiques. On a déjà relevé la présence du motif maritime par le biais des graffiti de navires dans les combles de ce château[34]. Il est également évoqué de façon plus officielle et grandiose dans une scène d’embarquement (peut-être les adieux d’Énée à Didon tiré des Métamorphoses d’Ovide[35]) représentée sur une cheminée des appartements, dans laquelle figurent des voiliers. Ceci contribuerait, comme l’a signalé Marie-Hélène Gueyraud, à travers une « iconographie parlante », à faire subtilement référence aux activités de la famille des Glandevès propriétaire du château[36].

Val-de-Chalvagne. Château de Castellet-Saint-Cassien. Vue du décor au départ de l'escalier, rez-de-chaussée.Val-de-Chalvagne. Château de Castellet-Saint-Cassien. Vue du décor au départ de l'escalier, rez-de-chaussée.

Val-de-Chalvagne. Castellet-Saint-Cassien. Vue intérieure, appartement du premier étage, sud.Val-de-Chalvagne. Castellet-Saint-Cassien. Vue intérieure, appartement du premier étage, sud.

Val-de-Chalvagne. Château de Castellet-Saint-Cassien. Premier étage carré. Vue d'une cheminée avec trumeau décoré d'une scène en gypserie (Adieux d'Enée à Didon ?).Val-de-Chalvagne. Château de Castellet-Saint-Cassien. Premier étage carré. Vue d'une cheminée avec trumeau décoré d'une scène en gypserie (Adieux d'Enée à Didon ?).

Certains intérieurs de châteaux ont pu être dotés de décors que leur évolution (transformation, dégradation avancée) aurait fait disparaître. Quoi qu’il en soit, hormis le cas du château de Castellet-Saint-Cassien et celui du château d’Eoulx, plus modeste, l’essentiel de ce type d’interventions se limite à des éléments précis de l’habitat, et en priorité au décor des cheminées (La Palud-sur-Verdon, Soleilhas, Tartonne, Villevieille ; Chasteuil propose aussi quelques dessus-de-portes et un plafond décoré, guère davantage). Au Vieux Château de Moriez, il occupe en l’état uniquement une cheminée ainsi que la cage de l’escalier inscrit dans la tour d’angle rectangulaire sud-ouest, datables de la première moitié du 17e siècle. Les différents exemples cités dessinent également une chronologie au sein de laquelle le 17e siècle prédomine, et par son biais une esthétique maniériste qui glisse peu à peu, au fil de ce siècle, d’un décor sobre dépourvu de figures, « organisé dans un cadre architectural strict dominant » (Vieux Château de Moriez) « vers un parti essentiellement décoratif » (château de Villevieille)[37]. A Chasteuil, d'une pièce à l'autre, plusieurs styles trahissent des périodes de réalisation et donc des modes variées. De fait, la rigueur et l'élégance géométrique y côtoient le rocaille, pour un traitement décoratif très localisé. Le château d’Eoulx, au sein de cet ensemble décoratif, affiche un goût plus dépouillé, signe d’un changement propre au 18e siècle : si les chutes de fruits et autres guirlandes subsistent, elles apparaissent moins chargées, et les surfaces vierges laissent davantage respirer les espaces décorés. Quant aux mascarons grotesques et autres cuirs maniéristes, ils ont cédé la place à l’asymétrie des cartouches rocaille. Mais le décor se propage aux murs, dessus de portes, corniches et plafonds eux-mêmes dans une approche plus englobante.

Soleilhas. Château. Salle au rez-de-chaussée avec cheminée portant un décor de gypserie.Soleilhas. Château. Salle au rez-de-chaussée avec cheminée portant un décor de gypserie. Val-de-Chalvagne. Château de Villevieille. Petit salon du rez-de-chaussée surélevé. Cheminée recevant un décor de gypserie.Val-de-Chalvagne. Château de Villevieille. Petit salon du rez-de-chaussée surélevé. Cheminée recevant un décor de gypserie.

Castellane. Château d'Eoulx. Salon au premier étage carré. Décor de gypserie du plafond.Castellane. Château d'Eoulx. Salon au premier étage carré. Décor de gypserie du plafond. Castellane. Château d'Eoulx. Cage d'escalier, palier de l'étage carré. Pilastre recevant un ornement rocaille en gypserie (détail de l'ornement auriculaire).Castellane. Château d'Eoulx. Cage d'escalier, palier de l'étage carré. Pilastre recevant un ornement rocaille en gypserie (détail de l'ornement auriculaire).

Chasteuil. Corps de logis. Premier étage. Décor de cheminée en gypserie.Chasteuil. Corps de logis. Premier étage. Décor de cheminée en gypserie. Chasteuil. Corps de logis. Détail de la moulure d'un caisson du plafond dans une pièce du rez-de-chaussée.Chasteuil. Corps de logis. Détail de la moulure d'un caisson du plafond dans une pièce du rez-de-chaussée.

d.  Les dépendances

Elles se limitent à quelques bâtiments représentatifs de la nobilité du propriétaire des lieux, et relèvent de deux ordres. Ils sont purement fonctionnels d’une part mais dénotent un droit spécifique attribué à un privilège reconnu, comme celui de cuire son pain. De fait, les châteaux d’Autane à Allons, de Clumanc, et de Maireste à La Palud-sur-Verdon par exemple conservent les restes de fours dédiés. D’autre part, ils désignent une activité dévolue encore sous l’Ancien Régime à la noblesse notamment, qui ne fut supprimée qu’à la Révolution avec l’abolition de ce droit exclusif : l’élevage des pigeons[38], lequel était d’un excellent rapport, sur le plan de la viande et des œufs pour la consommation domestique mais également sur celui des cultures, la colombine offrant un engrais azoté de première qualité. Les châteaux d’Eoulx, de Maireste, le Vieux Château à Moriez, celui de Sausses disposaient d’un pigeonnier. À Maladrech, il s’agit même d’un colombier encore en place (REF= IA04000727). Le rapport d’encadastrement provisoire de la commune d’Eoulx pour les possessions privilégiées établit le 24 août 1790 que les biens fonds de Raymond d’Eoulx comportaient également un colombier[39].

Tartonne. Château de Maladrech. Bâtiment sud. Tour sud-ouest avec colombier. Vue d'ensemble prise du nord-est.Tartonne. Château de Maladrech. Bâtiment sud. Tour sud-ouest avec colombier. Vue d'ensemble prise du nord-est.

Tartonne. Château de Maladrech. Bâtiment sud. Tour sud-ouest. Premier étage. Boulins du pigeonnier.Tartonne. Château de Maladrech. Bâtiment sud. Tour sud-ouest. Premier étage. Boulins du pigeonnier.

Nous nous arrêterons enfin brièvement, à partir de ce cas précis, sur un exemple de complément au registre architectural du fief seigneurial par l’entremise du château (REF=IA04003150). Certes, il ne s’agit pas ici de reconstituer les biens d’une propriété à un instant t, puisqu’en l’espèce c’est le château qui nous intéresse. Cependant, si l’on considère que le château – demeure du seigneur – est complété par des dépendances liées au bon fonctionnement de la propriété, il peut s’avérer utile, à titre exceptionnel et parce que cette approche se justifie sur le plan architectural, de considérer le château d’Eoulx au sein d’un système économique plus vaste, dont la part agricole apparaît prépondérante. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les seigneurs, d’une manière générale, veillaient aux revenus générés par leurs terres, qui garantissaient une partie – et parfois pas la plus réduite – de leur train de vie, charges non comprises, ainsi que leur légitimité à travers l’ancrage foncier, car on n’est jamais que seigneur d’un lieu[40]. Le rapport d’encadastrement cité plus haut détaille les différentes composantes des possessions du seigneur lorsqu’éclate la Révolution, pour la seule commune d’Eoulx. On se rend compte que tous les biens fonds, à l’exception du château, constituent des éléments de rapport à vocation agricole en premier lieu : des « bastides » bien sûr, en réalité des fermes, (« bastide du Plan », « bastide de Rayaup », "bastide du Colombier") ainsi qu’un moulin à farine non banal, qui commandent ce qui importe le plus, à savoir le foncier mis en exploitation au profit du seigneur en différents lieux de la commune : terres cultes et incultes, arrosées ou non, prés, aires à battre, portions forestières. Ces biens, château exclu, furent estimés en 1790 à hauteur de 2 543 écus et 43 sols, d’après les mêmes sources. La variation de la valeur de l’écu cadastral entre communes n’autorise pas de comparaison stricte, mais on peut tout de même préciser que l’estimation des possessions de l’évêque de Senez s’établissaient pour ladite commune de Senez à un peu plus de 1 510 écus.

Quoi qu’il en soit, ce sont les dépendances ici qui nous intéressent, car elles présentent également un complément architectural au château lui-même, dans une volonté d’ « habiller » les lieux de production et de stockage agricoles indépendamment de leurs fonctions dédiées particulières afin d’harmoniser la demeure seigneuriale et ses dépendances. Telle ferme peut bien vouer son activité à l’élevage ou à la culture céréalière, elle doit d’abord ici se démarquer visuellement et structurellement des autres éléments de sa famille pour s’inscrire dans un ensemble qui maille et ponctue par des signaux architecturaux le territoire de son légitime propriétaire, évidemment noble. Pour ce faire, un saut qualitatif destiné à la mettre à l’unisson du reste du domaine s’avère nécessaire. À telle enseigne que l’autre bâtiment d’exploitation du seigneur encore en place, le moulin transformé en ferme au 19e siècle, contemporain de la ferme du grand Rayaup  – les deux édifices signalés sur la carte de Cassini portent respectivement les dates 1769 pour l’un, 1779 pour l’autre – présente la même morphologie que celle-ci – trois niveaux sous toit à un pan couvert en tuile creuse –, la même distribution intérieure – le logis, à l’étage de soubassement et au rez-de-chaussée surélevé, côtoie les parties artisanales et agricoles – et le même soin apporté à la mise en œuvre – encadrement des ouvertures à arc segmentaire en pierre de taille calcaire. La demeure du seigneur, le château d’Eoulx, a visiblement servi de modèle pour l’ensemble des bâtiments d’exploitation du domaine. Non pas certes sur le plan morphologique, mais sur celui de la qualité de sa mise en œuvre. Ainsi, au grand Rayaup, les ouvertures reçoivent un encadrement en pierre de taille calcaire, y compris les évents des étables ; les baies sont cintrées, y compris pour les espaces relevant des parties agricoles, portes hautes des granges comme portes des étables – une seule échappe à la règle. Les chaînes d’angle présentent un traitement soigné identique à celui apporté à la terrasse qui abrite les glacières du château. En quelque lieu du territoire communal que l’on se trouve, il est ainsi aisé de voir et de reconnaître la marque du seigneur d’Eoulx : la dépendance agricole renvoie immanquablement au château. La bastide Ricard dite château de Ricard répond à la même logique puisqu'elle appartenait à la famille de Demandolx qui possédait le château de La Palud-sur-Verdon. Elle aussi attestait la qualité de ses propriétaires par le soin accordé à sa mise en oeuvre (REF=IA04002604).

Castellane. ferme du Grand Rayaup, dépendance agricole du seigneur d'Eoulx. Vue d'ensemble prise du sud.Castellane. ferme du Grand Rayaup, dépendance agricole du seigneur d'Eoulx. Vue d'ensemble prise du sud.Castellane. Ferme du Grand Rayaup. Elévation sud, premier niveau. Porte de l'étable 3, détail de la date (1779).Castellane. Ferme du Grand Rayaup. Elévation sud, premier niveau. Porte de l'étable 3, détail de la date (1779).

Castellane. Moulin à farine puis ferme, dépendance du seigneur d'Eoulx. Vue d'ensemble prise du sud-ouest.Castellane. Moulin à farine puis ferme, dépendance du seigneur d'Eoulx. Vue d'ensemble prise du sud-ouest.

La Palud-sur-Verdon. Ferme dite bastide Ricard ou château de Ricard. Elévation nord-ouest.La Palud-sur-Verdon. Ferme dite bastide Ricard ou château de Ricard. Elévation nord-ouest.

 

 III. Tableau récapitulatif des éléments constitutifs du dossier

Le tableau ci-dessous rassemble de manière synthétique les principales informations relatives aux châteaux repérés et sélectionnés dans le Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var. Pour davantage de données et des analyses monographiques plus fines, on se reportera évidemment aux dossiers individuels dont les références sont précisées dans le texte du présent dossier.

commune

appellation

référence

implantation

datation

état

tour(s)

escalier

décor intérieur

toit

couverture

Allons

château d’Autane

IA04000589

en village

1e moitié 18e siècle

reloti

SO

dans-œuvre, tournant

SO

longs pans

tuile creuse

Castellane

château de Chasteuil

IA04000929

en écart (ancien village)

17e siècle

reloti (préservé)

SO

dans-oeuvre, tournant

gypseries

longs pans ; croupe

tuile creuse

Castellane

château d’Eoulx

IA04003150

en écart

(ancien village)

2e moitié 17e- 18e siècles

reloti

2 tours

dans-œuvre, central, tournant rampe-sur-rampe

gypseries

longs pans ; croupe; conique

tuile creuse

Castellet-lès-Sausses

château de Gueydan

IA04000443

en écart

18e siècle

reloti

(abîmé)

2 tours

NSP

NSP

longs pans

tuile creuse

Chaudon-Norante

château

IA04001246

en village

(ancien écart)

18e siècle

reloti

(préservé)

SO

dans-œuvre, tournant

NSP

longs pans ; croupe

tuile creuse

Clumanc

château

IA04000341

isolé

17e siècle

vestiges (partiellement

restauré) ; inscrit MH

4 tours-pavillons

dans-œuvre, central

NSP

longs pans ; croupe

tuile creuse

Demandolx

château de Ville

IA04000176

site castral

14e – 15e – 16e – 17e siècles

vestiges

1 tour

dans-œuvre, tournant

SO

pan unique (détruit)

tuile creuse

Demandolx

château de Verdon

IA04000270

isolé

4e quart 18e siècle

détruit

1 tour

NSP

SO

longs pans ; croupe ; pavillon tronqué ? (tour)

tuile creuse ; ardoise ?

Moriez

Vieux Château

IA04001545

en village

2e moitié 16e - 1e moitié 17e siècle

reloti

2 tours

hors-œuvre, tournant en vis ; hors-œuvre, tournant, à retour avec jour

gypseries

longs pans ; pan unique ; pavillon ; conique

tuile creuse

Moriez

Château Neuf

IA04001544

en village

4e quart 18e siècle

reloti

1 tour

dans-œuvre, tournant

NSP

longs pans

tuile creuse ; tôle ondulée

La Palud-sur-Verdon

château de Maireste

IA04002597

isolé

15e - 16e - 17e - 4e quart 18e siècles

vestiges

2 tours

dans-œuvre, tournant à retour

SO

pan unique

tuile creuse

La Palud-sur-Verdon

château actuellement mairie

IA04002518

en village

limite 14e - 15e - 4e quart 16e - 2e moitié 18e - 1er quart 19e - 4e quart 20e siècles

restauré

4 tours

dans-œuvre, central, tournant à retour avec jour

gypseries

pavillon ; conique

tuile creuse

Saint-André-les-Alpes

château de Méouilles

IA04002571

en écart

2e moitié 17e siècle

transformé

2 tours

NSP

NSP

longs pans ; croupe

tuile creuse

Saint-André-les-Alpes

Château puis hôtel de voyageurs :

Hôtel Trotabas puis Grand Hôtel du Parc

IA04002564

en village

4e quart 18e - 2e quart 20e siècles

transformé

SO

dans-œuvre, tournant

NSP

longs pans

tuile creuse

Sausses

château

IA04000781

en village

Temps modernes - Époque contemporaine

reloti

SO

dans-œuvre, tournant à retours avec jour

NSP

longs pans ; croupe

tuile creuse

Soleilhas

château

IA04000190

en village

3e quart 17e siècle

reloti (abîmé)

SO

dans-œuvre, central, tournant à retour et volées droites

gypseries

longs pans ; croupe

tuile creuse

Tartonne

château de Maladrech

IA04000727

isolé

2e quart 17e siècle

abîmé

2 tours

dans-œuvre, central, à moitié tournante

gypseries

longs pans ; croupe

tuile creuse

Thorame-Basse

château actuellement mairie

IA04002960

en village

4e quart 16e - 18e - 4e quart 20e siècles

transformé

SO

dans-œuvre, central, tournant, transformé

SO

longs pans ; croupe

tuile creuse ; tuile creuse mécanique

Val-de-Chalvagne

château de Villevieille

IA04001745

en écart

(ancien village)

17e - 18e siècles

préservé

1 tour

demi hors-œuvre, tournant en vis

gypseries

longs pans

tuile creuse

Val-de-Chalvagne

château de Castellet-Saint-Cassien

IA04002111

en écart

1e moitié 17e siècle (1659)

reloti (préservé) ; inscrit MH

2 tours

dans-œuvre, tournant en vis avec noyau creux

gypseries

pavillon ; conique

tuile creuse

Val-de-Chalvagne

château de Montblanc

IA04001761

en écart (ancien village)

16e siècle

vestiges

NSP

NSP

NSP

NSP

NSP

Principaux éléments constitutifs des châteaux repérés et sélectionnés du Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var.

Notes

[1] Voir Marceline Brunet, Laurent Del Rosso, Alexeï Laurent et Maxence Mosseron, La ferme et le territoire en haute Provence, p. 58.

[2] On fera trois exceptions cependant. La première concerne Château Plus Haut à Chaudon-Norante, lequel, bien qu’à l’état de ruine, a été habité jusqu’à la Révolution française. La tour-donjon qui l’accompagne est encore en partie en élévation. La seconde exception prend en compte le château de Ville à Demandolx qui, bien que ruiné lui aussi, a été habité jusque tard dans l’époque moderne et est directement lié au château de Verdon construit plus bas à la fin du 18e siècle. La troisième et dernière exception a trait au château de Montblanc, lequel correspond à un ancien site castral, et dot l'origine remonte probablement au 16e siècle. Lui aussi habité jusqu'à la Révolution, il est aujourd'hui réduit à l'état de vestiges. Aussi ces trois exemples sont-ils localisés sur la carte des châteaux sans pour autant être abordés de façon plus précise dans le dossier.

[3] Monique Chatenet et Hélène Verdier (dir.), Thésaurus de l’architecture, Paris, éditions du patrimoine, « Documents et méthodes », n° 7, 2000, p. 80.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Ibid., première partie de la définition du terme « château ».

[8] Les questions de vocabulaire sont parfois complexes à démêler et à harmoniser en fonction des usages. Jean-Luc Massot nomme ainsi « bastide fortifiée » la demeure des Glandevès à Castellet-Saint-Cassien (REF=IA04002111). Dans Jean-Luc Massot (dir.), Maisons rurales et vie paysanne en Provence : l'habitat en ordre dispersé, Ivry, Société d'Études et de Réalisations Graphiques (SERG), 1975, p. 164.

[9] La maison seigneuriale située dans le village de Rougon n’est ici pas comptabilisée car elle fut détruite dans les années 1950 et n’a pu faire l’objet d’un dossier d’après des documents plus anciens comme ce fut le cas du château de Verdon pourtant disparu lors de la mise en eau du barrage de Castillon en 1949 (voir plus bas).

[10] Édouard Baratier, « Les communautés de Haute-Provence au Moyen Age. Problèmes d’habitat et de population », dans Provence Historique, t. XXI, fascicule 85, juillet-septembre 1971, p. 237-261 [p. 241].

[11] Noël Coulet, « Sources et aspects de l’histoire de la transhumance des ovins en Provence au bas Moyen Age », dans Le monde alpin et rhodanien, 1978, n° 3-4, p. 213-247 [p. 240].

[12] Ibid. et Laurent Surmely, « Pouvoirs et autonomie des communautés d’habitants de la Vallée de Barcelonnette (Moyen Âge central-1790) », dans Philippe Bourdin et Bernard Gainot (dir.), La montagne comme terrain d’affrontements, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2019 [En ligne] ; consulté le 5 juillet 2021, à l’adresse URL suivante : https://books.openedition.org/cths/5877. L’article traite de la vallée de Barcelonnette qui englobait l’actuelle commune d’Allos, partie intégrante du Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var et objet de l’étude menée par le service de l’Inventaire de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur.

[13] André de Réparaz, « Le village de Haute-Provence entre la fin de l’Ancien Régime et la fin de la Monarchie de Juillet (à travers quelques exemples des Préalpes de Digne, Castellane, Sisteron », dans Provence Historique, t. XXI, fascicule 85, juillet-septembre 1971, p. 262-280 [p. 264].

[14] Voir La ferme et le territoire, op. cit., p. 44-46 et 72-75.

[15] Notice consultable en ligne à l’adresse suivante : https://dossiersinventaire.maregionsud.fr/ (dossier IA04000190).

[16] L’existence d’écuries témoigne aussi d’une préoccupation plus « moderne » que l’on ne retrouve pas en tant que telle dans les autres châteaux du corpus.

[17] Frédéric d’Agay, « Les officiers de marine de la vallée du Verdon », dans Provence historique, t. LX, fascicule 241, juillet-août-septembre 2010, « Mouvements de population dans la montagne provençale », p. 263-273 [p. 263].

[18] Ibid., p. 265.

[19] Voir aussi plus bas, II/3/c.

[20] Alain Salamagne, « Les “marques de château”, lecture d’une symbolique seigneuriale (XIVe – XVIe siècles) », dans Jean-Marie Cauchies et Jacqueline Guisset (dir.), Lieu de pouvoir, lieu de gestion. Le château aux XIIIe – XVIe siècles : Maîtres, terres et sujets, actes du colloque d’Écaussinnes-Lalaing, 14, 15 et 16 mai 2009, Turnhout, Brepols, p. 133-147 [p. 146].

[21] Frans Doperé, « Le château médiéval comme expression du pouvoir seigneurial dans les anciens Pays-Bas méridionaux », dans Lieu de pouvoir, lieu de gestion…, ibid., p. 111-132.

[22] Le château de Castellet-Saint-Cassien conserve en revanche de façon crédible les restes d’une échauguette en façade sud.

[23] En effet les traces d’appareil défensif, lorsque l’édifice témoigne de différentes phases de construction, semblent avoir cours surtout jusqu’à l’extrême fin du 16e siècle et au début du siècle suivant, alors que les troubles politiques étaient encore prégnants sur le territoire et avant que l’évolution des techniques militaires ne rendent caducs les dispositifs hérités du Moyen Âge. Ainsi au château de Maladrech à Tartonne, où seuls parties mises en œuvre avant le premier tiers du 17e siècle disposent de meurtrières par exemple (REF=IA04000727). Mais les cas diffèrent bien sûr en fonction des lieux d’implantation, de la situation politique locale et des souhaits des seigneurs. On prendra soin de noter également que la chronologie sous-jacente de ce développement consacré à la tour, "de la défense à l'apparence", traduit une réalité historique qu'on aurait tort de considérer de façon trop stricte, sinon peut-être pour la fin de la période l'Ancien Régime (seconde moitié 17e et 18e siècles). De fait, la concomitance des deux fonctions est avérée sur la longue durée. Dans un autre contexte, les tours de l'enceinte médiévale de l'ancienne agglomération de Petra Castellana, datables du début du 13e siècle, outre leur vocation défensive, "jouent probablement aussi un rôle ostentatoire, en augmentant l'impact visuel de la fortification vue du nord" (lire Vincent Buccio, Yann Dedonder, Mathias Dupuis et al., "Castellane. Premiers éléments de réflexion sur l'évolution et la transformation des enceintes urbaines médiévales", dans Provence historique, t. LXVIII, fascicule 263, janvier-juin 2018, « Les enceintes médiévales et modernes en Provence », p. 37-55 [p. 45].

[24] La carte comprenant le château de Méouilles figure un édifice à deux tours d’angle (REF=IA04002571 et Carte des frontières Est de la France : de Colmars à Marseille [Détails assemblés des feuilles 194-16 et 195-22 : château de Méouilles].[Détails assemblés des feuilles 194-16 et 195-22 : château de Méouilles]). On peut donc supposer, à l’instar du Vieux Château de Moriez, que la tour nord-ouest a été détruite entre le dernier quart et le premier tiers du 19e siècle. Il faut cependant regarder avec circonspection ces documents de nature militaire, précis sans doute mais peut-être pas complètement exacts. En effet, si l'on se reporte à la feuille relative au château d'Eoulx (REF=IA04003150 et Carte des frontières Est de la France : de Colmars à Marseille [Détail de la feuille 195-23 : château d'Eoulx]), on observe que l'édifice est représenté avec quatre tours cornières quand il n'en dispose que de deux, y compris déjà sur le plan figuré du cadastre ancien de 1834. Or, il semble peu voire très peu probable que les deux tours postérieures nord aient été démolies entre la décennie 1760 et la levée du cadastre dit napoléonien, même si la maçonnerie montre des traces de modifications notamment dans le percement des ouvertures en façade nord.

[25] Si l’on se fie au plan dressé par Bourcet de la Saigne (voir note précédente), à Méouilles les deux tours d’angle s’inscrivaient en façade nord. Quant au château de Gueydan (Castellet-lès-Sausses), l’orientation de la façade principale vers le Var à l’est inscrivaient les deux tours rondes de flanquement au sud-est et au nord-est (la tour nord a été en grande partie détruite).

[26] Ainsi les niveaux inférieurs ne furent-ils percés que de petites fenêtres, quand les supérieurs reçoivent plus généreusement la lumière grâce à des travées de croisées et de demi-croisées.

[27] « Dans l’architecture française du XVIe siècle, l’abandon progressif de la tour ronde au profit du pavillon est l’un des signes les plus nets de la Renaissance. » Laurent Vissière, « Un plan de château français du début du XVIe siècle », dans Bulletin monumental, n° 162-163, 2004, p. 197-202 [p. 200].

[28] Valérie Pietri, « Modernité et déclassement social. Barcilon de Mauvans, interprète de la dérogeance de noblesse », dans Cahiers de la Méditerranée, n° 69, 2004, p. 157-174.

[29] Le toit du château d’Autane (Allons) reçoit une couverture en plaques de ciment-amiante. Celui de la tour forte du château de Verdon (en ardoise, les autres parties étant couvertes en tuile creuse) reste sujette à caution, puisque le seul témoignage subsistant relève de l'illustration artistique sans garantie d'exactitude. On peut également trouver, en complément, des couvertures "modernes", comme de la tôle ondulée au Château Neuf à Moriez, mais il s'agit là de remplacer faute de mieux les matériaux traditionnels.

[30] Tant à Thorame-Basse qu’au château de Verdon, les chaînes d’angle sont à bossages, apportant un effet sinon rustique, du moins plus champêtre, en conformité avec le cadre rural dans lesquels ils s’inscrivent, tout particulièrement à Demandolx. À Soleilhas, les deux chaînes d’angle à bossages en façade nord mettent en scène le caractère défensif de l’édifice, d’autant plus qu’elles étaient cantonnées d’échauguettes à consonance militaire.

[31] On y a repéré les vestiges d'anciennes fenêtres en arc segmentaire dans les deux travées centrales de la façade principale. Ce château a été édifié au 18e siècle.

[32] L’avant-toit du château de Verdon fait office d’exception, puisqu’il était traité avec une corniche en pierre de taille.

[33] Lire sur ce point notamment le mémoire de D.E.A. rédigé par Marie-Hélène Gueyraud, Les décors de gypseries dans l’architecture civile des Alpes du Sud : XVIe – XVIIe siècles, Jean-Jacques Gloton (dir.), Aix-en-Provence, Université de Provence, octobre 1988. Voir aussi Raymond Collier, « Gypseries en Haute-Provence », dans Gazette des Beaux-Arts, 1985, p. 216-226, Hélène Vésian, Châteaux et Bastides en Haute Provence aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles », Avignon, Aubanel, 1991 et Comtesse du Chaffaut, Gypseries en Haute-Provence : Cheminées et escaliers, XVIe – XVIIe siècle, Turriers, Naturalia Publications, 1995.

[34] Voir plus haut, II/2/a.

[35] Notice consultable en ligne à l’adresse suivante : https://dossiersinventaire.maregionsud.fr/ (dossier IM04002543).

[36] Marie-Hélène Gueyraud, Les décors de gypseries dans l’architecture civile des Alpes du Sud…, op. cit., p. 66-67. L’aspect militaire est de surcroît évoqué d’une manière générale dans trophées d’armes et la tonalité martiale des trois cheminées.

[37] Ibid., respectivement p. 62 et 70.

[38] L’article 2 de la loi du 4 août 1789 dispose en effet que ce droit exclusif est aboli. L’article concerne aussi l’abolition des fuies.

[39] « Extrait en abrégé du rapport d’encadastrement provisoire des biens privilégiés de la commune d’Eoulx en date du 30 août 1790 », Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne, cote 1 Q 062, art. 17. L’écart dans la datation résulte d’une estimation spécifique des biens du ci-devant seigneur d’Eoulx quelques jours avant la rédaction du document d’ensemble.

[40] Lire sur ce point Christine Roux « Le nom et la terre, fief et lignage, l’exemple des Roux de Gaubert, comtes de Laric », dans Provence historique, tome LVIII, fascicule 231, janvier-février-mars 2008, p. 19-32 (p. 27 notamment).

Aires d'étudesPays Asses, Verdon, Vaïre, Var
Dénominationsdemeure, château

Les châteaux formant le corpus ont tous été construits entre le 14e et le 18e siècle, avec une prépondérance d'éléments mis en œuvre durant le 17e siècle. Cependant, rares sont ceux qui ont bénéficié d'une campagne unique d'édification (Norante). Le château de Verdon lui-même, bien que mis en œuvre dans le dernier quart du 18e siècle, a fait l’objet de travaux durant le 19e siècle (écuries, terrasse plantée, verger, réservoir). Ils sont donc essentiellement le résultat de plusieurs phases au profit d'agrandissements successifs qui eurent parfois pour effet de reprendre le parti d'origine (château de La Palud-sur-Verdon). En outre, des interventions plus récentes, au cours des 19e et 20e siècle ont aussi entraîné des modifications quelquefois profondes, liées tant à l'allotissement fréquent de parcelles vendues à la Révolution donc à des redécoupages et des changements de la distribution existante qu'à des réaffectations : transformation en mairie (La Palud-sur-Verdon, Thormame-Basse), en hôtel et/ou gîte (Saint-André-les-Alpes, Méouilles) voire abandon pur et simple de la fonction d’habitation au profit de la fonction agricole, partiel (Soleilhas) ou complet (Tartonne).

Plusieurs d’entre eux conservent des traces de décors de gypserie à l’état lacunaire, à l’occasion bien conservé (Castellet-Saint-Cassien) qui témoignent d’une esthétique propre au 17e siècle, où le maniérisme évolue de la sobriété vers davantage de variété incluant les figures humaines et hybrides. Le château d’Eoulx fournit pour sa part un exemple de changement du goût vers le rocaille plus asymétrique mais aussi moins chargé typique de la première moitié du 18e siècle.  

Période(s)Principale : 14e siècle, 15e siècle, 16e siècle, 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle

Le corpus, réduit, n'occupe pas le territoire de manière homogène, puisqu'il exclut le secteur du haut Verdon, à une exception près (Thorame-Basse). Le mode de mise en oeuvre privilégie l'usage du moellon de calcaire et de grès liés au mortier de chaux et de sable. La pierre de taille reste minoritaire. La maçonnerie est enduite. Le bâtiment principal du château, hors dépendances éventuelles, affecte un plan massé, rectangulaire, cantonné pour plus des deux tiers d'une ou de plusieurs tours, cornières et de forme ronde dans la quasi totalité des cas. La toiture est couverte en tuile creuse. Les élévations sont pour la plupart irrégulières, et le décor extérieur, très limité. Certains intérieurs présentent des éléments décoratifs en gypserie, qui peuvent aller, exceptionnellement, jusqu'à l'élaboration d'un véritable programme (Castellet-Saint-Cassien, Val-de-Chalvagne).

Toitstuile
Murscalcaire pierre de taille enduit
grès pierre de taille enduit
Décompte des œuvresétudié 20

Références documentaires

Documents d'archives
  • Procès verbaux d'estimation des biens nationaux, commune d'Eoulx. 1792/09/15. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 1 Q 062.

    "Extrait en abrégé du rapport d’encadastrement provisoire des biens privilégiés de la commune d’Eoulx"
  • GUEYRAUD, Marie-Hélène. Les décors de gypseries dans l'architecture civile des Alpes du sud, 16e-17e siècles. DEA, université de Provence, sous la direction de Jean-Jacques Gloton, 1988.

Documents figurés
  • Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197.

    Feuille 195-22 ; détails assemblés des feuilles 194-16 et 195-22 : château de Méouilles.
  • Le Gd Hôtel du Parc Restaurant Ferrier [de Saint-André-les-Alpes] / Carte postale, Edit. Tardy, 3e quart 20e siècle. Collection particulière.

  • [Vue du château de Verdon depuis la terrasse du sud.] / Aquarelle, par J-J Levie, 20 août 1864. Collection particulière

  • [Portail d'entrée et façade ouest du château de Verdon.] / Photographie noir et blanc, vers1940. Collection particulière

Bibliographie
  • MASSOT, Jean-Luc (dir.). Maisons rurales et vie paysanne en Provence : l'habitat en ordre dispersé. Ivry : Société d'Etudes et de Réalisations Graphiques (SERG), 1975, 401 p.

    p. 164.
  • VESIAN, Hélène. Châteaux et bastides en Haute-Provence aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle. Avignon : imprimerie Aubanel, 1991, 166 p.

  • CHAFFAUT, Suzanne du. Gypserie en Haute-Provence, cheminées et escaliers, 16e-17e siècles. Turriers : Naturalia publications, 1995.

  • BRUNET, Marceline, DEL ROSSO, Laurent, LAURENT, Alexeï et MOSSERON, Maxence. La ferme et le territoire en haute Provence, dir. Marceline Brunet. Collection Cahiers du Patrimoine, n° 119. Lyon : Lieux Dits, 2019, 408 p.

    p. 44-46, 58, 72-75
  • BARATIER, Edouard. Les communautés de Haute-Provence au Moyen Age. Problèmes d’habitat et de population. Dans : Provence historique, tome 21, fascicule 85, juillet-septembre 1971, p. 237-261.

    p. 241
  • COULET, Noël. Sources et aspects de l’histoire de la transhumance des ovins en Provence au bas Moyen Age. Dans : Le monde alpin et rhodanien, n° 3-4, 1978, p. 213-247.

    p. 240
  • SURMELY, Laurent. Pouvoirs et autonomie des communautés d’habitants de la Vallée de Barcelonnette (Moyen Âge central-1790). Dans : La montagne comme terrain d’affrontements, dir. Philippe Bourdin et Bernard Gainot, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2019. Accès internet : <URL : https://books.openedition.org/cths/5877.

  • DE REPARAZ, André. Le village de Haute-Provence entre la fin de l’Ancien Régime et la fin de la Monarchie de Juillet (à travers quelques exemples des Préalpes de Digne, Castellane, Sisteron. Dans : Provence Historique, tome 21, fascicule 85, juillet-septembre 1971, p. 262-280.

    p. 264
  • AGAY, Fréderic d'. Les officiers de marine de la vallée du Verdon. Dans : Provence historique, tome 60, fascicule 241, juillet-août-septembre 2010, p. 263-273.

    p. 263 et 265
  • SALAMAGNE, Alain. Les "marques de château", lecture d’une symbolique seigneuriale (XIVe – XVIe siècles). Dans : Lieu de pouvoir, lieu de gestion. Le château aux XIIIe – XVIe siècles : Maîtres, terres et sujets, actes du colloque d’Écaussinnes-Lalaing, 14, 15 et 16 mai 2009, Jean-Marie Cauchies et Jacqueline Guisset (dir.). Turnhout : Brepols, 2009, p. 133-147.

    p. 146
  • DOPERE, Frans. Le château médiéval comme expression du pouvoir seigneurial dans les anciens Pays-Bas méridionaux. Dans : Lieu de pouvoir, lieu de gestion. Le château aux XIIIe – XVIe siècles : Maîtres, terres et sujets, actes du colloque d’Écaussinnes-Lalaing, 14, 15 et 16 mai 2009, Jean-Marie Cauchies et Jacqueline Guisset (dir.). Turnhout : Brepols, 2009, p. 111-132.

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  • PIETRI, Valérie. Modernité et déclassement social. Barcilon de Mauvans, interprète de la dérogeance de noblesse. Dans : Cahiers de la Méditerranée, n° 69, 2004, p. 157-174.

  • COLLIER, Raymond. Gypseries en Haute-Provence. Dans : Gazette des Beaux-Arts, 1985.

  • ROUX, Christine. Le nom et la terre, fief et lignage, l’exemple des Roux de Gaubert, comtes de Laric. Dans : Provence historique, tome 58, fascicule 231, janvier-février-mars 2008, p. 19-32.

  • BUCCIO, Vincent, DEDONDER, Yann, DUPUIS, Mathias et al. Castellane. Premiers éléments de réflexion sur l'évolution et la transformation des enceintes urbaines médiévales. Dans : Provence historique, tome 68, fascicule 263, janvier-juin 2018, p. 37-55.

    p. 45

Liens web

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Laurent Alexeï - Sauze Elisabeth - Masson-Lautier Maïna - Brunet Marceline - Mosseron Maxence
Mosseron Maxence (1976 - )

Chercheur au Service régional de l'Inventaire de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (2007- )


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