Dossier d’œuvre architecture IA05001717 | Réalisé par
Aycard Julie (Contributeur)
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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  • enquête thématique régionale, Patrimoine religieux de Serre-Ponçon Guillestrois-Queyras
Cathédrale Notre-Dame dite Notre-Dame-du-Réal puis église paroissiale
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de Serre-Ponçon - Embrun
  • Commune Embrun
  • Adresse rue de l' Archevêché
  • Cadastre 1812 D 530  ; 2024 AB 220
  • Dénominations
    cathédrale, église paroissiale
  • Vocables
    Notre-Dame
  • Appellations
    Notre-Dame-du-Réal

I- Introduction

La cathédrale Notre-Dame-du-Réal est située à Embrun, le long de la Durance, sur un promontoire rocheux localement nommé le Roc. Elle est l’édifice majeur de l’archevêché d’Embrun établi au milieu du 4e siècle. Elle fut gérée et construite par le chapitre cathédral qui regroupe à l’origine une dizaine de chanoines dont le nombre culminera à vingt-cinq après le 14e siècle. Territoire pauvre, l’archevêché d’Embrun est en butte à des tensions religieuses dès le début du 14e siècle car de nombreux hérétiques – vaudois puis protestants – y élisent domicile.

La ville d'Ambrun en Dauphiné, 1575.La ville d'Ambrun en Dauphiné, 1575.

Cet édifice majeur pour le territoire de l’Embrunais et le département des Hautes-Alpes fait partie de ces monuments qui malgré leur statut et leur importance historique et artistique n’ont pas fait couler beaucoup d’encre. Ainsi, l’histoire et l’analyse de la cathédrale ne reposent que sur quelques articles qui ont fait admettre sans études récentes et poussées une construction entre 1170 et 1225 comprenant celle des voûtes. Pourtant, l'analyse des sources et du bâtiment obligent à revoir ces positions.

II- Historique

A- Les sources écrites

Les sources directes sur l’histoire la cathédrale sont rares avant le 17e siècle et ne consiste qu’en quelques mentions trouvées dans des actes de donation ou de gestion du chapitre qui ont permis de formuler des hypothèses sur les différentes phases de construction.

La date de lancement du chantier de construction n’est pas connue. Jacques Thirion proposait de la situer autour de 1170 par comparaison stylistique (voir annexe Historiographie de la cathédrale). Cette datation lui permettait en outre d’envisager un édifice en cours d’achèvement lors de la signature d’une charte passée par le chevalier Guigues Agnel dans l’église « nouvelle » de Notre-Dame, en 1211. Aujourd’hui, l’étude des crises politiques locales permettent d’ouvrir de nouveaux champs de recherche et de proposer de nouvelles hypothèses.

 

a- Eléments pouvant servir à établir la chronologie du chantier médiéval

Les premières mentions de la cathédrale Notre-Dame d’Embrun remontent au début du 11e siècle. D’après la Gallia Christiana, à cette époque, la cathédrale fut reconstruite par l’archevêque Ismidias.

En 1127, Guillaume, comte de Forcalquier et marquis de Provence, donne à l’église d’Embrun « tout ce que les chanoines avaient acquis jusques alors, ainsi que la moitié de la seigneurie des Orres (villages, métairies, maisons, campagnes, terres cultes et incultes, montagne et vallées, les ruisseaux courants, les étangs, forêt et bois taillés, chasse d’oiseaux et bestes sauvages) ». En 1151, son fils Guillaume ajoute l’autre partie des Orres (château et village) ainsi qu’un nouveau revenu à prendre sur les mines de l’Argentière, en particulier sur les nouvelles galeries en cours de creusement. Ces émoluments qui devaient revenir équitablement à l’archevêque et au chapitre cathédral semblent avoir été confisqués par le prélat à une date inconnue mais qui pourrait être en rapport avec l’ouverture d’un chantier de construction pour le palais épiscopal (Thirion, 1972, p. 98). En 1160, les chanoines en appellent à l’empereur Frédéric Barberousse. Celui-ci statue en faveur du chapitre cathédral (Regeste dauphinois…t. I, f. 679, art. 4056). En 1169, l’archevêque Raymond II dénonce l’accord en arguant du fait que le chapitre a fait peur à son prédécesseur en portant l’affaire devant l’empereur. Lui-même en appelle au pape. Le pontife tranche en faveur de l’archevêque et retire le revenu des mines au chapitre. Les chanoines refusent cette sentence ; l’archevêque les excommunie. Plusieurs années s'écoulent durant lesquelles les tensions sont si vives que les membres du chapitre d’Embrun insultent l’archevêque lorsqu’ils le croisent et se battent physiquement avec lui ou avec des membres de sa suite, comme en témoignent certains procès ou sentences conservés (Guillaume, 1886 ; Py). Les chanoines en appellent alors au pape qui annule la sentence de son prédécesseur en 1181. Un second procès s’engage mené par l’évêque de Digne et le comte de Provence. En 1208, il se conclut par un accord de partage égal des mines et de leur revenu entre le chapitre et l’archevêque mais après un demi-siècle de dissensions, les tensions ne semblent toujours pas aplanies en 1211.

Ce rappel des tensions qui secouèrent l’archevêché d’Embrun dans la seconde moitié du 12e siècle et les premières années du 13e siècle impose de se questionner sur la date actuellement admise pour le début du chantier de la cathédrale. En effet, la décennie 1170 est l’une de celles où les tensions sont les plus vives : les chanoines n’ont pas récupéré leur partie des revenus des mines et ils ont été excommuniés. Or, le chapitre cathédral est relativement pauvre et tout au long de son existence le maintien à Embrun des prébendés et des non-prébendés est une question récurrente. Il est donc difficile d’imaginer qu’il peut lancer un chantier de construction sans nouvel apport financier. Il faut donc envisager que le chantier ait été commencé soit lors de la donation du revenu des mines (1151) soit lors de la résolution du procès (1208). Tant et si bien qu’il est difficile de dire à quoi ressemblait la nouvelle cathédrale en 1211 lorsque Guigue Agnel donna au chapitre les dîmes du Puys et signa cette charte dans la nova ecclesia (Regeste dauphinois…t. III, art. 6135). Il est possible qu’une partie de l’église ait été terminée ou que la charte ait été signée dans un chantier en cours de démarrage.

La question de l’excommunication du chapitre est également à prendre en compte. Certes, on ignore encore comment l’excommunication pouvait entraver un chapitre au quotidien (Beaulande). Mais celle-ci est le signe d’une volonté de mise à l’écart sociale du chapitre par un archevêque qui exerce sa puissance, et si quelques exemples du 13e siècle comme celui de la cathédrale de Cologne laissent entendre que les interdits prononcés par un évêque envers un chapitre n’impliquaient pas forcément l’arrêt d’un chantier (Klein), il est possible que cette sentence ait rendu difficile le lancement d’un chantier par peur de la contagion de l’excommunication.

Ce contexte financier et politique rend douteuse la datation de 1170, actuellement admise pour l’ouverture du chantier de la cathédrale.

Par ailleurs, les mentions du 13e siècle sur lesquelles a été fondée la chronologie ancienne de la cathédrale sont sujettes à caution. Ainsi, en 1213, une charte est signée dans le chœur de la « grande église » sans que l’on sache si cette précision s’applique à la nouvelle église ou à l’édifice antérieur (Regeste dauphinois…t. III, f. 68, art. 6236).

En 1225, l’acte par lequel Guillaume de Pontis vend à l’abbé de Boscodon la montagne de Morgon en présence de l’archevêque Bertrand est signé apud Ebredunum, juxta crottas ecclesie noue beate Marie1 (Roman, 1883). Cette mention a été interprétée par Jacques Thirion comme une preuve que le Réal existait. Pourtant, le terme « crottas » désigne seulement « une voûte », sans que l’on puisse préciser laquelle.

Enfin, en 1238, l’existence d’un campanile est mentionnée dans un acte archiépiscopal : « Nous ordonnons que ni les consuls ni ladite université [...] n'entrent dans le campanile fermé ou ouvert contre notre gré [...] et qu'ils ne sonnent pas les cloches, mais qu'ils rencontrent les sonneurs désignés par le chapitre, qui sonneront pour le bien commun de la terre, pour autant que cela nous plaise ». L’acte a trait aux velléités de franchise de la communauté d’Embrun et à la rébellion qu’elles entraînent contre l’archevêque en 1238 (Vaillant ; Hanne).

Cette mention d’un campanile a été interprétée par Jacques Thirion comme la preuve de l’achèvement du clocher actuel de la cathédrale et, par extension, de l’achèvement de l’église. Mais, force est de constater que le clocher actuel de la cathédrale n’est pas un campanile. En effet, dans l’aire alpine et, plus exactement l’aire d’influence italienne, au milieu du Moyen Age, les campaniles sont des tours hors-œuvre associées à une église et qui ont la fonction de clocher. Cette définition locale du mot campanile questionne l’appréciation de Jacques Thirion puisque l’actuel clocher de la cathédrale n’est pas une tour hors-œuvre et qu’un autre « campanile » existait dans le quartier canonial à partir d’une date inconnue, le « clocher Jacquemard » accolé à la maison des chanoines, muni d’un clocher et d’une horloge. Le texte se rapporte-t-il à un campanile associé à l’ancienne cathédrale ? A celui de la maison des chanoines ? Ou à l’édifice actuel ? Il est difficile d’être affirmatif.

Ce texte nous rappelle surtout qu’à partir de 1230, Embrun est secouée par une vive crise politique. En effet, dans la ville archiépiscopale, un premier soulèvement a lieu en 1236 et se cristallise en 1237 contre le pouvoir épiscopal et le clergé en général. Des barques en bois appartenant à l’Église sont volées et coulées. L’archevêque Aymar excommunie la ville. Les tensions ne s’apaisent qu’en 1241 mais le statu quo reste très précaire. En 1241, une sentence arbitrale rendue entre l'archevêque et les consuls d'Embrun par l'archevêque de Vienne et autres arbitres porte que la ville rendra à l'archevêque, aux chanoines et aux maisons religieuses les biens qu'ils possédaient auparavant (A.D. 05, Embrun 1 FF 15). L’existence de ce texte semble démontrer que l’archevêque et le chapitre ont été spoliés d’une partie de leurs biens et donc de leurs revenus. Or, aucun chantier de construction ne peut avoir lieu sans des rentrées financières substantielles et régulières. Durant les années 1250, le mécontentement croissant de la population et des élites urbaines envers les communautés religieuses qui possèdent d’immenses domaines fonciers et sont exemptées d’impôts est très sensible dans les archives. Embrun est pacifiée par la force mais d’autres localités rentrent en lutte contre l’archevêque : Chorges, Rame, Châteauroux. Les populations et les élites rechignent à payer les impôts dus aux établissements religieux (Hanne).

Puis la révolte se généralise : « Cette mesme année [1253] avec les deux suivantes, firent de la ville d’Ambrun un buscher de discordes et de troubles, d’autant plus déraisonnables qu’elles ne procédèrent que d’iniques usurpations, accompagnées de mille insolences » (Fornier, II, p. 21). Les troubles se déclenchent durant la fête de l’Assomption 1253 : « ils en [de la cathédrale] firent sortir ceux qui assistoient aux offices divins, et là, ils exigèrent et reçeurent le jurement pour la ligue ». L’archevêque (et peut-être le chapitre) se réfugie à Chorges. La crise ne s’apaise qu’en 1256. Durant cette crise, une grande partie des biens du chapitre sont spoliés et les redevances semblent ne plus être payées. Le chapitre et l’archevêque mettront des années à faire à nouveaux appliquer leurs droits et auront du mal à récupérer les arriérés : en 1290, les dettes du diocèse sont telles que le pape autorise l’archevêque à utiliser pour leur remboursement la première année des revenus de tous les bénéfices ecclésiastiques, pendant trois ans (Hanne).

C’est peut-être pour marquer la paix retrouvée et l’avancée du chantier que Jacques de Sérène, ancien prévôt et archevêque d’Embrun, consacre la cathédrale le 11 juillet 1277. Mais cette date est incertaine car elle n’est mentionnée que par Peiresc, repris par Marcellin Fornier, corrigé par Paul Guillaume (Thirion) qui avait remarqué l’inadéquation entre la date de consécration et le nom de l'archevêque : Marcellin Fornier stipulait que la consécration avait eu lieu en 1377 alors que Jacques de Sérène était mort en 1286. Il est donc difficile de stabiliser une datation sur cette mention puisque Fornier a pu se tromper soit de date soit d’archevêque. En outre, il est vraisemblable que les crises successives que va connaître le chapitre entre 1150 et 1211 puis entre 1230 et 1255 ont eu un impact fort sur le chantier cathédral à cause non seulement de leurs répercussions sur les finances du chapitre mais aussi des troubles sociaux assortis de l’exil des chanoines qu’elles suscitèrent.

En 1289, une bulle papale accorde une indulgence d’un an et quarante jours à ceux qui visiteront la cathédrale d’Embrun aux fêtes de la Sainte-Vierge et de Saint-Marcellin (Regeste dauphinois…, t. II, p. 319, art. 13564). Ces indulgences qui se caractérisent par des apports financiers aux des chapitres pourraient être le signe d’un chantier encore en cours. En 1291, la pauvreté des chanoines est si évidente que l’archevêque leur offre 60 livres de sa mense afin de pouvoir faire des distributions quotidiennes aux non-prébendés (Regeste dauphinois…, t. II, p. 386, art. 13981 et 13982). La même année, il est décidé d’unir définitivement à l’office de la prévôté, la maison construite quelques années plus tôt par le prévôt Guillaume Pélisson. Cet acte permet d’offrir aux futurs prévôts du chapitre un avantage en nature qui n’existait pas jusque-là, moyennant 120 livres de redevance à payer au chapitre à chaque prise de possession. En 1295, le chapitre reste si pauvre que le nombre de chanoines prébendés – qui s’était élevé à 12 – est ramené à 10 comme aux origines (A.D. 05, G 185).

En 1306, Guillaume de Mangangot édifie une chapelle de deux travées contiguës (A.D. 05, G 188 et G 189). Puis, dans le premier tiers du 14e siècle, les finances du chapitre s’améliorent grâce aux miracles de l’image miraculeuse du Réal. Le premier miracle dont nous ayons conservé une trace a eu lieu en 1320. Puis, dans le deuxième quart du 14e siècle, le nombre de chanoines prébendés augmente considérablement : alors que le chapitre n’avait plus que dix prébendés à la fin du 13e siècle, ils sont 25 en 1342.

En 1333, une nouvelle bulle papale accorde cent jours d’indulgence à ceux qui visiteront la cathédrale aux quatre fêtes de la Vierge (Regeste dauphinois…, t. III, p. 855, art. 16982) et, comme au 12e siècle, de nombreuses fondations sont attestées. Cette dynamique des dons et indulgences pourrait témoigner d’un chantier encore en cours.

En 1392, Raoul Laurent – chanoine d’Embrun et de Sisteron, pronotaire apostolique (A.D. 05, G 193) édifie une chapelle en l’honneur de l’apôtre Saint-André (A.D. 05, G 189) ainsi qu’en atteste la pierre de fondation conservée dans l’actuelle chapelle Saint-Anne. Il est vraisemblable que cette chapelle était située au sud de la première travée de la nef.

En 1423, l’archevêque Michel d’Estienne donne quatre cents florins pour réaliser les verrières de l’église (Fornier, t. II, p. 282). Cette somme fut utilisée pour réaliser les vitraux de la rose occidentale dans laquelle figurent les armes de l’archevêque ainsi que celles de Geoffroy de Meingre, gouverneur du Dauphiné de 1399 à 1407.

En 1463, le chapitre entreprend la création des orgues accrochés au premier pilier nord de la nef (Galtier). Cette réalisation induit également la construction de la tourelle d’escalier qui, pour la première fois, permet d’accéder facilement aux parties hautes de l’église, en particulier au clocher.

En 1482, Louis XI accorde une rente de 4 000 ducats pour « élever, embellir et orner la fabrique de ladite église, laquelle déjà, de ce temps, estoit recommandable par miracles et par le service que journellement est célébré en icelle, ainsy que résulte de ladite bulle » (A.D. 05, G 290). En reconnaissance, les chanoines font réaliser le portrait du roi et de son fils, le futur Charles VII, sur le nouvel orgue (Galtier).

En 1503, maître Claude, peintre, répare les verrières de l’église (A.D. 05, G 278). En 1512, la sacristie est mentionnée pour la première fois (A.D. 05, G 325, G 345, G 198, G 302).

 En 1555, l’archevêque Balthasar Jarente donne la somme de 1 500 écus pour la construction d'une chapelle vitrée et ornée « en l'espace qui est entre la sacristie et la chapelle Saint-André », et, il avertit que son chapitre veut également édifier « un dôme ou portique à la porte de la grand'église » (A.D. 05, G 246). A partir de 1562, Jean de Challon, architecte et maître maçon, habitant la paroisse Saint-Pierre à Embrun, est chargé de la construction d’un « nouveau Réal » (A.D. 05, G 548). En 1570, 1571 et 1585, il fait valoir des quittances auprès du trésorier de la fabrique. En 1585, il touche 150 écus soleil d’or en diminution du "prys du prix faict du Réal de la dite église » et le 28 octobre de la même année, il est autorisé à percevoir des fermiers de la gabelle de Briançon la somme de 50 écus d’or soleil « deubz à la fabrique du Réal de ladite église » (Guillaume, 1888).

b- Les transformations de l’époque moderne

En 1585, Embrun est conquise par le duc de Lesdiguières qui dirige le soulèvement protestant. La cathédrale et ses archives sont pillées. De fait, le 17e siècle est consacré à la réparation des dégâts.

Ces réparations sont longues à se mettre en place car les archives ayant été volées, les chanoines ne peuvent plus faire valoir leurs droits auprès des communautés locales, en particulier celles du Queyras et du Briançonnais (A.D. 05, G 2775). Comme souvent au cours de leur histoire, l’argent manque jusqu’à ce qu’en 1600, le chapitre rachète les archives volées par les sieurs de l’Ollivier et du Faure pendant le pillage d’Embrun.

En 1602, François Rivet, maître maçon d'Embrun, refait le jubé (A.D. 05, G 551). Entre 1619 et 1621, Vincent Mouton, maître verrier d’Apt répare les vitraux dont ceux aux armes de l’archevêque Balthasar Jarente (aujourd’hui disparus) dans la chapelle sud tandis que Domenico Porta, originaire de Lugano, est engagé pour paver le chœur et la même chapelle (A.D. 05, G 558 et G 562). En 1627, certaines fenêtres dont les vitraux sont rompus sont, pour la première fois, plâtrées par maître Raimond, maçon d’Embrun (A.D. 05, G 562). En 1633, la flèche du clocher est reprise par Jean Raffini, Jean Guers, Anthoine Esquinabo et Baptiste Raton, potier qui a soudé le fer blanc de la pointe du clocher (A.D. 05, G 520). En 1635, la fenêtre percée dans le mur gouttereau de la première travée de la nef, face aux orgues, est obturée par Jean et Claude Raffin, gippiers (A.D. 05, G 581). En 1636, Claude Raffin, plâtrier, obture entièrement les trois baies du bas-côté sud et partiellement les six de la nef (A.D. 05, G585). En 1637, les absides latérales du chœur sont couvertes d’ardoises de Châteauroux par maître Rasmus (A.D. 05, G 584). Trois ans plus tard, c’est la couverture de la nef qui est refaite (A.D. 05, G 261). En 1644, Richard Noirat, vitrier, refait les vitres de la sacristie, celles de l’église et de celle au-dessus du grand autel (A.D. 05, G 590). En 1649, la toiture de la chapelle sud qui « estoit presque entièrement ruiné, pour estre la pluspart des ardoises et du bois pourri, [ce] qui causait la ruine de la peinture de ladite chappelle et partie de celle du grand autel » est reprise (A.D. 05, G 601). En 1650, les chanoines surélèvent le bâtiment de la sacristie pour créer une salle du trésor où entreposer leurs archives et une salle capitulaire (A.D. 05, G 599). En 1656, le vitrail de la baie percée à l’est de la nef, au-dessus du chœur, est entièrement démonté et refait par Richard Noirat (A.D. 05, G 616). En 1675, deux cloches sont fondues par maître Mariez dit Sedan. La fonte a eu lieu dans l’enclos des Cordeliers (A.D. 05, G 633). En 1682, « attendu le mauvais état de leur chambre capitulaire et de leurs archives exposées à être brûlées, les chanoines [établissent] […] leur chambre capitulaire et leurs archives au-dessus la petite sacristie appelée des vestiaires et destinent les deux chambres qui y sont l’une pour leur chambre capitulaire et l’autre pour leurs archives » (A.D. 05, G 2776).

 La cathédrale semble avoir été épargnée par les troupes de Victor-Amédée de Savoie qui ravagent le territoire en 1692, à l’exception des cloches qui sont emmenées. De ce fait, le 18e siècle compte peu de reprises. Pour celles à réaliser, le chapitre est obligé d’emprunter jusqu’à 20 000 livres avec des remboursements annuels d’environ 800 livres. qu’il ne peut acquitter qu’en imposant annuellement ses prébendés jusqu’à hauteur de 600 livres.

En 1700, le chapitre fait refaire le mur de clôture qui entoure le cimetière de la cathédrale afin d’éviter « le scandale des joueurs de boules et de paume ». En 1712, l’intérieur de l’église est réaménagé à cause de l’état de nombreux autels « mal placés et mal tenus ». Ainsi, l’autel Saint-Michel est supprimé et ses fondations sont transférées à l’autel Sainte-Anne ; l’autel Saint-Joseph et la confrérie des Agonisants sont transférés sur l’ancien autel Saint-Martin. La même année, le sieur Maillet, de Digne, fond une nouvelle cloche de 20 livres pour la cathédrale mais, moins d’un an plus tard, elle se révèle branlante et munie d’un marteau trop petit. A cette époque, le froid est si intense que « les prêtres ne peuvent célébrer en hiver qu’avec beaucoup de danger dans la grande église, c’est donc dans la chapelle Sainte-Anne [où ils célèbrent déjà l’office canonial] » que les messes sont dites (A.D. 05, G 2776).

Entre 1726 et 1728, Philippe Rostan réalise et installe une grille en lieu et place du jubé. Ces travaux semblent clore le réaménagement du chœur (A.D. 05, G673 ; Lemé-Hébuterne). En 1748, François Fouquet, archevêque prince d’Embrun et grand chambellan du Saint-Empire, finance la création du grand autel et de l’horloge du clocher (A.D. 05, G 2781). En 1785, le maçon Julien Eimery cercle le clocher qui a « été recrépi entièrement en dedans et en dehors et ayant été cimenté sur la moitié de la hauteur, à prendre du haut de la flèche, et la fourniture du ciment et le préjudice causé par le feu, qui a pris aux échafauds, occasionné par le charbon allumé dont on avoit besoin pour souder le fer blanc » (A.D. 05, G 730).  Les trois vaisseaux de la nef sont blanchis (Albert, p. 340-341).

c- Les reprises du 19e siècle

En 1842, le mémoire de l’architecte du département, Poulain, fait état du délabrement de la cathédrale : des murs latéraux ont été montés entre les colonnes du porche du portail nord pour lui permettre de rester debout, sa voûte est fendue, une colonne, une platebande et de nombreuses colonnettes sont fissurées. Les toits de la nef et des bas-côtés ont été construits sans fermes et appuyés sur les voûtes au moyen de petits piliers de maçonnerie. Les frises d’arcatures, la façade occidentale et les murs du clocher doivent également être repris. En 1843, des travaux sont entrepris pour pallier les désordres du Réal et de la toiture ; le reste des travaux est repoussé.

En 1852, la foudre abat le clocher. Entre 1858 et 1867, les vestiges de la flèche et les deux étages sont démontés et reconstruits. Pour éviter de futurs désordres, des arcs de décharge sont créés dans les murs gouttereaux de l’église et les piliers de la nef sont consolidés. En 1868, la façade occidentale, les charpentes et couvertures sont restaurées et, en 1891, le maître verrier Emile Hirsch restaure les vitraux de la rose occidentale.

Entre 1902 et 1909, certains contreforts sont repris et les couvertures de la sacristie, du bas-côté et de la chapelle sud sont refaits. En 1931, les fenêtres hautes de la nef et des bas-côtés sont partiellement réouvertes. En 1932, le badigeon blanc qui recouvrait la pierre depuis le 18e siècle est retiré. En 1967, Jean-Claude Rochette, architecte en chef des monuments historiques, prolonge les arcades de l’escalier qui mène à la galerie haute du chœur et rebouche la grande baie du pignon oriental de la nef (M.P.P., 81-5-5 et 82-05-1001).

 

B- Les sources iconographiques

a- La Ville d’Ambrun en Dauphiné de François de Belleforest

En 1575, dans sa Cosmographie universelle de tout le monde, François de Belleforest, publie une gravure représentant la ville d'Ambrun en Dauphiné à partir d’un dessin fait une vingtaine d’années auparavant. Au centre de sa composition, l’auteur représente le palais épiscopal avec sa fameuse tour brune. A ses côtés, la cathédrale semble plus menue. Il détaille particulièrement son flanc sud auquel deux édifices distincts sont accolés. Ils sont séparés par un espace vide dans l’intervalle duquel une porte semble percée pour donner accès à la cathédrale. La toiture de ces volumes est basse et s’appuie à mi-hauteur du mur : les fenêtres hautes de la cathédrale sont visibles. A l’extrémité sud, séparée de la dernière chapelle, une tourelle d’escalier a été représentée.

Cette représentation très schématique et lacunaire comporte de nombreuses erreurs de proportions mais elle est l’unique témoignage de l’architecture du flanc sud de la cathédrale et de la présence d’une « dent creuse » avant la construction de la chapelle Saint-Anne.

b- Le dessin d’Etienne Martellange conservé à l’Ashmolean Museum d’Oxford

En 1605, Etienne Martellange, le grand architecte jésuite, vient à Embrun pour participer à la construction du collège jésuite. Sur place, il réalise deux dessins recto-verso à la craie noire : l’un est une vue globale de la ville depuis les montagnes qui la surplombent (verso), l’autre une vue des jardins de l’archevêché (recto).

Ce dernier dessin montre au premier plan le chemin qui longe le roc bordé de constructions troglodytes ; au second plan, les jardins de l’archevêché et la façade sud du palais ; au dernier plan, la cathédrale.

La cathédrale est représentée depuis le sud-est. Etienne Martellange détaille particulièrement l’angle sud-est dont il représente les deux contreforts ainsi que la baie qui éclairait le bas-côté. Il représente également la tourelle d’escalier qui s’élève hors-œuvre pour donner accès au comble du bas-côté. Il figure l’abside centrale surmonté d’une grande baie en arc plein cintre. Sur le flanc sud de l’édifice, les toitures des différents volumes – bas-côté et chapelle Sainte-Anne – sont unifiées et les baies hautes de la nef sont déjà en partie obstruées.

Ce dessin réalisé quelques années après les guerres de religion, à une période où peu de restaurations post-pillage ont déjà été réalisées, nous montre la physionomie du chevet vers 1610. Une tourelle d’escalier hors œuvre couverte d’un appentis et un chevet avec une seule abside au niveau du vaisseau principal y sont figurés.

C- Critique d’authenticité du bâtiment actuel

Les archives conservées à la médiathèque du patrimoine et de la photographie attestent de l’ampleur des restaurations qui furent réalisées sur la cathédrale depuis son classement comme Monument historique en 1840. Outre les restaurations d’appareil réalisées à grande échelle, plusieurs changements d’importance ont eu lieu.

 

a- La reprise en sous-œuvre et la reconstruction des parties hautes du clocher

En 1852, le clocher dont l’état était préoccupant depuis plusieurs décennies est frappé par la foudre. La flèche s’écroule entraînant une partie de la corniche de la face sud.

Le chantier de reconstruction ne se limite pas à une renaissance de la flèche mais s’attaque au problème de stabilité de l’édifice qui, décennie après décennie, a obligé le chapitre de la cathédrale à mettre en place des cerclages et à murer les ouvertures, etc. Les ingénieurs dépêchés sur le terrain déplorent les caractéristiques techniques de l’édifice construit au-dessus du bas-côté sans fondation dédiées ou massif maçonné permettant de le soutenir (M.P.P. 81/5/5). Pierre Manguin, architecte attaché à la commission des Monuments historiques, préconise la reprise totale de la maçonnerie ainsi que la création d’un arc de décharge dans les murs gouttereaux de la première travée de la nef.

b-  La restauration du portail occidental

 Les photographies démontrent que la restauration au 20e siècle du portail occidental n’a pas été fidèle à l’original : le chapiteau originel qui formait un bandeau sommital unique reliant toutes les colonnettes d’un ébrasement, à la manière des pseudo-chapiteaux fréquents au gothique tardif, a été remplacé par des chapiteaux individualisés au-dessus de chaque colonnette. Ce choix change l’esthétique globale de la porte et brouille les analyses stylistiques et comparatives possibles.

 

c- L’ouverture en claire-voie dans le mur oriental du bas-côté sud

En 1965, l’architecte en chef des Monuments historiques obstrue une ancienne baie ouverte dans le mur gouttereau surmontant l’absidiole du bas-côté sud et la remplace par une arcature rampante dans le prolongement des deux arcs déjà existants.

La solution adoptée est mise en chantier dans la foulée. Ce choix contribue toujours un peu plus à l’assombrissement de l’édifice (MAP, 82-05-1001).

 [Cathédrale d'Embrun. Projet d'ouvertures dans le mur de fond du bas-côté sud], 1965.[Cathédrale d'Embrun. Projet d'ouvertures dans le mur de fond du bas-côté sud], 1965.

 

 

III- Description générale

 

A- L’implantation

Les bâtisseurs ont su exploiter au mieux la situation topographique de la ville et du quartier canonial pour construire la cathédrale. Elevée sur le bord du Roc, la cathédrale a bénéficié pendant de longs siècles de la présence du cimetière sur son flanc sud, présence qui a empêché la construction d’autres bâtiments et a permis de conserver la visibilité de l’édifice. Surplombant la vallée de la Durance, Notre-Dame-du-Réal annonce à plus dix kilomètres à la ronde la présence de la ville d’Embrun, siège de l’archevêché.

Si le site est idéal pour marquer la présence de l’église archiépiscopale dans la vallée, il marque également la prééminence de Notre-Dame dans la ville – car elle bénéficie de l’emplacement le plus haut par rapport aux autres paroisses – et l’isole naturellement. En effet, contrairement à de nombreuses cathédrales, Notre-Dame-du-Réal n’a jamais été entourée par un clos canonial hermétique qui séparait l’église majeure du reste de la ville. Seuls quatre bâtiments été bâtis sur son pourtour :

-         la maison commune des chanoines attestée dès le début du 13e siècle,

-         l’actuelle maison dite des Chanonges, vraisemblable maison d’un dignitaire de la cathédrale datée de la seconde moitié du 13e siècle,

-         la maison du prévôt – actuel presbytère – construite près de la porte ouest du cimetière entre 1270 et 1290,

-         et la maison de la chantrerie – élevée sur le bord du Roc sans doute au 14e siècle.

Aucun autre édifice n’est cité par les sources dans ce qui pourrait constituer l’enclos canonial. Pour autant, cela suffit à bâtir une séparation : à l’est, la présence du palais épiscopal ferme l’accès au quartier ; à l’ouest, la maison du prévôt garde l’entrée principale de l’église et les accès aux terrains vierges du Roc qui ne seront bâtis qu’au début de la Renaissance ; au nord, la maison des chanoines protège la porte d’accès principale au quartier ; au sud, le cimetière ouvre la vue sur la Durance.

La topographie de ce petit quartier est d’ailleurs habilement utilisée : si Notre-Dame est bâtie sur la partie la plus haute du promontoire, au même niveau que le palais épiscopal, à l’époque moderne, les chanoines ont créé sur le flanc nord une esplanade (à la place du talus originel) un parvis et un escalier situé dans le prolongement de la porte d’accès au quartier. En transformant le tertre sur lequel est érigée la cathédrale, les chanoines ont travaillé à une véritable mise en scène urbaine de l’Eglise triomphante.

B- Le plan et l’élévation générale

La cathédrale d’Embrun mesure 51 mètres de long en œuvre, 22 mètres de large en œuvre (hors chapelle Sainte-Anne) et 17 mètres de hauteur sous voûte. Le vaisseau central de sa nef, long de quatre travées oblongues, est accosté par deux bas-côtés. Chacun des vaisseaux bute à son extrémité orientale sur une abside ou une absidiole.  L’abside axiale est précédée d’une étroite travée voûtée en berceau.

Au sud de l’église s’élèvent une vaste chapelle et une sacristie. La chapelle Sainte-Anne forme un volume rectangulaire. Elle mesure environ 26 mètres de long sur 5 mètres de large. Dans son prolongement, la sacristie a deux travées et mesure 10 mètres de long sur cinq mètres de large. Elle permet d’accéder à une dernière salle fermée par un mur hémicirculaire qui s’appuie sur l’abside du bas-côté sud de l’église. Cette pièce englobe une tourelle d’escalier qui permet d’accéder aux combles des différents niveaux, à une salle haute ayant fait office de salle capitulaire et de salle du Trésor, et à une galerie aménagée entre les parois des murs gouttereaux du chevet.

a- Les accès extérieurs

Aujourd’hui l’accès à l’église s’effectue, au nord, par le portail du Réal qui est précédé d’un porche voûté en berceau brisé et à l’ouest par un portail percé dans la façade principale.

Deux autres accès ont été murés au fil des siècles : une porte en arc plein cintre percée dans la quatrième travée du bas-côté nord qui débouchait dans le chœur et une porte en arc brisé qui débouchait dans la première travée du bas-côté sud.

b- Le vaisseau central

Le vaisseau central de la nef a une élévation à deux niveaux, grandes arcades et fenêtres hautes. Les travées de son vaisseau central sont séparées par de gros piliers cantonnés de colonnes engagées sur des dosserets. Les colonnes latérales et les dosserets qui les soutiennent sont sommés de chapiteau qui reçoivent, pour les premiers, les rouleaux internes des arcs brisés des grandes arcades, pour les seconds, les rouleaux externes. Les colonnes tournées vers le vaisseau central s’élèvent pour recevoir, sur leur chapiteau, les retombées des doubleaux à profil quadrangulaire tandis que leurs dosserets reçoivent des voûtes d’ogives quadripartites. Ces dernières sont formées de trois tores fixés sur des bandes de type lombard. Leurs voûtains sont bâtis d’assises de schiste noir et de tuf ocre alternées qui confèrent à la voûte un spectaculaire effet graphique. Les voûtes sont montées sans formerets.

Les fenêtres hautes sont ébrasées et cantonnées à la lunette des voûtes. Les rouleaux externes de leurs arcs en plein cintre à deux voussures – bâties de pierres noires et blanches alternées – retombent sur les chapiteaux surmontant de colonnettes en marbre rose de Guillestre.

 

c- Les bas-côtés

Les bas-côtés sont quant à eux couverts de berceaux longitudinaux discontinus en arc plein cintre également bâtis avec des assises de schiste noir et de tuf alternées. Leurs murs sont rythmés par des arcades aveugles dans lesquelles sont percées des fenêtres basses semblables aux baies hautes de la nef. Chacune de leurs travées est délimitée par des colonnes engagées de schiste noir dont les chapiteaux ornés soutiennent les arcs doubleaux des voûtes. Ceux-ci sont également bâtis selon une alternance d’assises noires et blanches. De part et d’autre des demi-colonnes des supports centraux de la nef, des corbeaux, aujourd’hui inutilisés, sont encore en place.

Comme le vaisseau central, les bas-côtés se terminent par des absides. Entièrement bâties en schiste noir, celles-ci sont également précédées d’une travée droite. Leurs murs sont entièrement recouverts de boiseries qui ne permettent pas de distinguer un possible décor architectural. Dans l’absidiole sud, les boiseries laissent voir, sur le flanc sud, la porte d’accès à l’escalier des combles et, sur son mur nord, celle qui permettait d’accéder à un passage mural menant au chœur.

Sur l'élévation sud de l’édifice, s’élèvent une chapelle de trois travées voûtées d’un berceau cintré et une sacristie de deux travées voûtées d’ogives quadripartites. Ces constructions ont englobé une tourelle d’escalier qui était jadis hors œuvre.

 

d- Le chœur

La nef est séparée du chœur par un arc triomphal en arc brisé et par un important emmarchement. L’arc triomphal culmine deux mètres au-dessus des grandes arcades et retombe sur les chapiteaux des pilastres engagés de la travée du chœur. Le mur gouttereau qui le surmonte est séparé en deux parois pour laisser place à une étroite galerie. Les deux murs (intérieur et extérieur) avaient été percés par une baie. La baie extérieure a été détruite et le mur rebouché dans les années 1960.

L’abside, en léger ressaut par rapport à la travée droite, est rythmée d’une arcature comprenant cinq arcades. Aux extrémités, les arcades aveugles sont formées de deux arcs plein-cintre jumeaux retombant sur un culot central ; au centre, les trois arcades principales sont percées de fenêtres. Leurs retombées reposent sur les chapiteaux de colonnettes engagées. Une frise de boutons floraux ceint l’arase du mur sur laquelle la voûte en cul-de-four prend appui. Celle-ci est monté avec un soin et une régularité parfaite, alternant sur sa partie basse deux rangs de tuf, un rang de schiste et sur sa partie centrale un rang de tuf et un rang de schiste.

Les murs mitoyens entre l’abside axiale et les absidioles sont formés d’une double paroi au centre de laquelle d’anciens passages muraux ont été transformés en rangement.

C- L’apport des relevés contemporains

A l'occasion de cette étude d’inventaire, le service de l'inventaire de la Région Provence-Alpes-Côte-D’Azur a réalisé de nouveaux relevés des élévations ainsi que des plans de l’édifice. Contrairement aux plans régularisés réalisés par Jean-Claude Rochette en 1965 et utilisés par Jacques Thirion dans son étude de la cathédrale, ces nouveaux documents nous montrent toute la complexité d’une cathédrale construite par à-coups avec de nombreux changements de parti architectural.

Ainsi, les plans attestent d’un désaxement de l’édifice vers le nord, désaxement particulièrement accentué dans l’alignement des supports sud du vaisseau central. Ils permettent également de juger de l’irrégularité des travées. La travée orientale mesure 10,40 mètres sur 9,40 mètres tandis que la travée occidentale mesure 9,40 mètres sur 8,40 mètres.

La coupe longitudinale de la nef atteste que l’ouverture du chantier de la cathédrale n’a pas donné lieu à une phase de terrassement global de la surface à bâtir : l’édifice est bâti sur une pente qui plonge vers l’ouest. Ce relief naturel crée une différence d’altimétrie d’environ 1,20 mètre entre la première et la dernière travée de la nef. Malgré des adaptations nécessaires comme l’allongement des piles occidentales pour rattraper le niveau des chapiteaux hauts des piles orientales, la différence de niveau continue de se lire sur les voûtes : les voûtes des deux travées occidentales sont plus basses que les deux couvrements orientaux. Près d’un mètre les sépare. Pour rattraper ce dénivelé, les chapiteaux qui reçoivent les grandes arcades sont plus hauts à l’est qu’à l’ouest.

La coupe longitudinale révèle des différences dans la conception des supports et des travées. Les piliers des deux premières travées occidentales sont identiques : ils ont une largeur globale d’environ 3 mètres et le ressaut vers la nef est large d’1,80 mètre. En revanche, les piliers orientaux ne mesurent que 2,50 mètres de large et leurs ressauts côté nef n’ont qu’1,20 mètres large.

Le relevé montre également que l’absence d'arcs formerets au niveau des voûtes entraîne une irrégularité totale de la ligne des voûtains.

Enfin, cette coupe révèle l’inadéquation des chapiteaux aux ogives. Ce fait est particulièrement sensible sur les chapiteaux hauts placés à l’est des colonnes engagées des deux premières travées occidentales : ils mesurent près d’un mètre de large quand leurs homologues placés à l’ouest ne font que 80 centimètres. Ce fait résulte peut-être d’une précaution prise par les constructeurs pour s’assurer que les ogives trouveraient leur place sur les supports. A l’inverse, le relevé démontre l’étroitesse des chapiteaux du troisième support oriental qui semble inadaptés aux ogives.

Les coupes longitudinales sur les bas-côtés montrent les déformations importantes subies par les arcades aveugles qui rythment et raidissent les murs latéraux, à l’exception de celles de la première travée occidentale. Ces déformations ne sont pas issues des pressions exercées par des désordres dans la maçonnerie mais inhérentes à la construction ; en outre elles ne sont pas parallèles. Ainsi, sur le mur sud de la troisième travée et sur le mur nord de la deuxième travée, les arcs ont une curieuse forme à cause de l’insertion de segments droits. Ces coupes montrent également au sud un changement de parti architectural entre les trois premières travées occidentales des bas-côtés où les colonnes engagées sont posées au sol et la quatrième travée où un solin courant au bas du mur sert de socle au support. Enfin, les coupes longitudinales exposent la déformation des voûtes en berceau des bas-côtés ainsi que la différence de hauteur entre les supports centraux et les supports engagés des bas-côtés.

Les relevés réalisés par l'Inventaire apportent un éclairage nouveau. Grâce à eux, et nonobstant les différentes phases de construction marquées par des césures lisibles dans la maçonnerie qui seront décrites ci-dessous, il est possible de suggérer un changement de parti architectural au milieu de l’édifice avec la création de supports plus grands et la régularisation des hauteurs de voûte et de chapiteau. Ils suggèrent également que l’édifice actuel n’émane pas d’un projet architectural global qui aurait permis dès l’ouverture du chantier de libérer l’espace nécessaire et de terrasser toute sa surface.

Par ailleurs, la différence de longueur entre les trois travées orientales et la travée occidentale pourrait être le reflet de l’adaptation du chantier à son contexte urbain. Bien que le quartier cathédral ayant été très peu bâti, il est possible que le rétrécissement de la première travée occidentale, qui fut sans aucun doute la dernière travée bâtie, ait été motivé par la présence d’un bâtiment qui empêchait de s’étendre plus à l’ouest.

IV- Analyse architecturale du chœur et du chevet

Le chœur – espace liturgique – et son chevet – enveloppe extérieure du chœur – forment un ensemble distinct du reste de la cathédrale qui suggère une phase de construction homogène.

Toujours précédées par une travée droite, les trois absides hémicirculaires qui forment le chœur sont différenciées par un étagement marqué : les absidioles latérales, qui mesurent cinq mètres sur quatre mètres, sont moitié moins grandes que l’abside axiale (9 mètres sur 8,40 mètres). 

 

A- Le chevet et le mur nord de la quatrième travée de la nef

A cause des boiseries et des peintures murales ornant les murs intérieurs, les principes constructifs sont essentiellement appréciables sur les murs extérieurs. Ceux-ci sont construits en appareil de schiste noir de taille variable. Les pierres soigneusement taillées sont posées à joints vifs. En revanche, la mise en œuvre ne semble suivre aucun schéma rationnel. Bien qu’une alternance entre deux à trois lits successifs de moyen appareil et trois à six lits de petit appareil semble constituer la norme constructive, celle-ci est souvent rompue par l’insertion d’un à deux lits de très petit appareil et ces assises ne se suivent pas horizontalement d’un bout à l’autre de l’édifice. Au contraire, un examen attentif semble suggérer une construction pan par pan dans laquelle les dosserets servent de butoir au chantier en cours selon une méthode qui était déjà pratiquée au 11e siècle au chevet de l’église de la Paroisse à Savines-le-Lac ( référence documentaire IA05001701).

La construction du chevet semble avoir débuté depuis l’absidiole sud dont les pans ont été construits horizontalement et se lient parfaitement au mur d’accroche de l’abside principale. Celle-ci a ensuite été bâtie pan à pan depuis le sud. Ce n’est qu’à son complet achèvement que l’absidiole nord a été entreprise et l’appareil des murets d’accroche entre l’abside et l’absidiole nord – quoique très remanié – semble avoir conservé des césures de mise en attente. En revanche, l’appareil de cette dernière absidiole est parfaitement régulier et a été, semble-t-il, monté à l’horizontal sur toute la longueur du mur. Son dernier dosseret est liaisonné au contrefort plat qui termine le chevet, et dont la maçonnerie est liée au contrefort du mur latéral du bas-côté nord.

 

Le mur de l’abside principale est rythmé par de fines colonnettes engagées qui le sépare en cinq pans. Les trois pans centraux sont occupés dans leur partie haute par des baies en arc plein cintre dont la voussure intérieure est formée par un tore tandis que les deux suivantes sont angulaires. L’arc est mis en valeur par l’usage d’un très petit appareil de schiste et de marbre de Guillestre posé en alternance. Sur les pans latéraux, les baies sont remplacées par des arcatures aveugles dont l’appareil est similaire à celui des arcs des baies. Au-dessus de ce registre d’ouvertures, l’appareillage continue à utiliser marbre et schiste en alternance irrégulière. Le dernier registre de la composition est une arcature continue qui ceint toute l’abside et dont les petits arcs reposent sur des culots sculptés. Celle-ci est surmontée par une frise en dents de scie. Sur l’arase des murs, de petits massifs maçonnés ont été érigés pour soutenir la charpente. Des volets de bois sont installés entre chacun d’eux pour fermer le comble.

L’abside principale est séparée de la travée droite qui précède par un dosseret. La dernière assise de celui-ci présente une alternance de marbre et de schiste caractéristique de la partie haute de l’abside. Puis, cet appareil disparaît au profit d’une massive assise en schiste surmontée d’un très petit appareil dont les pierres rectangulaires ne mesurent qu’une dizaine de centimètres de haut. La rupture entre les deux appareils est très nette sur les deux premières assises.

L’abside principale est accrochée au mur de la nef. Celui-ci est plat et forme un ressaut par rapport aux bas-côtés. Il est bâti avec un appareil en schiste de forme irrégulière monté à joints vifs, à l’exception de sa partie centrale reprise lors de l’effacement de l’ancienne baie axiale dans les années 1960. Trois fentes rectangulaires sont percées au-dessus de la toiture de l’abside dont l’ancien bourrelet d’appui, encore visible, témoigne d’un abaissement et d’un changement de pente de la toiture.

Le mur pignon du vaisseau central est aussi marqué par une irrégularité d’appareillage. Une césure existe au niveau de l’axe de l’abside entre le « grand » appareil qui se trouve sur le côté sud du mur et les petit et moyen appareils utilisés au nord. Ce changement d’appareil crée un décalage d’assises. L’unité ne revient qu’au niveau de l’assise qui surmonte les ouvertures éclairant le passage intérieur. Au-dessus, la partie haute du mur est uniquement construite en petit appareil. Sa partie centrale, en calcaire blanc, a été obturée dans les années 1960 à la demande de l’Architecte en Chef des Monuments Historiques Jean-Claude Rochette.

Les absidioles sont quant à elles rythmées de petits dosserets sommés de chapiteaux. Au sud, ceux-ci sont ornés de cœurs, au nord, de feuilles plates recourbées. Entre chaque paire de chapiteaux, deux arcs reposent sur un culot sculpté. Une frise en dents de scie ceint l’arase du mur. Les absidioles étaient percées de baies axiales en arc plein cintre qui sont aujourd’hui murées par du plâtre à cause de la mise en place des boiseries.

Les murs gouttereaux qui surmontent les absidioles sont percés de baies en arc plein cintre à ébrasements droits très peu profonds. Sous la baie du mur gouttereau nord, un ancien larmier bâti en appareil alterné de schiste et de marbre blanc assurait jadis la liaison entre la toiture de l’absidiole et le mur. Il atteste d’un rabaissement de cette toiture.

 

B- Le chœur architectural et la quatrième travée de la nef

Le chœur architectural semble en partie lié à la quatrième travée de la nef.

 

a- Le chœur architectural

Abside et absidioles sont précédées d’une travée droite. Dans le vaisseau central, celle-ci a 4 mètres de profondeur, sur les vaisseaux latéraux, 2 mètres. La présence de ces travées a permis d’aménager au rez-de-chaussée d’anciens passages muraux qui ont été transformés en rangement. Les entrées du passage sud sont visibles de part et d’autre du mur : l’une est fermée par une porte aménagée dans la boiserie des stalles, l’autre est bouchée à cause de la mise en place des boiseries dans l’absidiole sud mais sa partie basse est toujours perceptible.

Dans l’absidiole sud, une autre porte ouverte dans l’ancien mur extérieur donnait accès à un escalier à vis couvert d’une voûte de Saint-Gilles grossièrement exécutée. Cet escalier mène aux parties hautes des différents vaisseaux et en particulier au passage aménagé dans la double paroi des murs pignons des vaisseaux de la nef.

Ancienne porte entre l'abside axiale et l'absidiole sud.Ancienne porte entre l'abside axiale et l'absidiole sud.

En haut de l’escalier, une rampe a été mise en place pour parvenir à un passage mural qui occupe toute la longueur du pignon central. Elle est éclairée sur le bas-côté par quatre arcades rampantes retombant sur les chapiteaux de fines colonnettes. Les arcades supérieures sont une création de Jean-Claude Rochette, les arcades inférieures semblent d’origine. Le chapiteau qui soutient les retombées des deux dernières a un motif d’entrelacs circulaires très simple. Une seconde rampe aujourd’hui bouchée permettait d’accéder au comble du bas-côté sud. A son débouché, il subsiste un aménagement qui pourrait correspondre à un palier.

Le passage du mur pignon s’ouvrait sur la nef et sur le bas-côté au moyen d’arcatures et sur l’extérieur par trois petites fentes qui diffusaient la lumière dans l’église. Le percement d’une large baie, vraisemblablement au 17e siècle, a offert une solution à l’assombrissement progressif de l’église. Cette baie d’une hauteur unique dans la cathédrale a bénéficié du rehaussement du mur pignon à la faveur de la construction des voûtes. Cette reprise est parfaitement visible dans l’angle sud-est où la disparition du décor peint dévoile l’arc de la lunette de la voûte originelle surmonté de six rangs de pierre.

 

b- La quatrième travée de la nef

L’analyse de l’appareillage des murs du chevet a mis en évidence la liaison des assises de l’abside nord avec celles des contreforts du mur nord. Cette liaison se poursuit, en partie basse du mur sur toute la quatrième travée de la nef. En revanche, une rupture apparaît au niveau de la baie à la suite d’une mise en attente de l’appareil juste après le contrefort oriental. A l’intérieur, la rupture est moins flagrante mais les changements de gabarit restent repérables. En particulier, sur la partie occidentale de la travée où un grand appareil carré a été mis en place après huit assises de petit appareil et trois de moyen. Un rang de calcaire blanc, dont il ne subsiste que quelques pierres, avait probablement été mis en place sous la corniche.

De l’autre côté, au sud, la rupture d’appareil est plus lisible avec la mise en place d’un très gros appareil carré sur la majeure partie de l’élévation du côté oriental et l’utilisation d’un appareil plus petit juste avant la baie. La présence d’un lit de pierre calcaire blanc dans la partie haute est également plausible.

Enfin, les voûtes en berceau des travées orientales des bas-côtés témoignent de plusieurs changements de parti. Ainsi, au-dessus de la corniche du mur sud, cinq assises de très petit appareil de schiste noir ont été mises en œuvre dans le prolongement du mur, sur toute la longueur de la travée. Cette disposition diffère de la mise en œuvre de la voûte elle-même en appareil de tuf et de schiste alterné par ligne. Au nord, les premières assises sont en appareil alterné mais la taille des pierres est plus petite que celle qui compose l’arc de la voûte.

 

Dans le vaisseau central, les murs sont correctement liés au gouttereau oriental au niveau des grandes arcades mais la liaison, assurée par la régularité des assises, semble se perdre au niveau des culots d’angle qui reçoivent les retombées des voûtes dont l’insertion a également causé une reprise de l’appareil. Néanmoins, la régularité des lignes des joints semble rompue et s’accompagne d’un changement d’appareillage avec la réapparition de pierres de calibre moyen au-dessus du bandeau horizontal qui annonce la lunette des voûtes. Cette perception est peut-être due aux vestiges du décor peint qui ornait le pignon oriental. Le relevé pierre à pierre qui permettrait de s’en assurer n’a pas pu être réalisé durant cette étude.

 

c- La porte extérieure

Sur le mur nord, une porte en arc plein cintre est percée à proximité du contrefort oriental. Sa localisation empêche la complétude de son arc.  Celui-ci a trois voussures : la première est un simple tore, les deux autres sont plus complexes alternant concavités, tores et surfaces planes. La dernière voussure est en marbre rose. Les retombées des arcs reposent sur les tailloirs sculptés de rinceaux qui surmontaient des colonnettes aujourd’hui disparues. Entre les colonnettes, l’ouverture mesure à peine 0,60 mètre de large.

 

B- Conclusion partielle et proposition de datation

Bien que très restauré, le chevet de la cathédrale est riche d’enseignements grâce à sa mise en œuvre qui témoigne de nombreux arrêts et reprises, mais également de changements dans la technique de mise en œuvre. Celle-ci diffère avec celle de l’abbaye de Boscodon (référence documentaire IA05001704) et du prieuré Notre-Dame-des-Baumes (référence documentaire IA05001707). Dans ces deux édifices locaux datés de la seconde moitié du 12e siècle, le chantier a été organisé et rationnalisé comme en témoignent la régularité parfaite des pierres et de leur mise en œuvre. En comparaison, la maçonnerie du chevet de la cathédrale semble complètement désordonnée. Certes, la mise en œuvre de la pierre de taille reste maîtrisée avec, en particulier, un assisage à joints vifs mais elle a évolué et semble mêler les différents gabarits de pierre sans distinction ou logique d’organisation dans la construction. Alors que notre étude propose de dater la construction de l’abbatiale de Boscodon entre 1140 et 1175, et celle de la priorale de Notre-Dame-des-Baumes durant la seconde moitié du 12e siècle, le chantier du chevet de la cathédrale d’Embrun, par ses caractéristiques de mise en œuvre, pourrait dater de l’extrême fin du 12e siècle voire du début du 13e siècle à une époque où l’utilisation de la pierre équarrie et ses techniques de mise en œuvre sont suffisamment maîtrisées dans l’Embrunais pour que les maîtres d’œuvre s’autorisent des écarts dans la régularité de la mise en œuvre (Camuffo).

Par ailleurs, les diverses ruptures que comptent les pans de l’abside axiale, le pignon du vaisseau central et les murs latéraux de la quatrième travée de la nef suggèrent que ce petit chantier du chœur reflète dans son appareil les tensions financières et politiques qui secouent le chapitre d’Embrun de la fin du 12e siècle au début du siècle suivant. En outre, elles peuvent remettre en cause l’hypothèse de Jacques Thirion sur le travail d’ateliers venus d’outre-monts auxquels les archevêques auraient fait appel (Thirion, 1970) : comment imaginer qu’un atelier itinérant resterait sur place en l’absence de rémunération et pendant une période de troubles ?

La présence de colonnettes engagées est également un élément caractéristique de la cathédrale d’Embrun car c’est un unicum dans l’Embrunais. Le seul exemple repéré – dans un style beaucoup plus massif – est celui de la chapelle Saint-Jean de l’Argentière, située à une trentaine de kilomètres d’Embrun, dans le Briançonnais. Cette chapelle pourrait avoir été construite à la suite du chœur de la cathédrale. Plus éloignée, l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de la Grave présente également un chevet à colonnettes et arcatures. Il a été daté par Jacques Thirion du 11e siècle mais l’utilisation de l’appareil équarri pourrait plaider pour revoir sa datation à la hausse. Ce bâtiment se différencie du chevet cathédral par l’absence de dosseret sous colonnettes engagées et par la taille de celles-ci. A Embrun, le support semble presque décoratif tant il est fin.

Présentes sur des édifices aussi divers que les églises Santa Maria Assunta de Castell’Arquato (Italie, Emilie romagne), Santa Maria la Nueva de Zamora (Espagne) et la basilique Santa Giulia de Bonate Sotto (Italie, Lombardie) datées du 12e siècle, l’église Saint-Jean de Saverne bâti dans le 3e quart du 12e siècle ainsi que la cathédrale Santa Maria Assunta de Saint-Florent (Haute-Corse) et l’église de Castello di Andora (Italie, Ligurie) datées du 13e siècle, ces colonnettes ne constituent donc pas un marqueur de datation précis. En revanche, elles permettent de remarquer une mutation du thème sur la cathédrale d’Embrun où elles sont engagées dans les retombées des arcatures formant dosserets. Elles sont donc un élément plus décoratif que structurel et leur module a rétréci, plus étroit encore que celui de la cathédrale de Saint-Florent. Le rapport entre ces deux bâtiments ne se limite d’ailleurs pas à cet élément décoratif mais également à la technique de mise en œuvre puisqu’aucune régularité de l’appareil tant en module qu’en positionnement n’existe sur le chevet corse. Ces arguments plaident sans doute pour rehausser la date de début de construction du chevet de la cathédrale d’Embrun au début du 13e siècle.

La présence de passages muraux au niveau du sol et dans les parties hautes est également un élément fort de cette architecture. Les passages hauts associés à une tourelle d’escalier hors-œuvre semblent marquer l’abandon ici du parti romain – qui prévalait dans la région au 11e siècle – des escaliers dissimulés dans les murs tout en conservant la mise en place de rampes intérieures dans les murs gouttereaux. S’ils autorisaient la déambulation vers des parties non accessibles, ces passages ont également fait l’objet d’une mise en valeur avec la création d’une arcature sur le mur pignon oriental qui évoque évidemment les recherches sur les passages muraux faites par les bâtisseurs durant l’époque romane. Sans perturber la lecture à deux niveaux de l’élévation future de la nef, l’arcature crée un niveau ajouré bas. Il est difficile à ce stade de savoir si cette disposition est un projet original uniquement décoratif ou le préalable à un projet différent de l’élévation actuelle de la nef. En tout cas, ce dispositif escalier/passages muraux permettait d’accéder aux différents combles de l’édifice et a été pensé dès l’origine du projet. Il est même vraisemblable que jusqu’à la construction de la tourelle des orgues, il fut l’unique voie d’accès vers le clocher et le comble de la nef.

Par ailleurs, la présence d’un soleil peint sur la voûte de la rampe d’escalier aménagé dans le pignon du bas-côté sud suggère que ce passage a pu être utilisé à une époque (probablement le 17e siècle) pour d’autres tâches que le nettoyage ou les réfections des parties hautes, et par des personnages plus « importants » que des manœuvres.

V- Analyse architecturale de la nef

La relative homogénéité stylistique de l’élévation de la nef cache de nombreux détails suggérant des changements de parti, des tâtonnements et des maladresses.

A- Les supports

Les gros piliers asymétriques, munis de ressaut vers le vaisseau central et cantonnés de colonnettes engagées qui soutiennent l’élévation ont une différence de taille suffisamment importante pour laisser penser à un changement de parti architectural en cours de chantier. Les piliers occidentaux mesurent au niveau du socle 50 centimètres de plus que les piliers de la dernière travée orientale et cette différence se répercute également sur la taille du dosseret tourné vers le vaisseau central et de ses chapiteaux. Chaque pilier est bordé sur son côté occidental par une césure dans l’appareil des murs gouttereaux.

Outre ces différences de taille et de formes, d’autres détails sont à prendre en compte comme les différences de forme de socle. Le socle des piliers de la première travée se composent d’un empilement de massifs rectangulaires à retraits successifs individualisant les différents éléments du support établis sur une grosse semelle carrée ; celui de la seconde paire de support, de massifs à retrait successifs sur une semelle octogonale ; celui de la troisième paire de supports, un bloc unique massif chanfreiné qui suit la forme du support.

Les bases des supports sont également très différentes. Sur les piliers orientaux, elles forment un bandeau continu qui lie les différents éléments du support mais leur profil diffère selon l’organe avec une accentuation de l’empâtement de la plinthe et de la profondeur de la gorge sous les colonnes engagées associée à la présence de griffes. Sur la paire de supports médians, l’empâtement des plinthes est moins prononcé, la gorge devient plus droite et les griffes ont disparu. Pour la première paire de supports occidentaux, la base est moins haute, la plinthe encore moins longue mais les griffes réapparaissent. Elles sont néanmoins plus petites avec un travail de sculpture moins précis.

Enfin, l’examen des colonnes engagées suscite de nombreux questionnements. En effet, leurs tambours sont rarement de même hauteur que les assises des dosserets sur lesquelles elles reposent entraînant des décalages plus ou moins importants des joints. Dans d’autres endroits, ils semblent non pas engagés mais adossés à l’instar de ce qui existe dans la nef de la priorale Notre-Dame-des-Baumes (référence documentaire IA05001707). Certains supports semblent d’ailleurs composés d’assises engagées et collées. Une étude approfondie de la maçonnerie permettrait de mieux comprendre la technique constructive utilisée. Tous ces éléments se retrouvent également dans les supports engagés des bas-côtés.

Les chapiteaux sont également un organe différenciant des supports. Le décor est formé de motifs géométriques ou végétaux. Les figures anthropomorphes d’origine mythologique (sirènes, géants) ne se retrouvent qu’au revers de la façade occidentale. Le motif le plus emblématique est une répétition de cœurs en moyen relief qui s'inspirent sans doute d’une évolution du motif des pommes de pin sculptées sur les culots de l’abside.

Outre leur sculpture, les chapiteaux participent au décor par l’utilisation de matériaux tantôt monochromes tantôt bichromes, et par leurs tailloirs tantôt lisses, tantôt ornés de boutons floraux. Néanmoins, à de rares exception près, la symétrie semble totalement absente et le choix des motifs, de la couleur, ou du type de tailloir semble relever du hasard. Aucun « programme » n’a pu être identifié durant cette étude. Un approfondissement du sujet pourrait peut-être apporter d’autres éléments de compréhension.

 

B- Murs et arcades

Les bâtisseurs ont fait le choix d’ouvrir des arcades en arc brisé à double rouleau réduites à leur plus simple expression par l’absence totale de mouluration. Elles sont en revanche mises en valeur par des claveaux noirs et blancs placés en alternance.

Les relevés réalisés pendant l’étude rendent compte des tâtonnements dans la mise en œuvre avec des décalages entre les clefs des deux rouleaux et des décentrages des arcades par rapport à l’axe médian des travées.

Au-dessus des arcades, les murs gouttereaux sont bâtis en appareil de schiste de taille variable monté à joints vifs. Comme sur le mur du chevet, la maçonnerie alterne des rangs de moyen et petit appareil sans que l’on puisse distinguer un schéma d’organisation rationnelle. Il est même fréquent que la taille des pierres varie au sein d’une même assise sans que cela semble lié à une restauration ultérieure. Ce mode constructif révèle non seulement les arrêts longs et reprises de chantier mais également des micro-changements au sein d’une phase de construction qui pourraient avoir été provoqués par l’approvisionnement en pierre.

Enfin, l’absence totale d’arc formeret pour raidir les murs et participer à la dynamique de la voûte interroge d’autant plus que ces arcs sont en usage en Italie dès le 11e siècle. S’agit-il d’une incompréhension ou d’une méconnaissance des bâtisseurs ? D’une fidélité à une erreur répétée pour ne pas gâcher l’harmonie esthétique de l’élévation ? Quoi qu’il en soit, cette absence semble contredire l’hypothèse de Jacques Thirion sur l’emploi d’ateliers itinérants en provenance d’Italie car les ateliers qui ne savent pas construire une voûte d’ogives durant le 13e siècle sont rares.

Les murs des bas-côtés ont également été bâtis en appareil de schiste de taille variable monté à joints vifs. Une fois encore, la maçonnerie alterne des rangs de moyen et petit appareils sans que l’on puisse distinguer un schéma d’organisation rationnelle. Au contraire, de nombreux désordres, reprises, tâtonnements sont visibles.

Les plus frappants d’entre eux concernent les arcades aveugles qui occupent la largeur de chaque travée. Ces arcades, forme courante dans l’architecture, ont une fonction primordiale pour la stabilité de la cathédrale. En effet, l’édifice n’est consolidé que par des contreforts peu saillants. Aucun arc-boutant n’a jamais été mis en place. L’équilibre repose donc sur les voûtes des bas-côtés et les arcades aveugles incluses dans les murs extérieurs qui raidissent la maçonnerie. Pourtant, les déformations et l’imprécision du tracé de leurs arcs visibles à l’œil nu interrogent sur le savoir-faire des maçons. Seules deux arcades ont une courbe parfaite, l’arcade de la première travée du bas-côté nord et celle de la quatrième travée du bas-côté sud. Toutes les autres ont des déformations plus ou moins importantes. Celles-ci sont particulièrement sensibles dans la troisième travée du bas-côté sud et dans la deuxième travée du bas-côté nord où les arcs ont un segment droit en lieu et place d’un arc de cercle.

Les petites déformations constatées ne semblent pas dues à la pression exercée par les forces mécaniques de l’architecture mais bien à une imprécision dans la construction des arcs. Quant aux segments droits des arcs aveugles de la seconde travée nord et de la troisième travée sud, ils sont liés à des césures d’appareil, des ruptures de chantier et semble procéder, d’une technique courante sur le secteur, mise en œuvre sur d’autres édifices comme Notre-Dame-des-Pommiers de Sisteron ou Notre-Dame-du-Bourg de Digne-les-Bains.

Enfin, les murs témoignent également d’un changement esthétique tel le damier de pierre de tuf mis en place sur le mur des quatrième et troisième travées nord.

Appareil en damier entre la quatrième et la troisième travée du bas-côté nord.Appareil en damier entre la quatrième et la troisième travée du bas-côté nord.

A l’extérieur, sur le mur nord, les désordres de maçonnerie sont nombreux : des césures nettes de l’appareil après les contreforts des travées orientales et des irrégularités de la mise en œuvre qui rompent de nombreuses fois le caractère rectiligne des assises. 

Les murs sont néanmoins unis par des frises d’arcatures retombant sur des modillons ornés et par les frises en dent de scie qui les surmontent.

 

C- Les baies

L’assombrissement progressif de la cathédrale depuis le 17e siècle ne permet plus aujourd’hui de percevoir l’intensité lumineuse que dispersait les nombreuses baies ouvertes dans les murs hauts et bas mais également dans les pignons orientaux et la façade occidentale de l’édifice.

Les baies du vaisseau central sont placées très haut, à l’extrémité du mur. Leur arc en plein cintre n’a qu’un seul rouleau aux claveaux bichromes qui retombent sur des chapiteaux ornés. Les colonnettes qui les soutiennent ont des fûts de marbre en délit. Les ébrasements biais sont profonds. Les baies ont des largeurs similaires. En revanche, leur hauteur s’allonge d’est en ouest. Ainsi, les baies de la quatrième travée mesurent approximativement 2,40 mètres ; celles des deux travées médianes font 2,80 mètres ; celles de la première travée atteignent 3 mètres.  

Cet agrandissement progressif des baies existe également dans le bas-côté sud passant de 3,20 mètres pour les baies orientales à 4 mètres pour les baies occidentales. Les baies du mur sud subissent également un recentrage : alors que la baie orientale est placée à la limite des voûtes, celles des travées suivantes sont repositionnées au centre de la lunette de l’arc. En revanche, côté nord, les baies subissent un rétrécissement, peut-être pour protéger la cathédrale du froid mordant de l’hiver. 

La recherche d’éclairage naturel a également amené les chanoines à percer une baie en arc brisé dans la paroi extérieure du mur pignon oriental du vaisseau central, détruite dans les années 1960. Percement qui a occasionné la destruction de l’arcature du passage mural de ce même pignon et son remplacement par une large ouverture. Des baies en arc plein cintre ont également été percée dans les murs pignons orientaux et occidentaux des bas-côtés. Si les baies occidentales ont un type proche de celui des baies latérales, à l’est, elles sont d’un modèle très différent avec des ébrasement droit peu profond et une absence de colonnettes pour recevoir les retombées de l’arc.

 

D- Les voûtes

Deux types de voûtes existent dans la cathédrale : des voûtes d’ogives quadripartites dans le vaisseau central et des voûtes en berceau longitudinal discontinu dans les bas-côtés .

Dans le vaisseau central, les voûtes reposent sur des ogives composées d’une bande de profil rectangulaire, type bande lombarde, recouverte de trois petits tores. Les voûtains sont formés d’assises de tuf et de schiste alternées créant une bichromie géométrique dont l’effet graphique a fortement marqué les différents contempteurs de la cathédrale. Les extrados ont une forme ovoïde semblable à celle d’un berceau.

L’effet esthétique des voûtes cache de nombreux détails qui révèlent peut-être des phases distinctes de construction. Ainsi, il subsiste au bas de l’ogive nord-est de la troisième travée, neuf assises d’une ogive d’un autre modèle : une ogive formée de deux grosses moulures toriques comme il s’en trouve dans les salles capitulaires des abbayes de Silvacane ou de Sénanque. Outre la différence de forme, ce vestige n’a pas la même orientation que les ogives actuelles : à l’œil nu, il semble que son tracé aurait donné des voûtes plus plates que celles actuellement en place.

Elévation nord de la troisième travée du vaisseau central permettant de percevoir le changement de forme des ogives dans l'angle nord-est.Elévation nord de la troisième travée du vaisseau central permettant de percevoir le changement de forme des ogives dans l'angle nord-est.

Des différences sont également sensibles dans le dessin des voûtains. Les voûtains de la quatrième travée fonctionnent deux à deux en opposé. Ainsi, les voûtains est-ouest ont un motif formé de deux assises de schiste pour une assise de tuf et leurs assises sont horizontales depuis la naissance des ogives malgré un changement notable de taille de pierre et de technique de pose à l’incurvation de l’arc. Les voûtains nord-sud sont formés par l’alternance d’une seule assise de schiste et d’une seule assise de tuf mais le gabarit des pierres est plus étroit donnant une sensation d’accélération du motif. En outre, les assises sont biaises sur toutes les parties latérales et deviennent perpendiculaires au mur uniquement dans la partie centrale des voûtains. Ces changements techniques s’accompagnent d’une forte déformation des ogives.

Dans les travées occidentales, le dessin est plus rationnel avec la mise en place d’une alternance tuf/schiste à chaque rang de pierre. Cela n’a néanmoins pas permis d’obtenir un dessin linéaire : d’une voûte à l’autre, les lignes noires ou blanches ne se suivent pas à cause de l'irrégularité des gabarits des pierres.

Les bas-côtés sont couverts de voûtes en berceau plein cintre qui, comme les voûtes du vaisseau central, conservent des détails remarquables. Dans la travée orientale du bas-côté sud, six assises d’un petit appareil de schiste noir forment la partie basse de la voûte. Elles se prolongent sur environ un mètre de long de l’autre côté du doubleau avant d’être remplacées par des assises de moyen appareil alternées (tuf et schiste). Cette transformation de la maçonnerie marque une (ou plusieurs) césure dans le chantier mais ne se retrouve pas dans le bas-côté nord où l’appareil est directement composé d’assises alternées. En revanche, la voûte de la troisième travée du bas-côté nord commence par trois assises alternées de grand appareil qui disparaissent ensuite au profit d’assises en moyen et petit appareils. Il y a donc au sein de phases de chantier qui devraient être homogènes des changements de parti dont la cause nous échappe.

Comme dans le vaisseau central, les lignes horizontales des voûtes ne sont jamais continues d’un bout à l’autre des vaisseaux révélant une avancée travée par travée.

Ces changements et reprises doivent être mis en rapport avec la présence de corbeaux de part et d’autre de chacun des chapiteaux qui somment les colonnettes engagées des supports centraux. Ces corbeaux ont pu soutenir les sablières d’une charpente apparente ou avoir été mis en place pour soutenir le cintre lors de la construction des voûtes2. Leur présence est l’une des seules constantes qui puisse être repérée dans la mise en œuvre de la cathédrale.

Corbeaux entourant le chapiteau d'une colonne engagée du bas-côté nord.Corbeaux entourant le chapiteau d'une colonne engagée du bas-côté nord.

E- Les combles

Le comble du bas-côté sud est le plus accessible grâce à la présence de la tourelle d’escalier en vis de Saint-Gilles. Il permet de conforter les constats déjà réalisés dans l’église : chaque travée a fait l’objet d’une phase de chantier ; au moins deux projets – plus vraisemblablement trois – se sont succédés. Ainsi, sur le mur de la quatrième travée, un cordon mouluré court au bas de la baie haute. Il continue sur le contrefort et s’arrête à la rupture d’appareil qui suit celui-ci. Sur le mur de la troisième travée, le premier cordon disparaît au profit d’un second placé au-dessus de la baie. Il sert aujourd’hui d’appui à la toiture. Il continue ensuite sur le mur de la deuxième travée puis disparaît complètement sur celui de la première travée.

Le comble permet également de voir le mur de parement intérieur de la façade occidentale et le blocage qui le suit. Le mur de parement a aujourd’hui un profil en pas-de-moineau. Sans étude plus poussée, il n’est pas possible de déterminer si cette forme est d’origine ou si elle résulte de modifications ultérieures.

Les combles de la chapelle Sainte-Anne et de la sacristie sont également accessibles par l’escalier à vis. Dans cet espace, la voûte de la chapelle Sainte-Anne saille d’environ deux mètres au-dessus de la voûte de la sacristie aveuglant partiellement les baies. Le comble de la sacristie a été aménagé grâce à un pavage et à des cloisons légères.

Extrados de la voûte de la chapelle Sainte-Anne.Extrados de la voûte de la chapelle Sainte-Anne.

Dans le comble du vaisseau central, la présence de voûtes d’ogives n’est pas perceptible : le profil caractéristique des leurs extrados a été remplacé par celui d’un berceau. Ce phénomène est peut-être lié aux problèmes de statique générés par l’absence de formerets et le besoin de charger la voûte. A moins qu’il ne soit une consolidation de la une voûte sur laquelle repose directement la charpente.

 

F- Conclusion partielle et proposition de datation

Comme pour le chevet, les multiples changements de parti et césures d’appareil témoignent d’une avancée de chantier extrêmement fastidieuse et longue pour un édifice cde dimension moyenne. Chaque travée de la nef correspond à une phase de chantier et des micro-coupures ont également pu intervenir. Une étude plus fine avec un relevé pierre-à-pierre du bâti intérieur pourrait faire la lumière sur les difficultés du chantier.

Comme cela avait déjà été relevé, il ne semble pas qu’un véritable projet d’ensemble ait été édicté lors de l’ouverture du chantier du chevet. Aucune planification ayant entraîné une rationalisation du chantier ne peut être relevée ni dans les gabarits des pierres ni dans leur mise en œuvre ni même dans les détails architecturaux de la cathédrale. Les transformations relevées à chaque travée montrent que, tout en conservant une esthétique globale, maîtres d’œuvre et maçons ont fait évoluer le canevas à chaque phase : changement de hauteur globale et de largeur des supports, changement de décor de l’appareil, changement de position et de formes des baies, etc. La seule constante semble résider dans l’imprécision et l’empirisme de la construction : hauteurs différentes des chapiteaux, absence de formerets, imprécision du dessin des voûtes, déformation des arcs raidisseurs des murs extérieurs, etc.

Ces constats interrogent sur la provenance et la formation des maîtres d’œuvre : il est difficile d’imaginer des ateliers itinérants qualifiés traiter avec si peu de rigueur une cathédrale archiépiscopale.

Ils permettent également d’envisager un chantier beaucoup plus long que ne le supposait Jacques Thirion. Un chantier que l’on peine à achever, où chaque phase ne peut se concrétiser que par la réalisation d’une travée – laquelle est peut-être même laissée inachevée –, pourrait s’étendre sur de nombreuses décennies en fonction des différentes crises politiques, sociales et financières. Ainsi, la construction laborieuse de la nef pourrait être le reflet de la crise politique majeure qui s’ouvre dans les années 1230 et se continue jusqu’au milieu du siècle. Durant cette crise politique, le chapitre est obligé de s’exiler avec l’archevêque dans le palais de Chorges et ne peut toucher ses loyers. Dans ces conditions, la construction n’a pu que s’arrêter et le chantier s’étirer jusqu’à la seconde moitié du 13e siècle au moins. Cette hypothèse est par ailleurs cohérente avec la possibilité d'une datation de l’ouverture du chantier de la cathédrale vers l’extrême fin du 12e voire le début du 13e siècle.

Les voûtes du vaisseau central sont l’élément divisant de la cathédrale, entre les tenants d’une construction a posteriori (Thirion, Jullian) et ceux d’un projet originel (Dupuis). Chacun se retrouvant néanmoins pour affirmer que cet élément est l’un de ceux qui font de la cathédrale d’Embrun un syncrétisme entre tradition romane et nouveauté gothique.

L’hypothèse d’un projet originel repose sur la poursuite des césures d’appareil jusque dans les lunettes des voûtes – argument indéniable qui atteste de la mise en place d’une voûte à la fin de la construction de chaque travée –, mais l’existence, dans la troisième travée du vaisseau central, d’un départ d’ogives avec un autre profil et une autre orientation autorise à formuler l’hypothèse d’une reprise des voûtes.

Le moignon d’ogives à deux tores est d’un format identique à celles présentes dans les salles capitulaires de Sénanque et de Silvacane, respectivement datées de 1185-1202 et du 13e siècle. Ce vestige pourrait témoigner d’un premier voûtement mis en place durant le 13e siècle (à une date indéterminée) dont la hauteur peut être appréciée sur le pignon oriental du vaisseau central.

Angle sud-est du vaisseau central permettant de voir l'ancienne arcature du triforium, l'ancienne limite des voûtes et le rehaussement du mur pour l'ajuster aunt actuel.Angle sud-est du vaisseau central permettant de voir l'ancienne arcature du triforium, l'ancienne limite des voûtes et le rehaussement du mur pour l'ajuster aunt actuel.

En revanche, les ogives actuelles sont d’un profil extrêmement répandu dans l’Embrunais et le Briançonnais sur des édifices comme les chapelles du couvent des Cordeliers d’Embrun (référence documentaire IA05001708), le chœur des églises de Saint-Sauveur (référence documentaire IA05001709) ou de Baratier (référence documentaire IA05001712). Dans ces édifices, les voûtes d’ogives ont été faites a posteriori  - vraisemblablement à la fin de la première moitié du 15e siècle – et, outre une proximité esthétique avec le vaisseau central de la cathédrale, elles reprennent surtout les mêmes caractéristiques techniques (absence de formerets, mauvais placement des supports, distorsions, extrados chargé, etc.). L’intensité de la diffusion du modèle et surtout la permanence de sa technique particulière de mise en œuvre jusqu’au quatrième quart du 15e siècle reflètent peut-être l’impact d’un chantier cathédral sur son territoire d’influence.

Nous considérons à ce stade que les voûtes des bas-côtés ne résultent pas d’un projet unique. Elles furent vraisemblablement mises en place en remplacement de planchers charpentés maintenus par des pannes insérées dans les corbeaux accrochés aux murs du vaisseau central. Dans le cadre de cette étude il n’a pas été possible de préciser si elles avaient été réalisées en plusieurs campagnes rapprochées ou si chaque voûte avait été construite après une mise en attente qui permettait au chapitre de thésauriser la somme nécessaire à sa réalisation. Leur construction a sans doute suivi la mise en place des voûtes d’ogives pour favoriser le contrebutement du vaisseau central. Le premier voûtement d’ogives, s’il a existé, s’est peut-être effondré. Dans ce cas, il est possible d’envisager que cette catastrophe a été précipitée par l’absence de contrebutement et donc l’absence de voûtes sur les bas-côtés. Selon cette hypothèse, les berceaux ont également pu être mis en place durant le 15e siècle, en suivant l’avancée du chantier des voûtes du vaisseau central, par à-coup.

 

 

VI- Analyse architecturale du portail du Réal

Le Réal, ou portail nord, est l’un des éléments phare de la cathédrale. En provençal, le mot « réal » désigne un portail et la beauté de celui-ci, son originalité dans le territoire ainsi que le développement d’un pèlerinage à partir du début du 14e siècle en ont fait un élément indissociable de l’édifice au point de lui donner son nom (Guillaume).

Contrairement à l’image que les études précédemment publiées sur la cathédrale donnaient du Réal, celui-ci se compose de deux parties indépendantes, le portail et son porche.

 

A- Le portail

Le portail en arc plein cintre est majoritairement (entièrement ?) construit en marbre. Il a huit voussures qui retombent sur des colonnettes. Au centre de la composition, un tympan sculpté repose sur un linteau qui soutient la porte à deux vantaux.

Tympan du portail du Réal.Tympan du portail du Réal.

Les huit voussures sont marquées par une alternance entre de gros et des petits tores, et par la présence au centre et à l’extrémité de la composition de voussures à profil complexe formées de deux demi-tores encadrant une petite gorge. L’ensemble est souligné par une archivolte moulurée. Ces voussures retombent sur des chapiteaux en frise (ou pseudo-chapiteau) qui surmontent de part et d’autre du portail quatre colonnettes alternant avec quatre petites colonnettes engagées. Chaque ébrasement est traité différemment.

A l’est, le pseudo-chapiteau se compose d’un tailloir à billettes restauré sur une grande partie de sa longueur et d’une frise décorative, en guise de corbeille, ornée d’un décor floral en méplat et crochets. La corbeille est sculptée en deux pierres ; l’une, proche de la porte, est un marbre rose tirant sur le violet, l’autre un marbre blanc. Le long de la porte des têtes animales (cheval, bœuf) et une tête humaine regardent le visiteur. Le corps de l’ébrasement est également marqué par une alternance de couleur : les colonnettes en délit détachée du fond sont en marbre rose, les supports engagés en marbre blanc veiné de gris ou violet. Les colonnettes s’appuient sur une base unique qui lie tous les supports dont le profil se compose d’une plinthe épatée et d’une gorge droite. L’ensemble est dressé sur un solin de schiste et une moulure en calcaire.

A l’ouest, le pseudo-chapiteau se compose également d’un tailloir et d’une frise décorative en guise de corbeille. Le tailloir est orné de boutons floraux à l’exception de la partie contre la porte sur laquelle des têtes animales et humaines sont sculptées. La corbeille ornée de feuilles plates recourbées est en trois parties ; la première près de la porte est en marbre de couleur parme, la seconde, au centre, en marbre légèrement rosé, la troisième en marbre veiné de gris. Comme à l’est, le corps de l’ébrasement est marqué par une alternance de couleur selon le type de support et de pseudo-bases.

 

Le tympan est aujourd’hui extrêmement érodé. Seule la photographie de la seconde moitié du 19e siècle, conservée à la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie, permet de se rendre compte du style de cette iconographie. La scène sculptée représente un Christ en majesté assis sur un siège couvert d’un coussin. Il tient un livre dans sa main gauche et bénit le visiteur de sa main droite. Il est entouré des symboles ailés des évangélistes. A l’est, l’ange de Mathieu et le lion de Marc ; à l’ouest, l’aigle de Jean et le bœuf de Luc. La scène est bordée de vagues de nuées célestes. Deux anges fendent les nuages avec des encensoirs. La scène bien que classique au premier abord est remarquable avec la mise en place d’une couronne métallique qui semble être d’origine puisqu’elle est repérable sur les photographies du 19e siècle, à l’époque où le tympan avait été libéré de la plaque de bois peinte qui le recouvrait.

Le Christ semble engoncé dans des vêtements trop rigides dont les plis n’ont rien de naturel. Les deux pans de son manteau reposent sagement sur ses genoux, sa robe est droite. Seuls des tissus plissés, ressemblant presque à des feuilles s’échappent de l’extrémité de sa tunique. Sa chevelure, sans mouvement, semble être le prolongement de son vêtement à tel point que l’on pourrait la prendre pour un voile. Le naturalisme semble également absent du tétramorphe qui l’entoure. L’ange de Mathieu est couvert d’une robe raide dont seul le pli médian créé par ses jambes écartées et des plis de tissus en vague au niveau de ses chevilles sont marqués. Le lion situé au-dessous – reconnaissable à sa queue entourée autour de sa cuisse – subit des distorsions importantes au niveau de son cou et de la patte qui tient son livre. Sa gueule ressemble au museau d’une vache. Face à lui, le bœuf subit les mêmes déformations corporelles et sa tête allongée et sans oreilles ressemble à celle d’un cochon. L’aigle au-dessus est placé en diagonale et ses plumes sont simplement figurées par une série de lignes horizontales parallèles.

B- Le porche

Le porche vient se plaquer contre le mur nord et abrite entièrement le portail du Réal pour mieux le protéger et le mettre en valeur.

Maçonnerie d'accroche du Réal au mur nord.Maçonnerie d'accroche du Réal au mur nord.

Ce petit édicule est formé d’une voûte en arc brisé soutenu par quatre supports indépendants. Les supports les plus proches du mur sont formé de quatre colonnettes en marbre rose sommées de chapiteaux, également en marbre, à trois registres de feuillages – un registre de feuilles découpées et deux registres de feuilles plates recourbées. Ils sont surmontés d’un tailloir à boutons floraux. Ces supports reposent sur des atlantes plaqués le long du mur.

A l’est, le personnage est assis, jambes croisées, mains posées sur les genoux est sculpté à l’intérieur d’un bloc de calcaire. Il est habillé d’une culotte courte et d’une chemise. Sa ceinture à boucle métallique rectangulaire est finement marquée. Ses épaules sont larges et trapues. Malgré l’érosion, les caractéristiques de son visage sont encore perceptibles avec des yeux enfoncés, des joues rondes et une bouche à grosses lèvres. Il semble sourire. Des oreilles décollées et des cheveux mi-longs encadrent son visage. Sa chevelure est retenue par un lacet ou un bonnet qui ceint le front.

A l’ouest, le personnage sculpté en ronde-bosse est peut-être de sexe féminin. Il est assis, jambes écartées. Ses bras soutiennent le socle où sont posées les colonnettes. Il est vêtu d’une robe retenue par une ceinture. Les plis du tissu créés par la ceinture sont simplement gravés en lignes droites obliques sur le devant et verticales à l’arrière. Les manches arrivent au niveau des coudes. Malgré l’érosion, les caractéristiques de son visage sont encore perceptibles avec des yeux enfoncés protégé par une arcade sourcilière marquée, des joues rondes et une bouche sans lèvres modelées. Sa chevelure passe derrière ses oreilles et un bandeau tressé ceint son crâne.

Les colonnettes sont animées : celles de l’est, par un personnage accroché à mi-hauteur, celles de l’ouest, par un enlacement des fûts.

Petit personnage sculpté dans la colonne orientale du Réal.Petit personnage sculpté dans la colonne orientale du Réal.

Les supports qui soutiennent le porche sur l’avant sont plus simples. Ils sont formés de colonnes monolithes en marbre rose érigées sur des lions stylophores. Ces deux supports sont traités différemment. A l’est, la colonne repose sur un lion de marbre rose entre les pattes duquel est couché un chien. Elle se termine par un chapiteau à décor d’entrelacs végétaux d’une rare dextérité d’exécution : les entrelacs sont formés de guirlandes (peut-être de laurier) complètement détachées de la corbeille. Leurs extrémités sont sculptées de petites têtes anthropomorphes dont s’échappent des entrelacs secondaires. Le chapiteau est couvert d’un tailloir à billettes. A l’ouest, la colonne repose sur un lion de marbre blanc entre les pattes duquel repose un homme (ou un enfant). La colonne se termine par un chapiteau sculpté directement dans le fût et orné de deux registres de feuilles plates recourbées et d’un registre de tiges à enroulement.

Ses supports soutiennent deux-à-deux des platebandes monolithes en marbre à l’extrémité desquels sont sculpté dans une applique de calcaire une tête humaine à l’est, et un chevalier portant un étendard à l’ouest.

La voûte du porche s’élève sur un soubassement droit, haut de cinq assises et délimité par des cordons moulurés, à la manière d’une table. A l’intérieur du porche, ces tables sont bâties en tuf, à l’extérieur en appareil de schiste et de marbre blanc alternés en ligne. Il est vraisemblable qu’elles ont servi de support à des peintures murales consacrées au cycle de l’enfance du christ, en particulier, l'Adoration des Mages dont le pouvoir de guérison miraculeux fit rapidement la renommée de la cathédrale d’Embrun.

La façade du porche est traitée en pignon et mise en valeur par un appareil en schiste et marbre blanc alternés en ligne. Son arc brisé à deux rouleaux moulurés de tores est souligné par une archivolte à décor de boutons floraux dont l’harmonie originelle avec une alternance de claveaux de schiste et de marbre blanc semble avoir été modifiée par trois éléments rapportés en marbre rose, en schiste et en tuf à décor de têtes humaines ou anthropomorphes. Dans les écoinçons de l’arc, deux blocs sculptés ont été insérés (une tête d’âne et une tête d’homme) à une date incertaine. Au-dessus de la clef de l’archivolte figuraient peut-être les Tables de la Loi.

La composition se termine par une corniche moulurée en marbre blanc.

 

Cette réalisation indépendante de l’édifice a été amarrée à la maçonnerie du mur nord par le lancement de petits arcs vers les contreforts qui encadrent le portail et la création d’une sur-paroi en appareil alterné. La mise en œuvre à l’ouest atteste de l’arrêt du chantier et de sa mise en attente avant son insertion dans la maçonnerie de la première travée de la nef.

 

 

C- Conclusion partielle et proposition de datation

- Le portail

L’utilisation de marbres colorés – de couleur douce allant du rose soutenu au blanc-gris en passant par le violet – et la finesse de la sculpture des chapiteaux (très différente de celle existant sur les chapiteaux intérieurs) font de ce portail le petit bijou de la cathédrale, l’élément qui semble avoir reçu le plus d’attention. Comparé aux imperfections de la mise en œuvre du bâtiment, il est possible ici d’envisager la participation de spécialistes. Le soin accordé au portail s’explique peut-être par le fait que sa construction - après de nombreuses décennies d’attentes – offre une entrée prestigieuse aux chanoines, voire à l’archevêque.

Le choix iconographique du Christ couronné et entouré d’anges portant des encensoirs est un thème rare malgré les très nombreuses représentations de Christ en majesté et de tétramorphe depuis le début du Moyen Age. Ces détails peuvent peut-être permettre d’affiner la datation de ce portail et offrir un marqueur chronologique pour le chantier de la cathédrale.

Le Christ en Majesté, couronné, placé sur un tympan, semble naître au portail sud de Saint-Pierre de Moissac dans les années 1110-1130. Il se retrouve sur le tympan de Saint-Trophime d’Arles actuellement daté des années 1180-1190, seul édifice de l’arc alpin ou de la Méditerranée portant cette iconographie que nous ayons identifié dans le cadre de cette recherche. Alors que le portail de Moissac foisonne de personnages, d’histoires et de détails, le tympan de Saint-Trophime est aussi simple que celui d’Embrun : le Christ couronné trône dans sa mandorle au centre de la scène et le tétramorphe l’entoure. La compréhension de la scène par les fidèles en est simplifiée tout comme le message biblique.

Le thème évolue et se diffuse ensuite grâce à l’orfèvrerie et, en particulier, les réalisations des ateliers limogeois. La plaque émaillée conservée au musée des Beaux-Arts de Lyon, potentiellement datée du début du 13e siècle, et l’applique conservée au Louvre, datée des années 1220-1235, sont des exemples de diffusion et d'évolution du thème avec, par exemple, la disparition de la mandorle.

 

Autre détail, la présence des anges portant des encensoirs peut être un marqueur de datation. La présence de ces personnages autour du Christ en majesté – couronné ou non – est très ancienne, en revanche, leur capacité à percer les nuages pour se maintenir en volant au-dessus des protagonistes se développe durant la seconde moitié du 13e siècle. L’un des premiers exemples se trouve peut-être sur le portail du Couronnement de la Vierge de la façade occidentale de Notre-Dame de Paris où un ange unique fend un nuage figuré pour couronner la Vierge. Il est actuellement daté des années 1210-1220. Puis, le thème s’enrichit avec la multiplication d’images où deux anges écartent les nuées comme dans le fol. 11r du manuscrit Add MS 35166, conservé au British Museum et daté de la seconde moitié du 13e siècle, ou dans le Carrow Psalter (W.34.30V) conservé au Walter Art Museum de Baltimore et daté de 1250, ou encore dans le dyptique en ivoire du Couronnement de la Vierge et Jugement dernier, 1260-1270, conservé au Cloister Museum de New York.

Ces comparaisons stylistiques permettent de proposer une datation entre le milieu et la seconde moitié du 13e siècle pour la sculpture du tympan du portail du Réal. Il est par ailleurs probable que le portail occidental de Saint-Trophime d'Arles ait servi de modèle, un modèle qui a évolué sous l'influence d'éléments d’orfèvrerie ou miniatures facilement transportables. Le tympan du Réal pourrait donc être considéré comme une innovation à la pointe des évolutions iconographiques du 13e siècle.

 

 

- Le porche

La proximité entre le porche d’Embrun et celui de San Zéno de Vérone (v. 1120) a été relevée dès le 19e siècle (De Marsy), avec en particulier la présence d'un atlante aux jambes croisées sculpté sur l’extrémité d’une des platebandes du portail de San Zeno de Vérone et la présence de lions stylophores. Mais il faut également considérer que le porche occidental de San Zeno n’a pas l’ampleur et la profondeur de celui d’Embrun : il n’est soutenu que par deux colonnes. En revanche, celui du Duomo de cette même ville (2e moitié du 12e siècle) ou le porche de San Ciriaco d’Ancona (Italie, Marche, 1ère moitié du 13e siècle) présentent une monumentalité plus proche de celle du Réal.  

Parmi ces différents exemples – auxquels de nombreux autres pourraient être ajoutés –, aucun ne peut être considéré comme un modèle complet. Il faut donc envisager que le maître d’œuvre a combiné plusieurs réalisations vraisemblablement italiennes et les a transformées pour créer une œuvre originale et unique, une réalisation extraordinaire pour la cathédrale d’Embrun : aucune autre partie de la cathédrale ne semble avoir reçu autant de soin et de savoir-faire. Ce caractère extraordinaire réside non seulement dans l’utilisation massive du marbre mais également dans la dextérité de la sculpture du chapiteau à entrelacs végétaux dans un édifice où seul le bas-relief de conception archaïque est utilisé. Ce chapiteau rappelle certes des réalisations de la première moitié du 12e siècle comme le chapiteau décoré de monstres aux entrelacs végétaux conservé au Louvre, mais le traitement des guirlandes de feuilles, le rapport entre guirlandes et corbeilles orientent vers une réalisation de la fin du 13e siècle voire du début du 14e siècle.

Malgré une sculpture peu expressive et difficile à dater, le personnage agrippé aux colonnettes géminées orientales ou le cavalier de l’architrave nous semblent à même de préciser la datation. En effet, leur coiffure masculine mi-longue à petites boucles remontantes sur l’arrête du menton est typique du règne de Philippe-le-Bel et s’impose en sculpture avec des exemples célèbres comme le Tentateur de Strasbourg, daté de 1280, ou le gisant de Philippe-le-Bel daté de 1327. Une telle sculpture se retrouve dans la région dans l’église de Seyne-les-Alpes qui vraisemblablement peut être datée par ce biais du dernier tiers du 13e siècle voire du début du 14e siècle.

Sur la base de ces indices et leur mise en rapport avec la datation du portail proprement dit, il nous semble plausible d’envisager la construction du Réal autour de 1300 (1275-1320) avec une limite de datation en 1320, date des premiers miracles connus.  Par ailleurs, si les éléments d’inspiration d’origine italienne plaident en faveur de l’attribution du Réal à un atelier d’origine italienne, il est nécessaire de considérer que celui-ci connaissait également les innovations stylistiques de la sculpture française de son époque.

Le retentissement régional du Réal est bien connu avec la présence de lions stylophores dans de nombreuses édifices locaux comme les églises de Guillestre ou de la Salle-les-Alpes mais il est sans doute possible d’envisager qu’il a pu inspirer des réalisations comme le porche des Lions blancs de la basilique Santa Maria Maggiore de Bergame où les supports sont élevés sur des lions stylophores à l’avant et des atlantes assis à l’arrière. Œuvre de Giovanni da Campione, le porche des Lions blancs, a été créé en 1367.

La création du porche a sans doute été un acte de bravoure pour le chapitre exsangue. A cette époque, l’évêque ramène le nombre de chanoines à dix prébendés considérant que les revenus du chapitre ne permettent pas de rétribuer plus d’individus. Avec cette réalisation, la construction s’arrête à nouveau.

Quelques années plus tard, devant la peinture de l’Adoration des mages peinte sur la plate-bande qui soutient la voûte, les miracles commencent et la générosité des croyants remplit, en quelques décennies, les caisses du chapitre permettant enfin d’achever la construction.

 

 

VI- Analyse architecturale de la façade et du clocher

 A- La façade ouest

La façade occidentale a trois parties, reflétant le plan à trois vaisseaux de la nef, marquées par la présence de contreforts peu profonds.

Les murs des bas-côtés sont percés de très grandes fenêtres (au regard des ouvertures réalisées dans la cathédrale) dont l’arc en plein cintre à double rouleau bordé d’une archivolte en dents-de-scie retombe sur les petits chapiteaux sculptés de colonnettes. Celles-ci, en marbre, sont construites en délit et les deux pierres qui les composent sont séparées par une bague gravée. Ces baies sont surtout mises en valeur par l’utilisation d’un appareillage alterné de schiste et de marbre.

La partie centrale de la façade est percée quatre registres d’ouvertures : un portail, deux oculi, une rose et un oculus sommital.

Le portail en arc plein cintre forme un léger ressaut sur la façade. Il a quatre rouleaux soulignés par des tores de différentes tailles. Une archivolte moulurée termine la composition. Les retombées des arcs reposent sur des chapiteaux à deux registres de feuilles plates recourbées. Ceux-ci coiffent de part et d’autre du portail les trois colonnettes des piédroits. Les bâtisseurs ont créé un effet chromatique : les colonnettes les plus proches de la porte sont construites en marbre blanc et schiste alterné, celles du milieu des ébrasements sont en schiste noir, les plus éloignées de la porte sont en marbre blanc. Dans le prolongement du dernier chapiteau des colonnettes, un bandeau décoratif termine le décor : au sud, il est sculpté de simples feuilles plates recourbées, au nord, il est historié de motifs mythologiques dont une sirène à double queue.

Les oculi du deuxième registre sont d’une grande simplicité : de simples cercles bordés par trois moulures toriques successives appareillées en schiste et marbre alternés. Ils n’ont aucun remplage.

La rose est la seule ouverture à remplages de la cathédrale. Elle est bordée de trois moulures toriques successives séparées par des méplats plus ou moins profonds. Elle est bordée par une archivolte moulurée en forme d’oméga. Le dessin de ses remplages est également simple. D’un oculus central partent douze colonnettes à chapiteaux qui sont reliées deux à deux par des arcs trilobés. Les écoinçons de ses arcs sont évidés par de petits trèfles.

Le dernier oculus est en tout point semblable à ceux du second registre. Une partie de sa modénature est tangente à celle de la rose.

 

Les rampants du pignon central et du mur du bas-côté sud sont soulignés d'une frise d’arcs rampants construits en appareil de schiste et de marbre alterné. L’arase du mur central est bordée d’une simple moulure, celle du bas-côté sud par une frise en dent de scie. Au nord, la présence du clocher singularise la façade.

 

La façade occidentale a été extrêmement restaurée au 19e siècle et au 20e siècle. La validité des constats réalisée sur l’appareillage est donc sujette à caution. Néanmoins, force est de constater que les contreforts constituent des ruptures d’appareillage qui semblent, comme pour le chevet, refléter une avancée du chantier pans à pans. Par ailleurs, toute la partie centrale de la façade a été si remaniée qu’il n’est plus possible aujourd’hui d’affirmer que le dessin de cette façade découle d’une seule phase de travaux.

 

Sur le côté sud, le mur occidental de la chapelle Saint-Anne ajouté tardivement prolonge la ligne du pignon mais s’en distingue par l’utilisation unique du tuf et par sa frise sommitale qui n’utilise pas l’arc rampant.

 

B- Le clocher

De plan carré, le clocher est bâti en appareil de schiste et de tuf alterné en ligne. Il s’élève au-dessus du bas-côté nord. Il a quatre niveaux d’élévation séparés par des bandeaux moulurés. A chaque niveau, le nombre de baies croît. Ses angles sont libres de tout contrefort puisque ceux de la façade s’arrêtent à son premier niveau.

Sur sa face occidentale, le clocher est annoncé par une frise de petits arcs en plein cintre dont les retombées reposent sur des modillons sculptés et une platebande de quatre assises encadrées par deux cordons moulurés. Le cordon inférieur est cantonné entre les contreforts du bas-côté nord, le cordon supérieur se poursuit du côté nord sur le contrefort puis la face nord pour faire le tour du clocher. Il s’arrête au milieu de la face orientale sur laquelle un nouveau cordon situé plus haut souligne la naissance d’une baie jumelée puis disparaît dans le comble de la nef. Cette baie est protégée par un arc de décharge en appareil alterné. Sur les faces ouest et nord, les baies jumelées en arc brisé sont bâties en marbre.

Les niveaux suivants sont beaucoup plus homogènes, les cordons ne s’interrompent plus et encerclent totalement la maçonnerie. Le deuxième niveau est percé sur chaque face de deux longues baies jumelées. Celles-ci sont en arc plein cintre à l’ouest et en arc brisé au nord et à l’est. Malgré leur différence de typologie d’arc, elles ont des caractéristiques communes comme leurs doubles rouleaux qui retombent sur les doubles chapiteaux cubiques coiffant des paires de colonnettes en marbre. Le troisième et le quatrième niveau sont, quant à eux, percés de trois paires de baies jumelées à simple rouleau moins hautes que les précédentes mais qui retombent également sur des chapiteaux cubiques. Sur la face occidentale, la dernière baie nord de chacun des deux derniers niveaux est aveugle.

Les angles de la tour sont soulignés par un chaînage en appareil alterné. La corniche est annoncée par une frise d’arcatures plein-cintre. La tour est coiffée par une flèche octogonale maçonnée dont les arêtes sont soulignées par de petits crochets végétaux. Les faces plates sont percées de cinq registres d’ouvertures où alternent des lucarnes en arc brisé dont l’encadrement mouluré est agrémenté d’un décor sculpté et de simples fentes.

 

D’un point de vue technique, le clocher est une prouesse architecturale car il a été construit sans le recours à un massif de façade ou à un quelconque renforcement des supports de la nef. C’est seulement après sa destruction au 19e siècle que des arcs de décharge ont été créé dans les murs gouttereaux de la nef et du bas-côté. Ce choix technique a entraîné des défaillances tout au long de l’histoire de la cathédrale, et, à partir du 17e siècle, les baies ont peu à peu été murées pour renforcer la structure.

A la suite de la reconstruction du 19e siècle et des restaurations du 20e siècle, les désordres et reprises potentielles de maçonnerie ne sont plus lisibles.

 

 

C- Conclusion partielle et proposition de datation

Plusieurs auteurs (Thirion, Naviglio) se sont attardés sur le schéma triangulaire des oculi de la partie centrale de la façade occidentale, pour inclure cette réalisation dans l’architecture régionale de tradition lombarde. Ils ont néanmoins mis de côté le caractère étriqué et tassé de sa composition dans laquelle les oculi sont écrasés entre le portail et la rose, la rose et la corniche au point d’avoir des moulures tangentes malgré leur différences.

Même si les diverses rénovations ne permettent plus de statuer définitivement, il faut envisager que cette composition ne soit pas celle d’origine : elle a vraisemblablement été modifiée dans le courant du Moyen Age pour apporter plus de lumière dans l’édifice. Son dessin actuel est d'ailleurs curieux et semble être un unicum dans le territoire alpin et, plus spécifiquement, parmi les édifices d’envergure de cette époque à la fois du côté provençal et du côté italien des Alpes. Les façades des cathédrales de Sisteron, de Digne, de Forcalquier et dans certaines églises urbaines comme Saint-Louis d’Hyères sont percées de roses. Seule l’ancienne cathédrale de Gap, aujourd'hui disparu, semble avoir mêlé rose et oculi mais dans une composition plus réfléchie et proportionnée.

Par ailleurs, les ruptures de linéarité des assises au niveau des contreforts plaident pour une mise en chantier pan à pan, malgré les nombreuses restaurations subies par le bâtiment.

Jacques Thirion rapprochait le dessin de la rose de celle de Forcalquier et arguait, sur ce point, d'une construction tardive dans le courant du 13e siècle mais le façonnage de l’appareil du porche du Réal et l’accroche visible prouvent que le mur nord de la dernière travée du bas-côté nord a été mise en œuvre après le Réal que nous proposons de dater des alentours de 1300 (1280-1320). Considérant que les finances du chapitre n’ont pu retrouver une certaine stabilité que dans le second quart du 14e siècle, c’est sans doute de cette époque qu’il faut dater la construction de la façade dans son premier dessin.

La description du clocher oblige également à envisager une reprise d’un projet originel débuté en même temps que la construction de la cathédrale. En effet, il nous semble que l’angle sud-est du clocher et son pan de mur orné d’un cordon mouluré indépendant de celui qui ceint le reste de la façade, percé d’une petite baie à double rouleau protégée par un arc de décharge bichrome est un élément important pour comprendre la genèse du clocher. Cette portion de mur semble constituer le vestige d’un premier projet, peut-être plus modeste, qui a servi de socle à la construction de l’actuelle tour.

Pour une raison inconnue – vraisemblablement la volonté de forcer l'admiration, une fois les finances assainies par les revenus du pèlerinage – ce premier clocher a été abandonné ou transformé pour devenir une haute tour massive. Lors de la construction de cette tour, les maçons ont hérité d’un ancien clocher ou d’un embryon de tour vraisemblablement modeste que l’architecture de la cathédrale pouvait soutenir sans difficulté. Ils l’ont métamorphosé en une imposante tour mais, ils n’ont pas jugé nécessaire de reprendre en sous-œuvre la maçonnerie. Ont-ils considéré que le rocher était suffisamment stable pour soutenir cette tour évidée ? On ignore à quelle date les premiers désordres sont apparus et si les nombreuses interventions dont les archives ont été conservées au 17e siècle avaient déjà eu lieu dans les siècles précédent

 

Le clocher a été stylistiquement analysé par Jacques Thirion comme un héritage de l’influence lombarde à cause de ses baies en nombre croissant et de sa bichromie. Pourtant, les caractéristiques du groupe qu’il classe dans la catégorie lombarde (les clochers de Tende, de Tinée, de la Salle-les-Alpes, de Notre-Dame-de-Bayon, etc.) sont plus marquées avec en particulier la présence de dosserets d’angles qui délimitent des tableaux centraux, de bandes verticales (lésènes) ou de bandes horizontales surlignées d’arcatures à chaque niveau.

A Embrun, aucune de ces caractéristiques n’existent : les angles sont plans, les bandes horizontales de simples cordons moulurés, les bandes verticales n’existent pas et les arcatures sont reléguées à la corniche sommitale. Il nous semble donc difficile de dire le clocher d’Embrun dans le type « lombard ».

En revanche, force est de constater qu’un modèle italien emblématique a pu lui servir de modèle, le clocher de la cathédrale de Sienne. Cette œuvre de l’architecte Giovanni Pisano a été construite entre 1280 et 1313 en appareil noir et blanc alterné. Haut de 77 mètres, ce clocher a un niveau de soubassement aveugle et six niveaux ajourés de baies dont le nombre croît à chaque étage. Ses angles sont marqués par un léger ressaut et les niveaux sont simplement séparés par un cordon mouluré reposant sur des modillons. Il est possible de voir dans le clocher d’Embrun une citation de celui de Sienne – située en Toscane et non en Lombardie – dont la construction a dû avoir un impact important à l’époque. Sur la base de cet exemple et des jalons déjà posés pour la marche du chantier, il nous semble envisageable de proposer une datation autour du milieu voire de la seconde moitié du 14e siècle pour le clocher d’Embrun.

 

Les bâtisseurs ont néanmoins adapté l’architecture siennoise et, en modifiant son couvrement, ils ont créé un nouveau type de clocher qui a fait école dans le territoire et plus largement dans toutes Hautes-Alpes. En effet, la flèche en pierre cantonnée de quatre mitres d’amortissement est le résultat d’une évolution en cours depuis le 12e siècle selon laquelle les flèches deviennent octogonales et s’affinent au fil des décennies. Cette forme libère les angles des clochers qui, de fait, ne sont plus couverts. Il est donc nécessaire d’installer de petites couvertures autonomes ou collées à la flèche. Dans la majeure partie des églises françaises et italiennes ayant adopté ce mode de couverture, de petites pyramides sont mises en place sur les angles. A Embrun, ces petites pyramides sont remplacées par une forme triangulaire à trois côtés qui rappelle les mitres d’amortissement – une forme qui se pratique dans le mobilier mais rarement dans l’architecture. Les mitres triangulaires servent de support à des boules surmontées de croix ou simplement à des croix.

 

Ce modèle original sert aujourd’hui de référence de datation aux autres clochers de l’ancien diocèse d’Embrun et plus largement de tout le département des Hautes-Alpes. Le plus ancien exemple aujourd’hui daté est le clocher de l’église Saint-André de Puy-Saint-André dans le Briançonnais qui porte la date de 1378 sur sa tour, la flèche étant contemporaine ou postérieure. Saint-Antoine d’Eygliers a pu être reconstruit entre 1457 et 1494 si l’on s’en réfère aux armes de l’évêque d’Embrun apposé dans l’église ; le clocher de Sainte-Cécile de Ceillac de la fin du 14e siècle ou du 15e siècle. A partir de ces exemples précoces, le modèle va encore essaimer pour gagner la Maurienne au 17e siècle.

Ces quelques occurrences ne doivent pas pour autant conduire à surestimer l'impact du clocher de Notre-Dame-du-Réal lors de sa construction. En effet, de très nombreux clochers comme celui de Saint-Laurent de Crots ou de Sainte-Marie-Madeleine des Orres sont des œuvres de la première moitié du 19e siècle qui témoignent d'impact tardif de l'œuvre.

 

VII- Analyse architecturale de la chapelle Sainte-Anne et la sacristie

 

A- La chapelle Sainte-Anne

Située sur le flanc de la cathédrale, la chapelle est accessible par une large arcade percée dans le mur de la première travée du bas-côté sud. Aujourd’hui, l’arcade est murée et une porte y a été ouverte.

Cette arcade en arc brisé a un double rouleau bâti en marbre rose dont les retombées reposent sur les chapiteaux de colonnes engagées. Ces colonnes engagées ont des bases à facettes complexes formées de deux parties identiques opposées symétriquement autour d’une petite gorge. Chaque partie a cinq facettes terminées par une plinthe à léger renflement et protégées par un rebord en doucine. Les chapiteaux, quant à eux, sont de simples bandeaux facettés bordés à leur extrémités par de petites moulures toriques. Les facettes semblent se continuer au-delà du chapiteau et entrent en pénétration avec une architrave à moulure complexe.

 

La chapelle Sainte-Anne forme aujourd’hui un long vaisseau unique large de cinq mètres et long de vingt-cinq mètres. Ses murs dépouillés de tout support engagé soutiennent une voûte en berceau longitudinal continu en arc plein cintre sur lequel sont apposées les armes de l'archevêque Guillaume d’Hugues. Une corniche moulurée ceint l’ensemble du volume et sur son mur nord et court également sur les contreforts de l’ancien mur extérieur du bas-côté. A l’ouest, une vaste tribune couvre toute la travée d’entrée. Elle est accessible par un escalier en bois.

Le mur sud entièrement bâti en tuf est percé de six baies de taille et de forme différentes. A l’ouest, la première baie est en arc brisé. Ses ébrasements sont droits et ses pourtours intérieurs et extérieurs sont bordés d’une petite moulure torique soulignée par une petite gorge. La deuxième baie en allant vers l’est est en arc plein cintre. Elle est la seule à être bâtie en marbre et à être pourvue de remplages : deux lancettes trilobées jumelées surmontées d’un soufflet central. Ses contours sont également soulignés par une petite moulure torique continue bordée d’une gorge. Viennent ensuite quatre baies identiques, étroites lancettes en tiers-point aux ébrasements droits et aux contours bordés d’une moulure torique continue non surlignée.

Baie de l'ancienne chapelle Saint-Martin.Baie de l'ancienne chapelle Saint-Martin.

Le mur extérieur est rythmé par quatre contreforts peu saillants. L’arase du mur est bordée par une frise d’arcature sur modillons sculptés qui lie l’ensemble.

Malgré de nombreuses reprises, le relevé pierre-à-pierre réalisé par l’équipe d’Olivier Naviglio montre au moins deux campagnes de construction. Les quatre baies en tiers-point orientales forment un ensemble cohérent arrêté par des ruptures d’assises avant les contreforts qui les bordent aux extrémités. Les deux travées occidentales forment également un ensemble cohérent

 

B- La sacristie

Accessible aujourd’hui par une ouverture ménagée dans le mur oriental de la chapelle Sainte-Anne, la sacristie "des vestiaires" ou "des revestiaires" a deux travées couvertes de voûtes d’ogives quadripartites retombant sur des consoles et des culots sculptés. Les deux voûtes sont séparées par un doubleau.

Selon l’usage local, les voûtes sont montées sans le recours au formeret. Les ogives sont formées de trois moulures toriques adossées à une bande rectangulaire. Celle-ci est moins massive que dans les ogives de la nef. Le tore médian est également moins proéminent et il se termine par un méplat qui lui donne un semblant de forme prismatique.

Les consoles sont ornées d’un décor de mille fleurs très naturalistes et d’une grande dextérité. Les culots d’angle ont comme dans la nef trois registres étagés.

Deux baies éclairent l’édifice. A l’extérieur, elles sont en arc plein cintre ; à l’intérieur, elles sont en arc surbaissé.

 

A l’est, une porte permet d’accéder à la tourelle d’escalier, une autre à une extension qui rejoint l’absidiole sud par un mur en arc de cercle. Sa voûte en cul-de-four est soutenue par une unique ogive au profil similaire à celles de la sacristie. Celle-ci retombe dans l’angle sud-est sur un culot à tête humaine, le seul du genre qui possède une figuration réaliste quoique archaïsante dans la cathédrale.

 

C- Conclusion partielle et proposition de datation

- La sacristie

Dans la sacristie, l’utilisation de consoles sculptées au trépan et d’ogives, moins massives, pourvues d’un méplat dénote du reste de l’édifice. La technique de construction a également évolué : les formerets sont toujours absents mais les voûtes sont plus plates et les ogives, bien en place sur leurs supports, ne sont pas tordues. Ces caractéristiques et la comparaison avec l’architecture de l’Embrunais, du Queyras et du Briançonnais autorise une datation de la seconde moitié du 15e siècle. La sacristie permet vraisemblablement de mesurer la perméabilité du chapitre aux formes venues de France ; celui-ci tente ici, dans un espace invisible des fidèles de trouver une voie médiane entre son attachement au bâtiment et son goût pour une nouvelle esthétique.

L’extension orientale date plus sûrement du 17e siècle et a été réalisée pour servir de socle à la salle capitulaire.

- La chapelle Sainte-Anne

La chapelle Sainte-Anne est née de la réunion des chapelles Saint-Martin, érigée par l’archevêque Guillaume de Mandagot en 1306, et Saint-André, érigée par Raoul Laurent en 1392. Cette réunion souhaitée en 1555 par l’archevêque Balthasar Jarente débute quelques années plus tard à cause des dettes contractées par l’archevêque auprès du chapitre et des difficultés pour celui à percevoir les 1 500 livres données par le prélat pour cette entreprise.

Une lecture attentive du bâtiment permet d’identifier les deux chapelles en question.

Ainsi, les quatre baies identiques en tiers-point sont uniques dans la cathédrale où l’arc plein-cintre domine. Elles forment un groupe homogène appartenant à une seule campagne de construction. En outre, à l’intérieur de l’édifice, ces fenêtres sont groupées de manière à ne former que deux travées. Ces points plaident en faveur d’une attribution de ces baies à l’ancienne chapelle Saint-Martin, un édifice dont nous savons qu’il était composé de deux travées contiguës. Cette chapelle correspond donc au bâtiment érigé à l’est du mur sud de la cathédrale, visible sur la vue de Belleforest éditée en 1575.

Cette première attribution autorise à supposer que le bâtiment érigé à l’ouest sur cette même vue est la chapelle Saint-André. Cet édifice était éclairé par la baie en arc brisé encore visible dans la première travée du mur extérieur. Bien que la disposition d’origine ait été bouleversée, la plaque de fondation de cette chapelle a été insérée à proximité de l’ancien bâtiment.

 

Ces deux édifices n’étaient séparés que par une travée, formant une dent creuse. Ils étaient vraisemblablement accessibles par l’extérieur et ne semblent pas avoir eu de lien direct avec la cathédrale. Le chantier de construction de la chapelle Saint-Anne les a relié.

Nous supposons que la mise en œuvre de ce chantier n’a vraisemblablement commencé qu’en 1562. Il est alors confié à Jean de Challon qui remodèle l’existant pour créer une chapelle unique en fermant l’espace interstitiel entre les deux chapelles. Il intègre dans le mur renouvelé l’ancienne baie de la chapelle Saint-André et une nouvelle baie à remplages. Ceux-ci constituent encore une nouveauté pour le territoire puisque le premier exemple répertorié dans la chapelle Notre-Dame de l’église de Chorges (référence documentaire IA05001718) date de 1500. Ce nouveau « réal », selon la dénomination donnée dans les textes, était accessible depuis la nef par une grande arcade dont l’esthétique est typique des décennies qui accompagnent les débuts de la Renaissance à la Française.

Ce chantier pour lequel nous ne possédons que les quittances de paiement du maître d’œuvre a vraisemblablement consisté en la démolition de la chapelle Saint-André, la dépose du mur ouest de la chapelle Saint-Martin et de sa voûte, la reconstruction des murs occidentaux, la reconstruction de la voûte et la création d’une corniche homogène sur tout le périmètre de l’édifice. Il est réalisé en une vingtaine d’années.

En revanche, l’ensemble de la décoration comprenant la création de l’autel avec son retable, des peintures murales et de la tribune est vraisemblablement à porter au crédit de l’archevêque Guillaume Hugues dont les armoiries figurent sur la voûte.

La création de cette chapelle a eu un impact important sur l’architecture de la cathédrale car sa haute voûte va entraîner l’obturation partielle des baies de la cathédrale puis la création d’une toiture unique pour éviter les infiltrations d’eau au niveau des noues.

 

VIII- Analyse architecturale de la salle capitulaire

Depuis la tourelle de l'escalier sud, on accède à un premier palier qui ouvre sur un ensemble de salles bâties au-dessus de la sacristie et de son extension.

Le palier a été monumentalisé avec la création d’un escalier à deux volées en fer à cheval qui mènent aux combles de la sacristie et de la chapelle Sainte-Anne. Vraisemblablement sans réelle utilité, cet escalier servait avant tout à magnifier l’accès à la salle qui lui fait face.

Escalier en fer à cheval en face de la salle capitulaire.Escalier en fer à cheval en face de la salle capitulaire.

Celle-ci est une pièce rectangulaire éclairée par deux larges baies également rectangulaires. Elle est couverte d’un plafond à caissons.

Vue de la salle capitulaire.Vue de la salle capitulaire.

Sur son flanc nord, une petite pièce a été créée entre la grande salle et l’absidiole du bas-côté sud de la cathédrale.

 

Les archives conservées permettent d’affirmer que cet espace a été construit en 1650 sur la base d’un bâtiment déjà existant, l’extension de la sacristie. Il est achevé au plus tard en 1682 date à laquelle les chanoines décident d’y transférer leur salle capitulaire et leurs archives. C’est sûrement à ce moment que l’escalier en fer à cheval est créé pour donner de la prestance à cette fonction. On pratique également une ouverture en second jour dans le noyau de l’escalier à vis pour permettre aux chanoines de monter plus facilement dans ce comble.

 

 

IX- Conclusion générale

 

Au terme de cette étude d’inventaire de nombreux points nécessitent encore des précisions que les apports des recherches ultérieures pourront combler. Néanmoins, une nouvelle chronologie du chantier de la cathédrale et une nouvelle remise en contexte peuvent être ébauchées.

 

A- Proposition de chronologie revisitée

Les vives tensions qui ont entaché les relations et les finances du chapitre d’Embrun pendant la seconde moitié du 12e siècle et l’analyse de la mise en œuvre nous incitent à revoir à la hausse la datation du début de la construction de Notre-Dame d’Embrun pour situer l’ouverture du chantier peu après 1200, lorsque le chapitre a retrouvé une capacité financière.

Le chantier, qui n’est pas un projet d’envergure planifié et rigoureux, est peut-être confié à un atelier ayant travaillé sur des édifices comme la cathédrale de Nebbio en Corse. Le terrassement global de la surface qu’occupera le futur édifice n’est pas réalisé, peut-être empêché par la présence d'un édifice plus ancien. Les travaux du chevet commencent vraisemblablement par l’absidiole sud, se continuent par chacun des cinq pans de l’abside centrale, puis par l’abside nord avant de continuer par la dernière travée orientale de la nef. La porte percée dans le mur nord est alors l’unique moyen d’accéder au nouvel édifice. Une tourelle d’escalier est créée au sud pour donner accès aux futures parties hautes de l’édifice.

Puis le chantier s’arrête pour une durée inconnue.

C’est vraisemblablement avant les troubles qui vont secouer l’Embrunais, entre 1236 et 1250, que les piliers médians de la nef sont montés. Une fois le territoire pacifié et le chapitre de retour à Embrun, en pleine possession de ses moyens financiers, un nouveau projet est mis en œuvre pour achever la cathédrale. Le canevas de l’élévation reste semblable mais les supports sont plus gros, l’intérieur des murs latéraux se couvre d’un décor en damier et les premières ogives à double tores sont peut-être lancées sur les travées bâties du vaisseau central. Elles s’inspirent probablement de celles lancées quelques décennies auparavant dans les salles capitulaires des abbayes de Sénanque et de Silvacane. La construction de la deuxième travée de la nef s’accompagne de la mise en œuvre du portail nord, peut-être vers 1240. La qualité du portail soulève l’hypothèse d’un travail confié à un nouvel atelier.

Une pause de plusieurs années intervient encore. Puis, le Réal est créé dans le dernier quart du 13e siècle ou à l’aube du 14e siècle. L’atelier qui opère connaît bien les exemples italiens mais il connaît aussi les changements subtils de la représentation du vêtement et de la coiffure en France à cette époque. Les sculptures qui sont réalisées sur le porche sont les premières à adopter un semblant de naturalisme. La construction du porche permet surtout au chapitre de disposer enfin d’une entrée majestueuse qui, en faisant face à la maison canoniale et à l’actuelle rue Sainte-Cécile, met en scène la place de Notre-Dame.

En 1306, le long du flanc sud de la cathédrale, l’archevêque Guillaume de Mandagot fait construire une grande chapelle en l’honneur de Saint-Martin, elle est éclairée par les premières fenêtres d’esprit gothique présentes dans la cathédrale. Quelques années plus tard, dans le second quart du 14e siècle, la dernière travée et la façade occidentale sont élevées à la faveur d’une nouvelle stabilité financière engendrée par les miracles du Réal. Lors de cette phase de construction, la façade occidentale n’est vraisemblablement percée que d’une simple rose et n’est accostée que par un clocher de petite envergure. Puis, à la faveur d’un changement de projet, le clocher actuel est bâti autour de 1350. Le 14e siècle s’achève par la construction, toujours sur le flanc sud, d’une chapelle dédiée à Saint-André.

Au début du 15e siècle, l’archevêque Michel d’Estienne fait réaliser des verrières pour la rose de la façade occidentale. On ignore s’il s’agit d’une restauration ou d’une création. Dans cette cathédrale achevée, les voûtes de la nef sont refaites au milieu du 15e siècle et ce travail entraîne un rehaussement du pignon oriental du vaisseau central. Les voûtes des bas-côtés sont également créées. Dans les années 1460, la construction des orgues amène le chapitre à édifier la tourelle d’escalier dressée dans l’angle nord-ouest. Puis, pour clore ce 15e siècle, en 1482, le don de Louis XI permet sans doute aux chanoines d’édifier une vaste sacristie qui, à l’abri des regards, adopte une architecture plus novatrice. Sa construction va rendre inopérantes les baies percées dans les travées orientales du bas-côté sud.

En 1553, l’archevêque Balthazar Jarente décide de construire la chapelle Saint-Anne. Le chantier s’engage en 1562. Il est confié à Jean de Challon qui réunit les chapelles Saint-Martin et Saint-André. L’identification du « nouveau Réal » cité par les textes comme étant la chapelle Sainte-Anne est cohérent avec le prix alloué au chantier et sa durée. La mise en place de la chapelle va rendre inopérante l’ensemble des baies percées dans le mur du bas-côté sud et la création d’une nouvelle voûte va entraîner l’obturation partielle des fenêtres hautes.

Tant et si bien qu’après les désordres des guerres de Religion, au début du 17e siècle, les chanoines vont percer de nouvelles baies dans les pignons orientaux de la nef pour suppléer au manque d’éclairage. Puis, en 1650, ils érigent sur l’extension de la sacristie une nouvelle salle capitulaire pour remplacer celle de la maison des chanoines.

 

Cette proposition d’une nouvelle chronologie, si elle comporte encore de nombreuses incertitudes, s’appuie à la fois sur une relecture des sources et sur une lecture du bâti et des formes. Très éloignée de l’hypothèse de Jacques Thirion, qui prévaut depuis plus de cinquante ans, d’une cathédrale achevée en une soixantaine d’années, elle témoigne de la réalité d’un chantier laborieux et morcelé, soumis à d’immenses aléas financiers et à une grande instabilité institutionnelle. Elle ouvre des perspectives de recherches afin de mieux prendre en compte la cathédrale, ses bâtisseurs et son chantier dans le contexte d’un territoire frontalier en lien direct avec la papauté et en butte, dès le milieu du 12e siècle, à une succession de crises politiques et religieuses.

 

 

B- Un chapitre et son œuvre

Comme dans toute cathédrale, le chapitre fait office de maître d’ouvrage via la fabrique et de premier utilisateur de l’édifice. Mais, si Embrun est le siège d’un archevêché qui forme un jalon important dans les carrières ecclésiastiques, le chapitre de la cathédrale est, avec dix chanoines prébendés, l’un des plus petits de France, tout juste équivalent à celui de Senez. Le chantier de la cathédrale a donc été pour lui une entreprise de longue haleine.

 

- Le volet financier du projet

Si aucun document comptable ancien ne nous est parvenu, plusieurs éléments connexes permettent de comprendre la manière dont le chapitre a pu financer sa cathédrale et l’impact que ce chantier a pu avoir sur ses finances.

Nous postulons que c’est la donation par les comtes de Forcalquier d’une partie du revenu des mines de l’Argentière qui a permis au chapitre de se lancer dans la reconstruction de la cathédrale. Ce revenu - que l’on peut supputer substantiel en regard du temporel ordinaire du chapitre – euphorise suffisamment les chanoines pour qu’ils décident de créer un chœur à trois vaisseaux. Mais les recherches ont montré que les rendements des mines de l’Argentière ont rapidement décliné dans le courant du 13e siècle et il faut peut-être considérer que le chantier de la seconde travée de la cathédrale, du portail et du réal est le dernier à avoir pu être financé par ce biais, avec sans doute de grandes difficultés. Plusieurs textes du dernier quart du 13e siècle illustrent des difficultés grandissantes : abaissement du nombre de chanoines, don de l’évêque servant à maintenir les non-prébendés dans la ville grâce à des distributions quotidiennes, association définitive de la maison de Guy Pelisson à l’office de prévôt afin de fournir à l’officier un avantage en nature, etc. En outre, entre la fin du 13e siècle et le premier tiers du 14e siècle, le chapitre obtiendra deux bulles papales pour des indulgences qui pourraient avoir fourni une partie de l’argent nécessaire au paiement des matériaux et des ouvriers.

Ce n’est qu’à partir de 1320 que le chapitre va connaître une relative opulence grâce aux miracles du Réal et au pèlerinage qui se met en place ainsi qu’à des dons conséquents comme celui de Louis XI. Cette période semble durer jusqu’aux guerres de Religion. Ensuite, le chapitre ne pourra financer ses travaux que grâce à des prêts dont le plus gros, contracté après l’invasion du duc de Savoie en 1692, entraînera une nouvelle période d’instabilité et de disette pour les chanoines.

 

En dépit de ces connaissances générales, nous ne possédons comme document comptable lié au chantier que les mentions de petites sommes aux artisans du 17e siècle et les quittances dues à Jean de Challon au 16e siècle. Celles-ci semblent témoigner d’un paiement à crédit étalé sur plusieurs décennies. Ce mode de rémunération fait écho à une quittance équivalente fournie aux bâtisseurs du couvent des Cordeliers en 1433 qui les autorise à se payer en nature en utilisant un terrain appartenant au couvent pendant plusieurs années.

Ces quittances à crédit et/ou en nature posent de nombreuses questions. Est-ce une pratique fréquente dans la vallée pour la fin du Moyen Age ? Est-elle mise en place dès le milieu du Moyen Age ? Est-elle liée aux difficultés financières que peuvent connaître les établissements religieux ? A-t-elle des répercussions sur les capacités et la provenance des artisans ?

 

Par ailleurs, s’il faut considérer que le chantier bâti de la cathédrale proprement dit est une entreprise menée par le chapitre, les éléments annexes et une partie de la décoration ont été financés par les archevêques. C’est le cas des chapelles élevées sur le flanc sud. La grande chapelle Saint-Martin avait été érigée par l’archevêque Guillaume de Mandagot et la chapelle Sainte-Anne – dont les dimensions doublent presque le bas-côté sud – par l’archevêque Balthasar de Jarente. Les vitraux de la rose occidentale ont quant à eux été financés par l’archevêque Michel d’Estienne qui avait également inclus dans son don la réfection/réalisation des vitraux de la nef. Quant aux peintures du chœur, elle sont à porter au crédit de l’archevêque Guillaume d’Hugues qui avait également entrepris la décoration de la chapelle Sainte-Anne.

Au-delà de ces réalisations, on ignore l’implication des archevêques dans le projet. Ont-ils contribué aux choix architecturaux ou stylistiques ? Ont-ils favorisé la venue d'ateliers extérieurs à venir travailler à Embrun ?

 

- Une cathédrale dans un territoire de vives tensions religieuses, la fidélité à l’architecture ancienne témoin de l’orthodoxie de la foi catholique ?

L’une des caractéristiques qui avait poussé Jacques Thirion à resserrer sur une courte période chronologique le chantier de la cathédrale est sa relative homogénéité et l’emploi permanent de formes « anciennes ». Cette caractéristique n’est pas propre à la cathédrale et s’exprime dans l’ensemble de l’Embrunais. Elle doit néanmoins être relativisée et contextualisée.

Ainsi, le canevas de l’élévation reste le même durant tout le chantier de la cathédrale, la sculpture des chapiteaux se contente d’un décor végétal statique plutôt basé sur la répétition d’un thème que sur la virtuosité des entrelacs et la création de nouvelles formes ; le recours à la figure humaine y est très ponctuel et, ici, ces figures sont des masques à peine ébauchés. Cette permanence des formes anciennes se retrouve sur une grande partie du pourtour méditerranéen et sur les îles de Corse ou de Sardaigne. Néanmoins, à Embrun, dans un centre urbain, un archevêché, sur une route importante sur laquelle transite denrées, hommes, savoir-faire et idées et surtout dans une cathédrale archiépiscopale, édifice souvent considéré comme moteur dans la diffusion de nouvelles formes, cette permanence étonne.

Pourtant, la description fine de l’édifice a montré que la cathédrale n’avait pas été imperméable aux formes nouvelles et, en particulier, aux formes gothiques. Ainsi, au sein même d’une élévation qui peut sembler rétrograde dans son contexte chronologique à l’échelle européenne, la cathédrale d’Embrun a amené un renouvellement des formes dans cette partie des Alpes : piliers complexes, arcades en arc brisé, passage ouvert par une arcature et voûtes d’ogives. Ces innovations sont souvent oubliées à cause d’une élévation à deux niveaux, de baies en arc plein cintre et de chapiteaux au décor archaïsant.

En outre, de nouvelles formes bien ancrées dans leur époque ont été mises en œuvre dans les marges ou en périphérie de l’église elle-même. Il en va ainsi des lancettes en tiers-point de l’ancienne chapelle Saint-Martin, lancettes typiques gothiques malgré leur massivité et l’absence de remplages. Il en va également du Réal où la dextérité des maçons s’expriment dans le chapiteau oriental à l’avant du porche et où les personnages représentés ont un vrai visage et une attitude relativement réaliste. Cet engouement pour l'art de son époque a également guidé la réalisation du buffet d’orgue, de la tourelle d’escalier du 15e siècle ainsi que de l’un des chapiteaux du revers de façade. Cette pièce, située sous les blochets qui soutiennent la passerelle de l’orgue, est sculptée d’un décor de mille feuilles et d’une figure de grotesque d’une grande finesse. Elle a dû être remplacée lors de la mise en place de la coursière menant aux orgues et s'accorde parfaitement avec l’arrivée des grotesques en Italie au milieu du 15e siècle. Enfin, cet intérêt pour les créations artistiques contemporaines est sensible dans la sacristie, élevée à la fin du 15e siècle ou au tout début du 16e siècle, dont les ogives et les consoles correspondent à quelques années près à des réalisations similaires dans le Jura ou l’Auvergne.

 

Si le chapitre et les archevêques d’Embrun semblent relativement perméables à l’art de leur temps, la facture de la cathédrale pour laquelle on a conservé la même élévation et le même décor sculpté malgré les multiples ruptures de chantier et changements de parti ne peut être lue comme un archaïsme ou un conservatisme.

Il faut sans doute plutôt le remettre dans le contexte social, politique et bientôt religieux d’un territoire en tension permanente, et lire les choix effectués comme la manifestation de la légitimité de l’Eglise et de son pouvoir, légitimité ancrée dans un temps long qui s’exprime au travers d’une tradition architecturale et décorative, d’une fidélité à un premier projet de construction.

 

 

- Gothique ou romane ?

Bien que la question traverse toute étude de Notre-Dame d’Embrun, les auteurs n’arrivent pas à trancher sur son appartenance à une époque stylistique marquée. En effet, la cathédrale est un exemple abouti de syncrétisme entre des formes romanes et gothiques. Néanmoins, la nouvelle datation que nous proposons rajeunit considérablement l’édifice et la question d’un édifice roman ou gothique peut se poser de manière plus prégnante pour un édifice du 14e siècle et non du 12e siècle.

Après cette étude, considérant que l’art roman ne peut être cantonné à l’utilisation de l’arc en plein cintre sur des baies et des portails, il nous semble que la cathédrale doit être lue comme un édifice gothique par sa capacité à innover sur son plan, sur les formes des organes de soutènement, sur sa capacité à inventer une technique (peu convaincante mais néanmoins efficiente) pour le montage des voûtes d’ogives, sur les rapports proportionnels entre ses différents volumes, sur la recherche d’apport lumineux qui n’est plus aujourd’hui perceptible. L’appréciation de tous ces apports réels est desservie aujourd’hui par leur mise en œuvre défaillante qui plaide pour une construction par des ateliers locaux peu expérimentés à ses innovations.

1à Embrun, sous la voûte de la nouvelle église Sainte-Marie2 L'hypothèse d'une utilisation des corbeaux pour le cintre des voûte a été émise par Mathias Dupuis et par Nicolas reveyron lors de nos échanges pendant l'étude. Il semble néanmoins curieux que cette technique soit la seule parmi toutes celles développées par les bâtisseurs médiévaux qui est été systématisée dans la cathédrale et est résisté à la succession des ateliers.

L'analyse historique et architecturale laisse penser que la construction de la cathédrale Notre-Dame-du-Réal a débuté autour de 1200 et ne s'est achevée qu'au second quart du 14e siècle. C'est au 15e siècle que les célèbres voûtes d'ogives qui couvrent la nef ont été créées, entraînant une surélévation partielle de l'édifice. Les voûtes des bas-côtés participent sans doute de la même phase de construction, pour contrebuter les voûtes d'ogives. La sacristie a été érigée autour de 1500, tandis que l'actuelle chapelle Sainte-Anne, au sud, résulte de la réunion au milieu du 16e siècle de deux édifices du 14e siècle. Les parties hautes du clocher en partie détruites en 1860 ont été entièrement rebâties quelques années plus tard.

Entièrement bâtie en appareil irrégulier de schiste et de tuf, la cathédrale d’Embrun mesure 51 mètres de long en œuvre, 22 mètres de large en œuvre (hors chapelle Sainte-Anne) et 17 mètres de haut. Sa nef de quatre travées oblongues couverte de voûtes d'ogives est accostée par deux bas-côtés couverts de berceaux plein-cintre. Chacun des vaisseaux butent à son extrémité orientale sur une abside voûtée en cul-de-four. L’abside axiale est précédée d’une étroite travée voûtée en berceau ; cet ensemble forme le chœur architectural.

Les toits, à longs pans sur la nef avec croupe ronde sur l'abside et à un pan en appentis sur les bas-côtés, sont couverts d'ardoise.

Au sud de l’église s’élèvent une vaste chapelle et une sacristie. La chapelle forme un volume rectangulaire voûté en berceau plein cintre. Elle mesure environ 26 mètres de long sur 5 mètres de large. Dans son prolongement, la sacristie a deux travées et mesure 10 mètres de long sur cinq mètres de large. Elle permet d’accéder à une dernière salle à usage de débarras fermée par un mur hémicirculaire qui bute sur l’abside du bas-côté sud de l’église. Cette pièce comporte une tourelle d’escalier qui permet d’accéder aux combles des différents niveaux, à une salle haute ayant fait office de salle capitulaire et de salle du Trésor, et à une galerie aménagée entre les parois des murs gouttereaux du chevet.

La cathédrale conserve encore de nombreux décors peints.

  • Murs
    • schiste moyen appareil
    • schiste petit appareil
    • tuf petit appareil
    • tuf moyen appareil
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan allongé
  • Étages
    3 vaisseaux
  • Couvrements
    • voûte en berceau plein-cintre
    • voûte d'ogives
    • cul-de-four
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe ronde
    • toit à un pan
  • État de conservation
    inégal suivant les parties
  • Techniques
    • peinture
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune,
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    classé MH, 1840
  • Précisions sur la protection

    Eglise Notre-Dame (ancienne cathédrale) : classement par liste de 1840

  • Référence MH
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Image non communicable

Documents d'archives

  • Vente faite par Gui Calliavetula à l'archevêque, de tous les droits qu’il avait à Bréziers, signé dans le choeur de l’église, 1264. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 26.

  • Affaires ayant trait à la chapellenie Saint-Marcellin, 1290. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 229.

  • Titres de la chapelle saint-Martin, 1306. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 188.

  • Fondation de la chapelle Saint-Pierre-et-Saint-Paul, 1380. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 188.

  • Compte de fabrique mentionnant la réalisation de l'orgue, 1463-1467. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 544.

  • Donation de Louis XI pour [...] eslever, embelir et orner la fabrique de ladite église, 1482-1483. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 290.

  • Paiement fait à maître Claude, peintre, pour réparer les verrières de l'église, 1503. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 278.

  • Rachat au chapitre d'une pension de 30 gros, 1512. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 325.

  • Achat par le chapitre d'une pension de 10 florins, 1513. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 345.

  • Reconnaissance d'une pension de 15 gros. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 296.

  • Reconnaissance, en faveur du Salve Regina de la grande église d'Embrun qui se dit tous les samedis devant le porche du Réal, 1529. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 386.

  • Don de 1500 écus fait par l'archevêque Balthazar Jarente pour la construction d'une chapelle et l'édification d'un dôme à la porte de la grande église, 1555. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 246.

  • Quittances des sommes dues à Jean Challon, 1558. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 548

  • Réparations faites aux verrières par maître Riqueti, verrier de Gap, 1585. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 517.

  • Réfection du jubé par François Rivet, mestre tailleur de pierres et masson, 1602. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 551.

  • Réparations réalisées dans la cathédrale (vitraux, voûtes et pavage), 1619-1620. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 558.

  • Réparations faites à la cathédrale, 1621. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 562.

  • Reprise de la flèche du clocher, 1633. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 520.

  • Paiement des travaux d'obturation des fenêtres de la chapelle Saint-André et de la nef, 1635. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 585.

  • Travaux d'obturation de la baie face aux orgues, 1635. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 581.

  • Travaux de couverture des chapelles Saint-Martin et Saint-Jean, 1637. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 584.

  • Travaux de réfection de la couverture de la nef, 1640. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 261.

  • Paiement des travaux de réfection de la charpente devant l'entrée réalisés par Jacques Brunache, 1647. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 594.

  • Travaux de réfection de la toiture de la chapelle Saint-Martin, 1649. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 601.

  • Réfection des vitraux de la baie orientale de la nef par Richard Nora, maître vitrier, 1656. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 616.

  • Travaux de cerclage et de consolidation du clocher par Julien Emery et Mathieu Charbonnel, 1785. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 730.

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  • Travaux de l'église Notre-Dame, 19e siècle. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 O 696.

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  • KLEIN, Bruno. Le premier gothique dans le Saint-Empire romain germanique : nouvelles questions, méthodes, résultats et lacunes de la recherche. Dans : Perspective, 2014, 2, p. 313-338. Publication en ligne : <http://journals.openedition.org/perspective/5721>, le 30 juin 2016.

  • MALLET, Géraldine. De l’usage des marbres en Roussillon entre le XIe et le XIVe siècle : la sculpture monumentale. Dans : Patrimoines du Sud, t. 4, 2016, p. 29-51. Disponible en ligne : http://journals.openedition.org/pds/1029 ; DOI : https://doi.org/10.4000/pds. 2023.

  • JULLIAN, Martine. Les temps de l’architecture gothique dans les Alpes occidentales : les limites impossibles. Dans : Repenser les limites : l’architecture à travers l’espace, le temps et les disciplines : 31 août - 4 septembre 2005. Paris : Publications de l’Institut national d’histoire de l’art, 2005. Publication en ligne : <https://doi.org/10.4000/books.inha.591>, le 10 octobre 2023.

  • OURY, Benjamin. Exploitation minière et implantation castrale en Dauphiné médiéval (Xe-XVe siècles). Surveiller, organiser et prélever la production minière. Thèse de doctorat soutenue le 14 mars 2018 à l'EHESS. Dans : L’Atelier du Centre de recherches historiques, décembre 2018. Publication en ligne : <http://journals.openedition.org/acrh/9375>, le 28 janvier 2025.

  • PARAVY, Pierrette. Iconographie et pastorale dans le diocèse d'Embrun à la veille de la Réforme. Dans : Mélanges de l'École française de Rome. Moyen-Age, 1994, tome 106-1, p. 141-151.

  • PY, Vanessa. Nouveaux regards sur l’histoire médiévale de la mine de l’Argentière dans la Haute-Durance. Dans : Cahier du Château Saint-Jean, 2013, 10, p. 5-119. Publication en ligne : <https://univ-tlse2.hal.science/hal-01094622v1>, le 12 décembre 2014.

  • ROMAN, Joseph. Église Notre-Dame d'Embrun (Hautes Alpes). Dans : Inventaire général des richesses d'art de la France. Province. Monuments religieux. Paris : E. Plon, Nourrit et Cie imprimeurs-éditeurs,  t. 1, 1886, p. 21-35.

  • SAURET, Adrien (abbé). Essai historique sur la ville d'Embrun. Gap : Delaplace, 1860, p. 598.

  • SCHIAVI, Luigi Carlo. ARNAUD, François. VERGNOLLE, Éliane. L’art roman en Lombardie. État des questions. Dans : Bulletin Monumental, 2016, tome 174, n°1, p. 47-68. Publication en ligne : <https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2016_num_174_1_12750>, le 26 février 2024.

  • THIRION, Jacques. L'influence lombarde dans les Alpes françaises du Sud. Dans : Bulletin Monumental, 1970, tome 128, n°1, p. 7-40. Publication en ligne : <https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1970_num_128_1_5002>, le 8 novembre 2019.

  • THIRION, Jacques. La cathédrale d'Embrun. Dans : Congrès archéologique de France, 1971, Briançon. Paris : Société Française d'Archéologie, 1972, p. 91-135.

  • VAILLANT, Pierre, Libertés des communautés dauphinoises des origines au 5 janvier 1355. Paris : Librairie du recueil Syrey, 1951, p. 668.

  • VERGNOLLE, Éliane. Passages muraux et escaliers : premières expériences dans l'architecture du XIe s. Dans : Cahiers de civilisation médiévale, Janvier-mars 1989, 32e année (n°125), p. 43-60. Publication en ligne <https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1989_num_32_125_2428>, le 23 mai 2019.

Documents figurés

  • Plan cadastral de la commune d'Embrun,1812 / Dessin à l'encre et lavis sur papier par Kirwan Auguste, ingénieur-vérificateur et Allec Aîné, géomètre du cadastre. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 499.

    section D, 1ère feuille, parcelle 530.
  • Vue du palais épiscopal d'Embrun et de ses jardins. / Dessin au fusain, encre brun et aquarelle sur papier d' Etienne Martellange, [v. 1610]. Ashmolean Museum, University of Oxford : WA.Suth.B.2.100.1.

    verso
  • Plan relief d'Embrun, 1701. / Maquette, sous la direction de Nicolas de Nézot, 1/600e, 3,43 x 3,37 m., bois, papier, soie, métal, peinture. Musée des Plans reliefs, Paris.

  • Le clocher de la cathédrale après sa destruction. / Photographie, v. 1842. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 84/5/1001.

  • Coupe de la cathédrale proposant des améliorations de la charpente de la nef. / Dessin à l'encre de chine et lavis brun sur papier par Pierre Manguin, 1842. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 81/5/5.

  • Croquis figurant les désordres de maçonnerie sous le clocher et la proposition de construction d'un arc de décharge. / Dessin à l'encre brune sur papier par Pierre Manguin, 1854. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 81/5/5.

  • [Croquis figurant les désordres de la maçonnerie du clocher]. / Encre brun sur papier par Pierre Manguin, 1854. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 81/5/5.

  • Plan de la base du clocher./ Dessin à l'encre sur papier par Pierre Manguin, 1854. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 81/5/5.

  • La cathédrale d'Embrun [avant 1914]. / Photographie. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 84/5/1001.

  • Le chevet [avant l'achèvement de la restauration du soubassement]. / Photographie. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 84/5/1001.

  • [Intérieur de la cathédrale avant le décapage]. / Photographie. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 84/5/1001.

  • Intérieur de la cathédrale [après le décapage]. / Photographie, 1938. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 84/5/1001.

  • [Cathédrale d'Embrun. Projet d'ouvertures dans le mur de fond du bas-côté sud] / Dessin à l'encre sur papier calque par Jean-Claude Rochette, 1965. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 82/05/1001.

  • Relevé pierre à pierre de la façade nord de la cathédrale d'Embrun / Dessin numérique par Naviglio Olivier, 2012. Dans : "Etude préalable à la restauration des élévations. Etude sur le parement"/ Naviglio, Olivier. Tapuscrit, 2012.

  • Relevé pierre à pierre du chevet et du clocher de la cathédrale d'Embrun/ Dessin numérique par Naviglio Olivier, 2012. Dans : "Etude préalable à la restauration des élévations. Etude sur le parement"/ Naviglio, Olivier. Tapuscrit, 2012.

  • Relevé pierre à pierre de la façade sud de la cathédrale d'Embrun/ Dessin numérique par Naviglio Olivier, 2012. Dans : "Etude préalable à la restauration des élévations. Etude sur le parement"/ Naviglio, Olivier. Tapuscrit, 2012.

Annexes

  • Historiographie de la cathédrale
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
(c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
Aycard Julie
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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