Dossier collectif IA05001768 | Réalisé par
Aycard Julie (Contributeur)
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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  • enquête thématique régionale, Patrimoine religieux de Serre-Ponçon Guillestrois-Queyras
Les églises et chapelles de la Communauté de communes de Serre-Ponçon
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
  • (c) Communauté de communes de Serre-Ponçon

Dossier non géolocalisé

  • Dénominations
    église, chapelle
  • Aires d'études
    Communauté de communes de Serre-Ponçon

I- Introduction

L'inventaire du patrimoine religieux de la Communauté de communes de Serre-Ponçon a permis de recenser 22 églises paroissiales et 49 chapelles. Quelques chapelles n'ont pas pu être vues pendant le repérage de terrain dont les chapelles Saint-Roch à Baratier, Saint-Michel à Prunières et la chapelle d'alpage de Saint-André-d'Embrun.

Recensement des églises et chapelles de la communauté de communes de Serre-Ponçon par datation.Recensement des églises et chapelles de la communauté de communes de Serre-Ponçon par datation.

II- Eléments historiques

Bien que scindée en deux départements – les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence - la communauté de communes de Serre-Ponçon appartient dans son ensemble à l'ancien diocèse d'Embrun.

Les archives du territoire ayant subi de nombreuses destructions, seuls dix édifices ou parties d'édifices parmi ceux étudiés ont pu être datés par des textes ou des sources figurées. Pour les édifices médiévaux, ce sont souvent les techniques de construction qui ont permis de proposer des datations grâce à des rapprochements avec des bâtiments du pourtour méditerranéen ou grâce à l'analyse de l'évolution d'une technique constructive comme la mise en œuvre des voûtes d’ogives entre le 15e siècle et le siècle suivant. Pour le 17e siècle, quelques dates portées permettent de préciser le déroulement de certains chantiers et d’affirmer quelques hypothèses de datation par comparaison : le portail de Saint-Marcellin de Châteauroux-les-Alpes porte la date de 1603, la seconde chapelle sud de Saint-Laurent de Crots celle de 1623.

L’église de la Paroisse à Savines-le-Lac et la chapelle Sainte-Catherine de Châteauroux-les-Alpes sont les plus anciennes églises du territoire. Leurs caractéristiques de mise en œuvre permettent aujourd’hui de les dater de la fin du 11e siècle ou du début du 12e siècle. Elles desservaient à cette époque des villages ou hameaux aujourd’hui disparus ou transformés à cause du déplacement des habitants. D’autres édifices comme l’église de la Transfiguration à Saint-Sauveur sont des édifices anciens – vraisemblablement du 12e siècle – qui ont été profondément remaniés au 15e siècle, une époque où furent rebâtis de nombreux édifices dont Saint-Chaffrey de Baratier, Saint-Pelade de Crévoux, Saint-Laurent de Crots, Saint-Victor de Chorges.

Vue du chevet de l'église de la Paroisse à Savines-le-Lac : ruines.Vue du chevet de l'église de la Paroisse à Savines-le-Lac : ruines.Vue du chevet de la chapelle Sainte-Catherine à Châteauroux-les-Alpes.Vue du chevet de la chapelle Sainte-Catherine à Châteauroux-les-Alpes.Vue extérieure de l'église de la Transfiguration à Saint-Sauveur.Vue extérieure de l'église de la Transfiguration à Saint-Sauveur.

Aux 17e et 18e siècles, le réseau s’enrichit avec la construction de nouvelles paroissiales dans un mouvement qui témoigne du dynamisme démographique tout autant que les difficultés des communautés à rejoindre leurs églises de rattachement une fois par semaine. Sainte-Martine du Sauze-du-Lac, l’église de la Transfiguration de Puy-Sanières et Saint-Claude de Pontis illustrent ce mouvement. Avant leur construction, les paroissiens du Sauze devaient se rendre à Pontis, ceux de Prunières au Puy-Saint-Eusèbe. A cette époque, les édifices qui ont subi des dommages lors des guerres successives sont également rebâtis. La chapelle de Saint-Marcellin de Châteauroux-les-Alpes, vraisemblablement achevée en 1603, est emblématique des reconstructions entreprises après le passage des troupes du duc de Lesdiguières lors des guerres de Religion ; alors que celle de Saint-Chaffrey de Baratier est réparée après qu’un incendie, déclenché lors du passage du duc de Savoie en 1692, ait détruit la voûte de sa nef.

Dans un mouvement contraire, plusieurs églises paroissiales dans la ville d’Embrun - Saint-Marcellin, Sainte-Cécile et Saint-Donat - sont détruites ou réaffectées dès la Révolution française.

Le réseau des chapelles, quant à lui, semble se densifier à partir de la fin du 15e siècle et dans le courant du 16e siècle. Si l’érection de nouvelles chapelles est toujours motivée par la difficulté de rejoindre les paroissiales dans les périodes hivernales, l’acceptation des demandes par l’archevêque est à mettre en lien avec la lutte constante contre les hérésies depuis le 13e siècle. Les chapelles participent à mailler un territoire difficile d’accès et assurent la visite régulière d’un prêtre qui peut éduquer les habitants, s’assurer qu’ils ne pratiquent ni magie, ni hérésie, qu’ils connaissent leurs prières et les grands principes de la foi.

Leur nombre augmente encore aux 18e et 19e siècles. Dans la première moitié du 19e siècle, de nouvelles paroisses sont créées, érigeant les chapelles de certains gros écarts en églises succursales : c'est le cas de l'église de Saint-Jean de Crots ou de la chapelle de Chérines à Savines-le-Lac.

Vue extérieure de l'église Saint-Jean de Crots.Vue extérieure de l'église Saint-Jean de Crots.

Le territoire a également connu une forte période de construction dans le 3e quart du 20e siècle avec l’érection de l’église Saint-Florent de Savines-le-Lac, en remplacement de l’ancienne église dynamitée lors de la création du barrage de Serre-Ponçon, et la construction ou reconstruction de nombreuses chapelles de montagne. Ces dernières sont généralement situées dans les estives, souvent proches des cabanes de berger. Elles sont le but de pèlerinages estivaux qui ont toujours cours aujourd’hui en raison de leur dimension pittoresque plus que religieuse. Les chapelles Saint-Pierre de Châteauroux-les-Alpes, Saint-Pierre du Grand-Vallon aux Orres ou celle du Mont Saint-Guillaume sont emblématiques de ce phénomène.

 

III- Éléments de typologie

A- Orientations et implantations

Les édifices sont en règle générale orientés, mais quelques exceptions sont notables. Elles concernent en particulier les édifices construits au 19e et au 20e siècles. Il s'agit souvent de chapelles d'altitude, implantées en fonction du relief et de l'exposition des versants pour lesquelles l'adaptation au terrain a prévalu. Le cas de la reconstruction de l’église de Saint-André d’Embrun est un exemple bien documenté d'un édifice qui a changé d'orientation à cause de l’instabilité du terrain. En 1851, la nouvelle église est bâtie dans le sens de la pente dans l’espoir que ce changement d’orientation suffise à annihiler l’effet des mouvements de terrain. Malheureusement, les premiers dégâts ont été constatés lors de la construction et n’ont cessé depuis.

Calque du plan général modifié [de l'église Saint-André de Saint-André-d'Embrun]Calque du plan général modifié [de l'église Saint-André de Saint-André-d'Embrun]

Par ailleurs, le choix d’implantation a pu être dicté par la visibilité offerte à l’édifice. Le cas de l’église de Saint-Sauveur est particulièrement éloquent puisque celle-ci est visible depuis le pont de Savines-le-Lac situé à plus de 20 kilomètres. D’autres édifices à Réallon, Puy-Saint-Eusèbe ou au Sauze-du-Lac ont également bénéficié d’un emplacement en balcon sur le paysage qui leur permet d’être repérées à plusieurs kilomètres. Ils ont alors une fonction de signal : signal de l’existence d’un village, signal de la présence d’un édifice catholique dans un espace occupé très tôt par les vaudois puis les protestants. Le choix d’implanter la cathédrale Notre-Dame-du-Réal au bord du roc procède de la même logique. L’attribution d’une fonction signal aux édifices remonte sans doute à une époque ancienne comme en témoigne le chevet de l’église de la paroisse à Savines-le-Lac, élevé sur un à-pic. Elle peut aussi être reconnue dans le choix d’implanter la chapelle Saint-James de Châteauroux-les-Alpes seule sur une colline au bord de la Durance.

La présence des routes et chemins a également pu influencer le choix des implantations, en particulier pour les chapelles. Les travaux des 19e et 20e siècles ont profondément modifié les voies d’accès à certains lieux-dits qui sont aujourd’hui en dehors des voies quotidiennes, voire totalement isolés. Mais ces édifices étaient jadis accessibles par des chemins qui étaient beaucoup plus fréquentés et marquaient une présence humaine sédentaire ou temporaire. Les cas de Saint-Alban de Châteauroux-les-Alpes et de Saint-Véran de Crots sont, en ce sens, caractéristiques. Saint-Alban est une ancienne chapelle en ruines. Elle semble aujourd’hui totalement isolée mais un clos paroissial est encore lisible dans la topographie proche : le terrain qui l’environne a été aplani et bordé, peut-être pour accueillir un cimetière. Elle devait donc être proche d’habitations. Saint-Véran a été bâtie à la demande des bergers provençaux qui passaient de longs mois sur les terres de l’abbaye de Boscodon. La chapelle avait totalement disparu jusqu’à sa redécouverte en 2000 et le remontage d’une partie de ses murs.

 

B- Plans

A l’exception de l’ancienne cathédrale Notre-Dame-du-Réal d’Embrun et de l’église de Saint-André-d’Embrun qui ont trois vaisseaux, tous les édifices adoptent des plans à nef unique, qu'il s'agisse de chapelles de taille modeste ou d'églises paroissiales. Dans la majorité des cas, ces nefs ouvrent sur un chœur terminé par un chevet plat ou par une abside. Les chevets plats sont majoritaires sur le territoire. Ils se retrouvent à Baratier, Crévoux, Le Sauze-du-Lac, Saint-Apollinaire, Puy-Saint-Eusèbe, Saint-Sauveur, Les Orres (Sainte-Marie-Madeleine). A partir du 18e siècle, puis au 19e siècle, une grande partie des édifices ont un chevet plat mais un chœur traité en abside grâce à un travail sur les murs intérieurs. Les églises de Saint-Donat d’Embrun, de Puy-Sanières, de Saint-Jean de Crots, de Pontis ou du Mélezet aux Orres sont érigées selon ce modèle.

Les chapelles latérales sont relativement rares. Lorsqu’elles existent, elles sont généralement ouvertes de part et d'autre de la dernière travée de la nef et confèrent alors un plan en croix latine à l’édifice. Si les chapelles élevées dans l’église de Baratier constituent, avec leurs arcades ouvrant sur la nef et leur voûte en berceau brisé, un exemple caractéristique pour la fin de la période médiévale, la formule a été reprise dans d’autres édifices comme à Crévoux où des chapelles furent construites au 19e siècle et couvertes d’un dôme.

Quelques édifices paroissiaux, comme Saint-Irénée de Châteauroux-les-Alpes, ont été pourvus d’un faux transept. Parmi les édifices médiévaux, l’église de Saint-Sauveur offre un exemple insolite puisque son faux transept constituait, à l’origine, une église orientée nord-sud, dont les murs ont été percés pour créer un chœur à l’est puis une nef à l’ouest.

Au 19e siècle, des chapelles aménagées, en renfoncement, dans les murs des nefs vont être construites à Sainte-Marie-Madeleine des Orres, à Saint-Marcellin de Châteauroux-les-Alpes ou au Puy-Saint-Eusèbe.

La majorité des clochers sont des tours hors-œuvre généralement placées le long de la dernière travée de la nef comme à Chorges, Crots, Puy-Saint-Eusèbe. Le clocher de Réallon, placé devant la façade principale, forme un porche d'entrée dans l'église. C'est un unicum sur le territoire.

Enfin, plusieurs églises médiévales possédaient des porches d’entrée et des auvents qui ont aujourd’hui disparu. Les vestiges des porches sont encore lisibles sur les façades des églises de Saint-Sauveur, Crots et Les Orres (Sainte-Marie-Madeleine). Il s’agit généralement d’édicules élevés dans la seconde moitié du 15e siècle ou au début des années 1500. Les auvents étaient, quant à eux, élevés le long de l'élévation sud de la nef. Ils protégeaient le plus souvent un cycle iconographique. Deux ont été rebâtis au 20e siècle, l’un à Saint-Sauveur, l’autre aux Orres.

C- Matériaux et technique de mise en œuvre

Les édifices les plus anciens comme l’église de la Paroisse à Savines et les chapelles Sainte-Catherine et Saint-James de Châteauroux-les-Alpes sont construits en blocage et leur élévations extérieures sont recouvertes d’un parement de moellons ou galets assisés, non liées au mortier. Ces pierres ont été obtenues par débitage de bancs plus ou moins réguliers ou par la régularisation de gros galets charriés par les torrents locaux ou la Durance. La chapelle Sainte-Catherine présente la particularité d’être ceinte par un rang d’opus spicatum de basse ligne situé à environ un mètre de haut. Ces spécificités constructives rapprochent ces édifices de nombreux exemples situés dans les Alpes françaises et italiennes, la Corse ou la Sardaigne construits durant le 11e siècle (Camuffo).

La mise en œuvre de la pierre de taille n’apparaît vraisemblablement dans la vallée qu’avec la construction de l’abbatiale de Boscodon au milieu du 12e siècle. Vraisemblablement commencée à la fin du 12e siècle ou au début du 13e siècle, la cathédrale Notre-Dame du Réal est l’unique édifice paroissial à être bâti avec cette technique récente. Le matériau utilisé est un marno-calcaire schisteux dont la provenance n’est pas déterminée. Deux hypothèses semblent prévaloir.  La première est motivée par la présence d’un front de taille au lieu-dit Saint-Saturnin à Embrun qui autorise à envisager une provenance locale même si, à ce jour, l’histoire de ce front de taille n’est pas connue  ; la seconde s’appuie sur l’exploitation et l’usage du schiste de Châteauroux-les-Alpes dont les carrières appartenaient à l’archevêque depuis le 13e siècle pour proposer une provenance un peu plus lointaine mais qui pourrait découler d'un arrangement économique entre le chapitre et l’archevêque.

Ensuite, à la fin du Moyen Age, les édifices sont bâtis en moellons et galets liés au mortier et recouverts d’enduit. Là encore, l’acquisition de cette technique s’inscrit dans une temporalité et un schéma récurrent à l’échelle du bassin méditerranéen : à partir du 14e siècle, la construction en pierre de taille est fréquemment délaissée au profit d’une construction en moellons, moins coûteuse (Camuffo). Cette technique est conservée jusqu’au 19e siècle.

Le tuf, appelé localement cargneule, est taillé en moyen et petit appareil et mis en œuvre dans les angles, piédroits et arcs de la quasi-totalité des édifices jusqu’au 19e siècle. Utilisé pour les voûtains des voûtes d’ogives à Baratier ou Saint-Sauveur, il est alors nu. Au 19e siècle, l’utilisation de moellons de tuf est préconisée pour la reconstruction des voûtes en berceau des nefs de Saint-Marcellin de Châteauroux-les-Alpes, Saint-Victor de Chorges et Saint-Pelade de Réallon ; il est alors enduit. Les carrières de Crots semblent être, jusqu’au 19e siècle, la source privilégiée de ce matériau.

Croisée d'ogives dans le chœur de l'église Saint-Chaffrey de Baratier.Croisée d'ogives dans le chœur de l'église Saint-Chaffrey de Baratier.

Le marbre, vraisemblablement issu des carrières de Guillestre, est mis en œuvre dans plusieurs édifices. Il est généralement réservé aux parties prestigieuses, en particulier les portails comme à Saint-Sauveur, Crots, Crévoux, Saint-Apollinaire ou à la chapelle Saint-Claude de Saint-Sauveur. Les exemples les plus manifestes de cette utilisation se trouvent dans la cathédrale d’Embrun dans laquelle le marbre est utilisé pour l’ancienne porte nord du chœur, pour le Réal et pour toutes les colonnettes et claveaux des arcs des baies. Jusqu’au début du 20e siècle, le marbre reste perçu comme un matériau noble ainsi qu’en témoigne l’usage très répandu d’un décor de faux marbre peint pour mettre en valeur les intérieurs modestes des églises durant toute la seconde partie du 19e siècle et la première partie du siècle suivant.

Portail du Réal de la cathédrale Notre-Dame d'EmbrunPortail du Réal de la cathédrale Notre-Dame d'Embrun

Le bois a été mis en œuvre sur des voûtes en lattis recouverte d’enduit comme dans la chapelle Saint-Claude de Saint-Sauveur. Il était également utilisé sur les plafond disparus qui couvraient les nefs de certaines églises – comme Saint-Marcellin de Châteauroux-les-Alpes – avant la mise en place d'une voûte au 19e siècle.

Les matériaux contemporains comme la brique et le béton sont peu utilisés sur le territoire. La brique est réservé à l'encadrement de portails ou à la construction de clocheton comme qu’à la chapelle des Bernards à Chorges. Le béton quant à lui n’a été utilisé que pour un seul édifice, l’église Saint-Florent de Savines-le-Lac inaugurée en 1961.

 

D- Les éléments extérieurs

a- Les façades

A l’exception de l’ancienne cathédrale d’Embrun, les façades de l’ensemble des édifices sont d’une grande simplicité. La grande majorité d’entre elles est traitée en pignon et percée d’un portail surmonté, d’un oculus.

Vue de la façade et du clocher de l'église Saint-Marcellin de Crévoux.Vue de la façade et du clocher de l'église Saint-Marcellin de Crévoux.

Quelques exceptions existent. Elles sont généralement liées à la topographie qui a favorisé la mise en place d’une entrée principale (ou unique) sur l'élévation sud comme c’est le cas dans les églises de Baratier, des Orres ou de Saint-Apollinaire. Dans ce cas, le pignon occidental est généralement aveugle ou simplement percé d’un oculus. L’église de Chorges est un cas unique avec l’installation du portail principal au nord et le percement d’une entrée secondaire au sud. L’appréciation de certaines façades a été modifiée à la suite du démantèlement des porches qui protégeaient les portails de Crots, de Saint-Sauveur et des Orres.

Vue extérieure de l'élévation nord de l'église Saint-Victor de Chorges.Vue extérieure de l'élévation nord de l'église Saint-Victor de Chorges.

Les chapelles reprennent majoritairement le schéma de la façade simple.

 

b- Les clochers

Les clocher se divisent en deux grandes catégories : les clochers-tours et les clochers-murs.

Parmi les clochers-tours, plusieurs types coexistent et se distinguent par leur couverture. Les deux types majoritaires sont couverts de flèches octogonales en pierre cantonnées de quatre formes triangulaires à trois côtés - qui rappellent les mitres d’amortissement que l’on retrouve dans le mobilier - ou de quatre pyramidons sur socle carré.

Il est généralement admis que le modèle à flèche en pierre cantonnée de quatre mitres d’amortissement découle du clocher de la cathédrale d’Embrun pour lequel une datation du second quart du 14e siècle a été proposée. Ce modèle a été repris dans l’Embrunais mais également dans le Briançonnais et le Queyras. Ainsi, le plus ancien exemple aujourd’hui daté est le clocher de l’église Saint-André de Puy-Saint-André dans le Briançonnais qui porte la date de 1378 sur sa tour, la flèche étant contemporaine ou postérieure. Saint-Antoine d’Eygliers a pu être reconstruit entre 1457 et 1494 si on s’en réfère aux armes de l’évêque d’Embrun apposées dans l’église. Dans l’Embrunais, seuls quatre clochers de la fin du Moyen Age ont adopté ce type inspiré de la cathédrale. Il s’agit des clochers de Saint-Marcellin de Châteauroux-les-Alpes, de Réallon, de Saint-André-d'Embrun et de Prunières. Quatre autres – ceux de Saint-Irénée de Châteauroux-les-Alpes, de Saint-Laurent de Crots, de Saint-Marie-Madeleine des Orres, de Saint-Jérôme de Pontis – ont été créés dans la première moitié du 19e siècle en remplacement de flèches charpentées.

Vue extérieure de l'église Saint-Marcellin de Châteauroux-les-Alpes.Vue extérieure de l'église Saint-Marcellin de Châteauroux-les-Alpes.

Le modèle de flèche octogonale cantonnée de quatre pyramidons sur socle carré est peut-être une évolution du modèle à mitres. Il semble apparaître au début du 16e siècle dans l’Embrunais comme à Saint-Sauveur où le clocher porte la date de 1533 ou à Puy-Saint-Eusèbe.

Certaines tours ont été couvertes d'une flèche pyramidale plus simple. A Saint-Apollinaire et Chorges, ces flèches pyramidales sont en pierre tandis qu’à Baratier et à Pontis, elles sont charpentées.

Enfin, les tours de clochers des églises de Crévoux et de Saint-Jean de Crots ont été couvertes de toits à l’impériale dans la première moitié du 19e siècle. Celui de Crévoux est en charpente couvert d’ardoise, celui de Crots en pierre. Tous deux ont été créés sous la direction de l’agent-voyer Chaix.

Outre les clochers tours, le territoire compte également quelques exemples de clochers-murs. L’implantation de ceux-ci et leur forme varient. A Sauze-le-Lac comme à Saint-James de Châteauroux-les-Alpes, ces clochers-murs sont montés au-dessus de l’arc triomphal qui sépare la nef du chœur. Ils sont en pas-de-moineaux. Une forme plus simple se retrouve au-dessus des façades en pignon (chapelle Saint-Jean de Crévoux).

 Vue extérieure de la chapelle Sainte-James de Châteauroux-les-Alpes.Vue extérieure de la chapelle Sainte-James de Châteauroux-les-Alpes.

 

E- Les éléments intérieurs

Dans la majorité des églises paroissiales, les élévations intérieures sont extrêmement simples. Les nefs butent sur des arcs triomphaux qui ouvrent sur des chœurs plus bas. Présente dans tous les édifices antérieurs au 17e siècle, cette différence de hauteur entre les espaces se perpétue dans quelques édifices postérieurs comme l’église de Puy-Sanières bâtie au milieu du 19e siècle. D’autres, comme Saint-Pelade de Réallon, vont être modifiés à la faveur d’une reconstruction de voûte pour créer une quasi-continuité entre les voûtes du chœur et de la nef. L’église de Saint-André d’Embrun constitue une exception notable, celle d'une église-halle dans laquelle tous les vaisseaux sont à même hauteur.

 

a- Les supports

Alors que les édifices sont majoritairement voûtés, les murs des nefs anciennes n’ont pas de supports engagés : les voûtes sont soutenues par des culots cubiques régulièrement espacés ou par des corniches comme à Puy-Saint-Eusèbe. Cette disposition est vraisemblablement héritée de l’abbatiale de Boscodon.

Les premiers supports engagés semblent se développer à la fin du 18e siècle pour soutenir des voûtes d’arêtes comme à Saint-Apollinaire ou à Prunières. Au 19e siècle, le remplacement de plafonds de bois par de grandes voûtes en berceau va occasionner l’insertion de supports engagés à Réallon et à Saint-Marcellin de Châteauroux-les-Alpes.

 

b- Les voûtes

Toutes les églises sont voûtées. La forme ainsi que la technique de mise en œuvre des voûtes sont un élément de caractérisation fonctionnelle des espaces et des éléments de datation.

Les voûtes en berceau, essentiellement en plein cintre, sont uniquement dévolues à couvrir les nefs de la fin du Moyen Age (Crots, Crévoux, Saint-Sauveur, Puy-Saint-Eusèbe) et du 19e siècle (Puy-Sanières, Réallon). Elles sont associées à des chœurs voûtés d’ogives (Crots, Crévoux, Saint-Sauveur, Baratier) ou, plus rarement, de cul-de-four (Réallon).

Les voûtes d’arêtes semblent apparaître à partir du 17e siècle. Elles sont alors utilisées pour couvrir tout l’édifice comme à Saint-Claude de Pontis, dans l’église du Mélezet des Orres ou dans celle de Saint-Apollinaire. Une formule qui sera reprise au 19e siècle à Saint-Irénée de Châteauroux-les-Alpes.

Les voûtes à lunettes semblent apparaître au 18e siècle à Saint-Apollinaire, selon un modèle développé dans le couvent des Capuçins d’Embrun, et perdurer dans la première moitié du 19e siècle à Prunières et Saint-Marcellin de Réallon.

Les dômes sont rares et ne se retrouvent que sur des édifices bâtis au 19e siècle comme les chapelles latérales de Saint-Marcellin de Crévoux.

Dans les chapelles, le voûtement est généralement plus simple car unifié : les berceaux des nefs se prolongent dans le chœur en cul-de-four, les voûtes d’arêtes couvrent l’ensemble de l’édifice comme à la chapelle du Bourget de Chorges.

 

- Les voûtes d’ogives

Les voûtes d’ogives ont fait l’objet d’une étude particulière car elles soulèvent de nombreuses questions.

Depuis l’article de Jacques Thirion sur la cathédrale Notre-Dame d’Embrun en 1970, il est communément admis que les plus anciennes voûtes d’ogives de l’Embrunais sont celles qui couvrent la nef de l’édifice. L'auteur proposait de les dater de la fin du 12e siècle voire du début du 13e siècle. Ces voûtes reposent sur des ogives composées d’une bande de profil rectangulaire, type bande lombarde, recouverte de trois petits tores ; une forme peut-être inspirée par des modèles stylistiques du 13e siècle comme les ogives du chauffoir de l’abbaye de Sénanque datées de 1260. Les voûtains sont formés d’assises de tuf et de schiste alternées créant une bichromie géométrique dont l’effet graphique a fortement marqué les différents contempteurs de la cathédrale. Ces voûtes sont montées sans formeret ; leur extrados a été chargé jusqu’à obtenir une forme ovoïde semblable à celle d’un berceau ; les retombées des ogives sont mal adaptées aux tailloirs qui les reçoivent. Outre la mise en évidence de ces malfaçons techniques qui suggèrent un certain empirisme et une tentative de répondre par des techniques mieux maîtrisées (voûte en berceau) aux problèmes structurels posés par ses voûtes, l’analyse de la cathédrale a montré qu’un vestige d’une ancienne branche d’ogive profilé de deux gros tores (sans bande lombarde) avait été conservé et que la hauteur des voûtes avait été remontée nécessitant l’exhaussement du mur pignon oriental. Ces éléments permettent d'émettre l’hypothèse d’une réfection a posteriori des voûtes.

Cette analyse des voûtes la cathédrale a été confrontée à celle des autres édifices voûtés de l’Embrunais. Il apparaît que la voûte d’ogives couvre systématiquement les chœurs d’édifices datés du 15e siècle dont le chapitre cathédral d’Embrun était grand décimateur. Outre l’absence totale de formerets qui est un signe distinctif, plusieurs de ces réalisations présentent des caractéristiques qui attestent d’un voûtement a posteriori des édifices et d’une maîtrise technique incomplète. Ainsi, dans le faux transept et le chœur de l’église de Saint-Sauveur, les ogives, trop courtes, sont mal adaptées aux volumes qu’elles couvrent et l’insertion des culots qui les reçoivent a entraîné des dégâts sur les chapiteaux des supports originels.

Les désordres de ces premières réalisations vont peu à peu disparaître dans la seconde moitié du 15e siècle. Les chœurs de Crévoux, de Baratier et de Crots sont ainsi couverts d’ogives qui ont toujours le même profil, un bandeau couvert de 3 petits tores, et des voûtes montées sans formerets mais les culots qui les soutiennent sont correctement placés dans les angles ce qui limite la déformation des branches d’ogives. Si la technique se perfectionne, l’absence de formeret dans des voûtes du 15e siècle plaide pour une inspiration directe des voûtes de la cathédrale par des ateliers tout aussi inexpérimentés. Elle autorise également à formuler l'hypothèse d'une concomitance dans la datation des chantiers.

Ce n’est que dans le premier quart du 15e siècle que la voûte d’ogives semble être techniquement maitrisée dans l’Embrunais. Cette évolution est peut-être à mettre en rapport avec la venue dans le Briançonnais d’un atelier italien mené par le maître maçon Mathieu Dugas dans les années 1460-1470. Les deux édifices qui lui sont directement attribuables, Saint-Martin-Queyrières et La-Salle-les-Alpes, démontrent que cet architecte était un technicien appelé pour lier des nefs de grande ampleur à des chœurs plus bas et non-voûtés. Dans ces édifices, Mathieu Dugas réalise des voûtes d’ogives techniquement maitrisées. La datation de ces édifices étant bien connue grâce à un prix-fait, il est possible de dater l’apparition de la maîtrise technique de la voûte d’ogives, et en particulier l’utilisation du formeret, dans le Briançonnais, et par extension dans l’Embrunais, des années 1460-1470. Une fois maîtrisée, la voûte d’ogives se transforme et s’expanse jusqu’à couvrir l’ensemble de l’église Sainte-Marie-Madeleine des Orres dans les dernières années du 15e siècle. Le profil des ogives évolue et devient prismatique, selon le style qui prévaut durant l’époque flamboyante sur la grande majorité du territoire français.

 Elévation de la nef de la cathédrale d'Embrun.Elévation de la nef de la cathédrale d'Embrun.

c- Les percements

Les percements sont caractérisés par le maintien pendant tout le Moyen Age de l’arc plein-cintre et l’absence quasi-systématique d’encadrement marqué et de remplages. De fait, ces baies offrent une luminosité réduite à la plupart des édifices.

Les baies de la chapelle Saint-Anne érigée au sud de la cathédrale d’Embrun sont à cet égard un unicum. Quatre baies en tiers-point sont percées à l’Est de cette grande chapelle. Leurs arcs intérieurs et extérieurs sont en outre soulignés par une moulure torique. Elles constituent les vestiges de la chapelle Saint-Martin édifiée par l’évêque Guillaume de Mandagot en 1306.

Baie de l'ancienne chapelle Saint-Martin, aujourd'hui dans la chapelle Saint-Anne de la cathédrale d'Embrun.Baie de l'ancienne chapelle Saint-Martin, aujourd'hui dans la chapelle Saint-Anne de la cathédrale d'Embrun.

Seules quelques baies à remplages ont été repérées durant l’inventaire. La plus ancienne est percée dans le mur nord de la chapelle Notre-Dame de l’église de Chorges. Datée par sources de 1501, son remplage à deux lancettes est agrémenté de soufflets et mouchettes. Une second se trouve dans le chœur de la chapelle Saint-Claude à Saint-Sauveur, également datée du 16e siècle tout comme celle percée dans la façade principale de Saint-Laurent de Crots. La troisième, dans la chapelle Sainte-Anne de la cathédrale d’Embrun, est l’œuvre du maçon Jean de Châlon vers 1560. Plus simple, le remplage est intégré dans une baie en arc plein cintre, preuve d'un syncrétisme entre deux tendances de l'art durant le 16e siècle.

Chapelle Notre-Dame de l'église Saint-Victor de Chorges.Chapelle Notre-Dame de l'église Saint-Victor de Chorges.

 

F- Deux typologies emblématiques du territoire

1- Les chapelles-écoles

Les chapelles-écoles sont des bâtiments qui apparaissent dans le premier tiers du 18e siècle. Elles remplissent alors deux fonctions primordiales dans les hameaux excentrés : celle de chapelle et celle d’école.  Pour remplir ces fonctions, ces bâtiments ont deux niveaux : un rez-de-chaussée aménagé en chapelle et un étage sous comble pour la salle de classe. Ils sont généralement implantés sur un côteau pour faciliter l’accès au comble. Leur façade principale est traitée en pignon. Elle est percée au rez-de-chaussée d'une porte – souvent en arc plein cintre – qui permet d’accéder à la chapelle et d’une baie qui éclaire le comble. Les chapelles sont couvertes de voûtes d’arêtes. Les salles d’école étaient plafonnées.

Six de ces chapelles-écoles ont été repérés sur le territoire : la chapelle Saint-Claude à Saint-André-d’Embrun, la chapelle de la Reste à Châteauroux-les-Alpes, les chapelles Saint-Jacques du Puy-Saint-Eusèbe et de Réallon, la chapelle Sainte-Catherine aux Orres et la chapelle de Seyères à Embrun. La plus ancienne semble être celle de Châteauroux qui porte la date de 1737 ; celle de Saint-André-d’Embrun est datée par sources de 1739. Il semble que la chapelle de Seyères ait été agrandie pour former un édifice scolaire plus important.

Vue de la chapelle de la Reste à Châteauroux-les-Alpes.Vue de la chapelle de la Reste à Châteauroux-les-Alpes.

Les recherches menées sur l'alphabétisation et l'enseignement ont montré qu’aux 17e et 18e siècles, les Hautes-Alpes sont la région de France où l'on sait le plus écrire son nom : 64,24 % des hommes et 27,07 % femmes savent signer au 17e siècle. Ce constat semble avoir plusieurs explications parmi lesquelles la forte présence de protestants qui savent lire et écrire puisqu’ils doivent savoir lire seuls la bible. L’instruction minimale des catholiques est peut-être une réponse apportée dans la lutte entre religions qui secoue le territoire depuis le 14e siècle. Les études menées dans le Briançonnais permettent en outre de savoir que les paysans instruits cherchent souvent des places d’instituteurs dans les écoles de village. Le contrat passé pour la chapelle-école de Saint-André d’Embrun atteste d'un fonctionnement saisonnier pour ces écoles. Les cours commençaient à la Toussaint et s’arrêtaient en mai. Les instituteurs étaient payés par les communautés ; leur salaire représentait un sacrifice important pour celle-ci. Il semble donc que l’intermittence saisonnière se soit, selon les années, prolongée lorsque les paysans n’avaient plus les moyens de contribuer.

Les instituteurs étaient payés selon leurs compétences. Ils savaient lire et écrire mais certains faisaient valoir une connaissance du latin ou des mathématiques. Leur mission se cantonnait généralement à apprendre aux enfants la lecture. Une tâche qui s’effectuait grâce à la bible, seul livre que tous possédaient.

 

 

B- Les chapelles de Pénitents

Une seule chapelle des Pénitents existe encore sur le territoire mais cette typologie semble avoir été fréquente comme en témoignent les sources. Ainsi, les archives nous apprennent qu’une chapelle des Pénitents était construite sur le flanc sud de l’église de Chorges, dans le cimetière. Elles emble avoir été collée à la paroissiale et l’on ignore si son accès nécessitait d’entrer dans l’église. Une autre était accolée à l’église des Cordeliers d’Embrun, là encore on ignore si son accès était direct : il est tout à fait vraisemblable que ces édifices aient fonctionné indépendamment comme la chapelle des Pénitents accolée à l’église de Vars dans la vallée de l’Ubaye.

La dernière chapelle subsistante est celle de Saint-André d’Embrun. Elle a la particularité d’avoir été reconstruite dans la première moitié du 19e siècle, dans un bâtiment spécialement conçu pour la mairie et qui incluait la chapelle dès l'origine. Face au chevet de l’église, cette chapelle en était donc séparée et accueillait des cérémonies distinctes.

IV- L'impact possible de la présence hérétique sur les églises et chapelles de la communauté de communes de Serre-Ponçon

A- Faire valoir la présence catholique sur le territoire et délivrer un message pastoral

A partir du constat d'abandon spirituel des habitants de l'ancien diocèse d'Embrun formulé par l'archevêque Pierre Ameilh au 14e siècle, les responsables ecclésiastiques ont eu à cœur non seulement de renouveler leur message pastoral en formant un clergé compétent mais aussi de marquer la présence de l'Eglise dans le paysage. Cette présence a ainsi été renforcée par les nombreuses constructions de chapelles de hameaux entre le 15e et le 16e siècles. Ce chapelet d'édifices continue de se renforcer aux 17e et 18e siècles avec la construction des chapelles d'alpage comme celle de Saint-Véran à Crots édifiée pour les bergers provençaux en transhumance.

Complétant la présence d'édifice religieux, les peintures murales sur les murs extérieurs des églises et chapelles alpines apparaissent comme une autre réponse aux différentes hérésies présentes sur le secteur et résultent d'une énergique action pastorale et d'une sensibilisation des esprits (Paravy). L'impact des images sur les fidèles et les hérétiques peut être appréhendé par le biais des minutes des procès intentés aux vaudois ou aux protestants dans lesquels il apparaît que les « ugoneti » (toute personne supposée protestante) abîment les peintures des églises (Cailloux, à paraître).

B- Fidélité et renouveau, l'architecture comme outil de légitimation de la religion catholique

Outre les images, l'architecture est peut-être aussi un vecteur du message pastoral et un marqueur de la présence de l'Eglise. Eliane Vergnolle a démontré depuis longtemps que l'usage de formes anciennes permet aux concepteurs d'un édifice de le placer dans une lignée et que cette lignée lui offre une légitimité.

Or, les églises et les chapelles de la communauté de communes sont jusqu'au 16e siècle empreintes d'une fidélité à des formes anciennes en particulier dans l'usage des arcs plein-cintre mais également dans celui de sculptures souvent frustres. Voûtes et baies, culots et chapiteaux sculptés de masques de forme humaine ou de feuilles plates, références multiples à des édifices anciens comme l'abbaye de Boscodon sont autant de témoins du "conservatisme" régulièrement soulevé à propos de l'architecture religieuse locale.

A la lumière de cette étude d'inventaire, il semble pourtant nécessaire de considérer que ces emprunts aux formes architecturales de l'ère romane et au style artistique des sculptures de l'époque lombarde ne procède pas d'un simple "conservatisme" mais d'une volonté de se légitimer et de se placer dans une lignée très ancienne, faisant valoir ainsi l'orthodoxie de l'église catholique. Cette hypothèse nous semble corroborée par le fait que les formes nouvelles ne sont pas inconnues dans la vallée. Elles sont utilisées au 14e siècle et à la fin du 15e siècle dans la cathédrale Notre-Dame-du-Réal mais uniquement dans des espaces annexes comme la chapelle de Guillaume de Mandagot ou la sacristie.

La fin du 15e siècle et le début du 16e siècle marquent un tournant avec l'arrivée de la voûte d'ogives, la mise en place de baies à remplages dans la chapelle Notre-Dame de Chorges ou la chapelle Saint-Claude de Saint-Sauveur ou l'usage de chapiteaux modelés comme dans le chœur de Saint-Laurent de Crots. Mais cette ouverture à une autre forme d'art reste limitée dans le temps : le concile de Trente et la Contre-Réforme vont favoriser le retour de l'arc plein-cintre, des voûtes en berceau ou des voûtes d'arêtes.

Les plus anciennes églises et chapelles du territoire datent de la fin du 11e siècle ou du début du 12e siècle. La cathédrale d'Embrun a été en grande partie construite durant le 13e et le 14e siècle. Plusieurs églises (Saint-Sauveur, Baratier, Crots, les Orres, Crévoux) ont été rebâties durant la seconde moitié du 15e siècle. La chapelle Saint-Claude de Saint-Sauveur, celle dédiée à Notre-Dame dans l'église de Chorges et la chapelle Saint-Anne de la cathédrale datent du 16e siècle. Les destructions occasionnées pendant les guerres de Religion ont engendré des reconstructions comme celle de l'église Saint-Marcellin de Châteauroux-les-Alpes. Plusieurs chapelles et églises ont été reconstruites au 18e siècle. Au 19e siècle, les églises de Saint-André-d'Embrun, Saint-Jean de Crots et Saint-Irénée de Châteauroux-les-Alpes sont construites et de nombreux clochers sont modifiés.

  • Période(s)
    • Principale : 11e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 12e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 13e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 14e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 2e moitié 15e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 16e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 17e siècle , porte la date, daté par travaux historiques
    • Principale : 18e siècle , daté par source
    • Principale : 19e siècle , daté par source
    • Principale : 3e quart 20e siècle , daté par source

La campagne d'inventaire du patrimoine religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon a permis de repérer 71 édifices parmi lesquels 39 ont été étudiés. Les premières églises sont bâties en moellons et galets grossièrement régularisés. La cathédrale d'Embrun est le seul édifice construit en pierre de taille. A partir de la fin du Moyen Age, tous les édifices sont bâtis en moellons liés au mortier et recouverts d'enduit. L'église Saint-Florent de Savines-le-Lac est le seul édifice en béton. Les toits des édifices sont majoritairement recouverts d'ardoises mais certains sont couverts de tôle ondulées.

  • Typologies
    chapelle-école (2e quart 18e siècle)
  • Toits
    ardoise, tôle ondulée
  • Murs
    • calcaire moellon enduit
    • schiste pierre de taille
    • calcaire moellon sans chaîne en pierre de taille
    • béton
  • Décompte des œuvres
    • repérées 71
    • étudiées 39

Documents d'archives

  • Permission de construire une chapelle en la montagne de Chabrières, paroisse de Saint-Apollinaire, 1540. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 2769.

  • Permission donnée aux habitants des Salettes, hameau de Saint-Sauveur de dire la messe dans la chapelle construite aux Salettes en 1543. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 2769

  • Demande de reconstruction de l'église Saint-Jean par les habitants, 1822. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : E Dépôt 20 M 2

Bibliographie

  • ALBERT Aristide. Le maître d'école briançonnais. Grenoble : Ed. Allier, 1874.

  • AUDISIO, Gabriel. Famille, religion, sexualité dans une secte : les Pauvres de Lyon (XVe-XVIe siècles). Dans : Revue de l'histoire des religions, t. 209, n°4, 1992. p. 427-457. Publication en ligne : <https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1992_num_209_4_1516>. Le 11 avril 2018.

  • AUDISIO, Gabriel. Des Pauvres de Lyon aux vaudois réformés. Dans : Revue de l'histoire des religions, t. 217, n°1, 2000. p. 155-166. Publication en ligne : <https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_2000_num_217_1_1076>. Le 12 avril 2018.

  • CAMUFFO, Paola. Approche archéologique à l’étude des édifices religieux de la Corse médiévale. Il Capitale culturale Studies on the Value of Cultural Heritage, Vol. 12 : Archeologia delle aree montane europee : metodi, problemi e casi di studio, 2015. p.127-148. Publication en ligne :<http://riviste.unimc.it/index.php/cap-cult>, le 14 décembre 2010.

  • CHEVALIER Pascale, RAUWEL Alain. Architecture, liturgie et idéologie de la réforme en France méridionale. Dans : La réforme «Grégorienne» dans le Midi ( milieu XIe - début XIIIe s.), Cahiers de Fanjeaux, t. 48. Toulouse : Éditions Privat, 2013. pp. 157-178.

  • COULET, Noël. Sources et aspects de l’histoire de la transhumance des ovins en Provence au bas Moyen Age. Dans : Le monde alpin et rhodanien, n° 3-4, 1978, p. 213-247.

  • ESCALLIER Emile. La foire aux maîtres d'école briançonnais. Dans : Congrès des Sociétés Savantes (1952, Grenoble). Paris : Imprimerie Nationale, 1952, p. 11-20.

  • FROESCHLE-CHOPARD, Marie-Hélène. Dieu pour tous et Dieu pour soi : histoire des confréries et de leurs images à l’époque moderne. Paris : L’Harmattan, 2006.

  • JACQUES, Louis (chanoine). Chapelles rurales des Hautes-Alpes. 1956. t.1 et t.2.

  • MOUTHON, Fabrice. Les communautés alpines et l’État (milieu XIIIème siècle - début XVIème siècle). Dans : Congrès de la Société des Historiens Médiévistes de l'Enseignement Supérieur (Chambéry, 23-25 mai 2003). Montagnes médiévales. Paris : Editions de la Sorbonne, 2004, p. 151-178.

  • PARAVY, Pierrette. Iconographie et pastorale dans le diocèse d'Embrun à la veille de la Réforme. Dans : Mélanges de l'École française de Rome. Moyen-Age, 1994, tome 106-1, p. 141-151.

  • PARAVY, Pierrette. Les Vaudois du Haut-Dauphiné de la Croisade de 1488 à la Réforme. Dans : Heresis, n°13-14, 1989. p. 255-289. Publication en ligne : <https://www.persee.fr/doc/heres_0758-3737_1989_num_13_1_1107>. Le 10 juin 2024.

  • PECOUT, Thierry. Embrun, un archevêché au passage des Alpes. Dans : dir., PHILIBERT-CAILLAT Fabrice, Stalles en Provence. Les stalles médiévales de la cathédrale Notre-Dame d’Embrun. Roubaix : Aurorae Libri, 2021, p. 11-17. 

  • PILOT DE THOREY, Emmanuel. Abbaye de Notre Dame de Boscodon, près Embrun : règle de Saint- Benoît, chef d'ordre. Grenoble : Xavier Drevet, 1873.

Annexes

  • Liste des églises repérées
  • Liste des chapelles repérées
  • Les hérésies dans l'ancien diocèse d'Embrun
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
(c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
Aycard Julie
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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