Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.
- enquête thématique régionale, Patrimoine religieux de Serre-Ponçon Guillestrois-Queyras
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Communauté de communes de Serre-Ponçon - Embrun
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Commune
Crots
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Lieu-dit
Boscodon
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Cadastre
1812
E
38, 39, 40, 41, 43, 49
;
2018
E
16, 18, 19, 20, 21, 24
-
Dénominationsabbaye, ferme, siège d'association ou d'organisation
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Précision dénominationLes Amis de l'Abbaye de Boscodon
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VocablesNotre-Dame
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AppellationsAbbaye de Boscodon
I- Histoire de l’abbaye de Boscodon
1- La genèse de l'abbaye
L’installation des moines à Boscodon est généralement datée de 1130. Rapidement, le nouvel établissement est uni à l’abbaye de Chalais et en 1142, l’abbé Hugues de Lions, demande à Bernard, abbé de Chalais, d’envoyer quelques moines à Boscodon. Son successeur Guigues de Revel institue officiellement la règle de Chalais dans l’abbaye : cette règle proche de celle des Cisterciens s’en différencie néanmoins par la place des convers qui sont membres à part entière du couvent et peuvent accéder aux charges d’officiers (ils sont donc cités dans les chartes) (Sylvain Excoffon) ; par l’émancipation totale des abbayes-filles par rapport à Chalais ; par l’obligation d’une visite annuelle des abbayes par le chef d’ordre et par l’obligation de réception annuelle à Chalais des abbés de couvent affiliés1.
Comme souvent, le demi-siècle suivant la fondation de l’abbaye est économiquement faste : la noblesse locale offre au nouvel établissement des parcelles du massif forestier, des champs, des biens immobiliers et exempt les moines de taxes diverses, du droit de gabelle, de droits de passage sur leurs terres ; des avantages qui seront réédités ou rappelés durant plusieurs siècles. Entre 1183 et 1191, le rayonnement politique et économique de l'abbaye de Boscodon l’autorise à créer des abbayes-filles, celles de Lure et de Prads. Ces abbayes essaiment, elles aussi, autour de 1200 en créant des établissements à Valbonne et à Ribiers.
Durant tout le 13e siècle, l’abbaye exerce un vrai pouvoir régional mais de fréquents heurts éclatent avec la population locale au sujet des pâturages d'alpage et de la possession de la forêt : seigneurs et paysans remettent en cause les droits et propriétés des moines.
La physionomie de l’abbaye à cette époque est difficile à saisir à partir des mentions conservées dans les textes. Néanmoins, en 1212, les archives mentionnent la domo ecclesie , ou maison de l’abbaye, pourvue d’un fourneau (A.D. 05, 2 H 2). En 1275, elles parlent de la domo confratrie, la maison des frères, et le claustro, le cloître (A.D. 05, 2 H 1). La mention de ce dernier suggère qu'un bâtiment, peut-être la domo confratrie forme la clôture entre l'espace laïc et l'espace ecclésiastique. En 1285, la présence d’un jardin potager est également relevé. L’abbaye regroupe alors une vingtaine de personnes : l’abbé, le prieur, le sous-prieur, le sacristain, le cellérier, le chantre, neuf moines et sept convers (A.D. 05, 2 H 1). Durant ce 13e siècle, une pièce devient centrale dans la vie de l’abbaye : le parlatorio ou parloir qui est mentionné dès 1248 (A.D. 05, 2 H 3). La salle capitulaire est, quant à elle, mentionnée pour la première fois en 1283 (A.D. 05, 2 H 3). Au 14e siècle, le parlatorio est fréquemment nommé locutorio, le lieu où l’on parle, où l’on reçoit des visiteurs (A.D. 05, 2 H 4). Il est dédié à Saint-Marcellin.
Vüe de l'Abaye de Boscodon près d'Embrun, 1606.
En 1432, les moines font valoir le grand dénuement de leur établissement à la suite de deux incendies qui auraient eu lieu en 1368 et en 1396. Le pape Eugène IV leur octroie 400 florins d’or pour restaurer le monastère (A.D. 05, 2 H 11). Si les « réparations » effectuées avec cette somme ne sont pas connues, l’apparition de nouveaux espaces et édifices dans les archives laissent penser qu’au lieu d'être utilisés pour de simples restaurations, les 400 florins ont permis d'améliorer l’abbaye. Ainsi, c’est en 1455, que les archives mentionnent pour la première fois l'usage des cloches - ad sonum campane ut est moris (A.D. 05, 2 H 10) - comme signal de l’assemblée capitulaire. Durant les périodes précédentes, c’est au son de planchettes de bois frappées l’une contre l’autre que les moines s’assemblent2 (A.D. 05, 2 H 1). Si cette habitude ne suffit pas à affirmer que le clocher a été érigé a posteriori de l’abbatiale, elle oblige néanmoins à s’interroger. En 1469, les premières mentions d’une chapelle Saint-Firmin sont faites. Les archives précisent - dès cette date et jusqu’en 1578 - que cette chapelle est le lieu ordinaire des assemblées capitulaires (A.D. 05, 2 H 25). Il est également possible que le logis abbatial, aujourd’hui disparu, ait été construit ou relevé à cette époque.
2- Les vicissitudes de l'époque moderne
Pendant les guerres de Religion, l’abbaye est une nouvelle fois incendiée et le toit de l’abbatiale est endommagé. Les protestants pillent l’abbaye et volent « quantité de blé fromant, vin et argent, monnoyé et non monnoyé, comme aussi cloches, meubles de ladite maison, lettres authentiques, instrumans, titres décimaux et aultres écritures et notes tant publiques que privées » (A.D. 05, 2 H 14). Les dégâts obligent les religieux à quitter l’abbaye pendant une quinzaine d’années et à s’installer dans leur maison d’Embrun. En 1599, l’abbé adresse une requête à Lesdiguières, général des troupes protestantes et futur maréchal de France, pour qu’il répare cette toiture (A.D. 05, 2 H 33). Mais il est probable que l’abbatiale ne sera complètement restaurée qu’en 1625 lorsque l’abbé Abel de Sautereau la consacre à nouveau. Quelques années plus tard, en 1644, le nombre de religieux est définitivement fixé à douze (A.D. 05, 2 H 24).
En 1692, l’abbaye est à nouveau incendiée par les troupes de Victor-Amédée II, duc de Savoie. D’après l’abbé Michel de Sautereau, l’abbaye a entièrement brûlé et seule l’église est restée debout mais sans couverture. La reconstruction est lente. En 1706, un contrat est passé entre l’abbé et quatre artisans - Jacques Brocard, maître charpentier à Crottes, Benoît Rendy, maître charpentier à Embrun, Louis Bucelle et Annet Babon, maçons à Embrun - pour réparer les bâtiments de l’abbaye. Puis, en 1713, l'abbé François de Sautereau est condamné à verser 10 000 livres « pour être employées à la réédification de la maison abbatiale de Boscodon, […] et des cloîtres incendiés en l’année 1692 et aux réparations des autres bâtiments » (A.D. 05, 2 H 26). Cette somme est utilisée entre autres choses au réaménagement intérieur des appartements de la partie septentrionale du logis des moines, et peut-être à l’édification des étages joignant ce logis à la tour des Archives. Malgré tout, il semble que dès 1748 de nouvelles réparations urgentes sont à réaliser (A.D. 05, 2 H 59).
Pendant la seconde moitié du 18e siècle, l’abbaye péréclite. En 1763, les religieux demandent au roi l’autorisation de détruire certains bâtiments de l’abbaye (A.D. 05, 2 H 48). Six plus tard, ils sont trop peu nombreux pour échapper à la vindicte de la commission des réguliers qui exige qu’une abbaye comprennent au moins seize religieux pour rester ouverte. Il est tout d’abord question d’unir Boscodon à une autre congrégation mais l’évêque de Senez, abbé commendataire de Boscodon organise la fermeture de l’abbaye. La suppression est actée en 1770 (A.D. 05, 2 H 54). Plusieurs moines refusent ce dénouement et intentent un recours. En 1778, trois religieux, le grand prieur et quatre servantes continuent à vivre dans l’ancienne abbaye. Ils sont expulsés sur ordre de l’archevêque d’Embrun en 1779.
Le 4 avril 1791, l’abbaye est vendue comme bien national et devient peu à peu un hameau agricole.
3- Le devenir de l'abbaye après la Révolution française
En 1812, lors de l’établissement du cadastre napoléonien, la nef de l’église est toujours un lieu de culte et fait partie du domaine royal inaliénable, le transept et le chœur de l’abbatiale, la tour des archives, la chapelle de l’abbé et la salle capitulaire sont enregistrés comme des bâtiments ruraux. Le logis de l’abbé et le bâtiment sud du logis des moines sont enregistrés comme maison. Plusieurs propriétaires se partagent ce petit hameau : les héritiers de Jean Albrand dont la famille apparaît à Boscodon depuis le 17e siècle, ainsi que Jean Chauvet et Marcelin Boniface. Dans la seconde moitié du 19e siècle, la seconde moitié de l’église est restaurée (Pilot de Thorey). Ce hameau agricole évolue ensuite comme tous ceux des environs jusqu’au milieu du 20e siècle : encore florissant dans les années 1920, il périclite rapidement après la seconde Guerre Mondiale.
Excursion de l'Ecole Normale du 27 juin 1929. La montagne des Crottes. En forêt de Boscodon. Devant les restes de l'ancienne abbaye de Boscodon.
Vue aérienne en 1983.
Il est racheté en 1972 par l’association des Amis de l’Abbaye de Boscodon qui entame sa réhabilitation. Avec le concours et sous la surveillance de l'Architecte en Chef des Monuments Historique, Francesco Flavigny, les dix premières années sont consacrées à la réhabilitation de l’abbatiale et au dessin des jardins du cloître. En 1983, la toiture est terminée et la reconstruction du clocher est entamée. En 1989, le cellier de l’abbaye est classé Monuments Historiques ; les bâtiments anciens comprenant l’abbatiale, la tour des Archives, la chapelle de l’abbé et le bâtiment des moines le seront en 1999.
Des murs de soutènement, en prémices du rez-de-chaussée du « bâtiment des officiers » et de « celui des convers », sont érigés en 1985 afin de former un cloître quadrilatère. En 1988, le rez-de-chaussée du bâtiment des officiers est bâti. Il reçoit une voûte en berceau plein cintre, imitant une architecture médiévale. Un étage est érigé en 1998. Séparé en plusieurs salles de réunion et de travail, c’est un pastiche d’architecture médiévale : escalier à vis, fenêtres à meneaux, cheminées patinées, etc. Le bâtiment des convers est créé en 2002.
II- Analyse architecturale
L’abbaye de Boscodon est érigée sur un replat à 1230 mètres d’altitude dans le massif du Morgon, à l’est du village de Crots. Elle surplombe l’impétueux torrent de l’Infernet, affluent de la Durance, qui connaît des crues très violentes caractéristiques du bassin de la Durance et forme l’un des plus importants cônes de déjection d’Europe.
Vue de situation : l'abbaye au cœur du massif du Morgon.
1- L’abbatiale Notre-Dame
L’abbatiale se compose d’une nef de cinq travées ouvrant sur un chœur à chevet plat. Deux bras latéraux construits de part et d’autre de la dernière travée orientale de la nef forment un faux transept. Des chapelles latérales à chevet plat y sont aménagées dans l'épaisseur du mur.
Plan du rez-de-chaussée [relevé en 1970].
A- L'élévation intérieure
a- La nef
La nef de l’abbatiale est d’une grande sobriété. Ses quatre travées présentent un mur plan construit en pierres calcaires équarries de 30 à 45 centimètres de long, appareillées à joints vifs. De part et d’autre, quatre baies en arc plein cintre à double rouleaux sont percées dans la partie haute du mur et éclairent le vaisseau. A la naissance de leur arc, des trous de boulins sont encore visibles.
Un bandeau torique courant sur toute la longueur de l’arase des murs séparent ceux-ci de la voûte dont la courbure oscille entre l’arc cintré et l’arc brisé. Celle-ci forme un berceau transversal discontinu en pierre, scandé par des arcs doubleaux retombant sur des culots à double rouleau.
Une porte en plein cintre, percée dans le mur sud de la nef donne accès au cloître.
Vue intérieure : la nef depuis l'entrée.
b- Le chœur
La travée du chœur a un plan carré et se termine par un chevet plat. Plus bas que la voûte de la nef, le chœur en est séparé par un arc diaphragme à double rouleaux en plein cintre dont le pignon est ajouré d’une petite baie. La travée est voûtée d’un berceau plein-cintre transversal qui retombe à chaque extrémité sur le bandeau torique qui ceint tout l’édifice.
Le mur de chevet est percé de trois baies en arc plein cintre positionnées selon les trois sommets d’un triangle théorique. La baie sommitale, semblable à celle de la nef, est placée sous une voussure en arc plein cintre. Les deux baies basses n’ont pas de voussures : leur arc est clavé dans le plan du mur et leurs ébrasements sont plus profonds. Deux baies similaires sont également percées à l’extrémité des murs latéraux du chœur. L’ensemble de ces ouvertures crée un appel lumineux à l’extrémité orientale de l’abbatiale.
Dans le mur sud du chœur, une arcade aveugle en arc surbaissé a été aménagée. Les double rouleaux de son arc ne forment aucun ressaut sur le mur.
Dans le mur nord, une petite niche peu profonde est creusée à côté de la fenêtre.
c- Le faux transept
De part et d’autre de la dernière travée de la nef, deux bras d’égales dimensions ont été élevés. De plan rectangulaire, ils sont ouverts sur la nef au moyen d’arcs en plein cintre à double rouleaux lancés à la hauteur de l’arc du chœur. Ils sont chacun couverts d’une voûte en berceau plein cintre longitudinal dont les naissances reposent sur le bandeau torique qui ceint l’édifice.
Le faux transept nord.
Le faux transept sud.
Le bras nord est éclairé au moyen de deux petites baies, l’une dans le mur nord, l’autre dans le mur ouest. Le bras sud a été éclairé a posteriori par une baie en arc plein cintre dont le percement a occasionné la destruction partielle du bandeau torique du mur occidental. Deux portes y sont aménagées : l’une percée dans le mur occidental mène à la galerie nord du cloître, l’autre dans le mur sud mène à la « chapelle de l’abbé » ou « chapelle Saint-Firmin ». La porte occidentale a un arc en chapeau-de-gendarme. La porte septentrionale a un linteau surmonté d’un arc en plein cintre dont le léger ressaut ménage un petit tympan. Un escalier et une coursière en bois contemporains mènent à l’étage du logis.
Dans le mur oriental de chacun de ces bras, une petite chapelle de plan rectangulaire est aménagée dans l’épaisseur du mur. Elle s’ouvre au moyen d’un arc en plein cintre à double rouleau et est éclairée par une baie percée dans le mur oriental.
B- L’élévation extérieure
a- La façade occidentale
Aujourd'hui, située en contrebas de l’actuel chemin d’accès à cause de la construction du « bâtiment des officiers », la façade occidentale de l’église abbatiale est accessible par un escalier descendant de six marches. Ce dernier semble vraisemblablement une création contemporaine plutôt qu'une restauration fidèle à la construction d'origine.
Traitée en pignon, elle est encadrée de deux contreforts d’angle à larmiers successifs dont la ligne intérieure se prolonge en une arcade plein cintre aveugle. Au centre de l’arcade, une baie à double rouleau est percée dans la partie haute, tandis que dans la partie basse une simple porte permet d’entrer dans l’église. Cette ouverture est munie d’un linteau reposant sur des coussinets surmonté d’un arc plein cintre dont les claveaux en léger ressaut ménagent un petit tympan.
Vue extérieure : la façade ouest.
A mi-hauteur, les larmiers des contreforts se continuent sur le mur. La toiture d’un porche charpenté se loge sous ce bandeau. Cette structure contemporaine remplace un ancien aménagement en pierre : les retombées d’une voûte sont encore accrochées aux contreforts encadrant le portail.
Vue extérieure : le portail ouest.
b- Les murs latéraux et le chevet
Également bâtis dans un appareil équarri finement assisé, les murs latéraux sont scandés par de grandes arcades aveugles qui enchâssent les baies et facilitent la lecture du bâtiment en marquant les travées.
La présence des bras du transept a amené une petite variante dans la scansion des arcades qui retombent sur des culots très simples.
Contrairement au mur nord, le mur sud est entièrement rouge : la pierre porte les stigmates d’un ou plusieurs incendies. Son appareil est très abîmé. Comme au nord, un alignement de trous de boulins est visible à la naissance des arcs des baies hautes ; d'autres orifices, placés sous les deux premières fenêtres occidentales, ont servi à accrocher la passerelle qui menait à l’appartement installé sous la voûte au début du 20e siècle. En revanche, aucun corbeau ou autre aménagement ne peut suggérer la présence d’une toiture appuyée sur le mur pour couvrir une galerie du cloître.
Le faux transept et le chevet ont globalement les mêmes caractéristiques que les murs latéraux. La totalité de leurs murs sont ornés par des arcades aveugles d’ampleurs diverses selon la largeur du mur. Leurs angles sont contrebutés par des contreforts perpendiculaires. Les contreforts du chevet ont une base talutée pour renforcer leur action de contrebutement.
Vue extérieure : le chevet de l'abbatiale et la chapelle de l'abbé depuis le sud.
Le pignon du chevet est bâti en petit appareil, contrairement au reste de la bâtisse érigé en moyen appareil. Ce changement est peut-être à mettre en relation avec le fin bandeau qui part du larmier sur le mur nord du chevet. Il correspond vraisemblablement à l'une des interventions dont a bénéficié l’abbatiale après des incendies des 15e, 17e et 18e siècles.
c- Le clocher
Le clocher érigé au-dessus de la dernière travée de la nef a été entièrement reconstruit de 1983 d’après le dessin d’Etienne Martellange (voir annexe). Il a un plan carré. Chacune de ses faces est percée d’arcades jumelles en arc plein cintre à double rouleaux qui retombent sur un étroit pilastre carré, aux angles très chanfreinés et sommé d’un chapiteau. Aujourd’hui nus, les chapiteaux étaient peut-être ornés à l’origine. L’un d’eux est aujourd’hui présenté dans le musée de l'abbaye. Il est orné d’un atlante représenté en pied, vêtu d’une courte jupe, avec un torse disproportionné et des bras levés au-dessus de sa tête pour soutenir les arcs. Sa figure barbue est schématiquement exécutée, à l’exception des yeux en amande gravés au ciseau.
Modillon retrouvé lors des travaux de restauration provenant du clocher [?].
Les angles du clocher sont évidés pour donner l’illusion de la présence de contreforts. Les arêtes ainsi créées se rejoignent en s’infléchissant juste sous la corniche.
C- Analyse
a- Des caractéristiques architecturales chalaisiennes ?
L’abbaye de Boscodon est une fondation rapidement liée à la règle et à l’abbaye de Chalais. Cette filiation a sans doute favorisé la copie architecturale : l’abbaye de Chalais dont le chantier s’ouvre probablement vers 1130 a été très transformée depuis le 12e siècle mais elle possède encore un chœur à chevet plat précédé d’un faux transept dans les bras duquel sont aménagées des chapelles dans-œuvre. Outre le plan, certains percements singuliers comme les baies basses ouvertes dans les parties orientales des murs latéraux du chevet sont également caractéristiques.
Rapidement l’influence de Boscodon au sein de l’ordre de Chalais va concurrencer celle de la maison-mère. Elle fonde une abbaye, Notre-Dame de Lure, dont le chantier s’ouvre vraisemblablement dans le dernier tiers du 12e siècle. L’abbatiale, plus petite que celle de Boscodon, en reprend néanmoins le plan avec, en particulier, sa nef de quatre travées butant sur un arc triomphal, son chœur à chevet plat et son faux transept avec des chapelles dans-œuvre. La faible hauteur de l'élévation n’a pas permis le percement des baies basses du chœur. En revanche, comme dans l'abbaye-mère, une arcade aveugle a été installée dans le sanctuaire.
Vers 1170, Boscodon fonde également l’abbaye de Prads, aujourd’hui ruinée. Celle-ci fonde à son tour l’abbaye de Valbonne dont l’abbatiale est mise en chantier vers 1200. L’église reprend les grands thèmes de la construction chalaisienne (nef butant sur un arc triomphal, chevet plat, faux transept avec chapelles dans-œuvre, niche dans le mur sud du chœur) sans mettre en œuvre l’éclairage latéral du chevet.
Avec la construction de l’abbatiale de Boscodon, l’ordre de Chalais crée une matrice architecturale identificatoire. Celle-ci se rapproche des préceptes des cisterciens en refusant le décor figuré et ornemental pour concentrer l’œil sur les sources de lumière émanant du chœur. Néanmoins, à Boscodon, la simplicité générale de l’architecture ne doit pas faire oublier le choix d’une solution décorative basée sur l’arc plein-cintre qui se répète dans les arcades aveugles, les doubles rouleaux des baies et les arcs simples des portes ainsi que sur une alternance des pleins et des vides. Une hiérarchie des genres semble avoir présidé ces choix : les doubles rouleaux, présents tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, sont réservés pour les baies hautes ; les arcs simples se retrouvent sur les ouvertures basses – portes et fenêtres – à l’exception de la baie de l’arc triomphal qui a pu être percée a posteriori ; les grandes arcades aveugles scandent les murs extérieurs et chacune permet de lire une travée entière en contradiction avec l’esthétique unifiée de l’intérieur.
Ce décor caractéristique et cette hiérarchie des arcs n’ont été repris dans aucun édifice chalaisien ni dans aucun édifice local. En revanche, les murs sans supports, le bandeau sommital, la voûte en berceau et les doubleaux retenus par des culots mis en œuvre dans la nef seront repris dans une grande partie des églises paroissiales locales de la fin du Moyen Age à l’époque contemporaine : Baratier, Saint-Sauveur, Puy-Saint-Eusèbe, Saint-André d’Embrun, Crots, etc.
b- Mise en œuvre et chantier de construction
L’abbatiale de Boscodon a été bâtie en cargneule, un tuf local qui, comme pour l'église Saint-Laurent de Crots, a vraisemblablement été extrait des masses rocheuses qui bordent le torrent du Colombier peu éloigné de l'abbaye. C'est également le premier édifice de l’Embrunais où est mise en œuvre une pierre équarrie et parfaitement appareillée à joints vifs. Comme dans des cas analysés en Corse, l’apparition « soudaine de l’œuvre équarrie et sa première manifestation absolument « mûre », jamais anticipée jusqu’alors par une typologie intermédiaire, semble confirmer qu’il s’agit d’un apport extérieur » (Paola Camuffo). Les points communs – tant sur le plan que sur certains percements – entre les deux édifices autorisent à émettre l’hypothèse que les bâtisseurs de Boscodon soient venus de Chalais peut-être à partir de 1150.
Cette datation peut être affinée par l’usage majoritaire - si ce n’est unique - du marteau taillant sur des murs qui ayant été touchés par les feux successifs qu’a connu l’abbaye ne peuvent avoir été refaits au 20e siècle. Cet outil majoritaire au début du 12e siècle disparaît des chantiers de construction dans le dernier tiers du 12e siècle (Eliane Vergnolle). L'église abbatiale aurait donc été construite au milieu du 12e siècle, avant 1170. Cette datation entre en résonnance avec la période où les dons affluent à Boscodon, entre 1140 et 1175.
2- Les bâtiments conventuels anciens
A- La "tour des Archives"
Une tour de trois étages – aujourd’hui nommée « tour des Archives » en lien avec l’affectation contemporaine de ce bâtiment - s’appuie sur le bras sud du transept au moyen d’une demi-voûte en arc plein cintre. Les têtes des arcs reposent sur les contreforts du bras du transept. Cette disposition ménageait un passage entre le chevet et le cloître avant la construction de l’actuelle chapelle Saint-Firmin.
Ses deux premiers étages sont occupés par des salles orientées est-ouest voûtées en berceau brisé. Au premier niveau, le mur oriental est percé d’une baie en arc surbaissé dont le percement, sans doute au 18e siècle, a occasionné une reprise importante de la maçonnerie. Néanmoins, un appareil singulier a subsisté dans l’angle nord : une alternance d’assises de moyen appareil et d’une pierre très fine en ressaut formant à elle seule une assise, répétée trois fois.
Vue intérieure : mur oriental du premier niveau de la "tour des Archives" en 1970.
Au deuxième étage, la pièce est éclairée par de petites baies rectangulaires à fort ébrasement. Elle communique avec le bras sud de l’abbatiale au moyen d’une porte vraisemblablement percée au 18e ou au 19e siècle et de la coursière en bois créée par l’association durant les années 1980. Le troisième étage est occupé par un grenier plafonné éclairé par des baies basses.
Cette tour présente trois appareillages différents. Au rez-de-chaussée, un moyen appareil de pierres parfaitement équarries semblable à celui de l’église semble liaisonné avec la salle capitulaire. Aux étages, c’est un petit appareil de pierres équarries qui est mis en œuvre. Une première trace d’arête de pignon, située sous la baie du comble, marque la hauteur originelle de la tour. Une seconde trace, située juste au-dessus de la baie, indique une première phase de transformation : l’appareil est alors constitué de moellons de différents calibres qui prolongent les assises du bâti originel. Enfin, au-dessus de cette seconde arête, de petits moellons dont les assises suivent tant bien que mal les rangs initiés par les chaînages d’angle créent un étage carré sans pignon.
L'absence de percement sur le mur sud du faux transept contre lequel la tour a été érigée suggère peut-être que son érection a été pensée durant le chantier de l'abbatiale. Le passage que crée le demi-arc qui la soutient marque deux espaces : celui du futur cloître et celui de l’extérieur.
Lors de son érection, la tour n’a que deux étages. C’est peut-être à la suite d’un incendie que le pignon est surélevé une première fois. Puis, une seconde intervention, réalisée avant la venue d’Etienne Martellange en 1606, crée un troisième étage.
B- La salle capitulaire
Située dans le prolongement de la "tour des Archives", la salle capitulaire s’ouvre à l’ouest par une porte en arc plein cintre encadrée de baies à arcatures géminées. Comme souvent, son sol est plus bas que celui de la circulation extérieure. Elle est donc accessible par deux marches. Elle est plafonnée par le plancher de l’étage supérieur et des baies en arc surbaissé ont été percées à l’est. Un gradin à trois rangs en bois a été installé le long des murs pleins.
Revers de la façade occidentale de la salle capitulaire.
Il est vraisemblable que la salle capitulaire a subi un changement d’affectation au 15e siècle lorsque la chapelle Saint-Firmin devient le lieu d’assemblée ordinaire du chapitre. Cette désaffection a pu durer jusqu’au 17e siècle-18e siècle. Associé au dessin d’Etienne Martellange (voir annexe), les changements d’usage perceptibles dans les archives peuvent se comprendre à la lueur des incendies et des destructions ayant eu lieu au 14e siècle. Il est possible que la salle capitulaire et les étages qui pouvaient la surmonter aient alors disparu pour n'être reconstruits qu'à l’époque moderne. Lors de sa reconstruction, sa nouvelle affectation n’est pas connue. Puis, après la désaffection de l’abbaye au 18e siècle, cette salle a servi de pièce utilitaire pour la ferme. Les baies occidentales ont été bouchées tandis qu’une porte et une fenêtre étaient ouvertes dans le mur oriental. Durant les années 1980, les bénévoles de l’association, sous la houlette de l'Architecte en Chef des Monuments Historiques Francesco Flavigny, l’ont entièrement nettoyé et rénové, reconstruisant, selon leurs idées et leur goût, plafond et stalles.
C- La chapelle de l’abbé et la crypte
a- L'actuelle chapelle de l'abbé, une ancienne salle capitulaire
La chapelle se compose de deux volumes : un premier volume rectangulaire couvert d’une voûte en berceau qui repose sur un bandeau arrondi et bute sur un arc diaphragme à double rouleau dont le mur gouttereau est percé d’un oculus ; et un second volume, plus bas, clos par un chevet plat et couvert par une voûte en plein cintre. L’ensemble est construit en pierre équarrie.
Les caractéristiques architecturales de ce bâtiment sont très proches de celle de l'église. Pourtant, il est tout à fait vraisemblable que cette construction fut faite pour compenser la perte de la salle capitulaire lors des incendies qui frappèrent l'abbaye au 14e siècle. Le bâtiment détruit nécessitait peut-être une somme d'argent importante pour être rebâti et les 400 florins donnés par le pape Eugène IV en 1432 ne suffisaient pas à rebâtir la salle, et les étages supérieurs. Les moines ont donc vraisemblablement choisi de créer un nouvel édifice relié à l'église et d'avoir un logis isolé pour éviter la propagation des incendies. Ce nouvel édifice bloquait le passage d'accès au cloître3 mais regroupait la salle capitulaire - dans un volume carré assez grand pour asseoir la vingtaine de moines et convers qui habitaient l'abbaye - et la chapelle Saint-Firmin sous l'arcade percée dans l'épaisseur du mur, à la manière des chapelles des faux transepts.
Il semble que l'attribution de la fonction chapelle de l'abbé soit apparue pendant l'étude de pré-inventaire de 1972 (voir annexe). Elle se fonde sans doute sur une comparaison avec les plans des abbayes cisterciennes dont la règle était proche de celle de Chalais. Certes les maigres archives parvenues jusqu'à nous ne contredisent pas cette hypothèse mais, que l'abbé ait eu une chapelle privée aurait été contraire à la règle de Chalais qui faisait peu de distinction entre les officiers, les simples moines et les convers. En outre, la construction d'un possible logis de l'abbé à l'extérieur du cloître aurait plutôt favorisé la mise en place d'un oratoire dans le logis ou, a minima, le percement d'une porte directe entre le logis et la chapelle.
b- Crypte ou cave ?
La cave sur laquelle repose l'actuelle chapelle Saint-Firmin est construite en moellons liés au mortier. Elle est couverte d’une voûte en berceau plein cintre appareillée en pierres équarries et qui repose sur un bandeau chanfreiné en léger ressaut. Son accès s’effectuait primitivement par un escalier extérieur sur le flanc sud de la chapelle
Vue intérieure : la cave sous la chapelle de l'abbé..
Au Moyen Age, les cryptes servent généralement à conserver des corps de saints dans leur tombeau ou des reliques. Ce sont des édifices qui, entre le 10e siècle et le 13e siècle, s’agrandissent et jouent un rôle liturgique important avec la mise en place de pèlerinages, de processions, etc. Ils sont généralement liés au chœur de l’église qu’ils soutiennent physiquement en lui servant de fondation et permettent la multiplication des autels et dévotions. Or, l'abbaye de Boscodon ne conservait ni corps de saints ni reliques et l’accès au volume qui sert de fondation à cette chapelle se faisait par l’extérieur, en dehors de l’enceinte sacrée que représente l’abbatiale et le cloître. Il est donc difficile d'envisager que ce volume ait eu la fonction liturgique d'une crypte et que des pèlerins pouvaient la visiter. Il est plus sage de formuler l’hypothèse d’une simple cave servant de fondation de la chapelle et de la salle capitulaire de l'abbaye.
D- Le cloître
Aujourd’hui, le cloître a un plan carré bordé par trois galeries couvertes d’une charpente et par le logis des moines. La galerie nord utilise quelques fragments de colonnettes et des chapiteaux retrouvés lors des travaux pour recréer des arcades géminées en pierre.
Vue du cloître depuis le nord.
C’est une configuration créée par l’association entre 1980 et 2000 dont la réalité médiévale est douteuse. En effet, aucun plan ancien ne reprend cette configuration à quatre galeries. Aucune fondation de galerie n’a été retrouvée lors de l’excavation en vue de la construction des bâtiments des officiers et des convers. Aucune trace dans le mur extérieur sud de l’abbatiale ne suggère qu’une toiture a pu y être appliqué et aucun document d'archives ne décrit les aménagements du cloître. Seule une seule assise de bahut a pu être retrouvée le long de l'actuel logis des moines.
E- Le logis des moines
Élevé sur un étage de soubassement qui s’appuie sur le coteau, le logis des moines est un ensemble longitudinal, perpendiculaire à l’abbatiale, qui bute sur la tour des Archives. Construit en moellons non équarris, non assisés et liés au mortier, il possède cinq niveaux : un rez-de-chaussée bas qui ouvre vers la vallée, un rez-de-chaussée haut qui ouvre vers la montagne, deux étages jadis accessibles par des coursières extérieures et un comble aujourd’hui aménagé. La partie sud est épaulée à l’est comme à l’ouest par des massifs talutés. Ceux-ci contrebutent le bâtiment depuis la disparition du massif perpendiculaire faisant tour de distribution figuré sur le dessin d’Etienne Martellange (voir annexe)4.
Vue extérieure : élévation est du logis.
Outre les escaliers intérieurs et les couloirs qui desservent le logis depuis la tour des Archives ou la chapelle Saint-Firmin, trois portes donnent un accès direct à différents niveaux : la première au rez-de-chaussée bas sur la façade orientale, la seconde au rez-de-chaussée haut sur la façade ouest, la troisième, accessible par un escalier maçonné, sur le pignon sud. Les façades ouest et est sont scandées de baies rectangulaires simples, à l’exception des travées sud de la façade orientale où les baies, plus petites, ont une imposte formée par un meneau transversal. Ces dernières furent peut-être réalisées lors de la restauration du bâtiment à la fin du 20e siècle. Le pignon sud est percé de deux niveaux de baies rectangulaires non alignées et d’un oculus sommital.
L’intérieur des étages a été entièrement réaménagé en chambres individuelles ou familiales modernes à la fin du 20e siècle. Seule une alcôve de lit encadrée par deux placards selon la mode du 18e siècle et une cheminée de la même époque ont été conservées et intégrées dans un salon. En revanche, le rez-de-chaussée bas, transformé en salle d’exposition a conservé quelques dispositions anciennes. L’actuelle salle d’exposition sur l’histoire de l’abbaye a conservé un manteau de cheminée - datant peut-être du 18e siècle – sous lequel une entrée de four est encore visible. Elle avait peut-être une fonction de cuisineAlcôve de lit et placards latéraux aménagés au 18e siècle dans une chambre transformée aujourd'hui en salon..
Dans la continuité, une autre pièce – dite cave Albrand, du nom de son ancien propriétaire – est voûtée d’arêtes retombant dans les angles sur des pilastres. Dans les années 1970, celles-ci étaient ornées d’un ensemble décoratif sur fond blanc fait de lignes jaunes surlignées de noir et de grands cercles jaunes tracés sur les voûtains d’où partaient quatre rayons également jaunes et autour duquel des pointes noires rayonnaient. Ce décor s’est énormément dégradé dans les trente dernières années. Néanmoins, sa présence et une ancienne porte qui communiquait directement avec les pièces d’une potentielle cuisine permettent d'évoquer pour cette cave l’hypothèse d’une ancienne fonction de réfectoire.
Le logis apparaît donc comme un bâtiment complexe qui procède de plusieurs phases de travaux. Celles-ci sont identifiables grâce aux traces d’incendies relevés sur les façades en 1970, au dessin d’Etienne Martellange (voir annexe) et aux détails architecturaux. Nonobstant la salle capitulaire qui sert de rez-de-chaussée à la partie nord du bâtiment, la partie la plus ancienne est la partie sud qui semble avoir toujours été isolée au moins jusqu’au 17e siècle. La technique de mise en œuvre plaide pour une datation postérieure au 14e siècle. La partie nord est, quant à elle, postérieure à 1606 et date plus vraisemblablement du 18e siècle.
F- Le cellier
Après avoir servi d'étable jusque dans les années 1990, le cellier est aujourd'hui transformé en buvette pour son rez-de-chaussée et logement pour ses étages. Sa partie basse est construite en calcaire équarri et appareillée à joints vifs comme l'abbatiale. Cette partie forme une pièce voûtée d'un berceau en plein cintre dont les arcs doubleaux ont été arrachés à une époque inconnue. Sa partie haute est construite en moellons de pierre liés au mortier et recouverts d'enduit. Sa façade sud a été ajoutée à posteriori pour agrandir le bâtiment.
Vue extérieure : le cellier en 1972.
Il est possible que la partie basse du cellier date de l'époque d'implantation de l'abbaye (deuxième moitié du 12e siècle - début du 13e siècle). En revanche, la partie supérieure est postérieure ainsi que le démontre sa technique de construction. Elle date au plus tôt de la fin du Moyen Age voire de l'époque moderne. Quant à la façade, son ajout procède sans doute d'un agrandissement au début de l'époque contemporaine, lorsque l'abbaye, après avoir été vendue comme bien national, a été pour partie transformée en logement.
III- Conclusion
L'abbaye de Boscodon a été un établissement religieux majeur pour l'Embrunais tant sur le plan politique et économique que sur le plan de son influence artistique et architecturale. Son histoire tumultueuse est émaillée de nombreux désaccords et heurts avec la population locale ayant entraîné des destructions, mais également de nombreux incendies et pillages au gré des périodes frictionnelles de l'Histoire et des passages de troupes guerrières qui en ont découlé. Les exactions qu'elle a subi se lisent dans son architecture. Pour autant, c'est un modèle qui va nourrir les bâtisseurs des églises paroissiales de l'Embrunais à la fin du Moyen Age et dont l'empreinte va même inspirer sa propre métamorphose lors de la construction de la chapelle Saint-Firmin.
L'étude menée pose plusieurs hypothèses de datation et de fonction des espaces qui devront être corroborées par des analyses plus poussées. Néanmoins, elles ont l'avantage d'ouvrir la réflexion sur la singularité d'un plan d'abbaye chalaisienne, de questionner la réalité historique d'une architecture aujourd'hui métamorphosée par une restauration effectuée dans la seconde moitié du 20e siècle selon la philosophie de Viollet-le-Duc.
Les premiers moines s'installent à Boscodon autour de 1130. L'abbatiale est sans doute construite dans la seconde moitié du 12e siècle. La "tour des Archives" semble avoir été bâtie dans la foulée, suivie de près par l'érection de la salle capitulaire à la fin du 12e siècle. La chapelle Saint-Firmin a probablement été ajoutée à la fin du 14e siècle voire au 15e siècle. La partie sud de l'actuel logis des moines date de la fin du Moyen Age ; tandis que la partie nord a été construite ou reconstruite au 18e siècle grâce à l'intervention de Louis Bucelle et Annet Babon, maçons à Embrun, ainsi que de Jacques Brocard et Benoît Rendy, maîtres-charpentiers installés aux Crottes, pour le premier, et à Embrun, pour le second. Les bâtiments dits des officiers et des convers sont des constructions contemporaines réalisées pendant le 4e quart du 20e siècle qui imitent l'architecture médiévale.
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Période(s)
- Principale : 2e moitié 12e siècle , daté par travaux historiques , (incertitude)
- Principale : 4e quart 14e siècle, 1er quart 15e siècle , daté par travaux historiques , (incertitude)
- Principale : 1ère moitié 18e siècle , daté par source
- Secondaire : 4e quart 20e siècle , daté par source
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Auteur(s)
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Auteur :
Brocard Jacquesmaître charpentier attribution par sourceBrocard JacquesCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Maître charpentier installé à Crottes, il répare les bâtiments de l'abbaye en 1706 avec son collègue Benoît Rendy.
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Auteur :
Rendy Benoîtmaître charpentier attribution par sourceRendy BenoîtCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Maître charpentier installé à Embrun, il répare les bâtiments de l'abbaye de Boscodon en 1706 avec son collègue Jacques Brocard.
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Auteur :
Bucelle Louismaçon attribution par sourceBucelle LouisCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Maçon à Embrun, il répare les bâtiments de l'abbaye de Boscodon en 1706 avec son collègue Annet Babon. Il est peut-être apparenté à George Buxellin, également maçon qui intervient au couvent des Capucins d'Embrun en 1654.
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Auteur :
Babon Annetmaçon attribution par sourceBabon AnnetCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Maçon à Embrun, il répare les bâtiments de l'abbaye de Boscodon en 1706 avec son collègue Louis Bucelle.
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Auteur :
L'abbatiale Notre-Dame est construite en calcaire local équarri et appareillé. Elle possède une nef ouvrant sur un chevet plat et deux faux-transept qui lui confèrent un plan en croix latine. Elle est voûtée en berceau discontinu légèrement brisé. Son élévation est ordonnancée sans travée. Sa toiture à longs pans est couverte en bardeaux de bois. Perpendiculaire à l'abbatiale, le logis a un plan rectangulaire. Il se compose d'un niveau de soubassement qui a une fonction de rez-de-chaussée bas, de deux étages carrés - dont l'un a une fonction de rez-de-chaussée haut - et un étage de comble. Il est élevé en moellons liés au mortier et recouverts d'enduit. Au rez-de-chaussée, les différentes pièces sont couverte de voûtes d'arêtes ou de voûtes en berceau plein-cintre. Un cloître a été créé grâce à la construction de deux bâtiments : l'un est semi-enterré, l'autre a un niveau de cave en berceau plein-cintre et un rez-de-chaussée.
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Murs
- calcaire moyen appareil
- pierre moellon enduit
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Toitsbois en couverture
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Plansplan en croix latine, plan rectangulaire régulier
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Étagesétage de soubassement, 2 étages carrés, étage de comble
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Couvrements
- voûte en berceau brisé
- voûte en berceau plein-cintre
- voûte d'arêtes
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Élévations extérieuresélévation ordonnancée sans travées
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Couvertures
- toit à longs pans
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État de conservationreconstruit à l'identique, remanié
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Techniques
- peinture
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Précision représentations
Quelques décors peints subsistent encore au niveau du rez-de-chaussée bas du logis. Il s'agit d'armoiries très effacées sur le manteau d'une cheminée et des vestiges d'un décor ornemental à bandeau jaune sur fond blanc sur la voûte d'arêtes de l'ancien réfectoire.
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Statut de la propriétépropriété d'une association, Association des Amis de l'Abbaye de Boscodon
propriété de l'Etat, L'Etat possède au rez-de-chaussée bas du logis des moines une pièce voûtée d'arêtes avec décor peint.
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Intérêt de l'œuvreà signaler
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Protectionsclassé MH, 1989/06/08
classé MH, 1999/03/09
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Précisions sur la protection
Classement par arrêté de l'ancien cellier (cadastre : feuille E, parcelle 24), le 8 juin 1989. Classement par arrêté des bâtiments anciens de l'abbaye et des parcelles qui les portent (cadastre : feuille E, parcelles 12 à 21, 189, 191 et 196), le 9 mars 1999. Ces classements ont eu lieu après l'annulation des arrêtés de classement du 1er octobre 1974 (chapelle, bâtiment conventuel) et du 8 juin 1989 (église abbatiale, aile des moines, emprise de la maison du prieur, emprise de l'aire du cloître) et annulation des arrêtés d'inscription du 26 septembre 1969 (chapelle) et du 21 octobre 1986 (cellier, ailes des moines, ancienne écurie, emprise de la maison du prieur, emprise de l'aire du cloître).
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Référence MH
L'abbaye de Boscodon a été un établissement religieux majeur pour l'Embrunais tant sur le plan politique et économique que sur le plan de son influence artistique et architecturale.
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Documents d'archives
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Sentence arbitrale, 1212. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 2.
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Bail emphytéotique d'une vigne près de Remolon [signé dans le parloir de l'abbaye], 1248. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 3.
-
Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 1
Approbation de l'arbitrage sur les troupeaux [ad sonum tabule in capitulo more solito congregati], 1275. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 1.
-
Quittances, copies d'actes anciens relatifs aux îles de Montmirail, etc., 1263-1491. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 9.
-
Sentence arbitrale au sujet des montagnes de Boscodon, 1275. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 1.
-
Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 3
Don de Pons Chaulier [signé dans la salle capitulaire de l'abbaye], 1283. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 3.
-
Albergement d'un domaine à Montmirail [signé dans le parloir],1321. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 4.
-
Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 4
Bail d'une terre à Seyne [signé dans le parloir de Saint-Marcellin, dans l'abbaye de Boscodon au son des plaquettes], 1362. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 4.
-
Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 11
Bulle du pape Eugène IV concédant 400 florins à l'abbaye de Boscodon, 1432. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 11.
-
Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 10
Bail à ferme [signé ad sonum campane], 1455. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 10.
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Bail à ferme [signé dans la chapelle St Firmin, lieu ordinaire du chapitre, au son des cloches], 1469. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 10.
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Vente de 4 douzaines d'arbres [signée dans la chapelle St Firmin, lieu ordinaire des assemblées capitulaires], 1502. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 25.
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Requête à Lesdiguières afin de réparer le toit de l'église, 1599. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 33.
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Monitoire de l'évêque d'Ancône, 1603. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 14.
-
Transaction sur les places de religieux, 1644. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 24.
-
Sentence contre Michel de Sautereau, condamné à payer 10000l. pour être employées à la réédification de la maison abbatiale de Boscodon, 1714. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 26.
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Situation économique de Boscodon, 1748. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 59.
-
Extrait des délibérations concernant la suppression de certains bâtiment de l'abbaye, 1763. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 48.
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Décret de suppression de l'abbaye de Boscodon, 1770. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 H 54.
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Panorama des pierres des Monuments Historiques des Hautes-Alpes. Rapport d'étude du BRGM réalisée dans le cadre du projet de Service public PSP13PAC11 : octobre 2014, 253 p.
P.78
Bibliographie
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CAMUFFO, Paola. Approche archéologique à l’étude des édifices religieux de la Corse médiévale. Il Capitale culturale Studies on the Value of Cultural Heritage, Vol. 12 : Archeologia delle aree montane europee : metodi, problemi e casi di studio, 2015. p.127-148. Publication en ligne :<http://riviste.unimc.it/index.php/cap-cult>, le 14 décembre 2010.
-
DAUTIER, André-Yves, GATTEFOSSE, Françoise, ROMAN D'AMAT, Jean-Charles. L'abbaye de Boscodon. Gap : Société d'études des Hautes-Alpes, 1974.
-
EXCOFFON, Sylvain. Une abbaye en Dauphiné aux 12e et 13e siècles : Chalais avant son rattachement à la Grande Chartreuse. Dans : Revue Mabillon, 1997, t.8, p. 115-154.
-
GUILLAUME, Paul (abbé). Inventaire sommaire des archives communales antérieures à 1790. Hautes-Alpes. série H. Archives de l'abbaye de Boscodon. Gap : Imprimerie alpine, 1913.
p. 1-63 -
PILOT DE THOREY, Emmanuel. Abbaye de Notre Dame de Boscodon, près Embrun : règle de Saint- Benoît, chef d'ordre. Grenoble : Xavier Drevet, 1873.
p.6 -
SAPIN, Christian. Les cryptes en France. Pour une approche archéologique, 4e-12e siècle. Paris : Picard, 2014.
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VERGNOLLE, Eliane. Tailler la pierre à l'antique : la redécouverte de la gradine et de la bretture au XIIe siècle. Dans : Actes du Colloque d'Issoire (2001, Issoire), L'Antiquité dans l'art roman : persistance et résurgence de l'Antiquité à l'époque romane. Clermont-Ferrand : Revue d'Auvergne, 2005, p. 73-84.
Documents figurés
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Veüe de l'Abaye de Boscodon près d'Embrun, 1606 / Lavis sur papier par Etienne Martellange, 1606. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE UB-9-BOITE FT 4
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Plan cadastral de la commune de Crottes, 1812. / Dessin à l'encre et au lavis par Auguste Kirwan. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 490
Section E, 1ère feuille -
Excursion de l'Ecole Normale du 27 juin 1929. La montagne des Crottes. En forêt de Boscodon. Devant les restes de l'ancienne abbaye de Boscodon. / Photographie noir et blanc, 1929. Archives nationales, Paris : 20170121/204_010.
Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.
Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.