Photographe Inventaire général.
- enquête thématique régionale, Patrimoine religieux de Serre-Ponçon Guillestrois-Queyras
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Communauté de communes de Serre-Ponçon - Embrun
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Commune
Châteauroux-les-Alpes
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Lieu-dit
les Baumes
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Cadastre
1813
C
3666
;
2021
C
1658, 1659
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Dénominationsprieuré
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VocablesNotre-Dame-des-Baumes
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Destinationsbergerie, maison
I- Historique
1-Une histoire mal connue
D’après Marcellin Fornier, le prieuré des Baumes à Châteauroux-les-Alpes tenait son nom de la présence de multiples petites grottes dans les falaises avoisinantes et aurait été habité par neuf chanoines qui suivaient la règle de Saint-Augustin. La maison claustrale était environnée d’ormes aussi grands que le clocher. Son église était « toute composée de pierre de taille et voûtée proprement et solidement ». Elle conservait un autel en jaspe « fort massif et fort rare » et une relique « merveilleuse ».
La date d’installation de moines dans ce lieu n’est pas connue. Les premières mentions rapportées par Marcellin Fornier remontent à 1242.
Au 15e siècle, le prieuré a de nombreux démêlés avec le seigneur et les habitants de Châteauroux au sujet des forêts et pâturages communaux. Il est ensuite pillé par les protestants en 1585 et abandonné pendant une vingtaine d’années. En 1604, il est rattaché au collège des Jésuites d’Embrun. Le produit de ses biens est estimé à 1000 livres par an.
L’église et la seule aile conventuelle subsistante sont vendues comme bien national à la Révolution. Elles sont rapidement transformées en habitation et en étable.
2- Le dessin d'Etienne Martellange
En 1605, Etienne Martellange, le grand architecte jésuite, visite le lieu lors de sa venue sur le chantier de construction du collège jésuite d’Embrun. Il croque le prieuré et en dessine le plan.
Plan du prieuré Notre-Dame-des-Baumes près d'Embrun, 1605.
Le croquis montre un ensemble prieural perché sur une éminence au centre d’un petit bois. La prieurale est pourvue d’une façade en pignon avec deux niveaux d’élévation : l’un percé d’un portail en arc plein cintre, l’autre d’une grande baie également en plein cintre. L’église est en retrait par rapport au bâtiment conventuel. Celui-ci est séparé en deux partie par un espace prolongé en un pigeonnier. Chacune des parties du bâtiment est percée par des baies à meneaux. La régularité des fines assises de schiste a suffisamment marqué le dessinateur pour qu'il les reproduise sur les façades de l’église et des bâtiments conventuels.
Les bâtiments conventuels sont alors organisés en U autour d’une cour dont le portail d'entrée se situe à côté de la façade de l’abbatiale. Les pièces du rez-de-chaussée ont une fonction utilitaire : offices, boulangerie avec four à pain, pressoir, réfectoire et cuisine. Etienne Martellange précise que leur sous-sol recèle de nombreuses caves. Une sacristie est aménagée à côté du chœur de l’abbatiale. En avant des ailes ouest et sud, deux galeries de cloître longeaient la cour et abritaient deux escaliers menant à l’étage. Huit chambres et un grenier y étaient aménagées. La chambre du supérieur était logée près du chœur. Un pigeonnier surplombait les chambres de l’aile nord-ouest. Le croquis réalisé figure également un jardin potager clos de murs et relève le tracé des canalisations qui l’alimentaient.
Sur ce dessin, l’abbatiale est accessible par un portail sur sa façade principale, mais aussi également depuis la cour et la sacristie (par la porte de chœur). Sa nef a trois travées et débouche sur un chœur séparé par un emmarchement. Le voûtement semble être soutenu par des demi-colonnes engagées sur dosserets. Etienne Martellange ne précise pas le mode de voûtement de la nef. Le clocher s’élève sur le côté sud du chœur.
II- Description
Situé sur un tertre au-dessus de la Durance, le prieuré se compose des bâtiments conventuels et de l’abbatiale.
1- L'église
L’abbatiale n’est pas orientée mais construite selon un axe sud-est. Sa nef semble construite en calcaire tendre localement appelée cargneule. Elle se compose d’une nef de deux travées séparées du chœur par un arc diaphragme surbaissé. Le chœur se compose d’une grande travée et d’une abside hémicirculaire.
a. Les élévations intérieures
La nef
La nef a deux travées couvertes de voûte d’arêtes soutenues par de larges demi-pilastres. Ceux-ci ont perdu les demi-colonnes figurées sur le plan de Martellange. Leur disparition laisse apparaître leur mode constructif. En effet, le massif engagé qui soutient les retombées sud des première et deuxième voûtes porte des traces de bouchage au niveau des pierres centrales des troisième et cinquième assises. Les demi-tambours collés ou engagés étaient montés en alternance. Chaque travée est percée de grandes baies latérales en arc surbaissé dont la majeure partie est aujourd’hui obstruée.
Vue intérieure de l'église : la nef.
Le chœur
Le chœur est séparé de la nef par un arc diaphragme à la courbure inhabituelle, presque surbaissée, et dont la mise en œuvre laisse penser qu’il provient de l’ouverture d’un mur. Là encore les supports figurés sur le plan de Martellange ont disparu. La travée du chœur est voûtée d’arêtes et ouvre sur une abside hémicirculaire dépourvue de tout décor. Comme le reste de l’église, celle-ci a reçu un voûtement qui rabaisse fortement sa hauteur originelle. Elle est éclairée par trois baies plein cintre à ébrasements profonds.
Un petit portail percé dans le mur nord permettait d’accéder au chœur depuis les bâtiments conventuels. Son arc plein cintre clavé était peut-être souligné d'une archivolte qui a été bûchée. Il retombait sur des colonnettes monolithes en schiste sommées de chapiteaux et placées sur un solin de quatre assises. Les chapiteaux - qui ont été mis en œuvre sans bague de séparation - ont un décor de rinceaux à nervures concentriques pour celui de l’ouest et un double registre de feuille plate qui retombent en frise d’oves pour celui de l’est. Une base plate subsiste encore au pied de la colonnette occidentale.
Le linteau de la porte, en retrait de l’arc et des chapiteaux, repose sur des coussinets. Le tympan qui le surmonte est couvert d’un enduit grisâtre. Il a pu être peint selon l’habitude locale. La porte a été rabaissée au moyen d'un linteau métallique.
L’étage
L’installation d'un plancher à mi-hauteur de l’élévation de l’église et le percement d’un second registre de baies sur chacun des murs a permis de créer un étage. Celui-ci est éclairé par des baies rectangulaires. Les fermes de la charpente reposent directement sur les arases des murs et aucun départ de voûtement n’est visible. Appuyé sur ces fermes, il subsiste un morceau du plancher qui couvrait cet étage. Seul organe architectonique subsistant, un pilastre qui soutenait peut-être le doubleau de séparation entre la nef et le chœur est visible sur la maçonnerie du clocher. Ce dernier est accessible par une porte en arc surbaissé.
Cet étage donne accès à une terrasse aménagée sur l’abside. L’auvent qui la protège repose sur des empilements des demi-tambours arrachés dans la nef.
Vue intérieure : l'étage créé dans la partie haute de l'église.
b. Les élévations extérieures
La façade
La façade présente d’importantes lézardes traversantes et n’a plus de pignon. Elle est appareillée de calcaire marno-schisteux noir débité en lit, soigneusement équarri et appareillé à joints vifs. Les modules utilisés mesurent 20 à 35 centimètres de haut et dépassent fréquemment le mètre en longueur. Les pierres se sont couvertes d’une calcite ocre au fur et à mesure des siècles.
Le portail d’entrée a un arc plein cintre clavé dont les premiers claveaux en débord devaient être soutenus par des colonnettes. Celles-ci ont été supprimées pour permettre la mise en œuvre d’un portail de tôle coulissant. Le tympan a été vitré. La baie en arc plein cintre qui surmontait ce portail a également laissé place à un bâti contemporain en bois. Celui-ci est prolongé par un auvent de bois et tôle bâti en attique pour abriter la potence à poulie nécessaire à la montée du foin dans le grenier. Un bandeau horizontal abîmé court sur le mur au niveau du seuil de l’ancienne baie haute.
Les murs extérieurs de la nef
Construits comme la façade en calcaire marno-schisteux équarri et assisé, le mur nord-ouest de la nef est percé d’un double registre de baies rectangulaires dont l’encadrement en pierre forme un léger ressaut par rapport au mur. Le premier registre remplace les deux baies en arc plein-cintre qui éclairaient l’église lors de sa construction. Ces arcs, aujourd’hui obstrués, servent d’arcs de décharge aux nouvelles ouvertures. Au niveau de leurs retombées, un bandeau mouluré courait sur toute la longueur du mur.
Le second registre se compose de trois ouvertures rectangulaires identiques à celles du premier registre à l’exception des petits arcs de décharge triangulaires – construits en pierre posées de chant – qui les surmontent. La même disposition existe sur la partie supérieure du mur sud.
Le clocher
Couvert d’une flèche charpentée à quatre pans, le clocher a un plan carré. Il est bâti de moellons noyés au mortier sans recherche d‘assisage. A intervalle régulier, des trous de boulins sont encore visibles sur ses quatre faces, ainsi que d'étroites baies créées au moyen de deux pierres verticales aux arêtes chanfreinées et deux pierres horizontales.
La chambre des cloches est annoncée par un bandeau mouluré courant sur toutes les faces. Ses quatre murs sont percés de baies jumelées aujourd'hui bouchées. Leurs arcs légèrement brisés et chanfreinés reposent sur de minces chapiteaux épannelés qui somment les piédroits du mur et la pile médiane de chaque ouverture.
L’entrée dans le clocher s’effectue au moyen d’une porte ménagée dans la travée du chœur.
Le chevet
Le chevet est d’une grande sobriété. Son appareil de calcaire marno-schisteux débité en lit, soigneusement équarri et appareillé à joints vifs est sa plus belle parure. Comme sur la façade, les modules utilisés mesurent 20 à 35 centimètres de haut et dépassent fréquemment le mètre en longueur. L’appareil des sept dernières assises est légèrement plus grand que les autres.
Deux contreforts renforcent l’abside ; ils montent jusqu’à un bandeau mouluré qui courait autrefois à la lisière de la toiture. Une baie axiale en plein cintre clavé est percée dans la travée centrale.
Le chevet a conservé la trace du contrefort à l’angle sud-est de l’église contre lequel le clocher a été accolé à posteriori.
III- Conclusion
a- Un bâtiment très transformé
Il est vraisemblable que la disposition actuelle de l’ancienne prieurale découle de plusieurs phases de transformation ayant eu lieu après le passage d’Etienne Martellange. Ainsi, la disposition des voûtes d’arêtes – trop basses pour une église qui possède des ouvertures hautes – indique une mise en place tardive, vraisemblablement au 19e siècle lorsque l’église a été transformée en immeuble de logements. Par ailleurs, aucun départ de voûtement n'est perceptible au niveau des arases des murs. Il est donc possible que l'édifice ait été plafonné dès l'origine.
La réutilisation des demi-tambours engagés qui figurent sur le dessin d'Etienne Martellange pour soutenir l'auvent de la terrasse aménagée sur l'abside confirme la modification profonde de l'édifice.
b- Un jalon dans l'architecture régionale
Aujourd’hui fortement dénaturée, la prieurale Notre-Dame-des-Baumes est un exemple important de la mise en œuvre de la pierre équarrie dans l’Embrunais. Le schiste ardoisier des carrières de Châteauroux a été utilisé avec une technicité très aboutie : les longs blocs minces ont été posés en lits parfaitement ajustés et ne nécessitant pas ou très peu de mortier de chaux. Bien qu’une grande partie des pierres soit aujourd’hui recouverte d’une calcite, ce travail crée un effet graphique remarquable et sert de décor au monastère des Baumes. Il sera d’ailleurs représenté par Etienne Martellange sur son dessin de 1606. Si la date de construction de l’église ne peut être précisée, la qualité de la mise en œuvre, tout aussi maîtrisée que celle de l’abbaye de Boscodon (référence documentaire IA05001704) plaide pour un lancement de chantier durant la seconde moitié du 12e siècle. La spontanéité de l’émergence de ce type de mise en œuvre – surtout sur une pierre aussi difficile que le schiste ardoisier – plaide pour une attribution à une équipe de maçon itinérante venue du Grenoblois, de la vallée du Rhône ou encore d’Italie.
Outre la mise en œuvre, les caractéristiques architecturales de l'église permettent de la replacer dans son contexte géographique. Ainsi, l'église prieurale de Notre-Dame-des-Baumes adopte un plan allongé avec une importante travée de chœur qui débouche sur une abside hémicirculaire. Des demi-piliers quadrangulaires avec des demi-colonnes engagées avaient été mis en œuvre dans sa nef - peut-être dans l'attente d'un voûtement. Seuls les chapiteaux de la porte latérale du chœur atteste d'un décor non-figuratif.
Le plan allongé sans transept semble être le plus répandu parmi les constructions médiévales de l'Embrunais. L'utilisation des demi-piliers quadrangulaires avec demi-colonnes engagées est peut-être inspiré de ceux mis en place dans la cathédrale d'Embrun (référence documentaire IA05001717). Les rares éléments de décor qui ont subsisté, comme les colonnettes et les chapiteaux à décor géométrique ou à feuilles plates et oves, rapprochent également l’édifice de la cathédrale.
L'église prieurale a vraisemblablement été construite dans la seconde du 12e siècle. Le logis conventuel daterait quant à lui de l'époque moderne. L'ensemble a été modifié après la Révolution.
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Période(s)
- Principale : 2e moitié 12e siècle , (incertitude)
- Secondaire : Temps modernes , (incertitude)
Le prieuré Notre-Dame-des-Baumes se composait d'une église servant aujourd'hui de bergerie et d'un logement conventuel devenu logement. L'ensemble composait un plan en U. L'église, en pierre de taille calcaire, a un plan allongé composé d'une nef de deux travées et d'une travée de chœur ouvrant sur une abside. Un étage a été aménagé dans sa hauteur. Le rez-de-chaussée de l'église est couvert de voûtes d'arêtes, l'étage était séparé de la charpente par un plancher. L'église a une toiture à longs pans couverte en tôle, le clocher carré, en moellons, est couvert d'une charpente.
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Murs
- calcaire pierre de taille
- moellon
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Toitstôle ondulée, ciment amiante en couverture
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Plansplan allongé, plan régulier en U
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Étages2 étages carrés, 1 vaisseau
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Couvrements
- voûte d'arêtes
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Couvertures
- toit à longs pans
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État de conservationmauvais état
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Statut de la propriétépropriété d'une personne privée
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
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Bibliographie
-
FOURNIER, Marcellin, Histoire générale des Alpes maritimes ou Cottiènes et particulièrement leur métropolitaine Ambrun (...). Paris : H. Champion, 1890, t. 1.
P. 260-261, 670-671. -
FORNIER, Marcellin (R. P.), Histoire générale des Alpes maritimes ou cottiènes et particulièrement leur métropolitaine Ambrun (...), t. 2. Paris : H. Champion, 1890.
P. 620.
Documents figurés
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Plan cadastral de la commune de Châteauroux-les-Alpes, 1813. / Dessin à l'encre et lavis sur papier dressé par Auguste Kirwan, ingénieur-vérificateur, et par Allec, Chéradame, Queyrel et Izoard, géomètres. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 390
Section C, 3e feuille, parcelle 3666. -
Plan du prieuré de Notre-Dame-des-Baumes près d'Embrun, 1605. / Lavis sur papier par Etienne Martellange, 1606. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE UB-9-BOITE FT 4
Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.
Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.