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fermes

Dossier IA04002096 réalisé en 2010

Fiche

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I. Contexte de l'enquête

Le repérage

Ce dossier concerne les fermes de la commune de Colmars (canton d'Allos-Colmars, Pays Asses-Verdon-Vaïre-Var, département des Alpes-de-Haute-Provence).

Le terme de "ferme" correspond aux bâtiments ou ensembles de bâtiments associant des fonctions domestiques et agricoles, ces dernières occupant un espace proportionnellement plus important, qui peut contenir des parcelles de foncier dispersé.

Les conditions de l'enquête

Le repérage des fermes sur la commune de Colmars a été effectué au cours des mois d'été 2010 avec des compléments en 2011. Le recensement s'est fait à partir du cadastre le plus récent disponible, édition mise à jour pour 1983. Le plan cadastral dit "napoléonien", levé en 1827, a servi de point de repère et de comparaison pour les bâtiments antérieurs à cette date ; l'ensemble des états de section de ce cadastre a été consulté. Toutes les constructions portées sur le cadastre actuel ont été vues, au moins de l'extérieur.

Le repérage a été effectué à l'aide d'une grille de description morphologique propre aux fermes et décrivant :

- l'implantation par rapport à la pente,

- la composition des bâtiments,

- les fonctions visibles des bâtiments,

- la présence éventuelle et la caractérisation des espaces libres,

- la mitoyenneté,

- les matériaux principaux et secondaires et leur mise en œuvre,

- la forme du toit et la nature de la couverture et de l'avant-toit,

- le nombre d'étages visibles,

- la description des élévations et des baies,

- les décors extérieurs,

- les aménagements intérieurs (voûtes, escalier, cheminée, cloisons…)

- les inscriptions historiques : dates portées, inscriptions…

Cette grille de repérage a donné lieu à l'alimentation d'une base de données destinée à faire un traitement statistique et cartographique. Le repérage est toujours confronté à la question de l'état du bâti. Ainsi, ont été repérés les bâtiments ayant subi quelques modifications de détail n'affectant pas leur lecture architecturale. Les bâtiments ruinés mais dont le parti pris architectural d'origine restait lisible ont également été repérés. En revanche, les bâtiments ayant subi des transformations majeures rendant illisibles leurs caractères architecturaux n'ont pas été retenus. Les bâtiments non retenus sont principalement ceux qui ont été très remaniés à une période récente, selon des normes de construction, des matériaux et un vocabulaire architectural très éloignés de ceux de l'architecture locale : élévations entièrement repercées de grandes ouvertures rectangulaires masquant les baies anciennes, utilisation de matériaux récents rendant illisible le parti d'origine, restructuration intérieure totale ou profonde.

Sur la commune de Colmars, 31 fermes ont été repérées, 17 d'entre elles ont été sélectionnées (55 % du corpus). Le recensement INSEE de 1975 comptabilise 455 immeubles au sens d'édifice à usage d'habitation, commercial ou industriel. Dans cette typologie, les différents bâtiments d'une ferme sont comptés pour une unité. C'est par exemple le cas remarquable de la ferme dite du Chastelas (REF = IA04002959) qui compte le bâtiment principal, du foncier d'exploitation, ainsi que des dépendances groupées détachées de la tête de pont, et qui ont été pour l'essentiel construites bien après celle-ci.

II. La ferme colmarsienne : de la ferme haut-provençale à la ferme alpine

Données historiques

On a relevé des dates portées sur dix fermes, et certaines d'entre elles en présentent plusieurs. Trois fermes seulement comportent des dates du 20e siècle. Pour deux d'entre elles, ces dates correspondent à des phases d'intervention effective (soit construction, soit agrandissement, REF=IA04003103 et IA04002787 [1912]). Pour l'autre (la date portée indique "1850") il est avéré que le bâtiment existait en 1827, et qu'il s'agit donc d'une ferme datant du 18e siècle. Pour trois autres fermes, les dates sont postérieures à la levée du cadastre de 1827, et pour chacune d'elle (REF=IA04002137, IA04002398 et IA04002787) il s'agit d'adjonctions postérieures à la première phase d'édification. Restent donc cinq fermes pour lesquelles les inscriptions datées précèdent le cadastre ancien (1800, 1809 [deux fois sur le même édifice], 1812, 1818 et 1822). Aucune indication antérieure cependant, qui permettrait de remonter plus avant dans le temps.

2e ferme à Clignon Haut. Date portée (1809) au-dessus de la porte de l'étable à vaches.2e ferme à Clignon Haut. Date portée (1809) au-dessus de la porte de l'étable à vaches.

Ferme près de Chaumie Bas (IA04002137). L'encadrement de l'entrée du logis présente l'inscription gravée suivante : "1896, A J-A".Ferme près de Chaumie Bas (IA04002137). L'encadrement de l'entrée du logis présente l'inscription gravée suivante : "1896, A J-A".

Si l'ensemble des fermes paraît remonter au 18e siècle, il convient de préciser que la commune possède quelques exemples de fermes édifiées dans la première partie du 20e siècle voire l'entre-deux-guerres ou qui ont fait l'objet de modifications profondes dans leur configuration à cette époque. Citons une ferme aux Espiniers (vue rapidement et non repérée car l'accès en a été interdit par les actuels propriétaires), la ferme dite du Chastelas (REF=IA04002959) qui a fait l'objet d'un aménagement important de ses dépendances au début du 20e siècle, celle située aux Meyfreds, à proximité du hameau de Clignon Bas, ou encore la ferme Ventre à la Buissière (REF=IA04003103 et IA04003104) dont les dépendances ont été construites entre 1935 et 1950.

Dépendances agricoles de la ferme Ventre à la Buissière (D 970).Dépendances agricoles de la ferme Ventre à la Buissière (D 970).

L'ensemble crée une impression de variété dans la morphologie, mêlant caractéristiques de la ferme alpine d'un côté, de la ferme haut-provençale de l'autre. Cette réalité traduit la situation géographique de la commune, qui constitue un point d'entrée vers le type alpin de la ferme sans qu'il soit omniprésent. A cela s'ajoutent les modifications liées à l'évolution - et à l'agrandissement - de l'exploitation, dont certaines ont pu faire varier le parti initial.

Implantation et composition d'ensemble

11 fermes repérées sont situées en contexte aggloméré, soit plus du tiers (35,5 %), ce qui constitue un pourcentage élevé, mais aucune dans le village. Fait surprenant, on constate que la mitoyenneté n'intervient que pour une seule ferme (à Clignon Haut). On doit considérer ce chiffre avec prudence, dans la mesure où il illustre un état de fait présent pouvant notamment relever de l'incorporation à l'édifice actuel d'un autre bâtiment contigu appartenant autrefois à un autre propriétaire (par exemple à Chaumie Bas, où la ferme occupant la parcelle 2019 A 513 résulte de la fusion de deux anciennes parcelles bâties, ou encore à Chaumie Haut). Pourtant, alors même que l'implantation des fermes retenues prend fréquemment place dans un milieu relativement dense puisque aggloméré, l'absence de mitoyenneté de ces édifices retient l'attention - ce qui ne serait évidemment pas le cas pour des édifices isolés dans le terroir. Il faut y voir d'une part un mode de regroupement assez lâche du bâti dans les hameaux, mais aussi certainement une caractéristique locale à comparer avec les autres fermes de la haute vallée du Verdon.

La présence du relief explique l'absence d'implantation en terrain plat. Toutes les fermes présentent au moins un (20 cas, soit 64,5 % du corpus), parfois deux (9 cas, soit 29 %) et jusqu'à trois étages de soubassement (2 cas, soit 6,5 % du corpus). En contexte isolé, la topographie a conduit a aménager un mur de soutènement voire des terrasses de cultures autour de la ferme dans 12 cas (39 % du corpus). Un cas de sous-sol a été repéré. La majorité des fermes relèvent du troisième type (maison-bloc à bâtiments accolés et/ou disjoints) dans près des deux-tiers des édifices repérés (voir le tableau ci-dessous), mais on remarquera que les deux autres types de fermes totalisent plus du tiers restant (13 % environ pour la configuration maison-bloc à terre et près du quart pour la configuration maison-bloc en hauteur). Cette proportion s'avère relativement importante, surtout si l'on considère que certaines dépendances ajoutées ou intégrées au module initial ont transformé un schéma de base relevant clairement du premier ou du deuxième type. Ainsi les fermes occupant les parcelles 2019 A3 552 et D 255 d'un côté, A 187, A 513, C 335 et D 306 étaient-elles des maisons-blocs à terre pour les deux premières, des maisons-blocs en hauteur pour les quatre autres.

Ferme à Champlèbre (D 306). L'implantation sur un terrain pentu a entraîné l'aménagement de terrasses de cultures.Ferme à Champlèbre (D 306). L'implantation sur un terrain pentu a entraîné l'aménagement de terrasses de cultures.

Ferme près de Chaumie Haut. La pente, dans laquelle est implantée la ferme, est aménagée en terrasses de cultures.Ferme près de Chaumie Haut. La pente, dans laquelle est implantée la ferme, est aménagée en terrasses de cultures.

typologie de la ferme

occurrences

% age du corpus

à maison-bloc à terre (F1)

4

13 %

à maison-bloc en hauteur (F2)

7

22,5 %

à maison-bloc à bâtiments accolés et/ou disjoints (F3)

20

64,5 %

Typologie des fermes colmarsiennes repérées

Une minorité de fermes disposent de cours (14 cas, soit 45 % du corpus, toutes ouvertes), parfois empierrées (pour deux d'entre elles). Cela ne signifie pas qu'il n'y en a pas plus, mais soit le cadastre ancien ne les mentionne pas, soit elles ne sont plus identifiables. Le nombre d'aires repérées est équivalent (14 cas). Les jardins sont à peine davantage représentés (15 cas, soit à peine la moitié du corpus). Certaines fermes isolées, au coeur de leur territoire utile d'exploitation, sont environnées de vergers la plupart du temps en déshérence qui pouvaient illustrer l'ancien mode agricole de la complantation (ferme à Champlèbre [REF=IA04002398], fermes à la Buissière [REF=IA04003103 et IA04003107], ferme à l'Adroit [REF=IA04002389]). Quelques-unes bénéficient de l'abri d'un arbre de haute taille destiné à apporter un peu d'ombre (REF=IA04002392).

Verger de fruitiers sur terrasses de talus herbeux au sud de la ferme de Champlèbre.Verger de fruitiers sur terrasses de talus herbeux au sud de la ferme de Champlèbre.

Matériaux et mise en œuvre

Toutes les fermes sont construites en maçonnerie de moellons de grès avec parfois du calcaire en complément, liés au mortier de chaux et de sable. On remarque parfois l'usage de l'inclusion de petits cailloux ou moellons fractionnés en éclats pour assurer une meilleure prise au mortier (REF=IA04002787 par exemple). Il n'y a donc pas à proprement parler d'appareil mixte, puisque le grès prédomine, et le calcaire lui-même présente une nature gréseuse. Le pan de bois intervient à 16 reprises, la plupart du temps comme matériau de fermeture de certains pignons, en planches de bois montées à la verticale (le montage sur champ à l'horizontale est rare, voir REF=IA04002398). Dans un cas, on trouve un pignon très développé intégralement en planches (REF=IA04002137). Pour des raisons de solidité structurelle, les chaînes d'angle bénéficient de moellons de taille plus importante, souvent mieux équarris, et la nature du grès locale permet aussi des débitages de pierres plates relativement longues qui assurent une meilleure cohérence à l'ensemble. L'enduit à pierres vues prédomine (19 cas soit environ les deux tiers du corpus) ; il faut entendre ici un enduit fortement raviné par le temps, qui peut passer aisément pour une absence d'enduit. L'enduit récent intervient à quatre reprises, le rustique à deux, l'enduit lisse a été repéré dans une ferme, l'enduit au ciment dans un autre cas. Il arrive que certains murs soient traités différemment, de façon mixte (par exemple enduit à pierres vues et enduit récent). Les ouvertures ne reçoivent aucun traitement spécifique, sinon un façonnage qui n'est d'ailleurs pas systématique, notamment pour les fermes isolées, mais pas toujours, comme le montre l'encadrement façonné imitant la pierre de taille qui vient se superposer au linteau en bois (lequel dépasse) de la porte ouvrant sur le logis de la ferme à Champlèbre (REF=IA04002398). Le linteau est quasi omniprésent. A deux occasions seulement la pierre de taille intervient dans la mise en oeuvre, pour l'encadrement en arc segmentaire d'une porte d'accès au logis, avec date portée et initiales du propriétaire sur la clef de voûte (1896, A J-A) [REF=IA04002137], et pour celui d'une porte charretière en arc segmentaire également, elle aussi portant inscription datée (1809) [REF=IA04003018]. On observe de façon récurrente des cas de blocs portes - un système de morceaux de bois monoxyles où le linteau, les piédroits ainsi que le seuil sont emboîtés et créent une sorte de cadre rigide venant renforcer structurellement la maçonnerie (REF=IA04002114, IA04002550, IA04002787, IA04002959 ou encore IA04003018).

Maçonnerie de grès dont le liant a été en partie lessivé. Ferme au Cloas.Maçonnerie de grès dont le liant a été en partie lessivé. Ferme au Cloas. Bloc-porte à la ferme de Bla Magnan.Bloc-porte à la ferme de Bla Magnan.

Les voûtes sont minoritaires (10 occurrences, soit le tiers environ du corpus [32 %]), le berceau s'impose de façon écrasante par rapport au couvrement en voûte d'arêtes (9 cas contre un seul). Ces chiffres donnent une tendance, sachant qu'il n'a pas toujours été possible, même en pénétrant dans les parties agricoles, d'avoir accès à l'ensemble des espaces. Quoi qu'il en soit, les plafonds planchéiés sur solives avec plâtre intermédiaire en colmatage pour l'étanchéité et l'isolement s'imposent numériquement. La mixité demeure résiduelle (plancher + voûte, par exemple dans REF=IA04003106). Il n'a pas été tenu compte des pièces voûtées de dimensions restreintes, de type cellier, dont l'emprise au sol s'avère très réduite et qui constituent des espaces secondaires (voir ainsi les REF=IA04002124 et IA04002787).

Ferme de Bla Magnan. Etable à vaches couverte par un plancher.Ferme de Bla Magnan. Etable à vaches couverte par un plancher. Ferme près des Bosquets. Etable voûtée en berceau segmentaire.Ferme près des Bosquets. Etable voûtée en berceau segmentaire.

Ferme près de Chaumie Bas. Système de couvrement mixte : voûtement d'arêtes pour une pièce, plancher pour une autre (à l'arrière-plan).Ferme près de Chaumie Bas. Système de couvrement mixte : voûtement d'arêtes pour une pièce, plancher pour une autre (à l'arrière-plan).

Dans les parties agricoles, le sol est presque toujours en terre. Lorsque l'étable abritait des vaches, on repère parfois un dispositif spécifique - un emmarchement empierré - qui servait à protéger les sabots du bétail du sol humide et souillé (REF=IA04002787 et IA04002392). Il n'a pas été possible de pénétrer dans beaucoup de parties domestiques. Néanmoins, lorsque cela a été le cas, deux types de sols ont été observés : le plancher d'une part (par exemple en 2019 D 59, en 2019 C 132 et en 2019 A 1871), un sol de plâtre et de chaux lissé d'autre part (par exemple en 2019 D 66-67, 2019 D 59 encore ou 2019 C 3352). On trouve un cas de sol dallé, en 2019 A 45 au premier niveau. Les combinaisons existent : ainsi en 2019 D 59 (plancher et sol à la chaux et plâtre) et 2019 A 453 (dallage, chaux et plâtre). Aucun carrelage n'a été identifié, ce qui ne signifie pas une absence totale, puisque les visites d'intérieurs demeurent limitées. Le sol des fenils est en plancher rustique. Des conduits d'alimentation en fourrage permettent de faire communiquer le fenil et les mangeoires destinés au bétail par le biais d'abats-foin (REF=IA04002388, IA04002398, IA04002787). Certains de ces dispositifs traversants reliant les deux parties agricoles en passant par l'étage intermédiaire du logis sont apparents, comme à Bla Magnan (IA04002787) ; d'autres invisibles car aménagés dans l'épaisseur du mur (IA04002388).

Ferme de Bla Magnan. Conduit d'alimentation en fourrage en creux reliant le fenil à l'étable via une pièce d'habitation.Ferme de Bla Magnan. Conduit d'alimentation en fourrage en creux reliant le fenil à l'étable via une pièce d'habitation.

Les murs des pièces d'habitation reçoivent un enduit lisse réalisé au mortier de chaux ; de manière systématique ou presque, ils sont peints en blanc avec des plinthes de couleur foncée (brun, noir, rouge). Les cloisons intérieures sont réalisées principalement en maçonnerie légère et pans de bois, voire en brique pleine, et recouvertes d'enduit elles aussi. Les plafonds des pièces d'habitation qui ont pu être visitées ne présentent jamais d'enduit lisse au plâtre. Ils sont soit bruts, soit recouverts d'une couche de peinture blanche lacunaire.

Très souvent, et même lorsque le logis ne se limite pas à une pièce unique, il n'y a pas d'espace dédié à la cuisine, pas même un réduit. La cheminée est systématique, avec un manteau construit en ossature bois de forme rectangulaire recouvert de plâtre lissé lorsqu'il a subsisté, sans aucun décor. Les cheminées sont souvent dépourvus de jambage (exception pour la REF=IA04002392). Elles ont parfois été remplacées par des poêles au tournant du 20e siècle, plus efficaces pour la diffusion de la chaleur. La cheminée est parfois flanquée d'une niche avec un ou plusieurs cendriers. Les placards sont majoritairement muraux, et pour ceux qui sont en saillie, ils sont manufacturés et datent pour l'essentiel de la première moitié du 20e siècle. Les huisseries des fenêtres sont de petit bois avec un bâti dormant et petits ou grands carreaux. Le système de fermeture des vantaux consiste en une barre pivotante en bois (IA04002388, IA04002114, IA04002392). Le mobilier est très rudimentaire et peu nombreux (lits, tables, chaises en bois). On trouve aussi quelques objets de fixation (porte-manteaux par exemple, qui peuvent résulter de la taille d'une branche fourchue fichée dans la maçonnerie du mur.

Ferme au Cloas. Pièce principale du logis avec cheminée et fenêtre fermée par une barre en bois pivotante.Ferme au Cloas. Pièce principale du logis avec cheminée et fenêtre fermée par une barre en bois pivotante.

Les escaliers intérieurs sont rares et le cas échéant construits en maçonnerie légère de chaux et de plâtre sur une structure en bois.

Structure, élévation, distribution. La présence encore limitée mais significative d'un marqueur typologique alpin comme principe de distribution : la coursière

L'implantation sur une topographie accidentée induit la présence d'au moins un étage de soubassement, voire plusieurs (voir ci-dessus). Les fermes comptent majoritairement trois niveaux, voire quatre. Un seul cas de ferme à cinq niveaux a été repéré, mais il s'agit d'un cas particulier puisque le premier niveau correspond à un sous-sol.

niveaux

occurrences

% age du corpus

3

21

68 %

4

9

29 %

5

1

3 %

Nombre et représentation des niveaux dans les fermes repérées.

Plus de la moitié des fermes disposent d'un escalier extérieur, (17 cas, soit 54,5 % du corpus), parallèle à la façade à 14 reprises (82 % des cas). Ils sont en bois ou maçonnés de façon équivalente (9 d'un côté, 8 de l'autre). La coursière intervient à 6 reprises, soit dans 19,5 % des cas. Cette proportion est statistiquement minoritaire, mais montre que le modèle alpin commence à apparaître, surtout si l'on considère que certains balcons sont fonctionnellement proches de la coursière.

Qu'est-ce qu'une coursière ? Dans la zone alpine, il existe un un système de distribution permettant d'accéder depuis l'extérieur et au même niveau à des pièces remplissant des fonctions différentes, logis et agricole. En contexte montagnard soumis à des chutes de neige abondantes durant un hiver prolongé, la coursière se présente sous la forme d'une étroite galerie protégée par le débord de la toiture, qui dessert les différents espaces intérieurs ouvrant sur l'extérieur. Elle double voire remplace la circulation intérieure traditionnellement assurée par un escalier dans-oeuvre, qui souvent n'est plus accessible depuis l'extérieur lors des forts épisodes neigeux. L'accès à la coursière se fait soit en utilisant la pente naturelle du terrain (par exemple REF=IA04003106) soit par l'intermédiaire d'un escalier (voir REF=IA04003018) protégé par le débord de la toiture. Cette configuration existe aussi sur plusieurs niveaux, et les coursières superposées sont alors reliées par des échelles ou des escaliers en bois plus au nord. On en trouve dans les Hautes-Alpes par exemple, où les contraintes climatiques s'avèrent plus sévères, et on en a même identifié de très rares exemples dès Allos, qui tous ou presque ont disparu. La ferme colmarsienne se limite à la coursière simple sur un niveau (autres exemples en 2019 A 552 et 2019 A 740, respectivement REF=IA04002990 et IA040031004). De manière significative on constate que la plupart des fermes de ce type sont implantées à proximité de la limite communale séparant Colmars d'Allos, où le modèle devient très représenté (REF=IA04000188).

1e ferme à coursière à Clignon Haut.1e ferme à coursière à Clignon Haut. 2e ferme à Clignon Haut. Système mixte : l'escalier de distribution extérieur mène à la coursière.2e ferme à Clignon Haut. Système mixte : l'escalier de distribution extérieur mène à la coursière.

L'étable (qui peut aussi être une bergerie), ainsi que le fenil, est systématique. L'omniprésence de la remise est davantage sujette à caution, puisque tous les intérieurs n'ont pu être visités, mais elle s'avère très largement représentée puisqu'elle a été identifiée dans deux cas sur trois environ (20 fermes concernées). Le repérage a permis l'identification d'un seul séchoir, mais cette fonction devait être plus répandue si l'on considère les vergers de fruitiers sur les versants (par exemple aux quartiers de la Buissière et de Champlèbre, ou encore de l'Adroit. L'accès au fenil est assurée presque deux fois sur trois (64,5 %) par une porte haute et dans deux cas, on trouve une double porte haute ; le chien assis intervient dans près d'un cas sur quatre (22,5 %), tandis que la configuration mixte reste faible (4 cas soit 13 % du corpus). Quelques ruchers-placards ont été observés, et dans deux fermes (REF=IA04002392 et IA04002959), un ensemble de quatre dispositifs sont intégrés à la maçonnerie de la façade principale, orientée au sud.

Il convient aussi de noter le présence d'une fonction spécifique à la haute vallée du Verdon, celle des aires à fouler couvertes prolongeant, à couvert, les aires à battre extérieures (voir ainsi REF=IA04002137, IA04002392, peut-être aussi IA04002398). Il ne s'agit pas de remises d'aires à fouler - également identifiées dans la vallée du Coulomp -, puisque ces dernières proposent une morphologie et une distribution spécifique, mais leur fonction s'avère identique : assurer la continuité du foulage lorsque les conditions météorologiques se dégradent, ce qui arrive fréquemment en période estivale, dans une zone soumise aux orages parfois très violents, et disposer d'un espace de stockage au-dessus (fenil).

Ferme près de Chaumie Bas. Le foulage sur l'aire peut aussi se faire à l'abri en cas d'intempérie.Ferme près de Chaumie Bas. Le foulage sur l'aire peut aussi se faire à l'abri en cas d'intempérie.

Couvertures

Les fermes colmarsiennes repérées illustrent une grande variété de toitures, non seulement dans la typologie simple des formes, mais également dans les combinaisons complexes que permettent les toitures de type mixte. Seuls les bâtiments principaux ont été pris en compte, à l'exclusion des dépendances accolées ou disjointes. Les deux tableaux ci-dessous permettent de mesurer le spectre des possibilités offertes par l'étude de terrain. On remarquera que les toits à croupes ne sont pas représentés sur la commune :

forme du toit

occurrences

% age du corpus

un pan

2

6,5 %

longs pans

14

45 %

croupes

0

0 %

demi-croupes

4

13 %

mixte

11

35,5 %

Les différentes formes de toitures.

variété des combinaisons

occurrences

% age du corpus

longs pans/un pan

1

9 %

longs pans/demi-croupe

4

36,5 %

longs pans/croupe

3

27,25 %

croupe/demi-croupe

3

27,25 %

Variété des combinaisons observées dans la mixité des formes de toitures.

Les toitures à longs pans prédominent, puisqu'elles approchent la moitié du corpus considéré (45 %). Mais ce qui retient l'attention, c'est la représentativité des toitures mixtes, qui dépasse le tiers des fermes (35,5 %). Les demi-croupes, et plus encore les pans uniques, sans être négligeables, restent minoritaires (20 % environ pour l'ensemble). L'absence des toits en croupes, dans un contexte alpin qui commence à s'affirmer, paraît plus surprenant. Si l'on s'intéresse aux combinaisons dans la mixité des formes, là encore, la variété prévaut, et c'est dans cette catégorie générique que les croupes et demi-croupes s'imposent (plus de 90 % du corpus). D'abord associées aux longs pans (un peu plus plus du tiers), mais surtout entre elles (plus de la moitié : 54,5 %). Cette représentation, à travers ses composantes, témoigne que Colmars joue un rôle transitionnel vers le modèle alpin plus marqué d'Allos, directement limitrophe au nord. Finalement, la typologie des toitures constitue un témoignage pertinent qui, associé par exemple à d'autres facteurs comme le mode de circulation par coursière, contribue à la mise en évidence d'une architecture alpine avec ses modalités propres, tant sur le plan de la morphologie que sur celui de la distribution et des fonctions.

Ferme au bois des Espiniers. Travail de la charpente pour le chien assis du fenil.Ferme au bois des Espiniers. Travail de la charpente pour le chien assis du fenil. Ferme à Chaumie Bas. La forte volumétrie du fenil liée aux nécessités de stockage du fourrage pour l'hiver a entraîné la mise en place d'un chien assis avec double porte haute superposée.Ferme à Chaumie Bas. La forte volumétrie du fenil liée aux nécessités de stockage du fourrage pour l'hiver a entraîné la mise en place d'un chien assis avec double porte haute superposée.

Les pentes fortes des toits confirment le caractère alpin de la commune (25 cas, soit 80 % du corpus). Un seul exemple de charpente à fermes a été repéré (dans la dépendance accolée de la ferme des Bosquets (REF=IA04002388).

Les types de couvertures présentent également une grande variété. Les matériaux traditionnels (bardeau et tuile écaille) sont devenus minoritaires (à peine 20 % du corpus). Sans surprise, la tôle, plate ou ondulée, constitue la majorité des occurrences. Elle illustre une phase intermédiaire, ou une "deuxième génération" de couvertures venue remplacer le bardeau voire la tuile écaille initiale, avant elle-même d'être progressivement remplacée par une "troisième génération" composée de matériaux plus contemporains (bac acier et tuile plate mécanique). Cette chronologie s'observe dans les couvertures mixtes, pour lesquelles on trouve 2 cas de matériaux de "première et deuxième générations" (bardeau+tôle) et 4 cas de matériaux de "deuxième et de troisième générations" (tôle+bac acier), le couple bardeau/tuile écaille+bac acier/tuile plate mécanique n'existant pas pour les fermes repérées.

Ferme près des Bosquets. Restes de couverture en tuile écaille.Ferme près des Bosquets. Restes de couverture en tuile écaille. Ferme à Chaumie Haut. Toit pentu avec croupe couvert en plaques de tôle plate et ondulée.Ferme à Chaumie Haut. Toit pentu avec croupe couvert en plaques de tôle plate et ondulée.

type de couverture

occurrences

% age du corpus

bardeau

5

16,25 %

tuile écaille

1

3 %

tôle

11

45,25 %

bac acier

4

13 %

tuile plate mécanique

1

3 %

mixte

6

19,5 %

Les différents types de couvertures.

Les saillies de rive sont systématiques et particulièrement débordantes. Plusieurs fermes disposent d'égouts retroussés, souvent sur la seule façade principale, afin d'abriter un balcon filant ou une coursière (2019 A 552 [REF=IA04003100], 2019 A 632 à Chaumie Haut, 2019 B 256 à Clignon Bas, 2019 B 72 [REF=IA04003106] et 2019 B 104 [REF=IA04003018] à Clignon Haut. Curieusement, ces édifices se situent tous en hameaux ou à proximité immédiate, et le dispositif ne concerne pas les fermes isolées.

Décor

Il est absent. Aucune ferme ne reçoit un décor spécifique ou même quelques éléments qui viendraient "embellir" l'édifice. Ponctuellement, on trouve quelques graffitis typiques de la sphère alpine au sens large, comme la rosace à cinq ou six branches dans un cercle simple ou double (à la ferme de Queirelle par exemple REF=IA04002550), mais il ne s'agit pas de décor à proprement parler, puisque ces inscriptions stylisées sont restent consignées dans des espaces limités, ne suivent pas de règle d'ensemble et n'ont aucun caractère systématique. La ferme des Bosquets (REF=IA04002388) contient des graffitis à la mine graphite réalisés durant le premier quart du 20e siècle, alternant messages sibyllins et portraits "idéaux" de profil, mais là encore, on ne saurait parler de décor : il s'agit davantage des élucubrations d'un habitant. En revanche, et même si derechef cela n'entre pas dans le champ du décor, la façade principale sur pignon présente une réelle volonté d'équilibre dans le jeu des ouvertures. Deux jours flanquent l'entrée de l'étable, et la fenêtre du niveau supérieur est alignée sur la porte charretière à l'étage de soubassement. Aucun encadrement peint ni fausse chaîne d'angle n'a été repéré. Le même principe s'observe à la ferme de la Buissière (REF=IA04003107), où l'alignement s'opère sur trois niveaux, mais dans la mesure où, comme pour la ferme précédente, la façade sur pignon est à travée unique, l'équilibre évident ne traduit pas une recherche poussée sinon la volonté d'assurer une certaine régularité, simple et agréable à l'oeil. On notera que dans ces deux cas, la façade équilibrée ne correspond pas à celle qui permet d'accéder au logis.

Ferme de Queirelle. Décor ponctuel de rosace à six branches ou pétales.Ferme de Queirelle. Décor ponctuel de rosace à six branches ou pétales.

Ferme près des Bosquets. La façade sur croupe témoigne d'une volonté de symétrie.Ferme près des Bosquets. La façade sur croupe témoigne d'une volonté de symétrie.

Typologie

F1 : Ferme en maison-bloc à terre (13 % du corpus) (45 repérées ; 3 sélectionnées) : logis associé aux parties agricoles

F2 : Ferme en maison-bloc en hauteur (22,5 % du corpus) (7 repérées ; 3 sélectionnées) : logis associé aux parties agricoles

F3 : Ferme à bâtiments accolés et/ou disjoints (65,5 % du corpus) (20 repérées ; 11 sélectionnées)

Interprétation de la typologie

Voir le chapitre "Implantation et composition d'ensemble", § 2.

1Respectivement à Bla Magnan, près de Chabanier et près du Bois des Espiniers. Dans la ferme de Bla Magnan le logis prend place dès le premier niveau correspondant à un étage de soubassement.2Respectivement à Queirelle, Bla Magnan et aux Bosquets.3Au lieu-dit la Secrète.4Aux lieux-dits près de Chaumie Haut et à la Sagne.5En réalité 5, mais on considère que les deux bâtiments appartenant en 1827 à Antoine Girard dit Cardagnon (anciennes parcelles 1827 B 373 et 375, actuelle parcelle 2019 B 72), faisaient partie de la même propriété agricole. Chacune de ces deux fermes relevait du premier type. On les a toutes deux étudiées sous un même numéro de référence : IA04003106.
Aires d'étudesPays Asses, Verdon, Vaïre, Var
Dénominationsferme
AdresseCommune : Colmars
Période(s)Principale : Temps modernes, Epoque contemporaine
TypologiesF1 : ferme en maison-bloc à terre ; F2 : ferme en maison-bloc en hauteur ; F3a : ferme à maison-bloc à bâtiments accolés et/ou disjoints
Toitsbardeau, fer en couverture, acier en couverture
Mursgrès moellon sans chaîne en pierre de taille enduit
calcaire moellon sans chaîne en pierre de taille enduit
Décompte des œuvresrepérées 31
étudiées 17

Références documentaires

Bibliographie
  • BRUNET, Marceline, DEL ROSSO, Laurent, LAURENT, Alexeï et MOSSERON, Maxence. La ferme et le territoire en haute Provence, dir. Marceline Brunet, Lyon : Lieux Dits, 2019, 408 p.

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Mosseron Maxence
Mosseron Maxence (1976 - )

Chercheur au Service régional de l'Inventaire de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (2007- )


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- Del Rosso Laurent