Dossier d’œuvre architecture IA06004677 | Réalisé par
Vidal Julie (Contributeur)
Vidal Julie

Chargée de mission inventaire du patrimoine culturel du Pays de Vence (06) depuis mars 2021.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
  • inventaire topographique
Village de Gattières
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) SIVOM Pays de Vence
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pays de Vence
  • Commune Gattières
  • Cadastre 1833 B  ; 2025 B
  • Dénominations
    village

Vue de situation du village de Gattières prise de l'est.Vue de situation du village de Gattières prise de l'est.Village de Gattières, vue d'ensemble prise du sud.Village de Gattières, vue d'ensemble prise du sud.

I. Premières mentions et formation du bourg au Moyen Age

Le territoire de Gattières est pour la première fois mentionné en 1037 dans le cartulaire de l’abbaye Saint-Victor de Marseille, mais on ne sait pas si le site de l'actuel village est déjà occupé. C’est n’est qu’à compter du 13e siècle que le castrum de Gatteriis apparait dans les textes. Le lieu est indiqué fortifié en 1235. Il s’est développé autour du château seigneurial implanté au sommet d’un éperon rocheux culminant à 295 mètres d’altitude. Son église dédiée à Saint-Nicolas est mentionnée en 1278 à l’occasion de l’hommage rendu par les habitants à leur seigneur, l’évêque de Vence, Guillaume de Sisteron. Il est possible que l’édifice soit à l’origine une église castrale avant de devenir l’église paroissiale au cours de l’Epoque moderne.

Gattières, vue aérienne zénithale du village (le nord est en bas du cliché). Gattières, vue aérienne zénithale du village (le nord est en bas du cliché). Vue du village de Gattières prise du nord. Vue du village de Gattières prise du nord.

Si aucun élément médiéval n’a pu être strictement identifié dans le bâti villageois, la morphologie concentrique et resserrée des îlots du village, ainsi que la faible superficie des parcelles des maisons, suggèrent une implantation ancienne à rapprocher de cette période. Le village est aménagé de manière à assurer une défense efficace en cas d’attaque extérieure : les rues principales sont parallèles aux courbes de niveau et accessibles par des ruelles étroites qui leurs sont perpendiculaires, dans des pentes très raides rattrapées par des escaliers ou des pas d’âne. Comme elles constituent des faiblesses défensives, elles sont aménagées en chicanes comme la rue de la Vieille Commune ou la Montée Féraud.

Rue Lou Calada couverte d'une maison (1833 B 76, 2025 B 131). Rue Lou Calada couverte d'une maison (1833 B 76, 2025 B 131).

Le village était entouré par plusieurs enceintes aujourd'hui disparues : au sommet, le château-fort était protégé par des tours dont deux bases subsistent côté ouest, puis par un enclos castral indiqué sur des cartes du 18e siècle. Celui-ci correspond à une partie de la place Grimaldi et aux parcelles adjacentes situées au même niveau et entourant le château (parcelles 150 à 155bis sur le cadastre napoléonien de 1833, section B). Lors d’une commission municipale tenue en mars 1827, le maire de la commune rappelle à ce propos « vous savez aussi que la place du château appartenait anciennement au seigneur et que cette place était entourée d’une muraille le long de laquelle il avait permis à plusieurs particuliers de s’appuyer et de construire des maisons […]1 ». Les parements de cette enceinte serait notamment visibles dans les caves de quelques-unes de ces maisons (2025 B 109)2.

En contrebas, il est possible qu’une ou plusieurs enceintes aient été construites à mesure de l’agrandissement du bourg, jusqu’à clore la totalité du promontoire tel qu’il est visible aujourd’hui. Il n’en subsiste pas de trace, si ce n’est l’alignement de maisons-blocs en hauteur qui forment une fortification de type maisons-remparts particulièrement remarquable à l’ouest. Les rues bordant ces bâtiments en conservent le souvenir : la rue des Ferrailles au sud (for = "en dehors de"), dont le toponyme atteste que ce secteur se situait au pied d’une enceinte fortifiée, ou la rue Soutrane à l’ouest qui signifie au-dessous de l’enceinte. D’après les témoignages oraux, une porte fortifiée existait encore à l’entrée du village, rue Torrin et Grassi au début du 20e siècle3, mais les archives n'en conservent pas la trace. Elle aurait été détruite pour permettre l’aménagement de la voirie.

Gattières, vue aérienne oblique prise du sud-ouest.Gattières, vue aérienne oblique prise du sud-ouest.

 II. Destructions et reconstructions entre 1390 et 1747

Au cours des quatre siècles durant lesquels le territoire de Gattières dépend du Comté de Savoie puis du Royaume Sarde, le village subit de nombreuses destructions qui expliquent le peu d’éléments anciens encore existants (voir le dossier de présentation de la commune : IA06004676). Deux épisodes particulièrement marquant, en 1556 et en 1747, détruisent le château et sans doute le reste du village. Le château est reconstruit une première fois après 15564. Les quelques éléments visibles actuellement doivent être attribués à ce chantier : les bases de deux tours d’angles et les murs d’enceinte à l’ouest et au nord. Il n’est en revanche pas reconstruit après l’épisode de 1747. Lorsqu’il est saisi à la Révolution, il est indiqué comme étant en ruine5.

Village de Gattières, vue aérienne prise du sud-ouest. Au centre, les vestiges du château seigneurial. Village de Gattières, vue aérienne prise du sud-ouest. Au centre, les vestiges du château seigneurial. Château, tour sud-ouest arrasée (1833 B 154, 2025 B 107). Château, tour sud-ouest arrasée (1833 B 154, 2025 B 107). Château, courtine nord (1833 B 154, 2025 B 105). Château, courtine nord (1833 B 154, 2025 B 105).

A l’image du château, le reste du village a été lourdement endommagé par ces épisodes de destruction répétés. Dans l’habitat villageois, seuls quelques éléments épars témoignent de constructions de cette période comme les chaînes d’angles massives de plusieurs maisons dans la partie ouest du bourg, à proximité de l’enceinte castrale (1833 B 58, 2025 B 126 ; 1833 B 106, 2025 B 65). Celles-ci pourraient dater de la fin du Moyen Age, lorsque les parties supérieures des maisons étaient construites en pans de bois avec des niveaux en encorbellement. On peut aussi signaler la présence d’un montant de croisée noyée dans la maçonnerie d’une maison (1833 B 89, 2025 B 82), élément que l’on fait remonter au plus tard au 17e siècle.

L’analyse de la trame urbaine révèle une singularité à l’est du village : quatre îlots rectilignes ont été construits selon un programme urbain vraisemblablement concerté, considérant l’homogénéité de l’ensemble. Ils s’étendent chacun du nord au sud sur 75 mètres de longs et en moyenne sur 9 mètres de large. Les rues qui les séparent sont plus larges que dans le reste du village avec une ampleur de 6 mètres en moyenne (contre 3 mètres pour les autres rues du village). Les parcelles, bien que très remaniées depuis, adoptent des emprises régulières, carrés ou rectangulaires, selon que les maisons étaient traversantes ou non. Ces îlots apparaissent sur le plan topographique du cours du Var levé en 1759, ce qui signifie qu’ils existaient déjà lors de l’épisode de 1747 (il parait en effet peu probable que l’ensemble ait été édifié en seulement 10 ans à une époque où le village était ruiné et la démographie particulièrement basse). Il est plus plausible que la construction de cet ensemble remonte aux 16e et 17e siècles, lorsque la démographie connait un essor important jusqu’à atteindre 800 habitants en 1666. Il est possible que la période de mise en chantier du château, après 1556, corresponde plus globalement à une mise en chantier de l’ensemble du village. La nécessité de loger la population à l’intérieur de l’enceinte en cette période trouble a pu justifier la réalisation d’un chantier d’ampleur.

Village de Gattières, îlots à l'est. Vue aérienne zénihale.Village de Gattières, îlots à l'est. Vue aérienne zénihale.Village de Gattières, îlots à l'est. Vue aérienne prise du sud. Village de Gattières, îlots à l'est. Vue aérienne prise du sud.

Les passages couverts

Le village compte de nombreux passages couverts dont l’existence atteste d’une période de forte densification de l'habitat à l’intérieur du bourg. Pour pallier l’insuffisance de place disponible et répondre aux besoins d’agrandissement des familles, 17 maisons, voire peut-être plus, ont été étendues au-dessus des espaces libres, sans en gêner l’accès, créant ainsi des passages couverts. Ces extensions ne sont pas le fruit d’un aménagement concerté mais répondent à un besoin ponctuel et récurent.

Rue de la Place, passage couvert d'une maison (1833 B 175, 2025 B 209). Vue d'ensemble prise du sud.Rue de la Place, passage couvert d'une maison (1833 B 175, 2025 B 209). Vue d'ensemble prise du sud.Village de Gattières, localisation des passages couverts. Village de Gattières, localisation des passages couverts.

On retrouve ces passages couverts dans toutes les parties du village où les rues sont suffisamment resserrées pour permettre leur installation. Le plus étroit couvre la rue des Fades dont la largeur est d’1,50 mètre, tandis que le plus large, rue des Pontis, atteint 3,70 m. Ces extensions de maisons peuvent être bâties au-dessus de rues plates sans déclivité, ou plus souvent au-dessus de petites ruelles traversant les îlots où la pente est importante et où le nombre de niveaux n’est alors pas le même selon que l’on soit dans la rue haute ou la rue basse (passage couvert de la rue Lou Calada par exemple). Par ailleurs, un cas de passage couvert menant à une impasse a été observé rue des Fades. Il s’agit d’un ancien passage condamné par la construction de bâtiments, illustrant une autre forme de densification urbaine.

Rue Lou Carrierou, passage couvert d'une maison (1833 B 221-223, 2025 B 241). Vue d'ensemble prise du sud. Rue Lou Carrierou, passage couvert d'une maison (1833 B 221-223, 2025 B 241). Vue d'ensemble prise du sud.

La longueur de ces passages couverts peut présenter d’importantes variations en fonction du nombre de maisons concernées : le plus petit s’étend sur 1,60 mètres rue des Fades, il constitue l’extension d’une seule maison (2025 B 126-127), le plus étendu s’observe rue des Etagère et forme un long tunnel de 35 mètres avec au moins sept maisons successives (2025 B 838, 252, 842, 256, 260, 261 et 263). La localisation de cette rue suggère ici un usage défensif de ce passage, inclus dans le dispositif des fortifications du village qui s’est adapté au gré de l’agrandissement du bourg. Elle se situe dans le prolongement de la rue Soutrane et suit l'axe de l'îlot de maisons-remparts qui forme la courtine sud de l'enceinte de l’agglomération6.

Passage couvert de maisons rue des étagères. Partie est, vue prise de l'est.Passage couvert de maisons rue des étagères. Partie est, vue prise de l'est.Passage couvert de maisons rue des étagères. Partie ouest, vue prise de l'est.Passage couvert de maisons rue des étagères. Partie ouest, vue prise de l'est.

Au vu de l’évolution démographique du village, il est probable que des passages couverts aient été édifiés dès la fin du Moyen Age, le bourg comptant déjà 740 habitant en 1315, puis tout au long de l’époque Moderne. Sur le plan du cadastre napoléonien levé en 1833, sept passages couverts sont figurés en pointillés, avec la même emprise que ceux observés aujourd’hui. Néanmoins, ces constructions n’étaient pas systématiquement dessinées sur ce plan car elles n’avaient pas d’emprise au sol et n'étaient de ce fait pas foncièrement imposables. Il est donc possible qu’elles existaient déjà toutes à cette date. Enfin, selon les témoignages oraux recueillis auprès de plusieurs personnes ayant grandi à Gattières au cours du 20e siècle, aucun bâtiment formant passage couvert n’aurait été construit depuis le début de ce siècle. 

III. Renouveau à compter de la deuxième moitié du 18e siècle

A partir de cette période, le territoire est cartographié, ce qui permet d’avoir une analyse plus fine de l’évolution du bâti en croisant l’étude du parcellaire et l’analyse du bâti ancien conservé. Le rattachement de Gattières à la France en 1760 marque la fin des épisodes destructeurs pour la commune et le début d’une mise en chantier globale du village, qui se calque sur son organisation ancienne. Les cartes du 18e siècle, levées avant et après cette date charnière pour l’histoire de la commune indiquent une continuité de la trame urbaine. Le repérage réalisé dans le village confirme cette tendance : les maisons repérées (un quart du corpus total) sont des constructions ou des reconstructions que l’on situe entre la deuxième moitié du 18e siècle et le premier tiers du 20e siècle, ce que confirment notamment les 28 dates portées sur des encadrements de portes, comprises entre 1760 et 1916 (voir le dossier collectif sur les maisons : IA06004674).

III.1. L’analyse des cartes du 18e siècle

Sur la carte de la Délimitation de Gattières, Carros et le Broc établie en 1726, puis sur le plan topographique du cours du Var levé en 1759, le château apparaît au centre du village avec ses quatre tours d’angles. Il est protégé par un enclos qui circonscrit une zone rectangulaire et relativement plane au centre du bourg. Sur le plan de 1759, l’enceinte fortifiée entourant le bourg apparait, ainsi que ses deux points d’accès qui demeurent les mêmes actuellement : au sud-ouest au croisement de la Descente des Moulins et de la rue Torrin et Grassi, au nord-est par la place des Ormeaux.

Carte de la Délimitation de Gattières, Carros et le Broc, 1726. [Détail du village de Gattières]. Carte de la Délimitation de Gattières, Carros et le Broc, 1726. [Détail du village de Gattières]. Plan topographique du cours du Var (entre Bonson et la mer). [Détail : Gattières, 1759]. Plan topographique du cours du Var (entre Bonson et la mer). [Détail : Gattières, 1759].

Sur la carte des frontières Est de la France levée entre 1764 et 1778, le village, représenté de manière plus schématique que sur le plan de 1759, apparaît globalement selon les mêmes dispositions si ce n’est que le château est désormais privé de ses tours orientales.

Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. [Détail de la feuille 194-8 : village de Gattières, 1764-1778].Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. [Détail de la feuille 194-8 : village de Gattières, 1764-1778].

III.2. Le cadastre napoléonien de 1833

Le cadastre napoléonien, levé en 1833 à Gattières, constitue le premier document en plan figurant de manière précise l’organisation urbaine du village. Son analyse confirme ce que suggéraient les plans plus schématiques du 18e siècle.

Plan de situation du village de Gattières d'après le cadastre de 1833 (section B). Plan de situation du village de Gattières d'après le cadastre de 1833 (section B).

Le bourg intra-muros se compose de 27 îlots de bâtiments mitoyens, d’ampleur et de morphologie varié. A l’ouest et au sud, 23 îlots hétérogènes se sont implantés de manière concentrique autour de l’ancien enclos castral, en suivant les courbes de niveau. Cette implantation aléatoire suppose des phases de constructions différentes à mesure de la densification du bourg au Moyen Age. Ces îlots sont entrecoupés d’étroites ruelles permettant de circuler dans le village. Deux petites places marquent la transition entre l’est et l’ouest du bourg : au sud du château et de l’église paroissiale, la Placette renommée place André Garbies en 1933 en souvenir de cet instituteur ayant marqué l'histoire locale. Au sud de celle-ci, la Place Publique, constitue le lieu de rencontre central du village où une fontaine monumentale est édifiée en 1822, affirmant ainsi son importance. Celle-ci est renommée place André Féraud en 1897 en souvenir de son maire ayant œuvré sur de nombreux chantiers d'importance pour la commune (désenclavement du territoire avec l'installation du chemin de fer et d'un réseau de voirie, endiguement de la rive droite du Var). A l’est, la trame urbaine tranche largement avec le reste du village par sa morphologie plus régulière composée de quatre îlots rectilignes et parallèles construits au cours de l’Epoque moderne sans doute d’après un programme urbain concerté (voir la partie II).  

Vue aérienne de la place André Garbiès.Vue aérienne de la place André Garbiès.10471 – GATTIERES – La Placette.10471 – GATTIERES – La Placette.Place Désiré Féraud, vue prise du nord.Place Désiré Féraud, vue prise du nord.

L’état des sections du cadastre rend compte du mode de vie rural du village à cette époque, ce que confirme l’analyse du bâti. La zone anciennement occupée par le château et son enclos est presque dépourvue de toute construction. Cet ensemble, vendu aux Biens Nationaux en 1791, a été racheté par des habitants qui l’ont converti en espace agricole : terrains labourables et vignes jouxtent quelques bâtiments d’exploitation. Le château est divisé en trois parcelles : une "masure" qui correspond sans doute aux ruines du château (1833 B 149bis), un entrepôt agricole (1833 B 151) et une cour dont l’emprise s’étend sur les deux tours occidentales arrasées (1833 B 154). Un entrepôt agricole est accolé à l’est de cet ensemble (1833 B 151, voir le dossier IA06004704). Plus à l’est, une ferme est alors en cours de construction (1833 B 150, 2025 B 97) avec son aire de battage (1833 B 150bis, 2025 B 98). Une seconde ferme est adossée à la précédente quelques années plus tard (2025 B 774).

Village de Gattières, biens communaux depuis le 19e siècle.Village de Gattières, biens communaux depuis le 19e siècle.

Dans le village, un quart des maisons sont indiquées comme « maison rurale » en 1833 ce qui suppose un usage partiellement voire exclusivement agricole de ces bâtiments à cette époque. Celles-ci sont d’ailleurs imposées comme les « écuries et greniers » ce qui suppose une fonction similaire (voir le dossier collectif sur les maisons : IA06004674). L’analyse du bâti confirme cette tendance avec des parties agricoles présentent dans presque toutes les maisons.

La commune possède peu de biens dans le village : une maison séparée en quatre appartements (1833 B 140, 2025 B 199), dont l’un est utilisé comme "maison communale" et les trois autres comme école de garçons ; le presbytère réparti sur deux bâtiments (1833 B 147, 2025 B 194 ; 1833 B 143, 2025 B 196) ; le cimetière en face de l’église (1833 B 69, 2025 B 662) ; une maison sur la place publique accueillant quatre pressoirs communaux et l’école des filles à l’étage (1833 B 133, 2025 B 189) ; une maison accueillant le four à pain communal (1833 B 59, 2025 B 115) ; un lavoir public (1833 B 376, 2025 B 340) ; une partie de maison servant d’hospice (1833 B 301 ; 2025 B 838) ; une aire de battage communale (1833 B 377, 2025 B 334 à 339).

On note l’existence de deux fours privés intégrés dans des maisons d’habitation (1833 B 126, 2025 B 182 ; 1833 B 237, 2025 B 321). Les édicules liés à l'eau ont été installés peu de temps avant la levée du cadastre pour permettre aux habitants d'avoir accès à l'eau potable dans le village. En 1822, une canalisation amenant l’eau dans le cœur du village a été construite et a permis d'installer la fontaine monumentale sur la place publique la même année (voir le dossier fontaine : IA06004579). En 1825, cette canalisation a été prolongée jusqu'à la place du Puy pour évacuer le surplus de la fontaine vers les jardins, mais aussi pour construire un lavoir (voir le dossier thématique « aménagements hydrauliques de Gattières » : IA06004595). En 1827, les progrès en matière d'hygiène conduisent également la municipalité à faire déplacer le cimetière, jusque-là situé en face de l’église paroissiale, en dehors du village, au lieu-dit des Ferraillons à environ 300 mètres au sud-ouest du village.  

Fontaine monumentale, place Désiré Féraud.Fontaine monumentale, place Désiré Féraud.

Au abords immédiat du village, peu de constructions sont relevées sur le cadastre napoléonien. Les terrains sont réservés à des fonctions agricoles. On note la présence d’une vingtaine de parcelles indiquées comme jardins arrosables en contrebas du bourg. Ces jardins étaient alimentés par le trop-plein de l’eau des fontaines dévié par des canaux d’irrigation (voir le dossier sur les aménagements hydrauliques de Gattières : IA06004595). En complément, des bassins sont installés dans certains de ces jardins. Ceux-ci ont été aménagés sur une vingtaine de terrasses successives soutenues par des murs en pierre sèche.

Village de Gattières et ses jardins en terrasses. Vue aérienne prise du sud-est.Village de Gattières et ses jardins en terrasses. Vue aérienne prise du sud-est.

 IV.  Evolution du village depuis la levée du cadastre napoléonien en 1833

Plan de situation du village de Gattières d'après le cadastre de 2025 (section B). Plan de situation du village de Gattières d'après le cadastre de 2025 (section B).

La trame urbaine de Gattières a très peu évolué depuis l’établissement du cadastre napoléonien en 1833. Quelques constructions ont colonisé le peu d’espace libre restant : certaines maisons ont été construites dans les îlots le permettant (1833 B 228, 265 et 266 par exemple), au sein de l’ancien enclos castral et sur l’ancienne aire de battage publique.

Village de Gattières. Evolution du bâti et aménagements hydrauliques. Village de Gattières. Evolution du bâti et aménagements hydrauliques.

Au début du 20e siècle, la commune modernise progressivement ses installations dans le village : à l’est, la place du Puy est réaménagée et étendue en 1905 et peut ainsi accueillir de nouveau bâtiments, comme le four à pain en 1924, qui remplace le four communal de la rue du Four (1833 B 59, 2024 B 115), relocalisé en raison de son état de délabrement et de son emplacement jugé dangereux, dans un bâtiment exclusivement dédié à cet usage (1833 B 376, 2025 B 340), mais aussi le lavoir en 1930 (2025 B 341, voir le dossier : IA06004578).

Gattières. Four à pain. Profil du terrain et façade sur pignon.Gattières. Four à pain. Profil du terrain et façade sur pignon.Gattières. Four à pain. Coupe AB et Plan sous-sol (four).Gattières. Four à pain. Coupe AB et Plan sous-sol (four).Gattières. Four à pain. Coupe CD et Plan de l’étage (magasins). Gattières. Four à pain. Coupe CD et Plan de l’étage (magasins).

D’autres infrastructures sont déplacées et aménagées à l’extérieur du bourg où l’espace disponible est moins restreint : le cimetière est déplacé en 1827 au lieu-dit des Feraillons, une mairie-école est construite en 1883 le long de l’axe principal menant au village (l’actuelle rue Torrin et Grassi). Celle-ci, initialement composée de deux classes, est agrandie en 1927 avec une salle de classe supplémentaire, un bureau de poste et des bains-douches. Une place publique est aménagée à proximité de la mairie-école en 1894.

Gattières [vue de la mairie avant son agrandissement en 1932].Gattières [vue de la mairie avant son agrandissement en 1932]. Commune de Gattières (A.M.). Projet d’agrandissement d’une nouvelle classe, bureau de poste et bains-douches. Façade principale. Commune de Gattières (A.M.). Projet d’agrandissement d’une nouvelle classe, bureau de poste et bains-douches. Façade principale.

Le centre villageois se déplace ainsi extra-muros et cet espace se densifie progressivement, en attestent le cadastre et les cartes postales de cette époque. Le développement de la voirie et la nécessité d’accéder au cœur du village en voiture conduit à la création d’un nouveau chemin carrossable contournant le village par le nord depuis la mairie en 1904. Cette route permet d’arriver directement à la Montée du Château.

GATTIERES (A.-M.) – Vue générale côté nord.GATTIERES (A.-M.) – Vue générale côté nord.211 – GATTIERES (Alpes-Maritimes). – Vue générale [au début du 20e siècle].211 – GATTIERES (Alpes-Maritimes). – Vue générale [au début du 20e siècle].

1Faraut page 93.2Témoignage de Félicie Audibert, habitante de Gattières.3Témoignage de Félicie Audibert, habitante de Gattières.4Une remise de taille est accordée à la communauté par le roi Henri II pendant 10 ans afin de permettre ces travaux.5La maison construite à l’emplacement du château est le fruit d’une campagne de travaux de la seconde moitié du 19e siècle.6En l’absence de sources écrites sur le sujet, seule une étude de l’intérieur des habitations permettrait d’étayer cette hypothèse, ce qui n’a pas été possible lors de l’inventaire sur le terrain.

Le village de Gattières s'est développé au cours du Moyen Age sur un éperon rocheux autour d'un château seigneurial et d'une église. Le castrum est mentionné au début du 13e siècle. Le lieu est indiqué fortifié en 1235. Son église dédiée à Saint-Nicolas est mentionnée en 1278. Au cours des quatre siècles durant lesquels le territoire de Gattières dépend du Comté de Savoie puis du Royaume Sarde (entre 1388 et 1760), le village subit de nombreuses destructions qui expliquent le peu d’éléments anciens encore existants. A l'ouest, le village conserve globalement son organisation et son parcellaire hérités de l'Epoque médiévale, tandis qu'à l'est, un programme urbain sans doute concerté a conduit à la création de quatre îlots au cours de l'Epoque Moderne. Le bâti ancien actuellement visible est à replacer entre la deuxième moitié du 18e siècle et le premier tiers du 20e siècle, ce que confirment les dates portées relevées sur les encadrements de portes comprises entre 1760 et 1916. Au 19e siècle, la commune se dote de plusieurs infrastructures publiques. La route principale menant au village est progressivement urbanisée de bâtiments publics comme la mairie-école, une place publique et une fontaine, tandis que des hôtels de voyageurs, des restaurants et des maisons aux proportions imposantes s'installent le long de cet axe.

  • Période(s)
    • Principale : Moyen Age
    • Principale : Temps modernes
    • Principale : Epoque contemporaine

Le village de Gattières est structuré autour d'un château et d'une église installés sur un promontoire situé à 295 mètres d'altitude. Les maisons se sont implantées autour et en contrebas de celui-ci, principalement à l'ouest, au sud et à l'est. Le bourg était protégé par une enceinte aujourd'hui disparue mais qui englobait la totalité de l'actuel village comme l'attestent les plans levés au 18e siècle et l'alignement de maisons-rempart, particulièrement visible côté ouest. Les rues sont parallèles aux courbes de niveau et accessibles par des ruelles étroites et pentues, souvent aménagées en chicanes pour en faciliter la défense.

Le village compte 27 îlots de bâtiments mitoyens, d’ampleur et de morphologie variées. A l’ouest et au sud, 23 îlots hétérogènes se sont implantés de manière concentrique autour de l’ancien enclos castral, tandis qu'à l’est, la trame urbaine se distingue du reste du village par sa morphologie plus régulière composée de quatre îlots rectilignes et parallèles construits sans doute d’après un programme urbain concerté. Cette urbanisation dense ne laisse que peu de place aux espaces libres, eux-mêmes souvent surmontés par des parties d'habitations, en attestent les 17 passages couverts recensés dans le village. Seules deux petites places au sud du château constituent des lieux de rencontres villageoises.

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Sites de protection
    site inscrit

Documents d'archives

  • 1. Homme des habitants de Gattières à Guillaume de Sisteron évêque de Vence (20 novembre 1278). Copie exécutée par Jacques de Guigues, notaire à Vence de 1665 à 1693. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : G 1531.

    Mention de l’église paroissiale dédiée à Saint-Nicolas à l’occasion de l’hommage des habitants de Gattières à l’évêque de Vence.
  • Lettre patente du roi Henri II affranchissant la municipalité de toutes tailles pendant dix ans suite aux grandes dépenses faites pour les réparations du château (1556). Archives départementales des Alpes-Maritimes : E-Dépôt 5 1 AA 1.

  • Biens communaux. Acquisitions, aliénations, cessions, échanges, partages (An XIII – 1937). Archives départementales des Alpes-Maritimes : 2 O 465.

  • Dénomination de places, 1897-1933. Archives départementales des Alpes-Maritimes : 3 O 241.

    Place André Garbiès et Désiré Féraud.
  • Place publique : construction de la place aux abords du village (plan), 1826-1894. Archives départementales des Alpes-Maritimes : 3 O 241.

  • Four à pain. – Réparations (1831-1875) ; construction (1922-1926, 1938). Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice :  2 O 462.

  • Ecole. Réparation (1834-1851). Mairie, école. Construction (1879-1892) ; réparations (1900-1933), 1 plan (1899), 5 plans (1927). 1834- 1933. Archives départementales des Alpes-Maritimes : 2 O 460.

  • Mairie, école, bureau de poste et bains-douches. Agrandissement de l’école, construction du bureau de poste et bains-douches (1932-1941), 16 plans (1932). 1825-1941. Archives départementales des Alpes-Maritimes : 2 O 461.

  • Cimetières. Etat des lieu (An XII) ; construction, translation, agrandissement (1827-1940), 3 plans, agrandissements (1906-1937) ; concessions de terrains (1909-1939), 1 plan (1907). Archives départementales des Alpes-Maritimes : 2 O 462.

Bibliographie

  • FARAUD, Jean. Les Gattiérois et leur espace. Recueil d’articles réalisé avec le concours de la médiathèque Marie Toesca et du service patrimoine de Gattières, 2020.

    p. 93 : aspects du village
  • GALLEANIE, Sylvie (dir.). Passeurs de mémoire. Patrimoine des Alpes-Maritimes : coteaux provençaux du Var. Département des Alpes-Maritimes : Nice, 2015

    p. 70 : l'église Saint-Nicolas de Gattières

Documents figurés

  • Délimitation de Gattières, Carros et le Broc, 1726. / Dessin à l’encre sur papier. Auteur inconnu, 1726. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 1 FI 118 (tiré de NI MAZZO 38).

  • Plan topographique du cours du Var (entre Bonson et la mer). / Dessin à l’encre sur papier dressé sur les lieux par Antoine Durieu et Joseph Cantu, ingénieurs topographes du roi de Sardaigne, sur instructions de l’intendant Joanini, le 19 février 1759. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 1 FI 1424. 

  • Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 192 à 197.

    Détail de la feuille 192 : village de Gattières.
  • Plan cadastral de la commune de Gattières, 1833. / Dessin à l’encre sur papier, par Monsieur Granet et Monsieur Léandre Fouque, géomètres du cadastre, 1833. Echelle de 1 à 1250. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 25 FI 64/1/A0-A1/COM-1/A2-1/B-C1/COM-C2/COM-D/COM-DD/COM.

    Section B.
  • Gattières. Four à pain. Profil du terrain et façade sur pignon. / Dessin aquarellé par B. Bruy, 15 décembre 1924. Echelle 1/100e. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 7M 343.

  • Gattières. Four à pain. Coupe AB et Plan sous-sol (four). / Dessin aquarellé par B. Bruy, 15 décembre 1924. Echelle 1/50e. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 7M 343.

  • Gattières. Four à pain. Coupe CD et Plan de l’étage (magasins). / Dessin aquarellé par B. Bruy, 15 décembre 1924. Echelle 1/50e. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 7M 343.

  • Commune de Gattières (A.M.). Projet d’agrandissement d’une nouvelle classe, bureau de poste et bains-douches. Façade principale. / Dessin aquarellé par l’architecte J. Huilié, novembre 1932. Archives départementales des Alpes-Maritimes : 2 O 461.

  • Gattières, [vue de la mairie avant son agrandissement en 1932]. / Carte postale en noir et blanc, avant 1932. Edition Louis Glaser, Leipzig : Paris. Collection particulière

  • Entrée du Village de GATTIERES (A.-M.) / Carte postale en noir et blanc, premier quart du 20e siècle. Photo Monferrino : Nice. Collection particulière.

    Cette photo a été prise avant l’agrandissement de la mairie-école en 1927.
  • GATTIERES (A.-M.) – Vue générale côté nord. / Carte postale en noir et blanc, première moitié du 20e siècle. Photo Monferrino : Nice. Collection particulière.

    Photo prise après l’aménagement de la route menant au village en 1904.
  • 211 – GATTIERES (Alpes-Maritimes). – Vue générale. / Carte postale en noir et blanc, éditée avant 1913. Edition Neurdein Frères, imp. Crété, Succ : Paris-Corbeil. Collection particulière.

Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2025
(c) SIVOM Pays de Vence
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Vidal Julie
Vidal Julie

Chargée de mission inventaire du patrimoine culturel du Pays de Vence (06) depuis mars 2021.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.