Chargée de mission inventaire du patrimoine culturel du Pays de Vence (06) depuis mars 2021.
- inventaire topographique
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- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
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Précisions
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Aires d'étudesPays de Vence
I. L’usage de l’eau sur le territoire gattiérois : une gestion historique concertée
I.1. Fin du Moyen Age et Epoque moderne
La commune de Gattières est alimentée en eau par plusieurs sources et en tire d’importants avantages au moins depuis la fin du Moyen Age. Plusieurs accords entre le seigneur de Gattières et la communauté ont été conclus en 1483, 1503 et 1516 avant de déboucher sur une sentence arbitrale signée le 25 avril 1518 à Nice devant un notaire. Cet acte énonce que les sources sont la propriété partagée de la commune et du seigneur de Gattières. L’eau des sources est réservée aux moulins en hiver et peut être utilisée par la communauté en été, du 15 mai au 15 octobre, pour l’arrosage. La source de Saint-Martin fait exception puisqu’elle est dédiée à la consommation des habitants, à condition d’être acheminée au village à frais payé, ainsi qu’à l’alimentation de deux abreuvoirs pour les bestiaux. Il est interdit de détourner les eaux des canaux. Cette décision constitue le socle juridique concernant l’usage de l’eau à Gattières pour les siècles suivants. Elle est à ce titre régulièrement confirmée1 et invoquée en cas de litiges2. Un « conducteur des eaux » est chargé de faire respecter ce règlement, au moins depuis 16503. Il veille à ce que l’eau soit conduite à tour de rôle sur les terrains moyennant une redevance de la part des arrosants en fonction du nombre d’heure d’utilisation de celle-ci. L’économie rurale de la commune reposant exclusivement sur l’exploitation des terres, on comprend aisément que l’alimentation en eau des parcelles agricoles revêtait un intérêt capital pour ses habitants. Des canaux d’irrigations ont ainsi été installés sur une grande partie du territoire pour dériver l’eau des sources, puis étendus et modernisés au cours du temps.
Au 18e siècle, plusieurs cartes rendent compte des aménagements hydrauliques sur le territoire : en 1726, le canal du moulin à farine est figuré sur une carte délimitant les frontières du Comté de Nice ; en 1759, le réseau hydraulique est détaillé sur le plan topographique du cours du Var dressé par les ingénieurs du roi de Sardaigne, puis sur la carte des frontières Est de la France levée par les ingénieurs militaires entre 1764 et 1778 ; enfin quelques canaux sont dessinés sur la carte de Cassini levée en 1780. Les noms des principaux cours d’eau et canaux, ainsi que des édicules qu’ils desservent sont parfois indiqués : le canal du Carroubier, le vallon de la Fontette, la font d’Airard ou Deirant, les fontaines de Saint-Martin, la fontaine de la Font et celle de la Gorgue, les moulins, etc.
Délimitation de Gattières, Carros et le Broc, 1726. [Détail du territoire de Gattières figurant le moulin à farine et son réservoir en amont].
Plan topographique du cours du Var (entre Bonson et la mer). [Détail : Gattières, 1759].
Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. [Détail de la feuille 194-8 : village de Gattières, 1764-1778].
Carte de France dite carte de Cassini [n° 168, feuille 147, 1780 : Gattières].
Ce réseau ne dessert cependant pas tout le territoire. Pour pallier à l’insuffisance en eau de certains quartiers, les habitants ont aménagé sur leurs terrains des réservoirs récupérant l’eau de pluie (par exemple : 2023 B 1216). Dans le village, certaines maisons auraient été équipées de citernes pour l’alimentation en eau des foyers4. L’étude n’a cependant pas permis de les identifier.
Quartier des Vignes. Réservoir (2023 B 1216).
I.2. Epoque contemporaine
Attestée au milieu du 18e siècle, et peut-être existante depuis le Moyen Age, une fontaine existait déjà à l'extérieur du bourg, à une centaine de mètres à l’ouest. A partir de 1822, un canal couvert permet d'acheminer l'eau jusqu'au cœur de l'agglomération pour y créer une fontaine plus proche de l'habitat. Cette mesure témoigne du progrès dont bénéficie la commune à compter du 19e siècle, sans doute favorisé par l'amélioration du système administratif à cette époque (réglementation plus stricte des usages, subventions de l'Etat).
Fontaine et lavoir peuvent alors être construits intra-muros, permettant aux habitants de disposer d’une eau propre à proximité. La surverse de la fontaine est dirigée vers les jardins situés en périphérie du bourg. D’autres aménagements sont effectués tout au long du siècle sur le reste du territoire : construction d’un lavoir au quartier de la Fontaine en 1807, captage de sources et extension des canaux d’irrigation (le Pré, la Font d'Eyrard, la Ferraille), installation de bornes-fontaines, etc.
Une importante documentation relative à l’usage des canaux d’irrigation permet de rendre compte de la difficulté qu’avait la commune à gérer l’utilisation de l’eau entre les différents usagers du réseau. Une série de règlements a ainsi été mise en place afin de limiter les nombreux litiges et abus. Le premier est adopté en 1856, puis modifié en 1878, en 1896, enfin en 1922 et 1923. Il est par exemple prévu que seules les parcelles portées au cadastre napoléonien de 1833 comme « arrosables » peuvent bénéficier de l’eau des canaux. Dans l’état des sections, on trouve en effet régulièrement les dénominations de « labour arrosable », « oliviers arrosables », « orangers arrosables », « vignes arrosables » et « jardins arrosables ». Cette distinction était précisée car l’imposition était en moyenne deux fois plus élevée pour les parcelles irriguées, ce qui augmentait considérablement leur valeur. A titre d’exemple, les parcelles d’oliviers étaient imposées 40 francs pour 1 hectare, tandis que celles indiquées comme « oliviers arrosables » étaient imposées 85 francs pour 1 hectare. En plus de ces règlements, des syndicats d’arrosants se sont parfois constitués pour protéger leurs intérêts. C’est notamment le cas de l’association syndicale entre les usagers des eaux de la source de la Fontaine, constituée en 1886.
En parallèle, un autre chantier majeur voit le jour dans la seconde moitié du 19e siècle, il concerne l’endiguement de la rive droite du Var qui borde l’est de la commune sur 23 kilomètres. Ce projet a été mené en plusieurs phases entre 1871 et 1922 (endiguement, colmatage) et a permis de conquérir 90 hectares de terres sur le lit du fleuve.
Au 20e siècle, les progrès se poursuivent : en 1924, l’eau courante arrive à domicile dans le village par abonnement payant. En 1933, une grande partie des canaux d’arrosage, jusque-là souvent constitués de simples rigoles en terre battue ou plus rarement en terre cuite ou en pierres calcaires, sont reconstruits en ciment pour éviter les déperditions d’eau et mieux gérer leur débit. A compter de cette époque, des bassins d’arrosages en béton récupérant les eaux de pluie sont également installés partout sur le territoire et permettent d’alimenter en eau les parcelles jusque-là non irriguées par les canaux.
Plan général des canaux d’irrigation de la commune de Gattières, 1931
Les quartiers des Côtes et des Sausses, au sud-ouest du village sont alimentés en eau seulement à partir de 1935, grâce à la création d’une conduite forcée sur le canal de la Gravière. Celui-ci provient du canal du Vegay dans l’Esteron. Il reliait jusque-là Bouyon à Saint-Jeannet en passant à 600 mètres d’altitude sur le territoire de Gattières. Depuis la fin du 20e siècle, l’eau est pompée dans le Var et complète cette installation.
II. Les aménagements hydrauliques au fil des sources
Quatre sources ponctuent le territoire d’est en ouest et alimentent ses différents quartiers. Leurs débits sont sujet à de grandes variations et subissent, surtout en été, des étiages très sévères que les sécheresses répétées aggravent au cour du temps. Elles rejoignent le fleuve Var à l'est, qui marque la limite orientale du territoire. Ce cours d'eau constitue aussi une source d’approvisionnement majeur en eau pour la commune même si son exploitation demeure relativement récente.
II.1. Les sources de Saint-Martin et du Pré
Ces deux sources sont captées au nord du village et se rejoignent sur le canal Saint-Martin acheminant l’eau jusqu’au bourg (voir le plan général des canaux d'irrigation de la commune). Il dessert tous les édicules construits intra-muros et ceux à proximité immédiate. La source de Saint-Martin flue à environ 1,5 kilomètres au nord-ouest du bourg, à 465 mètres d’altitude (soit 279 mètres plus haut que le village). Celle du Pré, se situe à environ 500 mètres à l’ouest du village. Au 18e siècle, le canal s’arrêtait à 137 mètres au nord du bourg et alimentait la fontaine de la Gorgue. Celle-ci apparaît sur le plan topographique du cours du Var dressé en 1759.
II.1.1. Les installations hydrauliques dans le centre ancien
Village de Gattières. Evolution du bâti et aménagements hydrauliques.
En 1820, la source de Saint-Martin « dont l’eau est reconnue être la meilleure et la plus limpide » est acheminée jusqu’au cœur du village grâce à la construction d’une canalisation en terre cuite alimentant une fontaine publique monumentale, installée au centre de la place Désiré Féraud à cette occasion (référence du dossier : IA06004579). Une deuxième fontaine plus modeste mais munie de deux abreuvoirs complète cette installation depuis 1915 (référence du dossier : IA06004580).
Fontaine monumentale place Désiré Féraud. Vue d'ensemble prise du nord.
Fontaine-abreuvoir place Désiré Féraud. Vue d'ensemble prise du sud.
La surverse des fontaines est utilisée pour l’arrosage des jardins potagers et autrefois des terrains de vignes, situés en contrebas du bourg, grâce à l’aménagement de canaux dédiés. On les trouve le long des rues et des chemins piétons.
Village. Canal d'irrigation le long de l'impasse des Jardins.
Ces canaux ont aussi permis de construire un lavoir intra-muros en 1825, évitant aux lavandières d'avoir à se rendre systématiquement au quartier de la Fontaine pour les lessives. Ce lavoir est détruit au début du 20e siècle, puis reconstruit en 1930 à la demande des habitants (référence du dossier : IA06004578).
Lavoir du Puy (2024 B 341). Vue d'ensemble prise du sud.
Dans le village, on trouvait également quatre bornes-fontaines en fonte : rue de l’Ancien Four, rue du Château, rue de la Place et rue des Ormeaux. Elles ont été installées en 1907, à l’époque où l’intégralité des canalisations ont été refaites en fonte, puis supprimées à la fin du 20e siècle car elles gênaient la voirie.
Un moulin figuré sur le cadastre napoléonien de 1833 se situait à proximité des canaux d’irrigation, sous la place du Puy. On ne peut cependant par affirmer qu’il avait un fonctionnement hydraulique au vu de l'absence de vestiges subsistants (moulin à sang ?).
II.1.2. Les installations hydrauliques à proximité du bourg
A l’extérieur du village, les canaux d'irrigation provenant de la fontaine public se poursuivent jusqu'au vallon de l'Entrouos au sud et alimentent en eau de nombreux jardins potagers. Ces canaux sont en ciment, couverts ou non.
Village. Canal d'irrigation le long du chemin rural du Puy.
Quartier des Ferailles. Canal d'irrigation le long de la Descente des Moulins.
Village. Canal d'irrigation le long de la rue des Ferrailles.
A l’est du bourg, pour palier l'important dénivelé, plusieurs galeries ont été aménagées sous les terrasses des jardins, perpendiculairement au sens de la pente. L’intérieur des conduits est enduit afin de les rendre étanche. L’eau sort au niveau d’une ouverture aménagée dans les murs de soutènement en pierre sèche et rejoint un canal qui longe le chemin jusqu’au vallon de l’Entrouos.
Quartier des Ferailles. Canal d'irrigation le long du chemin rural du Puy.
Quartier des Ferailles. Entrée du canal couvert le long du chemin rural du Puy.
A l'ouest du village, le canal Saint-Martin a été étendu pour alimenter en eau d’autres édicules au fur et à mesure du temps. En 1895, la source du Pré, dont le branchement sur le canal était hors d’usage, y est de nouveau raccordée avec une canalisation en fonte. Plus bas, une fontaine-abreuvoir portant le nom de cette source est installée au rond-point marquant l’entrée du village (référence du dossier : IA06004581). En 1927, le canal est prolongé jusqu’au quartier des Serres, situé à environ 300 mètres au sud du bourg, qui s’est récemment développé à la suite de la construction de la route nationale reliant Carros à Vence, et qui nécessite d’être desservi en eau potable.
Borne fontaine du Pré, rue Torrin et Grassi. Vue prise de l'est.
II.2. La source de la Fontaine
Le quartier de la Fontaine, situé à environ 400 mètres au sud-est du village, a toujours été une source majeure d’approvisionnement en eau pour les habitants, tant pour leur consommation, pour l’arrosage des parcelles cultivées que pour le fonctionnement des cinq moulins qui en dépendent. Autrefois, le chemin qui permettait de rejoindre Nice depuis Gattières passait devant la fontaine dite de la Font, indiquée sur toutes les cartes du 18e siècle, ce qui témoigne de son importance.
Cette source a deux points d’émergence. Celui au niveau supérieur alimente un lavoir public construit en 1807 (référence du dossier : IA06004572) et arrose un périmètre de 6 à 7 hectares comprenant des jardins potagers. Celui au niveau inférieur permet d’irriguer environ 25 hectares de terrain via le canal de Fuonluegno qui se dirige vers le sud, et celui de l’Abéou qui va vers l’est (référence du dossier : IA06004586). Ce dernier assure également l’alimentation en eau des moulins. Le canal de l’Abéou tire son nom du verbe provençal abéourar qui signifie abreuver, mener à l’abreuvoir, arroser, celui de Fuonluegno désigne une fontaine dans une zone humide.
Plan des sources de la Fontaine et des canaux d’irrigation aux abords, 1931.
Point d'émergence supérieur de la source de la Fontaine.
Lavoir de la Fontaine (2024 D 395). Vue d'ensemble prise de l'est.
Quartier des Moulins. Canal d'irrigation le long du chemin des Moulins.
Les moulins hydrauliques
Cinq moulins hydrauliques sont desservis par les canaux déviant l’eau de la source de la Fontaine. Ceux-ci sont régulièrement mentionnés dans les archives et certains existaient probablement déjà avant le 16e siècle puisque la sentence arbitrale de 1518 concerne en partie leur alimentation en eau.
Ils sont installés entre le quartier de la Fontaine et celui des Moulins à l’extrémité orientale de la commune. Le premier, appelé moulin de la Font ou moulin de la Fontaine (1833 D (d) 650 bis), se situe à 75 mètres au sud-est de l’émergence de la source. Il s’agit d’un moulin à huile privé encore en activité il y a une soixantaine d’années, puis réhabilité en maison5.
Les autres se situent plus loin, à l’est de la source de la Fontaine, le long du chemin des Moulins. Deux moulins communaux ont été installés à environ 200 mètres de l’émergence de la source de la Fontaine pour la fabrication de l’huile d’olive. Le plus haut (1833 D 726) apparaît dans les archives sous différentes appellations, parfois « Pressa » ou « Piessa » sur le plan du cours du Var de 1759, plus tard, le moulin du Cairanq. Il est reconstruit en 1808 comme le confirme les sources et la date portée sur la clé de l’arc de l’entrée du bâtiment.
Moulin dit du Cairanq (2024 D 2509) et canal d'irrigation de l'Abéou. Vue d'ensemble prise du nord.
Moulin dit du Cairanq (2024 D 2509). Porte du moulin, détail de l'inscription partielle sur la clé de l'arc : 1808 / C.S.L.M. / DE
De l’autre côté du chemin, en contrebas à l'est, le moulin de l’Abéou (1833 C2 1476) a donné son nom au canal qui l’alimente et au lieu-dit où il se situe. C’est peut-être celui-ci qui était utilisé pour la ressence. Ces deux moulins ont été transformés en bâtiments d’habitation.
Quartier de la Béou. Canal d'irrigation le long du chemin des Moulins Supérieur.
Quartier de la Béou. Canal d'irrigation le long d'une parcelle cultivée (2024 C 1193).
Enfin, les deux moulins les plus bas se situent au quartier des Moulins à environ 500 mètres de la source de la Fontaine. Sur le plan topographique du Var, ils sont appelés moulins de la Serre. Le premier était réservé à la fabrication de la farine (1833 C2 1508), le second à celle de l’huile d’olive (1833 C2 1509). Ils sont aujourd’hui dans un état de ruine très avancé.
Quartier des Moulins. Moulin à farine (2024 C 1151), vue de volume prise du sud.
Quartier des Moulins. Moulin à huile en ruine (2024 C 1151). Vue d'ensemble prise du sud-est.
Quartier des Moulins. Bassins de décantation à l'est des moulins (2024 C 1151).
Ils étaient activés par l'eau d'un canal de dérivation, le canal du Moulin, alimenté par plusieurs sources, dont celle de la Fontaine, celle du Caroubier et par l’eau du vallon de l’Entrouos. Une martelière et un batardeau permettaient de réguler l’alimentation en eau de ce canal. Celui-ci desservait un grand réservoir de 780 mètres carrés, figuré sur les cartes de 1726 et 1759, puis en 1833 sur le cadastre napoléonien. Ce bassin permettait de stocker l’eau pour assurer un débit et une chute d'eau régulière à même de garantir une production artisanale continue.
Quartier des Moulins. Canal d'irrigation du moulin.
Quartier des Moulins. Batardeau permettant de dévier l'eau du vallon de l'Entrouos vers le canal du moulin.
Ces moulins hydrauliques étaient majoritairement équipés de roue verticale à augets. Seul le moulin à farine avait une roue horizontale actionnée grâce à la mise en pression de l’eau dans une cuve de charge située en amont.
II.3. Les sources de Font d’Eyrard, du Caroubier et de la Fontette
Les sources de la Font d’Eyrard et du Caroubier émergent en plusieurs points dans une zone dont l’altitude varie entre 240 et 305 mètres. Elles se rejoignent rapidement à environ un kilomètre au nord du village entre la route nationale de Gattières à Carros et la route de Gattières à la Manda. Le périmètre d’irrigation de ces sources est d’environ 50 hectares. Le canal du Caroubier est le plus long du territoire communal, atteignant 2 080 mètres de longueur. Il rejoint la source de la Fontette qui jaillie à environ 400 mètres au nord-est du village, à 125 mètres d’altitude. Le canal poursuit son chemin jusqu’au vallon de l’Entrouos où il rencontre celui de l’Abéou. Leurs eaux réunies alimentaient les deux moulins les plus à l'est du territoire (1833 C2 1508 et 1509). Le canal du Caroubier irriguait autrefois les terres agricoles de toute la partie nord et est de la commune, à l’époque plantées de vignes, d’oliviers, d’arbres fruitiers, puis de fleurs. Certains tronçons sont bâtis en pierres calcaires comme aux quartiers des Condamines et des Conques.
Quartier des Siouraires. Canal d'irrigation le long du chemin de la Halte.
Quartier des Conques. Canal d'irrigation le long du chemin des Condamines en pierres calcaires.
II.4. Aménagements sur le fleuve Var
Avant d’être franchi par des ponts, ce fleuve a pendant longtemps été traversé au gué situé à proximité de la chapelle Notre-Dame-du-Var, passage qui explique peut-être l’origine du nom de la commune. Ce fleuve a toujours eu une importance stratégique et constituait une frontière naturelle avec Nice, particulièrement entre 1388 et 1860 où il constituait la frontière administrative entre le Comté de Nice et la Provence, puis la France. En raison des crues et des inondations fréquentes, les rives du Var n’étaient pas occupées. A partir de la seconde moitié du 18e siècle, les sardes décident d’exploiter cette basse vallée au haut potentiel agricole. La construction d’une digue en rive gauche est initiée à compter de 17626, puis poursuivie et améliorée en 1845. Cet aménagement est figuré sur la carte des frontières Est de la France levée par les ingénieurs militaires entre 1764 et 1778. Pour la rive droite, ce n'est qu'à compter du 19e siècle que le projet est évoqué, mais malgré des demandes répétées des communes limitrophes (La Gaude, Saint-Jeannet et Gattières notamment), l’Etat refuse de financer la construction d’une digue.
Cependant, l'endiguement de la rive gauche modifie le cours naturel du fleuve et repousse ses eaux de crue vers l'ouest, augmentant encore davantage les risques d'inondation et d'érosion de la rive droite et rendant plus impérieux le besoin d’y établir une digue. Le 18 mai 1861, un éboulement au niveau de la chapelle Notre-Dame-du-Var incite quelques gattiérois à se mobiliser pour mettre en place ce projet par leurs propres moyens. C’est ainsi qu’est créée une association syndicale regroupant les 57 propriétaires riverains du fleuve en 1871. L’endiguement du tronçon du fleuve limitrophe à la commune de Gattières a permis de récupérer 90 hectares de terres sur le lit majeur du fleuve. Les travaux ont tout de même été financés aux deux-tiers par l’Etat, le reste par les propriétaires. Ils sont terminés en 1911. Il fallut ensuite procéder au colmatage pour permettre le dépôt d’alluvions fertiles sur ces terrains qui eut lieu entre 1913 et 1922, date à laquelle ils sont mis en culture. Cela a permis de créer des conditions exceptionnelles pour cultiver les sols, encore largement exploités aujourd’hui. Maraichages, pépinières et vergers s’y sont développés depuis cette époque.
Plus tard, dans la seconde moitié du 20e siècle, une station de pompage installée dans le Var a complété le réseau d’adduction d’eau potable de la commune. La nappe phréatique associée au fleuve Var alimente aujourd’hui plus du quart du département des Alpes-Maritimes en eau.
Vue de situation du fleuve du Var prise du nord-ouest.
Les aménagements hydrauliques de la commune de Gattières sont mentionnés dans les archives depuis le 15e siècle, notamment les canaux. Le 19e siècle voit se développer la création des fontaines et des lavoirs. Le réseau d'eau potable se met progressivement en place dans la première moitié du 20e siècle, rendant partiellement obsolète les anciens aménagements qui sont peu à peu abandonnés.
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Période(s)
- Principale : Fin du Moyen Age, Temps modernes, Epoque contemporaine
Les aménagements hydrauliques de la commune de Gattières sont encore biens visibles sur le territoire. Cela concerne un important réseau de canaux d'irrigation qui se déploie presque dans chaque quartier, de nombreux édicules alimentant les habitants en eau (réservoirs, fontaines, lavoirs) mais aussi des moulins hydrauliques.
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Plan général des canaux d’irrigation de la commune de Gattières, 1931. / Dessin à l’encre sur papier, par Emile Thillet, ingénieur du génie rural, 10 juillet 1931. Echelle 1/ 2500. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 7 M 513.
Documents d'archives
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Moulin à huile. Achat, construction, réparations : délibérations, instructions, correspondance, devis estimatifs (1791-1848). Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : E-Dépôt 5 57 3M 1.
Reconstruction du moulin communal en 1808. -
Adjudication de propriétés communales : moulins à huile (1824-1840). Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : E-Dépôt 5 60 4N 3.
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Adduction d’eau. Fontaines, canaux, conduites, lavoirs (1820-1931), 2 plans, établissement d’un canal d’irrigation et d’une conduite d’eau potable (1878), 2 plans, réparations aux lavoirs (1886, 1895) ; arrosage, distribution à domicile : adjudication, réglementation (1868-1938). Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 2 O 464.
Construction d’un canal amenant l’eau au village en 1822 ; la délibération du 17 mai 1922 rappelle la sentence arbitrale de 1518 ; rapport de la commission des eaux d’irrigation du 20 aout 1925 ; réfection des canaux d’arrosage depuis les sources de Fondairard, la Fontette et la Fontaine ; détails des règlements. -
Etat des sections du cadastre napoléonien de la commune de Gattières, 1834. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 3 P 556.
Précision des parcelles arrosables. -
Adduction d'eau. Quartier Saint-Martin, Sources Josserand et Guizol (1865-1868), 1 plan (1868) ; Acquisition des sources, périmètre de protection, captage et canalisation (1887-1936), 15 plans (1887, 1914, 1923, 1926, 1933). Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 2 O 463.
Sources de Saint-Martin et du Pré. -
Réglementation des eaux et fonctionnement des syndicats des arrosants (1886-1909). Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 7M 512.
Constitution du syndicat d’arrosants des usagers de la source de la Fontaine ; description des sources de la commune. -
Adduction d'eau. Quartier des Serres (1925-1928), 2 plans, canalisation de la source du Pré (1925), 1 plan, extension des canalisations (1930), 3 plans, construction d'un réservoir et de canalisations (1934-1935). An XI-1935. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 2 O 462.
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Réserve plan des canaux ; aménagement de la rive droite du Var. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 7M 513.
Colmatage des terrains conquis sur le lit du Var, mémoire.
Bibliographie
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Henri Ceccarelli. La Basse Vallée du Var. Travaux d’endiguement et de colmatage. Recherches régionales, Département des Alpes-Maritimes, Nice, n°1, 1962.
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FARAUD, Jean. Les Gattiérois et leur espace. Recueil d’articles réalisé avec le concours de la médiathèque Marie Toesca et du service patrimoine de Gattières, 2020.
P. 55, 77. -
Jean-Robert Daumas. Les sources, l’irrigation et son évolution. Bulletin municipal de Gattières, 2008, p. 19.
Documents figurés
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Délimitation de Gattières, Carros et le Broc, 1726. / Dessin à l’encre sur papier. Auteur inconnu, 1726. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 1 FI 118 (tiré de NI MAZZO 38).
Le moulin à farine, son réservoir et son canal sont figurés. -
Plan topographique du cours du Var (entre Bonson et la mer). / Dessin à l’encre sur papier dressé sur les lieux par Antoine Durieu et Joseph Cantu, ingénieurs topographes du roi de Sardaigne, sur instructions de l’intendant Joanini, le 19 février 1759. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 1 FI 1424.
Pièce n°6 : Gattières. -
Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 192 à 197.
Détail de la feuille 192 : village de Gattières. -
Carte de France dite Carte de Cassini. / Dessin à l'encre, carte géographique en 182 feuilles au 1/86 400e par César-François Cassini de Thury, commencé en 1756, terminée en 1815 par Jean-Dominique Cassini. Bibliothèque nationale de France, Paris.
Feuille n°169, 1780 : Gattières. -
Plan cadastral de la commune de Gattières, 1833. / Dessin à l’encre sur papier, par Monsieur Granet et Monsieur Léandre Fouque, géomètres du cadastre, 1833. Echelle de 1 à 1250. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 25 FI 64/1/A0-A1/COM-1/A2-1/B-C1/COM-C2/COM-D/COM-DD/COM.
Tableau d'assemblage. -
Plan des sources de la Fontaine et des canaux d’irrigation aux abords, 1931. / Dessin à l’encre sur papier, par Emile Thillet, ingénieur du génie rural, 10 juillet 1931. Echelle 1/ 1250. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 7 M 513.
Chargée de mission inventaire du patrimoine culturel du Pays de Vence (06) depuis mars 2021.
Chargée de mission inventaire du patrimoine culturel du Pays de Vence (06) depuis mars 2021.