Dossier d’œuvre architecture IA13001291 | Réalisé par ; ;
Gontier Claudie
Gontier Claudie

Ingénieur d'étude-chercheur au service régional de l'Inventaire général de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 1974 à 2015.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
  • inventaire topographique
quartier de l'Estaque-Eglise ou de l'Estaque-Plage
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Grand Projet de Ville, l'Estaque-les Riaux
  • Commune Marseille 16e arrondissement
  • Lieu-dit quartier de l' Estaque-Eglise ou de l'Estaque-Plage
  • Adresse rue dite Plage de l'Estaque , boulevard Roger-Chieusse , traverse Port-de-Bouc , chemin de la Nerthe
  • Cadastre 1978 Estaque K, L
  • Dénominations
    quartier
  • Appellations
    quartier de l'Estaque-Eglise, quartier de l'Estaque-Plage
  • Parties constituantes non étudiées
    tuilerie

Le quartier de l'Estaque-Plage illustre plusieurs phénomènes de la construction urbaine de l'Estaque : l'adaptation à un relief contraignant, un processus de densification sur un espace réduit en bord de mer, suivi d'une expansion sur des espaces encore vierges en déprise agricole, puis la promotion immobilière sur des friches industrielles.

Topographie

Le quartier de l'Estaque Plage est situé à cheval sur les deux sections cadastrales K et L. A l'est s'étend le quartier de la fontaine des Tuiles, à l'ouest, celui de la Falaise.

Il est délimité:

- à l'est par le boulevard Chieusse qui suit le tracé du ruisseau du Marinier,

- au nord par le chemin de la Nerthe,

- au sud par le bord de mer,

- à l'ouest par la traverse Mistral.

Il occupe un terrain très accidenté s'élevant brutalement du sud au nord depuis la petite frange littorale surplombée par le plateau de l'église. Au nord de l'église la pente se poursuit jusqu'à la corniche du chemin de la Nerthe. D'est en ouest, le relief s'élève depuis le lit du ruisseau du Marinier (actuel boulevard Chieusse) jusqu'à l'église puis redescend en pente plus douce jusqu'à la traverse Mistral.

Vue aérienne du quartier de l'église prise du sud en direction du nord ; au premier plan le port et la section du chemin du Littoral dite Plage de l'Estaque (RN 568b), à l'arrière-plan la voie ferrée et le viaduc du Marinier. Le quartier est délimité à gauche par la traverse Mistral longeant le jardin de la villa Mistral et à droite par le boulevard Roger-Chieusse.Vue aérienne du quartier de l'église prise du sud en direction du nord ; au premier plan le port et la section du chemin du Littoral dite Plage de l'Estaque (RN 568b), à l'arrière-plan la voie ferrée et le viaduc du Marinier. Le quartier est délimité à gauche par la traverse Mistral longeant le jardin de la villa Mistral et à droite par le boulevard Roger-Chieusse.

Historique

En 1819 le quartier, agricole comme l'ensemble de l'Estaque, est cependant celui où se concentrent quelques habitations organisées en hameau au bord de la mer. Le toponyme du cadastre « quartier de l'Estaque » révèle que c'est bien ce hameau qui a donné son nom à l'ensemble de l'actuel secteur urbain. Le hameau est inaccessible par le bord de mer (le chemin du Littoral ne sera aménagé qu'au 20e siècle), La seule voie de circulation est alors le chemin de la Nerthe, dont le tracé n'a pratiquement pas changé. Il surplombe les coteaux en corniche et quelques sentiers s'embranchant sur lui descendent vers la mer, selon une structure viaire encore présente dans de nombreux endroits du littoral de l'agglomération marseillaise (Côte Bleue notamment).

Un premier chemin suit le fond du vallon du Marinier et dessert les maisons du bord de mer. Un autre chemin d'exploitation agricole s'embranche du chemin de la Nerthe et donne accès aux parcelles cultivées. Son tracé sera conservé par la rue de la Convention et une partie de la traverse Port-de-Bouc.

La plus grande partie des terres est occupée par des vignes, notamment:

- au-dessus du hameau sur trois grandes parcelles en terrasses appartenant aux familles Maunier et Tamisier,

- sur le flanc du vallon du Marinier, sur trois parcelles importantes appartenant aux familles Maunier et Saccoman.

Trois importantes parcelles sont consacrées aux pâtures, signalant la présence de troupeaux. Une petite zone de labour en plein hameau était probablement utilisée pour les cultures maraîchères à usage domestique. On peut aussi noter la ferme Maunier-Saccoman pourvue d'une grande aire à battre à l'est du plateau de l'église.

A l'exception des petites habitations de pêcheurs-paysans, le hameau compte trois édifices remarquables:

- une vaste bâtisse en bord de mer à l'extrémité ouest du secteur, appelée Domaine de la Madrague, propriété du roi, dont la source cadastrale ne donne pas la fonction exacte,

- la caserne des douanes, accolée à un îlot de maisons particulières, qui subsiste encore aujourd'hui,

- la tuilerie Tamisier, non loin de l'embouchure du Marinier, la seule des 27 tuileries existantes en 1819 à être située au hameau de l'Estaque.

Le processus d'urbanisation

180 ans plus tard, le quartier de l'église est un véritable secteur urbain, doté d'un tissu viaire fin et serré.

L'urbanisation s'est effectuée selon deux mouvements: une série de reconstructions in situ, sur les bâtiments existant déjà en 1819 et une série de constructions nouvelles, sur des sols agricoles ou incultes.

Commencée dès 1820, la densification du quartier connaît un pic dans les années 1871-1910 et décroît de manière significative ensuite, fautes d'espaces à bâtir.

De 1820 à 1870, constructions et reconstructions se concentrent dans l'espace de l'ancien hameau en bord de mer, Après 1870, l'urbanisation s'étend aux espaces agricoles en terrasses en arrière du hameau primitif.

L'édification de l'église en 1851, sur le plateau dominant la plage, constitue un point de structuration spatiale, avec la création d'un parvis et d'espace de circulation desservant l'édifice et les îlots d'habitation constitués peu après aux abords sur les anciens terrains agricoles (lotissements de l'impasse de l'Epargne, de la place Malleterre, de la rue Jumelles). Vue aérienne prise du sud vers le nord, dans l'axe de l'église. Au premier plan, le port et la zone commerçante de la Plage de l'Estaque. A droite, le boulevard Roger-Chieusse.Vue aérienne prise du sud vers le nord, dans l'axe de l'église. Au premier plan, le port et la zone commerçante de la Plage de l'Estaque. A droite, le boulevard Roger-Chieusse.

Le mouvement de reconstruction se prolonge jusqu'aux années 1890 et devient négligeable par la suite.

L'urbanisation gagne alors progressivement les terrasses de vigne et s'intensifie vers 1885-1895 dans le nord du secteur.

Cependant un lotissement important se fait encore dans les années 1890-1900 en bord de mer (actuelle rue Emile Doria).

Après 1911, peu de constructions, ponctuelles: le mouvement d'urbanisation s'est déplacé dans d'autres quartiers.

L'urbanisation des terrains limitrophes du hameau primitif s'est souvent faite par des opérations de lotissement. Essentiellement situées au nord et à l'est du centre ancien, les zones de lotissement se distinguent par un tracé plus régulier, aligné sur les anciennes parcelles agricoles et desservies par une véritable voirie (rues Druilhe, Jumelles, Mallot..).

Le 1er lotissement, celui de la courée des Oursins, date des années 1843-1850, Il s'est implanté à proximité immédiate des maisons du hameau, en partie sur la friche de la tuilerie Tamisier et a contribué à fixer le tracé sud de l'ancien chemin d'exploitation agricole, devenu chemin de l'église, puis traverse Port de Bouc (voir dossier courée des Oursins).

Les lotissements se répartissent en 2 types:

- rue Druilhe, impasse des Oursins, place Malleterre, haut du boulevard Chieusse : chacun de ces îlots a été construit par un propriétaire unique qui a ainsi réalisé un investissement locatif,

- rue Jumelles, impasse de l'Epargne, rue Mallot, rue de la Convention, rue Emile Doria: de grandes parcelles ont été loties et vendues à différents propriétaires. Les constructions sont individuelles.

Comme bien souvent à l'Estaque, ces opérations immobilières sont venu rentabiliser des terrains occupés par des friches de tuileries. En effet, plusieurs tuileries se sont implantées dans le secteur après 1820. Progressivement abandonnées et détruites, elles ont été remplacées par des maisons. Le nom des tuiliers de l'époque a été conservé dans la toponymie des rues: rue Druilhe, rue Tamisier (nom de l'actuelle rue Emile Doria jusqu'en 1946), rue Fabre. Voir supra.

Durant tout le XIXe siècle, le quartier de l'église abrite une forte population de pêcheurs. En 1882, les familles de pêcheurs sont, après les tuiliers, le groupe professionnel qui possède le plus de maisons sur l'ensemble du quartier de l'Estaque-Les Riaux; plus de la moitié de celles-ci sont situées dans le quartier de l'église. La toponymie en a gardé la trace: rue de la Rascasse, du Rouget, de la Lucrèce, passage du Fielas, impasse des Oursins. La rue Druilhe s'appelait autrefois rue des Pêcheurs. Les seuls bâtiments à usage professionnel ont d'ailleurs été construits dans le quartier: la prud'homie en 1899 et, en 1924, une halle de vente au poisson, édifiée chemin du Littoral par la société coopérative des patrons pêcheurs.

Cette forte implantation remonte à l'Ancien Régime et doit être mise en relation avec la présence signalée sur le cadastre de 1819 de la madrague de l'Estaque. La madrague proprement dite semble avoir disparu avant 1853, alors que le bâtiment dit "Domaine de la Madrague", propriété du roi, n'a été démoli qu'en 1884 (voir dossier hôtel de voyageurs Mistral).

L'autre activité économique du quartier est liée aux loisirs et à la restauration. Au milieu du XIXe siècle, des restaurants et des cafés s'implantent en bord de mer, parfois sous forme de « chalets », c'est-à-dire de bâtiments en planches. En 1904, Emile Gandiol, entrepreneur de bains de mer, construit un « établissement de bains», sans doute une grande cabine en bois.

En 1912, le secteur compte onze propriétaires professionnels de la restauration. Par la suite, les commerces et les bars se multiplient et ont perduré jusqu'à nos jours, faisant du quartier la zone nodale (du moins du point de vue économique) du secteur urbain.

L'urbanisme

Les voies principales ne traversent pas le quartier, mais le contournent, du fait du relief contraignant: boulevard Chieusse, chemin de la Nerthe. La traverse Mistral est une voie secondaire, impraticable en voiture sur sa portion centrale.

Les deux voies carrossables qui assurent la traversée du quartier dans le sens sud-nord sont la traverse Port-de-Bouc et la rue de la Convention. Aucune voie ne permet cette circulation dans le sens est-ouest. En effet les rues Druilhe, Jumelles et Mallot buttent sur le plateau de l'église.

Malgré la densité du bâti, la topographie en terrasses successives parallèles à la mer, héritage agricole, se lit encore très nettement dans le paysage urbain, surtout dans la partie ouest, de la rue Mallot à la rue Druilhe. Dans ce secteur, les îlots bâtis occupent l'emplacement des anciennes cultures de vigne qui ont déterminé leur implantation.

Au nord-est, en haut du boulevard Chieusse et traverse Véray, l'ancien parcellaire agricole et la présence du ruisseau du Marinier ont orienté une implantation perpendiculaire à la côte. Dans la partie basse, les îlots le plus souvent perpendiculaires au littoral conservent la structure villageoise de l'ancien hameau, organisé autour de la rue Martial Reynaud. Le tracé de cette rue, anciennement rue de la Plage, correspond à l'ancien rivage. Sur sa rive nord, les immeubles et maisons actuels occupent les fonds du bâti de 1819. Sa rive sud, qui constitue une partie de la façade littorale majoritairement occupées par les commerces, a été construite entre 1870 et 1910.

En arrière de la rue Martial Reynaud, le hameau primitif se lit encore dans la structure viaire, constitué de petites venelles sud-nord en cul-de-sac buttant contre le plateau de l'église. Le bâti actuel y a conservé des modules anciens, de type une porte/une fenêtre, à faible hauteur de bâti. Dans les matrices, ces maisons sont souvent appelées cabanons.

Vue prise depuis la terrasse de la place de l'église (place Malleterre) : les toits du hameau, les frondaisons des platanes bordant la Plage et la mer.Vue prise depuis la terrasse de la place de l'église (place Malleterre) : les toits du hameau, les frondaisons des platanes bordant la Plage et la mer.

Les contraintes du relief pèsent donc lourdement dans la topographie du quartier de la Plage, qui en dépit de son nom, s'étend essentiellement sur une vaste butte où le relief peut être par endroit relativement escarpé: nombre de voies et de venelles comportent une section en escalier ou se terminent en impasse buttant contre des murs de soutènement. Ces caractères ont également marqué l'architecture, et les édifices à étages de soubassement sont fréquents.

Malgré l'implantation centrale de l'église et la forte activité commerciale, aucune réalisation d'urbanisme public n'a contribué à modeler le quartier, à l'exception de l'aménagement de la place Malleterre (voir dossier).

Toutes les opérations de lotissement, ici comme ailleurs à l'Estaque, sont dues à des initiatives privées.

Les tuileries

L'enquête a révélé qu'en dépit de la topographie particulière et de la densification du bâti assez précoce, le quartier de la Plage a tout de même connu une certaine activité tuilière. En 1819, le cadastre ne mentionne que la tuilerie Tamisier, en bord de mer. A partir de 1840, cinq autres tuileries sont construites, sur de grandes parcelles agricoles dont la surface ne permet pas de pointer l'emplacement précis de ces édifices. Seule la tuilerie Icard, construite en 1840 et démolie en 1902, connaît une durée d'exploitation supérieure à 20 ans. Après sa démolition, l'activité tuilière quitte définitivement le quartier pour continuer dans les secteurs de la gare et de la Fontaine des Tuiles.

En 1819, l'actuel quartier est identifié sur le plan cadastral comme quartier de l'Estaque. Il se compose d'un petit hameau de pêcheurs paysans implanté en bord de mer et environné de grands espaces en terrasses plantés essentiellement de vignes avec quelques cultures vivrières et des pâturages. On note aussi la présence d'une grosse ferme en retrait sur le plateau où sera construite l'église. Les accès au hameau se font par des chemins vicinaux qui s'embranchent sur le grand chemin de la Nerthe, en corniche à mi-coteau. Hormis les habitations, trois édifices sont à remarquer : le bâtiment de la Madrague (démoli en 1884), la caserne de douaniers (Référence IA13001143) et la tuilerie Tamisier (démolie en 1880).

L'urbanisation se fait tout d'abord par densification du hameau primitif, de 1820 à 1870, puis s'étend aux anciens espaces agricoles, jusqu'au premier quart du 20e siècle. L'église est construite en 1851 sur la butte dominant la plage et constitue un point de structuration spatiale. Cette urbanisation procède par opérations de lotissements privés, souvent alignés sur les anciennes parcelles agricoles. Certaines opérations rentabilisent les friches de quelques tuileries implantées de 1840 à 1874 et dont la dernière est démolie en 1902 ; la toponymie des voies en garde le souvenir. Les lotissements sont de deux types : investissement locatif réalisé par un propriétaire unique ou parcellisation suivies de constructions individuelles.

Le quartier conserve longtemps une activité économique liée à la pêche, symbolisée par les noms de plusieurs rues et par la construction de deux bâtiments liés à cette activité : un atelier de teinture des filets de pêches, construit en 1899 (Référence IA13000884) et une halle de vente au poisson, édifiée dans un îlot du littoral en 1924 (disparue, remplacée par un immeuble avec commerce). L'autre activité dominante, depuis le milieu du 19e siècle, est liée aux loisirs et à la restauration. Dès cette période, des restaurants et des cafés s'implantent en bord de mer, parfois sous forme de bâtiments en planches. A l'emplacement du bâtiment de la Madrague, un hôtel de voyageurs, couplé à un restaurant, est construit en 1893. Plusieurs cabines de bains sont installées dans les premières années du 20e siècle. Par la suite, commerces et restaurants se multiplient et font aujourd'hui du quartier de l'Estaque-Plage le centre vivant du secteur.

Le quartier est délimité au nord par le chemin de la Nerthe, à l'est par le boulevard Roger-Chieusse qui suit le vallon du ruisseau du Marinier (busé), au sud par le bord de mer dit Plage de l'Estaque et à l'ouest par la traverse Mistral. Les contraintes du relief pèsent sur la topographie du quartier : le dénivelé du plateau de l'église s'élève brutalement à quelques mètres du bord de mer, puis la pente se poursuit jusqu'à la corniche du chemin de la Nerthe. Le réseau viaire interne au quartier est constitué de petites ruelles en cul-de-sac ou en escaliers, à l'exception de la traverse Port-de-Bouc prolongée de la rue de la Convention qui permet une traversée carrossable nord-sud en contournant le plateau de l'église. L'implantation du bâti épouse le relief : terrasses successives parallèles à la mer dans la partie ouest à l'emplacement d'anciennes terrasses de culture, îlots perpendiculaires à la côte dans la partie nord-est, îlots perpendiculaires au bord de mer dans la partie basse conservant l'ancienne structure du hameau primitif. Au centre du quartier, le plateau de l'église distribue plusieurs voies desservant des lotissements : impasse de l'Epargne, rues Jumelles et Mallot.

  • Statut de la propriété
    propriété publique
    propriété privée