Dossier IA83003110 | Réalisé par
poste d'observation : poste photo électrique du Cap Sicié
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  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Var
  • Commune La Seyne-sur-Mer
  • Lieu-dit Cap Sicié
  • Dénominations
    poste d'observation
  • Précision dénomination
    poste photo électrique

HISTORIQUE ET TYPOLOGIE GENERALE

Le contexte stratégique fin XIXe siècle

Le 28 novembre 1876, la commission de révision de l'armement du littoral rendait un rapport actualisant un programme de 1873 et planifiant la réorganisation générale de la défense du port et de la rade de Toulon. Approuvé le 4 avril 1877,1 ce nouveau plan de défense prévoit l’abandon de six à huit batteries, l’adaptation de cinq à six et la création ex nihilo de neuf à dix autres, dont, pour la défense de la presqu'île de Saint-Mandrier, les batteries fermées de Cépet et du Gros Bau, et, au-dessus, les batteries ouvertes de la Croix des Signaux et du Lazaret. Ce dispositif couvrant la mer au large de la presqu'île et de l'isthme des Sablettes est complété, au sud-ouest, par la batterie de Peyras (déjà proposée en 1873), la plus haute en altitude, entre les Sablettes et le Cap Sicié. Le programme comportait non seulement des batteries de bombardement, placées en altitude, pour le tir plongeant courbe sur les ponts des navires, mais aussi des batteries de rupture, pour le tir tendu bas battant l’accès des passes et des rades contre les coques des navires, ces deux catégories adaptées aux canons de gros calibre. Le dispositif était complété par des batteries de canons moyen calibre et de mortiers (gros calibre à tir vertical parabolique), pour l’action plus rapprochée. Ce programme fut mis en œuvre à partir de l’année 1878, en phase avec la construction de forts détachés distants assurant, selon les principes de Séré de Rivières, la défense terrestre de la place forte de Toulon2.

Dans l'ordre chronologique de réalisation des ouvrages neufs, les premières construites furent les batteries de bombardement de la Croix des Signaux, au point culminant de la presqu’île de Saint-Mandrier, à l’est de l’anse des Sablettes et de Peyras, à l’ouest de la même anse, plus haute en altitude. Bâtie d'un seul jet en 1878 et 1879, à grands frais, cette batterie coûta trois fois le prix de celle de la Croix des Signaux3. Un plan de projet de 1878 indique les directions de tir de Peyras : l'aile gauche, faisant face à l'est, y est prévue pour huit pièces tirant en direction de la plage des Sablettes, du fort Saint-Elme et de la pointe Marégau, soit le secteur sud-ouest de la presqu'île de Saint-Mandrier. L'aile droite, plus courte, face au sud-est, conçue pour quatre pièces de 19cm, couvrait les abords du rocher des deux Frères (au large de la pointe du Jonquet), de la pointe et du sémaphore de Sicié.

Les vaisseaux des années 1880 étant affranchis des caprices du vent, des attaques étaient susceptibles d’être conduites de nuit. Pour s’en prémunir, la marine créa un réseau de postes de projecteurs, destinés à débusquer les navires susceptibles de telles tentatives. Il s'agit de postes photo électriques, autrement nommés par le sigle PPE, répartis le long des côtes, aux approches de la grande rade et à proximité des plages susceptibles de débarquement ennemi. L’anse des Sablettes retenait l’attention à deux titres. Des vaisseaux stationnant sur ce plan d’eau pourraient bombarder l’arsenal de Toulon, distant de moins de 6 000 mètres, sans avoir à se risquer en grande rade. Un corps d’armée pourrait aussi débarquer sur l’isthme en vue de mener une action terrestre pour occuper la presqu’île de Saint-Mandrier et contrôler ainsi les mouvements sur la rade. En plus des batteries, la défense du front de mer avait développé dès la fin du XIXe siècle un autre moyen d’action fixe, des lignes de torpilles immergées, soit des mines dont la mise de feu électrique est dirigée et commandée depuis la terre. Les postes d’observation optique et de commande électrique avaient aussi cette fonction.

Le 30 octobre 1887 le ministre de la Marine prescrivait l’étude de création d’un réseau de postes photo électriques autour de l’anse des Sablettes. Il s’agissait d’en établir à Fabrégas et à Marégau, ainsi qu’un abri à piles électriques à la pointe de Saint Elme4. Ces postes photo-électriques étaient conçus pour des projecteurs de 0,90 m de diamètre. Un navire intrus saisi par le faisceau lumineux pouvait être suivi par le projecteur pour permettre le réglage du tir des batteries voisines.

En 1888, les Domaines remettaient les anciennes batteries de Fabrégas et Maregau à la Marine pour y faire aménager les équipements des postes photo électriques. Opérationnels avant 1898, ces deux feux chercheurs étaient coordonnés l'un avec l'autre au service des batteries de côte voisines de la dernière génération, batteries de bombardement de Cépet (1879-1881) et du Gros Bau (1882-1883). Les directions de tir de l'aile gauche de la batterie de Peyras étaient également éclairés, plus lointainement, par ces postes photo électriques. En 1904 et en 1906, les anciennes batteries de Mord'huy et du Puits (alias les Roseaux), toujours dans la presqu'île de Saint Mandrier, furent aussi réutilisées pour un poste photo-électrique. D’autres PPE furent établis sur la même côte, soit plus à l’est (Cap Brun, 1905-1907), soit plus à l’ouest (La Cride, 1911), toujours sur l’emplacement d’anciennes batteries de côte basses.

La construction du PPE au Cap Sicié

La construction ex nihilo -et non sur le site d'une ancienne batterie- du poste photo-électrique du Cap Sicié est mal documentée en termes de datation, les plans de projet conservés en archives n'étant pas datés. 5

Profil en long [Coupe du projet du poste photo-électrique du Cap Sicié]. vers 1899.Profil en long [Coupe du projet du poste photo-électrique du Cap Sicié]. vers 1899..

On peut cependant proposer une mise en place vers 1899-1900. En effet, en 1899 la batterie de Peyras était complétée à 300m de distance à vol d'oiseau au sud-ouest, par une batterie annexe de trois plates-formes de tir doubles. Cette batterie annexe de 6 pièces de 95mm sur affûts de côte, portait de 4 à 10 le nombre de pièces de Peyras assurant des directions de tir de batterie vers les abords du Cap Sicié et des Trois Frères. En plus de ces deux batteries de bombardement, le secteur du cap Sicié était également dans les directions des tirs, venant le l'ouest/nord-est, de la batterie de rupture de Saint-Elme, proche de la plage des Sablettes, réorganisée en 1892 et armée en 1898 de trois pièces de 24 cm de 9500 mètres de portée et de sept pièces de 75 mm modèle 1873.

L’éclairage de l’ensemble de ces directions de tir de batteries justifiait pleinement, à cette période la mise en place d’un poste photo électrique sur le cap Sicié, en dépit de l’absence d’équipement défensif préexistant et de la difficulté d’accès et d’aménagement du site.

L’implantation du projecteur fut choisie en fonction de l’altitude moyenne adaptée à sa fonction, peu élevée au dessus du niveau de la mer (21m) sur la pointe du Cap Sicié proprement dite, prolongement d’une arête rocheuse abrupte portant très en amont le sémaphore du Cap Sicié, de construction beaucoup plus ancienne. Jusque sur la pointe, l’arête rocheuse offre, surtout du côté est, une haute paroi verticale très contraignante pour la mise en place de l’abri du projecteur mais qui a permis d’établir à l’abri des vues du large un quai et une longue rampe-escalier permettant d’accéder au poste ou d’en partir aussi par la mer, ce qui n’était pas le cas des autres PPE établis sur d’anciennes batteries de côte. Faute de bâtiment antérieur réutilisable sur le site, le programme d’aménagement du poste du cap Sicié comportait, en plus de la construction de l’abri du projecteur, soit abri ou poste de combat et abri de jour reliés par une galerie souterraine, celle du poste de commande, et surtout celle de bâtiments de service en l’occurrence l’abri de la machine (moteur à vapeur alimentant le génératrice d'électricité, avec pompe de refroidissement) associé à un réservoir à pétrole et à une citerne d’eau de mer, le tout masqué par le relief naturel du côté de l’ouest en léger contrebas du poste de commande, enfin, un peu plus haut sur le site, mais légèrement encaissé dans le terrain par déroctage, le casernement du personnel affecté au PPE, comportant en principe un dortoir, une cuisine, une chambre d'officier.

Plan d'ensemble [Plan général du projet du poste photo-électrique du Cap Sicié]. vers 1899.Plan d'ensemble [Plan général du projet du poste photo-électrique du Cap Sicié]. vers 1899.

Le programme de défense de 1898 prescrivait d'activer les chaudières de production d’énergie électrique des PPE chaque soir, le projecteur étant prêt à être mis en route dès que nécessaire. Remisé dans son abri de jour jusqu'à la nuit, il n'était démasqué qu'après la « nuit close », afin de ne pouvoir être repéré sur la côte depuis la mer.

Poste de combat. Elévation, coupe longitudinale, coupe transversale, plan. [Plan de détail du projet de l'abri de combat du poste photo-électrique du Cap Sicié]. vers 1899.Poste de combat. Elévation, coupe longitudinale, coupe transversale, plan. [Plan de détail du projet de l'abri de combat du poste photo-électrique du Cap Sicié]. vers 1899.

L’abri de combat, accessible par un souterrain caverne desservi par un puits avec monte-charge et le poste de commande furent projetés et réalisés en maçonnerie traditionnelle avec un masque ou visière de couvrement en tôle, ce type de mise en œuvre étant remplacé par le béton armé dans les PPE construits après 1905. Leurs croquis d'exécution ont été conservés en archives.[Coupe de détail du projet du souterrain du projecteur du poste photo-électrique du Cap Sicié]. vers 1899.[Coupe de détail du projet du souterrain du projecteur du poste photo-électrique du Cap Sicié]. vers 1899. [Coupe de détail du projet du souterrain du projecteur du poste photo-électrique du Cap Sicié]. vers 1899.[Coupe de détail du projet du souterrain du projecteur du poste photo-électrique du Cap Sicié]. vers 1899.

Vers 1910 (?), le bâtiment du casernement fut remanié pour y intégrer un nouveau poste des machines associé à une citerne, cette information ressortant d'une retouche apportée à un plan d'ensemble du projet du PPE. Par comparaison, un remaniement du même ordre fut apporté au PPE de Marégau entre 1909 et 1912.

A une date mal définie, pendant la première guerre mondiale ou dans l'entre-deux guerres, une batterie de semonce sommaire fut aménagée très au-dessus du PPE, au pied du sémaphore du Cap Sicié, armée de deux canons de 95 Mle sur affût C 1904 G.

Le poste photo électrique a été mis hors d'usage et ruiné par les allemands pendant la seconde guerre mondiale, à l'occasion de bombardements qui ont aussi détruit le sémaphore.

DESCRIPTION

Site et implantation générale

Le poste photo électrique du cap Sicié échelonne ses bâtiments et infrastructures du nord au sud sur l'arête rocheuse en isthme de la pointe du cap, découpée en falaise verticale vers l'est, le point haut (poste de commande) étant à la cote d'altitude 50,90m et le point bas (abri du projecteur) à 21,50m. Plus en retrait à l'arrière (au nord), l'ancien casernement est niché dans une réservation du roc à la cote 49 m.

Ensemble du site et des ruines du poste photo électrique, vue plongeante depuis le nord.Ensemble du site et des ruines du poste photo électrique, vue plongeante depuis le nord. Le site est accessible depuis l'est par le sentier du littoral depuis la route départementale 2816 (dite Corniche merveilleuse ou Corniche varoise, crée en 1962), à partir de l'aire de stationnement d'où part le chemin d'accès actuel montant à la batterie de Peyras ; ce sentier part initialement du hameau de Fabregas. La dernière partie du sentier, après être passé aux abords des vestiges de l'ancienne batterie du Jonquet, est devenue dangereuse du fait d'éboulements qui en ont réduit la largeur. Un sentier muletier très escarpé, initialement moins praticable relie au nord le site de l'ancien PPE à celui de l'ancien sémaphore, distant d'environ 500m, à la cote d'altitude 330m. L'accès par la mer, facilité par la présence du quai aménagé, était sans doute le plus commode.

Plan, distribution spatiale, circulations et issues, structure et mise en œuvre

Les aménagements actifs du poste photo électrique utilisent l'arête rocheuse abrupte en tête de cap comme un ouvrage défensif passif, d'une part pour y inclure, en souterrain-caverne dérocté, le puits d'accès et la galerie de manœuvre du projecteur, d'autre part pour former parados dérobant les principaux aménagements annexes aux vues et aux tirs de la terre au nord, de la mer à l'ouest et au sud-ouest.

La guérite du puits du souterrain et le bâtiment des machines vus du nord-estLa guérite du puits du souterrain et le bâtiment des machines vus du nord-est

Ces aménagements au revers du flanc est du rocher, sont, de haut en bas, le bâtiment de l'abri de la machine, niché dans une cour encaissée sur un replat (alt. 49,70m) en contrebas immédiat du point haut du rocher (alt. 57, 70m), puis la grande rampe-escalier droite qui passe entre ce bâtiment et le point haut, longeant la paroi verticale, et enfin le quai que dessert cette rampe-escalier, lui aussi à l'abri de la haute élévation du rocher.

Ensemble de la grande rampe-escalier et quai vus du sudEnsemble de la grande rampe-escalier et quai vus du sud guérite du puits d'accès du souterrain du projecteur du PPE et quaiguérite du puits d'accès du souterrain du projecteur du PPE et quai

Ces dispositions présentent, sur un site plus étiré et plus abrupt, des analogies avec celles du poste photo-électrique créé en 1905 sur le site de la batterie du Cap Brun.

Le poste de commande du projecteur, aujourd'hui détruit, était situé à la cote d'altitude 51m, immédiatement en avant du point haut du rocher, à environ 40m de distance du puits d'accès du souterrain-caverne dédié aux abris du projecteur, puits auquel il communique par un sentier en lacets sur la crête.

Le souterrain du projecteur, ouvrage principal, se compose d'une galerie en caverne horizontale reliant l'abri de jour à l'abri de combat, à la cote d'altitude 20,50m, et au bout de cette galerie, après l'abri de jour, d'un large puits d'accès de 10m de hauteur qui accueillait un monte-charge et un escalier de fer.

L'abri de combat adopte classiquement un plan en un plan en U allongé, la fenêtre panoramique formant balcon en hémicycle sur la mer face au sud/sud-est offre des vues latérales à l’Est vers le rocher des Deux Frères. Couvert d'une visière en demi-coupole aplatie en plaques de fer cintrées et boulonnées, toujours en place, l’abri est bordé d’un mur d'appui maçonné cimenté à l'arase (une tablette en pierre de taille était prévue dans le projet). La visière était délestée par quatre minces poteaux de fonte montant du mur d'appui, qui ont disparu. Longue d'une vingtaine de mètres entre l'abri de combat et le puits, la galerie avait été prévue parfaitement rectiligne sur les dessins de projet, mais elle a été réalisée sur un plan différent, incurvé entre les deux abris, le puits n'ayant pas été foré dans l'axe de l'abri de combat. Large de 2,40m, haute de 3,50m sous sa voûte en berceau, la galerie s'amorce dans l'abri de combat sous la forme d'une arcade à encadrement épais clavé sur toute l'épaisseur de l'arc extradossé, inscrite à l'extérieur dans une sorte d'avant-corps faisant saillie hors de l'emprise du rocher, bâti en opus incertum de blocs schisteux polygonaux, avec pierres de taille blanches bouchardées à l'angle. La visière en fer de l'abri s'appuie contre cette façade et cet arc par deux jambes de force triangulées en fer.

Abri de combat du projecteur du PPE vu de l'est/sud-est : débouché de la galerie-caverne, visière en fer et mur d'appui Abri de combat du projecteur du PPE vu de l'est/sud-est : débouché de la galerie-caverne, visière en fer et mur d'appui

La galerie proprement dite est parementée, pour les parois, également en opus incertum de blocs polygonaux calibrés assemblés à joints gras, et pour la voûte, en moellons équarris. Elle conserve au sols les rails de sa voie ferrée qui permettait de reculer dans une zone abritée le projecteur posé sur un wagonnet. A 10m environ à l'arrière de l'abri de combat, la galerie est recoupée par un sas de plan presque carré large de 3,80m et haut de 4,20m sous voûte en berceau enduite, ouvert du côté droite (Est) en venant de l'abri de combat sur une courte branche de galerie également voûtée en berceau, débouchant vers le dehors (en vue du quai) sous une arcade en brique enduite au ciment dans laquelle jouaient des vantaux métalliques (disparus) ouvrant vers l'extérieur : il s'agissait de l'abri de jour, ou poste de repos du projecteur, comme le montre au sol l'aiguillage circulaire qui permettait de l'y remiser en faisant pivoter le wagonnet.

galerie en caverne du souterrain du projecteur, vue depuis l'abri de combatgalerie en caverne du souterrain du projecteur, vue depuis l'abri de combat

galerie en caverne du souterrain du projecteur, sas et aiguillage de l'abri de jour du projecteur vue depuis le puits d'accèsgalerie en caverne du souterrain du projecteur, sas et aiguillage de l'abri de jour du projecteur vue depuis le puits d'accès

La galerie et sa voie ferrée se continuent jusque dans le puits circulaire de 4,25m de diamètre, dont la partie inférieure servait de poste de démontage du projecteur et permettait de l'extraire par un monte-charge coulissant verticalement sur quatre tubes au carré. Ce puits, également parementé en opus incertum de blocs polygonaux, comporte un dégagement en forme de gaine verticale renfoncée dans le mur du cylindre; c'était la cage d'un escalier en fer hélicoïdal aujourd'hui disparu. Le débouché supérieur du puits est couvert d'une guérite circulaire en maçonnerie de blocage à demi engagée dans l'affleurement du rocher qui la masque du côté de la mer. Cette guérite, plus large que le puits, est couverte d' une voûte en coupole surbaissée bâtie en brique revêtue de ciment, percée d'un oculus surmonté d'un petit lanterneau conique en fer, jadis vitré; l'ensemble protégeait monte-charge et escalier de la pluie, facteur de corrosion, tout en réservant un éclairage zénithal. Le mur intérieur circulaire de la guérite comporte une niche couverte d'une voûte surbaissée en briques, qui abritait le treuil du monte-charge, dont la chaîne jouait sur une poulie au centre du tambour, accrochée à une poutre de fer transversale scellée sous la voûte. On circulait à l'intérieur de la guérite, autour du monte-charge, par un promenoir avec garde-corps en fer (vestiges), en partie en porte à faux sur des voûtains en brique faisant passer l'ouverture du puits du plan circulaire au plan carré.

Puits d'accès du souterrain, gaine du monte-charge et cage annexe de l'escalier, vue contre-plongeante depuis le poste de démontage du projecteurPuits d'accès du souterrain, gaine du monte-charge et cage annexe de l'escalier, vue contre-plongeante depuis le poste de démontage du projecteur intérieur de la guérite du puits d'accès du souterrain, niche du treuil du monte-chargeintérieur de la guérite du puits d'accès du souterrain, niche du treuil du monte-charge

La porte de la guérite, couverte d'un arc surbaissé en brique, s'ouvre à l'opposé du large, en direction du poste de commande, par un sentier sinueux à faible pente commençant par un segment de rampe en pierre de taille blanche bordée d'un escalier, de même conception que la grande rampe-escalier desservant le quai. Au-dessus de la guérite du puits d'accès du souterrain, le rocher avait été aménagé, probablement lors de la seconde guerre mondiale en plate-forme de défense équipée de deux armes légères sur pied dont restent les semelles de fixation.

rampe-escalier proche de la guérite du puits du souterrainrampe-escalier proche de la guérite du puits du souterrain ruines du bâtiment des machines vu du nord-ouest, au premier plan escalier d'accès de la cour-couloir, à l'arrière plan, les "Deux Frères"ruines du bâtiment des machines vu du nord-ouest, au premier plan escalier d'accès de la cour-couloir, à l'arrière plan, les "Deux Frères"

Le bâtiment des machines, aujourd’hui très ruiné, de plan rectangulaire tendant au carré (11,5 X 9m), est implanté au centre d’une étroite cour encaissée sur deux côtés (ouest et nord) de même plan qui règne au pourtour à la manière d’un couloir d’isolement large de 2,50m et 3m) ; du côté de la mer (sud et ouest) cette assiette nivelée à l’horizontale est en partie constituée d’un remblai maçonné aux parois talutées parementées en opus incertum. En simple rez-de-chaussée, le bâtiment était couvert d’un toit à deux versants revêtu de tuiles-canal dont restent des vestiges sur l’arase des murs gouttereaux. Bien que construit vers 1900, il est d’un modèle traditionnel pour les bâtiments militaires depuis le XVIIIe siècle, avec encadrements de porte et de fenêtres à chambranle en briques enduite et pierre (appui) couverts en arc segmentaire. Le parement ordinaire, en blocage de tout-venant, est revêtu d’un enduit couvrant, corniches comprises; les pignons étaient soulignés à la base d'un bandeau, comme un fronton. Le personnel de service descendait dans la cour-couloir par un escalier droit de 25 marches de pierre de taille engagé dans la paroi du mur de terrassement du côté nord. La volée d’escalier est bâtie en partie sur une casemate profonde et largement ouverte sur la cour par une porte à encadrement de briques couverte en arc surbaissé. Cette casemate accueillait le réservoir à pétrole. Le côté ouest de la cour est bordé par la grande rampe-escalier descendant au quai (27), dont les trois quarts de la largeur, du côté extérieur constitue la rampe, l'escalier occupant le quart restant, contre le rocher. Ce dispositif permettait d’utiliser la rampe pour monter ou descendre par roulage des charges, notamment les équipements de la salle des machines, du quai à la cour-couloir. De ce fait, le mur gouttereau ouest du bâtiment, du côté de cette rampe, était sa façade principale, percée d'une grande porte centrale (d'un gabarit permettant d’entrer les machines) encadrée de deux fenêtres. Le mur gouttereau opposé n'a qu'une fenêtre, et le mur-pignon nord, au pied de l'escalier piéton, une porte et deux fenêtres; ce mur pignon s'est complètement écroulé, en dernier lieu en 2017. Le mur-pignon sud, bien conservé mais fragile, est percé de deux fenêtres et d'un jour en demi-cercle dans le pignon.

Sous la partie supérieure de la grande rampe-escalier, derrière le revêtement mural renfermant la cour du bâtiment des machines, est creusée en caverne une ancienne citerne à eau de mer; une petite baie percée dans le mur, simple arc de briques sur appui de pierre, s'ouvre sur cette citerne. Les parements muraux des deux escaliers qui forment les parois nord et ouest de la cour-couloir sont en opus incertum de blocs polygonaux; l'un et l'autre sont creusés d'une niche voûtée en berceau au niveau du sol. La grande rampe-escalier descendant au quai, longue d'environ 60m, bien conservé dans sa moitié supérieure, ruinée plus bas, est de construction soignée; son angle rampant est appareillé en pierre de taille blanche en assises réglées, chaînées en gradins avec le parement du revêtement vertical et en besace avec le parement rampant, l'un et l'autre en opus incertum. Dans le tiers inférieur de la rampe, le revêtement vertical ruiné est parementé en pierre de taille blanche de moyen appareil bouchardée, avec arrachements de murs de refends et échelons de fer scellés : ce secteur correspond à l'emplacement du local de la pompe électrique pour l'alimentation de la citerne d'eau de mer l'approvisionnement du circuit de refroidissement des machines du PPE.

Ensemble de la grande rampe-escalier vu de l'estEnsemble de la grande rampe-escalier vu de l'estdétail de la grande rampe-escalier, bâtiment des machines en arrière-plandétail de la grande rampe-escalier, bâtiment des machines en arrière-plan

Le seuil supérieur de la rampe-escalier, contigu à droite avec celui de l'escalier de la cour de l'abri de la machine, débouche à l'arrière du sommet de l'arête rocheuse sur le chemin de crête d'axe nord-sud qui dessert d'une part, côté sud (à gauche) le puits du souterrain caverne du projecteur, et d'autre part au nord (à droite), à 60m de distance, le bâtiment du casernement.ruines du bâtiment du casernement vu du nord, encaissé dans le terrain, à l'arrière plan chemin de crête et emplacement du poste de commande détruitruines du bâtiment du casernement vu du nord, encaissé dans le terrain, à l'arrière plan chemin de crête et emplacement du poste de commande détruit

Ce dernier est aujourd'hui dans le même état de ruine consommée, que le bâtiment des machines, et présente exactement les mêmes caractéristiques de formes générales et de mise en oeuvre. Il ne s'en différencie guère que par quelques variantes de détail, une longueur un peu plus grande pour une largeur semblable (15mX9m) et une répartition différente des baies : une porte et quatre fenêtres dans le mur gouttereau est, une porte et une fenêtre dans celui de l'ouest, trois fenêtres dans le mur-pignon sud, une seule dans celui du nord, sous le fenestron demi-circulaire du pignon.

intérieur des ruines du bâtiment du casernement, mur-pignon nordintérieur des ruines du bâtiment du casernement, mur-pignon nord ruines du bâtiment du casernement vu du sud-est, mur-pignon sud et gouttereau estruines du bâtiment du casernement vu du sud-est, mur-pignon sud et gouttereau est

ruines du bâtiment du casernement vu du nord-ouest, mur-pignon nord et gouttereau ouestruines du bâtiment du casernement vu du nord-ouest, mur-pignon nord et gouttereau ouest

La dégradation des enduits fait plus nettement apparaitre les briques des chambranles d'encadrement. Autre caractéristique commune à l'autre bâtiment : la position encaissée dans une réservation rectangulaire du rocher, ici laissée brute de déroctage sur les côtés dominés, soit au nord et à l'est, et la largeur moyenne (3m) de la cour-couloir d'isolement qui en résulte.

1Rapport de la commission … sur un nouveau plan d’ensemble de la défense du port de Toulon. Vincennes, SHD Marine DD² 10452Bernard Cros, Citadelles d’Azur, Aix en Provence, 1998, p. 1283Toulon, SHD, archives ESID, batterie de Peyras, feuilles d'Atlas (1880 : n° 93)4Toulon, SHD Marine 2K1 38.5Toulon, SHD, archives travaux maritimes, dessins de projet du PPE du Cap Sicié. (communiqués par Bernard Cros)

Le poste photo-électrique du Cap Sicié fait partie d'un ensemble d'ouvrages analogues mis en place sur le littoral toulonnais à partir de 1887 pour éclairer la nuit les tirs des batteries de côte (bombardement ou rupture) contre les vaisseaux ennemis. Presque tous ces PPE, comme ceux de Maregau, de Mord'huy ou du Cap Brun, furent installés sur le site d'anciennes batteries de côte déclassées, ce qui n'est pas le cas de celui du Cap Sicié, bâti ex nihilo sur la pointe du cap, au service de la batterie de Peyras, à une date non documentée. On peut cependant proposer une mise en place vers 1899-1900, la batterie de Peyras ayant à cette date été complétée par une batterie annexe de 6 pièces de 95mm ce qui portait de 4 à 10 le nombre de pièces de Peyras assurant des directions de tir de batterie vers les abords du Cap Sicié. En plus de ces deux batteries de bombardement, le secteur du cap Sicié était également dans les directions des tirs, venant le l'ouest/nord-est, de la batterie de rupture de Saint-Elme, proche de la plage des Sablettes, armée en 1898 de trois pièces de 24 cm de 9500 mètres de portée. Ces postes photo-électriques étaient conçus pour des projecteurs de 0,90 m de diamètre.

Les contraintes topographiques du site d'arête rocheuse imposèrent des travaux importants, notamment le creusement d'un large puits vertical pour l'accès du souterrain-caverne desservant l'abri de combat du projecteur, et la création d'un quai et d'une grande rampe escalier pour permettre un accès commode au PPE par la mer. De plus, l'absence de tout bâtiment militaire préexistant sur le site imposa la construction de deux bâtiments, l'un pour le casernement, l'autre pour les machines génératrices d'électricité, et le creusement de citernes et d'un réservoir à pétrole.

Le poste photo électrique a été mis hors d'usage et ruiné par les allemands pendant la seconde guerre mondiale, à l'occasion de bombardements qui ont aussi détruit le sémaphore plus ancien surplombant le site.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 19e siècle

Aujourd'hui en ruines et d'accès difficile sur le site d'arête rocheuse escarpé de la pointe du Cap, les équipements du poste photo-électrique restent cependant assez complets. Ils se composent de plusieurs sous-ensembles échelonnés dans un axe nord-sud : le souterrain-caverne du projecteur, avec abri de combat, abri de jour et puits d'accès, le poste de commande (détruit), le bâtiment des machines, contigu à une grande rampe-escalier descendant au quai, et, en arrière (au nord) le bâtiment du casernement. Ces deux bâtiments, non casematés, encaissés dans le terrain, en simple rez-de-chaussée et jadis couvert d'un toit à deux versants, bâtis en blocage enduit et briques (baies) sont dans un état de ruine avancé et très fragiles. Rien ne reste de leurs aménagements internes.

Le souterrain caverne et l'abri de combat du projecteur sont mieux conservés. L'abri de combat adopte classiquement un plan en U allongé, la fenêtre panoramique formant balcon en hémicycle sur la mer, couverte d'une visière en demi-coupole en plaques de fer cintrées et boulonnées.

La galerie en caverne, voûtée en berceau, parementée en opus incertum de blocs polygonaux calibrés en moellons équarris, conserve au sols les rails de sa voie ferrée qui permettait de reculer dans une zone abritée le projecteur posé sur un wagonnet. L'abri de jour, ou poste de repos du projecteur est accessible par un sas dans la galerie ouvrant sur une niche latérale avec au sol l'aiguillage circulaire qui permettait de l'y remiser en faisant pivoter le wagonnet.

Le puits circulaire de 4,25m de diamètre servait en partie inférieure de poste de démontage du projecteur et permettait de l'extraire par un monte-charge coulissant verticalement sur quatre tubes au carré. Ce puits, également parementé en opus incertum de blocs polygonaux, comporte un dégagement en forme de gaine verticale renfoncée dans le mur du cylindre; c'était la cage d'un escalier en fer hélicoïdal aujourd'hui disparu. Le débouché supérieur du puits est couvert d'une guérite circulaire en maçonnerie de blocage à demi engagée dans l'affleurement du rocher qui la masque du côté de la mer, couverte d' une voûte en coupole surbaissée en brique cimentée, avec petit lanterneau conique en fer.

La grande rampe-escalier longeant le bâtiment des machines et descendant au quai à l'abri du surplomb rocheux à l'est, longue d'environ 60m, est bien conservée dans sa moitié supérieure, ruinée plus bas. Sa construction est soignée, combinant la pierre de taille blanche en assises réglées chaînées en gradins au rampant avec le parement du revêtement vertical et de la rampe.

  • Murs
    • pierre moellon parement
    • brique
  • Couvrements
    • voûte en berceau
  • Autres organes de circulation
    rampe d'accès, monte-charge
  • État de conservation
    mauvais état
  • Statut de la propriété
    propriété de l'Etat (incertitude)
  • Sites de protection
    site classé
  • Protections

  • Précisions sur la protection

    Le Cap Sicié et ses abords, site classé par décret du 20 juin 1989 DRAE PACA

Bibliographie

  • CROS, Bernard. Citadelles d'Azur, quatre siècles d'architecture militaire varoise. Aix-en-Provence : 1998, 159 p.

Documents figurés

  • Plan d'ensemble [Plan général du projet du poste photo-électrique du Cap Sicié]. / Dessin anonyme, vers 1899. Service Historique de la Défense, Toulon : Travaux maritimes.

  • Profil en long [Coupe du projet du poste photo-électrique du Cap Sicié]. / Dessin anonyme, vers 1899. Service Historique de la Défense, Toulon : Travaux maritimes.

  • Poste de combat. Elévation, coupe longitudinale, coupe transversale, plan. [Plan de détail du projet de l'abri de combat du poste photo-électrique du Cap Sicié]. / Dessin anonyme, vers 1899. Service Historique de la Défense, Toulon : Travaux maritimes.

  • [Coupe de détail du projet du souterrain du projecteur du poste photo-électrique du Cap Sicié]. / Dessin anonyme, vers 1899. Service Historique de la Défense, Toulon : Travaux maritimes.

  • Poste de commande [Coupe de détail du projet du poste de commande du poste photo-électrique du Cap Sicié]. / Dessin anonyme, vers 1899. Service Historique de la Défense, Toulon : Travaux maritimes.

Date d'enquête 2017 ; Dernière mise à jour en 2018
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