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entrepôts agricoles ; abris troglodytiques ; cabanes pastorales ; ensembles pastoraux

Dossier IA04002088 réalisé en 2010

Fiche

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I. LES CONDITIONS DE L'ENQUETE

Le repérage des entrepôts agricoles et abris troglodytiques sur la commune de Villars-Colmars a été effectué au cours des mois d'été 2010, auxquels s'est ajoutée une campagne dédiée aux cabanes d'estive et ensembles pastoraux en 2012 et 2013. Le recensement s'est fait à partir du cadastre le plus récent disponible, édition établie en 1983, téléchargée sur une interface GPS. Le plan cadastral dit "napoléonien", levé en 1827, a servi de point de repère et de comparaison pour les bâtiments antérieurs à cette date ; l'ensemble des états de sections de ce cadastre a été consulté. Toutes les constructions portées sur le cadastre actuel ont été vues, au moins de l'extérieur. Le repérage a été effectué à l'aide d'une grille de description morphologique propre aux entrepôts agricoles et décrivant :

- la ou les fonction(s) visible(s) du bâtiment, niveaux par niveaux,

- la mitoyenneté,

- les accès,

- les matériaux principaux et secondaires et leur mise en œuvre,

- la forme du toit, la nature de la charpente, de la couverture et de l'avant-toit,

- le nombre d'étages visibles,- la description des élévations et des baies,

- les aménagements intérieurs (cloisons notamment…),

- les inscriptions historiques : dates portées, inscriptions…

Cette grille de repérage a donné lieu à l'alimentation d'une base de données destinée à faire un traitement statistique et cartographique. Le repérage est toujours confronté à la question de l'état du bâti. Ainsi, ont été repérés les bâtiments ayant subi quelques modifications de détail n'affectant pas leur lecture architecturale. Les bâtiments ruinés mais dont le parti pris architectural d'origine restait lisible ont également été repérés. En revanche, les bâtiments ayant subi des transformations majeures rendant illisibles leurs caractères architecturaux n'ont pas été retenus. Les bâtiments non retenus sont principalement ceux qui ont été très remaniés à une période récente, selon des normes de construction, des matériaux et un vocabulaire architectural très éloignés de ceux de l'architecture locale : élévations entièrement repercées de grandes ouvertures rectangulaires masquant les baies anciennes, utilisation de matériaux récents rendant illisible le parti d'origine, restructuration intérieure totale ou profonde…

II. LE CHOIX DU CORPUS : ENTRE QUESTIONS DE DENOMINATION ET LOGIQUES DE FONCTIONNEMENT

1. Remarques préliminaires

1.1. Le corpus retenu

Le rassemblement dans le même dossier de familles architecturales répondant à des nomenclatures différentes - l'entrepôt relève de l'architecture agricole quand la cabane appartient à l'architecture domestique - ne doit pas empêcher leur analyse conjointe. Le Thésaurus de l'architecture le précise d'ailleurs dans son "Principe d'organisation du Thésaurus" : la division en catégories fonctionnelles "n'a aucun caractère absolu"1. De la même manière, si la cabane constitue un spécifique du générique "architecture domestique", l'ensemble pastoral qu'elle contrôle s'inscrit dans l'arborescence "architecture agricole". En effet, il convient avant tout de considérer à la fois la famille de rattachement et les usages ainsi que les logiques de fonctionnement au sein de la propriété agricole. Dans ce dernier cas de figure, la cabane comme l'entrepôt constituent des dépendances liées entre elles. En outre, même si la cabane s'avère avant tout le logis du berger, il faut l'interpréter comme la tête de pont d'un système plus vaste qu'on appellera l'économie pastorale, dont l'importance apparaît fondamentale pour la zone d'étude considérée, qui repose sur une économie combinée : l'agropastoralisme.

1.2. Particularismes communaux

L'enquête de terrain a permis de repérer 33 individus, avec une majorité de cabanes et d'ensembles pastoraux par rapport aux entrepôts agricoles. La dénomination retenue dans les états de sections ne permet pas de différencier précisément les éléments du corpus. Le terme "bâtiment rural" apparaît trop générique pour établir une typologie stricte. A cinq reprises, l'occurrence est accompagnée d'une information supplémentaire, le générique devenant spécifique à travers la formule "bergerie". Il faut y lire la désignation d'une cabane pastorale, ce que confirme l'emplacement géographique des "bergeries" mentionnées : Maraval, Rent, Rougnouse, Sarraire sont en effet des ravins qui signalent également des quartiers de pâture sur les pentes des massifs de l'Autapie, du Gros Tapi et de la Tête de Pra Bertrand. Au reste, ces lieux continuent de servir d'estives, et sont toujours ponctués de diverses cabanes et ensembles pastoraux. Pourtant, et ce dès le 19e siècle, la commune disposait de davantage de cabanes, sur les pentes de Valdemars (au nord), sur la montagne de Michard, dans le cirque de Juan... alors qu'elles n'apparaissent que sous la désignation vague de "bâtiment rural". De même, les "bâtiments ruraux" situés dans la grappe sud de ce qui était dénommé "hameau du Puy" (parcelles 1827 B 896, 897 et 899) correspondaient à des étables pour les vaches, et ce au moins jusque dans les années 1960. L'information consignée dans le cadastre manque donc de nuance, d'autant plus que pour d'autres communes, les états de sections s'avèrent plus précis sur ce point. A Beauvezer par exemple, la mention "cabane", parfois accompagnée du qualificatif "pastorale", apparaît sous la plume des agents du cadastre. Même remarque pour Allos.

Par ailleurs, 33 individus semble un chiffre bien peu élevé. Si l'on fait le relevé des occurrences "bâtiment rural" dans les états de sections de la commune, on remarque qu'elles restent limitées : 93. A cela plusieurs hypothèses explicatives peuvent être avancées. En premier lieu, la nature du territoire. Villars-Colmars est une petite commune, extraite de Colmars à la Révolution française. Sa superficie apparaît donc limitée. Pour autant, cette donnée ne détermine pas la densité forte ou faible de l'implantation du bâti. En termes agricoles, tout est fonction de la nature du territoire utile, des cultures et des activités qui y sont exercées. Or, et c'est une seconde raison, Villars-Colmars est dépourvue de plaine (le fond de vallée apparaît étroit sur cette zone du Verdon, lequel, capricieux, charriant des galets en abondance, a empêché toute implantation et exploitation humaine sur ses bords immédiats, bien que relativement plats. D'ailleurs, l'ancien hameau devenu chef-lieu se déploie en grappes à l'écart, le long de la pente sous la barre du Puy (REF=IA04003115). Les zones de cultures demeurent ainsi restreintes, cantonnées autour et au pied du village, sur les pentes de Côte Meunière à l'est, où était cultivé l'essentiel du blé communal, ainsi que autour et au-dessus de l'écart isolé de Chasse, notamment sur la rive gauche du ravin éponyme où étaient aménagées à l'adret des terrasses de cultures. A cela s'ajoute l'exiguïté de l'espace qui limite la longueur des déplacements, au moins pour ceux qui ne concernent pas les zones montagnardes des estives. A quoi bon en effet multiplier les dépendances agricoles si les temps de parcours s'avèrent modérés jusqu'au domicile ? Enfin intervient le facteur des cultures mises en oeuvre. Les maigres zones d'ager étaient consacrées aux céréales et aux légumes, qu'il ne s'agissait pas de laisser sur place, mais qu'il fallait rapporter chez soi pour la consommation familiale. Villars-Colmars, jusqu'au 20e siècle, pratiqua moins la culture de l'herbe comparativement à d'autres communes de la haute vallée du Verdon plus avantagées par la conformité du terrain et la vasteté des estives qui autorisaient davantage les coupes (ainsi pour Thorame-Haute et surtout Allos, où l'herbe était d'ailleurs surtout emmagasinée dans les fenils des nombreuses fermes et cabanes pastorales sur le territoire). Les destructions jouent également leur rôle. C'est un fait : l'essentiel des dépendances présentes sur le plan figuré du cadastre ancien le long du ravin de la Chasse a disparu ou ne subsiste qu'à l'état de ruine, depuis le Verdon jusqu'aux pâturages d'altitude. Au reste, il convient de mentionner que le nombre de dépendances agricoles n'apparaît pas significativement plus élevé à Comars et il est comparativement bien plus faible à Allos, commune pourtant beaucoup plus étendue (où ce chiffre, d'après les relevés cadastraux de 1825 n'atteint pas les 100 individus [97]). Il faut donc considérer que les communes alpines, à partir de Beauvezer, présentent d'une manière générale un faible nombre d'entrepôts agricoles (indépendamment de celui des cabanes d'estive et des ensembles pastoraux).

Entrepôt agricole ou cabane ruiné avec enclos attenant sur le plateau des Sagnes (non cadastré).Entrepôt agricole ou cabane ruiné avec enclos attenant sur le plateau des Sagnes (non cadastré).

Entrepôt agricole ou cabane ruiné en face du plateau de la Réourié, de l'autre côté du ravin de Chasse. La charpente indépendante et le toit en mélèze ont mieux résisté que la maçonnerie.Entrepôt agricole ou cabane ruiné en face du plateau de la Réourié, de l'autre côté du ravin de Chasse. La charpente indépendante et le toit en mélèze ont mieux résisté que la maçonnerie.

On a déjà noté que la plupart des éléments repérés relevaient de la famille des cabanes pastorales et non de celle des entrepôts agricoles. En ce qui concerne un territoire fortement marqué par le pastoralisme, le constat paraît logique. Mais il n'explique pas tout. L'enquête de terrain a permis de mettre en évidence au-dessus de l'écart de Chasse - sans toutefois aller au-delà de l'observation, l'état général s'avérant beaucoup trop dégradé - la présence d'un nombre important de petits édicules pour beaucoup non cadastrés, de dimensions très modestes, manifestement construits dans la seconde moitié du 19e siècle, en tout cas après l'établissement du cadastre, et qui devaient tenir lieu de petites réserves de stockage (remise pour le matériel, grenier pour une petite partie des récoltes) voire d'abri de fortune. On a même identifié quelques abris troglodytiques lié à des espaces de cultures (REF=IA04002120 et IA04002122).

Abri troglodytique près de Chasse (A1 154, non cadastré).Abri troglodytique près de Chasse (A1 154, non cadastré).

Un aspect particulier des dépendances agricoles à Villars-Colmars tient parfois à la difficulté à dénommer toujours de manière incontestable c'est-à-dire fixe l'objet architectural que l'on a sous les yeux. L'existence de zones mixtes, mélangeant cultures et élevage, complexifie en effet l'identification à plusieurs reprises (voir ci-dessous le II.2.2. "Le cas complexe du plateau des Sagnes et de la Réourié"). Cette difficulté apparaît aussi à Colmars par exemple, notamment, et caractérise là encore des espaces où cohabitent au moins deux modèles architecturaux traduisant la complémentarité des activités, à telle enseigne que l'on parvient à une forme d'hybridation (REF=IA04002093). Sur le plateau des Sagnes, l'espace a été partiellement asséché et amendé pour permettre une mise en valeur ponctuelle du foncier. Les terres labourables (ager) se mêlent aux pâtures, aux terres vagues (saltus) et à l'exploitation du bois (silva), nécessitant la présence de bâtiments complémentaires, parfois spécifiques, parfois composites. Les Sagnes correspondent aussi à une aire de tri pour la répartition des troupeaux envoyés vers des estives différentes, c'est-à-dire vers des espaces strictement dédiés à la pâture, où la mixité n'est plus de mise. Sur ce plateau, les dépendances agricoles présentent des dispositions variées : de la cabane pure, à vocation exclusive de logis (REF=IA04003089) à la cabane avec enclos attenant, disposant d'un étage de soubassement alliant étable à mulets et bergerie, et dont le fenil en mezzanine sert occasionnellement de couchage (REF=IA04002121). La fonction de logis, pour ces bâtiments, est systématique.

Comme toujours, le contexte permet d'éclairer les fonctions ainsi que les usages. Ainsi avec le bâtiment désigné par la carte IGN, reprenant l'appellation "officielle" Cabane du Pont du Pas (2020 A 221) en surplomb du ravin de la Chasse (1 700 m. d'altitude). Bien que partiellement ruiné, il a pu faire l'objet d'un repérage. Il existait lors de la levée du cadastre de 1827 et témoignait d'emblée d'une superficie importante pour un bâtiment rural (76 m2), avec un étage de soubassement divisé par un mur de refend dissociant une partie bergerie-étable et une partie logis plus réduite disposant en outre d'un point de chauffe avec hotte en plâtre et aération pratiquée dans le mur pour faciliter l'évacuation de la fumée. Chaque espace possède son accès réservé depuis l'extérieur pour dissocier les fonctions et les accès. Le niveau supérieur, à l'étage de comble, tenait lieu de fenil avec un volume de stockage très important, mais il semble que la division en deux espaces inégaux par un mur de refend dont on lit bien l'arrachement était répétée, ce qui laisse à penser qu'une fonction supplémentaire devait exister (logis ?). Ce n'est donc pas une cabane de berger (elle est trop vaste pour cela), pas tout à fait non plus un entrepôt agricole "classique" car il propose une configuration plus complexe qu'à l'ordinaire. Ce n'est pas non plus une ferme malgré son développement imposant. Or, le cadastre indique que cette "cabane" appartenait à un consortage d'habitants de l'écart de Chasse et qu'à proximité immédiate étaient cultivées deux parcelles de terres labourables d'une superficie d'environ un demi hectare, les seules dans un espace peu propice aux cultures, ce qui témoigne d'une volonté d'amender un terrain difficile. L'association possédait aussi un peu plus haut (entre 1 800 et 1 850 m. d'altitude) des pâturages et deux prés de fauche d'une superficie totale de 4 hectares commandés par deux "bergeries" avec enclos, détruites aujourd'hui, entre les ravins de Sarraire et de Rougnouse, l'une de 350, l'autre de 250 m2. De toute évidence, il y avait là aussi complémentarité. Les trois cabanes désignent par leur emplacement et leur environnement, mais aussi par leurs fonctions, des destinations différentes. On imagine que la capacité de stockage importante de la Cabane du Pont de Pas servait à recueillir l'herbe coupée plus haut. Les cabanes de bergers pouvaient être louées.

On le voit, la question des dépendances agricoles de l'exploitation, sur des zones de transition, détermine un bâti hybride qu'il n'est pas toujours aisé d'identifier comme relevant d'un modèle architectural précis. Les agents du cadastre, peut-on penser dans ce cas, ont rétrospectivement fait preuve d'une prudence certaine dans l'identification de leur objet. Il est vrai que cela n'avait pas d'importance pour l'estimation des biens observés et le calcul de l'assiette fiscale.

Les ruines de la cabane du Pont du Pas, vaste entrepôt agricole contenant un logis (état en 2013).Les ruines de la cabane du Pont du Pas, vaste entrepôt agricole contenant un logis (état en 2013).

2. Conséquences du corpus retenu pour la synthèse

2.1. Une synthèse non pertinente pour l'ensemble du corpus

Il ressort de cette brève analyse du cadastre ancien confronté à l'enquête de terrain trois conclusions :

- la commune compte relativement peu d'entrepôts agricoles "traditionnels" : seulement 5 repérés dans et autour du chef-lieu, un dans le fond de vallée dans le quartier de prés de fauche de Rioufleiran, à l'extrémité sud de la commune (2020 B 362), pas un à Chasse, deux aux Cabanes du Puy, un seul au-dessus (mais le nombre des bâtiments ruinés laisse entrevoir une forte perte)

- un nombre significativement important d'éléments relevant du pastoralisme,

- l'existence de bâtiments difficiles à classer, voire hybrides, comme sur le plateau des Sagnes.

Partant de ce constat, on laissera de côté les entrepôts agricoles "traditionnels", peu éclairants et finalement peu uniformes car ils contiennent aussi des entrepôts de type cabane, comme celles du Puy près de l'écart de Chasse, ou telle cabane de cultivateur autour du plateau des Sagnes (REF=IA04002349). Pour autant, la mise en oeuvre y fait intervenir d'une manière générale à la fois le moellon calcaire et le grès dans des proportions variables, liés au mortier de chaux grumeleux parfois mêlé de sable voire de terre. La variété prévaut, avec un, deux, trois, quatre et même cinq niveaux pour un cas dans le village qui dispose de deux niveaux de fenil sous le toit à forte pente, avec une lucarne à deux portes superposées (2020 AC 330). Les modifications ne permettent pas toujours d'identifier les fonctions initiales (ainsi en 2020 AC 196). L'un conserve son substrat du 18e siècle (en 2020 B 362, où une date portée indique 1783) malgré des modifications profondes, quand l'autre n'est pas antérieure au début du 20e siècle (en 2020 AC 338). La fonction de remise intervient à quatre reprises, celle d'étable à trois au même titre que celle de fenil, très volumineux pour deux entrepôts dans le village (parcelles 2020 AC 330 et AC 167 [REF=IA04003013]), celle de logis a été relevée par trois fois au moins, pour trois entrepôts-cabanes isolés. Sur ce point, on jugera de la variété proposée puisqu'une pièce peut être dédiée à cette fonction, avec un poêle en guise de point de chauffe, ou partagée avec une fonction agricole avec un âtre rudimentaire dans un coin sur le sol en terre battue, à l'opposé de la mangeoire. Ainsi dans ce dernier cas pour la cabane de cultivateur en 2020 B 970 et REF=IA04002349. Les logis observés dans deux des trois cabanes du Puy (qui forment un ensemble : parcelle 2020 B 768) résultent d'aménagements récents qui datent des années 2000 : l'étage de comble a été modifié et la pente du toit accentuée pour loger deux niveaux. En revanche, l'une des trois a conservé sa disposition initiale sur deux niveaux : étage de soubassement servant d'étable à mulet (alors que celui des deux cabanes réaménagées était destiné à accueillir des vaches, avec un emmarchement séparant l'espace de la mangeoire du reste de l'étable) et fenil à l'étage de comble. La couverture traditionnellement en bardeau voire en essentôle de mélèze est aujourd'hui presque partout remplacée par la tôle ou le bac acier, à plus forte raison quand il y a restauration. C'est par exemple le cas aux cabanes du Puy : les deux cabanes restaurées reçoivent une couverture en tôle ondulée, la troisième a conservé ses bardeaux.

Village. Entrepôt agricole à lucarne avec deux portes superposées (parcelle AC 330).Village. Entrepôt agricole à lucarne avec deux portes superposées (parcelle AC 330).

Ensemble des cabanes du Puy (B 768).Ensemble des cabanes du Puy (B 768).

Les deux abris troglodytiques repérés et sélectionnés ne sauraient être représentatifs : ils mettent en oeuvre une maçonnerie complémentaire de moellons de calcaire et de grès. Celle-ci est montée en pierre sèche à l'extérieur afin de clôturer l'ouverture de la cavité rocheuse servant d'abri pour la limiter aux dimensions d'un passage, et liée à un mortier de chaux en cas d'aménagement intérieur à partir de la paroi rocheuse. Ces abris sont implantés au plus près de la zone cultivée par son occupant temporaire. L'un comme l'autre sont proches du bâti aggloméré, qu'il s'agisse du chef-lieu (REF=IA04002122) ou de l'écart de Chasse (REF=IA04002120).

Abri troglodytique (Aco de Vial, B 1238).Abri troglodytique (Aco de Vial, B 1238).

2.2. Le cas complexe des plateaux des Sagnes et de la Réourié : d'un système agropastoral vers un système d'élevage exclusif

Le plateau des Sagnes, dont l'étymologie traduit bien la topographie humide, est traversé par le ravin de Joyeux et le sol reste ponctuellement gorgé d'eau malgré les démarches ayant conduit à assécher ce dernier pour permettre quelques cultures. Le lieu sert aussi d'espace de tri pour les troupeaux destinés à gagner les différentes montagnes alentour et les quartiers d'estive commandés par des cabanes et ensembles pastoraux (cabane de Chabaud, cabane de Joyeux à l'ouest, plus au nord au-dessus du plateau de la Réourié, les cabanes de Sainte-Anne puis de Sangraure, au nord-est les cabanes de Rougnouse basse et haute et du Mouret). De grands murets d'épierrement traduisent la volonté d'amender l'espace pour une mise en valeur agricole. Le plateau de la Réourié quant à lui, au nord, légèrement plus élevé que celui de Sagnes, apparaît plus plan et plus dégagé, plus sec également. Il était lui aussi ponctué de bâtiments comme le montre le plan figuré du cadastre de 1827. Ces bâtiments avaient bien évidemment une vocation agricole. Les deux plateaux, d'une superficie totale approchant 30 hectares, sont comparables pour leur étendue et pour ce qui fut de leur mise en valeur plurielle, combinant cultures arables et pâtures, auxquelles se joignaient des prés de fauche ainsi que des bois futaies, terres vagues et quelques rares terres arides, signe que tout ce qui pouvait être exploité l'était effectivement. Les bâtiments ruraux observés, des ruines pour la plupart, restent malgré tout identifiables comme dépendances agricoles. On a déjà souligné leur nature hybride. Ceux du plateau de la Réourié, quoique moins nombreux, ne font pas exception.

Le plateau marécageux des Sagnes, bien qu'amendé, reste très humide.Le plateau marécageux des Sagnes, bien qu'amendé, reste très humide.

Le plateau de la Réourié avec le gîte Marie-Louise et le chemin de transhumance (draille) qui le traverse, délimité par un double alignement pierreux.Le plateau de la Réourié avec le gîte Marie-Louise et le chemin de transhumance (draille) qui le traverse, délimité par un double alignement pierreux.

Une analyse même rapide de l'état de section correspondant à cette zone double rassemblant les deux plateaux (figurés sur la sixième feuille du plan cadastral de 1827) montre que tout le foncier considéré appartenait dans son immense majorité à des propriétaires domiciliés dans l'écart de Chasse deux cent cinquante mètres en contrebas. Tant les Sagnes que la Réourié étaient donc des quartiers agricoles pour les habitants, à environ deux kilomètres et demi et trois-quarts d'heure de marche pour le plateau des Sagnes, une heure pour celui de la Réourié. Mais ils n'étaient pas que cela. Ils étaient aussi des espaces de pâture pour les petits troupeaux locaux, avant même d'accueillir des troupeaux transhumants. Un bâtiment partiellement ruiné, en limite nord du plateau de la Réourié, combine les fonctions agropastorales, et malgré l'état très dégradé de l'ensemble a conservé la délimitation d'un petit enclos attenant d'une trentaine de m2, assez pour un troupeau familial étoffé (un trentenier). Nous avons donc les traces d'un système agricole équilibré, avant la bascule vers l'élevage ovin exclusif. On observe de fait sur ces plateaux deux configurations de propriété : un duo terre labourable-pâture, voire un trio terre labourable-pâture-pré de fauche, auxquelles s'ajoutent parfois aussi terre vague ou bois futaie, et une dépendance. Plusieurs aires à battre sont mentionnées qui accompagnent certains bâtiments et témoignent d'un traitement in situ des récoltes ainsi que de leur stockage avant de les redescendre à Chasse. La double nature des activités agricoles, attestée par le cadastre, permet ainsi d'expliquer la mixité des fonctions et partant des morphologies de plusieurs bâtiments, malgré une perte abondante des individus d'une part ou de leur état de conservation sous forme de vestiges.

Plateau de la Réourié. Entrepôt agricole partiellement ruiné avec son enclos attenant (B 946).Plateau de la Réourié. Entrepôt agricole partiellement ruiné avec son enclos attenant (B 946).

Il est intéressant de considérer enfin le cas des cabanes des Chasts, à l'articulation des deux plateaux, dans la mesure où elles viennent confirmer l'analyse développée ci-dessus tout en traduisant concrètement le glissement qui s'est opéré d'un système agropastoral vers l'élevage ovin exclusif au cours du 20e siècle (REF=IA04002379). L'ensemble est composé de deux cabanes, une ancienne, très abîmée et menaçant ruine complète, disposant d'une bergerie à l'étage de soubassement, prolongée par un appentis effondré qui protège en partie un petit enclos en pierre sèche pour le troupeau, et d'un vaste fenil à l'étage de comble. Il n'a pas été possible d'identifier les traces d'un logis non plus qu'un point de chauffe. Une aire à battre empierrée de pierres plates attestait la présence de cultures céréalières. Cette première cabane, aujourd'hui abandonnée, a été remplacée par une nouvelle, à quelques mètres et de construction récente, de plain-pied, avec une pièce unique entièrement dévolue au logis non plus du cultivateur, mais du berger. La bascule d'un système économique vers un autre est ici matérialisée par deux bâtiments aux destinations différentes qui témoignent d'un passage de témoin marquant la spécialisation des activités agricoles.

On se concentrera donc, au regard d'une synthèse typologique communale, sur les cabanes pastorales, numériquement plus nombreuses et plus homogènes dans leur ensemble que le reste des dépendances agricoles.

III. CABANES D'ESTIVE ET ENSEMBLES PASTORAUX

1. Préambule

On notera d'emblée que le repérage n'a pu tenir compte de l'ensemble des cabanes existantes sur le territoire communal, moins encore évidemment des très nombreux vestiges observés (hormis quelques-uns suffisamment lisibles) dont l'état de dégradation n'a pas autorisé de prise en considération sauf dans le cadre d'une appréciation quant à la densité des bâtiments pastoraux sur une zone considérée. C'est du reste une autre spécificité communale que l'écart important entre le repérable, finalement faible en quantité, et les vestiges en place, nombreux mais impossibles à identifier de manière suffisamment précise. Ainsi le cirque de Juan présente-t-une quantité très importante d'individus, qu'il s'agisse de cabanes ou d'enclos indépendants dont seule une étude archéologique permettrait le comptage et le relevé précis. Cette zone aujourd'hui partiellement envahie par la forêt dans sa partie orientale est aujourd'hui réduite à environ 450 hectares (150 hectares si l'on n'intègre que la portion centrale entièrement couverte de pâture et si l'on exclut les versants rocheux peu riches en herbe), ce qui est déjà considérable. A cette surface s'ajoutent les travers de la montagne de Michard au nord-est, toujours dédiés à l'estive et commandés par l'ensemble pastoral dit de la Cabane Michard. Le cirque de Juan continue d'accueillir un troupeau transhumant avec une cabane moderne, la cabane de Juan. Mais il est littéralement émaillé d'artefacts en lien direct avec le pastoralisme, qu'il s'agisse d'anciennes cabanes dans des états de conservation plus ou moins bons, d'abris de bergers ou d'enclos en pierre sèche innombrables, notamment au seuil des versants abrupts dans la partie nord-orientale, qui utilisent la pierre à disposition pour dessiner des enclos parfois agglomérés. L'élevage ovin donne ici à considérer un véritable palimpseste d'artefacts pastoraux car leur densité impose la présence de générations successives, pour une activité attestée sur plusieurs siècles, dès le 15e siècle au moins. On sait que traditionnellement le cirque de Juan accueillait plusieurs troupeaux de manière concomitante, avant qu'ils ne soient remplacés par un troupeau unique plus nombreux (le troupeau actuel compte environ 1 200 têtes et il appartient à un habitant du village). Cette simultanéité nécessitait la présence de plusieurs cabanes et enclos mais n'explique pas encore une fois la quantité de bâtiments et édicules. Un regard porté à l'état de section correspondant indique que l'essentiel du foncier consistait en pâturages. Les terres labourables, déjà en 1827, étaient quasi absentes. Le reste relevait de l'aride, de la terre vague et du bois futaie ou taillis. Les prés de fauche accompagnaient fréquemment les bâtiments relevés. Ces "bâtiments ruraux" cadastrés, en réalité des cabanes pastorales, étaient peu nombreux. Assurément, d'autres existaient mais n'étaient pas mentionnés car trop modestes, selon le même principe que celui qu'on remarque aujourd'hui.

Le cirque de Juan est ponctué d'artefacts liés à l'économie pastorale.Le cirque de Juan est ponctué d'artefacts liés à l'économie pastorale.

Ce qui vient d'être dit pour le cirque de Juan vaut pour d'autres quartiers de pâture, autour de la cabane de Chabaud ou de celle de Joyeux par exemple. L'orthophotographie permet de repérer de nombreuses structures abandonnées directement identifiables comme des enclos, mais à y regarder de plus près, les enclos sont souvent accompagnés de petites unités, parfois doublées dépassant rarement cinq mètres carrées. Il s'agissait en réalité de la cabane pastorale à proprement parler, la seconde pièce servant de remise, plus rarement d'un logis complémentaire. De fait, l'espace nécessaire à l'accueil du berger était restreint : un point de chauffe, un couchage, quelques rangements modestes, un équipement rudimentaire suffisaient autrefois à loger le berger. De sorte que les ensembles pastoraux (cabane, enclos et équipement afférent de type édicules) s'avèrent plus présent qu'on ne le penserait de prime abord, et continuent de ponctuer les unités pastorales. Finalement, c'est notre hypothèse, les cabanes observables aujourd'hui, aussi inconfortables soient-elles et qui paraissent très anciennes, nous semblent déjà traduire une adaptation du 20e siècle par rapport aux standards des époques passés, 18e et 19e siècles notamment, où les cabanes tenaient davantage de l'abri que du logis. Elles témoignent selon nous d'un temps où le besoin d'espace supplémentaire, aussi exigu fût-il, commençait à être ressenti comme une nécessité plus vitale, tout en restant dans des proportions très contenues (dépassant rarement les dix mètres carrées). Dès lors, il était plus simple de construire une nouvelle cabane plutôt que d'agrandir l'ancienne : cela contribuerait à expliquer la densité de bâtiments sur une surface de pâture donnée, comme dans le cirque de Juan. Bien sûr, il existe des bâtiments sur les estives de taille plus importante, mais on peut considérer que leur surface au sol et surtout leur volume plus imposants sont liés à une capacité accrue de stockage en herbe, les estives étant aussi une réserve en fourrage pour les troupeaux locaux non transhumants, qui restaient sur place lors de la saison hivernale, en l'occurrence à Chasse et à Villars-Colmars, voire, pour les agriculteurs et éleveurs locaux pratiquant la transhumance, une manière de spéculer sur les cours lors de la vente de fourrage sur la plaine côtière. Le livre de raison du négociant, commerçant et éleveur domicilié à la Colle-Saint-Michel (Thorame-Haute) Jean-Baptiste Blanc, au début du 18e siècle, montre une tel cas de figure, qui jouait cependant à la marge. Quoi qu'il en soit, on observe que les dimensions plus grandes de ces bâtiments n'entraînaient pas l'augmentation en taille du logis, lorsqu'il y en avait un.

Eu égard aux conditions de l'enquête, il n'a pas été possible d'effectuer un repérage exhaustif des cabanes existantes sur le territoire communal, même si la plupart ont été observées in situ. Les cabanes de Rest et de Maraval à l'est de la barre de Maraval n'ont ainsi pu être observées directement, de même que la cabane du Pré de la Roche au-dessus de la cabane de Joyeux. La cabane Marie-Louise, sur le plateau de la Réourié, correspond quant à elle à un gîte pour les randonneurs totalement modernisé qui a perdu son caractère vernaculaire et n'a pas de vocation pastorale : elle n'a donc pas été prise en considération dans l'étude.

2. Les cabanes anciennes

Neuf cabanes ont fait l'objet d'un repérage. Bien que certaines d'entre elles semblaient exister dès le premier tiers du 19e siècle puisque des bâtiments portaient un nom identique sur les plans figurés du cadastre de 1827, et même dès le dernier tiers du 18e siècle au moins, comme le prouvent les cartes dessinées par Bourcet de la Saigne entre 1764 et 1769 pour le territoire qui nous occupe, rien n'indique qu'il s'agissait alors des mêmes. On sait en effet que la présence anciennement attestée d'une cabane sur une estive ne garantit que la pérennité de celle-ci sur le temps long, quand celles-là ont une durée de fonction relativement limitée. Soumise aux aléas climatiques très forts, aux accidents météorologiques toujours nombreux à cette altitude tels que les avalanches, de construction sommaire (maçonnerie traditionnelle rudimentaire, liant de piètre qualité), la cabane pastorale vernaculaire n'avait pas vocation à résister plus que quelques années. Aussi les cabanes de Chabaud, Joyeux, de Rougnouse, de Sangraure et autres portées par Bourcet de la Saigne sur ses cartes au cours de la décennie 1760 ont-elles disparu. Elles furent très vraisemblablement remplacées par plusieurs générations de cabanes portant le même nom, sur les mêmes estives, à proximité les unes des autres comme les vues aériennes le confirment (voir ci-dessus le développement relatif à l'unité pastorale du cirque de Juan). Dès lors, les dates portées et autres chronogrammes visibles in situ sur les cabanes existantes permettent-ils d'affiner les estimations quant au temps d'occupation donc d'activité de ces dernières. Parfois, ils s'avèrent relativement anciens, comme à la cabane des Blocs, puisqu'une longue inscription en capitales gravées dans le grès prouve que les lieux étaient occupés au plus tôt en 1868, et sans doute avant (REF=IA04002371). La cabane de Sainte-Anne présente sur un galet de grès un chronogramme de 1894 en date du 26 juillet (jour de la sainte Anne), accompagnée des initiales du propriétaire, qui "baptise" ainsi le bâtiment (REF=IA04002118). Une date peut aussi informer d'une évolution (travaux, réaménagement, réfection). C'est le cas pour la cabane de Sangraure, où une intervention a eu lieu en 1953 (REF=IA04002407). Les graffitis de bergers traduisent enfin des occupations successives mais ne disent rien a priori des dates de construction (cabane de Mouret, REF=IA04002427). Il est parfois possible, malgré un mode de mise un oeuvre traditionnel qui traverse les siècles, d'émettre des hypothèses quant à la période d'édification de certaines cabanes. C'est semble-t-il le cas avec la cabane des Ânes, dans le cirque de Juan, qui s'avère très proche dans sa structure d'un entrepôt agricole en contrebas, à une trentaine de mètres, qui porte la date de 1838. L'appareillage particulièrement soigné de l'enclos, bien que monté en pierre sèche, s'apparente à celui de l'entrepôt en question et laisse penser à une construction contemporaine, en tout cas dans la première partie du 19e siècle. La qualité du grès sur la zone, qui permet d'obtenir des lits de pierre plate, s'accorde parfaitement avec une mise en oeuvre propre, proche de celle obtenue avec de la pierre taillée. On notera que le sommet du mur accueille sur les parties externes et internes des pierres sur champ, l'intervalle ou fourrage étant comblé avec des cailloux plus irréguliers. Il est rare de voir une telle finesse pour un enclos : on retrouve un exemple similaire à la cabane Michard, mais l'enclos y a fait l'objet d'une restauration et d'un remontage au début de ce siècle. La hauteur des murs, supérieure à 1,50 mètre dans la partie est pour une épaisseur d'environ 50 centimètres, imposait il est vrai une mise en oeuvre solide, fort éloignée des amoncellements de pierres que l'on peut observer par ailleurs lorsque les murs de l'enclos dépassent à peine 50 centimètres et dont la solidité est toute relative, contrairement à celui-ci.

Chronogramme sur un bloc de grès de la cabane de Sainte-Anne (Villars-Colmars) : Chronogramme sur un bloc de grès de la cabane de Sainte-Anne (Villars-Colmars) : "1894/STE LE 26 ANNE/JUILLET/G.J".

Implantation, mise en oeuvre, organisation d'ensemble et distribution

Toutes les cabanes sont inscrites dans la pente, à l'exception de la cabane des Blocs, qui s'appuie sur des blocs de grès erratiques. Pour autant, deux autres cabanes ne sont pas en étage de soubassement, car la déclivité reste modérée2. Cinq cabanes disposent d'un seul niveau, quatre autres en présentent deux, jamais davantage. L'entrée s'effectue majoritairement sur le pignon (un cas sur le gouttereau et un cas incertain car l'état dégradé ne permet pas de connaître la forme du toit). La toiture à longs pans prédomine, de même que la couverture en tôle, qui a remplacé la planche de mélèze, encore présente cependant dans trois cas. Deux cabanes seulement sont dépourvues d'enclos, et parmi les sept autres, deux en ont deux, le plus petit servant d'ordinaire à séparer une partie des bêtes, pour des raisons de maladie ou en période d'agnelage. On remarquera que les superficies des enclos sont variables, mais importantes d'une manière générale (jusqu'à 350 m2 à la cabane de Sangraure, ce qui représente une capacité d'environ 15 trenteniers). Les fonctions complémentaires à celle de logis sont l'étable à mulet (trois occurrences et toujours sous forme d'annexe), la remise (trois occurrences), le fenil (trois cas également) et la bergerie (à deux reprises). On a observé un couchage pérenne avec lit de berger solidaire de la charpente dans le fenil de la cabane de Mouret (REF=IA04002427).

L'ancienne cabane de Sangraure (B 934) de type IIIa1. A l'arrière-plan, la nouvelle cabane.L'ancienne cabane de Sangraure (B 934) de type IIIa1. A l'arrière-plan, la nouvelle cabane.

Cabane de Sainte-Anne (B 941) de type IIb.Cabane de Sainte-Anne (B 941) de type IIb. La cabane des Blocs (B 866) de type IIIa1.La cabane des Blocs (B 866) de type IIIa1.

L'implantation près de ravins assurait une source en eau qui n'était toutefois pas garantie tout au long de l'été et de l'automne lors des épisodes de sécheresse. Aucune des cabanes anciennes ne dispose d'une fontaine.

Les principales caractéristiques des cabanes anciennes sont consignées dans le tableau ci-dessous :

cabanes

implantation

niveaux

enclos

attenant

(O/N)

(nbe)

superficie

enclos

autres fonctions

(O/N)

traitement

du pignon

planche

(O/N)

Forme du toit +

couverture

entrée

date(s)

portée(s)

(O/N)

cabane des Ânes

en rez-de-chaussée

1

O

(1)

100 m2

N

N

NSP

disparue

NSP

N

cabane des Blocs

en rez-de-chaussée

1

O

(1)

(dallé)

200 m2

O

(étable à mulet en appentis)

N

pan unique

tôle

gouttereau

O

(7 août 1868)

cabane de Chabaud

étage de

soubassement

1

O

(dallé)

220 m2

+ 70 m2

O

(étable à mulets en appentis dans l'enclos)

N

NSP

disparue

pignon

N

cabane de Joyeux

étage de

soubassement

1

O

(2)

(dallé)

175 m2

+ 10 m2

O

(remise)

O

longs pans

tôle

pignon

N

cabane de Mouret

étage de

soubassement

2

N

-

O

(fenil + couchage d'appoint)

O

longs pans

tôle

pignon

O

(1920)

cabane des Sagnes

étage de

soubassement

2

O

(1)

60 m2

O

(bergerie + fenil)

N

longs pans

planche de mélèze

pignon

(bergerie sur gouttereau)

N

cabane de Sainte-Anne

étage de

soubassement

2

N

-

O

(bergerie + fenil)

N

longs pans

planche de mélèze

pignon

(bergerie sur gouttereau)

O

(26 juillet 1894 : sainte Anne)

cabane de Sangraure

rez-de-chaussée

2

O

(2)

350 m2

O

(étable à mulet + remise + fenil)

O

longs pans

planche de mélèze

pignon

O

(1953)

cabane du Sel

étage de

soubassement

1

O

(1)

55 m2

N

N

longs pans

tôle

pignon

N

Principales caractéristiques des anciennes cabanes d'estive villars-colmarsiennes (I)

L'aménagement intérieur et le mobilier

Les neuf cabanes anciennes repérées sont restées "dans leur jus", ce qui permet d'apprécier les conditions d'accueil et de vie des bergers jusque récemment, car si les cabanes vétustes ont tendance à être soit restaurées, soit remplacées par de nouvelles plus respectueuses des standards actuels, certaines ont continué longtemps à héberger leurs occupants estivants (ainsi pour les cabanes de Sainte-Anne [REF=IA04002118] et de Sangraure [REF=IA04002407], même si celle-ci a été doublée par une nouvelle cabane en contrebas, l'ancienne étant désormais inutilisée). La superficie intérieure excède rarement une dizaine de m2, comme à la cabane des Sagnes et de Sainte-Anne (REF=IA04002121), et ces deux cas de figure s'avèrent particuliers, dans la mesure où l'étage de comble y sert à la fois de logis avec dortoir et de fenil (c'est encore un marqueur d'hybridité). Lorsque le logis dispose de sa pièce dédiée, la surface au sol ne dépasse pas 8 m2. Dans les cabanes des Ânes, des Blocs, de Joyeux, de Mouret et du Sel, elle tourne autour de 5 m2. Le sol est de terre battue, à l'exception des cabanes des Sagnes et de Sainte-Anne (plancher), et celui de la cabane de Sangraure est partiellement empierré. La source d'éclairage naturel n'intervient que dans un tiers des cas (3 cabanes) par l'intermédiaire d'un jour. Un point de chauffe a été identifié à cinq reprises. L'ancienne cabane de Chabaud a perdu son toit et la disposition intérieure, perturbée, ne permet pas de trancher dans un sens ou dans un autre. Restent donc trois cabanes dépourvues de source de chauffage et/ou de cuisson (cabanes des Ânes, de Joyeux et du Sel), qui sont trois peut-être les trois cas les plus modestes. On remarque que la présence d'un poêle n'a été observée qu'une seule fois, dans la cabane de Sainte-Anne. Toutefois, l'âtre de l'ancienne cabane de Sangraure dispose d'une hotte pour l'évacuation des fumées, ce qui témoigne d'un dispositif moins sommaire qu'un simple âtre délimité au sol par quelques pierres. Cela n'a pas empêché l'accumulation de couches de suie sur les murs, qui ont servi d'écritoire aux inscriptions de générations successives de bergers. De façon significative sans doute, c'est aussi dans cette cabane que l'on a pu observer le mobilier le plus nombreux et élaboré : lit de berger, table manufacturée avec banc solidaire par un système de fixation par planches, garde-manger, placard suspendu avec étagères, et tringle ou barre de suspension servant à faire sécher des vêtements humides sans empiéter sur un espace intérieur déjà exigu. Les cabanes les plus rudimentaires (cabanes des Ânes, de Joyeux et du Sel) sont dépourvues de mobilier (si l'on excepte l'étagère simple dans la cabane de Joyeux, mais cette dernière, qui sert à présent de dépendance de la nouvelle cabane, a peut-être aussi été vidée d'un mobilier préexistant devenu inutile). Les éléments les plus fréquents sont la table et le tabouret ou le banc, ainsi que le lit, manufacturé ou non. Sur ce dernier point, les exemplaires de la cabane des Blocs (qui dispose d'une mezzanine) et de la cabane de Mouret (solidaire de la charpente) sont les plus remarquables. On notera également le buffet situé dans la cabane des Sagnes (REF=IM04002568), pièce unique qui constitue par la simplicité et l'ingéniosité de sa mise en oeuvre un exemple rare de mobilier de berger.

Intérieur de l'ancienne cabane de Sangraure avec son mobilier.Intérieur de l'ancienne cabane de Sangraure avec son mobilier.

Cabane de Mouret. Le lit solidaire de la charpente à l'étage de comble.Cabane de Mouret. Le lit solidaire de la charpente à l'étage de comble.

Buffet de berger avec charnières en cuir (cabane sur le plateau des Sagnes, Villars-Colmars).Buffet de berger avec charnières en cuir (cabane sur le plateau des Sagnes, Villars-Colmars).

Sur les neuf cabanes anciennes repérées, une seule - celle des Sagnes, qui n'est pas à proprement parler dans les estives mais à un niveau intermédiaire qui prépare à la montée vers les pâtures exclusives - continue d'être occupée ponctuellement par des bergers. La cabane de Sainte-Anne était occupée encore très récemment par les bergers (jusqu'au début des années 2020), mais les conditions de vie étaient devenues trop précaires, la cabane présentant un état de dégradation avancée (toiture non étanche, passoire thermique) pour envisager d'accueillir encore des occupants, d'autant plus que des campagnes de restauration ou de construction de cabanes nouvelles imposent des standards plus conformes au confort minimal attendu aujourd'hui par les professionnels de l'élevage ovin. Le délaissement voire l'abandon des anciennes cabanes constituent ainsi une chance pour mieux saisir la configuration et l'équipement de ces bâtiments et comprendre la façon dont vivait le berger sur l'estive. Toutefois, ces conservatoires de formes sont menacés de destruction.

Fonctions

cabanes

nature du sol

point de

chauffe

O/N

éclairage

naturel

O/N

mobilier

O/N

nombre de pièce(s)

cabane des Ânes

terre battue

N

N

N

1

cabane des Blocs

terre battue

O

(âtre)

N

O

(lit avec mezzanine, tabouret)

1

cabane de Chabaud

terre battue

NSP

N

NSP

(ruiné)

1

cabane de Joyeux

terre battue

N

(évent mais pas trace d'âtre ni de suie)

N

O

(étagère)

1

cabane de Mouret

terre battue

O

(âtre)

O

(jour)

O

(table, étagère,

lit dans fenil)

1

cabane des Sagnes

plancher

O

(âtre)

N

O

(table, buffet)

1

cabane de Sainte-Anne

plancher

O

(poêle)

O

(jour)

O

(table, banc,

étagères, lit)

1

cabane de Sangraure

terre battue (partiellement empierrée)

O

(âtre)

O

(jour)

O

(table, banc, lit,

garde-manger, étagères-placard suspendu,

barre de suspension

1

cabane du Sel

terre battue

N

N

N

1

Principales caractéristiques des anciennes cabanes d'estive villars-colmarsiennes (II).

3. Les cabanes récentes

Elles sont au nombre de huit : cabanes de Chabaud, des Chasts, de Joyeux, de Juan, de Michard, de Rougnouse Basse, de Rougnouse Haute et de Sangraure. Leur construction s'étale des années 1960 au années 2000. Quatre d'entre elles viennent remplacer d'anciennes cabanes (Chabaud, Chasts, Joyeux et Sangraure). Il existait une cabane à Rougnouse, sur la montagne de Michard, à Juan, aux Chasts, (déjà sur les cartes de Bourcet de la Saigne ou sur les plans figurés du cadastre de 1827), mais les exemples actuels sont des constructions récentes. La cabane Michard constitue un cas particulier au sein de cet ensemble car elle a été reconstruite à partir de l'ancienne, sur place, et a conservé l'enclos attenant en le restaurant dans les règles de l'art. On retrouve ce régime d'exception dans l'emplacement de l'entrée, le seul à occuper le gouttereau. En revanche, comme les autres cabanes, on y observe un traitement du pignon en placage de planche, les Chasts faisant cette fois faux bond à la règle. La variété intervient plus fréquemment dans la couverture des toits à longs pans : bac acier (Chabaud, Joyeux, Rougnouse Basse, Sangraure), planche de mélèze (Chasts, Michard) et tôle ondulée (Rougnouse Haute).

Vue d'ensemble de la cabane de Rougnouse Haute depuis l'est.Vue d'ensemble de la cabane de Rougnouse Haute depuis l'est.

Chacune de ces cabanes dispose de l'équipement minimal : poêle, table, chaises, bancs ou tabourets, couchages avec sommier et matelas, rangements, garde-manger et même cuisinière à gaz (Rougnouse Haute). Parfois une annexe accolée sert de remise et de bûcher (Chabaud). Le sol est en béton voire carrelé à Rougnouse Haute, sans doute la cabane la plus confortable et la mieux équipée à l'échelle communale. La plus ancienne des cabanes récentes, Rougnouse Basse, présente un sol planchéié. L'extérieur est parfois aménagé de manière à bénéficier d'une terrasse (Chabaud), empierrée à Rougnouse Haute, ce qui ajoute à l'agrément et au confort du lieu. L'éclairage naturel est assuré par une fenêtre au moins, protégée par un volet, et un panneau photovoltaïque peut garantir l'approvisionnement ponctuel en électricité (Rougnouse Haute). Lorsque la cabane ne contient qu'un étage une mezzanine assure des couchages supplémentaires, à l'exception des cabanes des Chasts et de Rougnouse Basse. Dans cette dernière, la pièce en étage de soubassement sert de logis, le couchage occupant l'étage de comble également dévolu à la fonction de stockage pour le matériel lié à la pratique de l'estive. Il y a donc une distinction entre partie diurne et partie nocturne qui rappelle la disposition intérieure proposée par la cabane de Mouret à proximité. On a relevé des graffitis avec dates d'occupation au milieu des années 1960, qui permettent de dater la cabane (relativement ancienne pour une cabane récente), dont témoigne la présence du plancher, que l'on retrouve dans une ancienne cabane de cultivateur sur le plateau des Sagnes (pour des raisons d'isolation) avant l'introduction du béton, lequel est devenu la caractéristique des cabanes contemporaines. L'approvisionnement en eau courante n'est pas la norme absolue, même s'il existe : un captage amène l'eau jusqu'à la cabane de Rougnouse Haute disposant d'un robinet et d'un évier intérieur. En contrebas de la cabane Michard, un captage avec robinet et abreuvoir garantit l'alimentation en eau, ne serait-ce qu'à l'extérieur de la cabane.

Parmi cet ensemble, la cabane de Juan se singularise par son plan qui met en oeuvre une construction plus développée qu'ailleurs sur la commune. Par sa morphologie, elle tend vers le petit pavillon qui ne déparerait pas dans un contexte plus urbain. Au sein d'un espace pastoral montagnard elle constitue donc une curiosité. En effet, elle propose une architecture régulière en forme de croix dont l'une des branches aurait été supprimée. Ainsi, le plan au sol est rectangulaire, mais constitué en développement par l'imbrication de deux axes perpendiculaires entraînant deux toitures à longs pans formant noue. De sorte que la façade principale est à la fois sur pignon (traité par un placage de planche sur maçonnerie) et sur gouttereau (où se situe la porte d'entrée). La cabane comporte en appentis une petite remise dédiée au stockage du matériel pastoral, outre les aménagements indispensables dissociant les espaces communs d'un côté, privatifs de l'autre (diurnes/nocturnes). La taille importante de la cabane autorise la présence de plusieurs espaces. Ainsi le rez-de-chaussée contient-il trois pièces fermées : la salle commune avec point de chauffe (gazinière), évier, rangements, où l'on se rassemble, cuisine et prend ses repas, une pièce aveugle dans la profondeur (une réserve-cellier qui fait aussi office de remise et de bûcher), ainsi qu'une pièce pour la toilette avec une douche, élément de confort encore rare pour ce type de bâtiment. Le sol est bétonné. Dans la pièce commune les ouvertures vitrées présentent des dimensions inhabituellement grandes : entrée sous la forme d'une porte-fenêtre et fenêtre à deux vantaux de format allongé contribuent à éclairer naturellement l'espace. A l'étage de comble, on trouve les couchages indépendants répartis dans deux pièces, dont l'une est accessible depuis la pièce commune par un escalier droit en bois. La toiture à forte pente est couverte en bac acier. Une terrasse partiellement empierrée devant l'entrée ainsi qu'une fontaine complètent la construction. Sommant la colonne de cette dernière, une dalle de grès porte l'inscription suivante : "1924GM17ANS". L'inscription est crédible, mais il s'agit d'un remploi.

La cabane de Juan depuis le sud-ouest.La cabane de Juan depuis le sud-ouest. Cabane de Juan. La pièce commune donne accès à une seconde pièce et au dortoir à l'étage de comble, grâce à un escalier intérieur.Cabane de Juan. La pièce commune donne accès à une seconde pièce et au dortoir à l'étage de comble, grâce à un escalier intérieur.

Cabane de Juan. Pierre portant une inscription sur la fontaine (Cabane de Juan. Pierre portant une inscription sur la fontaine ("1924GM17ANS") témoignant de la présence ancienne de l'activité pastorale sur place.

Les cabanes récentes sont dépourvues d'enclos en pierre sèche, hormis la cabane Michard, qui reconstruit une cabane ancienne en respectant semble-t-il son organisation originelle, et la cabane de Rougnouse haute (vestiges d'un enclos).

La cabane Michard avec son enclos empierré (Villars-Colmars).La cabane Michard avec son enclos empierré (Villars-Colmars).

Typologie

I – CABANES UNIFONCTIONNELLES

Ia1 – Cabane avec logis, enclos attenant (2 occurrences)

Ia2 – Cabane avec logis, enclos disjoint (0 occurrence)

Ib – Cabane avec logis, sans enclos (2 occurrences)

II – CABANES A MAISON-BLOC EN HAUTEUR

IIa1 – Cabane avec bloc en hauteur, enclos attenant (2 occurrences)

IIa2 – Cabane avec bloc en hauteur, enclos disjoint (0 occurrence)

IIb – Cabane avec bloc en hauteur, sans enclos (3 occurrences)

III – CABANES AVEC DEPENDANCES

IIIa1 – Cabane avec dépendance agricole accolée et/ou disjointe, enclos attenant (5 occurrences)

IIIa2 – Cabane avec dépendance agricole accolée et/ou disjointe, enclos disjoint (0 occurrence)

IIIb – Cabane avec dépendance agricole accolée et/ou disjointe, sans enclos (1 occurrence)

Interprétation de la classification

La typologie retenue appelle plusieurs remarques de natures différentes :

- 1/ Dix-sept cabanes ont été repérées, mais il faut plutôt considérer quinze cas, puisque certaines cabanes encore en place ont été remplacées par d'autres, plus récentes, mais sont aussi associées à celles-ci. Ainsi pour les ensembles pastoraux dit cabane de Joyeux et de Sangraure. En revanche, les cabanes de Rougnouse Basse et de Rougnouse Haute ont été traitées de manière indépendante car elles ne font pas partie d'un même ensemble, en tout cas sur le strict plan de la méthodologie de l'Inventaire général, ce qui n'exclut pas évidemment un potentiel fonctionnement complémentaire au regard de l'économie de l'unité pastorale. Dès lors, les couples anciennes cabanes/nouvelles cabanes forment des ensembles considérés non plus comme une association de cabanes typologiquement différentes, mais comme un tout illustrant une typologie propre. Il a ainsi été choisi de retenir l'évolution plutôt que l'origine (la cabane ancienne) ou la dissociation (ancienne cabane d'un côté, nouvelle cabane de l'autre) puisqu'il apparaît évident que ces cabanes constituent un ensemble. L'ensemble pastoral de la cabane de Chabaud est une exception, dans la mesure où l'ancienne cabane est aujourd'hui détruite et les deux enclos qui subsistent ne sont plus vraiment utilisés. La nouvelle cabane forme un cas autonome, et chacune a donc été prise en compte dans la typologie.

- 2/ La majorité des cabanes dispose d'un enclos pérenne attenant (neuf cas sur quinze) : on parlera donc d'ensembles pastoraux. Il n'a pas été tenu compte des enclos dissociés dans un rayon supérieur à une ou deux dizaines de mètres, car par définition les estives sont ponctuées d'enclos plus ou moins anciens qui ont servi à parquer les bêtes lorsqu'il n'était pas possible de les ramener auprès de la cabane (ainsi sur le cirque de Juan, auprès des cabanes de Chabaud et de Joyeux). C'est la raison pour laquelle le cas de figure "a2" (enclos dissocié) n'intervient pas, même si l'on sait qu'il existe dans d'autres communes. Par ailleurs, les cabanes récentes recourent à des enclos amovibles, qui ont par définition vocation à accompagner le mouvement des troupeaux sans laisser de trace pérenne. De sorte que les cabanes anciennes et récentes se différencient aussi par ce trait : la présence plus affirmée d'enclos en pierre sèche pour les premières (il constitue la norme avec 7 cas sur 9) par rapport aux secondes, où il devient l'exception (2 cas sur 8). Mais dans ces deux cas, tant pour la cabane Michard que pour celle de Rougnouse Haute, l'enclos pérenne préxiste à la cabane récente, qui remplace une cabane ancienne détruite. Pour la cabane Michard, l'aspect patrimonial de l'enclos doit être pris en considération : c'est la raison pour laquelle il a été en grande partie remonté. A Rougnouse Haute en revanche, ce dernier témoigne d'une survivance, mais n'est plus utilisé. De sorte qu'il est permis d'affirmer que la cabane récente, à Villars-Colmars, n'est pas conçue comme fonctionnant avec un enclos pérenne : la logique pratique recourt plutôt à l'usage d'enclos amovibles. Par ailleurs, on remarque que si la cabane de Sainte-Anne n'a pas d'enclos extérieur, elle dispose d'une bergerie intérieure susceptible par sa contenance de parquer un troupeau équivalent à deux trenteniers au moins. Par ailleurs, celle des Sagnes combine les options, avec un enclos attenant et une bergerie à l'étage de soubassement.

- 3/ L'inscription d'un ensemble pastoral dans le temps doit conduire à s'interroger sur la pertinence ou non de considérer chacun de ses éléments séparément. La prise en compte de standards modernes a-t-elle des conséquences sur la morphologie et la distribution des fonctions de la cabane ? Autrement dit : existe-t-il une typologie propre à la cabane récente ? Ceci entraîne un second point corrélatif : y a-t-il une permanence typologique de la cabane ancienne elle-même ? Les deux tableaux ci-dessous permettent de répondre partiellement à ces deux questions. Il ne s'agit pas de remplacer la typologie générale prenant en considération les ensembles plutôt que les individus. Toutefois, cette approche vient compléter la précédente, en proposant une lecture plus fine à travers le filtre de l'époque d'édification des cabanes.

typologie

cabanes

Ia1

Ia2

Ib

IIa1

IIa2

IIb

IIIa1

IIIa2

IIIb

cabane des Ânes

X

cabane des Blocs

X

cabane de Chabaud

X

cabane de Joyeux

X

cabane de Mouret

X

cabane des Sagnes

X

cabane de Sainte-Anne

X

cabane de Sangraure

X

cabane du Sel

X

Typologie des anciennes cabanes.

typologie

cabanes

Ia1

Ia2

Ib

IIa1

IIa2

IIb

IIIa1

IIIa2

IIIb

cabane de Chabaud

X

cabane des Chasts

X

cabane de Joyeux

X

cabane de Juan

X

cabane Michard

X

cabane de Rougnouse Basse

X

cabane de Rougnouse Haute

X

cabane de Sangraure

X

Typologie des cabanes récentes (après 1950).

Outre la différence de l'enclos (tendance à la présence ou à l'absence selon que l'on considère une cabane ancienne ou récente [après 1950]), on relève que les cabanes anciennes ont tendance à présenter une organisation plus rudimentaire, majoritairement sur un niveau unique (5 cas sur 9). En outre, les dépendances agricoles sont davantage des annexes fort modestes, souvent mises en oeuvre à la hâte avec des matériaux légers malgré leur utilité (étable sous appentis aux cabanes des Blocs et de Chabaud, à l'intérieur de l'enclos). La cabane récente quant à elle, même lorsqu'elle ne présente pas d'accès extérieur à l'étage de comble, dispose dans sept cas sur huit d'un accès interne à ce dernier ou d'une mezzanine par le biais d'une échelle de meunier, afin d'assurer des couchages supplémentaires et/ou de dissocier les espaces (diurne/nocturne). Une seule cabane dispose d'une véritable pièce fermée supplémentaire au moins au premier niveau (comme on peut l'observer par exemple à Colmars ou Allos dans les cabanes les plus récentes (Encombrette [REF=IA04003121], Vallonet [IA04002438]). Il s'agit de la cabane de Juan. Pour autant, l'existence d'un espace de couchage séparé (en bas ou en mezzanine) témoigne d'une volonté de lutter contre la promiscuité et d'améliorer le confort de vie des bergers.

Enfin, il est intéressant de constater que quatre enclos sont dallés (ou empierrés de pierres plates) : ceux des cabanes des Blocs, de Chabaud, de Joyeux et Michard, ce dernier, bien que restauré, n'ayant pas été modifié quant au revêtement du sol. Il s'agit d'une particularité des ensembles pastoraux villars-colmarsiens, plus marquée qu'ailleurs.

Le sol de l'enclos de la cabane des Blocs est recouvert de dalles de pierres.Le sol de l'enclos de la cabane des Blocs est recouvert de dalles de pierres.

1"Thésaurus de l'architecture", Monique Châtenet et Hélène Verdier (dir.), éditions du patrimoine, coll. "Documents et Méthodes", n° 7, 2000, note 1 p. 8.2L'implantation en étage de soubassement permet d'augmenter les chances de pérennité de la cabane en atténuant les effets d'un éboulis ou d'une avalanche, fréquents dans ce contexte.
Aires d'étudesPays Asses, Verdon, Vaïre, Var
Dénominationsentrepôt agricole, cabane, ensemble pastoral, abri troglodytique
AdresseCommune : Villars-Colmars
Période(s)Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle
Principale : limite 20e siècle 21e siècle
Typologies1.2 : entrepôt agricole unifonctionnel : remise ou étable ; 2.1 : entrepôt agricole multifonctionnel : fenil sur étable ; 2.2 : entrepôt agricole multifonctionnel : polyvalent avec fenil ; 2.3 : entrepôt agricole multifonctionnel : polyvalent sans fenil ; Ia1 : logis avec enclos attenant ; Ib : logis sans enclos ; IIa1 : bloc en hauteur avec enclos attenant ; IIb : bloc en hauteur sans enclos ; IIIa1 : dépendance agricole accolée et/ou disjointe avec enclos attenant
Toitsacier en couverture, tôle ondulée, bois en couverture
Murscalcaire moellon
grès moellon
Décompte des œuvresrepérées 33
étudiées 12

Références documentaires

Documents figurés
  • Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197.

    CH 194, feuilles 4 bis et 10 bis.
Bibliographie
  • DEL ROSSO, Laurent, MOSSERON, Maxence. Habiter l'alpage. Cabanes d'estive au fil du Verdon. Collection Parcours du Patrimoine, n° 396. Lyon : Lieux-dits, 2015, 88 p.

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Mosseron Maxence
Mosseron Maxence (1976 - )

Chercheur au Service régional de l'Inventaire de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (2007- )


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