Photographe Inventaire général.
- enquête thématique régionale, Patrimoine religieux de Serre-Ponçon Guillestrois-Queyras
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Communauté de communes de Serre-Ponçon - Embrun
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Commune
Les Orres
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Lieu-dit
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Cadastre
1812
A
2869
;
2023
A
1367
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Dénominationséglise paroissiale
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VocablesSainte-Marie-Madeleine
I- Historique
Les archives conservées ne permettent pas de retracer l’histoire de l’église Sainte-Marie-Madeleine des Orres. Néanmoins, le style de l’édifice et la date de 1501 gravée sur l’un des contreforts encadrant le portail sud attestent que l’église fut bâtie les dernières années du 15e siècle. En 1507, son portail est cité comme modèle pour construire celui de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Guillestre (référence documentaire IA05000249) dans un prix-fait conservé aux Archives départementales des Hautes-Alpes.
En 1776, le sieur Daurelle, curé des Orres, y effectue de petits travaux. Il fait installer des boiseries dans la sacristie, fait blanchir le chœur et réparer les vitres pour un total de 37 livres 10 sols.
Au 19e siècle plusieurs campagnes de travaux sont entreprises. En 1837, les planchers de la nef et du chœur sont refaits. Entre 1854 et 1858, le clocher est surélevé d'un niveau. Il est sommé d'une flèche maçonnée. A la fin du 19e siècle, l'auvent charpenté qui protégeait les peintures visibles sur le mur sud de la nef est démoli. Sans protection, les peintures disparaissent rapidement. En 2008, un nouvel auvent est bâti.
II- Description
L’église se situe un peu à l’extérieur du chef-lieu des Orres, un village à l’habitat dispersé dans de très nombreux hameaux des deux côtés du torrent des Vachères.
1- Le plan
L’église se compose d’une nef de trois travées qui ouvre sur un chœur d’une travée à chevet plat. Elle a donc un plan allongé.
2- L’élévation extérieure
a- Les murs de la nef
Le mur de la nef sont bâtis en moellons de pierre assisés et liés au mortier. Une légère couche d’enduit les recouvre. Ils sont scandés par deux dosserets appareillés en tuf local. Ceux élevés sur la façade occidentale sont en marbre.
La partie haute du mur sud est percée de baies en arc plein cintre aux ébrasements biais ; le mur nord est aveugle.
Un auvent charpenté est adossé au flanc sud, il protège les dernières traces des cycles peints de la fin du Moyen Age.
b- Le clocher
Elevé à l’extrémité orientale du mur nord de la nef, le clocher-tour a un plan carré. Bâti en moellons de pierre assisés et liés au mortier, ses angles sont chaînés et il est coiffé d’une flèche maçonnée.
Les deux derniers niveaux accueillent la chambre des cloches. Ils sont encadrés de bandeaux horizontaux moulurés. Contrairement à l’usage local, chacun des niveaux est percé sur ses quatre faces de deux baies en arc brisé. Au premier niveau, ces baies sont séparées ; au second, elles sont géminées et plus larges, leurs retombées reposent sur des colonnettes de marbre rose.
Une frise d’arcatures trilobées court à l'arase du mur et une plateforme couvre le clocher. Au sommet, une flèche maçonnée s'élève. Ses pans plats sont percés de lucarnes en arc brisé tandis que des mitres d’amortissement contrebutent ses pans biais.
c- Le portail sud
Percé dans la travée orientale du mur sud de la nef, le portail principal est accessible depuis la terrasse qui accueillait jadis le cimetière. Son arc en plein cintre a trois voussures toriques qui retombent sur les colonnettes et les redents des deux ébrasements identiques.
Les colonnettes sont séparées par des redents. Elles sont posées sur des bases prismatiques terminées en doucine. Celles-ci sont reliées par leur astragale. Les bases se prolongent au-delà de la doucine pour pénétrer dans le socle.
Les colonnettes sont coiffées de chapiteaux-frises qui sont les exactes répliques des bases inversées selon un axe de symétrie horizontal.
Le linteau de la porte rectangulaire est orné d’une frise de faux remplages à soufflets et mouchettes. Il repose sur des coussinets à moulures saillantes. Le tympan était peint et porte encore une inscription difficilement lisible. Le portail est encadré par une moulure rectangulaire qui délimite un panneau traité en pierre de taille et se termine, à chaque extrémité, par des boutons feuillagés.
Deux consoles sont engagées le long des contreforts qui délimitent la travée. Elles imitent des entablements mais sont agrémentées à l’ouest par trois petites têtes (vache, homme et bélier) et à l’est par un visage humain stylisé. Ces consoles soutenaient – avec des lions stylophores dont un est installé sur le mur de clôture de l’espace ecclésial – un porche aujourd’hui disparu.
d- Le chevet
Le chevet est recouvert d’enduit et ses angles sont confortés par des dosserets d’angle. Ses murs nord et sud sont percés par deux baies en arc brisé agrémentées de remplages trilobés.
e- Analyse
L’extérieur de l’église est d’une grande sobriété : seul le portail offre aujourd’hui des points de comparaison possible avec d’autres édifices de l’Embrunais. Si, comme l’immense majorité des portails de la fin du Moyen Age dans le secteur, celui des Orres adopte un arc en plein cintre caractéristique de la permanence des formes, l’usage des bases prismatiques en pénétration dans leur socle est le témoin d’un changement d’époque. Ces formes ne se retrouvent que sur le portail de l’église de Crots (référence documentaire IA05001713) avec un modèle plus écrasé. La création d’une symétrie par le retournement de la forme des bases pour créer un chapiteau-frise est inédit et il fait également basculer l’édifice dans une nouvelle ère où la géométrie et la symétrie sont érigées en canon de beauté.
Les consoles moulurées qui soutenaient les retombées des voûtes du porche ressemblent à de véritable morceaux d'architrave réutilisés dans une architecture non adaptées. L’utilisation de forme moulurées empruntées à l’architecture antique pour créer des chapiteaux ou des culots semblent apparaître dans le secteur autour de 1465-1470 avec les créations de Mathieu Dugas à Saint-Martin-de-Queyrières (voûtes d’ogives) (référence documentaire IA05000441) et à la Salle-les-Alpes (voûtes d’ogives et nef) (référence documentaire IA05000188) et dans une moindre mesure au porche de Saint-Sauveur (référence documentaire IA05001709)
3- L’élévation intérieure
a- La nef
Uniquement éclairée par trois fenêtres hautes au sud, la nef a trois travées séparées par les colonnes engagées dans lesquelles pénètrent les retombées des voûtes d’ogives quadripartites. Ces demi-colonnes ont des bases à facettes semi-hexagonales qui s’évasent en doucine. Le socle qui les soutient a deux niveaux séparés par un profond sillon.
Les ogives ont un filet composé d'une succession de moulures concaves. Les voûtains sont appareillés en pierre. Le raccord entre les voûtes et les murs se fait au moyen d’arcs formerets d'un profil similaire aux ogives.
Des chapelles ont été aménagées dans les murs, à la manière d'un enfeu : trois dans le mur nord, deux dans le mur sud. Celles du nord sont légèrement plus hautes que celles du sud. Ouvertes au moyen d’arcs plein-cintre, elles ont environ quatre-vingt centimètres de profondeur. Au sud, leurs arcs sont bordés par des archivoltes dont l’unique moulure torique repose sur de petites bases à facettes.
Vue intérieure depuis l'ouest.
b- Le chœur
Le chœur est plus bas que la nef. Un arc triomphal sépare les deux volumes. Son arcade brisée est formée de moulures concaves. Elle court sans interruption d’une base à l’autre. Aujourd’hui très abîmées, celles-ci sont formées de facettes évasées en doucine. Leurs arêtes prismatiques se poursuivent dans leur socle.
Le chœur n’a qu’une travée. Celle-ci est couverte d’une voûte d’ogives quadripartites dont les branches ont un profil similaire à celles de la nef. Leur clef est ornée d’un losange décoratif.
De part et d'autre de l'arcade d'entrée du chœur, des corbeaux sculptés soutenaient jadis une ou deux poutres de gloire.
c- Analyse
L’église Sainte-Marie-Madeleine des Orres est le seul édifice de l’Embrunais a être intégralement couvert de voûtes d’ogives. Contrairement la majorité des voûtes d’ogives de ce secteur, celles-ci sont bâties avec des formerets. Cette église est également l’exemple local le plus abouti de mise en œuvre du vocabulaire architectural flamboyant avec des voûtes en pénétration, des bases à facettes, des doucines, etc.
Très homogène, l’église ne semble pas avoir fait l’objet de transformation majeure depuis les années 1500 à l’exception de la création de chapelles en œuvre, creusées dans le mur nord, au 19e siècle.
III- Conclusion
L'analyse architecturale témoigne d’un projet qui incluait dès l’origine la création de voûte d’ogives contrairement à l’église des Cordeliers à Embrun (référence documentaire IA05001708), à celle de Saint-Sauveur (référence documentaire IA0500709) ou de Crots (référence documentaire IA05001713).
C’est également la seule église de l’Embrunais où la technique de la voûte d’ogives apparaît comme parfaitement maîtrisée grâce à l’utilisation de formerets. De ce fait, elle pose un jalon dans l’histoire de la voûte d’ogives dans l’Embrunais : avant, l'église des Orres, les artisans intervenus sur les chantiers locaux ne maîtrisaient pas la technique de la voûte d'ogives qu'ils montaient à la manière d'une voûte d'arêtes, sans formerets. Cette avancée technique peut donc localement être datée du quatrième quart du 15e siècle, une fourchette chronologique cohérente, quoiqu'un peu plus tardive que les voûtes que Mathieu Dugas a monté dans le Briançonnais, à Saint-Martin-de-Queyrières (référence documentaire IA05000441) et à la Salle-les-Alpes (référence documentaire IA05000188), dans les années 1460-1470.
Enfin, à l’exception des petites sculptures sous les consoles qui soutenaient le porche et sur les corbeaux sur lesquels s’appuyaient les poutres de gloire, l’église Sainte-Marie-Madeleine des Orres est également le seul édifice médiéval de l’Embrunais dont les caractéristiques stylistiques correspondent complètement à son époque. En effet, les autres édifices sont toujours en décalage stylistique soit par l’omniprésence de l’arc en plein cintre, des voûtes en berceau dans les nefs, de l’utilisation de chapiteaux ou de l’absence de bases de colonnes ornés de sculptures archaïsantes jusque dans le dernier quart du 15e siècle.
Ainsi, bâtie dans les dernières années du 15e siècle, l’église Sainte-Marie-Madeleine est un exemple unique dans l’Embrunais et un jalon important pour la diffusion de l'art gothique dans la haute vallée de la Durance. On ignore qui fut son maître d'oeuvre et si elle a bénéficié des plans de Galéas (magistri appellati Gallee) cité dans le prix-fait de l'église de Guillestre dont l'architecture de la nef est très similaire à celle de Sainte-Marie-Madeleine-des-Orres.
L'église Sainte-Marie-Madeleine a été construite dans les dernières années du 15e siècle et les premières du 16e siècle ainsi qu’en atteste la date de 1501 apposée sur l’un des contreforts de sa façade. Entre 1854 et 1858, le clocher est surélevé d'un niveau et coiffée d'une flèche maçonnée. Il est possible que cette église ait été construite par Galéas, maître d’œuvre de l’église de Guillestre.
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Période(s)
- Principale : limite 15e siècle 16e siècle
- Secondaire : 3e quart 19e siècle
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Dates
- 1501, porte la date
- 1858, porte la date
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Auteur(s)
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Auteur :
Galéasmaître d'oeuvre (incertitude), attribution par analyse stylistiqueGaléasCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Artiste d'origine italienne, auteur du plan de l'église Notre-Dame de Guillestre au 16e siècle.
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Auteur :
L'église a un plan allongé composé d'une nef et d'un chœur, couverts de voûtes d'ogives quadripartites. Elle est bâtie en moellons liés au mortier et recouverts d'enduit. Elle est protégée par un toit à longs pans. Son clocher hors-œuvre est coiffé d'une flèche maçonnée. Le matériau de couverture de la nef n'a pas pu être observé.
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Murs
- pierre moellon sans chaîne en pierre de taille enduit
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Toitspierre en couverture
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Plansplan allongé
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Étages1 vaisseau
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Couvrements
- voûte d'ogives
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Couvertures
- toit à longs pans
- flèche carrée
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Techniques
- peinture
- sculpture
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Précision représentations
Sur le mur extérieur sud, un cycle peint était représenté. Il était séparé en plusieurs tableaux rectangulaires. Il n'en subsiste plus que les vestiges très lacunaires de deux personnages ailés - vraisemblablement des anges - et un personnage féminin. Autour de portail, des animaux, dont une chouette, ont été sculptés en haut-relief.
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Statut de la propriétépropriété de la commune,
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Intérêt de l'œuvreà signaler
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Protectionsinscrit MH, 1992/12/21
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Précisions sur la protection
Eglise Sainte-Marie-Madeleine (cad. A 1367) : inscription par arrêté du 21 décembre 1992
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Référence MH
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
- (c) Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
- (c) Ministère de l’économie et des finances
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
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- (c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
Documents d'archives
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Prix-fait de la reconstruction de l'église de Guillestre. 20 juin 1507. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : GG 6.
-
Ordre de remboursement des travaux effectués par le sieur Daurelle, curé, dans l'église des Orres, 26 juin 1776. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 270.
Bibliographie
-
GIORDANENGO, Gérard. La reconstruction des églises paroissiales dans le diocèse d'Embrun (XVe siècle - milieu du XVIe siècle). Dans : Congrès archéologique de France, Dauphiné, 1972. Paris : Société française d'archéologie, 1974, p. 162-181.
-
DARTEVELLE, Guylaine. Églises médiévales des Hautes-Alpes. Taulignan : Plein Cintre éditions, 1990. 119 p.
Documents figurés
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Plan cadastral de la commune des Orres, 1812. / Dessin à l'encre et lavis sur papier par Kirwan Auguste, ingénieur-vérificateur, et Michel, Chéradame et Allec, géomètres. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1001.
section A, 3e feuille, parcelle 2869.
Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.
Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.