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maisons

Dossier IA04002076 réalisé en 2010

Fiche

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I. Contexte de l'enquête

A. Le repérage

Ce dossier concerne les maisons de la commune d'Entrevaux (canton d'Entrevaux, Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var, département des Alpes-de-Haute-Provence).

Le terme "maison" comprend les édifices totalement dévolus à l'habitation, ainsi que ceux comprenant une partie habitation et une partie agricole (étable, remise, fenil…) réunies sous un même toit.

B. Les conditions de l'enquête

Le repérage des maisons sur la commune d'Entrevaux a été effectué de juillet à octobre 2010. Le recensement s'est fait à partir des plans cadastraux de 1977 et 1980. Le plan cadastral dit "napoléonien" (levé en 1816 pour la commune d'Entrevaux et en 1817 pour l'éphémère commune de Plan-du-Puget) a servi de point de repère et de comparaison pour les bâtiments antérieurs à cette date ; l'ensemble des états de section de ce cadastre a été consulté.

Toutes les constructions portées sur le cadastre actuel ont été vues, au moins de l'extérieur, sauf au quartier de Sumaure qui n'a pas été visité.

Le repérage a été effectué à l'aide d'une grille de description morphologique propre aux maisons et décrivant :

- la ou les fonction(s) visible(s) du bâtiment,

- la présence éventuelle et la caractérisation des espaces libres,

- la mitoyenneté,

- les matériaux principaux et secondaires et leur mise en œuvre,

- la forme du toit et la nature de la couverture et de l'avant-toit,

- le nombre d'étages visibles,

- la description des élévations et des baies,

- les décors extérieurs,

- les aménagements intérieurs (escalier, cheminée, cloisons…)

- les inscriptions historiques : dates portées, inscriptions.

Cette grille de repérage a donné lieu à l'alimentation d'une base de données destinée à faire un traitement statistique et cartographique.

Le repérage est toujours confronté à la question de l'état du bâti. Ainsi, ont été repérés les bâtiments ayant subi quelques modifications de détail n'affectant pas leur lecture architecturale. Les bâtiments ruinés mais dont le parti pris architectural d'origine restait lisible ont également été repérés. En revanche, les bâtiments ayant subi des transformations majeures rendant illisibles leurs caractères architecturaux n'ont pas été retenus. Les bâtiments non retenus sont principalement ceux qui ont été très remaniés à une période récente, selon des normes de construction, des matériaux et un vocabulaire architectural très éloignés de ceux de l'architecture locale : élévations entièrement repercées de grandes ouvertures rectangulaires masquant les baies anciennes, utilisation de matériaux récents rendant illisible le parti d'origine, restructuration intérieure totale ou profonde.

L'analyse a été réalisée à partie des cadastres de 1816 et de 2006.

II. Typologie générale à l'échelle de la commune

Un total de 284 maisons a été repéré (228 dans le village, 56 pour le reste de la commune), 48 ont été sélectionnées, ce qui représente 16,9% du corpus d'ensemble. La répartition s'effectue comme suit : 38 intra muros ont fait l'objet d'un dossier. Le nombre d'immeubles INSEE de référence est issu du recensement de 1975.

La typologie présentée dans le tableau ci-dessous a simplement vocation à apporter des données statistiques à l'échelle communale. Elle rassemble donc les maisons intra et extra muros, en considérant qu'il convient de garder à l'esprit les différences entre les deux sources présentées plus bas :

- A1 : Maison avec partie agricole, commerciale ou artisanale en partie basse (12,3% du corpus)

(35 repérées ; 7 sélectionnées [20%])

- A2 : Maison avec partie agricole en partie haute (4,2% du corpus)

(12 repérées ; 2 sélectionnées [16,7%])

- A3 : Maison avec parties agricoles en parties basses et hautes (74% du corpus)

(210 repérées ; 32 sélectionnées [15,9%])

- B : Maison sans partie agricole, commerciale ou artisanale (9,5% du corpus)

(28 repérées ; 8 sélectionnées [29,6%])

A1

A2

A3

B

TOTAL

12,3%

42,2%

74%

9,5%

100%

Tableau comparatif de la proportion de chaque type de maison commune d'Entrevaux.

On constate une grande différence entre l’intra et l’extra muros pour les maisons de type B. En effet, la fonction logis sans partie agricole est très représentée extra muros (plus du tiers du corpus) alors même que les maisons de type A3 (parties agricoles en parties basse et haute), d’ordinaire fortement majoritaires dans le Pays A3V, n’atteignent même pas la moitié du total repéré. Les chiffres rapportés à l’ensemble de la commune sont plus « conformes » au reste de l’ère d’étude considérée (moins de 10% pour les maisons de type B). Mais ils ne doivent pas occulter le fait qu’elles sont proportionnellement bien plus nombreuses dans le terroir que dans le village où elles restent inférieures à 3%, soit une part extrêmement faible, presque négligeable. L’inversion des proportions traditionnelles entre le village et le reste de la commune sur ce point laisse donc une interrogation en suspens.

III. Caractères morphologiques : Entrevaux extra muros

Une petite dizaine de maisons portent une date, comprise entre la fin du 18e siècle et la seconde moitié du 20e siècle : 1770, 1872, 1876, 1880, 1908, 1910, 1912, 1949, 1960. Au moins deux maisons date probablement du 16e siècle. Les autres maisons datent de la fin du 18e siècle pour les plus vieilles, mais surtout de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle, période qui correspond à de nombreuses modifications des alentours immédiats de la ville : implantation de la voie ferrée et des digues du Var, construction de l'actuelle R.N. 202. Ces dernières maisons sont des maisons de maître ou de villégiature.

A. Implantation et composition d'ensemble

34 % des maisons de la commune ont été repérées dans les écarts (Bay, Les Lacs, Saint-Pierre Le Brec, Le Plan, La Colle, Les Clauvers, Valbonnette, Les Bouérys, Haut-Agnerc). Les autres maisons se trouvent autour d'Entrevaux, en rive gauche du Var (Les Lauves, l'Hubac) ; 19,5 % des maisons du corpus se trouvent au quartier de La Gare. Quelques maisons ont été repérées autour du Plan et dans les quartiers agricoles riverains du Var (Ragot, Valcroix...).

Cette répartition spatiale se retrouve dans le fait que 55,5 % des maisons ne possèdent pas de murs mitoyens. 34 % possèdent un mur mitoyen, et 10 % deux murs.

Les maisons sont des blocs en hauteur, elles sont généralement traversantes. 40 % des maisons possèdent une façade antérieure constituée de niveaux d'habitation placés entre deux niveaux agricole ou commercial, 37,5 % des façades antérieures ne présentent que des niveaux d'habitation. Les façades postérieures sont majoritairement constituées de niveaux d'habitation (57 %), parfois surmontée d'un niveau agricole (32 %).

53,5 % des maisons possèdent un jardin attenant et 50 % une cour mitoyenne, parfois dallée ou caladée.

B. Matériaux et mise en œuvre

Les bâtiments sont principalement construits en maçonnerie de moellons calcaires, généralement peu équarris, montés au mortier de chaux et de sable, parfois complétés avec des blocs de tufs (9 % du corpus) ; 8 % des maisons sont construites en parpaings pleins artisanaux. On note la présence ponctuelle de briques ou de galets dans les maçonneries.

Les chaînes d'angles sont généralement renforcées par des gros moellons équarris. La présence de chaînes d'angle en pierre de taille calcaire et/ou de tuf concerne 9 % des maisons.

Les enduits anciens sont conservés pour 75 % du corpus. Ils sont souvent lissés (39 %), rustiques (14 %) ou dressés à la tyrolienne (11 %). Les enduits à pierres vues ne représentent que 7 % du corpus. Un enduit à inclusions de petits cailloux a été repéré ; une maison dont les élévations ne sont pas enduites (maçonnerie de parpaings pleins) a été repérée.

Les encadrements des fenêtres sont la plupart du temps en maçonnerie, avec un linteau en bois ; l'enduit de finition est réalisé au mortier de gypse lissé portant une feuillure. Les encadrements de porte sont réalisés de la même manière ; le linteau en bois pouvant parfois être remplacé par un arc segmentaire en moellons. 16 % des maisons du corpus possède un encadrement de porte en pierre de taille calcaire : avec un arc segmentaire dans les deux tiers des cas, avec un linteau monoxyle pour le tiers restant.

Les contrevents anciens, qui occultent les fenêtres, ont été remplacés par des équivalents récents dans 37,5 % des cas. Des contrevents en bois plein ont repérés pour 41 % du corpus, des contrevents à persiennes pour 11 %, des contrevents à persiennes basses pour 9 %, des contrevents à persiennes doubles pour 10,5 %. Quelques cas de contrevents à persiennes hautes ont également été notés. Plusieurs types de contrevents ont été notés sur 23 % des maisons.

La présence d'une voûte en berceau segmentaire a été repérée dans 12,5 % maisons : principalement voûtes en berceau segmentaire, mais aussi voûte en berceau plein-cintre et voûtines en briques et poutrelles métalliques. Ces voûtes couvrent une étable ou une resserre qui, dans les autres cas, est couverte par un plancher sur solives. Les pièces des étages supérieurs possèdent un plancher sur solives. Les sols des pièces à usage d'habitation sont souvent couverts en carreaux de terre cuite carrés ou rectangulaires, en tomettes hexagonales ou en carreaux de ciment teintés. Le sol de l'étable est en terre battue, le sol du fenil est un plancher rustique ou une chape de mortier sur solivettes.

Les murs des pièces d'habitation reçoivent un enduit au plâtre lisse et sont souvent peints en blanc, avec des plinthes de couleur foncée (brun, noir, rouge). Deux cas de frises décoratives peintes au rouleau ou au pochoir ont été repérées. Les cloisons intérieures sont réalisées principalement en maçonnerie légère et pans de bois. Les plafonds des pièces d'habitation reçoivent parfois un enduit lisse au plâtre, dressé sur des canisses.

La pièce servant de cuisine dispose d'une cheminée adossée ou a demi-engagée dans un mur. La forme des manteaux de cheminée est généralement rectangulaire, parfois galbée, avec une corniche moulurée. Cette cheminée est parfois accompagnée d'une niche regroupant un potager de cuisson et un cendrier. Une pile d'évier est aménagée dans un angle de la cuisine ou sous une fenêtre. Des placards muraux ou en maçonnerie légère sont installés dans la cuisine et dans les chambres. Les appuis de fenêtres sont en carreaux de terre cuite, exceptionnellement en pierre de taille. Un balcon extérieur ancien a été noté sur 12,5 % des maisons et 5 % possèdent une terrasse.

C. Structure, élévation, distribution

Les maisons ont de deux à cinq niveaux d'élévation : deux niveaux (7 %), trois niveaux (62,5 %), quatre niveaux (27 %), cinq niveaux 3,5 %. 61 % des maisons possèdent une élévation ordonnancée en travées. La répartition se fait ainsi : 3 % à une travée, 17,5 % à deux travées, 61,5 % à trois travées, 6 % à quatre travées, 6 % à cinq travées et un cas à sept travées.

Du fait du relief important de la commune, 84 % des maisons possèdent un ou plusieurs étages de soubassement : 71,5 % des maisons possèdent un étage de soubassement, 9 % possèdent deux étages de soubassement et un cas a été repéré avec quatre étages de soubassement. Une maison possédant un sous-sol a été repérée. Au niveau de la répartition des étages, le cas le plus fréquent (50 % du corpus) correspond aux maisons organisées ainsi : un étage de soubassement + un rez-de-chaussée surélevé + un étage carré et/ou un étage de comble. La seconde occurrence (10,5 % des cas) s'organise ainsi : un rez-de-chaussée + un étage carré + un étage de comble ou un rez-de-chaussée + deux étages carrés.

5 % des maisons ne possèdent ni escalier de distribution extérieur ni escalier intérieur, tous les accès se faisant de plain-pied. 18 % des maisons possèdent uniquement un escalier de distribution extérieur, 16 % possèdent un escalier extérieur et un escalier intérieur. Il faut cependant noter que dans 41 % des cas, cette observation n'a pas pu être faite.

Les escaliers de distribution extérieurs sont construits en maçonnerie, les marches sont souvent en pierre de taille calcaire. Ils sont généralement adossés parallèlement à la façade (73 % des cas), parfois perpendiculairement ou en L. Un repos est aménagé devant la porte du logis dans 53 % des cas ; ce repos, parfois couvert, est souvent aménagé sur une logette voûtée.

Les escaliers intérieurs sont construit en maçonnerie légère de chaux et de plâtre sur une structure en bois. Les contre-marches sont façonnées au mortier ou sont en bois, les nez de marche sont en bois et les marches reçoivent généralement des carreaux de terre cuite. Ils sont le plus souvent tournants, sinon droits.

55,5 % des maisons possèdent une étable, 44,5 % possèdent un fenil et 44,5 % possèdent une resserre. Une remise a été notée dans 18 % des cas, un séchoir dans 9 %, un pigeonnier dans 5,5 % et un atelier dans 3,5 %. Une citerne a également été repérée.

La présence d'un puits, d'une fontaine ou d'un lavoir a été notée pour 12,5 % du corpus. En outre, un pressoir, une cuve à vin et un four à pain ont été repérés accompagnant une maison. Un tilleul ou une treille de vigne accompagne souvent la maison. D'autres types d'arbres, à la fois utiles et d'ornement, ont été rencontrés : marronnier, mûrier, plaqueminier, cyprès, saule pleureur... A noter un très grand cèdre, classé, au Plan-de-Puget.

D. Couverture

Les toits sont à un pan (29 % du corpus) dans les écarts. Ailleurs, ils sont à longs pans (69 % du corpus), parfois asymétriques. Ils sont quelquefois compliqués de croupes ou d'une partie en pavillon. Un cas de maison couverte par un toit en pavillon simple a été noté.

Les avants-toits anciens conservés (84 % du corpus) sont traités en génoise : un rang (16 %) ou deux rangs (34 %) de génoises maçonnées. Un quart des maisons possède un avant-toit en charpente légère, adapté à une couverture en tuile plate mécanique. On note également deux cas dont l'avant-toit est constitué du simple débord des chevrons de toiture ou des tuiles de couverture. La présence d'une saillie de rive en pignon concerne 37,5 % des maisons. Cette saillie de rive est constituée d'un rang de génoise dans 75 % des cas, de deux rangs pour un quart des maisons (toutes situées au quartier de La Gare).

La couverture traditionnelle est la tuile creuse mais elle a été souvent remplacée par des matériaux modernes (plaques de fibro-ciment notamment), lesquels concernent 30,5 % des maisons de la commune.

Près d'un tiers des maisons sont couvertes en tuile plate mécanique, se sont les maisons construites à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle.

E. Décor

Les décors de façades concernent 48 % des maisons. Ils se présentent sous forme de faux encadrements et de faux appareil (fausse chaîne d'angle, faux soubassement), le plus souvent gravés dans l'enduit et rehaussés d'un liseré de couleur. On note également des cadres de façade et des bandeaux de niveaux peints.

Trois maisons avec fausses fenêtres en trompe-l'œil on été repérées, deux avec des frises peintes (motifs végétaux). Un cadran solaire a été noté. Enfin, 12,5 % des maisons possèdent des portes de logis avec des menuiseries sculptées ou décorées ; parfois une grille de tympan en ferronnerie.

F. Typologie 1 des maisons hors agglomération

A1 : Maison avec partie agricole, commerciale ou artisanale en partie basse (14,5 % du corpus) (8 repérées ; 0 sélectionnée) : Logis au-dessus ou à côté d'une partie agricole ou commerciale

A2 : Maison avec partie agricole en partie haute (0 % du corpus) (0 repérée ; 0 sélectionnée) : Logis en dessous ou à côté d'un fenil

A3 : Maison avec parties agricoles en parties basses et hautes (48 % du corpus) (27 repérées ; 5 sélectionnée) : Logis entre les parties agricoles

B : Maison sans partie agricole, commerciale ou artisanale (37,5 % du corpus) (21 repérées ; 4 sélectionnée) : Absence de partie agricole

A1

A2

A3

B

TOTAL

14,5%

0%

48%

37,5%

100%

Tableau comparatif de la proportion de chaque type de maison commune d'Entrevaux extra muros.

Interprétation de la classification

Les données statistiques montrent très clairement que, sur la commune d'Entrevaux, les modes de vie et les modes d'habiter impliquaient une grande mixité des hommes et des bêtes.

Ce phénomène se traduit par le fait 48% du corpus correspond à des maisons dont le logis est compris entre une partie basse agricole (étable, remise...) et une partie haute à vocation également agricole (fenil, séchoir). Ces maisons sont situent pour la grande majorité dans les écarts dispersés sur la commune. Une seconde catégorie (14,5% du corpus) est celle des maisons où le logis est installé au-dessus d'une partie agricole : étable, porcherie, resserre. Ensemble, ces deux catégories représentent 62,5% du corpus et traduisent la forte imbrication des fonctions agricoles dans l'habitat, notamment la présence des étables en-dessous de l'habitation.

Par ailleurs, 37,5% des maisons du corpus sont entièrement dévolues à l'habitation. Celles-ci sont situées à proximité de la ville d'Entrevaux, dans les quartiers résidentiels construits à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle.

IV. Les maisons du centre d’Entrevaux : analyse détaillée

Les maisons constituent l’immense majorité du bâti entrevalais intra muros, puisque sur les 233 édifices repérés, 228 appartiennent à cette catégorie, soit près de 98% du total. Le restant relève des entrepôts agricoles. La trame urbaine n’a pour ainsi dire pas évolué depuis la fin du 17e siècle, et les cadastres de 1816 et de 2006 sont superposables sans modifications autres que marginales.

A. Datation, implantation et composition d’ensemble

1. Éléments de datation

Les dates portées sont toujours sujettes à caution, mais permettent parfois d’affiner la connaissance d’un bâtiment, lorsqu’elles complète des données plus fiables, tels que les documents d’archives. Ainsi la maison située en 2006 G 94 propose une datation précise : 1848, qui correspond de façon quasi assurée à une réunion de deux anciennes parcelles. L’encadrement doit donc être daté de cette époque. En effet l’état de section indique qu’en 1816 l’actuelle parcelle 94 était scindé en deux parcelles mitoyennes (161 et 165). Les dates sont étalées dans le temps, mais certaines d'entre elles, les plus précoces, paraissent crédibles. En l’absence de plus amples documents d’archives, la trame urbaine témoignerait d’un état au plus tard de la seconde moitié du 17e siècle, et peut-être plus ancienne. D’autres éléments permettent d’incliner en ce sens : on trouve ainsi deux escaliers rampe sur rampe (parcelles 245 et 249), un escalier préservé avec des balustres rampants (parcelle 134) ou encore deux vestibules voûtés d’arêtes (parcelles 119 et 2381). Autant de marqueurs temporels qui semblent désigner le 17e siècle.

siècle

date précise

quantité

référence cadastrale

16e siècle

- 154[?]

- 1571

2

- 2006 G 159

- 2006 G 130

17e siècle

- 1669

- 1673

- 1675

3

- 2006 G 144

- 2006 G 46

- 2006 G 153

18e siècle

- 1725

- 172[?]

- 1785

3

- 2006 G 119

- 2006 G 15

- 2006 G 135

19e siècle

- 1823

- 1832

- 1848

- 1862

- 1898

- 1899

6

- 2006 G 251 b

- 2006 G 85 a

- 2006 G 94

- 20060 G 107

- 2006 G 170 a

- 2006 G 174 a

20e siècle

- 1923

- 1934

- 1935

- 1935

- 1938

- 1956

- 1986

7

- 2006 G 167

- 2006 G 85a

- 2006 G 70

- 2006 G 71

- 2006 G 19a

- 2006 G 129

- 2006 G 241a

Relevé des dates portées et localisation.

Quelques éléments architecturaux et certains décors offrent la possibilité de dater approximativement non seulement des interventions, mais aussi des bâtiments originaux. C'est le cas d'un encadrement de porte sur la parcelle 304, chanfreiné, où la partie haute est traitée en accolade interrompue par un second cadre plus petit dont le linteau est lui-même interrompu en son centre par un arc infléchi. Cette réalisation, sorte de curiosité décorative, paraît indiquer une mise en oeuvre ancienne qui date sûrement de la seconde moitié du 17e siècle et peut-être même avant. L'hypothèse est confortée par la partie d'édifice que cet encadrement désigne : une tour d'escalier dans-oeuvre en vis, caractéristique de périodes antérieures au 18e siècle, même si, y compris dans le bourg d'Entrevaux, les escaliers de ce type peuvent être postérieurs.

2. Implantation

Le village d’Entrevaux prend place sur un méandre du Var, entre le cours d’eau et le massif du Parpaillon, lové contre la barre rocheuse menant à la citadelle. L’implantation se fait donc dans la pente, particulièrement sensible dans certains axes de circulation du village – Rue Basse et Rue Haute par exemple. La rue du Casse-Col, reliant la Rue Haute à la rue de l’Orbitelle en conserve le souvenir. Il n’est donc pas surprenant de relever que environ 70 % des maisons présentent au moins un étage de soubassement. La répartition s’effectue comme suit :

soubassements

159

69,7%

1 étage de soubassement

145

63,6%

2 étages de soubassement

13

5,7%

3 étages de soubassement

1

0,4%

Soubassements et répartition.

Village. Maison. Parcelle 210. Elévation nord-est rue de l'Horloge.Village. Maison. Parcelle 210. Elévation nord-est rue de l'Horloge.

La mitoyenneté est largement prédominante (85% du bâti concerné), ce qui s'avère des plus logiques dans un contexte aggloméré. En outre, elle intervient sur trois côtés dans moins d’un tiers des cas (voir tableau ci-dessous), ce qui signifie que les îlots dessinés par les bâtiments sont peu denses et que les parcelles traversantes représentent environ la moitié du total intra muros. Dans ce cas, une majorité de maisons disposent d’un accès double la plupart du temps indépendant entre d’un côté la partie agricole ou commerciale et de l’autre la partie logis. Il arrive que ces deux parties communiquent par un escalier intérieur, mais ce cas de figure est plus rare (ainsi sur les parcelles 234 et 238, voir respectivement les références de dossiers IA04001649 et IA04001898).

Mitoyennetés

Nombre

Pourcentage

0

1

0,45%

1

33

14,5%

2 //

50

21,9%

2 T

74

32,45%

3

70

30,7%

TOTAL

228

100%

Mitoyennetés et répartition.

En ce qui concerne les maisons repérées, la comparaison des deux cadastres ne permet pas de faire ressortir de tendance uniforme. Quatre phénomènes sont en effet observables de façon conjointe dans l’enceinte d’Entrevaux :

a. La stabilité en termes de bâti.

L’inertie parcellaire constitue un phénomène en trompe-l’œil, car il est minoritaire. Il traduit une permanence que l’on retrouve dans les élévations, ainsi Rue Basse avec les anciennes parcelles 316, 317, 318 et 319, aujourd’hui respectivement 248, 247, 246 et 245. On remarque que la plupart des bâtiments emblématiques sont demeurés inchangés – l’ancien hôtel du Commandant de la Place, Rue Basse (parcelle 324 aujourd’hui 184 [référence du dossier : IA04001850]) ; l’hôtel du marquis de Requiston, place Saint-Martin (parcelle 104 devenue 135 [référence du dosssier : IA04001605]) ; la gendarmerie, Rue Haute (parcelle 41 devenue 33) ; la maison curiale au Planet (parcelle 72 devenue 14 [REF=IA04001608]) ou encore l’une des demeures de l’évêque dans laquelle il donnait audience Rue de l’Eglise (parcelle 206 devenue 73 [référence du dossier : IA04001899]).

b. La modification par englobement intégral d’anciennes parcelles.

Ce phénomène numériquement dominant peut concerner deux anciennes parcelles fusionnées (ainsi les parcelles 192 et 193 sur la place du Marché sont devenues la parcelle unique 115), voire davantage (l’actuelle parcelle 19 rassemble quatre anciennes parcelles : 57, 58, 59 et 62 ; l’actuelle parcelle 174, cinq parcelles : 271, 272, 273, 275 et 276 et l’hôtel des barons de Glandevez, parcelle 251, pas moins de six parcelles : 310, 311, 312, 313, 325 et 326 [référence du dossier : IA04001851]). On notera que la fusion ou réunion de parcelles prend en compte les micro-parcelles souvent identifiables à des espaces de distribution collectifs (essentiellement des escaliers, partagés entre les différents propriétaires et mentionnés sous les appellations « passage en indivision », « escalier en indivision » ou plus simplement « passage » dans l’état de section de 1816-1818)2.

La réunion de parcelles n’entraîne pas nécessairement l’uniformisation des façades. La parcelle 174 témoigne ainsi encore des façades indépendantes correspondant aux parcelles antérieures qui la constituent aujourd’hui. Lorsque l’enduit et les huisseries, parfois le décor, tentent d’harmoniser l’ensemble, les différences de hauteurs de toits et souvent celles des niveaux continuent de se lire et d’identifier les parcelles antérieures, ainsi pour la 18 (anciennes parcelles 63, 64 et 65) ou plus encore la 59 (anciennes parcelles 218 et 220)3. Il arrive aussi que chaque parcelle ancienne ait conservé son propre escalier (parcelles 18 encore ou 174). Dans la mesure où la fusion de parcelles englobe par définition des parcelles existantes, il apparaît logique de constater les variations entre façades. Les cas d’harmonisation sont rares. Intra muros, seul l’hôtel des barons de Glandevez, devenu caserne de Bois-Gérard pour l’hébergement des soldats de la place d’Entrevaux, en témoigne de manière parfaite. Encore cet exemple relève-t-il d’un cas particulier, limite, puisque des travaux d’envergure, réalisés au début du 19e siècle, ont considérablement modifié l’ensemble de la façade sur rue du bâtiment, ainsi d’ailleurs que ses dispositions intérieures, pour en transformer l’usage (référence du dossier : IA04001851). La tour qui faisait saillie et abritait l’escalier demi hors-œuvre a ainsi été supprimée, entre autres. Citons aussi la parcelle 46, Rue Haute, qui contient trois anciennes parcelles (29, 30 et 31)4. L’examen rapide de la façade, équilibrée sinon harmonieuse, laisserait facilement penser que l’on a affaire à une maison unique. En réalité, les parcelles 30 et 31 désignaient en 1816 deux maisons. Le fait qu’elles aient appartenu aux deux mêmes propriétaires (Jean-Baptiste Blanc, Henri Alexandre dit Touquette et aux héritiers de ce dernier) peut expliquer la relative unité d’ensemble.

c. La modification par division d’anciennes parcelles.

Il s’agit d’un phénomène moins répandu dans l’enceinte d’Entrevaux : le cas le plus emblématique est sans doute celui de l’ancienne très grosse parcelle 231, qui s’est vu divisée en trois (parcelles 238, 239 et 286). Mais ces parcelles communiquent entre elles et le découpage actuel ne perturbe pas l’appréhension de l’ancienne maison comme édifice unique.

d. La modification complexe par redécoupage ou empiètement.

On l’observe rarement mais elle intervient à quelques reprises. Par exemple au nord du Village, pour les anciennes parcelles 34 et 36, répertoriées en tant que maisons d’habitation en 1816. L’actuelle parcelle 41 réunit l’ancienne parcelle 36 et une partie de la 34, l’actuelle parcelle 42 occupant le reste de l’ancienne parcelle 34. L’observation des élévations laisse perplexe car ni l’ancien ni l’actuel parcellaire ne permet de lire correctement la répartition. Ce qui est délicat à appréhender aujourd’hui l’était déjà en 1816, preuve peut-être que la division au début du 19e siècle résultait de la transformation antérieure d’un état initial. Ou alors il faut admettre que les modifications ont été ponctuellement importantes depuis 1816 en termes d’élévations de façades. En tous les cas la lecture des façades s’avère insuffisante pour comprendre la division des propriétés. Parce qu’une nouvelle répartition du parcellaire est intervenue (diminution ou accroissement). L’entité maison – correspondant à une unité bâtie ayant son homogénéité architecturale – diffère de la notion de propriété, soumise à une évolution du parcellaire.

e. La disparition de parcelles.

Dans un espace contraint où la trame urbaine est figée depuis au moins la deuxième moitié du 17e siècle, ce phénomène demeure évidemment marginal. Citons par exemple l'ancienne parcelle 79, qui désignait une maison qualifiée d’ancien bâtiment rural avec sa cour, devenue cour de l’actuelle parcelle 5. Même remarque pour la parcelle 123 qui a été détruite dans les années 1820 pour déboucher l’accès à l’actuelle place Charles-Fourier, la rue de la Montée du Pont venant buter sur ce bâtiment (référence du dossier : IA04001634). La maison de Victor Ferandy, maire d’Entrevaux en 1816 (parcelle 224) a également disparu : elle a été remplacée par un petit square.

f. La création ou l’extension de parcelles.

Là encore, le phénomène est très limité sur un espace circonscrit, ce qui signifie que les extensions sont plus fréquentes que les créations ex nihilo5. Le bâtiment occupant la parcelle 2006 G 182 est donc une exception, qui a vu le jour après le 1er quart du 20e siècle. Les extensions concernent notamment les parcelles 135 et 185 (agrandissement à partir d’un espace non bâti, en l’occurrence une terrasse pour la parcelle 135), 48 (extension de la parcelle napoléonienne 27 – un ancien bâtiment rural transformé en maison et présenté tel quel dans l’état de section G) et 40 (mais il s’agit dans le premier cas d’une extension réalisée au 20e siècle). Enfin l’ancienne parcelle 25 (actuelles 57, 282 et 283) était en 1816-1818 un jardin potager appartenant à un certain David Antoine, bourgeois, qui possédait par ailleurs plusieurs maisons dans le village. Cet espace a été bâti ultérieurement au 19e siècle. Il s’agit dans ce cas d’un type intermédiaire : il y a bien édification d’un bâtiment, mais sur une parcelle ancienne clairement délimitée qui voit ses fonctions changer6.

3. Composition d’ensemble

Le tableau ci-dessous indique la répartition des maisons en fonction de leur typologie dans le village :

Typologie

Nombre

Pourcentage (%)

A1

27

11,85%

A2

11

4,8%

A37

183

80,25%

B

7

3,1%

TOTAL

228

100%

Typologie des maisons et répartition.

Une très large majorité de maisons relève du type A3 (environ 80 %) et si l’on cumule celles qui disposent d’une partie agricole, artisanale ou commerciale en partie basse ou haute le pourcentage dépasse les 97 %. La prédominance du type A (A1, A2, A3) n’est pas surprenante : on la retrouve partout dans le Pays d’Asses, Verdon, Vaïre, Var. Pourtant, il est remarquable qu’elle atteigne une telle proportion. Elle équivaut aux chiffres de Blieux (96,9 %) et surpasse ceux de Senez (88 %). Castellane intra muros, l’agglomération la plus développée du Pays, comporte 91 % des maisons de ce type. Les maisons cossues à l’intérieur de l’enceinte entrevalaise disposent donc aussi souvent de parties agricoles comme par exemple l’ancien hôtel du marquis de Requiston, dont les parties agricoles donnent sur l’arrière, c’est-à-dire sur la lice, ce qui permettait au propriétaire de ne pas côtoyer les animaux (2006 G 135, voir IA04001605). La parcelle mitoyenne (2006 G 134, voir IA04001600) relève des mêmes dispositions. L’ancien hôtel du Commandant de la Place (2006 G 184, IA04001850), en revanche, constitue un contre-exemple.

Toutes les maisons étudiées sont des blocs en hauteur. La question de l’orientation principale de la façade doit être posée, car dans le cas d’Entrevaux intra muros elle prend en compte deux facteurs au moins :

- la présence ou non d’un commerce donnant sur la rue passante, ce qui entraîne souvent de ce côté un traitement plus soigné de la façade, et la plupart du temps une dissociation des accès au commerce et aux parties privatives ;

- l’exposition tournée vers l’intérieur du village ou vers l’extérieur des remparts (vers le Var), dans un contexte d’emprise au sol dense et un réseau viaire sinueux et étroit. Dans la mesure où les maisons sont hautes, à la recherche de la lumière, il s’agit de ne pas occulter ce point. L’orientation au sud (sud-ouest/sud-est) détermine aussi la présence massive de séchoirs, la plupart à loggia, principalement destinés aux olives cultivées en grand nombre sur le territoire entrevalais, en sus de la vigne.

Les maisons disposant d’une cour ou d’un jardin sont minoritaires, eu égard à l’emprise au sol très dense. Les terrains non bâtis – essentiellement des jardins potagers – sont pour la plupart cantonnés extra muros, pour la même raison. Dans le centre du village, on ne compte que deux cours intérieures (anciennes parcelles 1816 G 233 et 206 devenues respectivement 2006 G 227 et 73). Les autres concernent des bâtiments jouxtant les remparts. L’ancien hôtel des barons de Glandevez aménagé au début du 19e siècle en caserne de Bois-Gérard dispose d’une cour intérieure dallée entre la tour de la caserne et la tour de la Portette (REF=IA04001854 et IA04001853). En 1816 la lice était partagée entre les terrains appartenant au gouvernement (c’est-à-dire au domaine militaire, apparaissant sous la dénomination « chemin des courtines » et « basse-cour ») et ceux relevant de propriétaires privés (définis comme arides ou vagues). Aujourd’hui cet espace interrompu sur le pourtour sud-est/sud-ouest du village semble appartenir à la commune quasiment dans son entier : les terrains qui bordent les façades côté Var, sur la lice, ne sont plus privatifs, sauf exception (anciennes parcelles 103 et 104, actuelles parcelles 134 et 135), de même que ceux situés au sud-est entre la tour de la Caserne et le redan (anciennes parcelles 314-320, actuelle 285). En revanche les anciennes parcelles 14 et 18, sous la dénomination jardins potagers de l’ancien couvent des Bernardines ont conservé leur statut de jardin (la parcelle 19, ancien jardin potager également, est pour sa part devenue cour intérieure, parcelle 49).

B. Matériaux et mise en œuvre

L’immense majorité des maisons repérées ont été construites en petits moellons de calcaire non équarris noyés dans le mortier. Le calcaire local étant gréseux, il est difficile de faire la différence entre calcaire et grès. On note en complément la présence ponctuelle de galets du Var tout proche. Une majorité de façades sont enduites ce qui empêche une identification du matériau de construction mis en œuvre, mais il est évident que par tradition le calcaire gréseux constitue l’élément principal. On notera en outre sur plusieurs maisons présentent un soubassement ou un premier niveau en gros blocs de pierre de taille calcaire sur tout ou partie de ce niveau (par exemple les parcelles 59, 77, 95, 140, 156, 165, 168, 213, 233). On constate que cette présence est avant tout effective pour les chaînes d’angle (par exemple les parcelles 162, 172, 185, 244, 239) et bien sûr pour les encadrements de portes. Elle devient quasi omniprésente pour les encadrements de portes et de baies en soubassement, rez-de-chaussée ou rez-de-chaussée surélevé (par exemple les parcelles 24, 46), tant pour le logis que pour les parties agricoles. C’est même une particularité du village. Il arrive qu’un enduit vienne couvrir cette mise en œuvre pour des raisons décoratives (parcelles 42, 137, 156 ou encore 226). Les interventions récentes sont très rares (par exemple rehaussement d’un étage monté en parpaing de béton pour la parcelle 223, avec une terrasse en béton), et ne relèvent pas de l’étude. Les murs sont montés au mortier de chaux ou de sable, comme ailleurs sur la commune.

Les façades

Les façades sont majoritairement irrégulières, de l’ordre de deux tiers pour un tiers (voir tableau ci-dessous) :

A (irrégulier)

154

67,55%

B (régulier)

74

32,45%

TOTAL

228

100%

Typologie des façades (1).

Cette irrégularité s’observe également pour l’emplacement des portes d’accès au logis, selon des chiffres consignés dans le tableau suivant :

a (décentrée)

136

65,7%

b (centrée)

36

17,4%

c (sur une autre façade)

29

14%

d (absence de porte)

6

2,9%

TOTAL

207

100%

Typologie des façades (2).

On a relevé au moins six cas d’encorbellement dans le village : parcelles 26, 77, 164, 175, 178 et 193. Ils n’excèdent pas 50 centimètres de profondeur, sauf pour la maison située sur la parcelle 77, où l’on approche du mètre en surplomb sur la rue de l’Église. Pour chaque parcelle considérée, l’encorbellement repose sur des bouts de solives, étayées par des aisseliers en bois8. On trouve cependant en 193 un étayage réalisé par des corbeaux en quart-de-rond triples, et une amorce unique de corbeau en quart-de-rond simple en 175, tous taillés dans la pierre calcaire.

Les types d’enduit sont numériquement répartis de façon relativement homogène, même si les récents dominent. La répartition s’effectue comme indiqué dans le tableau ci-dessous et révèlent trois informations principales : les enduits récents représentent le tiers du total repéré, les couvrants dominent très largement et les mixtes atteignent presque 20 %, ce qui est considérable car cela met en valeur la différence d’appréhension et donc de traitement des façades. Par exemple la maison occupant la parcelle 119 reçoit un enduit lisse sur façade principale (entrée commerçante place du Marché), lisse mais récent sur la façade postérieure (entrée du logis passage du Marché), rustique sur la façade latérale (rue de la Gaîté). La mixité est un phénomène à prendre en compte car il ne découle pas forcément d’une lecture et donc d’une intervention strictement contemporaine ; il peut aussi traduire un état de fait ancien. La différence de traitement entre façades (principale, postérieure, latérale) tient aussi parfois aux fonctions et à l’exposition de ces façades : s’agit-il d’une façade avec commerce, privative, donne-t-elle sur une rue passante, une place ou encore une venelle ? Dans le cas de la parcelle 119, la façade principale correspond au commerce, sur une place (même étroite) : aussi reçoit-elle un traitement décoratif spécifique plus soigné que pour les autres façades, bien que considérablement détérioré. Les interventions récentes (par exemple pour les parcelles 14, 23, 33, 107, 108, 109-282, 116, 123, avec datation ponctuelle9) sont à considérer avec circonspection, car elles ne reprennent pas forcément un décor antérieur. Les enduits plus anciens mais du 20e siècle, comme ceux à la tyrolienne, précisent parfois la date de leur mise en œuvre (ainsi pour la parcelle 2006 G 207, ravalement réalisé en 193610).

lisse

35

15,35%

rustique

13

5,7%

tyrolienne

32

14%

à pierres vues

23

10,1%

récent

82

36%

mixte

43

18,85%

TOTAL

228

100%

Façades. Types d'enduit.

Les encadrements des fenêtres sont la plupart du temps en maçonnerie, avec un linteau en bois la plupart du temps recouvert d’enduit ; l'enduit de finition est réalisé au mortier de gypse lissé avec (parcelle 185) ou, plus fréquemment, sans feuillure. Les encadrements de porte sont réalisés de la même manière. L’encadrement en pierre de taille calcaire domine (146 cas recensés et 64,6% du corpus alors qu’il ne dépasse pas 16% dans le reste de la commune). Une majorité peut être datée de la fin du 17e siècle, c’est-à-dire vraisemblablement de la construction des bâtiments eux-mêmes. On remarquera qu’une proportion importante (mais non quantifiée) des portes menant à des espaces agricoles reçoit un encadrement en pierre de taille. Il n’y a donc pas de différenciation systématique de mise en œuvre structurelle entre les différents accès de la maison selon leur fonction spécifique, même si les entrées de logis peuvent recevoir un signe distinctif, qu’il soit d’ordre décoratif (sculpture, par exemple en 74, 94, 174 ou 244) ou informatif. Dans ce dernier cas, plusieurs possibilités sont offertes, indiquant la destination ancienne du bâtiment : via un cartel rédigé (ainsi pour l’hospice Saint-Jacques, parcelles 126 et 128), la représentation des outils symbolisant l’activité professionnelle du propriétaire, par exemple le maillet, le coin encadrant l’équerre et le compas mêlés parcelle 46) ou les deux (cartel avec inscription et croix sculptée pour l’ancienne école de la Charité parcelle 245)11.

L'encadrement des portes de logis varie, mais le linteau et l'arc segmentaire représentent presque la totalité de l'ensemble avec 92,5 % (117 linteaux dont 57 en pierre de taille, soit respectivement 51,3% et 25% du total, d'un côté ; 94 arcs segmentaires dont 91 en pierre de taille, soit respectivement 41,2% et 39,9% du total). On dénombre aussi 5 arcs en plein-cintre (2,2% du total), 2 mixtes (0,9%), le reste regroupant 10 occurrences (soit 4,4%). On notera donc l’importance quantitative de l’arc segmentaire dans le village, qui dépasse les 40% (auxquels il conviendrait d’ajouter les encadrements de portes menant aux parties agricoles, non quantifiés, mais fréquents). Si on compare ce pourcentage à celui observé pour le reste de la commune, il est bien inférieur (41,2% dans le village contre plus de 66% extra muros, et pour le linteau 51,3% contre 33%), mais il faut tenir compte que la pierre de taille est utilisée de manière bien plus fréquente intra qu’extra muros (63,6% contre 16%). Le recours à l’encadrement en pierre de taille sous la forme d’un arc segmentaire représente ainsi environ 40 % du corpus villageois soit approximativement le même pourcentage que le total des arcs segmentaires.

Le désir de moderniser l’habitat a entraîné une multitude de types de fermetures, ce qui empêche de désigner avec certitude un modèle local spécifique, s’il a jamais existé. Le contrevent et les persiennes, avec 87 occurrences, rassemblent près d'une maison sur cinq (38,2%). Les cas de rénovation récente, donc non significatifs, avec 83 cas recensés, sont en proportion sensiblement équivalente (36,4%).

On compte quarante-deux balcons, majoritairement orientés au sud, soit moins de 19 % du corpus repéré. Il n’est sans doute pas indifférent de relever que les balcons datables de la seconde moitié du 19e siècle et de la première moitié du 20e siècle, pour les maisons jouxtant la lice, sont orientées vers le Var. En revanche la maison située sur la parcelle 131, elle aussi en bordure de lice, possède bien un balcon. Ancien, filant et avec un garde-corps en ferronnerie, il se tourne vers la place Charles-Panier, c’est-à-dire non vers l’extérieur mais vers l’intérieur du village. Il témoigne d’une époque antérieure, vraisemblablement le 18e siècle, alors que le balcon était un marqueur social (d’ailleurs l’entrelacs central conserve les initiales du propriétaire qui a fait forger ce garde-corps) et pas encore un marqueur plus intime d’ouverture sur le paysage et la vallée. Cette proportion globale diminue considérablement (19 cas, soit 8,4 % des maisons) si on retire les aménagements récents à partir de la deuxième moitié du 20e siècle. Dans ces 8,4 % on ne compte qu’un seul cas de balcon en bois (parcelle 85 a) ; tous les autres sont maçonnés (un cas unique parcelle 125), avec un garde-corps en ferronnerie donc anciens (parcelles 131 et 252) et, très majoritairement avec un garde-corps en fonte de fer (parcelles 46, 59, 77,106, 106, 124 a, 129, 130, 133, 163, 174 a, 178, 184, 185 et 244). On trouve deux cas de balcons superposés (parcelles 85 a et 185) et un cas avec trois balcons superposés (parcelle 124 a).

C. Structure et élévation

Le tableau ci-dessous montre une particularité des maisons d’Entrevaux intra muros : leur nombre important d’étages :

1

2

3

4

5

6

7

TOTAL

0

1

9

44

99

59

16

228

0%

0,4%

4%

19,3%

43,4%

25,9%

7%

100%

Niveaux des maisons entrevalaises intra muros.

Les maisons disposant de quatre niveaux au moins s’élèvent à 95,6 % du total repéré, soit presque la totalité du corpus. Ce chiffre dépasse les trois quarts (76,3 %) pour un nombre d’étages au moins égal à cinq, et un tiers des maisons (32,9 %) atteint ou dépasse les six étages, ce qui est considérable, d’une part par rapport au reste du territoire communal (voir plus haut) et d’autre part par rapport aux autres communes étudiées dans le Pays A3V. Cette proportion imposante fait que non seulement tous les types de maisons sont concernées, mais aussi toutes les catégories de maisons, de l’habitation vernaculaire modeste présentant une pièce par niveau (par exemple parcelle 168) à la demeure aristocratique (ainsi avec l’hôtel du marquis de Requiston parcelle 135) en passant par la maison bourgeoise locale (comme celles situées rue de l’Eglise, notamment parcelles 234, 235 ou 304).

En ce qui concerne les façades, outres les chiffres déjà consignés ci-dessus, la répartition par travées montre que près des deux tiers des maisons présentent une travée unique, que 90% du total repéré ne dépassent pas deux travées, et que les maisons disposant de plus de trois travées sont quantité négligeable (1,4%). Il n’y a même pas de maison à six et sept travées, et l’édifice en comportant huit sur rue, l’hôtel des barons de Glandevez, devenu au début du 19e siècle la caserne de Bois-Gérard, a été l’objet de profondes modifications de façade et d’aménagement intérieur qui en font un cas très particulier. L’ancienne façade, irrégulière, avait d’ailleurs six travées (référence du dossier : IA04001851).

1

2

3

4

5

6

7

8

TOTAL

140

53

18

0

2

0

0

1

-

65,4%

24,8%

8,4%

0%

0,95%

0%

0%

0,45%

100%

Travées en façade des maisons intrevalaises intra muros.

La répartition par étages s’effectue comme suit :

sous-sol

19

8,3%

étages de soubassement

160

70,2%

1er étage de soubassement

146

64%

2e étage de soubassement

13

5,7%

3e étage de soubassement

1

0,45%

rez-de-chaussée12

54

23,7%

rez-de-chaussée surélevé

160

70,2%

étages carrés

223

97,8%

1 étage carré

38

16,7%

2 étages carrés

100

43,8%

3 étages carrés

73

32%

4 étages carrés

12

5,3%

étage de comble

207

90,8%

comble en surcroît

40

17,5%

comble en surcroît en retraite

7

3,1%

Répartition des étages et leur proportion.

L’implantation du village dans la pente entraîne des constructions avec soubassement dans 70 % des cas, alors que la proportion des maisons dont le rez-de-chaussée constitue le premier étage du bâtiment (sans sous-sol) atteint seulement 15,3 % du corpus (35 cas). On observe le plus fréquemment la répartition par étage suivante : un étage de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé, deux étages carrés, un étage de comble. Les maisons comportent majoritairement deux voire trois étages carrés (environ les trois-quarts du total repéré).

D. Circulation

1. Formes de l'escalier

Le repérage a permis de faire état de sept maisons ne disposant pas d’un escalier de distribution pour les différents étages. Par ailleurs, dans 26 cas il n’a pas été possible d’identifier la présence d’un escalier intérieur de façon certaine. En outre, dans une maison le système de distribution est simplement assuré par un escalier extérieur (parcelle 36). On dénombre sept maisons (et peut-être une supplémentaire, sans certitude) présentant une distribution double escalier extérieur/escalier intérieur, et 11 où la double distribution est assurée par deux escaliers intérieurs13. Les escaliers sont donc très majoritairement intérieurs et dans-œuvre : deux cas demi hors-œuvre encore en place ont été repérés, abritant chacun une vis (parcelles 120 et 210). Un autre existait, lui aussi en vis, à l’hôtel des barons de Glandevez, avant réaménagement pour en faire une caserne, entraînant l’alignement de la façade et la construction d’un escalier dans-œuvre (parcelle 251a, référence du dossier : IA04001851).

Les escaliers de distribution extérieurs sont construits en maçonnerie, les marches sont souvent en pierre de taille calcaire, à l’exception de deux escaliers en béton (parcelles 68 et 240. Le premier, en équerre, reprend une forme ancienne, le second en revanche, droit parallèle, n’est pas antérieur à la décennie 1980. Les formes sont variées, mais pour neuf occurrences il est délicat d’en tirer des conclusions. Il y a quatre escaliers extérieurs droits parallèles, deux quart tournant, deux en équerre et un droit perpendiculaire. La plupart d’entre eux s’achèvent par un repos devant la porte d’entrée du logis, parfois au-dessus d’une logette voûtée (par exemple parcelles 68, 72 et 87).

Les escaliers intérieurs sont construits en maçonnerie légère de chaux et de plâtre sur une structure en bois. Les murs d’échiffre sont rares. On a relevé trois escaliers avec première volée sur mur d’échiffre, parcelles 73, 135 et 145. Certains présentent parfois une marche de départ pleine en pierre de taille calcaire, voire deux (par exemple parcelle 73), au moins pour le giron. Les contre-marches sont façonnées au mortier ou sont en bois, les nez de marche sont en bois et les marches reçoivent généralement des carreaux de terre cuite ou une chape de mortier pour les plus modestes. L’emplacement des escaliers s’effectue comme suit :

front de parcelle

119

62,3%

milieu de parcelle

53

27,75%

fond de parcelle

25

13,1%

TOTAL

197

103,15%14

Emplacement des escaliers.

Les escaliers en front de parcelle dominent donc largement (plus de 6 sur 10). Il n’est pas surprenant de voir arriver les escaliers en milieu de parcelle en troisième et dernière position.

Par ailleurs, les escaliers tournants sont de loin les plus représentés. On notera que certaines maisons disposent de deux escaliers au moins15. Au total, 180 escaliers ont été répertoriés (hors escaliers extérieurs). Dans cet ensemble, les escaliers tournants, avec 165 occurrences recensées, rassemblent 91,5% des cas. Parmi eux, on dénombre une trentaine d'escaliers en vis dûment identifiés, soit environ 16 % du total et près d'un escalier tournant sur cinq, mais l'impossibilité de pénétrer partout et lorsque l'opportunité se présente, de monter jusqu'au dernier étage, induit une perte d'information importante. Il est évident que les escaliers en vis sont plus nombreux que ce que le repérage a permis de mettre en évidence, surtout si l'on tient compte des escaliers qui changent de forme au fil des étages (par exemple sur les parcelles 16 [voir ci-dessous], 137, 140, 155 [tournant puis en vis] ou encore 161 [droit puis en vis]). De sorte que leur proportion apparaît statistiquement élevée dans la représentation villageoise. Ils témoignent en outre de l'ancienneté du bâti. Les escaliers rampe-sur-rampe, plus récents et pour des édifices de facture bourgeoise, sont statistiquement anecdotiques (trois cas répertoriés seulement). Les escaliers droits quant à eux sont par conséquent très minoritaires (15 cas et 8,5% du total).

Village. Exemple d'escalier tournant en vis.Village. Exemple d'escalier tournant en vis. Village, parcelle G 19. Exemple d'escalier tournant en vis.Village, parcelle G 19. Exemple d'escalier tournant en vis.

Les maisons les plus cossues, de type hôtels particuliers - demeure de l'évêque (parcelle 73), hôtels Puget de Rostang (parcelle 134), des marquis de Requiston (parcelle 135) ou du commandant de la Place (parcelle 184) ont des escaliers tournants à retours avec jour. En revanche, l'hôtel des barons de Glandevez (parcelle 251) disposait, avant sa rénovation et son réaménagement intérieur entre 1821 et 1823, d'un escalier de distribution en vis dans une tour demi hors-oeuvre. C'est également le cas de celui de la maison occupant la parcelle 74 attenante à la demeure de l'évêque rue de l'Eglise (parcelle 73), ou encore de l'escalier dans une tour hors-oeuvre, dans l'une des maisons les plus anciennes du village, sur la parcelle 304. En s'appuyant sur l'exemple de l'hôtel des barons de Glandevez on peut avancer l'hypothèse que ces escaliers tournants, qu'on peut qualifier d'apparat, sont le résultat vraisemblable d'aménagements ultérieurs à la construction du bâtiment lui-même.

Village. Plans de distribution de la demeure de l'ingénieur Bernardy (milieu du 18e siècle, actuelle parcelle 185) organisée autour de l'escalier tournant à retours avec jour.Village. Plans de distribution de la demeure de l'ingénieur Bernardy (milieu du 18e siècle, actuelle parcelle 185) organisée autour de l'escalier tournant à retours avec jour.

2. De la circulation intérieure : escalier simple ou escaliers multiples

Deux cas de figures principaux se dessinent, avec des variantes : les maisons pourvues d’un escalier unique d’une part, les maisons pourvues de plusieurs escaliers (deux voire trois) d’autre part :

a. Les maisons pourvues d’un escalier unique

L’escalier et la cage dans laquelle il est inséré constituent un organe de distribution des parties destinées au logis. Les parties agricoles en partie basse lorsqu’elles existent (et c’est souvent le cas : Entrevaux intra muros compte 81 % de maisons de type A3) sont alors accessibles par une porte indépendante, la plupart du temps en façade postérieure, en étage de soubassement (par exemple pour la rue des Écuries, la rue de la Chouette, ou encore la ruelle de la Voûte). Mais cela ne signifie pas que les parties agricoles soient systématiquement opposées à l’entrée principale (la rue du Couvent ancienne rue Haute constitue à ce titre un contre-exemple éloquent). La raison n’est donc pas tant celle de la distribution partie logis opposée à partie agricole que celle de l’exposition par rapport à la rue passante, lorsque les parcelles sont traversantes. Il est évident que l’entrée principale prend d’ordinaire place sur l’artère de circulation : la rue de l’Église illustre parfaitement ce cas de figure. À moins qu’il y ait commerce, auquel cas c’est la boutique qui est davantage mise en valeur pour des questions d’accessibilité (ainsi pour la rue du Marché par rapport au Passage du Marché ou encore de la rue des Boucheries par rapport à la rue de la Gaîté derrière).

On trouve aussi des accès au logis par l’escalier situé sur un côté de la parcelle, lorsque cette dernière n’est pas traversante – 29, 30, 120 ou encore 215 – mais aussi parfois lorsqu’elle l’est – 144, 163 ou encore 170. Les exceptions existent : en 2006 G 24, 26 et 30 l’entrée du logis ne s’effectue pas sur la rue Haute (réservée pour ces trois maisons à la partie agricole) mais sur la rue du Casse-col laquelle comme son nom l’indique, est particulièrement pentue. Cette particularité s’explique par le fait d’être en présence de parcelles non traversantes mais d’angle dont les parties basses, agricoles, ne peuvent donner que sur la rue Haute, alors que le logis, à partir du rez-de-chaussée surélevé, est accessible sur le côté.

b. Les maisons pourvues de plusieurs escaliers (deux voire trois).

On observe deux variantes : les escaliers mixtes, extérieur/intérieur d'une part, et les escaliers dissociés intérieurs d'autre part. Le cas des escaliers mixtes est rarissime, car tant les parties agricoles que les parties commerçantes sont la plupart du temps directement accessibles depuis l’espace de communication public extérieur, et ce pour des raisons pratiques. Cela est particulièrement vrai pour les espaces destinés à accueillir des animaux. Certaines boutiques en revanche peuvent présenter des accès en sous-sol. En cela, l’escalier de la parcelle 2006 G 160 menant au sous-sol qui servait autrefois de boutique de chapelier (et de réserve), alors que le rez-de-chaussée était également occupé par un commerce, constitue une exception, la seule peut-être du village. Le cas de la parcelle 2006 G 240 constitue lui aussi une exception : mais si l’escalier latéral extérieur menant directement du rez-de-chaussée surélevé à l’étage carré est récent, il semble prendre en compte une disposition ancienne16.

En ce qui concerne les escaliers intérieurs, on relève en général deux escaliers : l’un, principal, destiné à desservir les étages ; l’autre, secondaire, desservant les parties agricoles (basses) ou les caves. On notera que parfois la partie basse dispose de son propre accès en soubassement mais qu’on a ménagé, à l’intérieur de la maison, un escalier qui permet d’articuler les espaces aux fonctions dissociées (par exemple agricole et logis). Ainsi en 2006 G 33 (REF=IA04001655), 128, 134, 135, 234, 238 ou 242. On observe également, à de rares occasions, la possibilité d’accéder aux parties de logis depuis deux accès différents, sur deux niveaux dissociés. Ainsi en 2006 G 33, 73, 159, 160 et 163 (mais il s’agit d’une réunion de parcelles anciennes – 1816 G 188 et 189, qui disposaient auparavant chacune de leur accès propre et indépendant).

3. De quelques cas particuliers

En dehors de ces configurations générales, quelques cas particuliers méritent d’être brièvement analysés. Ils se rattachent tous aux diverses modalités d’accès et de circulation au sein de la maison considérée :

a. Accès double voire triple sur des niveaux dissociés ou intermédiaires :

- parcelle 159, hôtel (référence du dossier : IA04001610) : Si l’actuelle parcelle réunit aujourd’hui trois parcelles anciennes (132, 134 et 139), la principale – la 139 –, avait déjà une forme étoilée avec des accès sur trois rues différentes (place Charles-Panier, rue du Marché et rue des Boucheries). L’ancienne parcelle 139 appartenait à un aubergiste, la 132 également. On sait que cet édifice, répertorié sous la dénomination « maison d’habitation », était autrefois un hôtel de voyageurs. Or, il est intéressant de relever le mode de desserte des différents niveaux et l’articulation des espaces, grâce à un escalier en vis en milieu de parcelle, accessible depuis un vestibule donnant sur la place Charles-Panier qui constituait l’entrée des voyageurs, et prolongé par une pièce de distribution. Mais cet accès principal en rez-de-chaussée est doublé par un autre plus modeste donnant rue du Marché, plus discret et tournant, menant d’une part aux caves, d’autre part à un appartement en entresol, ainsi qu’au rez-de-chaussée, où il s’articulait à celui en vis menant aux différents appartements ou chambres. L’entrée rue des Boucheries ouvre sur une étable ou écurie indépendante.

- parcelle 33, gendarmerie d’Entrevaux (référence du dossier : IA04001655) : Cette maison louée pour servir de gendarmerie dans la seconde moitié du 19e siècle dispose d’une entrée principale Rue Haute, soit en soubassement par rapport à la rue de l’Orbitelle, qui dispose elle-même de sa propre entrée. L’accès du soubassement au rez-de-chaussée surélevé s’effectue grâce à un escalier tournant en milieu de parcelle, prolongé ensuite pour desservir les différents appartements. La jonction en rez-de-chaussée surélevé intervient au fond d’un long couloir. L’escalier en position centrale sert ainsi là encore de point d’articulation.

- parcelle 163 : La maison présente le même principe de double accès sur deux niveaux différents, mais il s’agit ici d’une réunion de deux anciennes parcelles (188 et 189) qui chacune disposait auparavant de son propre accès. Or ces deux maisons présentaient vraisemblablement une boutique rue du Marché. L’ancienne parcelle 188 possède une entrée sur le côté, rue de la Gaîté, en rez-de-chaussée (qui est aujourd’hui devenu un soubassement du fait de la fusion parcellaire) donnant sur un escalier tournant qui permet d’accéder au logis. L’ancienne parcelle 189 quant à elle dispose d’une entrée en rez-de-chaussée surélevé sur la place de la Gaîté.

- parcelle 238 (référence du dossier : IA04001898) : La parcelle 238 est particulièrement intéressante car elle dispose de trois organes de communication : un escalier intérieur tournant en milieu de parcelle desservant les caves et les espaces d’habitation en rez-de-chaussée surélevé ; un escalier tournant en fond de parcelle qui part du rez-de-chaussée surélevé et dessert les différents étages de logis (appartements) ; un passage surélevé qui rend possible la circulation entre la rue de l’Église et l’escalier principal de la parcelle 238 au niveau du premier étage carré.

- parcelle 117a : Cette parcelle est une curiosité car elle présente une boutique directement accessible sur la place du Marché, en façade principale, une entrée de logis en façade postérieure et rez-de-chaussée surélevé avec un escalier tournant. Et, en milieu de parcelle, sur le côté passage du Marché, une entrée qui fait communiquer la boutique en front de parcelle et la cave ou réserve en fond de parcelle, à un demi-niveau plus haut (il faut en effet descendre quelques marches depuis l’entrée en façade postérieure pour accéder à cette cave).

- parcelle 73 (référence du dossier : IA04001899) : Cette maison qui aurait appartenu à l’évêque d’Entrevaux, du moins où il recevait, dispose de trois escaliers intérieurs, en comptant celui qui distribue la cave : le principal en milieu de parcelle dessert les différents étages d’habitation, la dernière volée droite mène à l'étage de comble ; l’escalier descendant à la cave est indépendant, en milieu de parcelle également. Enfin, sur le palier intermédiaire de l’escalier principal s’ouvre une porte donnant sur un troisième escalier tournant, qui permet d’accéder à la cour intérieure puis, après une nouvelle série de marches, à un logis situé en fond de parcelle bâtie. Cette disposition révèle donc deux accès : l’un en soubassement, qui correspond à l’entrée principale avec l’escalier d’honneur ; l’autre en rez-de-chaussée surélevé qui ouvre sur la cour intérieure en fond de parcelle et vraisemblablement destinée à la domesticité. Il y a donc dissociation fonctionnelle et sociale : c’est apparemment l’unique cas dans le village, du moins d’après les données fournies par le repérage.

b. Accès double sur un même niveau :

- parcelle 122 : La maison comportait une boucherie – elle est située entre la rue des Boucheries et la rue de la Gaîté. La devanture donne directement sur la rue et une porte d’entrée sur la droite de la façade ouvrait sur un couloir menant au fond à un escalier desservant les différents étages, selon une disposition classique consignée dans le manuel de l'architecte Pierre Le Muet 17. La cloison séparant l’espace commercial de l’espace de circulation (le couloir) ayant disparu, la porte ouvre sur un espace désormais unifié et profond traversant la parcelle. L’ancienne délimitation est tout de même marquée au sol par un degré de deux marches dans la profondeur, aux deux tiers de l’ancien couloir et au fond de l’ancienne boutique. L’escalier tournant mène d’une part aux étages supérieurs et d’autre part au sous-sol, soit deux caves voûtées en berceau, l’une en largeur, l’autre en profondeur, qui servaient à stocker la viande et à la découper. L’intérêt particulier de cette maison réside dans la présence d’une seconde porte donnant sur la rue secondaire dite de la Gaîté, et sur une annexe de la boucherie. Cette porte, qui peut s’expliquer fonctionnellement pour des raisons d’accessibilité à l’annexe, lui préexiste évidemment 18. Sans présumer de son ancienneté, il apparaît clair qu’elle est antérieure au 20e siècle. La question qui se pose est la suivante : peut-on envisager un second accès projeté et réalisé dès l’origine ou cette porte aurait-elle été percée dans un second temps, et dans ces conditions pour quelle(s) raisons ? Question qui en amène une autre : pourquoi percer une porte rue de la Gaîté si la première permet déjà de gagner grâce à un couloir les parties privatives sans croiser la clientèle 19 ? L’avantage de la porte située rue de la Gaîté est double : elle donne directement sur l’escalier qui conduit aux caves et aux étages de logis ; elle assure un accès sur une rue secondaire plus calme. Mais ces commodités justifient-t-elles de percer une porte ? Faut-il y voir une dissociation d’accès d’ordre sociale : une entrée pour les propriétaires rue des Boucheries, une entrée pour les garçons bouchers et éventuellement les domestiques ? C'est possible mais peu probable, d'une part parce que la nature de l’édifice ne laisse pas présager une maison de maître, surtout à Entrevaux, village modeste 20. Parce que, d'autre part et surtout, l’accès aux caves, et plus tard à l’annexe, nécessitait de toute façon d’emprunter le couloir, donc de croiser le ou les propriétaires 21. La question n’est pas indifférente, car il s’agit de l’un des deux seuls cas répertoriés dans le village. Or, si cette disposition devait sinon être répandue du moins attestée, on devrait en conserver d’autres témoignages probants, et ce n’est manifestement pas le cas. En l'état, le mystère demeure.

- parcelle 161 : C’est le second cas d’accessibilité double sur un même niveau. L’ancienne parcelle 134 ouvrait sur trois espaces différents : la place de la Gaîté (manifestement l’entrée principale de par l’ampleur de l’encadrement de la porte), et deux espaces dissociés rue du Marché, et peut-être deux entrées distinctes 22. L’actuelle parcelle 161 réunit l’ancienne parcelle 135 (une maison d’habitation) et une partie de l’ancienne parcelle 134 (autre maison d’habitation) partagée à cette époque entre quatre propriétaires dont trois apparentés 23. L’entrée principale ouvre sur un couloir au fond duquel, en milieu de parcelle se déploie une cage avec un escalier tournant, peut-être en vis. Côté rue du Marché, où une boutique prend place, une porte attenante dans un ressaut du mur ouvre directement sur l’escalier, indépendamment du commerce.

- parcelle 304 : Il s'agit d'un cas de maison à deux entrées avec deux escaliers en façade principale. La maison occupant cette parcelle n’a pas été modifiée entre la levée du cadastre napoléonien et l’actuel cadastre. L’ancienne parcelle 225 qualifiée en 1816-1818 de « maison d’habitation » appartenant à Honoré-Auguste Sauvan, marchand de son état, correspond aujourd’hui à la parcelle 304 et a été divisée en appartements. Mais l’édifice laisse clairement entrevoir un ajointement de deux bâtiments. L’actuel cadastre garde la trace de cette césure architecturale, puisque la parcelle avait été dissociée en deux (239 et 277). La maison est ainsi constituée à l’est d’une tour-escalier en vis donnant accès aux différents appartements des étages de logis (ancienne parcelle 239), à laquelle on accède par une porte dont l’encadrement, peut-être rapporté, témoigne en tout cas d’un état ancien, de la fin du 15e ou du début du 16e siècle 24. Une autre porte à l’ouest donne accès à un second escalier qui dessert également les différents étages de logis (ancienne parcelle 277).

Village, parcelle G 304. Escalier en vis.Village, parcelle G 304. Escalier en vis.

c. Changements de forme ou d’emplacement d’un escalier

Ce phénomène joue à la marge mais il a été repéré à Castellane et observé à quelques reprises dans le village d’Entrevaux. Toutefois, ces remarques n’ont pas valeur de statistique, car il aurait fallu accéder à tous les escaliers, ce qui n’a pas été possible.

On remarque donc que dans certaines maisons devenues immeubles la forme initiale adoptée se modifie d’un étage à l’autre voire entre deux étages. Ainsi l’escalier situé sur la parcelle 19 démarre-t-il par une moitié tournante sans jour sur un niveau, aussitôt continuée par un escalier en vis qui dessert les différents étages. Autre exemple en parcelle 16 : l’escalier droit dessert un premier palier donnant sur une porte d’appartement, puis l’escalier recommence sa course dans l’alignement pour adopter aussitôt une forme tournante en vis jusqu’au dernier étage carré ;

Village. Rue du Couvent, parcelle G 16. Escalier de distribution intérieur droit, puis tournant en vis en fond de parcelle (vue 1/4). Vue d'ensemble de la volée inférieure.Village. Rue du Couvent, parcelle G 16. Escalier de distribution intérieur droit, puis tournant en vis en fond de parcelle (vue 1/4). Vue d'ensemble de la volée inférieure.

Village. Rue du Couvent, parcelle G 16. Escalier de distribution intérieur droit, puis tournant en vis en fond de parcelle (vue 2/4).Village. Rue du Couvent, parcelle G 16. Escalier de distribution intérieur droit, puis tournant en vis en fond de parcelle (vue 2/4).

Village. Rue du Couvent, parcelle G 16. Escalier de distribution intérieur droit, puis tournant en vis en fond de parcelle (vue 3/4).Village. Rue du Couvent, parcelle G 16. Escalier de distribution intérieur droit, puis tournant en vis en fond de parcelle (vue 3/4).

Village. Rue du Couvent, parcelle G 16. Escalier de distribution intérieur droit, puis tournant en vis en fond de parcelle. Vue d'ensemble (4/4).Village. Rue du Couvent, parcelle G 16. Escalier de distribution intérieur droit, puis tournant en vis en fond de parcelle. Vue d'ensemble (4/4).

Le changement d’emplacement intervient également à quelques reprises : en parcelle 53 l'escalier en fond de parcelle distribue le premier étage carré, et change d'emplacement (de l'extrême gauche à l'extrême droite) à partir de cet étage. Même remarque pour la maison située en 233, avec une variante : l’escalier change d’emplacement dans la profondeur de la parcelle, d’abord en fond de parcelle jusqu’au premier étage carré puis en front de parcelle pour les étages suivants.

E. Distribution, fonctions et aménagements intérieurs

1. Les grands principes

La grille de repérage ne permet pas de relever le nombre de maisons présentant une ou plusieurs voûtes. L’impression d’ensemble est cependant que ce système de mise en œuvre structurelle intervient sinon de façon majoritaire, du moins de façon très représentative. On ne peut toutefois en tirer de conclusion quant au mode de construction entrevalais intra muros, car deux maisons mitoyennes peuvent présenter l’une un système d’édification avec voûtement, l’autre avec plancher, et les deux systèmes peuvent même coexister au sein d’une même maison en partie basse, comme cela arrive à plusieurs reprises (parcelle 87 ou 242). On trouve même quelques cas de pièces voûtées superposées (parcelle 128, 134, 187, 235 et 238). Un type de maison récurrente paraît propre au village : il présente une partie agricole voûtée (il arrive que cette pièce soit doublée d’une autre, parallèle), prolongée par une autre pièce dans la profondeur, accessible par un degré de deux ou trois marches et une porte. La grande pièce sert d’étable ou d’écurie, peut-être aussi de cave (mais la banquette en U pour entreposer les tonneaux y est absente. La pièce dans le prolongement, de dimensions plus réduites (moins de 10 m carrés), sert de cellier pour conserver les denrées alimentaires. Une trappe dans la voûte communique avec le rez-de-chaussée surélevé d’habitation. Trop petite pour laisser le passage à un homme, elle devait jouer le rôle de trou d’aération en même temps que de trappe pour surveiller la bonne conservation des provisions. Cette configuration est observable dans plusieurs maisons : par exemple en 234, 235, 236, mais aussi en 30). La cave de la maison en 73 propose une variante de ce principe (cellier non plus dans le prolongement mais latéral, après un degré de 5 marches, voir référence du dossier : IA04001899). La cave de la maison en 238 montre un cas différent car il s’agit de caves contiguës sur deux niveaux, certaines communiquant entre elles (voir référence du dossier : IA04001898).

Plusieurs caves ou étables du village présentent une particularité : leur couvrement mixte par un plancher et une voûte en berceau segmentaire (ainsi parcelles 30, 60 ou 235). Le plancher intervient d’abord, prolongé par la voûte. Or l’emplacement du plancher n’intervient pas que pour offrir un débattement à l’ouverture de la porte d’entrée, puisqu’il est bien plus profond que nécessaire à cette fonction. Dans le cas des parcelles 30 et 235, la partition s’effectue approximativement à mi-profondeur de la pièce, soit respectivement à environ 2 mètres et 3 mètres 50. Ce point n’est pas encore éclairci, et constitue une interrogation sur laquelle il faudra revenir.

Il est difficile d’établir un portrait-type de la maison entravalaise intra muros, car plusieurs cas de figure sont représentés. Pour autant, il apparaît évident que la maison modeste caractéristique se compose d’une superposition de volumes uniques – une pièce par étage, qu’illustrent bien par exemple les parcelles 30, 36, 72, 87, 168 et 201. La première, la quatrième et la cinquième sont en outre restées dans leur jus depuis au moins trois générations. La différence s’effectue ensuite sur le nombre d’étages : 3 pour les parcelles 36 et 72, 4 pour la parcelle 87, 5 pour les parcelles 30 et 201, 6 pour la parcelle 168. Il n’y a pas de règle absolue en termes de répartition géo-sociale de ces maisons modestes, disséminées sur l’ensemble du territoire enceint, sauf à constater que d’une manière générale l’axe commerçant principal du village – la rue du Marché – en est plutôt dépourvu. Cette disposition apparaît moins nette même si elle se vérifie tout de même pour les deux autres grands axes de circulation – la Rue Basse et la Rue Haute – eux aussi parallèles à la pente. En réalité, ce sont dans les petites ruelles perpendiculaires qu’on trouve le plus ces maisons modestes.

Les pièces des étages supérieurs disposent d’un plancher sur solives, et présentent des sols, pour les espaces d’habitation, couverts en carreaux de terre cuite vernissée ou non, de format carré, rectangulaire ou bien hexagonal (type tomette), et, plus rarement, dans les vestibules ou halls d’entrée des maisons plus cossues, des carreaux de ciment portant décor (ainsi 94, 124, 135, 174a 25, 242 ou encore 245) et même en marbre dans un cas (parcelle 119). Le sol des parties étables ou écuries est en terre battue. Les combles reçoivent une chape de mortier sur solivettes (ainsi en 87) voire, dans les maisons moins modestes, des carreaux de terre cuite (ainsi en 174 a, 184 ou encore en 244). On observe d’ailleurs dans quelques-uns de ces derniers cas une partition du sol en deux types de carrelages différents (tomettes et carreaux de terre cuite non vernissés) qui pouvaient peut-être délimiter deux espaces aux fonctions distinctes, selon une partition ancienne avec cloisons mobiles (ainsi en 174 a). Cette différenciation au sol se retrouve aussi dans le vestibule de l’ancien hôtel du commandant de la place (carreaux de terre cuite de format carré et rectangulaire. Dans ce cas le marquage au sol délimite clairement deux espaces sans séparation physique : le hall jusqu’à l’escalier desservant les étages d’habitation d’une part, le vestibule d’autre part, jusqu’aux parties agricoles et à l’escalier menant à la cave. Les exceptions sont rares : il existe des maisons dont les sols des pièces d’habitation les plus hautes sont uniquement recouvertes d’une chape de mortier (ainsi en 168). Une maison pourvue d’une étable et d’une écurie en rez-de-chaussée surélevé (parcelles 238-239), sur un soubassement de caves voûtées, présente pour ces deux pièces un sol en galets et cailloux de calcaire.

Les murs des pièces d'habitation reçoivent un enduit au plâtre lisse et sont souvent peints en blanc, avec des plinthes de couleur foncée (brun, noir, rouge). De façon beaucoup plus rare, les murs peuvent être peints d’une autre couleur (ainsi en 87, couleur ocre rouge). Les plafonds sont tous recouverts d’un enduit au plâtre épais peint la plupart du temps en blanc sur des poutres préalablement bûchées pour assurer l’adhérence de la couche protectrice contre l’incendie.

La cheminée est d'autant moins cantonnée à une pièce qui servirait exclusivement de cuisine que le point de chauffe se situe plutôt dans la pièce à vivre, qui peut contenir un espace non isolé servant lui-même de cuisine. La norme est donc bien plus souvent celle-ci : un espace commun avec cheminée contenant aussi la pile d’évier et le potager ayant une fonction diversifiée de pièce à vivre voire à dormir, et dont l’emprise au sol correspond à celle de la maison elle-même (ainsi en 30 et 168). De toute évidence les petits espaces accueillant aujourd’hui une cuisine et la plupart du temps dépourvus de cheminée pour des raisons d’exiguïté (par exemple parcelle 242) résultent d’un redécoupage tardif, pas avant la seconde moitié du 19e siècle. La cheminée, par conséquent, est rarement unique puisqu’il s’agit de chauffer les différentes pièces habitables, parfois de petites dimensions (ainsi en 174, en rez-de-chaussée surélevé, référence du dossier : IA04001621). Mais on a tendance à utiliser le même conduit d’évacuation de la fumée (voir parcelle 30 ou 168, sur deux étages, ou parcelle 242 – le presbytère –, sur trois étages), ce qui entraîne une superposition des cheminées d’un étage à l’autre. Les maisons plus modestes se contentent d’une cheminée par maison (en 71 ou 87), ce qui signifie un seul point de chauffage ou alors l’utilisation complémentaire d’un poêle d’appoint.

Inversement, les édifices plus cossus, présentant plusieurs pièces par étage, peuvent disposer de plusieurs cheminées (ainsi en 184, hôtel du Commandant de la Place d’Entrevaux ou en 135, hôtel du marquis de Requiston). Les aménagements plus tardifs, à partir de la seconde moitié du 19e siècle, doivent être considérés à part, puisqu’il s’agit d’interventions de confort postérieures à la construction de l’édifice. C’est le cas du grenier réaménagé parcelle 244 : la cuisine et la chambre contiguës ont chacune leur cheminée, avec leur propre conduit d’évacuation. L’examen de la toiture montre la présence de cinq souches de cheminées, donc autant de pièces par étage potentiellement chauffées. Mais comme ces interventions après coup prolongent des conduits d’évacuation existants pour des cheminées situées aux étages inférieures, elles doivent néanmoins être prises en compte. Les cheminées sont de trois types : adossées (parcelles 30, 168, 242), engagées (parcelle 168) et incorporées (parcelles 71, 87, 184). Il n’y a pas de forme dominante semble-t-il, mais comme toutes les maisons et a fortiori toutes les pièces de ces maisons n’ont pu faire l’objet d’une visite, on ne saurait tirer conclusion de ces remarques générales.

La forme des manteaux de cheminée est la plupart du temps rectangulaire, en plâtre sur une armature de bois. Les jambages sont plus ou moins profonds, parfois inexistants. La cheminée est parfois accompagnée d'une niche regroupant un potager de cuisson et un cendrier (ainsi en 30, 87 et 174). Une pile d'évier est aménagée dans un angle de la cuisine, sous une fenêtre ou contre un mur donnant sur l’extérieur (parcelle 30), repérable grâce au conduit d’évacuation incliné donnant sur la rue. Les pièces sont généralement pourvues d’espaces de rangement – des placards muraux ou en maçonnerie légère. On trouve quelques petites niches peu profondes qui peut-être servaient à l’éclairage à la bougie. Il existe des alcôves, y compris pour redécouper tardivement un espace unique (par exemple la maison située en parcelle 168, propose au deuxième étage carré deux alcôves anciennes et au troisième étage carré une alcôve délimitée par une cloison en brique creuse), mais entre les maisons dans lesquelles il n’a pas été possible de pénétrer et celles qui ont fait l’objet de rénovation détruisant les dispositions intérieures anciennes, il est difficile d’aller au-delà du constat.

Deux lavabos ont été repérés, dans le hall de l’ancien hôtel du Commandant de la place (parcelle 184) et dans celui de l’ancien hôtel situé parcelle 159.

2. Nature des parties constituantes

Les différentes parties constituantes repérées sont consignées dans le tableau ci-dessous. Bien évidemment, ces chiffres sont sujets à caution et constituent un état des lieux discutable, dans la mesure où ils ne prennent en compte que ce qui a pu être observé et parfois interprété lors de la phase de repérage 26. Ainsi des boutiques, qui la plupart du temps n’arborent pas de devanture. Autre exemple : celui des écuries. Il y a une différence numériquement considérable entre les pièces observées auxquelles on a attribué cette fonction spécifique durant l’enquête et la mention du terme porté sur l’état de la section G dressé entre 1816 et 1818 : 22 contre 54. Comment cela s’explique-t-il ? Il faut d’abord considérer l’évolution des bâtiments, qui ont pour certains subi modifications et réaménagements. Ensuite, la dénomination peut avoir son importance : ce qui apparaît sous la mention « écurie » en 1816 pouvait aussi recouvrir une autre fonction ou une fonction complémentaire. La plupart du temps en effet, l'"écurie" tenait lieu d'étable. Évidemment, une maison peut conjuguer et souvent conjugue dans les faits plusieurs parties constituantes.

boutique

75 (dont 15 incertaines)

32,9%

bûcher

0

0%

cave

21

9,2%

cellier

70

30,7%

écurie

22

9,6%

étable

114

50%

forge

4

1,75%

fenil

62

27,2%

four

3 (dont 2 à la commune)

1,3%

pigeonnier

3

1,3%

porcherie

3

1,3%

poulailler

2

0,9%

remise

49

21,5%

séchoir...

170

74,6%

...dont séchoir à loggia

142

62,3%

Nature des parties constituantes et répartition.

Quelques points ressortent de cet état des lieux. Les parties agricoles sont en définitive peu diversifiées : en dehors des séchoirs (qui concernent près des trois quarts des maisons), des étables et des écuries (qui concernent presque 60 % d’entre elles), et dans une moindre mesure des fenils et des remises (respectivement un peu plus du quart et environ le cinquième des maisons intra muros), les autres fonctions s’avèrent anecdotiques. La faiblesse relative de la fonction fenil par rapport à celle de séchoir indique une économie davantage tournée vers la production et la mise en valeur fruitière (essentiellement l’olive) que vers la fonction de stockage du fourrage pour les animaux. Mais il faut aussi tenir compte des écuries surmontées d’un fenil qui sont devenues des maisons et ont ainsi perdu leur fonction de fenil (par exemple dans la rue de l’Orbitelle). L’évolution architecturale et historique du bâti ne doit donc pas être oubliée. En revanche les parties commerçantes atteignent près du tiers du total (32,9 %), ce qui semble un chiffre important. Notons aussi la représentativité importante des espaces de conservation alimentaires (caves et surtout celliers) : 40 % des maisons repérées.

Les caves et celliers présentent parfois une configuration de bancs maçonnés en U (par exemple parcelles 30, 73, 128, 134, 168, 184, 235, 238, 242) servant soit à conserver les aliments au-dessus du sol, dans une pièce surélevée de quelques marches par rapport au reste de l’étable, de l’écurie, de la cave ou du cellier (ainsi parcelles 30 et 235), au niveau du sol (par exemple parcelles 128, 168 ou encore 184) ou en dessous de la pièce principale (par exemple en 238). Certains bancs présentent une rigole (en 73) ou une bande creuse plus large (en 128, 134, 184 ou 238). Dans le premier cas, la mince bande centrale évidée pouvait servir de rigole d’évacuation des eaux d’écoulement (cela semble avéré pour la maison occupant la parcelle 73). Dans le second cas, la banquette maçonnée recevait des tonneaux de vin parfois encore en place, l’économie d’Entrevaux reposant autrefois en partie sur la production vinicole. D’ailleurs, deux caves servaient à la production du vin (parcelles 168 et 286). On observe la présence d’une cuve à vin circulaire dans la cave de la première maison, accompagnée d’une configuration de banquette en U (référence du dossier : IA04001623). La parcelle 286, outre cette configuration, dispose de deux cuves mitoyennes de format ovale allongé avec au-dessus de chacune un trou d’écoulement provenant d’une cuve où l’on foulait le raisin dans la pièce au-dessus (référence du dossier : IA04001898 27). Par ailleurs, dans la parcelle mitoyenne (238) se trouve un ancien pressoir à vin, qui a il est vrai été rapporté récemment, mais qui restitue de façon très convaincante une disposition ancienne crédible.

3. Le cas de la rue de l’Orbitelle : les anciennes écuries devenues maisons

La rue de l’Orbitelle, située au nord du village, constitue un cas particulier, car les édifices qui la bordent ont pour un certain nombre changé de famille classificatoire. D’écurie en partie basse surmonté d’un fenil pour le stockage du fourrage, ces bâtiments s’apparentaient autrefois à des entrepôts agricoles. Mais au fil des 19e et 20e siècles ils ont subi de profondes modifications qui les ont transformés en maisons. Ainsi, il n’est aujourd’hui plus possible de les lire comme des entrepôts, bien que l’état de section dressé entre 1816 et 1818 mentionne le terme d’ « écurie » 28. On a donc fait le choix de les repérer sous la dénomination « maisons », dans la mesure où les changements ont été effectués depuis au moins une centaine d’années (hormis des interventions modernes qui n’ont pas été prises en considération). À moins naturellement que l’entrepôt soit toujours identifiable, comme c’est le cas pour les parcelles 2006 G 11, 13 et 21. Il est en tout état de cause nécessaire de conserver la trace historique d’anciennes fonctions et partant d’anciens représentants d’une famille autre (en l’occurrence celle des entrepôts agricoles) sur des parcelles toujours bâties (devenues maisons). Cette évolution n’est pas limitée à la rue de l’Orbitelle : on peut la retrouver ponctuellement ailleurs dans le village. Ainsi les anciennes parcelles 1816 G 225 et 230, alors propriété du sieur Sauvan, qui faisait profession de marchand. La parcelle 225, comme le précise l’état de la section G, passait au-dessus de la Ruelle 29 et rejoignait la parcelle 230, qui tenait lieu d’écurie. La parcelle 230, si elle conserve une partie agricole – étable ou écurie) en soubassement, accueille aujourd’hui un logis aux étages supérieurs. D’entrepôt elle est devenue maison et à ce titre le rez-de-chaussée, qui devait également être agricole (écurie, remise et/ou fenil), a changé de fonction. Peut-être même l’étage carré était-il aussi dévolu à un usage agricole (fenil).

F. Couverture

1. Forme du toit

1 pan

longs pans

terrasse

croupe

demi-croupe

appentis

formes complexes

116

73

2

1

1

1

34

50,85%

32%

0,9%

0,45%

0,45%

0,45%

14,9%

Formes du toit et répartition.

Contrairement au reste de la commune, les maisons du village présentent en majorité un toit à un pan (plus de la moitié du total repéré). Les toits à longs pans interviennent dans un tiers des cas environ, d’où un total dépassant les 80 % de toits à pan unique ou à longs pans (82,35 %). Le reste s’apparente essentiellement à des formes complexes liées à des modifications, dont on ne peut guère tirer de conclusion eu égard à leur grande diversité (1 pan + terrasse ; 1 pan + 1 pan ; 1 pan + 1 pan + terrasse ; 1 pan + longs pans ; 1 pan + ½ croupe ; longs pans + terrasse ; longs pans + croupe ; longs pans + ½ croupe ; longs pans + terrasse + ½ croupe). Il est évident en revanche que les terrasses sont modernes. Ainsi les formes affectant un pan unique avec terrasse ou des longs pans avec terrasse sont-elles récentes, et aménagées pour des questions d’agrément : l’orientation est évidemment tournée vers le sud (ainsi pour les parcelles 17, 41, 106, 107, 234, ou encore 278).

2. Les avant-toits

Le repérage fait état de 201 maisons présentant un avant-toit traité à un ou plusieurs rang(s) de génoise, soit 88% du corpus. Les saillies de rive sont négligeables (6 cas observés, dont 3 avec génoise, soit moins de 3%). Les cas non significatifs et sans débord sont inférieurs à 6% (13 cas). Les chevrons et corniches se partagent le reste (moins de 5%, respectivement 7 et 4 cas). La très grande majorité des façades principales et postérieures sont sur gouttereau, ce qui exclut d’office les saillies de rive, à l’exception des maisons d’angle, par exemple parcelle 119, où la façade latérale sur pignon présente un avant-toit traité à un rang de génoise. La maison située parcelle 95 propose quant à elle une façade principale et postérieure sur pignon. Il convient aussi de noter que les traitements des avant-toits, lorsque les parcelles sont traversantes notamment, donc présentent au moins deux façades, l’une principale, l’autre (ou les) autre(s) secondaire(s), souvent, offrent des solutions différenciées d’une façade à l’autre. La plupart du temps, il s’agit de différencier les différentes façades, et surtout de mettre en valeur la principale, avec un débord comptant deux voire trois rangs de génoise quand les autres façades arborent un rang unique ou un débord des chevrons (par exemple parcelle 98 où la façade principale sur la rue Haute montre un avant-toit à deux rangs de génoise, et la façade postérieure un débord des chevrons sur un séchoir à loggia). Les exceptions existent, naturellement. Ainsi parcelle 117 : la façade commerçante et décorée donnant sur la place du Marché compte un avant-toit à deux rangs de génoise, alors que celui de la façade postérieure, où s’effectue l’accès aux logis respectifs, sur le passage du Marché, ruelle étroite et à angle droit, en comporte trois.

3. Couverture

La couverture traditionnelle est la tuile creuse. Elle continue à dominer très largement les matériaux et la forme des couvertures. Mais il est difficile d’apprécier complètement la réalité entrevalaise car les rues étant étroites et les bâtiments hauts, il est probable que d’autres maisons reçoivent des couvertures modernes. Le tableau ci-dessous consigne les chiffres relevés. La catégorie « mixte » rassemble plusieurs cas de figure : tuile creuse/tuile plate mécanique, tuile creuse/moderne et tuile plate mécanique/moderne :

tuile creuse

198

86,8%

tuile plate mécanique

14

6,15%

moderne

2

0,9%

mixte

14

6,15%

TOTAL

228

100%

Types de couverture et répartition.

G. Décor

1. Décor extérieur

Hormis les feuillures ménagées dans l’embrasure des baies pour assurer une planéité parfaite de la façade une fois les contrevents ou les persiennes fermées, le décor – quand il existe – se porte essentiellement sur les couleurs d’enduit, les faux encadrements et/ou les fausses chaînes d’angle (par exemple en G 19, 116, 117, 122, 124, 125, 129, 133, 136, 144, 145, 156, 167, 170, 226, 233, 134, 235 ou encore 241. On s’aperçoit que les façades recevant ce type de traitement sont également celles qui, d’une manière générale, longent les axes principaux : rue du Marché prolongée par la rue de l’Église ou les trois places principales et consécutives du village : la place Saint-Martin, la place Charles-Panier et le Planet. Les nombreux ravalements de façades réalisés à la fin des années 1990 et au début des années 2000 (ainsi en 33, 107, 108, 127 ou encore 109-282), sont en revanche beaucoup plus disséminés dans Entrevaux intra muros, et ne peuvent être pris en considération. Parfois un enduit masque la mise en œuvre à des fins décoratives (parcelles 2006 G 42, 137, 156 ou encore 226). Pour la maison occupant la parcelle 251b (ancienne caserne de Bois-Gérard), l’enduit de fausse brique recouvre la vraie brique sur les piédroits ainsi que l’arc segmentaire en pierre de taille.

Quelques cas particuliers émergent de l’ensemble : ce sont par exemple les maisons situées parcelles 125 et 135. Le traitement des façades accueille pour les deux premières des éléments plus saillants (boules de taille décroissante en pendentifs sous les appuis de baies de l’hôtel de Requiston ou faux encadrements et balustres en ciment et pierre reconstituée pour la maison occupant la parcelle 125. Ces interventions ne sont évidemment pas d’origine, même si elles ne sont pas récentes non plus, hormis pour les restaurations 30. Parmi les exceptions, il convient de citer également deux garde-corps de balcons proposant un travail de ferronnerie de belle qualité datables du 18e ou au plus tard du début du 19e siècle (parcelles 131 et 252).

Les encadrements de portes proposent un travail plus soigné et parfois raffiné : la pierre de taille domine largement (près des deux tiers du corpus), et le façonnage intervient dans un quart des cas ; ces deux modes de mise en œuvre représentent 90% du total considéré. C’est bien sûr la pierre de taille calcaire qui concentre l’attention décorative, même s’il arrive que le façonnage reçoive un traitement spécifique (comme en 8a, où l’encadrement mêle pierre de taille initiale et façonnage, ce dernier venant se plaquer sur la première). Le traitement décoratif sommaire se limite essentiellement au chanfrein qui vient adoucir l’arête des angles (la doucine est réservée au façonnage, comme en 235). Quelques variantes existent : le biseautage de l’arête pour amorcer le chanfrein, qui peut aussi être traité en pointes de diamant (ainsi parcelle 122). La sculpture demeure exceptionnelle : parcelles 46, 74, 94, 244 ou en 304. Pour les maisons occupant les parcelles 46 et 94, le décor fait clairement intervenir le caractère professionnel de l’occupant, une lecture maçonnique pouvant s’ajouter à l’appréciation de l’ensemble (référence du dossier : IA04001622). L’encadrement de la porte d’entrée de la maison en 74 présente un motif décoratif énigmatique subtilement sculpté au bas des piédroits (des quilles ou des poids ?) qui là encore pourraient identifier de la qualité d’un ancien propriétaire. Il convient de relever également que quelques encadrements résultent certainement de remplois. Ainsi celui de l’une des deux entrées de la maison située parcelle 304, manifestement fin 15e – début 16e siècle, avec une accolade sculptée dans la plate-bande qui reçoit par ailleurs un motif bûché devenu illisible. Le lien avec les piédroits s’effectue grâce à deux coussinets de transition. On peut observer quelques encadrements particulièrement soignés, avec entablement (en 94, 135, 244, 245), mais ils sont tardifs : 18e (244 – refait en partie – et 135) ou 19e siècle (en 94 ou 244). Les piédroits sont droits dans leur immense majorité : les exemples de jambage harpés sont exceptionnels (parcelle 134 ou 252). En définitive, un encadrement apparaît particulièrement orné : il conjugue la pierre de taille pour les piédroits et le stuc pour l’arc en plein-cintre, les chapiteaux des pilastres et le fronton en arc à trois courbes flanqué de deux vases fleuris. Il pourrait dater de la fin du 18e siècle, lorsque cette maison appartenait au complexe du couvent des bernardines d’Entrevaux (voir le dossier de présentation du village, référence : IA04001634).

pierre de taille

façonné

mixte/hétérogène

sans objet

NSP

TOTAL

145

60

13

9

1

228

63,6%

26,3%

5,7%

4%

0,4%

100%

Nature de l'encadrement 31.

Les impostes, lorsqu’elles existent, ne présentent pas de caractéristiques remarquables, hormis parfois quelques éléments de ferronnerie (en 135, 185 et 252 par exemple). Quelques portes arborent une menuiserie de qualité mais l’essentiel est de facture récente.

On relèvera également une campagne de ravalement de façades dans le courant des années 1920-1930 avec un enduit à la tyrolienne au ciment agrémenté de faux encadrements et de fausses chaînes d'angle harpées (par exemple en 16-17 et en 144 ; dans le premier cas l'opération permet de distinguer depuis l'extérieur une volonté d'associer deux maisons différentes correspondant à deux parcelles distinctes, mais qui ont été rassemblées et désignent aujourd'hui une seule habitation). Le traitement décoratif de la façade assure donc une certaine cohérence visuelle à des édifices dont l'imbrication dans le tissu villageois ne permet pas d'emblée d'identifier comme un unique bien immobilier (ainsi notamment avec la parcelle 124). Plusieurs ravalements de façades ont été l'occasion de décors où dominent les teintes pastel à la fin du 20e et au début du 21e siècle.

2. Décor intérieur

Modeste, il se limite à quelques parties bien circonscrites et très limitées dans la maison, et encore n’est-il pas la règle, loin s’en faut :

a. L’entrée - le vestibule

On peut y trouver, dans une très faible minorité de cas, des décors simples. Les voûtes d’arêtes interviennent à trois reprises, parcelles 23, 119 et 304. Cela témoigne à la fois d’un ancrage historique et d’un raffinement dans la mise en œuvre. Ceci ne constitue cependant pas un critère de datation infaillible. En effet le remarquable voûtement d’arêtes mis en œuvre dans le vestibule traversant de l’hôtel des barons de Glandevez devenu caserne de Bois-Gérard au début du 19e siècle résulte quant à lui des travaux de réaménagement du bâtiment réalisés entre 1821 et 1823. On observe encore un cas parcelle 134, dans un espace confiné aujourd’hui dévolu aux toilettes et qui a pu autrefois servir de vestibule, puisqu’il côtoie l’entrée. Mais c’est pure hypothèse. Des consoles en plâtre y reçoivent en outre la retombée des arêtes.

b. La cage d’escalier et l’escalier

La cage peut recevoir un traitement soigné, mais là encore les exemples sont très minoritaires. On trouve un décor peint parcelle 238. Rutilant et bien préservé il doit remonter au plus tard à la seconde moitié du 19e siècle (des panneaux unis peints en rouge pompéien insérés dans des cadres de faux marbre). Les autres cas sont plus classiques, sans peinture ou presque (parcelles 119, 134, 135, 184 et 251b). Le décor en gypserie, simple et discret, résiste bien que très abîmé dans le plafond du vestibule et de la cage d’escalier de l’hôtel du commandant de la place d’Entrevaux ; il est présent aussi sous les volées droites en 134 et 135 – un mince filet traité en doucine présentant une clôture chantournée. La cage d’escalier de l’ancien hôtel des barons de Glandevez réaménagée en caserne militaire à la fin du 1er quart du 19e siècle n’arbore aucun décor si ce n’est un faux appareillage en pierre de taille ainsi qu’un voûtement en arêtes systématique au niveau des paliers. Celle de la parcelle 134 présente en plus de la gypserie très discrète des pans coupés abritant chacun une niche avec abside en cul-de-four, sans doute destinée à accueillir une statuette, comme c’est d’ailleurs le cas en 119, où la figure représentant le Sacré-Cœur de Jésus, datable de la seconde moitié du 19e siècle, est encore en place.

Certains escaliers se démarquent de l’ensemble, qu’il s’agisse de leur forme, de leur mise en œuvre ou de leur décor. Celui de la parcelle 134, tournant suspendu avec un garde-corps à balustres rampants en bois en forme de poire s’avère particulièrement remarquable. Ce sont, d’une manière générale, essentiellement les garde-corps qui enjolivent l’escalier. Certains travaux de ferronnerie méritent d’être signalés : ainsi parcelles 73, 135, 184 et 185, mais on remarque que pour ces trois derniers le garde-corps présente le même décor alternant un barreau torse entre deux barreaux droit sous une frise de volutes stylisées.

c. Les pièces

Rien de particulier n’a été relevé dans les espaces privatifs visités, qui ont fait l'objet pour la plupart de réaménagements, à deux exceptions près : un plafond voûté d’arêtes en 251b (qui constitue certainement une ancienne partie de l’hôtel des barons de Glandevez) ; les deux salles en soubassement de part et d’autre du hall d’entrée dans l’une des anciennes demeures de l’évêque d’Entrevaux (parcelle 73). On peut voir dans la plus petite des deux pièces un décor de stuc peint façon faux marbre avec corniche moulurée imposante, encadrement plafonnant mouluré avec les restes d’un encadrement de lustre central en gypserie proposant un décor de pampres. La pièce principale reprend, agrandi, le même motif de cadre central plafonnant mouluré, mais le reste de la salle a été entièrement dénaturé. Le décor y était autrefois bien plus développé, avec notamment un jeu sur des colonnes stuquées en léger relief. L’hôtel du commandant de la place dispose de quelques cheminées datables du 19e siècle avec un manteau plaqué de marbre sur les piédroits et le manteau, lequel reçoit un décor sculpté très simple avec un motif central de vase godronné à double anse. D’une manière générale, plus on monte dans le bâtiment, plus les pièces sont modestes. C’est notamment remarquable dans le traitement apporté aux cheminées, comme on peut par exemple le constater dans la maison située sur la parcelle 168.

H. Typologie 2 (maisons intra muros)

- A1 : Maison avec partie agricole, commerciale ou artisanale en partie basse (11,85% du corpus)

(27 repérées ; 7 sélectionnées [25,9%])

- A2 : Maison avec partie agricole en partie haute (4,8% du corpus)

(12 repérées ; 2 sélectionnées [16,7%])

- A3 : Maison avec parties agricoles en parties basses et hautes (80,25% du corpus)

(183 repérées ; 26 sélectionnées [14,2%])

- B : Maison sans partie agricole, commerciale ou artisanale (3,1% du corpus)

(7 repérées ; 4 sélectionnées [57%])

A1

A2

A3

B

TOTAL

11,85%

4,8%

80,25%

3,1%

100%

Tableau comparatif de la proportion de chaque type de maison commune d'Entrevaux intra muros.

1Ce type de voûtement apparaît aussi dans la maison occupant la parcelle 134.2Les cas sont très nombreux : par exemple en 166-167 la parcelle correspondant à l’escalier est indiquée en tête (aujourd’hui parcelle 91) ; 247-248 (partie de la parcelle 217) ; 265-264 (partie de la parcelle 170) ; 269-270 (parcelle 171), ou encore 304-305 (parcelle 196). Certaines de ces dispositions anciennes ont été conservées jusqu’à aujourd’hui : ainsi les anciennes parcelles 117-116, actuellement 147-146, où l’escalier (ancienne parcelle 117, actuelle parcelle 147) est toujours dissocié en tant que parcelle autonome.3L’état de section établi d’après le cadastre de 1816 indique que les parcelles 218 et 220 étaient deux maisons d’habitation. La première appartenait à un certain Joseph Vachier dit la Guerre ; la seconde se partageait entre Jacques Cliquet, Claude Emourgeou et Anne-Louise Meunier.4La parcelle 29 signale non pas une maison mais un escalier en indivision pour chacun des propriétaires.5Puisque par définition dans ce type d’espace les zones non bâties hors réseau viaire sont rares. Il est ainsi plus facile d’étendre l’emprise parcellaire d’un bâtiment plutôt que d’en construire un.6Ce qui n’est pas le cas de la parcelle 182 évoquée plus haut.7Dans la typologie A3 demeurent quelques incertitudes pour cinq références.8Le cas de la maison située en 2006 G 178 est particulier car l’encorbellement n’est pas droit : il repose sur trois solives, dont deux seulement sont étayées : l’une par un aisselier en bois, l’autre par un aisselier métallique. L’ensemble paraît avoir été refait récemment. 9Par exemple la parcelle 33 : la façade Rue Haute a été ravalée en 2005 par Jean-Yves Baud et Patrick Begnis (signé/daté) ; parcelle 108 : le décor de la façade réalisé par Antoine Guibert en 2000 (signé/daté Passage du Marché) ; parcelle 107 : même chose, mais réalisé en 2001 ; parcelle G 14 : ravalement réalisé par le même, daté 1988.10On lit sur la façade principale : "B 1936 CH". On peut aussi trouver des dates plus anciennes : pour la parcelle 170, la date « 1898 » est inscrite sous l’avant-toit de la façade principale.11À moins qu’il ne s’agisse d’un signe d’appartenance maçonnique. Dans ce cas, il daterait au plus tôt du 18e siècle. Il est aussi possible que l’encadrement en question ait été rapporté ultérieurement. 12D’où : maisons en rez-de-chaussée : 54 – 19 = 35.13La demeure située parcelle 73, une ancienne possession de l’évêque d’Entrevaux, possède même trois escaliers de distribution intérieur : le principal pour desservir les différents étages, en front de parcelle ; un escalier quart tournant menant aux caves, en milieu de parcelle ; un escalier sur le palier intermédiaire, tournant, menant notamment à la cour intérieure derrière et desservant une pièce en fond de parcelle.14Le total est supérieur à 100% car on compte 11 maisons disposant de deux escaliers intérieurs.15On ne compte pas l’escalier tournant extérieur et l’escalier tournant intérieur de la caserne de Bois-Gérard reliant l’aile en retour (ancienne parcelle 313) à la tour de la Caserne, car ils ont été aménagés au 19e siècle et ne concernaient donc pas l’hôtel des barons de Glandevez. Sinon il faudrait dénombrer quatre escaliers pour cette parcelle, un extérieur et trois intérieurs.16La maison située en 2006 G 232 offre aussi une combinaison mixte, mais la nature de la partie basse desservie par l’escalier extérieur n’a pas pu être déterminée.17Pierre Le Muet, "Manière de bien bastir pour toutes sortes de personnes", 1e édition de 1623, par exemple pour la première maison, décrite et accompagnée d'une planche de plans, élévation et coupe ,p. 6-7.18L’annexe est contingente et n’a originellement rien à voir avec la maison en question, puisqu’elle est une composante d’une autre maison (ancienne parcelle 146) : elle est aujourd’hui autonome (parcelle 123).19La boutique communiquait avec le couloir pour l’approvisionnement en viande dans les caves et l’annexe mais cet accès était réservé au boucher.20Et ce même si la maison est répertoriée comme appartenant en 1816 à un certain Jean-Joseph Philipo, médecin de son état, qui disposait également dans la même rue d’une écurie (ancienne parcelle 140, partie de l’actuelle parcelle 158), et donc relevant de la société « fortunée » du village.21En 1816 le sieur Philipo est indiqué comme l’unique propriétaire de la maison. On peut donc penser qu’il louait l’espace commercial, antérieur au 19e siècle selon toute vraisemblance.22La partie donnant sur l’espace qu’on appellera faute de mieux la placette du Marché disposait peut-être d’une entrée propre.23La réunion des deux parcelles a entraîné la création d’un escalier accessible depuis la porte d’entrée principale de la parcelle 161. 24Signalé par Raymond Collier dans "La Haute-Provence monumentale et artistique", Digne, 1986, p. 359.25Ancienne parcelle 273.26Aussi ces chiffres prennent-ils en compte les incertitudes. Ainsi par exemple de la présence des boutiques (locaux commerciaux) : 75 cas ont été potentiellement identifiés. Parmi eux, 60 sont avérés et 15 possibles pour des raisons d'évolution (modification) du bâti et de l'aménagement.27Les trois parcelles actuelles (238, 239 et 286) n’en formaient qu’une en 1816 (parcelle 231).28L’état de la section G du village précise ainsi que huit parcelles étaient des « écuries » : les parcelles 43 (actuelle 32), 44 (28), 48 (27), 52 (partie de la 278), 60 (21), 62 (partie de la 19), 66 (11) et 70 (13). On voit que les changements de familles étaient déjà en cours, puisque la parcelle 54 (23) y est mentionnée comme une ancienne écurie devenue maison d’habitation.29Parcelle 225 : « maison d’habitation (ce numéro s’étend au-dessus de la ruelle au-dessous) ».30On notera aussi le décor peint en faux bossages continus en table de la façade principale de la maison située parcelle 244.31Ces chiffres ne prennent en compte que les encadrements des portes d’accès au logis, mais il arrive que seuls les encadrements des portes d’accès aux parties agricoles soient en pierre de taille (par exemple parcelle 26).
Aires d'étudesPays Asses, Verdon, Vaïre, Var
Dénominationsmaison
AdresseCommune : Entrevaux

Hors agglomération, quelques maisons remontent aux 18e et 17e siècles, voire au 16e siècle, mais la plupart datent de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Ces dernières sont souvent des maisons de maître ou de villégiature. Intra muros, le substrat bâti date de la deuxième moitié du 17e siècle et la première moitié du 18e siècle essentiellement.

Période(s)Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Le repérage des maisons sur la commune d'Entrevaux a été effectué de juillet à octobre 2010. Au total, 284 maisons ont été repérées et 48 sélectionnées, réparties comme suit : en dehors du village, 56 maisons repérées et 9 sélectionnées ; intra muros (village), 228 repérées et 39 sélectionnées.

En dehors du village, seul un tiers des maisons est concentré dans les écarts, les autres étant dispersées, notamment à proximité d'Entrevaux. Les maisons présentent très majoritairement deux ou trois niveaux d'élévation, avec la présence d'un étage de soubassement dans près des trois quarts des cas. Quelques voûtes ont été notées. Une grosse moitié des maisons possèdent une étable, un peu moins possèdent un fenil et/ou une resserre. Les maisons sont construites en moellons de calcaire, parfois complétés par des blocs de tuf ; quelques cas de maisons construites en parpaings de béton pleins ont été relevés. La présence de chaînes d'angles en pierre de taille ne concerne que 9% du corpus. Les enduits des élévations sont souvent lissés, ou rustiques ou à la tyrolienne. Un tiers des maisons possède un escalier de distribution extérieur, en maçonnerie, généralement adossé parallèlement à la façade. Dans les écarts, les toits sont généralement à un pan ; les toits sont à longs pans pour les maisons dispersées, parfois complétés de croupes. La tuile creuse est la couverture traditionnelle, mais les maisons de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle sont couvertes d'origine avec de la tuile plate mécanique. Près de la moitié du corpus hors du village présente des décors de façade peints et/ou gravés : faux encadrements, fausses chaînes d'angle, cadres de façade et bandeaux de niveau, parfois décors de baies en trompe l'oeil, de frises, plus rarement de cadran solaire.

Les maisons du village sont implantées dans la pente, ce qui induit un voire deux étages de soubassement dans près de 70% des cas. La densité du bâti entraîne une mitoyenneté sur au moins deux côtés pour 85% du corpus considéré, ainsi que des maisons de cinq niveaux au moins pour une proportion similaire. La mise en oeuvre recourt au moellon calcaire lié au mortier de chaux et de sable, avec une utilisation ponctuelle de la pierre de taille calcaire en partie basse. Dans un espace contraint, les élévations présentent un développé réduit en façade (90% des maisons ont jusqu'à deux travées, et les travées uniques atteignent le tiers du total). Un toit sur deux environ est à pan unique, alors que la couverture en tuile creuse s'avère omniprésente (près de 87% du repérage). La distribution s'effectue par le biais d'un escalier tournant dans plus de 90% des cas. Dans un centre urbain certes modeste mais marqué par la présence d'une troupe militaire pérenne, les activités commerciales étaient développées : le tiers des maisons repérées pratiquaient une activité de cette nature. Néanmoins, la part des activités agricoles demeuraient prééminente, puisque quatre maisons sur cinq relèvent du type logis entre parties agricoles. A ce titre, une ou plusieurs étables ont été identifiées en partie basse dans plus d'une maison sur deux, et en partie haute le fenil est avéré dans 27% des cas, quand le séchoir (à olives notamment) atteint jusqu'à 75% du corpus. Un nombre élevé d'entrées reçoivent un encadrement en pierre de taille calcaire (près des deux tiers).

TypologiesA1 : maison avec partie agricole, artisanale ou commerciale en partie basse ; A2 : maison avec partie agricole en partie haute ; A3a : maison avec parties agricoles en parties basses et hautes ; A3b : maison avec parties agricoles ou commerciales en partie basse et parties agricoles en partie haute ; B : maison sans partie agricole, artisanale ou commerciale
Toitstuile creuse, tuile plate mécanique
Murscalcaire moellon sans chaîne en pierre de taille
tuf moellon sans chaîne en pierre de taille
béton parpaing de béton
Décompte des œuvres repérées 284
étudiées 48
bâti INSEE 356

Références documentaires

Bibliographie
  • COLLIER, Raymond. La Haute-Provence monumentale et artistique. Digne: Imprimerie Louis-Jean, 1986, 559 p. : ill.

    p. 359.
  • LE MUET, Pierre. Manière de bastir, pour touttes sortes de personnes. Paris : Melchior Tavernier, 1623 / Bibliothèque nationale de France, Paris : FOL-S-1595, In-fol., IV-114 p., fig.

Liens web

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Laurent Alexeï - Mosseron Maxence
Mosseron Maxence (1976 - )

Chercheur au Service régional de l'Inventaire de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (2007- )


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