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Chapelle, puis couvent de trinitaires, puis ferme, actuellement chapelle Notre-Dame-de-Santé

Dossier IA83003126 réalisé en 2020

Fiche

  • Vue d'ensemble.
    Vue d'ensemble.
  • Impression
  • Agrandir la carte
  • Parties constituantes

    • ermitage
    • hôtellerie

Œuvres contenues

Un édifice médiéval primitif

L’actuelle église a été bâtie sur les ruines d’une construction médiévale, dont des pierres taillées sont visibles en remploi. Peut-être s’agit-il de l’église Sainte-Marie de Fonte Crosa, mentionnée dès 1251, une source s'écoulant à proximité portant le nom de Font de Cros. Cette église est mentionnée à plusieurs reprises au cours du 14e siècle (ca 1300, 1343, 1348, 1351). Au siècle suivant, un acte de 1428 relevé par Reynaud indique que le testateur souhaite être enseveli à la chapelle Notre-Dame. Cependant, il est difficile d’affirmer qu’il s’agit bien de Notre-Dame-de-Santé.

L’existence antérieure d’une église à l'emplacement de Notre-Dame-de-Santé est confirmée par la visite pastorale de 1620, qui décrit la présence de sépultures dans le soubassement de l'édifice ; et par l’acte de fondation de la nouvelle chapelle, daté du 20 septembre 1624 qui confirme que la communauté a commencé à rebâtir la chapelle à ses frais dès 1617. Cet acte indique que les anciens seigneurs de La Verdière avaient fait bâtir une chapelle dédiée à la Vierge qui, ruinée, n’en faisait pas moins l’objet d’une fréquentation annuelle par les verdièrois et les habitants des localités voisines, « miraculeusement soulagés des maladies dont se estaient affligés ». Il semblerait donc qu’une dévotion vivace à la Vierge, traduite par un pèlerinage annuel et le témoignage de nombreux miracles, ait motivé la refondation de la chapelle au début du 17e siècle.

Des voûtes d’arêtes reposant sur arcs doubleaux sont visibles dans l’actuelle sacristie, elles se poursuivent dans une partie du bâtiment attenant. Il s’agit certainement d'une partie de l'édifice médiéval primitif. L’acte de 1624 le confirme en indiquant que seuls « l’ancien hautel et chapellettes d’icelluy qu’on appelle les presbytaires » sont conservés.

Une reconstruction motivée par un pèlerinage

La reconstruction de la chapelle est mentionnée dans les archives communales entre 1617 et 1626. L’acte de 1624 en détaille les modalités : étant donné la fondation antérieure de la chapelle par ses aïeux, le seigneur verdiérois Jean de Castellane en devient juspatron de droit. Les conditions suivantes sont établies entre le seigneur et la communauté : les consuls auront en charge l’entretien de la chapelle, sauf dans le cas d’une « ruine entière » où le seigneur devra apporter sa contribution. Ils se chargeront du mobilier de la chapelle, qui sera inventorié tous les ans par le juge du seigneur, en présence des consuls. Tous les premiers jours de l’an seront nommés des marguilliers qui recueilleront et tiendront compte des aumônes. La clé buchée, présente sur l’arc de la porte latérale, atteste peut-être cette co-fondation laïque entre seigneur et communauté. La façade occidentale, portant la date de 1625, appartient à cette campagne de travaux. Le service de la chapelle est confié aux religieux de l’ordre des trinitaires déchaussés en 1635. Parmi eux, Ignace Gory, qui publia en 1655 une « Panacée mystique » relatant les nombreuses grâces accordées par la Vierge de Santé.

Après le départ des trinitaires à la fin du 18e siècle, différents prieurs s’y succèdent jusqu’à la Révolution où le couvent et ses propriétés sont vendus comme biens nationaux. La chapelle sert alors de remise et de bergerie. Dans la seconde moitié du 19e siècle, le propriétaire de la chapelle la restaure et y rétablit le culte. Son legs à la fabrique de La Verdière est entravé par un décret de l’Etat, et la chapelle sera vendue aux enchères en 1903 à Casimir Blanc, ancêtre des actuels propriétaires, qui y entreprend des travaux de restauration.

Un ensemble de bâtiments traduisant une intense activité spirituelle

La chapelle était complétée par différents bâtiments destinés à l’activité spirituelle et à l’hébergement des clercs et des hôtes (couvent, hôtellerie), ainsi que par le logement d’un ermite. Il est difficile de les identifier parmi les bâtiments existants, dont certains sont ruinés. Les délibérations communales comme la visite pastorale de 1620 mentionnent en particulier la construction du logement de l'ermite lors de cette période. Les trinitaires bâtissent le couvent à proximité de la chapelle. En 1638, le conseil vote un capage pour aider les religieux trinitaires à terminer la construction de leur couvent. D’après la visite pastorale de 1639, leur habitation se compose de « six chambres garnies de pettis lits ». Son emplacement est incertain : les archives indiquent que suite à l’irrégularité du service religieux due à l’éloignement du couvent, celui-ci est rebâti en 1658, alors que des trinitaires chaussés ont remplacé les trinitaires déchaussés. Un plan du 19e siècle figure le couvent (alors en ruine) au sud-est de la chapelle. Une écurie et un poulailler étaient accolés à l'élévation sud.

À 100 mètres au nord-ouest, de l’autre côté du chemin, un édifice à l’état de ruines pourrait être l’hôtellerie destinée à accueillir les pèlerins, également contemporaine de la refondation de la chapelle au 17e siècle. En outre, les sources orales rapportent qu’un bâtiment en partie ruiné situé à 500 mètres au nord, appelé « bastide Notre-Dame » sur le cadastre napoléonien et « bastide des pères » au 19e siècle, aurait abrité les religieux officiant à Notre-Dame-de-Santé.

Genrede trinitaires
VocablesNotre-Dame-de-Santé
Destinationsferme
Parties constituantes non étudiéesermitage, hôtellerie
Dénominationschapelle, couvent
Aire d'étude et cantonPays de la Provence Verte
AdresseCommune : La Verdière
Lieu-dit : Notre-Dame-de-Santé
Cadastre : 1823 D2 880 ; 2017 D 585

Une première église dite de Fonte Crosa (à associer au nom de la source Font de Cros existant à proximité) est mentionnée sur ce site en 1251. L'actuelle chapelle Notre-Dame-de-Santé est édifiée sur cet ancien lieu de culte et porte la date de 1625. Au 17e siècle, un ermitage (bâti vers 1620) et un couvent (bâti en 1658) se trouvent à proximité. La chapelle devient un bâtiment agricole après sa vente comme bien national à la suite de la Révolution. Elle est ensuite revendue et complétée par trois corps de bâtiments au début du 20e siècle. C'est aujourd'hui une chapelle privée accueillant une procession annuelle (8 septembre) à Notre-Dame-de-Santé.

Période(s)Principale : 13e siècle , daté par travaux historiques , (?)
Principale : 1er quart 17e siècle , porte la date
Secondaire : 1er quart 20e siècle , daté par travaux historiques
Dates1625, porte la date

La chapelle Notre-Dame-de-Santé s’élève dans une plaine à environ quatre kilomètres du village, en bordure de l’ancien chemin de Ginasservis à Bezaudun (ancien castrum voisin de Varages). Un bâtiment lui est accolé à l’est. Au sud, trois corps de bâtiments (aujourd’hui des maisons d’habitation), s’articulent autour d’une cour. Une source, la Font de Cros, se trouve à proximité. Deux autres bâtiments, dont l'hôtellerie en ruine, se situent au nord. Un couvent dont il ne reste pas de vestiges visibles était accolé à l'est de la chapelle, perpendiculairement à celle-ci. Un ermitage (non localisé) existait de même.

L’édifice est construit en moellons liés au mortier, il est couvert d'un toit à long pans comportant des tuiles creuses. Orienté, il est de plan allongé et possède un chevet plat prolongé par une sacristie. Il est couvert d’une voûte en berceau brisé, contrebutée par cinq contreforts au nord et au sud. La façade occidentale, qui porte la date de 1625, se compose d’une porte plein-cintre en pierre de taille, surmontée d’une petite niche plein-cintre et d’un oculus. Elle est couronnée d’un clocher-mur. Au nord se trouve une seconde porte plein-cintre en pierre de taille.

La nef, unique, est divisée en trois travées, séparées par des arcs doubleaux et rythmées par des arcatures. Un cordon mouluré se situe à la naissance de la voûte. Ce décor se poursuit dans le chœur. Les arcatures de la travée précédant le chœur présentent une profondeur plus importante. Une fenêtre plein-cintre, percée dans le mur sud, éclaire le chœur. On accède à l’autel par un emmarchement à quatre degrés.

Murspierre moellon
Toittuile creuse
Plansplan allongé
Couvrementsvoûte en berceau brisé
Couverturestoit à longs pans
Statut de la propriétépropriété d'une personne privée

Annexes

  • Pratiques cultuelles associées à la chapelle Notre-Dame-de-Santé, La Verdière

    Le pèlerinage dédié à Notre-Dame-de-Santé est attesté dès la refondation de la chapelle, au début du 17e siècle. La visite pastorale de 1620 indique que "divers miracles" sont survenus "despuis quelques temps" à l'endroit où le sanctuaire est en train d'être érigé. Un acte du 20 septembre 1624 indique que les habitants de La Verdière et des villages environnants y venaient déjà « payer leurs vœux » tous les ans, par coutume.

    La dévotion à la Vierge de Santé de La Verdière connaît alors une grande popularité. Un document manuscrit (daté de 1925), conservé dans l'édifice, indique qu'une indulgence plénière avait été accordée par indult apostolique le 2 mai 1642 aux fidèles effectuant le pèlerinage. En 1655, la Panacée mystique écrite par le père Gory (transcrite en partie par le curé de La Verdière en 1915), témoigne des nombreux miracles survenus au sanctuaire. Ils attestent de sa fréquentation à l'échelle régionale. Authentifiées par clercs et laïcs, les grâces s’étalent ainsi de 1623 à 1655. Les personnes guéries appartiennent majoritairement à la noblesse (seigneurs, notables et bourgeois), et dans une moindre mesure au clergé. Le père Gory cite par exemple Henry de Maynier, baron d’Oppède, président à mortier au Parlement de Provence, et seigneur de La Verdière, qui fut guérit d’une fièvre en 1640. On compte aussi un tailleur et un écuyer marseillais, une fille de fermier et un maréchal-ferrant venus de Saint-Julien-le-Montagnier, tandis que d’autres pèlerins proviennent de La Verdière et d’autres villages voisins, mais aussi de l’ensemble du Var (Saint-Tropez, La Cadière, Saint-Zacharie, Tourves, Ollioules, Brignoles, Saint-Maximin), des Alpes-de-Haute-Provence (Moustiers, Les Mées, Manosque, Sainte-Tulle), du Vaucluse (Apt), des Bouches-du-Rhône (Aix-en-Provence, Cassis, Marseille, Trets). Les affections guéries sont de toutes sortes, bien que le père Gory insiste sur la capacité de Notre-Dame-de-Santé à guérir de la peste, et à préserver contre les tempêtes, orages et naufrages. Les pèlerinages pouvaient être collectifs, organisés par la paroisse ou les confréries de pénitents, et se dérouler à l’occasion de fêtes, ou en action de grâce. Les archives communales des 17e et 18e siècles mentionnent une « procession générale » ayant lieu le 8 septembre. En 1744, les marguilliers du Corpus Domini sont autorisés à percevoir une taxe sur les cabaretiers et aubergistes « qui donneront à boire et à manger le 8 septembre, jour de fête à la chapelle des frères trinitaires. » La présence d’une hôtellerie, signalée dès la première moitié du 17e siècle, atteste également cette fréquentation.

    L’activité pérégrine cesse avec la désaffection de la chapelle, après la Révolution. Le pèlerinage reprend sporadiquement en 1817 puis 1825, à l’occasion de sécheresses, mais il n’est rétabli annuellement qu’à partir de 1878, le lundi suivant le premier dimanche de septembre. Le pèlerinage attire alors les paroisses voisines, mais semble avoir perdu son rayonnement régional. Selon Michel-Palamède de Forbin d'Oppède, auteur d'une monographie publiée en 1880, les habitants de Rians auraient anciennement pris la chapelle de Notre-Dame-de-Santé pour point de départ de leur pèlerinage vers Lérins. Cependant, aucune archive concernant ce pèlerinage ne le mentionne. L'activité s’interrompt à nouveau avec le rachat de la chapelle en 1903, pour reprendre au cours de la Première Guerre mondiale. En 1920, les archives paroissiales indiquent qu’on célèbre la fête de Notre-Dame-de-Santé lors d’un pèlerinage « régional » qui a lieu le 9 septembre. L’évêque du diocèse vient bénir la chapelle l’année suivante. De nos jours, les pèlerins se rendent toujours à la chapelle lors du premier week-end de septembre.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Inventaire sommaire des archives communales antérieures à 1790. La Verdière. 1552 - 1793. Archives départementales du Var, Draguignan : 2 MI 240 R1. Disponible en ligne : <http://www.archives.var.fr/arkotheque/consult_fonds/fonds_seriel_resu_rech.php?ref_fonds=19>. Date de consultation : 2020.

  • Visites, sentences de visites de l'archevêché d'Aix-en-Provence, 1620 - 1621. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 1 G 1333

  • Registre des actes et délibérations du Conseil de Fabrique et du bureau des Marguilliers de l’église succursale de La Verdière, diocèse de Fréjus et Toulon, Var, 1883. Archives paroissiales, La Verdière : non coté.

  • PELLOQUIN, Henri, curé. Lettre au Très Saint Père par le curé de La Verdière. 20 juin 1925. Collection particulière : non coté.

  • ARNAUD Claude, BORREANI Marc, JERPHANION Guillaume de. [Evolution historique de l'habitat en Provence Verte Verdon.] Collection particulière : non coté.

    Testament de Rayne de Vintimille mentionnant un leg à une "ecclesia Beata Maria de Fortrossa", 1348.
Documents figurés
  • Carte de France dite carte de Cassini. / Dessin à l'encre par César-François Cassini de Thury, seconde moitié du 18e siècle. Bibliothèque nationale de France, Paris.

  • Plan cadastral de la commune de la Verdière, 1823. / Dessin à l'encre sur papier par le géomètre Bragier, 1823. Archives départementales du Var, Draguignan : 3PP 146.

  • Notre-Dame de Santé. - Ruines du couvent. / Carte postale, noir et blanc, avant 1903. Collection particulière.

  • MADEC, Joseph Mgr. Prière à Notre Dame de Santé. / Impression, papier glacé. Toulon, 17 janvier 1988. Collection particulière.

  • Extrait du Plan Cadastral de la Commune de La Verdière. [Plan de masse de la chapelle de Notre Dame de Santé et de la Ferme dite du Couvent.] / Dessin, s.d. (1807-1898). Archives départementales du Var, Draguignan : 4 V 6.

  • Plan de la Chapelle de Notre Dame de Santé et de la Ferme dite du Couvent. / Dessin, s.d. (1807 - 1898). Archives départementales du Var, Draguignan : 4 V 6.

Bibliographie
  • CLOUZOT, Etienne. Pouillés des provinces d'Aix, d'Arles et d'Embrun. Diocèse d'Aix-en-Provence, dir. Maurice Prou, Paris : Imprimerie nationale, 1923.

  • FORBIN D'OPPEDE, Michel-Palamède de. Monographie de la terre et du château de La Verdière, et des familles qui l'ont successivement possédé sans interruption du Xe au XIXe siècle. Marseille : 1880. Publication en ligne : <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k852565w.texteImage>. Date de mise en ligne : 09/04/2013.

  • GORY, Ignace (père). Panacée mystique. Ou remede a toute sorte de maladies, & accidents de cette vie. Qui est, la devotion a la tres glorieuse Vierge, mere de Dieu, sous le titre de Nostre Dame de santé, & du bon remede dans les convents de l'ordre de la tres saincte Trinité, & redemption des captifs. Lyon : Guillaume Barbier, imprimeur ordinaire du Roy à la place de Confort, 1655. Notice n° FRBNF17120889.

  • PHILIBERT, Lucien. Monographie du sanctuaire de Notre-Dame-de-Santé de La Verdière (Var). Draguignan : Imprimerie du Var, ancienne maison C. Latil, H. Cauvin succt, 1916.

  • PIEGAY, Joseph. Au moyen âge entre Durance et Verdon : histoire médiévale de Ginasservis, Gréoux, Saint-Julien-le-Montagnier, Saint-Paul-les-Durance, La Verdière, Vinon, Cadarache et autres lieux. Vinon-sur-Verdon : Association Résonances, 2004. 1 vol. (407 p.) : ill. ; 24 cm.

    Visite pastorale de 1343 à Notre-Dame de Fonte Crosa.
  • REYNAUD. Histoire d'une chapelle : N.-D. de Santé à La Verdière (Var). Annales de Provence, Société études provençales, 21e année, n° 4, octobre à décembre 1924. p. 188 - 211.

    Acte de fondation de la nouvelle chapelle, 20 septembre 1624
  • REYNAUD. Histoire d'une chapelle : N.-D. de Santé à La Verdière (Var) (fin). Annales de Provence, Société études provençales, 22e année, n° 1, janvier à mars 1925, p. 5 - 33.

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