Dossier d’œuvre architecture IA05001732 | Réalisé par
Aycard Julie (Contributeur)
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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  • enquête thématique régionale, Patrimoine religieux de Serre-Ponçon Guillestrois-Queyras
Eglise paroissiale Saint-Marcellin
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de Serre-Ponçon - Embrun
  • Commune Châteauroux-les-Alpes
  • Lieu-dit Saint-Marcellin
  • Adresse impasse de l' Eglise
  • Cadastre 1813 B 1808  ; 2024 B 795
  • Dénominations
    église paroissiale
  • Vocables
    Saint-Marcellin

I- Historique

Jusqu’au 13e siècle, le territoire et la seigneurie de Châteauroux-les-Alpes appartiennent à trois ou quatre familles seigneuriales. Dans la première moitié du 13e siècle, l'archevêque d’Embrun y acquiert de nombreux domaines. Il y fait construire une maison avec une chapelle dédiée à Saint-Michel dès les années 1240. Puis, le 12 février 1241 ou 1242, une sentence judiciaire, rendue à Châteauroux, « in domo nova archiepiscopi » (dans la nouvelle maison de l'archevêque), condamne Trinquier, châtelain de Châteauroux, à livrer la tour de cette localité à l'archevêque (Fornier). En 1246, l'archevêque acquiert définitivement le castrum Radulphus (Regeste, t. I) dont les ruines surplombent aujourd’hui l’église Saint-Marcellin.

A partir du milieu du siècle, les prélats nomment les consuls de Châteauroux qu’ils révoquent à loisir quand ceux-ci leur déplaisent. Ils continuent systématiquement les rachats de terres et de droits auprès des différents seigneurs de Châteauroux pendant la seconde moitié du 13e siècle

C’est durant cette période que l’église apparaît dans les textes d’archives. Tout d’abord par l’évocation, en 1246, de Giraud, prêtre de Châteauroux (Regeste..., t. I, art. 8296). Puis, par la relation de l’assemblée capitulaire du chapitre d’Embrun qui déclara le priorat de Notre-Dame-des-Baumes vacant en raison de la maladie de son prieur ; assemblée qui se tint en 1256 dans l’église Saint-Marcellin. Ces quelques mentions ne précisent pas pour autant la physionomie de l’édifice. Les archives rapportent également qu’avant sa destruction, l’église possédait deux chapelles fondées au début du 16e siècle : la chapelle Notre-Dame fondée par Guillaume Lagier, chapelain et curé de Baratier, avant 1508 et la chapelle Saint-Claude fondée par Claude Reymond, chanoine et sacriste et prieur de Notre-Dame-des-Baumes, en 1504 (A. D. 05, G 2767).

La nef de l'église est vraisemblablement détruite lors des guerres de Religion. Reconstruit, le nouvel édifice est réceptionné en 1603 ainsi qu'en atteste l'inscription sur le linteau du portail sud.

Plan de masse et de situation d'après le cadastre de 1813 (section B, parcelle 1808). Echelle d'origine 1/2500.Plan de masse et de situation d'après le cadastre de 1813 (section B, parcelle 1808). Echelle d'origine 1/2500.

En 1854, une voûte est construite au-dessus de la nef en remplacement d'un lambris "de forme polygonale" vermoulu. Dans un premier temps, l'architecte suggère de construire une voûte d'arête en créant une file de piliers pour régulariser la largeur de la nef par rapport au chœur. Pragmatique, la commune préfère conserver une vaste nef pour pouvoir accueillir l'ensemble de la population. La création de la voûte génère néanmoins la construction de pilastres pour soutenir ses arcs doubleaux (A. D. 05, O 566).

L'église a fait l'objet d'une campagne de réalisation d'un décor peint au 19e siècle.

II- Description

L’église est située dans le hameau de Saint-Marcellin bâti dans un replat sur le flanc de la montagne. Adossé à celle-ci, son mur nord est en partie enterré. L'édifice a un large vaisseau unique de 20,5 mètres de long sur 10,5 mètres de large qui ouvre sur une abside hémicirculaire.

 

1- Les élévations extérieures

La façade ouest

A l’ouest, un massif de façade a été élevé pour résister à la pente. Il est bâti en moellons liés au mortier et recouverts d'enduit, encadré de contreforts peu profonds. Son pignon est percé d’un oculus surmonté de trois petits oculi. Ses angles sont chaînés.

 

Le mur sud

Le mur sud est bâti en moellons non assisés, noyés au mortier et recouverts d'enduit. Il a cinq travées marquées par des contreforts peu profonds. Il est protégé par un toit en débord d'environ deux mètres courant sur toute la longueur de la bâtisse. Les deuxième et troisième travées sont percées à mi-hauteur par des baies en arc plein cintre.

Les portails

La première travée occidentale est percée par un portail de marbre rose dont l’arc en plein cintre n’a qu’une voussure plate qui retombe sur des piédroits. Le linteau de la porte repose sur des coussinets. L'utilisation du marbre et sa situation au début de la nef suggère que cette porte avait une fonction différente de celle située plus à l'est. Faisait-elle office d'entrée principale de l'évêque dans l'église ?

Dans le mur de la quatrième travée, un portail secondaire a été aménagé. Légèrement plus petit et bâti en tuf local, il a la même facture que le portail principal : son arc en plein cintre n’a qu’une voussure plate qui retombe sur des piédroits. Cette porte porte une série d'inscriptions : sur le linteau est gravé "1603 C.A.EMO", sur le coussinet occidental "A.RA.FI ", sur le coussinet oriental "CLOT". L'ensemble commémore vraisemblablement la date de réception de l'édifice (emo: je reçois), fait (Fi, fecit : j'ai fait) par "A.RA" mais en l'absence de sources écrites liées au marché de construction, la signification globale de l'inscription nous échappe.

 

Le clocher

Situé au sud du chevet, le clocher est une tour carrée de 4,5 mètres de côté dont le rez-de-chaussée est occupé par une sacristie. Il est bâti en moellon assisés à l’exception de sa partie basse (environ 10 à 15 assises) où les moellons sont simplement régularisés et assisés sans mortier. Ils ne sont pas non plus recouverts d’enduit. Ses angles sont chaînés.

La chambre des cloches a deux niveaux séparés par des cordons moulurés qui ceignent la tour. Selon l’habitude locale, les niveaux de la chambre des cloches sont percés de baies dont le nombre augmente au fur et à mesure des étages : le premier niveau reçoit deux baies en arc plein cintre géminées et le second, trois baies géminées. Leurs retombées médianes reposent sur des linteaux perpendiculaires au mur, soutenus par deux colonnettes alignées. Celle-ci ont une forme octogonale.

Sa flèche octogonale est maçonnée. Ses faces planes sont percées de hautes lucarnes en arc plein cintre maçonnées ; ses faces biaises sont également éclairées par de petites lucarnes en arc plein cintre situées à proximité du sommet. Des mitres d’amortissement sont placées en regard des faces biaises.

 Niveaux supérieurs et flèche du clocher.Niveaux supérieurs et flèche du clocher.Détail des niveaux supérieurs du clocher.Détail des niveaux supérieurs du clocher.

Le chevet

Le chevet est construit en moellons de pierre non assisés liés au mortier et recouverts d’enduit à l’exception des premières assises liées au clocher. L’abside a une forme arquée irrégulière. Elle se courbe puis s’achève sur un pan rectiligne. Il semble avoir été étêté et l’arase de ses murs est recouverte d’un appentis en tôle. Sur sa face nord, une porte en arc plein cintre est accessible par un escalier de bois. Une longue lucarne effilée est percée dans l’arase arrière du mur.

 

Le mur nord

Le mur nord est bâti en moellons recouverts d’enduit. Il est semi-enterré et aveugle.

Analyse

La technique de mise en œuvre de la partie basse du clocher en moellons équarris et assisés sans mortier rappelle les constructions de la fin du 11e siècle comme l’église de la Paroisse à Savines-le-Lac (référence documentaire IA05001701). En revanche, la technique de construction du chevet ressemble à celle adoptée sur le pourtour méditerranéen à partir du 14e siècle (Camuffo). On peut donc se demander si l'église de Châteauroux-les-Alpes n'aurait pas été bâtie originellement sur les vestiges de la tour seigneuriale mentionnée dans les textes du 13e siècle et si sa construction n'aurait pas été entreprise à la suite du rachat du castrum par l'archevêque.

L’état d’arrachement des murs orientaux prouve que ce chœur a survécu à la destruction de la nef au 16e siècle. Celle-ci devait, à l’origine, être de même hauteur ou plus haute que le sanctuaire alors qu'aujourd'hui elle est plus basse que celui-ci, un cas unique sur le territoire de l'Embrunais. La porte latérale percée dans le mur nord du chœur devait desservir le comble et peut-être donner accès au clocher.

 

 

2- Les élévations intérieures

La nef

Le vaisseau unique de la nef est couvert d’une voûte en berceau plein cintre discontinu à lunettes. Les arcs doubleaux qui retombent sur des pilastres engagés délimitent cinq travées. Au nord, cinq chapelles ont été créées. Elles sont matérialisées par un arc en plein cintre et la présence d’un entablement d’autel. Au sud, la première et la quatrième travées sont percées d’un portail, les autres de baies. Les lunettes des voûtes sont ornées de fausses fenêtres peintes.

Vue intérieure de la nef depuis l'est.Vue intérieure de la nef depuis l'est.Intérieur de la chapelle occidentale.Intérieur de la chapelle occidentale.

Le chœur

Le chœur est décentré vers le sud de la nef. Il s’ouvre au moyen d’une large arcade en plein cintre à simple voussure. Il est formé d’une travée droite, légèrement plus large que l’abside hémicirculaire qui termine le sanctuaire. Celle-ci est couverte d’une voûte en cul-de-four.

 Vue du choeur.Vue du choeur.

Analyse

L’intérieur de l’église est d’une grande simplicité rehaussée par la présence de voûtes à lunettes (vraisemblablement les premières de la vallée) et l’alignement des autels.

Le décentrement du chœur vers le sud, s’explique par la présence d’un massif mural au nord du sanctuaire, peut-être les ruines de la muraille du château ayant appartenu aux évêques d'Embrun.

 

III- Conclusion

De l’église médiévale de Saint-Marcellin, il ne subsiste que le clocher et le chœur mais la technique constructive des parties basses du clocher suggère que la tour actuelle avait été appuyée sur un édifice plus ancien - ancien clocher ou ancienne tour du système défensif du château des archevêques d’Embrun bâti au 13e siècle. Les techniques constructives employées permettent d'émettre des hypothèses de datation. L’ensemble aurait été bâti au 14e siècle sur un édifice de la fin du 11e siècle. Cette datation est corroborée par le rapprochement possible entre le clocher de Saint-Marcellin et celui de la cathédrale d’Embrun, bâti vers 1330. La présence fréquente et active de l’archevêque dans son château surplombant l'église explique vraisemblablement la proximité esthétique et chronologique entre les deux clochers.

La nef de l’église reconstruite après le passage des troupes protestantes de Lesdiguières1 est élevée en 1603. Elle devait alors être d'une grande sobriété : murs nus et plafond lambrissé. Elle n'acquiert son aspect actuel qu'au 19e siècle au cours duquel la création d'une vaste voûte et de pilastres pour la soutenir procède de la volonté de créer un volume unique. C'est un procédé déjà mis en oeuvre dans l’église de Chorges (référence documentaire IA05001718) en 1806. Les chapelles sont sans doute mises en place à cette époque.

 

1Général des troupes protestantes qui ravagèrent la vallée en 1592.

A l'exception du choeur et du clocher, l'église a été reconstruite après les destructions perpétrées pendant les guerres de Religion. Le portail sud porte la date de 1603 et attribue l'oeuvre à "A.RA". La voûte de la nef est construite en 1853 par Joseph Mollet. Daté de 1853, le décor peint a peut-être été réalisé par l’atelier Scala.

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 17e siècle , porte la date
    • Secondaire : milieu 19e siècle , daté par source
  • Dates
    • 1603, porte la date
    • 1853, daté par source, porte la date
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Mollet Joseph
      Mollet Joseph

      Entrepreneur qui réalise la voûte de la nef de l'église Saint-Marcellin à Châteauroux-les-Alpes en 1854.

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      entrepreneur attribution par source
    • Auteur :
      Atelier Scala (1850 - 1900)
      Atelier Scala

      Les "fratelli Scala" sont originaires de Gérone, en Italie. Ils réalisent les décors des églises du Briançonnais, de l'Ubaye et de l'Embrunais à partir de 1850. Ils semblent être installés à Gap dans la seconde moitié du 19e siècle. Le travail de l'atelier des frères Scala a été repéré par signature et par analyse stylistique dans la quasi-totalité des églises de l'Embrunais

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      peintre (incertitude), attribution par analyse stylistique

Bâtie en moellons non assisés couverts d'enduit, l'église a un plan allongé et se compose d'une nef unique ouverte sur un chœur à abside hémicirculaire. La nef est protégée par un toit à longs pans aujourd'hui couvert de tôle ; l'abside, par un appentis en tôle également. La nef est voûtée en berceau plein cintre à lunettes, l'abside en cul-de-four.

  • Murs
    • pierre moellon enduit
  • Toits
    tôle ondulée
  • Plans
    plan allongé
  • Étages
    1 vaisseau
  • Couvrements
    • voûte en berceau plein-cintre, à lunettes
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • appentis
  • Techniques
    • peinture
  • Précision représentations

    Décor peint de guirlandes florales, bouquets et faux marbre sur le cul-de-four de l'abside, l'arc diaphragme et les chapelles creusées dans le mur nord.

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune

Documents d'archives

  • Collation de la chapelle Notre-Dame dans l'église Saint-Marcellin, 1507. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 2767.

    Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 2767
  • Collation de la chapelle Saint-Claude, 1508. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 2767.

    Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 2767
  • Projet de réparation de l'église Saint-Marcellin, 1852. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 556.

    Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 556
  • Procès-verbal de réception des travaux exécutés par le sieur Joseph Mollet, 1854. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 556.

Bibliographie

  • CHEVALIER, Ulysse. Regeste dauphinois, ou Répertoire chronologique et analytique des documents imprimés et manuscrits relatifs à l'histoire du Dauphiné, des origines chrétiennes à l'année 1349. Tome 1 à 3. Valence : Imprimerie valentinoise, 1913-1918.

  • Histoire générale des Alpes Maritimes ou Cottières : et particulière de leur métropolitaine, Ambrun, chronographique, et meslée de la séculière avec l'ecclésiastique... / composée par le R. P. Marcellin Fornier (1592-1649),... Edité par Paul Guillaume. Paris, 1890.

  • DARTEVELLE, Guylaine. Églises médiévales des Hautes-Alpes. Taulignan : Plein Cintre éditions, 1990. 119 p.

  • GIORDANENGO, Gérard. La reconstruction des églises paroissiales dans le diocèse d'Embrun (XVe siècle - milieu du XVIe siècle). Dans : Congrès archéologique de France, Dauphiné, 1972. Paris : Société française d'archéologie, 1974, p. 162-181.

Documents figurés

  • Plan cadastral de la commune de Châteauroux-les-Alpes, 1813. / Dessin à l'encre et lavis sur papier dressé par Auguste Kirwan, ingénieur-vérificateur, et par Allec, Chéradame, Queyrel et Izoard, géomètres. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 390

    section B feuille 3, parcelle 1808.
  • Eglise Saint-Marcellin, [plan et coupe], 1852. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 556.

    Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 556
  • Plan de l'église Saint-Marcellin / Support numérique par Sylvestre Garin, 2011. Extrait de : "panneau informatif" / Parc des Ecrins, 2011.

Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
(c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
Aycard Julie
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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