Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.
- enquête thématique régionale, Patrimoine religieux de Serre-Ponçon Guillestrois-Queyras
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
Dossier non géolocalisé
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Dénominationsétablissement conventuel
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Aires d'étudesCommunauté de communes de Serre-Ponçon
Le territoire de la Communauté de communes de Serre-Ponçon a compté jusqu’à dix établissements monastiques entre le 11e siècle et la Révolution. Cinq ont été au moins partiellement conservés.
Recensement des abbayes par datation.
I- Eléments historiques
D’après les archives, les plus anciens d’entre eux furent le monastère de Saint-Marcellin, à Embrun, et le prieuré Saint-Victor à Chorges. Le premier est attesté en 1027 et passe sous le contrôle de l’abbé d’Aurillac en 1119 (Regeste dauphinois, I, art. 3222). Le second est attesté en 1080 (Regeste dauphinois, I, art. 2270).
C’est au 12e siècle que l’élan monastique s'intensifie dans cette partie de la vallée de la Durance. Les premières fondations bénédictines s’installent possiblement dans la vallée vers 1110-1120. L'une – le monastère Sainte-Croix – s’implante à Châteauroux-les Alpes, l’autre – le prieuré du Saint-Sépulcre – sur le territoire de Chorges où la puissante abbaye Saint-Victor de Marseille dispose déjà des églises Sainte-Marie, Saint-Victor et Saint-Christophe depuis le 11e siècle.
Le monastère Sainte-Croix reçoit en 1124, sa première donation (dont les archives ont conservé la trace), la terre de Saint-Clément offert par des mains de Guy Berton (Regeste dauphinois, art. 3361). L'érection du Saint-Sépulcre exacerbe les tensions avec l’abbaye Saint-Victor qui estime que sa construction s’est faite sans son accord alors qu’elle posséde toute la paroisse. Les tensions sont suffisamment pour que l’archevêque d’Embrun intervienne et trouve un compromis (Regeste dauphinois, art. 3193, 3312, 3734). La localisation de ces monastères dans les villages qui verrouillent les passages dans la vallée n’est sans doute pas anodine.
Vers 1130, l’ordre chalaisien fonde l’abbaye de Boscodon dont le temporel se construit durant toute la seconde moitié du 12e siècle, en même temps que son abbatiale. Un troisième monastère bénédictin voit également le jour à Châteauroux-les-Alpes dans la seconde moitié du 12e siècle ou au début du 13e siècle, le prieuré Notre-Dame-des-Baumes. Il est mentionné pour la première fois en 1242.
Le 13e siècle est également celui de l’implantation des Franciscains, un ordre qui privilégie les implantations urbaines car elles favorisent le don d’aumônes et le prêche. D’après le père Albert, les Cordeliers s’installent à Embrun en 1220 et le plus ancien document conservé les concernant date de 1248.
Peu après ce siècle de fondations monastiques, le paysage commence déjà à se modifier. En 1293, le monastère Sainte-Croix est uni à l’abbaye de Boscodon à cause de sa mauvaise santé financière. L’abbé de Boscodon s’engage à y maintenir trois ou quatre moines prêtres. (Regeste dauphinois, art. 14169).
S'en suit une période de stabilité jusqu’à la Contre-Réforme. Durant cette période, l’archevêque favorise l’installation de trois nouveaux établissements à Embrun : un collège de Jésuite à Embrun en 1585, un couvent de la Visitation en 1625 et un monastère de Capucins en 1633. Leur installation va recomposer le paysage monastique : le prieuré Notre-Dame-des-Baumes est uni au collège des Jésuites, en 1604 ; celui du Saint-Sépulcre également, dix ans plus tard.
Au 18e siècle, plusieurs établissements disparaissent. Les Jésuites quittent Embrun en 1762-1763 au moment de l’interdiction de la Compagnie de Jésus en France. La pluriséculaire abbaye de Boscodon est démantelée en 1770 par la Commission des régulier. Les Capucins sont expulsés en 1791. Le couvent des Cordeliers devient une halle aux grains.
Les établissements monastiques ont été des acteurs primordiaux de la vie économique de la vallée. En tant que grands propriétaires terriens et grands décimateurs, ils concentrent la quasi-totalité des produits financiers et sont souvent, comme l’abbaye de Boscodon, en butte au pouvoir laïc pour le contrôle des territoires, en particulier des alpages.
II- ÉLÉMENTS DE TYPOLOGIE
Les prieurés du Saint-Sépulcre et de Saint-Victor ainsi que les couvents de Sainte-Croix et de Saint-Marcellin ont totalement disparu. De celui des Cordeliers seules quatre chapelles subsistent. Le prieuré de Notre-Dame-des-Baumes a été en partie conservé mais son église a subi de lourds dommages par sa transformation en logement et en bergerie. Seules les églises du couvent des Capucins et de l’abbaye de Boscodon sont restées en élévation et ont été restaurées.
Ainsi, le peu d’éléments conservés en élévation n’autorisent que très peu de comparaisons et d’analyses architecturales.
A- Matériaux et techniques de mise en œuvre
Les édifices les plus anciens comme le prieuré du Saint-Sépulcre et le couvent de Sainte-Croix ayant disparu, l’analyse sur les matériaux et techniques de mise en œuvre ne peut s’appuyer que sur deux édifices du 12e siècle et sur des édifices de l’époque moderne.
L’abbatiale de Boscodon est aujourd’hui l’édifice le plus ancien de la vallée à avoir été bâti en pierre de taille, vraisemblablement entre 1140 et 1170. Elle est construite en tuf, appelé localement cargneule, issu des carrières de Crots. L’appareillage à joints vifs, d’une grande qualité, n’avait encore jamais été utilisé dans sur le territoire étudié. Ce constat d’une apparition soudaine et pourtant parfaitement maîtrisée de l’œuvre équarrie autorise l’hypothèse d’un apport extérieur, peut-être par des maîtres d’œuvre venus du Grenoblois dans le sillage des moines chalaisiens. Ce mode constructif fait ensuite école à Notre-Dame-des-Baumes avec un calcaire marno-schisteux de couleur noire équarri en long blocs horizontaux. Ces longs blocs minces ont été posés en lits parfaitement ajustés et ne nécessitant pas ou très peu de mortier de chaux. Comme à Boscodon, l’effet graphique de ce travail est remarquable et sert de décor au monastère des Baumes.
Elévation nord de l'abbatiale de Boscodon (Crots).
Chevet de la prieurale de Notre-Dame-des-Baumes (Châteauroux-les-Alpes).
La technique de construction du couvent des Cordeliers, de l’église des Capucins et de celle de la Visitation suivent la transformation des modes constructifs de la fin du Moyen Age remarquée également sur les églises paroissiales : ils sont bâtis en moellons et galets liés au mortier et recouverts d’enduit. Là encore, l’acquisition de cette technique s’inscrit dans une temporalité et un schéma récurrent à l’échelle du bassin méditerranéen : à partir du 14e siècle, la construction en pierre de taille est fréquemment délaissée au profit d’une construction en moellons, moins coûteuse (Camuffo). Cette technique est conservée jusqu’au 19e siècle.
Façade de l'église des Capucins (Embrun).
B- Quelques éléments d’architecture caractéristiques
a. Les supports
Les voûtes des édifices sont soutenues par des culots cubiques comme à Boscodon ou des dosserets comme aux Capucins ou dans l’ancienne église du couvent de la Visitation. Seules les ruines du couvent des Cordeliers conservent encore des piliers à ressaut engagés.
Nef de l'abbatiale de Boscodon (Crots).
b. Les voûtes
La priorale de Boscodon est voûtée de berceaux en plein cintre. Il n’est pas possible aujourd’hui de savoir si l’église de Notre-Dame-des-Baumes, sa contemporaine était également voûtée en berceau : sa voûte a été rabaissée au 19e siècle lors de sa transformation en logement et bergerie. Des voûtes d’arêtes y sont aujourd’hui en place.
Les supports de l’église des Cordeliers ne permettent pas de statuer sur le type de voûte qui couvrait la nef : certains supports sont trop étroits pour avoir soutenu d’autres formes qu’un berceau, d’autres ont peut-être pu recevoir des ogives. En revanche, les chapelles latérales conservées sont voûtées d’ogives. L’analyse architecturale de ces voûtes démontre qu’elles furent mise en place des chapelles dans un second temps puisque les culots qui les soutiennent ont induit, la plupart du temps, le bûchage des chapiteaux des arcs d’entrée ou leur masquage. Cette même analyse démontre également que la technique de construction de la voûte d’ogive n’était pas maîtrisée par les bâtisseurs : les voûtes sont bâties sans formerets, la position des culots – parallèles au mur - génère une déformation des ogives. Elle montre également une progression dans la maîtrise technique : les culots parallèles au mur des premières voûtes sont remplacés peu à peu par des culots d’angles.
Voûte de la chapelle orientale de l'ancienne église des Cordeliers (Embrun).
Culots et chapiteaux d'une des chapelles orientales de l'ancienne église des Cordeliers (Embrun).
Dans les édifices de l’époque moderne, l’église du couvent des capucins et celle du couvent de la Visitation, seule la voûte d’arêtes est utilisée.
L'abbaye de Boscodon, la plus ancienne abbaye présente sur le territoire, date de la seconde moitié du 12e siècle. Les plus récentes, celles des Capucins et de la Visitation à Embrun, datent du 17e siècle.
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Période(s)
- Principale : 2e moitié 12e siècle , daté par travaux historiques
- Principale : 1ère moitié 14e siècle , daté par travaux historiques
- Principale : 17e siècle , daté par travaux historiques
Cinq abbayes ont été repérées sur le territoire. Elles ont toutes été étudiées.
Elles ont été majoritairement amputées d'une grande partie de leurs bâtiments. Les édifices subsistant sont bâtis en pierres équarries appareillées à joints vifs pour les plus anciens, ou en moellons liés au mortier et recouverts d'enduit pour les plus récent.
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Toits
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Murs
- pierre moyen appareil
- pierre moellon enduit
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Décompte des œuvres
- repéré 5
- étudié 5
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
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- (c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
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- (c) Bibliothèque nationale de France
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- (c) Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap
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Bibliographie
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GUILLAUME, Paul. Compte-rendu bibliographique. Relation entre le Saint-Sépulcre de Jérusalem et les Alpes avant la première croisade. Dans : Bulletin de la Société d’Études des Hautes-Alpes. Gap : imprimerie Jouglard père et fils, 1885, p. 104-112.
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CAMUFFO, Paola. Approche archéologique à l’étude des édifices religieux de la Corse médiévale. Il Capitale culturale Studies on the Value of Cultural Heritage, Vol. 12 : Archeologia delle aree montane europee : metodi, problemi e casi di studio, 2015. p.127-148. Publication en ligne :<http://riviste.unimc.it/index.php/cap-cult>, le 14 décembre 2010.
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DEFLOU-LECA, Noëlle. Monachisme et espaces monastiques en Rhône-Alpes (IVe-XIIe siècle) : regards croisés d’archéologie et d’histoire. Dans : Bulletin du Centre d'études médiévales d'Auxerre, 2012, n° 16, p. 1-7. Publication en ligne :<http://journals.openedition.org/cem/12402>, le 22 septembre 2022.
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MOUTHON Fabrice. La montagne des monastères alpins. Dans : Les Cahiers de Léoncel, 2020, 30, p.35-47.
Documents figurés
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Plan du prieuré de Notre-Dame-des-Baumes près d'Embrun, 1605. / Lavis sur papier par Etienne Martellange, 1606. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE UB-9-BOITE FT 4
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Plan cadastral de la commune d'Embrun,1812 / Dessin à l'encre et lavis sur papier par Kirwan Auguste, ingénieur-vérificateur et Allec Aîné, géomètre du cadastre. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 499.
section D, feuille 1, parcelles 26 à 33 -
[Plan de l'ancienne église des Capucins] / Support numérique par Michel Marin, Romain Aimé et Nathalie Nicolas, s.d. Dans : "L’église et le couvent des Capucins d’Embrun (Hautes-Alpes), 1633-1791" / NICOLAS, Nathalie. Archéologie du Midi médiéval. 2011, tome 29, p. 241-262.
Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.
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