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temple protestant de Marseille

Dossier IA13000772 réalisé en 2011

En 1803 le Premier consul reconnait l’établissement à Marseille d'une église consistoriale sous le vocable de Sainte-Marguerite-lès-Marseille. Le consistoire de l’Église réformée, qui est locataire depuis 1801 d'une ancienne salle de concert de la rue Venture, prend la décision en 1819 de faire construire son temple. Il adresse une première demande de subvention au préfet le 17 avril 1819. Trois parcelles d’un lotissement en bordure de la rue Grignan, sur les terrains de l’ancien hôtel Payan, sont acquises par le consistoire pour 57 600 F en octobre 1822. Le consistoire s’adresse alors directement à un entrepreneur-maçon, Blanchet, pour un programme comprenant un temple et une maison presbytérale, celle-ci rassemble une salle de réunion du consistoire, le logements du pasteur et du concierge, ainsi que des salles d’école gratuite. Les premières dispositions sont celles d’un bâtiment simple, sans péristyle, ni colonnade, la façade restant dans l’alignement des maisons (voir annexes 2 et 3). Ce projet repose sur les financements conjoints de la ville et de l’État, qui abondent les souscriptions et dons des fidèles. Un compte de 1826 précise les contributions respectives de la ville (30 000 F) de l’État (15 000 F) et de l’Église réformée de Marseille (64.872 F dont un legs de 2 872 F).

Consulté en mars 1823, le Conseil des bâtiments civils refuse le plan proposé comme n’ayant aucun caractère religieux, et appuie l’intervention de l'architecte Penchaud. Critique sur le projet de voûte à caissons, le Conseil recommande le plan basilical couvert d’un plafond porté par un double rang de galeries en hauteur, dont le prototype est le temple de Charenton-le-Pont édifié par Salomon de Brosse en 1623 et détruit en 1685. Pour la suite du chantier, le Conseil se substitue au consistoire dans les démarches avec l’administration municipale. Les travaux sont adjugés à l’entrepreneur Falques en novembre 1824. Le coût total du projet s’élève à 130 000 F (terrain : 57 600 F, construction : 69 300 F, architecte : 3 300 F), il en résulte un surcout, financé par un emprunt du consistoire jusqu’en 1840. Le temple de la rue Grignan est le premier édifice religieux non catholique édifié intramuros sous le régime concordataire des Articles organiques, ou loi du 18 Germinal an X (avril 1802). Il est inauguré par un culte le 9 octobre 1825.

En1868 d'importantes réparations sont entreprises, l'architecte Henri-Jacques Espérandieu construit un étage de tribunes supplémentaire. Ce projet porte le nombre de places de 850 à 1500. Un projet de nouvelle façade n’est pas réalisé. Vers 1880, la tribune de l'orgue est agrandie au-devant de l'instrument afin d'y placer la chorale. En 2011 un sondage des fondations est entrepris avant la réalisation d’un programme de restauration globale du bâtiment.

Description

Le temple protestant de la rue Grignan s'insère dans un contexte urbain dense sans renoncer à la monumentalité qui caractérise l'architecture publique. Bâtie en pierre calcaire d’Arles, la façade sur rue se compose d'un mur aveugle animé de bossages en table de grand appareil, couronné d’une corniche à modillons. Elle est centrée sur un portique a peine saillant, quatre colonnes cannelées d'ordre dorique sans base portent l’entablement et un fronton triangulaire au tympan nu. Ces références à l’antiquité grecque sont enrichies par une frise qui associe triglyphes, métopes et denticules, le décor des rampants alterne des motifs de gouttes et de losanges. Depuis la rue, la couverture en tuile est masquée par la corniche, démarquant fortement le temple des bâtiments mitoyens. A droite du portique, une croix Huguenote en fer forgé, suspendue à un porte-enseigne, signale la destination de l'édifice. Le porche, surélevé d'un soubassement en pierre froide de Cassis, délimite un parvis clos par des grilles reliant les fûts de colonnes. La porte principale est surmontée de l’inscription gravée : AU CHRIST RÉDEMPTEUR. Deux portes latérales symétriques donnent accès aux escaliers des tribunes. De conception néo-classique, cette façade se caractérise par la nudité de son décor. Ne bénéficiant ni du recul, ni d’une situation isolée, l'échelle monumentale de la façade et sa sévérité ornementale signalent cet édifice comme un élément majeur dans son environnement.

Dispositions de l'édifice

L'intérieur est organisé en une nef unique de plan basilical fermée par une abside et comprenant sept travées . Les murs latéraux sont aveugles, des jours étant percés à l’extrémité sud des tribunes. La principale source d’éclairage est la verrière ménagée dans l’axe de la nef au centre du plafond à caissons. Le vaisseau est bordé sur trois côtés d’un étage de tribunes porté par une colonnade dorique sur deux niveaux. L’ordre dorique intérieur repose sur des bases carrées, les fûts de colonnes et les pilastres étant dépourvus de cannelures. L'étage de tribunes a été doublé ultérieurement par l’adjonction d’une galerie inférieure qu’on a ancrée à mi-hauteur des colonnes. Les cages d’escalier qui conduisent aux tribunes s’inscrivent dans une ellipse. L’escalier en vis autour d’un jour est complété d’une rampe en fer forgé au décor de spirales.

Le plan du bâtiment répond à certaines contraintes de mitoyenneté qui concernent le tracé des parcelles et les hauteurs du bâtiment, mais s'adapte aussi aux exigences du culte protestant. L'abside imposée par la configuration du terrain ne correspond à aucune nécessité du culte, elle accueille cependant, dans un premier aménagement des lieux, la chaire pastorale. Disposition pratique, l’éclairage zénithal qui permet la lecture et le chant se charge aussi d’une dimension symbolique et théologique lorsqu’il est orienté sur l’assemblée des fidèles.

Précision dénominationtemple protestant
Parties constituantes non étudiéespresbytère
Dénominationstemple
Aire d'étude et cantonMarseille - Provence Alpes-Côte d'Azur
AdresseCommune : Marseille 6e arrondissement
Lieu-dit : Adresse : 15 rue
Grignan
Cadastre : 2012 A01 28
Précisions

Premier édifice religieux non catholique édifié intramuros, le temple protestant est construit à l'initiative du Consistoire de Marseille. Le chantier est confié à Michel-Robert Penchaud, architecte de la ville et du département, il fait l'objet d'une supervision du Conseil des bâtiments civils. Il est inauguré le 9 octobre 1825. En 1868, d'importants travaux sont entrepris par l'architecte Henri-Jacques Espérandieu pour doubler la capacité d’accueil par l'édification d'une tribune supplémentaire. Trois plaques monumentales sont installées sur les murs de la nef. La première, apposée en 1859, commémore le jubilé de l'église réformée de Marseille fondée en 1559 (IM13000492). La seconde commémore le deuxième synode de 1881 (IM13000493). La troisième plaque est dédiée à la mémoire des soldats de la communauté protestante de Marseille tombés durant la Première guerre mondiale (IM13000473). Un nouvel orgue a été installé en 1982. L'édifice a bénéficié d'importants travaux de reprise en sous-œuvre et d'une restauration en 2012.

Période(s)Principale : 1ère moitié 19e siècle , daté par source
Secondaire : 3e quart 19e siècle , daté par source
Dates1825, daté par source
1868, daté par source
Auteur(s)Auteur : Penchaud Michel-Robert
Penchaud Michel-Robert (1772 - 1833)

Architecte formé, à partir de 1795, dans l’atelier de Charles Percier, il a occupé un poste de dessinateur au bureau des plans du Conseil des Bâtiments civils. Il participe à plusieurs concours nationaux du ministère de l'Intérieur avant d’être appelé en 1803 par le préfet du département à la direction des Travaux publics de la ville de Marseille. Il est l’auteur de travaux de relevé sur l’architecture antique du Midi de la France dont il est nommé conservateur en 1819. Promu architecte du département des Bouches-du Rhône en 1812. Il cumulera cette fonction et celle d’architecte de la ville de Marseille entre 1812 à 1830. Il intervient sur de nombreux programmes d’architecture publique.


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architecte attribution par source
Auteur : Espérandieu Henri-Jacques
Espérandieu Henri-Jacques (1829 - 1874)
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architecte attribution par source

Temple protestant de style néo-classique qui se démarque du caractère monumental en usage pour les édifices religieux. Dans un contexte urbain, le temple est aligné sur la rue et mitoyen des immeubles proches, la façade ordonnancée sans travées est sobrement ornée, centrée sur un portique à colonnade surmonté d'un fronton nu se compose de quatre colonnes cannelées d’ordre dorique. Le caractère archéologique des modénatures illustre le penchant de l’architecte, Michel-Robert Penchaud pour un certain archaïsme. Au-dessus de l’entrée principale, l’inscription en français : « AU CHRIST REDEMPTEUR » est une référence discrète à la fonction de l’édifice. L’intérieur s’organise sur un plan basilicale à abside de 7 travées. Dans sa disposition ancienne, l’aménagement du temple comprenait, dans l’abside, une chaire pastorale en position axiale, un pupitre de lecteur, un siège de chantre et une table de communion.

Murscalcaire grand appareil bossage
calcaire moellon enduit
Toittuile, verre en couverture
Plansplan allongé
Étages3 vaisseaux, rez-de-chaussée surélevé
Couvrementslambris de couvrement
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturesverrière toit à longs pans
Escaliersescalier dans-oeuvre : escalier en vis avec jour en maçonnerie, suspendu
État de conservationrestauré
Techniquessculpture
ferronnerie
Statut de la propriétépropriété d'une association cultuelle
Intérêt de l'œuvreà signaler

Annexes

  • Annexe 1 : Le culte protestant à Marseille avant 1824.

    Le culte protestant à Marseille sous l'Ancien Régime

    Le régime de l’Édit de Nantes (1598-1685) accorde la liberté de conscience et de culte avec certaines restrictions. A Marseille intramuros, le culte protestant reste prohibé sous l'Ancien Régime. C'est au village de Velaux que se trouve le temple de l’Église réformée et ses pasteurs. La révocation de l’Édit de Nantes (1685) plonge les communautés protestantes dans la clandestinité. A Marseille, seuls les négociants étrangers peuvent adhérer à une religion non-catholique. A la veille de la Révolution, les protestants marseillais se rassemblent pour le culte dans une maison particulière au 5, chemin Malaval, à proximité des remparts, actuel quartier de la Joliette. Le premier consistoire, formé à partir de 1774, se préoccupe notamment de l’exiguïté du cimetière protestant des Accoules. Enfin, l’édit de tolérance du 28 novembre 1787 crée l'état civil des protestants à qui restent refusés "les droits et les honneurs du culte public".

    Le culte protestant et la Révolution

    Dans le contexte des nouvelles libertés publiques issues de la Révolution, le consistoire de Marseille rétablit en août 1791 un premier culte public en ville. Il loue à la municipalité l’église du séminaire de la Mission (actuelle église de la Mission de France située 44, rue Tapis-Vert) pour y installer son temple entre 1792 et 1793. Le 18 septembre 1792, le consistoire demande l'accord de la municipalité pour inscrire sur le fronton extérieur de l’édifice le texte ordonné par la loi : "Édifice consacré à un culte religieux par une Société particulière. Paix et liberté". Le culte public est aboli par les troubles de la Terreur (1793-1794) et l'absence de pasteur.

    Le régime concordataire

    Le rétablissement d'un culte à Marseille précède la proclamation des articles organiques. L'instruction ministérielle du 28 prairial an VIII (17 juin 1800), qui rétablit le libre exercice des cultes, permet la formation du consistoire de l'église de Marseille le 1er thermidor an IX (18 juillet 1801) dont la première mission est la recherche d’un lieu d'assemblée et le recrutement d'un pasteur. Il est expressément convenu « qu’on ne pourra, sous aucun prétexte, arrenter une ancienne église ayant servie aux catholiques » (archives départementales 33 J 23 Délibérations du consistoire, article I/13b). A partir de septembre 1801 le consistoire décide de louer comme salle de culte les étages d'un domaine situé rue Scévola (actuellement au 10, rue Venture). Cette ancienne salle dite du Vieux-Concert, située au-dessus des magasins, avait été le siège de l’Académie de Musique de 1719 à 1766. Ce temple, inauguré le 13 décembre 1801, est décrit dans ses aménagements sommaires par une enquête des préfets en 1819 (AN F19 10 615). Le 30 ventôse an XI (21 mars 1803) le consistoire demande que l’Église de Marseille soit déclarée consistoriale pour le département des Bouches-du-Rhône (article XVI des articles organiques qui prévoit l'établissement d'une "église consistoriale par six mille âmes de la même communion"). Il faudra attendre le 1er vendémiaire an XII (14 octobre 1803) pour que le Premier Consul reconnaisse le temple de Marseille comme siège de consistoire (le terme désigne ici une circonscription administrative du régime concordataire).

    Un contexte concordataire favorable à la construction d'un temple

    Dans le cadre règlementaire des articles organiques, le consistoire est principal interlocuteur d'une administration en charge des cultes qui va progressivement développer les moyens financiers affectés aux cultes non catholiques. Le Premier Consul, par arrêté du 5 avril 1804, décide que les pasteurs sont salariés par l’État. Le 5 mai 1806, l’Empereur édicte que les communes peuvent contribuer aux frais de logement des pasteurs et plus généralement du culte protestant. Pourtant, les frais de construction d’un temple incombent toujours aux communautés de fidèles et restent une charge souvent hors de porté en dépit de l'aide des communes . C'est ce qu'illustre sous l'Empire, le chantier du temple de Lourmarin (référence : IA00057896) qui bénéficie d'un financement de la commune entre 1806 et 1816, et témoigne des difficultés à engager la construction d'édifices neufs.

    Paradoxalement, c'est l'administration de la Restauration qui développe les sources de financement et encourage la construction de temples. Au sein du gouvernement du duc de Richelieu, le ministre de l’intérieur Joseph Lainé cherche à faire disparaître le culte en plein air et l'occupation de bâtiments de fortune mais aussi l'affectation au culte d’anciens édifices catholiques. A partir du budget de 1818, une aide matérielle de l’État est accordée pour l’édification de temples. C’est dans le cadre de cette politique, et afin de mieux identifier les besoins qu’est lancé une enquête auprès des préfets (AN F19 10 615) sur les édifices de culte protestant. Les préfets sont directement sollicités pour faire valoir l’aide accordée à l’édification de temples.

    En 1819, l’aide de la ville de Marseille d’un montant de 1 200 F couvre en partie les 1 500 F de loyer annuel du local de la rue Venture. Les deux pasteurs reçoivent chacun de la ville 1 000 F à titre d’indemnité de logement. Le 27 juin 1819, le registre du consistoire mentionne un projet d’agrandissement des tribunes. A partir de cette date, le consistoire s’oriente vers un projet de construction du temple principal de la communauté. En 1822, le gouvernement Ultra rend nécessaire l’accord du ministre de l’Intérieur pour la construction de temples nouveaux. Cette enquête de commodo et incommodo doit veiller à ne pas susciter de gène pour le culte principal. A Marseille, le projet de construction du temple trouve le soutient favorable de la municipalité du marquis de Montgrand et du préfet des Bouches-du-Rhône, le comte de Villeneuve-Bargemont, qui accordent leurs subventions au projet de construction d'un premier temple en ville.

  • Annexe 2 : Description du [projet de] temple demandée par le Consistoire à l’architecte Blanchet. (1822)

    "Construit sur l’emplacement de l’ancien hôtel Payan, son périmètre forme un carré-long ayant sur le devant un péristyle et sur le fond un rond-point. Sa longueur totale depuis la façade jusqu’au fond du rond-point, 23 m. 35. La largeur intérieure, 14 m.22. La décoration de la façade est un grand portique supporté par quatre colonnes cannelées d’ordre dorique sans base faisant avant-corps sur le mur de la façade. Celle-ci est coupée en grand joint en pierre de taille et couronnée par le haut d’une corniche. Trois marches en pierre froide donnent accès au péristyle couvert où se trouvent trois portes, la principale ouvre dans le milieu du temple, les deux autres latérales dans des ovales ou se trouvent des escaliers tournants montants aux tribunes. L’intérieur du temple est décoré de douze colonnes et de six pilastres d’ordre dorique sans cannelure et sans base supportant des tribunes et divisant par ces deux enfilades de colonnes, l’intérieur du Temple en trois nefs. Les tribunes du dessus sont décorées de 14 colonnes du même ordre et quatre pilastres, ayant base et reposant sur un stylobate en pierre de taille et supportant dans le haut des caissons formant le plafond. Le Temple est éclairé par trois caissons ouverts dans le plafond et par deux croisées au fond des tribunes, sur les deux côtés du rond-point. Le sol du temple est en pierre de taille ainsi que toutes les colonnes et pilastres. Les corniches du plafond en plâtre ainsi que les corniches des caissons."

    Texte cité dans : Si Dieu ne bâtit la maison. Histoire de l’Église Reformée de Marseille et de sa région jusqu’à la fin du Second Empire. Pierre Coullaud, 1961, Société d'évangélisation de Provence. La référence des archives consistoriales n'est pas précisée.

  • Annexe 3 : Transcription d'un rapport des services de la ville de Marseille daté de 1824 sur la construction du temple protestant de la rue Grignan.

    Exposé des faits relatifs à la construction du temple.

    Archives municipales de Marseille (AM 56M)

    Au mois de novembre 1822 le consistoire de l’Église réformée de cette ville convoqué extraordinairement décida qu'il serait élevé un temple pour la célébration du service Divin, demanda à l'entrepreneur maçon qui la représentait pour l’exécution de cette entreprise de tracer le plan d'un édifice approprié à cette destination. Le consistoire ne demeure pas étranger à ce premier travail, il en indiqua et détermina les principales disposition. L'édifice était fort simple, il n'y avait ni péristyle, ni colonnades, ni saillies sur la rue, la façade était toute entière dans l'alignement des maisons. Ce plan (...) auquel le consistoire (...) fut soumis au Conseil des bâtiments civils et condamné comme n'ayant aucun caractère religieux.

    Le Conseil témoigna le désir que Mr Penchaud architecte du département fut chargé de ce travail et l'ancien temple de Charenton dont les dessins avaient été tracés par Debrosses fut désigné comme devant servir de modèle. Dès ce moment, le Consistoire fut réduit à un acquiescement indépendant de sa volonté et l'autorité se chargea, par cela seul, de toutes les difficultés pour l’exécution pourrait rencontrer de la part de l'administration municipale.

    Mr Penchaud traça un premier plan où une grande simplicité s'associait avec les vues du Conseil, des colonnes de faible dimensions étaient en saillie de la moitié du diamètre sur le trottoir et quelques marches conduisaient à la porte principale, le conseil des bâtiments civils en approuvant la disposition intérieure demanda et indiqua quelques modifications dans la façade, elles devaient tracer plus fortement le caractère de l'édifice et en préciser plus exactement la destination; les saillies devenaient par cela même plus considérables.

    Cette approbation sous la date du (...) juin 1824 fut communiquée au Consistoire lors que Mr Penchaud était à Paris, Mr Coste chargé en son absence de la direction des travaux modifia la façade d'après les observations qu'avait faites le conseil, et que Mr le Préfet lui avait communiquées. Le Consistoire accueillit ces modifications et sollicita auprès du ministère l'approbation définitive de ce nouveau plan qui ne présentait point de péristyle et dont les saillies peu considérables n'existaient qu'a la place qu'occupaient deux colonnes qui marquaient extérieurement la nef principale.

    Mais dans l'intervalle Mr Penchaud traçait sous les yeux du Conseil un dernier plan qui conforme dans toutes ses distributions à une basilique présentait en saillie sur le trottoir un portique dont la noble simplicité annonçait un édifice religieux. Frappé de l'harmonie de cette composition, estimant sans doute qu'elle s'accorderait bien avec les intentions du premier magistrat de cette cité qui verrait avec plaisir cette construction régulière, le Conseil l'approuva sur le champ et l'adressa avec toutes les notes nécessaires au Consistoire qui n'en avait eu jusqu'alors aucune connaissance et qui n'était pas même consulté dans cette affaire. La première impression qu'il produisit fut très pénible, il présentait un augmentation très considérable dans les dépenses et l’Église inquiète pour son exécution voulait appeler d'une décision à laquelle elle était absolument étrangère, mais l’intérêt qu'elle avait a ce que l'on mit la main à l’œuvre était si présent et les retards s’étaient prolongés d'une manière si fâcheuse qu'elle se désiste de son opposition.

    Ce plan qui ne dépendait pas du Consistoire d'accepter ou de rejeter, qu'il n'avait point provoqué, qu'il avait même vu avec peines, tout en reconnaissant sa noble simplicité des lignes et le caractère religieux qui y est fortement empreint fut soumis le 24 juillet dernier à l'autorité municipale chargée d'en permettre ou d'en défendre l'exécution.

    Le trottoir et les saillies tant du corps de l'édifice que du péristyle et des marches (conformément à ce qui avait été arrêté par le conseil des bâtiments civils et déterminé par l'architecte du département) étaient tracés sur le plan avec la plus grande exactitude.

    Après en avoir pris connaissance l'autorité municipale prononça sur la demande qui lui était adressée et le 26 juillet par une déclaration expresse permit l’exécution des travaux qui commencèrent le jour suivant et qui dès lors ont été continués sans autre interruption que celle de l'absence de Mr Penchaud et le désir de (...) asseoir les fondations ont rendu indispensable.

    Note sur les saillies de l'édifice :

    • Saillie du corps de l'édifice sur l'alignement des maisons : 10 centimètres soit 3 pouces 2/3.
    • Saillie des colonnes du péristyle et du fronton qu'elles supportent : 36 centimètres soit 13 pouces.
    • Saillie de chacune des deux marches qui conduisent au péristyle: 30 centimètres soit 11 pouces.
    • Largeur du trottoir : 2 mètres soit 6 pieds.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Rapport des services de la ville de Marseille sur l'historique du chantier du temple de la rue Grignan. 1822-1824. Exposé des faits relatifs à la construction du temple de la rue Grignan à Marseille. Archives municipales de Marseille : 56 M

  • Rapports du Conseil des bâtiments civils sur le projet de temple à Marseille. 19 mars 1823 - 25 juin 1825. Archives nationales, Paris : F21.

    Registre F21 2513, dossier n° 89 du 19 mars 1823 (p 109 à 110) ; registre F21 2514, dossier n° 350 du 4 novembre 1823 (p 115 à 116), registre F21 2515, dossier n° 86 du 23 mars 1824 (p 90 à 91), registre F21 2516, dossier n° 332 du 10 aout 1824 (p 16) et dossier n° 467 du 20 novembre 1824 (p 129 à 130), registre F21 2517, dossier n° 284 du 25 juin 1825 (p 21)
  • Délibérations du Consistoire de Marseille. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 33 J 23

Bibliographie
  • BELS, Marie. L'architecte M.-R. Penchaud. Dans : Marseille, n°164, août 1992.

  • BERNARD, Raymond. Les temples protestants réformés aux 19e et 20e siècles. Dans : Chrétiens et sociétés [revue en ligne], numéro spécial 1, 2011. <URL : https://journals.openedition.org/chretienssocietes/2737>

  • COULLAUT, Pierre. Si Dieu ne bâtit la maison... [Histoire de l’Église réformée de Marseille]. Préface de Philippe Bertrand. Valence : Société d’évangélisation de Provence, 1961, 224 p. : plans, fac-similé.

  • GOURLIER, Charles. Choix d'édifices publics projetés et construits en France depuis le commencement du 19e siècle. Paris : Louis Colas libraire-éditeur, 1850.

    pl. 25 temple protestant
  • RIPOLL, Véronique. Les temples de Marseille et de Lourmarin. Dans : Provence historique, t. 49, fascicule 197197, juillet-sept 1999.

    p.683 à 691
  • ROBERT, Daniel. Notes sur les origines et la construction du temple de la rue Grignan. Dans : Cinq siècles de protestantisme à Marseille et en Provence, actes du Colloque tenu à Marseille, mai 1976.

  • SOUCHON, Cécile. Les avis des membres du Conseil des Bâtiments civils relatifs aux constructions de temples protestants et à leur esthétique, dans Chrétiens et sociétés [en ligne], Numéro spécial 1, 2011. <URL : https://journals.openedition.org/chretienssocietes/2740>

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