Dossier d’œuvre architecture IA13006272 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Batterie de côte du Cap Croisette dite Fort Napoléon
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 8e arrondissement
  • Lieu-dit île Maïre, Cap Croisette
  • Adresse ,
  • Cadastre 2026 A 66 ouvrages de île Maïre ; 2026 B 1, 2, 95  ; 2026 C 24, 27  ; 2026 D 585, 875
  • Précisions
  • Dénominations
    batterie
  • Précision dénomination
    batterie de côte
  • Appellations
    batterie du Cap Croisette, Fort Napoléon
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

 I- Historique, topographie et typologie générale

             Le Cap Croisette est l'un des dix sept sites littoraux de la baie de Marseille choisis en 1695 pour établir des batteries de côte, et l'un des treize non antérieurement fortifiés. Cette Comme la plupart des autres crées alors, la batterie du Cap Croisette, portée et légendée sur les cartes des batteries de la baie de Marseille entre 1695 et 1701  était constituée d'un simple épaulement ouvert, en l'occurrence le plus petit de la série, adapté à seulement 2 canons de 25 livres1. Cette première batterie sommaire semble avoir été abandonnée très tôt dans le XVIIIe siècle, car elle n'est plus portée sur le Plan de la baye et rades de Marseille dessiné en 1720 par le cartographe Henri Michelot2, ainsi que sur les cartes postérieures des années 1740 et 1750.

            Le 20 mai 1812, Dianous, colonel directeur des fortifications, et  Ponge sous-directeur d'artillerie, signaient un rapport de la commission mixte chargée de déterminer la position et l'armement d'une batterie au cap Croisette3, afin de remplir par une nouvelle batterie la grande lacune qui existe entre celles de Montredon et de Riou. Les rapporteurs n'y évoquent pas la batterie de 1695, qui devait être tombée en ruines. Il s'agissait selon eux d'établir sur le Cap Croisette, point le plus favorable permettant de défendre les approches du mouillage d'Endoume et de la plage de l'Evonne, une batterie de 6 pièces de 36 sur affut de côte dont 3 pouvant tirer vers Montredon et vers l'île de Pomègue, les 3 autres du côté de Riou et de Jaïre, et un mortier de 12 pouces. La création de cette nouvelle batterie avait été demandée par les principaux négociants de la ville de Marseille, demande relayée par le général Jean Ambroise de Lariboisière premier inspecteur général de l'artillerie, dans une lettre au ministre, du 8 décembre 1811, qui proposait une batterie de deux pièces de 36 ou de 24 et d'un mortier de 12, avec un réduit en forme de tour n°2, conforme aux modèles-type récemment définis. Les rapporteurs de 1812 jugeaient la tour difficile à implanter sur le site choisi, la batterie devant occuper la totalité du mamelon élevé destiné à la recevoir. Le 26 juin 1812, un rapport du directeur des fortifications au ministre demandait  9200 francs pour la batterie du cap Croisette telle que préconisée par la commission mixte du 20 mai, dont 3800 francs pour sa fermeture, 4000 pour son corps de garde, 1400 pour son magasin à poudre. Cette nouvelle batterie avait déjà été commencée à cette date, en renonçant à la doter d'une  tour modèle, comme le montre une planche de plans datée du 6 juin 1812, signé du major du génie Geoffroy, sous-directeur des fortifications, signalant qu'elle est en construction. Resserrée sur un point haut rocheux, elle se composait, à 53,50m d'altitude, d'un épaulement formé d'un mur de maçonnerie de plan en V prolongé de deux branches parallèles et arrondi à l'angle de tête (face à l'ouest), avec à la gorge une aire ou cour élargie, à 56m d'altitude, bordée de deux murs prolongeant celui de l'épaulement,  accueillant un petit magasin à poudre et un corps de garde adossé au mur sud. Un surplomb rocheux irrégulier de 2 à 4m à l'est était jugé suffisant pour sécuriser la gorge de l'ouvrage.

Plan du Cap Croisette et de la batterie qui y est projetée,1812.Plan du Cap Croisette et de la batterie qui y est projetée,1812.

            Le 19 novembre 1812, le sieur Dianous, directeur des fortifications et Jean-Joseph Amable Tournadre, chef du génie de Marseille, firent une reconnaissance de l'île de Mayre donnant lieu à un rapport sur les avantages que pourrait offrir l'établissement sur cette île d'une batterie demandée par la lettre de MM les membres de la chambre de commerce de Marseille a son Excellence le ministre de la Guerre.  La nouvelle batterie du Cap n'était manifestement pas jugée suffisante pour sécuriser la passe, de l'avis des négociants marseillais. Très détaillée, la description de l'île y signale une grotte mais aucune construction; elle est illustrée d'une planche de plan à vue de l'île de Mayre et de ses abords immédiats datée du 30 novembre.

Plan à Vue de l'île de Mayre. [Plan d'état des lieux de l'île de Mayre et du Cap Croisette]. 1812.Plan à Vue de l'île de Mayre. [Plan d'état des lieux de l'île de Mayre et du Cap Croisette]. 1812.

La batterie du Cap Croisette, incluse dans le cadre sur ce plan, y est figurée comme achevée. On remarque qu'elle est entièrement fermée à la gorge par un mur de plan tenaillé qui n'était pas prévu sur les plans du 6 juin.  D'après les rapporteurs, avant  la mise en place de cette batterie du cap, le passage entre le continent et l'île de Mayre était sans contredit le point le plus dangereux de la côte entre Marseille et Toulon, et celui sur lequel l'ennemi caché derrière l'île pouvait le plus aisément capturer nos bâtiments, mais depuis la construction de cette batterie les choses ont bien changé (...) le seul emplacement ou il serait possible, quoiqu'avec de la peine et de la dépense, d'établir une batterie sur l'île, est la pointe vis à vis le rocher de Thiboulen (...) cette batterie n'éclairerait pas très bien la côte sud mais elle en verrait les accès et permettrait à nos bâtiments de s'en éloigner assez pour n'être pas impunément chassés dans tous ce travers par les vaisseaux ennemis (...) La batterie dont il s'agit, qui serait surtout avantageuse au commerce qui la réclame, aurait aussi son utilité sous le rapport militaire puisqu'elle favoriserait le passage des bâtiments de transport destinés à l'approvisionnement de Toulon, protégerait la navigation des petits bâtiments de l'Etat et interdirait enfin à l'ennemi l'occupation de l'île et lui oterait les moyens d'inquiéter par des tirailleurs armés de carabines, les canonniers de la batterie de Croisette. Sous de dernier rapport, un poste de quelques hommes qui occuperait l'île au moins pendant toute la belle saison remplirait le même objet qu'une batterie, serait moins coûteux à établir et plus facile à approvisionner. On doit encore observer que si le passage entre Mayre et le continent s'améliorait par le creusement du canal qui les sépare, la batterie projetée perdrait beaucoup de ses avantages. Si néanmoins le ministre de la guerre jugeait qu'il fut convenable de l'établir, il serait nécessaire que son excellence voulut bien donner promptement des ordres à ce sujet, afin de pouvoir entreprendre les travaux avant que le retour de la belle saison ne permit à l'ennemi de venir les contrarier, ce qu'il ne manquerait probablement pas de faire.

            Ces conclusions furent adoptées le 8 mars 1813 dans une séance du comité central des fortifications, par le comte Dejean, 1er inspecteur général du génie. Le comité était  d'avis que la batterie proposée n'est d'aucune importance dans le système général de la défense du littoral , qu'un corps de garde défensif sur l'île pourrait suffire, mais que le ministre de la guerre pouvait autoriser le commerce de Marseille à faire exécuter une batterie à ses frais sous la surveillance des officiers du génie.

             Le mémoire sommaire sur la place de Marseille4 rédigé le 10 juillet 1814  par Jean-Joseph Amable Tournadre, chef du génie de Marseille et sous-directeur des fortifications de Toulon, signale que la batterie de Croisette, construite en 1812,est en très bon état ainsi que les établissements qu'elle renferme. Sa gorge est retranchée par un mur crénelé. Elle est fort utile au commerce et aux convois de petits bâtiments. Un autre mémoire du même auteur, daté du 20 novembre 18165, précise qu'elle était élevée de 50 m au-dessus du niveau de la mer sur le sommet du cap, contenait une caserne de 25 hommes avec citerne, un logement de gardien, un magasin à poudre, et qu'elle était  armée dans la dernière guerre de 2  pièces de 36, 2 de 18 et d'un mortier de 12 pouces. L' atlas de batteries de côte réalisé en 1818, toujours sous la direction de Tournadre aîné, produit  une planche de plan et profils, et une description détaillée de la batterie du Cap Croisette6. Il y est précisé que sa situation souffre du voisinage de l'île rocheuse de Mayre, dans laquelle il conviendrait d'établir un poste permanent pour éviter que des ennemis ne s'y retranchent en portant préjudice à la batterie de Croisette. La planche de  dessin, très précise, confirme les dispositions indiquées en 1812, avec le mur de fermeture à la gorge de plan tenaillé, crénelé sur tout son circuit et en partie retranché au sud par un fossé taillé dans le roc,  enveloppant les deux bâtiments et une citerne de plan carré, au raccord du mur crénelé et du parapet du côté gauche de la batterie. Le corps de garde, couvert en appentis, est implanté dans un axe perpendiculaire au mur sud, à la différence de l'état projeté en juin 1812, ses murs sont crénelés et il intègre un petit logement de gardien.

Plan et profils de la batterie du Cap Croisette,1818.Plan et profils de la batterie du Cap Croisette,1818.

            Le Cap Croisette redevint une position sensible dans le cadre du vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes définies à la suite des études de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des iles, instituée en février 1841.  A ce titre, la batterie du Cap Croisette, qui était restée désarmée et mal entretenue après l'Empire, fait l'objet du 15° article du Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 rédigé par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot7. La batterie de 1812 était à adapter en remployant son parapet, pour quatre pièces de canon, et en y construisant une tour-réduit type n° 3 relevant de la typologie provisoire définie en 1845, le projet, daté du 2 juin 1846, étant antérieur à la fixation des modèles-types 1846 à l'échelle nationale, arrêtée en juillet. Le plan joint montre que les travaux projetés pour un coût estimé entre 22000 francs et 23300 francs, consistaient à remplacer le corps de garde de 1812 par la tour et à envelopper par l'extérieur le front en V de l'épaulement d'un épais parapet en terre.

Projet de l'organisation des batteries de côte. Batterie du Cap Croisette. [Plans du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette], 1846.Projet de l'organisation des batteries de côte. Batterie du Cap Croisette. [Plans du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette], 1846.

            Ajourné, ce projet fut représenté en 1849 dans l’état estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte8, sous l’autorité du Chef du Génie Lebas dont il constitue le 1° article, illustré d'un plan daté du 17 février.

[Plan du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette,1849.[Plan du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette,1849.

La réfection à neuf du parapet d'artillerie, toujours proposé autour de celui de 1812, est estimée à 10500 francs, tandis que celui de la tour-réduit type 1846 n° 3, plus grande avec son fossé que celle projetée en 1846, monte à 34000 francs. En dépit de  dimensions restreintes, le périmètre de la batterie de 1812, avec son mur de gorge crénelé était toujours  conservé par ces projets de 1846 et 1849, de même que le petit magasin à poudre, bien qu'un nouveau magasin à poudre fut intégré dans le modèle-type des  tour-réduit 1846.

            L'ensemble des projets des batteries de côte du secteur de Marseille ayant été ajourné durant dix ans, un nouveau projet pour organiser la batterie de La Croisette , fait l'objet de l'article 8 des fortifications dans le Mémoire des projets pour 1859-1860, rédigé par le chef du génie Boubée de Lespin le 14 mars 1859, avec plans dessinés par le capitaine du génie Hamel 9.

Projet pour 1859-1860. Organiser la batterie de la Croisette pour 4 bouches à feu. [Plan du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette].1859.Projet pour 1859-1860. Organiser la batterie de la Croisette pour 4 bouches à feu. [Plan du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette].1859.

Un état de l'armement recommandé par la commission de défense en 1859 prévoyait pour la batterie du  Cap Croisette, jugée de seconde importance,  deux canons rayés en fonte de 30 cm et deux obusiers à âme lisse de 22 cm, l'armement alors en place se limitant à un mortier de 32 cm sans affut. Le projet du chef du génie pour 1859-1860, chiffré à 80.000 francs, ne conservait presque rien de l'ancienne batterie, excepté le plan en V de l'épaulement, la tour-réduit y étant reportée de plusieurs mètres  en arrière au sud et le parapet de terre de l'épaulement prolongé du côte nord pour former un parados jusqu'à envelopper la face postérieure de la tour.    Reporté plusieurs fois, le projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette est encore à l'ordre du jour dans l'article 14 du Mémoire sur les projets de 1861-186210, mais pour une dépense minorée à 30.000 francs, en conservant cette fois la quasi totalité de l'ancienne batterie de 1812,  et en renonçant à la construction d'une tour-réduit type 1846, remplacée par une simple réparation du corps de garde de 1812.

Projet pour 1861-1862. Organiser la batterie du Cap Croisette pour 4 bouches à feu. [Plan du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette]. 1861.Projet pour 1861-1862. Organiser la batterie du Cap Croisette pour 4 bouches à feu. [Plan du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette]. 1861.

Le chef du génie de Marseille Alexandre Guillemaut, auteur du mémoire, estimait qu'il s'agissait de la batterie la moins importante de la rade de Marseille et que son traitement pouvait être repoussé à 1863.

Dans les faits, ce dernier projet ne fut pas réalisé, la batterie fut réparée sommairement et armée dans la décennie 1860, et l'attention se porta bientôt sur un autre projet, complètement renouvelé.

Une instruction de la commission supérieure de défense des côtes datée du 30 mai 1872, était destinée à guider les Commissions mixtes d’officiers de l’artillerie, du génie et de la marine qui devaient, dans chaque arrondissement maritime, procéder à la révision de l’armement du littoral, face aux  progrès parallèles de la flotte de guerre à vapeur et de l’artillerie à longue portée, désormais rayée (ce qui décuplait la portée utile et précision à l’impact). Cette instruction ouvrait la voie à une nouvelle génération de batteries de côte, implantée désormais en altitude, pour le bombardement des vaisseaux, et armée avec de l’artillerie de marine. 

S’agissant de la circonscription de Marseille, Victor Marchand, lieutenant colonel commandant du génie, et le capitaine du génie Bailly-Maître, exposaient dans le  mémoire  sur les projets pour 1873-1874 11, le principe d’un système de défense terrestre par des petits forts détachés fortement armés sur les hauteurs à ­6km de la ville, en application de l’instruction de la commission et d’une circulaire du ministre de la guerre datée du 11 juin 1872 sur le système complémentaire de défense de la France en cas d’invasion.

 La batterie de Croisette pouvait s'intégrer à cette série de petits forts détachés, à en juger par l'introduction de l'état sommaire des projets pour 1873-1874 consacré à la question des fortifications, dans lequel, après avoir observé qu' il y aura beaucoup à modifier dans le système des batteries de côte commencées… le chef du génie précise : Nous avons pensé à relier la défense de terre à celle de mer au moyen de deux forts placés l'un sur les sommets du Cap Croisette, l'autre sur les hauteurs de Niolon.

Les projets de la place de Marseille pour 1874 et 1875 furent exclusivement consacrés aux bâtiments militaires, le chapitre des fortifications étant ajourné, sans doute en attente de pouvoir mettre en application les principes définis à l’échelle nationale en 1874 par le Comité de défense et son secrétaire, le général Séré de Rivières, directeur du service du génie.

L'avis de la commission d'études pour la défense du littoral approuvé par le ministre le 11 novembre 1888  demandait l'établissement de deux batteries dans les environs du Cap Croisette:

1° une batterie de quatre canons de 24cm avec en plus canons de 95mm, en remplacement de la batterie du Roucas-Blanc et destinée à reporter la défense plus loin de la ville.

2° une batterie de mortiers de 270mm pour protéger cette position contre les attaques de flanc et de revers.

Les emplacements des deux batteries devant être choisis de façon conjointe, le chef d'escadron Faure, commandant de l'artillerie de l'arrondissement de Marseille fit un rapport le 15 juin 1889 formulant les solutions examinées à ce sujet par lui et le chef du génie  Lucien Cauvin12. La première consistait à établir la batterie de canons sur l'emplacement de la vieille batterie de Croisette, et la batterie de mortier vers le sémaphore (dit de Cannelongue, construit en 1864 au sud-est du cap Croisette), ce qui avait l'inconvénient rédhibitoire de devoir déplacer ce sémaphore.

Il fut arrêté en octobre d'implanter la batterie de mortier, dite de Croisette, ex nihilo sur une éminence dominant au nord-est  et à distance le cap Croisette et le hameau de l'usine des Goudes, et de placer la batterie de canons plus au sud-ouest, sur le Cap Croisette, à l'emplacement de l'ancienne  batterie de 1812. La batterie de mortiers dite de Croisette fut construite entre 1890 et 1893, mais la nouvelle batterie de canons du Cap Croisette, objet de dessins de projets et contre-projets en avril 1890, qui ne conservaient rien de l'ancienne batterie,  ne fut pas réalisée. En effet, dans un procès verbal de conférence du 12 février 189113, les sieurs Cauvin, chef du génie et Desq, commandant de l'artillerie de l'arrondissement, exposaient l'abandon du site de l'ancienne batterie du Cap Croisette, parce qu'il  ne permettait pas d'exercer une action sur le large et sur la passe du Cap Croisette au Cap Caveaux. Ils annonçaient en conséquence le déplacement du projet de batterie de quatre canons de 24cm et quatre de 95mm sur un autre site beaucoup plus au nord satisfaisant au champ d'action défini, ce qui aboutit à la création de la batterie de l'Escalette, construite en 1893-1894.

Ainsi, l'ancienne batterie du Cap Croisette, qui, bien qu'obsolète, n'avait pas été incluse dans la liste des batteries de côte déclassées sur avis du comité de défense et du conseil supérieur de la guerre du 3 décembre 1888, fut finalement délaissée provisoirement  en 1892, sans déclassement, la position restant sensible.  En effet, le plan de défense des côtes du secteur de Marseille (16e secteur côtier à l'échelle nationale), lié au plan de mobilisation XIII,  établi le 1er Juin 189814, définissait des groupes de batteries, dont le groupe dit de Croisette, comportant du nord-est au sud-ouest, les batteries de canon du Mont Rose (5 canons de 240mm, 4 canons de 95mm) et de l'Escalette (4 canons de 240, 4 de 95), et la batterie de mortiers de Croisette (3 mortiers de 270mm), toutes construites ex nihilo dans les décennies 1880 et 1890. Cependant, le plan de défense précisait que ces trois ouvrages devaient être complétés par l'organisation d'un emplacement et d'un petit magasin pour une batterie de 95, avec affuts de campagne, sur l'arête qui forme le Cap Croisette. Le tableau associé de l'état des ouvrages permanent du littoral précisait que cette batterie annexe optionnelle du cap Croisette, pour 4 pièces de 95, était à préparer pour recevoir les pièces en cas de guerre.

            En 1902-1903 fut décidée et mise en œuvre la construction de deux postes photo-électriques, l'un directement en contrebas de l'ancienne batterie du Cap Croisette, sur la frange littorale sud, avec création d'un chemin d'accès, l'autre, sur la pointe sud de l'île Maïre. Ils étaient conçus pour éclairer la nuit les tirs à longue portée contre les vaisseaux ennemis les trois  batteries de côte du "groupe de Croisette", construites dans les décennies 1880 et 1890, auxquelles devait s'ajouter la batterie annexe de 4 pièces de 95mm projetée depuis 1898 à l'emplacement de l'ancienne batterie du Cap Croisette, non encore concrétisée en 1902-1903, et qui ne fut finalement jamais aménagée, comme en témoigne son absence dans l'état de l'armement du "groupe de Croisette" en 191415.

            Le poste photo-électrique du cap Croisette était de conception ordinaire, compacte, avec immédiatement à la gorge du poste de combat du projecteur, le bâtiment intégrant l'abri des machines , l'abri de jour du projecteur et le logement des hommes. Ce bâtiment était en partie taillé en réserve dans le roc et couvert d'un toit-dalle en béton, comme ceux des batteries du Mont Rose et de Caveaux-Est, comme on le voit sur une planche de plan d'atlas donnant l'état des lieux vers 190616, planche sur laquelle la batterie est qualifiée d'ancienne batterie,  explicitement désarmée et à l'abandon.

Poste photo-Electrique de Croisette. [Plans de l'ancienne batterie et du poste photo-électrique du Cap Croisette]. c. 1906.Poste photo-Electrique de Croisette. [Plans de l'ancienne batterie et du poste photo-électrique du Cap Croisette]. c. 1906.

            Le poste photo-électrique  de l'île Maïre, implanté sur une île inhabitée et sans aucun bâti, aux reliefs escarpés, occasionna des établissements et des travaux plus importants, notamment du fait de l'installation des locaux logistiques sur le côté opposé de l'île, au nord, seul facilement abordable en bateau et offrant un méplat favorable en bas du versant. Il en résulta l'aménagement d'un chemin de communication très long, en lacets, gravissant l'arête rocheuse de l'île, avec des segments en escalier taillés dans le roc, pour redescendre jusqu'au poste de combat du projecteur et à son poste de commande. Au sud, le quartier des bâtiments, citernes et magasins, au service du poste, évoque celui de la cour d'une batterie de côte type Mont Rose, avec deux bâtiments bien distincts couverts d'un toit à deux pentes, dont un pour le personnel équivalent à un corps de garde ou casernement plus grand que la moyenne de ce type de local dans les autres postes photo-électriques de cette époque. Le poste de combat, en balcon sur un front rocheux en falaise, est prolongé d'une galerie en caverne, pour l'abri de jour du projecteur et pour le couloir-escalier d'accès. La construction de ce poste est documenté graphiquement par une série d'un quarantaine de feuilles d'attachements et son état achevé par deux planches de plans et élévation17.

[Plan d'implantation du poste photo-électrique de l'île Maïre], c.1906.[Plan d'implantation du poste photo-électrique de l'île Maïre], c.1906.[Plans, coupes, élévations du poste photo-électrique de l'île Maïre]. c. 1906.[Plans, coupes, élévations du poste photo-électrique de l'île Maïre]. c. 1906.

            Le site de l'ancienne batterie abandonnée du Cap Croisette fut choisi en 1929 pour l'implantation d'une nouvelle batterie répondant aux normes alors en vigueur. Elle était conçue pour un armement de quatre pièces de 138mm modèle 1910 sur affût à berceau modèle 1919-25, en cuves béton modèle 1925,  implantées pour assurer des tirs d'une portée de 18km vers le sud et l'ouest, qui bénéficiaient de la présence des deux postes photo-électriques de 1902-1903. Cette batterie principale était complétée d'une section éclairante de deux pièces de 75mm modèle 1897. Son équipement était identique à celui qui venait d'être mis en œuvre en 1928 dans la batterie de Caveaux, sur l'île de Pomègues. Dans le cas de Caveaux, la batterie existante, créé en 1883-1884  et deux fois réorganisée, en dernier lieu en 1907-1908 pour quatre pièces de 240mm, était réutilisée mais légèrement débordée dans ses limites par l'implantation des pièces de 138mm en cuves, qui exigeait un espacement plus grand d'une pièce à l'autre que celui des plates-formes de 240mm.

            Dans le cas du Cap Croisette, la batterie existante pratiquement inchangée depuis 1812, beaucoup plus petite, abandonnée de longue date et complètement obsolète, fut occupée  par la première pièce de 138mm, la plus à l'ouest, en construisant la cuve dans l'ancien épaulement conservé, comme le montre un plan général du projet de 1929 des ouvrages prévus sur l'ensemble du site.

[Plan général d'implantation du projet du fort Napoléon],1929.[Plan général d'implantation du projet du fort Napoléon],1929.

Le reste de la vieille batterie (mur crénelé, corps de garde, magasin) était rasé, les trois autres cuves des pièces de 138mm étant échelonnées en arrière sur l'arête rocheuse vers l'est, dans un axe est-ouest, les deux dernières à une altitude un peu inférieure. L'échelonnement  des quatre pièces se développait sur un linéaire total de 180m, desservi par le chemin d'accès ; entre la 3e et la 4e pièce, plus espacées que les autres, un embranchement divergent du chemin d'accès desservait le poste photo-électrique de 1902. La section éclairante était implantée un peu plus  au sud-est, en contrebas, à la naissance du chemin d'accès sur la voie publique. Les cuves des soutes des quatre canons de 138mm sont de plan entièrement circulaire, avec 3 ou 4 soutes à douilles et obus ménagées dans le mur, un bâti ou aile en béton rectiligne adossé à la gorge, plus ou moins développé d'une cuve à l'autre, formant abri de combat pour d'autres soutes à munitions. Comte tenu du caractère non isolé de la batterie, surplombant le hameau des Goudes, le projet ne prévoyait pas de casernement pour le personnel, mais un unique bâtiment sur le versant sud sous la 4eme cuve intégrant le logement du gardien et un magasin aux armements.

            Le  concepteur  de cette nouvelle batterie, bientôt renommée Fort Napoléon, en référence à l'histoire de l'ancienne batterie, était l'ingénieur du génie et des travaux maritimes Galéron, l'ingénieur en chef de l'artillerie navale Lecointre étant rapporteur du projet, comme l'indiquent leurs signatures sur le plan général de 1929, qui figure aussi en pointillé le souterrain, galerie de plan en U à deux issues sur le versant nord,  desservant cinq magasins caverne creusé sous le point le plus haute de l'arête rocheuse occupé par la 2eme pièce, à 58m d'altitude. La cuve de cette pièce n° 2 fut reliée au souterrain par un puits de monte-charge, qui permettait d'approvisionner les  pièces n° 2 et 3 de munitions stockées dans les magasins (deux magasins à douilles symétriques au fond du souterrain, deux magasins à obus sur les branches d'accès du souterrain, associés à un magasin à cartouches et à une niche d'artifices). Une voie ferrée Decauville à ciel ouvert était prévue du côté nord de la crête pour relier entre elles les deux premières cuves à la gorge, et une autre fut établie, toujours du côté nord,  entre une issue est du souterrain caverne et la gorge de la cuve n°3, un segment plus important étant prévu entre les cuves n° 3 et n°4. Implanté entre la pièce n°1 et la pièce n°2, le poste de direction de tir principal de la batterie Napoléon n'était pas conçu monobloc mais décomposé en trois sous-ensembles distinct échelonnés sur le dénivelé du terrain  l'un derrière l'autre, très rapprochés, chacun pourvu de deux larges fenêtres de visée latérales (pas de visée frontale, compte-tenu de l'occultation des vues imposée par la présence dans l'axe de l'éminence rocheuse de l'île Maïre). Ce poste de direction de tir fit l'objet de deux projets divergents en 1929 et 1930, avec plans co-signés par le nouveau rapporteur du projet, l'ingénieur en chef de l'artillerie navale Fayolle.

[Plan du secteur ouest du projet du fort Napoléon],1930.[Plan du secteur ouest du projet du fort Napoléon],1930.

C'est la seconde version, donnée par le plan de 1930, qui fut réalisée, avec poste éclairant en tête et au plus bas, de plan en U avec angle frontal aigu arrondi, placé 1m en avant en en contrebas du poste de direction de tir principal, ce dernier, plus grand et de plan trapézoïdal, étant lui-même séparé de deux mètres du poste de  télémétrie, de même plan. Le sous-sol des postes de direction de tir et de télémétrie, de plan rectangulaire et d'un seul tenant  (volume intérieur long de 15m et large de 3m), était conçu  pour accueillir dans sa majeure partie le poste à calcul et au fond le  poste de réception TSF.

            Pour compenser l'angle mort du le champ de vision de la batterie sur le large du côté ouest, dû à l'altimétrie dominante de l'ile Maïre, un poste de direction de tir auxiliaire fut installé entre 1930 et  1934 sur le point haut de l'île à 134m d'altitude, avec porte de télémétrie en forme de tourelle circulaire sous capot blindé pour télémètre à dépression H Mle 34.

Durant la seconde guerre mondiale, la batterie Napoléon fut occupée par les allemands à partir du 2 décembre 1942. En février-mars 1943, l'occupant y installe un projecteur de 60cm près de la section éclairante de 75mm, un autre de 150cm à l'extrémité ouest du site, et complète l'armement de deux pièces antiaériennes de 2cm Flak 28, près des cuves de 138mm n°1 et 4. Intégrée aux batteries de Marine allemandes du Südwall (Marine Küstenbatterie), d'abord dans la catégorie Widerstandsnest (nid de résistance ) sous l'e nom de code Wn 091g  M.K.B. Napoléon, puis requalifiée dans la catégorie Stützpunkt (point d'appui lourd) codée Stp Mar 184, elle était servie en 1943 par une garnison de 133 marins de la 6./M.A.A.611, dont 2 officiers et 19 sous-officiers. Elle fut renforcée, en plus de l'artillerie en place de la batterie française et des pièces antiaériennes déjà ajoutées, de deux nouvelles pièces antiaériennes, une de 2cm, une autre de 3,7cm Flak M 1925, en avant des cuves n°2 et 3, d'une mitrailleuse lourde de 13,2mm s. MG 271 (f) et de 11 mitrailleuses légères. En novembre furent ajoutés 2 mortiers de 8,14 Gr.W et une nouvelle mitrailleuse lourde de 13,2mm aux abords de la cuve n°4. Une seule casemate, du modèle-type Regelbau 671 fut construite et achevée par l'occupant en janvier 1944 sur le versant nord, en contrebas du poste de direction de tir,  pour abriter un canon de 6,5cm K.M. 02 (f) couvrant l'anse des Goudes. Dans le même secteur fut implanté un canon de 4,7cm à ciel ouvert avec abri, un autre étant placé près de la section éclairante. Les allemands avaient envisagé de construire de nouvelles casemates en remplacement des cuves françaises des pièces de 138mm, projet qu'ils n'eurent pas le temps de réaliser. Cinq tobrouks (type Ringstand Vf58c) complétaient le dispositif fixe pour l'arme légère. Des bâtiments logistiques avaient été construits au service de cette importante batterie, dont six soutes à munitions en différents points,  deux baraquements de troupes en contrebas au sud-est, desservis par la route d'accès, et deux abris en tôle métro.

            Un plan français du Fort Napoléon sur le Cap Croisette et de ses annexes sur l'île Maïre donne le détail et la localisation (exprimée sommairement, parfois de façon approximative) de l'armement et des équipements de la batterie en 194418. On y note la présence de deux projecteurs à l'ouest de l'île Maïre, en plus du poste photo-électrique de 1902-1903, la batterie proprement dite n'étant créditée que du projecteur de 60mm à l'est de la section éclairante, le seul autre projecteur étant celui du poste photo-électrique de 1902-1903.

Fort Napoléon. [Plan de situation des ouvrages du Fort Napoléon et de l'île Maïre, état en 1944], 1946.Fort Napoléon. [Plan de situation des ouvrages du Fort Napoléon et de l'île Maïre, état en 1944], 1946.

            Le 12 août 1944, la batterie est bombardée à basse altitude, le 23 août, en phase avec la bataille de Marseille, elle est bombardée intensivement par le croiseur Augusta (250 coups de 127mm et 258 coups de 203mm), et par trois destroyers. La garnison allemande se rend aux troupes françaises après avoir sabordé la majeure partie du matériel et ruiné a l'explosif le poste de direction de tir.

            Une des photographies prises en 1946, pour illustrer le rapport Pinczon du Sel sur le mur de l’Atlantique et le Südwall, montre le secteur ouest de la batterie vu du nord, dans son état ruiné par les bombardements, avec au point haut le poste de direction de tir, dont le poste éclairant semble revêtu d'un camouflage, la cuve n°1 de 138mm à sa droite, et en avant-plan de la casemate allemande Regelbau 671 et d'une position de tir de 4,7mm avec abri.

[Vue aérienne nord de la partie ouest du Fort Napoléon],1946. [Vue aérienne nord de la partie ouest du Fort Napoléon],1946.

Entre cette casemate et le poste de direction de tir s'élevait un bâtiment non ruiné (abri pour le personnel ?)  qui ne figure pas sur les plans de 1944. L'illustration du même rapport comporte un relevé du poste de direction de tir de 1930 (excepté le poste éclairant) restituant son état avant sabordage19.

[Plans et coupes du poste de direction de tir du Fort Napoléon, état en 1944],1946.[Plans et coupes du poste de direction de tir du Fort Napoléon, état en 1944],1946.

            Jusque dans les années 1970, les ruines de la batterie abandonnée sont restées assez stables dans l'état de conservation de leurs dispositions principales créées en 1930 et complétées en 1943-1944, comme le montre une photographie aérienne de l'IGN datant de 1968.  Cette prise de vue verticale offre une bonne lisibilité des différents ouvrages clairement identifiables en se référant aux plans d'archives de 1929, 1930 et 1944. L'état des lieux en 1968  s'est fortement altéré au cours des décennies suivantes, avec notamment la démolition de plusieurs bâtiments, la dégradation des cuves des canons, dont la destruction partielle des cuves n°3 et n°4 de 138mm et celle des cuves de la section éclairante de 75mm. Les aménagements annexes de l'île Maïre, peu exposés au vandalisme du fait de leur situation, ont mieux résisté à la ruine, excepté les bâtiments du poste photo-électrique de 1903, en majeure partie écroulés.

[Vue aérienne verticale de Marseille, quartier des Goudes et Cap Croisette], 1968. Détail : le Fort Napoléon].[Vue aérienne verticale de Marseille, quartier des Goudes et Cap Croisette], 1968. Détail : le Fort Napoléon].

II- Description

L'état actuel de la batterie du Cap Croisette dite fort Napoléon témoigne essentiellement de sa refondation à grande échelle en 1929-1930, sous forme de batterie ouverte (les batteries de cette période, de grande étendue, n'étant plus closes de murs) ; il témoigne aussi des compléments d'aménagements apportés en 1943-1944 par l'occupant allemand à cette importante batterie française récente. Les rares vestiges intégrés de la modeste  batterie primitive de 1813, n'ont pas pour autant complètement disparu, mais sont peu significatifs.

Dans son organisation définitive redéfinie en 1929, la batterie Napoléon doit être décrite en incluant  plusieurs aménagements bien distincts dès lors considérés ou conçus comme annexes, utilisés à son service, donc assimilables à des sous-ensembles. Il s'agit en particulier des ouvrages bâtis sur l'île Maïre, qui n'avaient pas d'autonomie défensive, faute de mise en place d'une batterie sur cette île. Chronologiquement, les premiers sous-ensembles sont  les deux postes photo-électriques construits en 1902-1903, l'un sur l'île, l'autre sur la côte en contrebas de l'ancienne batterie du Cap Croisette, conçus pour éclairer les tirs des batteries du "groupe de Croisette" défini en 1898, ces postes photo-électriques ayant ensuite été intégrés aux dépendances de la batterie Napoléon. Le poste de direction de tir construit sur l'île Maïre à partir de 1930 n'était qu'un poste auxiliaire de celui construit dans la batterie Napoléon.

 Il convient en conséquence de traiter la description de l’ensemble dans un même dossier, tout en dissociant les sous-ensembles, dans un ordre hiérarchisé et topographique commençant par la batterie proprement dite.

La batterie, fondée sur une arête rocheuse de grand axe est-ouest culminant à 58m d'altitude, l'occupe sur un développement de 180m dans ce même axe, et surplombe du côté versant au nord  le hameau et l'anse des Goudes (plus densément bâti aujourd'hui qu'en 1930). L'extrémité ou pointe du cap Croisette, basse et plus étroite qui s'étire vers l'ouest, ne porte aucun aménagement défensif.

Vue d'ensemble du hameau des Goudes, du fort Napoléon et de l'île Maïre, prise de la batterie de mortier de Croisette.Vue d'ensemble du hameau des Goudes, du fort Napoléon et de l'île Maïre, prise de la batterie de mortier de Croisette.

L'île Maïre, au sud-Est du cap et à l'est/sud-est de la batterie, n'est séparée de la côte que par une passe étranglée dont le point le plus étroit ne dépasse pas 70m de largeur. L'île est un massif rocheux aux contours très découpés et aux reliefs escarpés et aigus, dont le point culminant atteint la cote d'altitude 139m.

La batterie du Cap ou fort  Napoléon

            L'importance des mutilations subies par les ouvrages de la batterie du fait notamment d'actes de vandalisme, après son abandon en 1944 et jusqu'à nos jours, a abouti à un état actuel chaotique, certains aménagements étant détruits ou illisibles, ce qui rend l'ensemble peu compréhensible sans l'apport des sources et plans d'archives.

            Le secteur ouest de la batterie, incluant les trois premières cuves de 138mm (n°1-2-3)20, les ruines du poste de direction de tir tripartite, le souterrain, la casemate allemande Regelbau 671 et divers aménagements périphériques (soutes, plates-formes pour canon de 4,7cm, pour pièces antiaériennes de 2cm et pour mortiers, tobrouk...) est le moins mal conservé de l'ensemble, comme on le voit sur une photographie aérienne de 2017. Pour autant, depuis cette date, les dégradations ont continué, beaucoup de parois et sols ont été tagués, et des accès à des couverts et souterrains ont été condamnés (en 2019) par mesure de sécurité.

Fort Napoléon, vue aérienne oblique de la moitié ouest, versant nord, avec les vestiges de l'ancienne batterie 1812 et les cuves de 138mm  n°1, 2 et 3Fort Napoléon, vue aérienne oblique de la moitié ouest, versant nord, avec les vestiges de l'ancienne batterie 1812 et les cuves de 138mm n°1, 2 et 3

            L'accès à la batterie s'amorce à son extrémité est et au plus bas niveau (à 32m d'altiltude) dans un virage de la route littorale (boulevard Alexandre Delabre), reliant le hameau des Goudes et la calanque de Callelongue, cette route se terminant en cul de sac dans le petit hameau du même nom. De ce virage partent vers l'ouest / nord-ouest deux chemins distincts desservant les ouvrages de la batterie.

            Le premier chemin, carrossable et rampant en pente douce sur le versant nord du site, était disposé pour desservir, du côté gauche, la gorge de quatre des cuves de la batterie de 1930, d'abord les deux cuves jumelles de l'ancienne section éclairante de 75mm, aujourd'hui ruinées et comblées, puis les cuves n° 4 et n°3 de la batterie principale de 138mm. L'accès aux cuves n°4 et 3 se faisait, dans les deux cas, par l'intermédiaire d'un segment de rampe rectiligne partant du chemin. Ce chemin du versant nord desservait aussi l'essentiel des bâtiments militaires du site, soit, dans son premier segment, entre la section éclairante et la cuve n° 4 de 138mm, les baraquements allemands de 1943, l'ancien logement du gardien de batterie de 1930 et un abri en tôle métro, tous disparus dans l'état actuel. L'extrémité ouest de ce chemin nord, après la cuve n°3, desservait l'entrée du souterrain caverne de 1929-1930 et des abris en tôle métro, en contrebas de la cuve n°2 de 138mm. Le second chemin, plus pentu, carrossable à l'origine , montant sur la ligne de crête, était conçu pour desservir, à l'extrémité ouest de la batterie de 1930, le poste de direction de tir tripartite et  la gorge cuve n°1 de 138, à partir de laquelle une voie ferrée Decauville sur le versant nord  desservait la gorge de la cuve n°2, plus à l'est.

            La cuve de 138mm  n°4 est la plus détruite des quatre : la cuve circulaire proprement dite a disparu, entièrement comblée de remblais. En revanche, on reconnait en bordure la montée du chemin du versant nord, près d'une soute cubique  en béton,  sa rampe d'accès, revêtue d'un parement de moellons de type appareil irrégulier, (actuellement en partie encombrée d'éboulis), et sa façade de gorge, composée de deux abris soutes formant deux ailes encadrant la terrasse de circulation intermédiaire bordant la gorge de la cuve. Le mur latéral de l'abri soute de droite (ouest) forme un pan coupé évasant le côté droit de la gorge de la cuve. On remarque sur ce  pan coupé et sur le mur de gorge intermédiaire un enduit de camouflage de type rocaillage ciment évoquant un réseau de branches, sans doute ajouté par l'occupant allemand aux parements lisses de l'ouvrage français de 1929-1930.

Fort Napoléon, chemin du versant nord, vu de l'est, accès aux cuves de 138mm n° 4 et 3, côté abris-soutesFort Napoléon, chemin du versant nord, vu de l'est, accès aux cuves de 138mm n° 4 et 3, côté abris-soutes

            La suite du chemin contourne et enveloppe au nord  la partie haute de l'éperon rocheux, portée en partie sur un mur de soutènement en appareil irrégulier; elle passe en contrebas de la gorge de la cuve n°3,  et dessert ensuite, en retour d'angle aigu, sa rampe d'accès, plus longue que celle de la cuve n°4. Cette partie de la batterie est surplombée directement plus à l'est par la cuve n° 2, au point culminant du cap (58m d'altitude) et, en arrière-plan est/sud-est, par les sommets aigus du massif rocheux de l'île Maïre, sur lesquels se détache (à 139m d'altitude) la tourelle du poste de direction de tir auxiliaire construit après 1930.

Fort Napoléon, chemin du versant nord, vu de l'est, accès aux cuves de 138mm n° 3 et 2. A l'arrière-plan, sommets de l'île Maïre avec porte de direction de tir annexeFort Napoléon, chemin du versant nord, vu de l'est, accès aux cuves de 138mm n° 3 et 2. A l'arrière-plan, sommets de l'île Maïre avec porte de direction de tir annexe

            La cuve n° 3 est mieux conservée que la cuve n°4; l'organisation de sa gorge est de même conception, mais les  deux abri-soutes y sont symétriques, leurs murs latéraux étant l'un comme l'autres en pan coupé formant évasement de chaque côté de la terrasse de circulation. La rampe d'accès partant du chemin en retour d'angle aigu  aboutit à la face ouest de l'abri-soute de droite, dans lequel s'ouvre la porte de l'ouvrage. La terrasse médiane entre les deux pans coupés, revêtue de ciment, est  plus large et plus profonde que celle de la cuve n°4, et elle conserve en place dans l'état actuel deux voies de chemin de fer Decauville parallèles entrant dans les abri-soutes par des portes ménagées dans les murs obliques.  

Fort Napoléon, chemin du versant nord, terrasse de communication entre abris-soutes latéraux à la gorge de la cuve de 138mm n°3, vus de l'ouestFort Napoléon, chemin du versant nord, terrasse de communication entre abris-soutes latéraux à la gorge de la cuve de 138mm n°3, vus de l'ouest

Au-dessus de cette terrasse de gorge, la plate-forme de la cuve proprement dite, semi- circulaire et ouverte à la gorge, accessible par les abris-soutes, conserve son mur d'enveloppe, mais dans un état très dégradé, en majeure partie dégarni de son enduit d'arase rocaillé, cette dégradation mettant à jour les fers à béton. 

Fort Napoléon, ruines de la cuve de 138mm n°3, vue du côté sudFort Napoléon, ruines de la cuve de 138mm n°3, vue du côté sud

            La cuve n° 2, complètement circulaire et fermée à la gorge par un abri-soute d'un seul tenant (à la différence des n°3 et 4), latérale demeure, dans l'état actuel, la mieux conservée des quatre cuves de 138mm; elle conserve en place le pivot et la corole en acier de la sous-sellette de l'affût pivotant du canon et, en périphérie, les alvéoles des soutes à munitions ménagées dans le parement intérieur du mur circulaire. Le revêtement d'arase rocaillé de petits moellons bruts et l'abri-soute de la gorge sont également bien conservés.

Fort Napoléon, vue plongeante de la cuve de 138mm n°2, prise de l'ouestFort Napoléon, vue plongeante de la cuve de 138mm n°2, prise de l'ouest

La voie de communication coudée (anciennement portant des rails Decauville) entre la gorge de cette cuve n°2 et celle de la cuve n°1 aborde latéralement, du côté ouest,  la porte de l'abri-soute de la cuve n°2 en partie en tranchée taillée dans le roc, et couverte par un toit en appentis en béton armé.

Fort Napoléon, gorge la cuve de 138mm n°3, vue du côté sud, tranchée d'accès à l'abri-soute, couverte en appentisFort Napoléon, gorge la cuve de 138mm n°3, vue du côté sud, tranchée d'accès à l'abri-soute, couverte en appentis

Cette voie nord reliant les deux premières cuves de 138mm et le chemin d'accès à la cuve n°1 suivant la ligne de crête enveloppant, l'une au nord, l'autre au sud, l'extrémité ouest du point haut du cap, sur lequel s'élèvent les ruines du poste de direction de tir tripartite, complètement disloqué par le renversement des dalles de couvrement.

Fort Napoléon, ruines du poste de direction de tir tripartite, côté nordFort Napoléon, ruines du poste de direction de tir tripartite, côté nord

Ce secteur culminant du site conserve en outre, entre les ruines du poste de direction de tir et la cuve n° 2, deux équipements allemands de 1943-1944 assez bien conservés, soit une soute à munition semi-enterrée sous dalle béton et une plate-forme carrée pour canon antiaérien de 2cm  bordée de murs parapet de maçonnerie mixte  béton et pierre, et pourvue d'un abri en béton. 

Fort Napoléon, ruines d'une soute et d'une plate-forme antiaérienne allemandes, au point haut, vues depuis la cuve de 138mm n°2Fort Napoléon, ruines d'une soute et d'une plate-forme antiaérienne allemandes, au point haut, vues depuis la cuve de 138mm n°2

            La cuve de 138mm n°1 est en mauvais état car elle a  souffert dans les deux dernières décennies de dégradation et de comblement partiels par des matériaux issus de démolitions, comme on peut le constater par la comparaison de deux photographies prises depuis l'ouest, l'une vers 2005, l'autre en 2016.

Fort Napoléon, ruines de la cuve de 138mm n°1, vue de l'ouest. Montage photographique de deux vues prises en 2005 et 2016.Fort Napoléon, ruines de la cuve de 138mm n°1, vue de l'ouest. Montage photographique de deux vues prises en 2005 et 2016.

La cuve proprement dite est complètement circulaire, fermée à la gorge -ce qui n'était pas prévu dans le plan de projet de 1930- par le fait que les abri-soutes y forment non deux ailes indépendantes avec terrasse intermédiaire, mais deux ailes jointives monobloc  plus développées que dans les autres cuves, de plan en chevron en angle obtus, qui étaient traversées dans le sens longitudinal par une voie ferrée Decauville. Ces abri-soutes sont aujourd'hui en partie condamnés par des éboulis. On observe que les enduits d'arase des murs de cette cuve n°1 sont lisses, dépourvus de rocaillage.         

Conformément au projet de 1929-1930, cette cuve occupe l'aire intérieure de l'épaulement  de l'ancienne batterie de 1813, formé d'un parapet de maçonnerie parementé en blocage de moellons, qui a été en partie dérasé et terrassé vers l'intérieur en 1930, et a subi depuis une importante érosion, en sorte qu'une partie de l'élévation ancienne alors conservée est aujourd'hui très ruinée.

Fort Napoléon, vestiges de l'épaulement de la batterie de 1812, occupé par la cuve de 138mm n°1, vus des l'ouestFort Napoléon, vestiges de l'épaulement de la batterie de 1812, occupé par la cuve de 138mm n°1, vus des l'ouest

            En contrebas au nord du secteur culminant du site entre poste de direction de tir et cuve n° 2, l'aboutissement du chemin d'accès du versant nord desservait l'entrée du souterrain-caverne. Cette entrée, flanquée d'un abri en saillie, aujourd'hui condamnée par des amas de pierraille éboulée était encore bien dégagée au début des années 2000.

Fort Napoléon, entrée du souterrain-caverne des magasins, sur le versant nord, en contrebas de la cuve de 138mm n°2 : extérieur et intérieur, état en 2005.Fort Napoléon, entrée du souterrain-caverne des magasins, sur le versant nord, en contrebas de la cuve de 138mm n°2 : extérieur et intérieur, état en 2005.

Le souterrain-caverne, entièrement revêtu de maçonnerie parementée en appareil polygonal ou enduite,  s'organise autour d'une galerie de distribution continue de plan en U, voûtée en berceau, jadis équipées d'une voie Decauville. Cette galerie dessert des magasins, certains des  magasins caverne en  disposés en vis à vis et de part et d'autre de la galerie sont  voûtés en berceau, cette voute plus haute et perpendiculaire  recoupant celle de la galerie. D'autres magasins sont couverts, dans leur état final d'une dalle horizontale en béton.

Fort Napoléon, intérieur du souterrain-caverne, segment de galerie maçonnée et voûtée desservant latéralement des magasinsFort Napoléon, intérieur du souterrain-caverne, segment de galerie maçonnée et voûtée desservant latéralement des magasins

            Un sentier créé en 1943 en prolongement ouest de l'extrémité du chemin d'accès du versant nord, dessert au passage un tobrouk, avant d'aboutir à deux ouvrages actifs ajoutés par l'occupant allemand, la casemate active  Regelbau 671 -seul ouvrage de cette catégorie réalisé sur le site, et une position de tir de 4,7mm . La casemate, conforme au modèle-type, est actuellement murée et taguée, un peu altérée en outre par l'érosion des glacis en pierre sèche qui avaient été massés sur ses faces latérales pour les masquer. Elle se distingue par le travail de camouflage en ciment moulé en relief de ses parements, évoquant des branchages aux linéaments aléatoires, supposés brouiller à distance les formes géométriques du bunker.

Fort Napoléon, secteur ouest, versant nord : casemate allemande Regelbau 671 Fort Napoléon, secteur ouest, versant nord : casemate allemande Regelbau 671

La position de tir pour canon de 4,7mm, bien conservée avec la sous-sellette de l'affût pivotant du canon, occupe une simple plate-forme à ciel ouvert sans murs d'enveloppe et non une cuve. Elle est adossée à un abri de béton monobloc à demi enterré, couvert d'une dalle, avec entrée en escalier.

 Fort Napoléon, secteur ouest, versant nord : position de tir allemande pour canon de 4,7mmadossée à un abri  de béton monobloc Fort Napoléon, secteur ouest, versant nord : position de tir allemande pour canon de 4,7mmadossée à un abri de béton monobloc

Le poste photo-électrique de Croisette

            Implanté en contrebas sud-ouest de l'extrémité ouest du Fort Napoléon (soit de la cuve n° 1 dans l'emplacement de la batterie de 1813), l'ancien poste photo-électrique de Croisette conserve l'essentiel de ses aménagements, dans un état ruiné et dégradé. Sur une surface très resserrée sont aménagés l’abri ou poste de combat du projecteur, entièrement émergeant du terrain, et immédiatement à l'arrière,  le bâtiment de plan rectangulaire, excavé dans le roc et couvert d'une dalle de béton, qui cumulait les fonctions de salle des machines, de logement du personnel et d'abri de repos du projecteur. Conformément aux modèles normatifs définis autour de 1900, le poste de combat du projecteur est un petit bloc à murs et dalle de couvrement  de béton armé de plan en U, actuellement sillonné de fissures horizontales liées à la corrosion des fers. Sa fenêtre n'est pas ouverte dans l'axe frontal (sud) mais dans un axe biais (est/sud-est) pour couvrir un secteur de veille limité par la présence de l'île Maïre au sud-ouest.

Poste photo-électrique de Croisette, poste de combat vu de la merPoste photo-électrique de Croisette, poste de combat vu de la mer

Le bloc est prolongé d'un mur-écran en retour d'équerre sur sa gauche (est) ; à sa gorge, la communication en légère chicane à l'abri de repos (situé 5m à l'arrière), anciennement par voie ferrée, est à ciel ouvert entre murs latéraux en béton armé et maçonnerie mixte, celui de gauche percé d'une porte ouvrant vers le sentier de communication au poste de commande (aujourd'hui détruit).

Poste photo-électrique de Croisette, arrière du bloc du poste de combat et passage vers l'abri de repos, vu de dessusPoste photo-électrique de Croisette, arrière du bloc du poste de combat et passage vers l'abri de repos, vu de dessus

 En majeure partie excavé dans le roc mais isolé des fronts de taille par des murs maçonnés en moellons, le bâtiment de plan rectangulaire (11m X 3m dans œuvre) qui cumulait les fonctions de salle des machines, de logement du personnel et d'abri de repos du projecteur,  a perdu la cloison ou mur de refend qui le divisait en deux salles, mais a conservé sa dalle de couvrement en béton armé, jadis chargée d'une couche de remblai.

Poste photo-électrique de Croisette, intérieur du bâtiment (machines, logement, abri de repos) à l'arrière du bloc du poste de combatPoste photo-électrique de Croisette, intérieur du bâtiment (machines, logement, abri de repos) à l'arrière du bloc du poste de combat

Ce toit était pourvu d'un dispositif de cheminée d'aération en saillie au-dessus de la dalle, avec une souche centrale, dans laquelle convergeaient deux conduits symétriques presque horizontaux, partant du plafond à l'extrémité des deux pièces. Ces dispositions se retrouvent à l'identique dans d'autres poste photo-électriques, dont celui de la batterie de Caveaux-Est sur l'île de Pomègues.

Le poste photo-électrique et le poste de direction de tir de l'île Maïre21

            Comme nous l'avons mentionné dans la partie historique ci-dessus, le poste photo-électrique de l'île Maïre diffère sensiblement dans son organisation sur site de celui de Croisette, du fait de sa position dans une île totalement inhabitée aux reliefs escarpés. Ces particularités imposaient de donner au logement des hommes au service du poste un développement permettant un séjour durable de la totalité du personnel, donc plus important que celui du petit local intégré dans le bâtiment des machines et de l'abri de jour du projecteur dans le cas d'un poste peu distant d'un lieu habité. L'aménagement de bâtiments militaires tant soit  peu développés étant impossible près du poste du projecteur sur le bas du versant sud de l'île, secteur étroit aux reliefs rocheux trop verticaux et tourmentés, ceux-ci ont été implantés au pied des versants nord, sur un petit replat du terrain au bord même de la côte à 18m d'altitude au-dessus de la mer. Dans l'état actuel, les quatre bâtiments distincts alors construits sur un même alignement de façade face à la mer, de même largeur et de longueur inégale, sont complètement en ruines. Les deux principaux, au centre, étaient la salle des machines et le bâtiment des hommes, encadrés par deux petits bâtiments bas couvrant une citerne, l'une pour les moteurs, l'autre pour les hommes. Il ne reste pratiquement des deux bâtiments principaux, d'inégale longueur, que la partie inférieure des murs, soit le niveau de plinthe parementé en pierre de taille, surmonté de vestiges très limités de l'élévation supérieure en blocage de moellons enduit, avec chaînages d'angle et encadrement de portes et fenêtres en assises alternées de pierre de taille et de brique.

Poste photo-électrique de l'île Maïre, ruines des bâtiments militaires au pied des versants nord de l'îlePoste photo-électrique de l'île Maïre, ruines des bâtiments militaires au pied des versants nord de l'île

Le plus grand des deux corps de bâtiment, à savoir l'ancien casernement des hommes, de quatre travées de baies en façade (deux portes deux fenêtres), le seul divisé intérieurement par deux murs de refends, a conservé en élévation un morceau de mur-pignon et un pan de mur d'une travée de sa façade postérieure, avec une fenêtre actuellement consolidée par des étais en bois. A l'arrière de ces bâtiments ruinés, le front de taille rectiligne qui avait été excavé dans le rocher pour dégager la largeur nécessaire à l'implantation des bâtiments, est revêtu d'un mur mieux conservé. Ce mur parementé en appareil polygonal irrégulier, avec tablette de couvrement en pierre de taille en partie refaite en ciment, est percé, à l'arrière du bâtiment de la salle des machines d'une porte à l'encadrement brique et pierre bien conservé, couvert d'un arc segmentaire, qui donne accès à un réduit creusé en caverne identifié sur plan au magasin à pétrole. Une autre porte semblable, à l'extrémité gauche du mur, aujourd'hui détruite par l'arrachement du parement, desservait le réduit dévolu au pot d'échappement des moteurs.

            Le poste photo-électrique proprement dit, sur une pointe rocheuse au sud de l'île est en majeure partie creusé en caverne dans le rocher, pour ce qui est de la galerie ferrée permettant de retirer le projecteur de l'abri de combat dans l'abri de repos, ce dernier étant aussi en caverne, sur un côté de la galerie. Seul l'abri ou poste de combat est construit en saillie sur le front vertical du rocher, fondé sur un rebord du même front à 12m d'altitude au-dessus de la mer. Sa forme architecturale est normative, assez semblable à celle de l'abri de combat du poste du Cap Croisette. Elle est surtout comparable à celle de l'abri de combat du poste de la batterie du Pharo à Marseille, notamment par sa position et par son embase semi-circulaire en maçonnerie traditionnelle de blocage de moellons, portant en balcon la construction en béton armé, avec fenêtre et dalle de couvrement épaisse en visière, actuellement très dégradées.

Poste photo-électrique de l'île Maïre, ancien poste de combat saillant sur l'escarpement rocheux sudPoste photo-électrique de l'île Maïre, ancien poste de combat saillant sur l'escarpement rocheux sud

Le poste de commande du poste photo-électrique est implanté à proximité immédiate, un peu en arrière, mais dans une position extraordinairement dominante, à la pointe d'un rocher vertical culminant à plus de 53 m d'altitude.

Poste photo-électrique de l'île Maïre, vue d'ensemble latérale de ancien poste de combat saillant sur l'escarpement rocheux sud et du poste de commande au-dessusPoste photo-électrique de l'île Maïre, vue d'ensemble latérale de ancien poste de combat saillant sur l'escarpement rocheux sud et du poste de commande au-dessus

Assez bien conservé dans l'état actuel, il forme une étroite guérite peu élevé en  maçonnerie traditionnelle de plan semi-circulaire en U, avec superstructure en béton armé, dont une dalle de couvrement très mince dont la partie en visière sur la fenêtre panoramique est aujourd'hui rompue et basculée. Cette guérite d'observation de sommet est desservie par des segments d'escalier à ciel ouvert en zig-zag prolongeant un sentier rampant en partie sur murets de soutènement qui descend en arrière sur les rochers de l'île jusqu'à la cote d'altitude 30m, en un point d'où part une branche descendant dans  la galerie en caverne du projecteur. En ce même point, le sentier principal remonte vers le nord, sinuant autour des crêtes dominantes de l'île, jusqu'à un col culminant à 107m, avant de redescendre en lacets sur le versant nord jusqu'au quartier des bâtiments militaires.

Poste photo-électrique de l'île Maïre, poste de commande sur un sommet d'arête et son chemin d'accès Poste photo-électrique de l'île Maïre, poste de commande sur un sommet d'arête et son chemin d'accès

            Le poste de direction de tir auxiliaire de la batterie du fort Napoléon, construit après 1930, occupe le point culminant de l'île, à la cote d'altitude 138m.  Ce poste de direction de tir  adossait le poste d'observation aujourd'hui écroulé, de plan allongé et de structure horizontale, avec fenêtre panoramique sous dalle de couvrement en béton de faible épaisseur, à la tourelle circulaire du poste de télémétrie, bien conservée dans l'état actuel. Elle se compose d'un corps cylindrique en béton de 2,80m de diamètre intérieur aux mur épais de 0,50m, élevé de deux niveaux séparés par une dalle intermédiaire, le second niveau étant surmonté d'un capot blindé en acier qui abritait le télémètre à dépression, le tout d'une hauteur cumulée de plus de 4,50m.

Poste de direction de tir auxiliaire du fort Napoléon dans de l'île Maïre, tourelle sur le point culminant, vue de la merPoste de direction de tir auxiliaire du fort Napoléon dans de l'île Maïre, tourelle sur le point culminant, vue de la mer

1Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 19 et 21, cartes de 1695 et de 1701.2BNF, Cartes et plans, GE SH 18 PF 74 DIV 4 P 153SHD Vincennes 1VH1079 n°124SHD Vincennes, 1VH 1079, n° 145SHD Vincennes, 1VH 1079, n° 146Archives départementales des Bouches du Rhône 2 J 14, pl. n°227 SHD Vincennes, 1VH 1084, n° 18 SHD Vincennes, 1VH 10859SHD Vincennes, 1VH 108810SHD Vincennes, 1VH 108911SHD Vincennes, 1VH109112SHD Vincennes GR 7N 191013SHD Vincennes GR 7N 191014 SHD Vincennes, GR7N 191415SHD Vincennes, GR7N 191416Petit atlas des Postes Photo-électrique, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 2 J 2417Petit atlas des Postes Photo-électriques et feuilles d'attachements, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 2 J 23 & 2 J 1718Rapport Pinczon du Sel sur les installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949, Vincennes SHD, Marine, MV 2 DOC 9, pl. n°107-VIII.19Rapport Pinczon du Sel sur les installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949, Vincennes SHD, Marine, MV 2 DOC 7bis (photos pl. 101/VIII) et 9 (pl. n°38).20Cette nomenclature des cuves de 138mm est celle fixée en 1930, employée dans ce dossier et sa description. Elle diffère de celle employée sur le plan français de la batterie et de l'île donnant l'état des équipements en 1944, qui numérote ces cuves 3-4-5-6.21Nous n'avons pu accéder à l'île Maïre lors de l'enquête de terrain, du fait d'impératifs liés à la protection de la biodiversité dans la période concernée. Les ouvrages n'ont donc été vus que de l'extérieur depuis une embarcation en mer.

            Le cap Croisette est l’un des dix-sept sites retenus en 1695 pour installer des batteries de côte  dans la baie de Marseille, et reçut un petit épaulement armé de deux canons de 25 livres, tôt abandonné (vers 1720).

La mise en place d'une nouvelle batterie fut décidée en 1812 dans le cadre du plan de défense côtière de 1811-1813 ordonné par Napoléon Ier, répondant à une demande  de la chambre de commerce de Marseille, pour protéger la rade et les mouillages environnants. Le général Gassendi, répondant à une instruction du général Jean-Ambroise de Lariboisière, inspecteur général de l’artillerie, proposait la construction de deux nouvelles batteries avec tour-modèle : celle du Cap Croisette et une autre à la pointe de la Mounine. Construite en 1812 sur un projet de Geoffroy, sans tour-réduit, à 53 m d’altitude, pour six pièces de 36 et un mortier, elle était constituée d'un parapet d'artillerie maçonné de plan en V avec angle aigu arrondi, et fermée à la gorge par un mur crénelé de plan tenaillé, incluant un corps de garde de 25 hommes avec citerne et un petit magasin à poudre. Elle fut armée de 2  pièces de 36, 2 de 18 et d'un mortier de 12 pouces. En 1813, toujours sur la demande des négociants marseillais, fut envisagée la possibilité d’un poste sur l’île Maïre, toute proche et jugée stratégique pour contrôler la passe, mais sans suite, en dépit de l'avis du chef du génie de Marseille Tournadre aîné, qui y jugeait utile un poste permanent, la batterie du Cap Croisette souffrant du voisinage des reliefs très élevés de l'île.

            En 1846, en application du programme national de réorganisation des batteries selon les nouvelles normes issues des travaux  de la commission mixte d’armement des côtes de 1841, le chef du génie Marie-Tranquille Lebas proposa la réorganisation de la  batterie du Cap Croisette pour quatre canons avec parapet en terre épaississant celui en place et construction d’une tour-réduit  n° 3 remplaçant le corps de garde de 1812. Ajourné, le projet fut représenté en 1849 et, après un nouvel ajournement de dix ans, pour 1859-1860, sous une forme différente, qui conservait très peu de la batterie de 1812. Un nouveau projet encore différent, revu à la baisse et conservant a contrario l'essentiel du bâti de 1812, fut proposé pour 1861-1862. Il ne fut pas plus réalisé que les précédents, la batterie étant alors jugée la moins importante de la rade de Marseille.

            A  la suite de l’instruction du 30 mai 1872 de la commission supérieure de défense des côtes préconisant des batteries de côte implantées  en altitude, adaptées aux nouvelles portées de l’artillerie rayée, et de la mise en place du programme général de réorganisation du système défensif de la France sous l’autorité du général Séré de Rivières, la construction d’un petit fort détaché en hauteur au-dessus du cap Croisétte fut envisagée dès 1873, sans lendemain. L’avis de la commission d'études pour la défense du littoral de novembre 1888 prévoyait deux batteries  aux environs du Cap Croisette : l’une de canons de 24 cm et 95 mm, l’autre de mortiers de 270 mm modèle 1885 de Bange. Les sites d'implantation et les plans proposés en 1889 par le chef du génie Lucien Cauvin et le commandant de l'artillerie  Faure étaient sujet à discussion, la batterie de canons étant d'abord projetée à l'emplacement de l'ancienne  batterie de 1812. Cette implantation  fut rejetée en 1891, le projet de la batterie de canon étant déplacé beaucoup plus au nord  pour devenir la batterie de l'Escalette, construite en 1893-1894. La batterie de mortiers avait été construite dès 1891 sur un site vierge intermédiaire, sous le nom de batterie de Croisette. Le plan de défense des côtes du secteur de Marseille en 1898 envisageait encore une batterie annexe optionnelle de 4 pièces de 95mm à l'emplacement de l'ancienne batterie du Cap Croisette.

            Deux  postes photo-électriques construits en 1902-1903, l'un sur le cap Croisette, en contrebas de l'ancienne batterie, l'autre en avant sur l’île Maïre, complété de bâtiments militaires plus importants, constituent une nouvelle étape des aménagements défensifs du site :  ils étaient dédiés à l’éclairage nocturne des batteries récentes de Croisette (ou fortin des Goudes), du Mont Rose et de l'Escalette.

            Enfin, en 1929, le site du Cap Croisette fut choisi pour l'installation d'une importante batterie de quatre canons de 138 mm  modèle 1910, en cuves béton modèle 1925, implantés pour assurer des tirs d'une portée de 18km vers le sud et l'ouest. L'ensemble, conçu par l'ingénieur du Génie Galéron, était organisé sur un linéaire étendu à partir de l'ancienne batterie,  qui accueillait une des cuves, les autres étant échelonnées en arrière, espacées, servies par un poste de direction de tir tripartite (télémétrie, calcul, observation) et des magasins souterrains en caverne. La batterie principale était complétée d'une section éclairante de deux pièces de 75mm modèle 1897 un peu plus  à l'arrière et en contrebas, à la naissance du chemin d'accès sur la voie publique. Pour compenser l'angle mort du champ de vision de la batterie sur le large du côté ouest, dû à l'altimétrie dominante de l'île Maïre, un poste de direction de tir auxiliaire fut installé entre 1930 et 1934 sur le point haut de l'île à 134 m d'altitude.

            Occupée par les Allemands dès 1942, la batterie devint une des batteries de marine importantes du Südwall, codée M.K.B. Napoléon 184,  M.K.B. Napoléon, codée Wn091g, complétée de projecteurs, de  pièces d’artillerie antiaérienne de 2cm et de 3,7cm, renforcée d’une casemate active type Regelbau 671 et de divers abris et tobrouks. Bombardée massivement en août 1944, par des avions et par des croiseurs et destroyers alliés, elle est sabordée par l'occupant lors de son évacuation.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 17e siècle, limite 17e siècle 18e siècle , daté par source , (détruit)
    • Principale : 1er quart 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 1er quart 20e siècle , daté par source
    • Principale : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
  • Dates
    • 1812, daté par source
    • 1902, daté par source
    • 1930, daté par source
    • 1943, daté par travaux historiques
  • Auteur(s)

            L’ensemble du Fort Napoléon et de ses annexes se décompose en plusieurs sous-ensembles hiérarchisés, en partie délocalisés sur l'île Maïre :

-la batterie principale de 1929-1930 retouchée en 1943-1944

-les postes photo-électriques de Croisette et de l’île Maïre ( 1902-1903)

-le poste auxiliaire de direction de tir de l’île Maïre (vers 1930).

            L’état actuel du Fort Napoléon proprement dit, très dégradé par le vandalisme contemporain, témoigne essentiellement de la reconstruction de 1929-1930 et des ajouts allemands de 1943-1944, tout en  conservant des vestiges dérasés mais encore en partie lisibles du parapet maçonné de la batterie de 1812. Implantée sur une crête rocheuse dominant l’anse des Goudes, la batterie de 1929-1930 s’étend sur 180 m d’est en ouest. On reconnait les quatre larges cuves circulaires pour canons de 138 mm, plus ou moins bien conservées, disposées en enfilade, sur la crête, à des altimétries différentes,  la plus avancée à l'ouest (n°1) à l'emplacement de la vieille batterie.  Chaque cuve est complétée par des abris-soutes à la gorge, organisés différemment d'une cuve à l'autre (deux soutes de part et d'autre d'une terrasse intermédiaire pour les cuves n°4 et n°3, abri-soute monobloc pour la n°2, abris-soutes formant deux ailes jointives de plan en chevron pour la n°1). La cuve n°2 est la mieux conservée des quatre avec le pivot et la corole en acier de la sous-sellette de l'affut pivotant du canon et les alvéoles des soutes à munitions dans son mur circulaire en béton, rocaillé à l'arase.

            Le souterrain-caverne de plan en U (condamné), entièrement revêtu de maçonnerie parementée en appareil polygonal ou enduite, desservant cinq magasins à munitions, est relié verticalement à cette cuve n°2 par un puits de  monte-charge. Ses issues, sur le versant nord du site,  communiquait à ciel ouvert aux autres cuves par plusieurs voies ferrées Decauville, certains segments étant encore en place sur la terrasse cimentée entre abris-soutes, à la gorge de la cuve n°3. Entre la cuve n° 1 et la cuve n°2,  au point culminant du cap (58m d'altitude),  subsistent les ruines chaotiques du poste de direction de tir tripartite sabordé en 1944 complètement disloqué par le renversement de ses dalles de couvrement. Entre ces ruines du et la cuve n° 2, une soute à munition semi-enterrée sous dalle béton et une plate-forme carrée pour canon antiaérien de 2cm témoignent des équipements allemands ajoutés en 1943-1944. Le vestige le plus monumental de cette dernière période est la casemate active Regelbau 671 (murée) conforme au modèle-type , seul ouvrage de cette catégorie réalisé sur le site, à l'extrémité ouest du versant nord, complétée par une position de tir de 4,7mm à ciel ouvert qui conserve  la sous-sellette de l'affut pivotant du canon. Dans ce même secteur reste en place l'un des tobrouks implantés par les allemands sur le site de la batterie.

            Le poste photo-électrique de Croisette, en contrebas sud-ouest du fort, est en ruines, assez mal conservé. De plan compact, il juxtapose le poste de combat du projecteur en béton armé de plan en U, et le bâtiment excavé dans le roc qui cumulait les fonctions d'abri de repos du projecteur, de salle des machines et de logement du personnel. La fenêtre du poste de combat est orientée en biais, pour couvrir un secteur de veille limité par la présence de l'île Maïre au sud-ouest.

            Le poste photo-électrique de l’île Maïre diffère dans son organisation sur site de celui de Croisette, du fait de sa position dans une île totalement inhabitée aux reliefs escarpés. Le poste photo-électrique proprement dit, greffé sur  une pointe rocheuse verticale au sud de l'île, et en majeure partie creusé en caverne dans le rocher, se compose du poste de combat de plan en U, en blocage de moellons et béton, seul apparent en saillie sur l'escarpement rocheux à 12m d'altitude, et d'une longue galerie caverne qui intégrait l'abri de repos du projecteur est servait  d'accès.  Le poste de commande, étroite guérite semi-circulaire en U, en maçonnerie traditionnelle et  béton armé, est implanté au-dessus, dans une position extraordinairement dominante, à la pointe d'un rocher vertical à plus de 53 m d'altitude. Ces deux sous-ensembles actifs  sont reliés entre eux par des segments d'escalier à ciel ouvert en zig-zag et un sentier rampant en partie sur murets de soutènement qui remonte du sud au nord  les rochers de l'île, passe un col à 107m et  redescendre en lacets sur le versant nord jusqu'au quartier des bâtiments militaires du poste photo-électrique, établis sur un petit replat du terrain au bord même de la côte à 18m, aménagé en terrasse. Plus étendus que ceux des autres postes analogues bâtis dans la même période, dissociés et bâtis en maçonnerie de pierre, comparables à ceux d'une batterie de la fin du XIXe siècle, ces bâtiments sont aujourd'hui complètement ruinés. Les deux principaux, au centre, étaient la salle des machines et le bâtiment des hommes, encadrés par deux petits bâtiments bas couvrant une citerne, l'une pour les moteurs, l'autre pour les hommes. Le de revêtement du front de taille à l'arrière de la terrasse portant les bâtiments, est percé de portes d'accès à deux réduits caverne, l'un pour le magasin à pétrole.

            Le poste de direction de tir de l’île Maïre  auxiliaire de celui  la batterie du fort Napoléon occupe le point culminant de l'île, à la cote d'altitude 138m. Il en subsiste  la tourelle du poste de télémétrie, bien conservée dans l'état actuel, corps cylindrique en béton, élevé de deux niveaux le second niveau étant surmonté d'un capot blindé en acier qui abritait le télémètre à dépression, le tout d'une hauteur cumulée de plus de 4,50m. 

  • Murs
    • calcaire moellon
    • béton béton armé
  • Toits
    béton en couverture
  • Couvertures
  • Typologies
    batterie fermée (1er quart 19e siècle) ; batterie ouverte (2e quart 20e siècle) ;
  • État de conservation
    vestiges, mauvais état
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune (incertitude)
    propriété d'un établissement public de l'Etat (incertitude), Parc national des Calanques : île Maïre
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler, vestiges de guerre
  • Sites de protection
    loi littoral, parc naturel national, site classé
  • Protections

  • Précisions sur la protection

    Massif des calanques classé au titre des sites par arrêté du 27 décembre 1976

  • Rapport de repérage pour le projet de batteries au cap Croisette et à la pointe Mounine par le général Gassendi, 2 janvier 1812. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 12.

  • Rapport de la commission mixte chargée de déterminer la position et l'armement d'une batterie au cap Croisette, par le colonel Dianous, 20 mai 1812. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 12.

  • [Rapport sur les avantages de l'établissement d'une batterie sur l'île de Mayre] par le colonel Dianous et Tournadre aîné, 19 novembre 1812, Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 12

  • Mémoire sommaire sur la place de Marseille par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 10 juillet 1814. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 14.

  • Mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et de ses dépendances par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 20 novembre 1816. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 16.

  • Atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat, 1818. Par Tournadre aîné. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4.

  • Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.

  • Etat estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour 1849, par Marie-Tranquille Lebas. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1859-1860 par Alphonse-Louis-Bernard Boubée de Lespin, 14 mars 1859. Service Historique de la Défense, Vincennes 1VH 1088.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets de 1861-1862, par Charles Alexandre Guillemaut, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes, 1VH 1089.

  • Plan du Cap Croisette et de la batterie qui y est projetée. / Dessin aquarellé par Geoffroy, 6 juin 1812. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 12.

  • Plan à Vue de l'île de Mayre. [Plan d'état des lieux de l'île de Mayre et du Cap Croisette]. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, 30 novembre 1812. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 12.

  • Plan et profils de la batterie du Cap Croisette. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, feuille de l'atlas des batteries de côte de 1818. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4, pl. 22.

  • Projet de l'organisation des batteries de côte. Batterie du Cap Croisette. [Plans du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette]. / Dessin aquarellé par Lebas, chef du génie, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1084, n° 1.

  • [Plan du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette. / Dessin aquarellé par Lebas, chef du génie, 17 février 1849. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085

  • Projet pour 1859-1860. Organiser la batterie de la Croisette pour 4 bouches à feu. [Plan du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette]. / Dessin aquarellé par Charles Hamel, dirigé par le chef du génie Boubée de Lespin, 14 mars 1859. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1088.

  • Projet pour 1861-1862. Organiser la batterie du Cap Croisette pour 4 bouches à feu. [Plan du projet d'organisation de la batterie du Cap Croisette]./ Dessin aquarellé dirigé par le chef du génie Alexandre Guillemaut, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1089.

  • Poste photo-Electrique de Croisette. [Plans de l'ancienne batterie et du poste photo-électrique du Cap Croisette]. / Tirage, c.1906, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 24.

  • [Plan d'implantation du poste photo-électrique de l'île Maïre]. / Tirage, c.1906, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 24.

  • [Plans, coupes, élévations du poste photo-électrique de l'île Maïre]. / Tirage, c.1906, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 24.

  • [Plan général d'implantation du projet du fort Napoléon]. / Tirage,1929. Service Historique de la Défense, Vincennes : GR 2V106.

  • [Plan du secteur ouest du projet du fort Napoléon]. / Tirage,1930. Service Historique de la Défense, Vincennes : GR 2V106.

  • Fort Napoléon. [Plan de situation des ouvrages du Fort Napoléon et de l'île Maïre, état en 1944]. / Tirage, 1946. Dans : "Catalogue général des constructions allemandes sur les côtes de France. Livres VIII et IX : installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949." / Yves Marie Fernand Pinczon du Sel. Service Historique de la Défense, Vincennes : Marine, MV 2 DOC 9, t. 1, pl. 107/VIII.

  • [Vue aérienne nord de la partie ouest du Fort Napoléon]. / Photographie, 1946. Dans : "Catalogue général des constructions allemandes sur les côtes de France. Livres VIII et IX : installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949." / Yves Marie Fernand Pinczon du Sel. Service Historique de la Défense, Vincennes: Marine, MV 2 DOC 7bis (photos pl. 101/VIII).

  • [Plans et coupes du poste de direction de tir du Fort Napoléon, état en 1944]. / Tirage, 1946. Dans : "Catalogue général des constructions allemandes sur les côtes de France. Livres VIII et IX : installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949." / Yves Marie Fernand Pinczon du Sel. Service Historique de la Défense, Vincennes: Marine, MV 2 DOC 9 ( pl. n°38).

  • [Vue aérienne verticale de Marseille, quartier des Goudes et Cap Croisette]. / Photographie, 1968. Institut Géographique National, Saint-Mandé. <https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.346458&lat=43.213359&z=15&layer=pva&year=1967&mission=3145-0251>

  • CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009.

Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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