Dossier d’œuvre architecture IA13006238 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Batterie de côte du Pharo
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 7e arrondissement
  • Lieu-dit le Pharo
  • Adresse 28 rue des Catalans
  • Cadastre 2026 A 1, 2, 32
  • Dénominations
    batterie
  • Précision dénomination
    batterie de côte
  • Appellations
    Batterie du Pharo
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

 I- Historique, topographie et typologie générale

             Le site de la batterie du Pharo, sous son appellation ancienne de La Tête de Maure, est le premier des sept définis le 27 septembre 1694 pour établir des batteries de côte par une commission d'experts, au nombre desquels Le chevalier de Ressons, commissaire général de l'artillerie de la marine du Levant à Toulon, auteur d'un mémoire sur les précautions à prendre contre les menaces de croisière anglaise de l'amiral Russel. En janvier 1660 ce  même site avait été jugé par César de Choiseul, maréchal de France et ministre d'Etat, plus pertinent pour l'implantation de la citadelle de Marseille que celui de la chapelle Saint-Nicolas, choisi par Louis-Nicolas de Clerville. Dans sa lettre du 18 mars 1679 à Louvois, secrétaire d'Etat à la Guerre, très sévère à l'égard de la citadelle de Marseille et de son auteur feu Clerville, Vauban écrivait : "il y a un lieu fort près de là appelé Tête de Maure ou pour 200 mille écus de dépense on aurait fait une place imprenable qui aurait beaucoup mieux commandé à la ville et au port, et n’aurait été commandé que de la hauteur ou est la citadelle, qu'on aurait aplanie pour 10.000 l".

            Le rapport des experts de 1694, en forme de projet pour assurer la sureté de Marseille et de sa baie1, posait et justifiait le principe d’une série de batteries de côtes armées de préférence de canons de 24 livres de balles, mais de 11 pieds de long pour chasser plus loin,  ou de 36 livres, certaines à établir dans les forts déjà existants sur les îles (If, Ratonneau, Pomègues), les autres à créer, alors limitée à sept :  "... on ne peut assurer la navigation des galères de sa Majesté, le commerce des marchands et empêcher les ennemis de venir mouiller dans ces rades qu'en établissant quantité de batteries de canons et de mortiers sur toutes les pointes qui les commandent " La dépense assez grande devait être compensée par la suppression du risque de dommage que pourrait subir la ville si on laissait aux ennemis la possibilité de la bombarder. Sur la Teste de Maure, les experts proposaient deux batteries de 6 canons, l'une tournée vers l'entrée du port et ce côté de la rade, l'autre vers la côte jusqu'à la pointe de Dome (Endoume), pour défendre le sud-ouest de la rade. Chacune des deux batteries devait être pourvue d'un parapet à embrasures, sur un bon épaulement de maçonnerie de 12 pieds d'épaisseur et par derrière une simple muraille qui renfermera un corps de garde et un magasin à poudre. Les plates formes devaient être de bois de chêne ou de pierre de taille dure s'il se peut pour se servir d'affuts marins. A la suite de ce rapport, Vauban rédigea le 6 décembre 1694 un mémoire sur les Précautions à prendre contre les attaques de Marseille. Rapport des bombes et canons de mer aux bombes et canons de terre. Il y  préconisait l’établissement de six batteries extraordinaires les plus nécessaires, formées d’épaulements retranchés à la gorge, en terre, sans ouvrages maçonnés, et recommandait, dans ce cadre, de déplacer 12 à 14 pièces de gros canon sur la Teste de More (E) et trois mortiers, et bien épauller les uns et les autres2.

            La réalisation du programme de principe, lancée et bientôt amplifié pour atteindre un nombre de treize batteries de côte construites à neuf, fut placée sous l’autorité du maréchal de France Anne Hilarion de Tourville, lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant, nommé par Louis XIV le 30 mars 1695 au commandement des côtes de Marseille à Toulon. Plusieurs cartes de la baie datées de cette même année 1695, dont une du 16 mai3, témoignent du déploiement de 16, puis 17  batteries de côte, destinées à inquiéter le bombardement. Celle de la Teste de Maure était armée de 14 canons de 36 & de 6 mortiers, et placée sous le commandement de Monsieur Félix Beaussier, capitaine de vaisseau , secondé par le sieur Poligny, servie par le maître canonnier François Durand, employant 16 aides  canonniers et 126 matelots pour le service des canons. Ces informations détaillées sont données par un état des batteries associé à la carte du 16 mai 1695. La légende des autres cartes contemporaines et de plans de détail des batteries associés deux de ces cartes confirment cet armement4. Le plan de détail de la batterie de la Teste de Maure montre, sur une pointe rocheuse arrondie, un épaulement en hémicycle large et peu profond, pour les 14 canons, avec revêtement maçonné à l’extérieur du parapet se prolongeant au-delà du flanc droit sous forme d’un mur formant un angle, pour protéger la gorge de la batterie côté terre sans la fermer complètement.  Immédiatement sur la droite de cet épaulement et attenante, une autre branche de batterie, rectiligne et occupant une avancée rocheuse latérale, était dévolue aux six positions de mortiers. La juxtaposition des deux donnait à la batterie de la Teste de Maure, l’une des plus fortement armée, une configuration bipartite particulière.

Plan des batteries de canons & de mortiers faites le long des costes de Marseille & des Isles [...] pour la deffense de la Ville & de ses environs, 1695.. 1695. Détail : batterie de la Teste de Maure (du Pharo).Plan des batteries de canons & de mortiers faites le long des costes de Marseille & des Isles [...] pour la deffense de la Ville & de ses environs, 1695.. 1695. Détail : batterie de la Teste de Maure (du Pharo).

Au sein de son  très long mémoire du 11 avril 1701 intitulé Projet de Marseille5, Vauban proposait d'importants ouvrages  de fortification reliant la citadelle au cap ouest de la Tête de Maure, exprimés sur une carte jointe des environs de Marseille comme un retranchement avec front bastionné face au sud, formé d'une courtine entre deux demi-bastions à orillon, avec fossé et demi-lune. La batterie existante et une autre projetée plus à l'est, après l’anse du Faro, plus près de l’entrée du port, faisant face au nord, se seraient trouvées à l'abri de ce retranchement, s’il avait été réalisé. La batterie de la Tête de Maure ne fait pas partie des six pour lesquelles Vauban avait confié en 1701 à l’ingénieur Antoine Niquet, directeur des fortifications de Provence, le soin de dessiner et chiffrer des projets de réfection et renforcement qui ne virent jamais le jour.

            Deux nouvelles cartes de la rade avec les batteries, objet de plans de détail sommaires inclus, une dûe à Antoine Niquet, sans doute un peu postérieure à 1701, une autre signée Pierre Chevallier et contresignée par le seigneur de Montmort, intendant des galères de France et des fortifications de Provence le 21 septembre 17056, précisent que la batterie de la Tête de Maure, inchangée, n’est plus armée que de 6 canons de 36 livres et de 4 mortiers.

Maintenue et gardiennée dans les décennies suivantes, la batterie ne fit l'objet d'aucun nouveau projet, mais en 1774, Charles François Marie d'Aumale, directeur des fortifications de Provence, dans son projet général de la place de Marseille7, proposa une nouvelle version du projet de grand retranchement bastionné imaginé par Vauban en 1701, qui ne fut pas davantage suivie d’exécution. Le détail très sommaire du plan de la batterie sur le plan général du projet indique un petit bâtiment à la gorge de l’hémicycle de la batterie de canons, qui était un petit corps de garde.

Le 30 fructidor an 3, un  mémoire de l'inspecteur général des fortifications donnant l'état des batteries de côte des environs de Marseille8 dans le cadre d'un programme général de remise en état alors en cours, qui comportait la construction de nouvelles batteries, consacre quelques lignes laconiques aux batteries de Rocas Blanc, des Lions, Endoume et Pharo. On notera qu’il s’agit de  la première occurrence de la nouvelle dénomination toponymique de l’ex batterie de le Tête de Maure. Ce mémoire atteste de travaux déjà avancés dans cette dernière batterie, et d’un projet non validé : «  à l'égard du Pharo, une barrière neuve (de fermeture à la gorge ?) suffit et la caserne proposée doit être regardée inutile vue la proximité de la citadelle, on se bornera donc à finir le magasin à poudre. » . L’avancement de ces travaux et projets quelques années plus tard est précisé dans un mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications signé des sieurs Boyer et Sorbier, respectivement sous-directeur et directeur des fortifications à Toulon, daté du 15 frimaire an 9. Le corps de garde demandait un nouveau pavé; le magasin de l'artillerie et le logement du garde magasin avaient des couvertures en fort mauvais état; l'ancien magasin à poudres était passable, le nouveau n'avait encore que ses fondements. Le fourneau à réverbère, les plates-formes pour canons et pour mortiers et les parapets étaient en assez bon état.

 Le mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille9 rédigé le 20 novembre 1816  par Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, chef du génie de Marseille et sous-directeur des fortifications de Toulon, donne quelques éclaircissements sur la disposition de la batterie et de ses bâtiments, la première désarmée, les seconds loués : « ... fermée à la gorge par un mur crénelé (...) divisée en deux parties, l'une haute de forme circulaire et une basse formant un rectangle irrégulier destinée pour des mortiers la batterie  contient un fourneau à réverbère et un corps de garde. A l'extérieur, un grand magasin pour les effets d'artillerie, un magasin à poudre et un logement pour le gardien de batterie. Il est précisé qu’elle était armée dans la dernière guerre de 3 pièces de 36, une de 6 et un mortier de 12 pouces, armement qui n’était plus en place dans l’état en 1816.  Une campagne de relevés des batteries de côte programmée en 1817 par ce chef du génie aboutit l'année suivante à la réalisation d'un atlas qui comporte une planche de plan et profils de la batterie du Pharo10, et une description détaillée. La plate-forme de la batterie de canons était en pierre de taille, en bon état, à 18m60 au-dessus du niveau de la mer, susceptible de recevoir cinq pièces de gros calibre montés sur affut de côte. Le plan montre avec précision les deux parties inégales de la batterie, celle des mortiers plus bas fondée sur le socle rocheux. Un même mur, en partie crénelé (en mauvais état), fermait à la gorge les deux parties, la porte d’entrée entre deux piliers étant ménagée dans ce mur au centre de la gorge de la batterie de canons. Elle donnait accès à une aire intérieure occupée à droite, entre mur et plate-forme à canons par le corps de garde flanqué d’un petit magasin d’artillerie avec dépôt de poudre et par le fourneau à réverbère. A droite du corps de garde, l’aire intérieure communiquait à une rampe droite descendant, le long du mur de clôture, dans la batterie de mortier allongée, dont l’extrémité du revêtement formait un hémicycle.

Plan et profils de la batterie du Pharo, 1818.Plan et profils de la batterie du Pharo, 1818.

A l’extérieur du mur de retranchement de la batterie de canons, à droite de la porte, le plan indique les fondations du grand magasin à poudre commencé en l’an 9 et jamais continué. Le bâtiment principal était à l’extérieur, à 123m de distance vers le sud et un peu plus en hauteur sur le haut du versant du mamelon surplombant au nord-est l’anse du Pharo, desservi par une branche divergente du chemin d’accès à la batterie. Il se composait de deux corps attenants en rupture d’axe, l’un pour le magasin d’artillerie, l’autre partagé entre le logement du gardien et le magasin à poudres. La partie du descriptif de l’atlas consacrée aux observations du chef du génie mentionne que dans la perspective de réarmer la batterie il conviendrait de disposer plus convenablement ses établissements, dont la plus grande partie étant extérieurs (…) à une distance assez considérable, rendraient le service difficile et lent. La suite précise qu’on avait commencé à droite de la porte d’entrée la construction d’un magasin à poudres appuyé au mur de gorge, qui était très convenablement placé et de toute nécessité pour remplacer celui existant qui, outre son éloignement, a encore le grave inconvénient d’être attenant à une pièce de bâtiment dont il fait partie, la seule qui ait une cheminée, et(…) couvert d’un simple toit, au lieu d’être voûté. Si les magasins avaient été attenants à la batterie, on aurait pu se servir du bâtiment extérieur existant que pour le logement du gardien et celui des canonniers qui n’avaient pas d’emplacement suffisant dans la batterie. Le chef du génie Tournadre estimait que la position de la batterie, était très essentielle à la défense du fort Saint Nicolas, en ce qu’elle tient à deux anses, celle du Pharo  (au nord, vers l’entrée du port) et celle des vieilles infirmeries (au sud-ouest11) qui peuvent être favorables aux attaques de ce fort. Il proposait en conséquence d’y établir une tour-modèle n°1, placée sur le point culminant du mamelon, qui se relierait à la batterie par une communication en caponnière, le tout complétée d’une petite batterie au sud qui verrait l’anse des vieilles infirmeries. La tour proposée, adaptée au logement de 60 hommes, correspondait  à la plus grande taille des tours-modèles type (déclinées en 5 tailles) définies en juin 1811 à l’échelle nationale à la demande de Napoléon. Ce projet de Tournadre aîné pour la batterie du Pharo, dont on ne connait pas de dessin, ne vit pas le jour, et très peu de tours-modèles furent réalisées avant que l’abdication de l’Empereur en avril 1814 ne compromette la réalisation du programme général. Sur la côte méditerranéenne, deux tours furent construites, dont celle (n°2) de l’Ile Verte, près de La Ciotat.

En 1826, la hauteur du Pharo fut choisie pour un projet, non réalisé, de grand magasin à poudre détaché au service du fort Saint-Nicolas, couvert à l’ouest et au sud par un retranchement bastionné qui devait se raccorder à la batterie, par un demi-bastion dans lequel était proposé une salle d’artifice, avec à proximité un petit corps de garde extérieur à la porte de la batterie12.

La batterie réorganisée en 1860-1861

En 1841, une commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des iles fut instituée par décret du 11 février  pour étudier la réorganisation générale des batteries de côte et la modernisation de leur armement. La commission travailla en particulier, pour les batteries isolées, sur la définition de réduits-type défensifs. Une première série de réduits comportant des  tours carrées et des corps de garde fut définie et proposé le 13 septembre 1845, avec une diffusion limitée, puis retravaillée par le comité des fortifications, pour aboutir aux modèles-type fixés le 31 juillet 1846 et diffusé dans les différentes chefferies du génie. Ces réduits-type 1846 comportaient deux options : tours crénelées à deux niveaux casematés ou corps de garde crénelés à un niveau, aux murs moins épais, les unes comme les autres de plan rectangulaire et déclinées en trois tailles, n° 1 pour batterie de 12 pièces (60 hommes), n° 2 pour 8 pièces (40 hommes) et n° 3 pour 4 pièces (20 hommes).

Le vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes donna lieu à des projets pour le secteur de Marseille à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Dans ce cadre, le 26e article du Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846[13 rédigé par le chef du génie, avait pour objet d’organiser la batterie du Pharo pour un coût estimé de 51200 francs. La commission d’armement était d’avis d’armer la batterie haute de 6 pièces, la basse de 4 pièces et de construire une tour n°1 à placer à l'arrière. Dans son apostille, le directeur écrivait que contrairement à l'opinion du chef du génie, et en accord avec la commission d'armement il était utile de placer la tour n°1 qui doit protéger cette batterie de manière à pouvoir surveiller l'anse des Catalans, ce qui plaçait la tour à 160m de la batterie, déjà protégée par son mur de clôture et par les feux du fort Saint Nicolas. Le plan du projet, dessiné par le capitaine du génie Arcis, illustre cette position distante de la tour-modèle n°1 (type 1845, de plan carré), qui  semble reprendre les principes projetés par Tournadre aîné en 1818, en les adaptant à la nouvelle typologie. On remarque sur ce plan de projet la disparition du four à réverbère, la persistance des fondations du magasin à poudre avorté de l’an 9.  Le bâtiment principal extérieur n’est pas figuré sur ce plan, car il devait être supprimé et remplacé fonctionnellement par la tour.

[Plan du projet d'organisation de la batterie du Pharo], 1846.[Plan du projet d'organisation de la batterie du Pharo], 1846.

Ajourné, le projet fut représenté en 1849 dans l’état estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte14, sous l’autorité du Chef du Génie Lebas dont il constitue le 12° article, illustré d’une planche de plan dessinée par le capitaine du génie Auguste Schoennagel et datée du 17 février.

[Plan du projet d'organisation de la batterie du Pharo], 1849.[Plan du projet d'organisation de la batterie du Pharo], 1849.

La réhabilitation des deux épaulements de la batterie de 1695 est plus importante qu’en 1846, adaptée désormais à 13 canons, pour un coût estimé de 23.000 francs. La batterie basse est davantage décloisonnée de la batterie en hémicycle, le mur de fermeture à la gorge est supprimé à gauche de la porte et l’ancien corps de garde également supprimé, car remplacé par le réduit désormais projeté immédiatement à l’extérieur de cette porte, donc près de la gorge de la batterie, selon l’usage le plus courrant. Il s’agit d’une tour crénelée type 1846 n° 1, soit de plan rectangulaire, entourée de son fossé, le petit côté de l’entrée étant à l’opposé de la batterie, pour ne pas être vu de la mer. Son coût est estimé à 53000 francs. Le plan montre la construction récente, immédiatement en contrebas de la batterie, à l’est, d’un môle en forme de quai pour le chantier de construction navale aménagé dans l’anse du Pharo élargie et régularisée.

Le Mémoire sur les Projets pour 1851-1852 15 présentait, dans les articles 16 à 31, les mêmes batteries que celles du projet pour 1849, programme non financé à hauteur, faute de fonds spéciaux pour les batteries de côte. Le chef du génie précisait que seul l'épaulement de la batterie du Pharo avait été réalisé en 1849, pour 6346 francs. Le coût de la tour réduit n°1 de cette batterie était majoré à 69000 francs du fait de l'excavation à faire, qui n’avait pas été réalisée en 1849 comme prévu, ce qui devait permettre d’employer ses déblais dans la réfection de l'épaulement.

Aucune évolution n’a lieu les années suivantes, et le Mémoire sur les Projets pour 1855-1856, au chapitre des bâtiments militaires, consacre l’article 12, pour  un budget de 3800 fr à des réparations diverses aux bâtiments militaires des batteries de côte, dont le magasin d’artillerie de la batterie du Pharo.

Il faut attendre 1859 pour que l’achèvement de la batterie du Pharo, au même titre que les autres projets de batteries de côte, revienne à l’ordre du jour. Chiffré à 50.000 francs, cet achèvement faisait l'objet du 28e article du mémoire sur les projets des fortifications pour 1860-1861, rédigé par le chef du génie Alexandre Guillemaut le 12 février 186016. Le chef du génie précisait dans son mémoire qu’on avait dépensé 33.000 fr en 1859  pour faire les déblais nécessaires à l’agrandissement de la batterie, et pour commencer la tour réduit crénelée n°1, élevé à 5m de hauteur. L’armement avait été définitivement fixé par décision ministérielle du 3 octobre 1859 à 7 canons de 30, 6 obusiers et un mortier de 32.  Un crédit de 13500 francs alors voté pour agrandir la batterie n’avait pas été dépensé, mais vérification faite en novembre, la batterie ne pouvait recevoir que 11 pièces avec l’espacement réglementaire ; les pièces supplémentaires étaient à placer dans le prolongement de l’aile gauche. Une somme de 35000 francs était accordée par anticipation sur 1860, mais cette somme devait être augmentée à 50.000 francs.

La tour crénelée n°1 type 1846 du Pharo est la seule de celles projetée à Marseille dans cette période (avec celle du poste de Poméguet, un peu a part parce que non liée à une batterie) qui ait été réalisée en 1860-1861 conformément au modèle-type, avec une légère augmentation de taille (justifiée dans le cas du Pharo par un nombre de pièces d'artillerie supérieur à 12), et sans être finalement remplacée à l’exécution par un corps de garde crénelé de même capacité.

L’Etat sommaire des projets pour 1863-1864, daté du 30 août 1862, précisait qu’il restait à faire dans les batteries de côte les plates-formes de 24 mortiers, dont 2 à celle du Pharo.

La batterie réformée et agrandie en 1877-1881

A partir de 1876, la batterie du Pharo fit l’objet d’une importante campagne de réorganisation pour l’adapter aux progrès de l’artillerie rayée à  longue portée, en appliquant les principes définis à l’échelle nationale en 1874 par le Comité de défense et son secrétaire le général Séré de Rivières, directeur du service du génie. L’un des aspects constants des réorganisations, pour les batteries importantes, était la réduction considérablement du nombre des pièces d’artillerie, remplacées par des canons rayés de dernière génération, plus forts en calibre et plus performants en portée.

Le parti choisi pour la mise aux nouvelles normes de batterie du Pharo diffère de celui mis en œuvre dans les autres batteries du secteur de Marseille déjà réorganisées et pourvues d’un réduit autour de 1860. L’épaulement hérité de la batterie de 1695, inchangé dans son plan irrégulier, fut relégué à un statut annexe au profit d’une batterie entièrement neuve totalement distincte implantée à moins de 100m sur le point haut du site, soit à l’emplacement ou existait déjà le bâtiment militaire extérieur de la fin du XVIIIe siècle, et ou, par deux fois, en 1818 et en 1846, avait été proposée une tour-réduit carrée.

 La nouvelle batterie fut construite pour l’essentiel entre 1877 et 1879 sous l'autorité du chef du Génie Ernest Léon Alexandre Rousset, pour recevoir quatre canons, soit deux pièces de 24 cm modèle 1876 et deux  de 19 cm modèle 1878,  sur affûts G PC. L’état projeté et réalisé de l’ensemble est documenté  par un cahier d'attachements co-signé du capitaine du génie Morgey, en charge du projet, et de l'entrepreneur. L’épaulement de la nouvelle batterie, dite batterie haute, était parfaitement rectiligne, alignant face à l’ouest/nord-ouest les quatre emplacements de canons, séparés par trois grosses traverses-abri conformes aux normes de 1874 ; les pièces de 24cm étaient placées aux deux extrémités, dans une partie de parapet en terre reproduisant le plan semi-circulaire en tourelle de l’emplacement du canon et faisant saillie sur le revêtement droit intermédiaire.

[Plan de la batterie haute du Pharo et profil des traverses], 1877-1879.[Plan de la batterie haute du Pharo et profil des traverses], 1877-1879.

L’ancienne batterie, dite batterie basse était remaniée en épaississant et modifiant son parapet, adapté à un armement de quatre pièces (qui ne sera pas mis en place) les deux sections étant séparées et défilée par une grande traverse-abri. Le cahier d'attachements donne le détail des traverses avec abris casematés construits dans la batterie haute et la batterie basse.

Comme dans la plupart des autres batteries de côte de la place de Marseille réorganisées antérieurement selon les principes de 1846  (Niolon Bas, Corbière, Endoume, , Mangue, Cap de Croix)  la mise aux normes du réduit crénelé (intégrant le magasin à poudre), corps de garde ou, s’agissant du Pharo, une tour, comporta, pour renforcer sa résistance aux tirs ennemis, l’enveloppement de deux de ses côtés -les plus exposés- par un couloir casematé occupant l’ancien fossé, recouvert d’un fort rempart de terre profilé en glacis et débordant la hauteur du parapet crénelé.

Un état de l'armement des ouvrages permanents du littoral du secteur de Marseille au 1er juin 1898 montre que l’armement de la batterie de Pharo se limite aux quatre pièces de la batterie haute. Le commentaire indique que cette batterie était à transformer quand aux abris et aux parapets, et à pourvoir en outre d'un magasin à poudre sous caverne ou en béton de ciment17. Ces préconisations ne furent pas réalisées.

Un poste photo-électrique fut construit en 1902. Son abri de combat  est adossé à l’extérieur du revêtement semi-circulaire de la batterie basse, face à l’ouest, immédiatement en surplomb de la petite tour du phare ou feu de la Désirade (construite en 1880) ; il est accessible par une galerie souterraine en caverne partant de la section  gauche de la batterie basse et desservant au passage l’abri de jour en caverne. Compte tenu de l’étroitesse de l’escarpement rocheux en ce point, les bâtiments au service du poste, soit l’abri des machines avec logement de gardien, la citerne et le magasin à pétrole, ont été construits à l’est de la batterie et de l’ancienne tour-réduit crénelée type 1846, en léger contrebas de celle-ci. Un plan donnant l’état des lieux peu après la construction du poste 18 montre également les dispositions de la batterie basse vers 1904. On note qu’un petit magasin à poudre avait été construit à l’extrémité de la branche droite de cette batterie (ancienne batterie de mortier de 1695), et qu’un mur de fermeture à la gorge avait été construit de ce côté sud, au-dessus du chantier naval de l’anse du Pharo, et jusqu’à la contrescarpe du fossé de la tour-réduit crénelée. Une note du cahier d’attachement des travaux de 1877-1880 précise que ce mur a été construit à cette dernière date, mais la construction du magasin n’est pas documentée. Le même cahier d’attachement documente la construction du poste photo-électrique en 1902, mais, en 1905, aussi celle d’une nouvelle position de batterie extra-muros, en contrebas de l’extrémité nord de la batterie basse, sur le musoir du môle bordant le chantier naval. Cette nouvelle batterie de petit calibre, dite du musoir du Pharo, était armée, face au nord-ouest, de deux canons M de 47mm à tir rapide. Vers cette date, et en 1914, l’armement de la batterie du Pharo, soit exclusivement la batterie haute, était constitué de quatre canons de 19cm19. Après la guerre, elle est désarmée.

[Plan de la batterie basse du Pharo et de son poste photo-électrique],1908.[Plan de la batterie basse du Pharo et de son poste photo-électrique],1908.

La batterie allemande du Südwall, 1943-1944

En 1939, à la veille de l’entrée en guerre, la batterie du Pharo n’est plus armée d’artillerie de marine mais elle est le siège du poste de commandement de la DCA (défense contre aéronefs) du secteur de Marseille et fait l'objet de quelques travaux d'adaptation. L’occupation allemande et l’intégration des batteries de côte françaises au système défensif  du Südwall inclut la réutilisation de la batterie du Pharo, occupée dès janvier 1942, et réarmée à l’été 1943. L’artillerie mise en place par les allemands se compose de 4 pièces de 6,5cm S.K.C. (f) Mle 1902, d’une portée de tir de 9km,  installés dans les anciens emplacements des canons français de 19cm de la batterie haute. Ces emplacements sont toutefois adaptés en bétonnant leur cuve semi-circulaire et en y ajoutant à l’arrière un bâti abriant des soutes à munitions, selon un modèle codé Bh47a. L’armement inclut quelques pièces légères et un projecteur Siemens de 150cm. En novembre 1943, le personnel affecté à la batterie se compose d’un officier, 36 sous-officiers et 63 marins. Du fait de la forte exposition des pièces de 6,5cm aux bombardements aériens, la construction de quatre casemates du modèle-type R (regelbau) 671 est entreprise et menée à bien au printemps 1944, pour y installer ces pièces. Ces dispositions sont bien exprimées sur un plan français d’état des lieux après guerre.

[Plan de la batterie du Pharo avec repérage des ouvrages allemands Südwall], c. 1946.[Plan de la batterie du Pharo avec repérage des ouvrages allemands Südwall], c. 1946.

La première casemate (C.1, en partant de la gauche, soit du sud) est construite directement sur la première cuve de la batterie française, mais les trois suivantes sont implantées un peu en avant, sur un même axe à peu près nord-sud, et beaucoup plus espacées entre elles que les cuves de canons de la batterie de 1877-1880 réformées en 1943 (B.1-2-3), en sorte que la 4eme casemate (C.4) est construite à proximité immédiate de l’ancienne batterie basse et de sa tour-réduit type 1846. L’ensemble est complété d’un Leitstand ou poste de direction de tir télémétrique (A) placé entre les deux premières casemates et un peu en avant. Il semble que ce Leitstand ait été laissé inachevé, ou ruiné, ce qui expliquerait la présence d’un autre Leitstand plus petit est construit à la hâte, exactement au dessus, à gauche d’une des cuves réformées (B.1) de l’ancienne batterie. En juillet 1944, le personnel comportait 7 officiers, 35 sous-officiers et 125 marins, auxquels s’ajoutaient 1 officier, 11 sous-officiers et 24 soldats affectés à une section de défense antiaérienne composée de 3  pièces de 2cm Flak 30, et d’un projecteur de 60cm, installées sur des plates-formes ou cuves béton carrées construites sur le dessus des anciennes traverses-abri.

Une photographie aérienne de la partie centrale de la batterie allemande, prise en 1946, pour illustrer le rapport d’un français sur le mur de l’Atlantique et le Sudwall20, montre l’état des lieux après guerre. On y repère les deux premières casemates, les trois cuves antérieurement adaptées et désarmées, les fondations ou les ruines du Leitstand, et les plates-formes à l’usage de la défense antiaérienne sur le dessus des traverses-abri.

[Vue aérienne partielle de la batterie haute du Pharo], 1946[Vue aérienne partielle de la batterie haute du Pharo], 1946

Dès 1946, l'administration de la Marine française réinvestit le site de la batterie du Pharo et fit construire dans l'ancienne batterie basse délaissée, des bâtiments neufs pérennes à un niveau unique sous toit terrasse, dont un sur la branche droite de cette batterie, en supprimant un petit magasin à poudre, un autre sur la plate-forme de tour-réduit crénelée de 1861 avec aile contigüe. La comparaison de deux photographies aériennes, l'une de 1930, l'autre de 1947, montre ces changements. En 1976, les locaux ajoutés trente ans plus tôt au-dessus et à côté de la tour-réduit sont supprimés et de nouveaux bâtiments plus monumentaux à étages sont construits pour l'état-major sur la partie principale semi-circulaire de l'ancienne batterie basse, entrainant la démolition des parapets et de la grosse traverse-abri de 1879. La tour-réduit de 1860-1861 est affectée à des salles cours et à des magasins. L'abri des machines de l'ancien poste photo-éléctrique de 1902 a été démoli à la même période. La batterie haute de 1879 refondue en 1943-1944 n'a en revanche subi aucune modification depuis l'après guerre, hormis la démolition d'un barraquement en place à sa gorge en 1946, et a été laissée à l'abandon dans le périmètre militaire, à l'abri du vandalisme et des projets urbains. Les bâtiments de la batterie basse sont occupé aujourd'hui par la gendarmerie maritime et l'état-major et par le centre d'information des réserves de la Marine.

Montage photographique de deux vues aériennes obliques de la batterie basse du Pharo prises de l'ouest par l'IGN en 1930 et 1947.Montage photographique de deux vues aériennes obliques de la batterie basse du Pharo prises de l'ouest par l'IGN en 1930 et 1947.

II- Description

La batterie du Pharo se compose de deux grands sous-ensembles non dissociables, liés par une histoire topographique commune et continue. Il s'agit d'une part la batterie initiale de 1695 réorganisée en 1860-61 et en 1879, renommée alors "batterie basse", et complétée en 1902 d'un poste photo-électrique, d'autre part la "batterie haute" voisine, créée en 1878-1879 et transformée dans le cadre du Südwall en 1943-194421. Il convient en conséquence de traiter la description de l’ensemble dans un même dossier, tout en dissociant les sous-ensembles, exposés dans l’ordre chronologique de leur mise en place sur le site. On notera de façon préliminaire l'inégale conservation et d'intégrité de ces deux sous-ensembles dans l'état actuel. La batterie basse, occupée par les bâtiments administratifs de la Marine construits en 1946 et 1976, ne conserve que les revêtements des épaulements de son état 1695 et sa tour-réduit crénelée de 1861 remaniée en 1878, tandis que les ouvrages allemands 1943-1944 de la batterie haute sont intégralement conservés, à l'exception de leur armement et du second œuvre, avec les traverse-abri de la batterie de 1878-1879 intégrées dans l'ouvrage Südwall.

Batterie du Pharo, batterie basse vue générale prise du nord-nord-est Batterie du Pharo, batterie basse vue générale prise du nord-nord-est

L'épaulement principal de la batterie basse régnait à 19,40m, au-dessus du niveau de la mer, sa branche droite à 17, 25m, le point culminant de la batterie haute régnant à 33m. La batterie basse occupe la pointe rocheuse du Pharo qui fait saillie entre le large et l'anse du Pharo à l'est, aménagée chantier naval, elle-même refermée à l'est par l'avancée rocheuse portant le palais impérial du Pharo. La batterie haute, développée face au large (à l'ouest) dans un grand axe nord-sud, entre la batterie basse et l'anse des Catalans, est actuellement immédiatement bordée, à l'est de son chemin d'accès et hors mur de clôture, par un bâti dense à étages du dernier tiers du XXe siècle, accueillant d'une part le centre d'information et recrutement des forces armées, d'autre part les écoles primaires et maternelles du Pharo-Catalans. Au sud, la piscine des Catalans est contigüe au mur de clôture.

La "batterie basse"

Dans l'état actuel, le revêtement de l'épaulement de la batterie basse construite en 1695 est conservé sur une élévation moyenne de 3m pour la partie principale faisant face au nord-ouest, de plan en segment de cercle irrégulier large d'environ 50m et peu saillant, cette élévation variant de 4 à 5m pour la branche droite annexe à front rectiligne, arrondie en tête (ancienne batterie de mortier), fondée plus bas sur le rocher.

Batterie du Pharo, revetement de la batterie basse vue  du nord-ouest Batterie du Pharo, revetement de la batterie basse vue du nord-ouest

Les parements sont en blocage de moellons bruts sommairement calibrés, avec deux assises de réglage dans l'élévation pour la partie principale, et un bandeau de trois assises de pierres équarries et assisées à mi-hauteur de la branche droite. L'arase de ces revêtements est ruiniforme, les parapets en terre ont été dérasés, et remplacés par une terrasse qui, dans la partie principale accueillant les bâtiments de 1976, est bordée d'un mur en béton banché en retrait d'implantation du revêtement de 1695 dont il reproduit le plan curviligne. Le segment ou flanc gauche de ce revêtement ancien, plus haut fondé sur le rocher et de moindre élévation, est aujourd'hui partiellement reconstruit et revêtu d'un enduit couvrant. Dans la partie conservant son parement d'origine,  le revêtement est bordé à son pied par le chemin d'accès au petit phare dit feu de la Désirade, mis en place en 1880 et terminé en forme de pont ou digue d'accès.

A ce point précis du front curviligne de la batterie basse surplombant le phare, subsiste en saillie l'abri de combat du projecteur qui constitue l'unique vestige apparent de l'ancien poste photo-électrique de 1903. Desservi par un souterrain aujourd'hui inaccessible, ce abri de combat adopte le plan  en fer à cheval caractérisant ce type d'ouvrage et permettant l'ouverture d'une fenêtre panoramique sous le couvrement. Dans l'état actuel, cette fenêtre est condamné par un murage en maçonnerie de béton grossière de plan arrondi dégageant un créneau, qui semble avoir été réalisée en 1944 pour transformer l'abri désaffecté en poste de tir pour arme légère. La mise en œuvre de l'abri de 1903 est hétérogène : soubassement parementé en appareil polygonal en partie inférieure et en rocaillage au-dessus, dalle de couvrement en béton armé très épaisse actuellement feuilletée, avec petit rocaillage superficiel.

Batterie du Pharo, batterie basse, détail de l'abri de combat du poste photo-electrique vu  du nord-ouest Batterie du Pharo, batterie basse, détail de l'abri de combat du poste photo-electrique vu du nord-ouest

La tour-réduit crénelée n°1 type 1846, construite en 1861, est l'élément le mieux conservé de la batterie basse.

Batterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée type 1846 n°1 retouchée en 1878, face Est Batterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée type 1846 n°1 retouchée en 1878, face Est

Cependant, le bâtiment supprimé en 1976 qui avait été construit en 1946 en superstructure de l'ensemble de la tour et du couloir casematé de 1878 bordant et masquant ses côtés nord et ouest, a entrainé la destruction du parados en terre profilé en talus qui couvrait ce couloir.  Cet important rempart de terre disparu est aujourd'hui remplacé par une terrasse plus étroite bordée d'un mur d'appui en béton sur ces deux côtés, terrasse sous laquelle le couloir casematé de 1878 voûté en demi-berceau est conservé en place, divisé par un plancher intermédiaire en deux niveaux correspondant à ceux de la tour.

Batterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée, intérieur du couloir casematé de 1878 adossé au côté, nord, au niveau 2 Batterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée, intérieur du couloir casematé de 1878 adossé au côté, nord, au niveau 2

Les dimensions hors œuvre de la tour crénelée, 21,16m sur 15,97m,  sont sensiblement supérieures à celles du modèle-type 1846 n° 1 (18,59m sur 14,97m), pour adapter sa capacité de casernement à une garnison de plus de 60 hommes, servant un armement de 15 pièces d'artillerie. Hormis ce détail de dimensionnement, les aménagements sont conformes au modèle-type, comportant trois étages superposés, les deux premier casematés de même plan, (étage de soubassement au niveau du fossé et rez-de-chaussée), soit comportant chacun trois grandes casemates transversales et, au revers de la façade d'entrée (sud), trois petites casemates de culée, celle du centre correspondant à la porte ménagée au rez-de-chaussée.

Batterie du Pharo, batterie basse, plans tour réduit crénelée type 1846, 1977.Batterie du Pharo, batterie basse, plans tour réduit crénelée type 1846, 1977.

Le dernier niveau est constitué d'une plate-forme bordée de son parapet crénelé à deux bretèches par côté, qui n'est conservé que sur les deux côtés est et sud, celui des deux autres côtés ayant été dérasé à la suite des travaux de 1878 qui ont créé le couloir casematé adossé et le parados de terre aujourd'hui disparu. Les deux casemates de culée latérales intègrent chacune, symétriquement, en double emploi, une cage d'escalier en pierre desservant les trois niveaux. Dans les murs latéraux est et ouest, chacune des quatre travées de casemates (les  trois transversales initialement dévolues à des magasins) est percée d'un jour étroit à l'étage de soubassement, seul celui des casemates de culées avec escalier n'ayant pas été transformé en porte dans l'état actuel. Au second niveau ou rez-de-chaussée, ces mêmes quatre travées de casemates (les  trois transversales initialement dévolues au casernement) sont percées chacune, dans les mêmes murs latéraux, de deux créneaux à ébrasement extérieur à ressauts en trémie, le trumeau entre deux étant surmonté d'une fenêtre en demi-cercle, l'appui de plusieurs de ces fenêtres ayant été abaissé au XXe siècle jusqu'au niveau de celui des créneaux. Le mur de fond (nord), aveugle au niveau de soubassement, est percé au rez-de-chaussée de six créneaux du même modèle, en sorte que la troisième casemate de casernement de ce niveau desservait en tout dix créneaux. Ce mur de fond (nord) et le mur latéral ouest, inclus l'un comme l'autre après coup dans le couloir casematé enveloppant de 1878, sont dès l'origine (1861) plus épais que ceux des deux autres côtés, parce que plus exposés aux coups d'artillerie venus de la mer. Il en résulte que la trémie extérieure des créneaux y est plus profonde et comporte un plus grand nombre de ressauts que celle des créneaux du côté Est.

Batterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée, extérieur côté est, détail de créneaux, fenêtre et bretècheBatterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée, extérieur côté est, détail de créneaux, fenêtre et bretècheBatterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée, nord, détail d'un créneau à ébrasement à ressauts Batterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée, nord, détail d'un créneau à ébrasement à ressauts

Les deux côtés conservés du parapet comportent deux bretèches intactes chacune percée de trois petits créneaux et portant sur trois consoles, celles des côtés monolithes, en quart de rond, celle du centre à deux ressauts. Entre ces bretèches, le parapet comporte des créneaux, deux sur le petit côté sud, au-dessus de la porte de la tour, quatre sur le grand côté Est, encadrant, au centre, une embrasure pour obusiers. Au rez-de-chaussée, la façade d'entrée (sud), comporte, de chaque côté de la porte, sous les bretèches, une fenêtre couverte d'un arc plein-cintre résultant de la fusion a posteriori d'une fenêtre en demi-cercle et d'un créneau. La porte est conforme à celles du modèle-type de tous les réduits crénelés normatifs type 1846, soit une arcade d’entrée en pierre de taille appareillée couverte d'un arc plein-cintre, inscrite en retrait dans le tableau rectangulaire d’effacement du tablier du pont-levis, encadré d'un chambranle en pierre de taille. Cette porte dessert les casemates de casernement dans une circulation axiale en corridor traversant les murs de refend, après avoir traversé deux sas successifs avec arcade et vantaux intermédiaire.

Batterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée, extérieur côté sud, porte d'entrée, bretèches et mur de profil du parados Batterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée, extérieur côté sud, porte d'entrée, bretèches et mur de profil du parados

Les parements emploient la pierre blanche de Cassis, mise en œuvre en petit appareil à assises réglées pour le parement ordinaire, et la pierre de taille de plus grand gabarit pour les chaines d'angle, les encadrements des baies, les bretèches et les tablettes couvrant les arases. A gauche de la façade d'entrée et en retour d'angle droit, le mur de profil du parados ajouté en 1878, refermant la branche ouest du couloir casematé enveloppant, reproduit exactement la mise en œuvre des parements de la tour, y compris la tablette, horizontale dans sa partie raccordée à celle du parapet de la tour, puis rampante, ce qui produit une impression trompeuse d'unité de conception. En revanche, le second mur de profil du parados, qui referme la branche nord du couloir casematé enveloppant et s'aligne à la façade Est, est parementé en petit appareil polygonal rustique, avec encadrement en pierre de taille pour la porte d'accès au couloir et le jour qui la surmonte, couverts d'un arc surbaissé. La chronologie est donc plus claire de ce côté, bien que la tablette de couvrement prolonge sans discontinuité celle du parapet de la tour.

Batterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée, extérieur côté Est  et mur de profil du parados Batterie du Pharo, batterie basse, tour réduit crénelée, extérieur côté Est et mur de profil du parados

La "batterie haute"

            L'état actuel de la batterie haute du Pharo est avant tout représentatif de la batterie allemande Südwall de 1943-1944, très largement conservée dans un état indemne de vandalisme, mais cette transformation a maintenu en place l'essentiel de la structure des trois traverses-abri de la batterie française créée en 1877-1878. Ces traverses abri, dégradées en ce qui concerne leurs profils en terre, demeurent apparentes à la gorge de l'ouvrage, leur façade maçonnée s'ouvrant sur le chemin de ronde, transformée en aire de stationnement, qui borde l'ensemble à l'ouest et desservait les emplacements des canons.

Batterie du Pharo, batterie haute, façades de deux traverses-abri 1878 Batterie du Pharo, batterie haute, façades de deux traverses-abri 1878

La large façade des traverses, parementée en appareil polygonal irrégulier à joints épais tirés au fer, est percée d’une unique porte centrée donnant accès à l’abri soute casematé, porte encadrée en briques sous arc segmentaire à clef saillante a l’extrados, surmontée d'un créneau de jour. Les portes, encore munies d'un vantail métallique, conservent à l'extérieur les traces et restes de parapluies en tôle accrochés au mur. Les murs maçonnés au-dessus de la traverse et de sa façade appartiennent à des aménagements antiaériens allemands de la seconde guerre mondiale, celui de la traverse sud formant une cuve carrée bétonnée à ciel ouvert pour canon de 2cm Flak 30. La façade de la traverse nord, large de plus de 20m et infléchie d'un angle obtus, a conservé seule sa tablette de couvrement, construite en briques posés de champ. L'abri casematé des trois traverses, conforme au modèle usuel dans les années 1870-1880, est formée d’une salle principale rectangulaire (profonde de 6m pour 3m de large) voûtée en berceau, qu'un mur de refend cloisonne en prolongement d’une soute de même largeur. A l’entrée de la salle, les murs sont percés symétriquement de deux niches voûtées en berceau.

Batterie du Pharo, batterie haute, façade de la traverses-abri 1878 du nord Batterie du Pharo, batterie haute, façade de la traverses-abri 1878 du nord Batterie du Pharo, batterie haute, intérieur de l'abri casematé d'une des traverses-abri de 1878 Batterie du Pharo, batterie haute, intérieur de l'abri casematé d'une des traverses-abri de 1878

            Dans l'organisation d'ensemble de la batterie Südwall de 1943-1944, les trois traverses, dont deux (sud et centre) remaniées en superstructure pour la défense antiaérienne, alternent avec trois des quatre anciens emplacements des canons français de 19cm de la batterie de 1878 transformés par les allemands en 1943 pour recevoir les pièces de 6,5cm S.K.C. (f) Mle 1902.

Batterie du Pharo, batterie haute,vue générale aérienne de la batterie Sudwall prise de l'ouest Batterie du Pharo, batterie haute,vue générale aérienne de la batterie Sudwall prise de l'ouest

La cuve semi-circulaire de ces trois emplacements de tir réformés selon un modèle codé Bh47a (cotés B1-B2-B3 sur le plan français de la batterie après guerre) est adossée à l’arrière à un abri bétonné  de plan en Y formé d'une salle encadré de deux ailes symétriques divergentes de part et d'autre de la cuve pour les soutes à munition. Les quatre casemates actives du modèle-type R671 construites en 1944 (C1-C2-C3-C4 sur le plan français) pour abriter les quatre pièces de 6,5cm retirées des cuves de 1943, sont implantées en avant de ces cuves, plus ou moins en contrebas, et sont beaucoup plus espacées, la première seule (C1, à extrémité sud) ayant été construite directement sur la cuve de 1878 réformée en 1943. Les infrastructures du Leitstand  inachevé (A du plan français) sont encore en place entre les deux premières casemates sud (C1-C2) un peu plus bas sur le versant du terrain.

            Les trois cuves réformées en 1943 et leur abri, quelque peu délabrés du fait de leur abandon et de l'écorchement des parement en béton armé, conservent le socle de l'affût pivotant des canons, avec tiges filetées, et, pour celle du nord -B3- des guides de calage de la rotation (rail sur le mur de genouillère en arc de cercle de la cuve, tranchée semi-circulaire dans la cuve).

Batterie du Pharo, batterie haute, cuve nord et son abriBatterie du Pharo, batterie haute, cuve nord et son abri

Les abris et les soutes des cuves n'ont plus leur porte métallique. L'abri central, saillant de 3 pans sur la cuve, comporte une fenêtre d'axe et deux créneaux carrés. Il est couvert d'une dalle de béton armé simple et peu épaisse, et accessible depuis  l'arrière, par une porte latérale protégée d'un mur-écran à deux pans.

Batterie du Pharo, batterie haute, intérieur de l'abri de la cuve nordBatterie du Pharo, batterie haute, intérieur de l'abri de la cuve nordBatterie du Pharo, batterie haute, arrière et porte de l'abri de la cuve médiane Batterie du Pharo, batterie haute, arrière et porte de l'abri de la cuve médiane

Les deux premières cuves, sud (B1) et centrale (B2), n'ont pas de rail ou de tranchée de guide, mais leur mur de genouillère en arc de cercle comporte un camouflage sommaire en rocaille scellée en saillie sur le béton.

Batterie du Pharo, batterie haute, cuve sud, avec mur de genouillère rocaillé et soutes, vue du sudvBatterie du Pharo, batterie haute, cuve sud, avec mur de genouillère rocaillé et soutes, vue du sudv

 Immédiatement à côté de l'aile gauche à soute de la cuve sud est implanté un petit Leitstand  de construction sommaire, à niveau unique, vraisemblablement construit provisoirement en attente de l'achèvement de la batterie en 1944, et maintenu en place faute d'achèvement du Leitstand définitif. Sa fenêtre panoramique règne sur trois pans de tête, portant une épaisse dalle de couvrement en béton avec deux piliers intermédiaires, le mur d'appui étant construit en pavés de grès carrés de récupération.

Batterie du Pharo, batterie haute, petit Leitstand près de la cuve sud Batterie du Pharo, batterie haute, petit Leitstand près de la cuve sud

            Les quatre casemates R671 de 1944, mieux conservées que celles du même type des batteries de Corbière et de Fenouil, sont engagés sur le versant du terrain naturel et donc en partie fondée dans une excavation préalable du substrat rocheux qui ne laisse apparente en élévation que leur façade active, le dessus de leur dalle de couvrement et une partie de leurs flancs, bordée pour trois des quatre casemates (en partant du nord) de pierres coulantes bloquées tirées de l'excavation.

Batterie du Pharo, batterie haute, trois des quatre casemates allemandes R671, cuves et petit Leitstand, vues de la mer au nord-ouestBatterie du Pharo, batterie haute, trois des quatre casemates allemandes R671, cuves et petit Leitstand, vues de la mer au nord-ouest

La façade, arrondie aux angles, conforme au modèle-type, forme deux pans réunis en angle rentrant constituant l'embrasure, la partie centrale étant  réservée à l'ouverture de tir, large et partant du sol intérieur, encadrée de deux ébrasements à trois ressauts propres à faire ricocher les projectiles adverses. Une saignée horizontale réservée dans l'un des deux côtés de l'ébrasement à ressauts (gauche) aux deux tiers de la hauteur de l’ouverture correspond au logement du tube dans une position extrême de l’angle d’ouverture de tir à 135° prévu pour ce type de casemate. Le couvrement de l’ouverture proprement dit est une large visière à trois pans saillant sur un encorbellement de trois ressauts de même plan, dispositif également destiné à faire ricocher les projectiles.

Batterie du Pharo, batterie haute, casemate R671 sud , façade, embrasure et genouillère, vue frontaleBatterie du Pharo, batterie haute, casemate R671 sud , façade, embrasure et genouillère, vue frontale

Le parement de façade conserve en bon état l’enduit ciment modelé de camouflage imitant un appareil polygonal de pierre à joints ruban.

Batterie du Pharo, batterie haute, casemate R671 nord , façade, embrasure et genouillère, vue latéraleBatterie du Pharo, batterie haute, casemate R671 nord , façade, embrasure et genouillère, vue latérale

La base de l’embrasure centrale est bordée par un mur d'appui ou genouillère, de plan à trois pans a l'extérieur (où il est masqué par un glacis maçonné), en arc de cercle à l'intérieur. 

Batterie du Pharo, batterie haute, casemate R671 nord, intérieur chambre de tir avec affût et embrasureBatterie du Pharo, batterie haute, casemate R671 nord, intérieur chambre de tir avec affût et embrasure

L'affût pivotant en fonte du canon (modèle 1902), de fabrication française, est encore en place sur une sous-sellette en béton dans deux des casemates (nord et sud), mais il est dans un état de corrosion avancée. Un tube y a été placé pour évoquer symboliquement celui des canons disparus.  La chambre de tir, de plan évasé, est prolongée à l'arrière par un retrait plus étroit dont les côtés parallèles sont creusés symétriquement de niches à munitions et à grenades. 

Batterie du Pharo, batterie haute, casemate R671 nord, intérieur chambre de tir, porte d'entrée et nichesBatterie du Pharo, batterie haute, casemate R671 nord, intérieur chambre de tir, porte d'entrée et niches

L'ensemble est couvert d'un  plafond de poutrelles de fer jointives habillant et portant la dalle de couvrement en béton massif, épaisse de 2m. La porte est ménagée au centre du mur de fond de la casemate, avec quelques marches montant vers l'extérieur. La casemate nord, la plus proche de la batterie basse, a une gorge en partie dégagée du substrat rocheux dans lequel elle n'est pas complètement enfoncée. 

Batterie du Pharo, batterie haute, casemate R671 nord, tranchée d'accès à la porte d'entrée de la chambre de tirBatterie du Pharo, batterie haute, casemate R671 nord, tranchée d'accès à la porte d'entrée de la chambre de tir

Sa porte est desservie par une tranchée rectiligne taillée dans le roc en partant du chemin de ronde postérieur de la batterie, avec sol cimenté (intégrant une goulotte) et parois laissées brutes de déroquetage. Les trois autres casemates sont entièrement engagées par l'arrière dans le terrain, sans affleurement, en sorte que la porte d'entrée de leur chambre de tir n'est accessible depuis le chemin de ronde postérieur que par une galerie souterraine revêtue de béton banché, formant une voûte à trois pans, avec deux goulottes de fluides au sol, celle d'une des  deux casemates intermédiaires comportant près d'un coude en angle obtus une issue intermédiaire en puits vertical à échelons en fer.

Batterie du Pharo, batterie haute, galerie souterraine d'accès à l'une des casemates R671 médianes Batterie du Pharo, batterie haute, galerie souterraine d'accès à l'une des casemates R671 médianes Batterie du Pharo, batterie haute, galerie souterraine d'accès à l'une des casemates R671 médianes, puits d'issue verticale à échelonsBatterie du Pharo, batterie haute, galerie souterraine d'accès à l'une des casemates R671 médianes, puits d'issue verticale à échelons

L'accès d'un de ces souterrains part de la cuve la plus voisine, soit d'un point haut, ce qui donne lieu à un escalier couvert d'un plafond rampant, de même section que la galerie souterraine.

Batterie du Pharo, batterie haute, escalier d'accès à la galerie souterraine desservant une des casemates R671 médianesBatterie du Pharo, batterie haute, escalier d'accès à la galerie souterraine desservant une des casemates R671 médianes

            Outre les restes d'aménagements des positions de défense antiaérienne sur deux des anciennes traverses-abris, la batterie haute conserve des emplacement de défense rapprochée à l'arme légère de 1944, dont un poste de tir individuel ou Tobrouk proche de la tranchée d'accès à la casemate nord, mais du côté extérieur extérieure du chemin de ronde postérieur, en arrière du mur de clôture. Ce Tobrouk facilement accessible qui défendait les abords du côté du chantier naval est conforme au modèle-type.

Batterie du Pharo, batterie haute, intérieur d'un toubrouk à l'est du chemin de rondeBatterie du Pharo, batterie haute, intérieur d'un toubrouk à l'est du chemin de ronde

1MM de Viviers, de Ressons, Saint Louis et Cleron de Querdren, Projet des ouvrages que l'on a jugé nécessaires pour la seureté tant de la ville de Marseille que de ses rades, 27 septembre 1694. SHD Vincennes, 1VH1076, n° 142Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 16, p. 93Carte de la côte des rades de Marseille ou sont marquées les batteries pour inquiéter le bombardement, à Marseille, le 16 may 1695 Vincennes, SHD, Bibliothèque (ancien fonds Marine), fonds Nivard, Ms. 144 , n°414Plan des batteries de canons & de mortiers faites le long des costes de Marseille & des Isles (...), Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 21.5Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 336Plan de la baye et des rades de Marseille avec les batteries des canons et mortiers pour sa defance. SHD Vincennes, Bibliothèque (ancien fonds Marine), fonds Nivard, Ms. 1447Vincennes SHD, 1VH 1077, n° 55.8SHD Vincennes 1VH1079 n°19Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 1410Archives départementales des Bouches du Rhône 2 J 4, pl. n°1711Future anse des Catalans.12SHD Vincennes, 1VH 1080, plan du projet.13SHD Vincennes, 1VH 1084, n° 114SHD Vincennes, 1VH 108515SHD Vincennes, 1VH 108616SHD Vincennes, 1VH 108817SHD Vincennes, GR7N 191418Archives départementales des Bouches du Rhône, 2J2419SHD Vincennes, GR7N 191420Rapport Pinczon du Sel sur les installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949, SHD Vincennes, Marine, MV 2 DOC 7bis (photos pl. 113/VIII).21Un troisième sous-ensemble potentiel, la petite batterie du musoir de 1905, n'existe plus.
  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 17e siècle , daté par source
    • Secondaire : 4e quart 18e siècle , daté par source , (détruit)
    • Secondaire : 3e quart 19e siècle , daté par source
    • Principale : 4e quart 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 1er quart 20e siècle , daté par source
    • Principale : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
  • Auteur(s)

        La batterie du Pharo se compose de deux sous-ensembles complémentaires : la batterie basse, héritée de l’ouvrage de 1695, réorganisée en 1860-61 puis modifiée jusqu’au XXe siècle, et la batterie haute, construite entre 1877 et 1879 et remaniée par les Allemands en 1943-1944.

L’état de conservation est inégal : la batterie basse est aujourd’hui occupé par des bâtiments de 1946 et 1976, tandis que la batterie haute, abandonnée dans le périmètre militaire, reste dans un état remarquable d’intégrité.

Batterie basse

Située sur la pointe rocheuse du Pharo, à 19,40 m d’altitude (17,25 m pour la branche droite), elle conserve le revêtement de l’épaulement de 1695. Le parement en moellons bruts avec assises de réglage présente une élévation variant de 3 à 5 m. Les parapets en terre ont été arasés et remplacés par des terrassements et un arrière-mur en béton. À l’extrémité du front nord-ouest, en saillie sur le revêtement et surplomb immédiat du phare de la Désirade (1880), subsiste l’abri de combat pour projecteur, dernier vestige apparent du poste photo-électrique intégré de 1902. De plan en fer à cheval, cet abri présente un parement hétérogène associant appareil polygonal, rocaillage et béton armé.

L’élément le mieux conservé est la tour-réduit crénelée type 1846 n°1, construite en 1861, modifiée en 1878. Son plan rectangulaire (21,16 x 15,97 m), est plus grand que le modèle- type afin d’héberger une garnison de plus de 60 hommes pour 15 pièces d’artillerie. Il comprend trois niveaux superposés. Deux étages casematés voûtés en berceau, accueillaient magasins (au niveau de soubassement) et locaux de casernement (au rez-de-chaussée).

Chaque niveau comprend trois casemates transversales, séparées par des murs de refend percés d’un corridor central, et trois petites casemates de culée au revers de la façade d’entrée sud. La plate-forme supérieure est bordée de son parapet crénelé, conservé au sud et à l’est, avec bretèches, créneaux et embrasure centrale pour obusier, et arasé au nord et à l’ouest. Le parement, en pierre blanche de Cassis, est traité en petit appareil régulier pour les murs, et en pierre de taille pour les chaînes d’angle, encadrements de baies et bandeaux. La porte couverte en plein-cintre dans son tableau rectangulaire pour le pont-levis, est suivi d’un double sas, conformes aux normes de 1846.      

L’édifice est ceint au nord et à l’ouest par un couloir casematé enveloppant voûté en demi-berceau construit en 1878 pour protéger les côtés les plus exposés (vers la mer). Le haut parados en terre taluté qui couvrait ce couloir est remplacé par une terrasse bétonnée. Les deux murs de  profils de l’ancien parados, raccordés aux façades dégagées de la tour, n’ont pas la même mise en œuvre. Celui du nord est parementé en appareil polygonal rustique tranchant avec les parements de la tour, qui sont reproduits à l’identique dans celui de l’ouest, créant une impression trompeuse d’unité chronologique.

Batterie haute

Implantée à 33 m d’altitude, entre la batterie basse et l’anse des Catalans, la batterie haute telle que conçue entre 1877 et 1879 se compose d’un épaulement rectiligne, orienté ouest/nord-ouest, destiné à accueillir quatre canons de gros calibre séparés par trois traverses-abri qui en sont le seul vestige significatif dans l’état actuel, avec leur façade maçonnée en appareil polygonal et leur abri voûté en berceau. Trois des quatre anciens emplacements de tir sont conservés aujourd’hui dans leur état reconstruit en 1943, avec une cuve semi-circulaire du modèle type codé  Bh47a, adossée à un abri bétonné de plan en Y complété de deux branches symétriques intégrant des soutes à munitions.

Les quatre casemates R671, qui ont remplacé les cuves à ciel ouvert en 1944, sont implantées en avant, un peu plus bas sur le versant (sauf la première, au sud, superposée à la première cuve) selon un espacement plus lâche. Semi-enterrées dans le versant, elles n’exposent que leur façade active. Bien  conservées dans l’état actuel, elles se caractérisent par leur embrasure rentrante à ressauts, surmontée d’une visière en encorbellement, et par leur parement en enduit ciment imitant un appareil polygonal à joints ruban. La chambre de tir, encore équipée dans deux casemates de l’affût en fonte du canon de 6,5 cm, est prolongée à l’arrière par un vestibule décloisonné avec niches à munitions, le tout couvert de poutrelles métalliques jointives. L’accès par l’arrière est desservi pour la casemate nord par une tranchée taillée dans le roc, pour les autres par des galeries souterraines en béton banché, voûtées, avec goulottes au sol, certaines pourvues d’un puits vertical d’issue à échelons ou d’un escalier couvert. Un petit poste de direction de tir de construction rudimentaire, entre les deux premières casemates sud, semble avoir été établi provisoirement, en attente du Leitstand  définitif, commencé plus bas sur le versant et resté inabouti. Outre les installations principales, la batterie conserve des plates-formes de défense antiaériennes aménagées sur deux des traverses, et un petit  poste de tir servant à la défense rapprochée type tobrouk, à l’arrière  de la casemate nord,.                   

  • Murs
    • calcaire moellon
    • calcaire pierre de taille
    • béton béton armé
  • Toits
    pierre en couverture, béton en couverture
  • Couvrements
    • voûte en berceau
    • voûte en demi-berceau
  • Couvertures
    • terrasse
  • Escaliers
    • escalier intérieur : escalier tournant à retours en maçonnerie
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit
  • Typologies
    batterie ouverte
  • État de conservation
    désaffecté, vestiges
  • Statut de la propriété
    propriété de l'Etat, Commandement de la Marine à Marseille, CIRFA.
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections

  • Projet des ouvrages que l'on a jugé nécessaires pour la seureté tant de la ville de Marseille que de ses rades par MM. de Viviers, de Ressons, Saint Louis et Cleron de Querdren , 27 septembre 1694. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076, n° 14

  • Projet de Marseille, [mémoire de Vauban sur les fortifications], 11 avril 1701. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076, n° 33.

  • Mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et de ses dépendances par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 20 novembre 1816. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 16.

  • Atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat, 1818. Par Tournadre aîné. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4.

  • Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.

  • Etat estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour 1849, par Marie-Tranquille Lebas. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085.

  • Place de Marseille, mémoire sur les projets de 1860-1861, par Alexandre Guillemaut, février 1860. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1088.

  • Plan des batteries de canons & de mortiers faites le long des costes de Marseille & des Isles [...] pour la deffense de la Ville & de ses environs. / Dessin aquarellé, 1695. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076 n°21.

  • Plan et profils de la batterie du Pharo. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, planche de l'Atlas des batteries de côte de 1818. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4, pl. 17

  • [Plan du projet d'organisation de la batterie du Pharo]. / Dessin aquarellé par le capitaine Arcis, dirigé par LeBas, chef du génie, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1084, n° 1.

  • [Plan du projet d'organisation de la batterie du Pharo]. / Dessin aquarellé par le capitaine Schoennagel, dirigé par Lebas, chef du génie, 17 février 1849. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085.

  • [Plan de la batterie basse du Pharo et de son poste photo-électrique]. / Tirage, 1908. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 24.

  • [Plan de la batterie du Pharo avec repérage des ouvrages allemands Südwall ]. / Tirage, c. 1946. Publié en ligne par A. Chazette en 2007 sur sudwall.superforum.fr.

  • [Vue aérienne partielle de la batterie haute du Pharo]./ Photographie, 1946. Dans : "Catalogue général des constructions allemandes sur les côtes de France. Livres VIII et IX : installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949." / Yves Marie Fernand Pinczon du Sel. Service Historique de la Défense, Vincennes: Marine, MV 2 DOC 7bis (photos pl. 113/VIII).

  • [Vue aérienne oblique de Marseille, quartier des Catalans et Vieux Port, prise de l'ouest]. / Photographie,1931. Institut Géographique National, Saint-Mandé. <https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.371608&lat=43.289758&z=13.1&layer=pva&year=1931&mission=CF0A-2765>

  • [Vue aérienne oblique de Marseille, quartier des Catalans et Vieux Port, prise de l'ouest]. / Photographie, 1947. Institut Géographique National, Saint-Mandé. https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.363281&lat=43.288828&z=14.1&layer=pva&year=1946&mission=DUR000505>

  • CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009.

  • FRIJNS, Marco, MALCHAIR, Luc, MOULINS, Jean-Jacques, PUELINCKX, Jean. Index de la fortification française, Métropole et Outre-mer, 1874-1914. Welkenraedt : auto-édition, 2008.

Documents figurés

  • [Plan de la batterie haute du Pharo et profil des traverses]. / Dessin, feuille d'un cahier d'attachements, 1877-1879. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J18.

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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