Dossier d’œuvre architecture IA05001752 | Réalisé par
Aycard Julie (Contributeur)
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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  • enquête thématique régionale, Patrimoine religieux de Serre-Ponçon Guillestrois-Queyras
couvent de visitandines puis hôpital.
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
  • (c) Communauté de communes de Serre-Ponçon

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de Serre-Ponçon - Embrun
  • Commune Embrun
  • Lieu-dit
  • Adresse 2 rue du Séminaire
  • Cadastre 1812 D 547  ; 2023 AB 850
  • Dénominations
    couvent
  • Genre
    de visitandines
  • Destinations
    petit séminaire, hôpital

I- Historique

Installé à Embrun en 1625, le couvent de la Visitation fait partie de la première vague d’expansion de cet ordre créé en 1618 sous l’impulsion de Jeanne de Chantal et François de Sales. Le Roc d’Embrun offre alors aux religieuses un lieu qui incarne parfaitement la recommandation de s’implanter « sur une éminence pour profiter d’un air pur, doté d’un indispensable point d’eau pour la vie en autarcie et jouissant d’une belle vue ». Le nouvel établissement participe du renouveau monastique de la Contre-Réforme. Les religieuses y sont cloîtrées et leur vie est essentiellement dévouée à la prière. Elles n’ont aucune fonction hospitalière à l’exception du soin qu’elles prennent de leurs consoeurs âgées ou malades puisque l’ordre de la Visitation était ouvert à toutes les femmes, même celle que les autres couvents refusaient : les femmes âgées, veuves ou malades.

En comparaison avec les autres abbayes locales comme Boscodon (treize moines et six convers) ou le chapitre de la cathédrale (douze chanoines prébendés), la communauté du couvent de la Visitation est bien pourvue et compte, en 1791, vingt-et-une religieuses et six converses.

En 1725, elles reçoivent un don fait par une parente du marquis de Savines, gouverneur d’Embrun, qui leur permet de construire une nouvelle chapelle.

Après la Révolution, le Petit Séminaire d’Embrun est installé dans les anciens bâtiments du couvent. Il y restera jusqu’en 1905. Puis, le corps de logis accueille l’hôpital de la rue Pierre et Marie Curie dont les locaux originels ont été détruits par un incendie en 1911.

Depuis, l’hôpital a subi de très nombreux réaménagements et extensions qui ont entraîné la destruction de l’ancien corps de logis du couvent. Seule la chapelle a subsisté. 

 

II- Description

Intégrée dans les bâtiments de l’hôpital, l’église longe la rue avec laquelle elle communique au moyen d’un passage couvert. Sa façade n’est plus perceptible et son comble a été aménagé pour les besoins de l’hôpital. L'ensemble de ses murs intérieurs et extérieurs sont recouverts d'un enduit qui ne laisse pas percevoir la technique de construction. Sur son flanc sud, un jardin entouré de quatre galeries a été créé au cours d’un des chantiers d’agrandissement de l’hôpital.

L’église est accessible par deux portes. La porte principale à l’ouest est en arc légèrement surbaissé dont les retombées reposent sur des piédroits à chapiteaux moulurés. La porte sud est rectangulaire. Son encadrement en pierre de taille, sans ornements, fait un léger ressaut sur le mur. L’intrados de son linteau est légèrement incurvé en arc surbaissé.

Le mur nord de l’édifice est aveugle. Son mur sud est percé de larges et longues baies en arc plein cintre. Aucun décor n’y apparaît.

 

1- L'élévation intérieure

L’église possède un vaisseau unique divisé en une nef de trois travées et une travée de chœur. Celle-ci débouche sur une abside en cul-de-four. Les travées de la nef et du chœur sont voûtées d’un berceau en arc segmentaire (probablement lambrissé). Des dosserets et doubleaux factices rythment les travées. Ils se rejoignent à travers un bandeau mouluré imitant une corniche.

Le revers de la façade occidentale conserve deux petites baies en plein cintre qui perçaient jadis le pignon.

Dans la première travée de la nef, une tribune a été installée. Accrochée aux murs latéraux, elle est également soutenue par deux fines colonnes. Sa partie médiane s’avance en balcon. Une ancienne baie aujourd’hui murée est encore visible au débouché de l’escalier d’accès à la tribune..

Dans la travée droite du chœur, deux chapelles sont creusées dans l’épaisseur du mur et des autels secondaires y sont installés. Un macaron entouré de guirlandes florales peinte est sculpté au-dessus de la clef de l’arc triomphal de l’abside. C’est le seul ornement décoratif de l’église.

 

III- Analyse

 

1- Chapelle de l’hôpital ou chapelle du séminaire ?

Le réaménagement actuel rend difficile la lecture de l’église des Visitandines. En effet, les préceptes de l’ordre incitent les religieuses à rechercher la simplicité des formes et, en cela, à prendre modèle sur les Capucins. Les Visitandines d’Embrun ont vraisemblablement respecté ce conseil plus d’un siècle après la fondation de l’ordre.

Avec son vaisseau unique débouchant sur un cul-de-four, son décor limité à de minces dosserets, de faux doubleaux et une corniche, leur église correspond parfaitement à la simplicité des établissements capucins. Les autels secondaires du chœur, l’installation de la tribune et de boiseries et l’installation des stalles dans la nef sont, selon toute vraisemblance, des créations postérieures imputables à la présence du Petit Séminaire au 19e siècle.

Par ailleurs, la disparition de l’ensemble des bâtiments conventuels ne nous permet pas de savoir si, lors de la reconstruction de la chapelle, les Visitandines avaient conservé un double chœur comme cela existait dans de nombreux couvents, inspirés de l’architecture des Capucins. S’il a existé, le chœur des moniales a disparu.

 

2- La chapelle et la ville

A cause d’un tissu urbain très serré, les religieuses ne bénéficient pas, lors de leur implantation, de parcelles suffisantes pour bâtir un couvent type. Le plan relief d’Embrun conservé au musée de l’Armée est sans doute le dernier témoignage de la physionomie de l’ancien couvent des Visitandines d’Embrun. Il montre que le couvent, situé à la pointe ouest du Roc, est alors un bâtiment longitudinal avec une aile en retour le long de la falaise sud. La chapelle du couvent est, quant à elle, située à l’extrémité nord du corps de logis. Sa façade principale longe la rue : son chœur s’appuie donc sur le corps de logis permettant un accès facilité aux religieuses. Ce bâtiment est pourvu d’un niveau de grandes fenêtres et couvert d’un toit à croupe brisée. Le plan-relief permet donc d’analyser de quelle manière les Visitandines d’Embrun avaient bâti leur établissement au sein d’un tissu urbain resserré. En particulier, ce témoignage permet de constater qu’elles avaient conçu leur chapelle comme un élément structurant de la rue préférant y présenter une façade plutôt qu’un mur latéral, position qui aurait pourtant permis de placer d’orienter l’édifice. La façade réalisée est très simple : traitée en pignon elle est percée d’un portail rectangulaire surmontée d’une serlienne. Ce parti-pris semble directement inspiré de l’église des Capucins (référence documentaire IA05001735). Ce choix a sans doute été dicté par les préceptes de l’ordre qui incitent à s’inspirer des réalisations capucines. La façade de ce premier édifice dialogue avec son environnement, elle participe à l’ornement urbain comme cela est attendu durant la période post-tridentine. Elle illustre également la dualité de la vie des nonnes, cloîtrées mais également liées à la ville.

La construction de l’actuelle chapelle participe d’un autre projet. La chapelle ne regarde plus la rue, elle ouvre sur une ancienne sente devenue passage couvert. Elle sert à refermer l’espace conventuel et à le séparer de la rue. Contrairement à des édifices comme l’église de la Visitation de Montbrison dans lesquels l’architecture exulte un certain triomphalisme, la chapelle dresse sur Embrun une façade morne et sévère qui témoigne peut-être d’un manque d’argent mais reflète également la devise de l’ordre : « L’éclat des Filles de Sainte-Marie est d’être sans éclat et leur gloire est la petitesse ».

Unique vestige du couvent, la chapelle a été construite en 1750, 125 ans après l'installation des visitandines à Embrun. Financée par un don substantiel, elle remplace un édifice du 17e siècle. Après la Révolution, elle servira au Petit Séminaire d’Embrun, installé dans les anciens bâtiments du couvent de la Visitation ; puis, à l'hôpital à partir de 1911. Les bâtiments conventuels ont été démolis dans le courant du 20e siècle.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 18e siècle , daté par source
  • Dates
    • 1750, daté par source

De plan allongé, l'église est entièrement recouverte d'enduit. Elle est protégée par un toit à longs pans. Son vaisseau unique ouvre sur une abside en cul-de-four. Il est couvert d'une voûte en berceau segmentaire.

  • Murs
    • maçonnerie enduit
  • Plans
    plan allongé
  • Étages
    1 vaisseau
  • Couvrements
    • voûte en berceau segmentaire
    • cul-de-four
  • Couvertures
    • toit à longs pans
  • État de conservation
    vestiges
  • Techniques
    • peinture
  • Précision représentations

    L'église est peinte en gris et a conservé un décor peint : des guirlandes végétales qui soulignent l'arc triomphal qui sépare le chœur de la nef.

  • Statut de la propriété
    propriété d'un établissement public départemental, propriété de l'hôpital d'Embrun

Documents d'archives

  • Installation des religieuses de la Visitation de sainte Marie à Embrun, 1624-1641. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 8 H 1

  • Construction d'une église et de la clôture de l'enceinte des terrains du monastère, 1750-1751. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 8 H 4

Bibliographie

  • LECOMTE Laurent. Religieuses dans la ville : l’architecture des Visitandines. XVIIe et XVIIIe siècles. Paris : Éditions du Patrimoine, Centre des monuments nationaux, 2013, 302 p.

    p. 262-288.
  • LECOMTE Laurent. Les visitandines et « l’embellissement » des villes aux XVIIe-XVIIIe siècles. Dans : Histoire, économie & société, 2019/2 38e année. p. 60-69. Publication en ligne : <https://doi.org/10.3917/hes.192.0060>, le 18/10/2023.

Documents figurés

  • Plan relief d'Embrun, 1701. / Maquette, sous la direction de Nicolas de Nézot, 1/600e, 3,43 x 3,37 m., bois, papier, soie, métal, peinture. Musée des Plans reliefs, Paris.

  • Plan cadastral de la commune d'Embrun,1812 / Dessin à l'encre et lavis sur papier par Kirwan Auguste, ingénieur-vérificateur et Allec Aîné, géomètre du cadastre. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 499.

    section D, 1ère feuille, parcelle 547.
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
(c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
Aycard Julie
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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