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Quartier juif dit juiverie ou carrière

Dossier IA84001087 réalisé en 2018

Fiche

Œuvres contenues

Présence médiévale juive à L'Isle

Attestée pour la première fois en 1268, lors de l'enquête domaniale d'Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse, la population juive l'isloise ne comprend alors que trois feux. Six ans plus tard, L'Isle-sur-la-Sorgue et l'ensemble du Comtat Venaissin sont sous tutelle pontificale. Contrairement au royaume de France, la présence juive y sera interrompue durant tout l'Ancien Régime, excepté durant les expulsions temporaires de 1322-1343 et vraisemblablement de 1569-1570. En 1414, douze feux juifs sont dénombrés sur l'ensemble de la commune. Une synagogue est mentionnée en 1490, près de l'ancienne porte d'Avignon, au sud de la ville, mais en 1523, une autorisation de construction d'une synagogue par l'évêque de Cavaillon indiquerait un déplacement.

Plan de masse et de situation d'après le cadastre de L'Isle-sur-la-Sorgue, 1828 (section N). Echelle d'origine 1/1250.Plan de masse et de situation d'après le cadastre de L'Isle-sur-la-Sorgue, 1828 (section N). Echelle d'origine 1/1250.

La juiverie ou carrière juive de 1624 à 1791

Les communautés de Cavaillon et de L'Isle-sur-la-Sorgue sont gérées par les mêmes bailons (administrateurs) et les mêmes escamot (règlements). A L'Isle-sur-la-Sorgue, une synagogue est érigée au sud de l'actuelle place de la Juiverie en 1527, emplacement qu'elle conservera jusqu'au milieu du 19e siècle.

En 1624, Urbain VIII impose aux Juifs la mise en carrière dans quatre villes de l'actuel Vaucluse : Avignon, Cavaillon, Carpentras et L'Isle-sur-la-Sorgue. Les Juifs sont donc contraints de se regrouper dans un quartier clos, souvent composé d'une seule rue. A L'Isle, le Petit Portal et le Grand Portal, portails fermés la nuit, clôturent le quartier ainsi formé et organisé autour d'une place centrale assez vaste. L'habitat gagne en hauteur, les passages sous-voûtes se multiplient. Toutefois, la densité de population n'atteint pas celle des trois autres carrières. La juiverie de L'Isle est la plus étendue et la moins densément peuplée : moins de 150 personnes furent recensées en 1677.

Entrée nord-ouest de la juiverie, rue Alfred de Musset (localisation du Petit Portal).Entrée nord-ouest de la juiverie, rue Alfred de Musset (localisation du Petit Portal).Rue Louis Lopez, ancienne rue Hébraïque (localisation du Grand Portal).Rue Louis Lopez, ancienne rue Hébraïque (localisation du Grand Portal).Emplacement d'un ancien passage, le passage Jacob.Emplacement d'un ancien passage, le passage Jacob.

Au 18e siècle, une frange de la population juive s'enrichit très notablement grâce au maquignonnage et au commerce de la soie, jusqu'à acquérir le niveau de richesse des couches les plus aisées de la population chrétienne et devenir une importante actrice économique. Les constructions ou reconstructions au sein de la carrière sont nombreuses, les achats de propriété en limite de carrière s'obtiennent par dérogations monnayées. Si les améliorations concernent l'habitat privé, l'équipement communautaire n'est pas en reste. En 1758, le pavement de la carrière est refait afin d'offrir un meilleur drainage des eaux de pluie. L'équipement cultuel est renforcé par de nouveaux bains rituels (à ce jour non localisés) et la synagogue connait un grand chantier de reconstruction à partir de 1759. D'une hauteur de 12 mètres, sa typologie est voisine de celle des autres synagogues connues du Comtat, disposant notamment d'une terrasse, d'un rez-de-chaussée accueillant les femmes et dans la salle de prière des hommes, d'une tribune desservie par deux escaliers. Esprit-Joseph Brun accuse réception des travaux de l'entrepreneur Joseph Marie, en 1775. Jean-Baptiste Franque, architecte de la synagogue d'Avignon, allié de la famille Brun, dessine les garde-corps en ferronnerie et un lavoir proche. La synagogue est dotée d'une très riche décoration intérieure et de pièces annexes, notamment d'un four et de logements pour les visiteurs de passage. La communauté possède plusieurs puits, utilisés en échange de droits d'eau et bénéficie d'un emplacement spécifique dans l’abattoir de la ville.

En parallèle à l'enrichissement de la population juive, les mesures ségrégationnistes sont renforcées par les autorités : entre 1777 et 1779, le projet de clôturer la carrière du côté de la rue Reboutade est fomenté. Les Juifs les plus riches, appelés hors la carrière pour leurs négoces et y déplorant les conditions d'existence, émigrèrent discrètement. A la veille de la Révolution, la carrière comptait 300 à 400 personnes. Le 14 septembre 1791, le Comtat devient français et le 13 novembre de la même année, après ratification de Louis XVI, les Juifs bénéficient des droits des citoyens français.

La juiverie après la révolution française

L'Isle-sur-la-Sorgue, ralliée au Fédéralisme, est assiégée par les troupes de la Convention en 1793. Le quartier de la Porte-d'Avignon particulièrement touché est situé à proximité immédiate de la juiverie, qui pâtit autant des tirs de canons que du pillage des matériaux réutilisables. En 1795, la population juive de L'Isle est de 102 personnes et chute encore de moitié quarante ans plus tard. Nombreuses seront les masures détruites dans le réaménagement progressif du quartier à partir de 1802. Au début du 19e siècle, l'actuelle place de la juiverie est dénommée place au Bois. Le sud de la place au Bois est dégagé. La synagogue, ruinée lors des événements révolutionnaires, désaffectée et utilisée comme entrepôt, est démolie en 1857 par arrêté municipal. Les remises aujourd'hui présentes sur le site pourraient masquer les murs de pièces secondaires.

Emplacement de l'ancienne synagogue, vu depuis le nord.Emplacement de l'ancienne synagogue, vu depuis le nord.Emplacement de l'ancienne synagogue, vu depuis l'ouest.Emplacement de l'ancienne synagogue, vu depuis l'ouest.

Vestiges archéologiques et projets

L'actuelle place de la Juiverie est largement occupée par une aire de stationnement ; son bâti a été largement reconstruit. Sis dans une impasse, l'immeuble Beaucaire (Référence du dossier : IA84001089), en partie racheté par la municipalité, est en cours d'inscription partielle au titre des Monuments historiques : son plan en U, conçu par un architecte renommé, adaptation aux contraintes architecturales des carrières, en fait un témoin remarquable des mesures ségrégationnistes d'Ancien Régime. La recherche de bains rituels est en cours. Les archives en signalent deux : l'un privé dont le prix-fait est rédigé en 1709 (quittance du 16 janvier 1710), l'autre communautaire mandé en 1744. A l'emplacement de l'ancienne synagogue, se dresse une remise que la Direction du Patrimoine de L'Isle-sur-la-Sorgue souhaite détruire pour permettre des fouilles et dégager un immeuble du 18e siècle ayant appartenu à la famille Abram. A trois kilomètres de là, le cimetière de la communauté juive (Référence du dossier : IA84001088), désormais municipal, est fermé aux visites.

Façade de l'immeuble Beaucaire.Façade de l'immeuble Beaucaire.Vue actuelle de la place de la Juiverie.Vue actuelle de la place de la Juiverie.Vue générale de la façade de l'immeuble de la famille Abram, situé au sud-est de la carrière.Vue générale de la façade de l'immeuble de la famille Abram, situé au sud-est de la carrière.

Précision dénominationquartier juif
carrière
Appellationsjuiverie
Dénominationsquartier
Aire d'étude et cantonIsle-sur-la-Sorgue (L') - L'Isle-sur-la-Sorgue
AdresseCommune : L'Isle-sur-la-Sorgue
Adresse : place de la
Juiverie
Cadastre : 1828 N ; 2020 CP

Mise en place par la volonté du pape Urbain VIII en 1624, la juiverie de L'Isle-sur-la-Sorgue compte parmi les quatre résidences obligatoires des Juifs en Avignon et dans le Comtat Venaissin durant l'Ancien Régime. En 1775, les travaux de reconstruction de sa synagogue, élément central de la communauté, sont réceptionnés par l'architecte l'Islois Esprit-Joseph Brun, qui bénéficia du concours de l'entrepreneur Joseph Marie et de l'architecte Jean-Baptiste Franque. Un décret de l'Assemblée nationale en date du 21 septembre 1791 accorda aux Juifs les droits des citoyens français. La juiverie fut progressivement démantelée par les destructions révolutionnaires (qui conduisirent au pillage des matériaux réutilisables) et par le départ progressif de ses habitants.

Période(s)Principale : 1er quart 17e siècle , daté par travaux historiques
Dates1624, daté par travaux historiques
Auteur(s)Auteur : Brun Esprit-Joseph , dit(e)
Brun Esprit-Joseph , dit(e) (1710 - 1802)

Esprit-Joseph Brun, dit Brun cadet, architecte né à L'Isle-sur-la-Sorgue (84).


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maître de l'oeuvre attribution par source
Auteur : Joseph Marie
Joseph Marie

Entrepreneur en maçonnerie ayant concouru au chantier de la synagogue de L'Isle-sur-la-Sorgue dans le troisième quart du 18e siècle.


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entrepreneur de maçonnerie attribution par source
Auteur : Franque Jean-Baptiste
Franque Jean-Baptiste (1683 - 1758)

Architecte avignonnais auteur de nombreux édifices à Avignon et alentour : musée Calvet et hôtel de Caumont à Avignon, palais épiscopal de Viviers. Il a travaillé avec ses deux fils, François et Jean-Pierre, architectes également.


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dessinateur attribution par source

La juiverie de L'Isle-sur-la-Sorgue est située dans le quart sud-ouest de la ville et s'étend sur approximativement 5 850 mètres carrés. Elle admet pour centre l'actuelle place de la Juiverie, délimitée par la rue des Trois-Coins et la rue de l'Hôtel-de-Ville au nord et par les rues Reboutade et Carnot, au sud.

Murspierre enduit partiel
bois
État de conservationinégal suivant les parties
Statut de la propriétépropriété d'une personne privée
propriété de la commune

Annexes

  • Prix-fait de construction d'un bain rituel privé à L'Isle-sur-la-Sorgue (26 août 1709).

    Transcription d'Elisabeth Sauze. Archives départementales de Vaucluse : 3 E 37/447, fol. 134

    L'an (...) Mossé de Beaucaire, juif de cette ville de L'Isle (...) a bailé et baille à prix-fait aux maîtres Joseph et Louis Dispicho et Louis Jacosent, maçons du dit L'Isle... :

    Primo de faire à leurs dépends un cabussadou ou baignoir de femmes dans le membre bas de la maison que le dit Mossé a acquis de M. Pierre Normand ; lequel cabussadou les dits frères promettent de faire de douze pans de profondeur, de dix pans de longueur et de trois pans et demi de large.

    Plus de faire un escalier avec des marches de pierre de taille de l'épaisseur d'un pan moins quart ou environ tout d'une pièce, c'est-à-dire chaque marche, pour descendre dans le dit membre bas jusqu'au plus profond du dit baignoir avec le talus nécessaire.

    Plus que toutes les murailles du dit baignoir seront de bonnes et belles pierres de taille bien jointes et unies et bâties.

    Plus que les maçons mettront dans le fond du dit baignoir du gravier de Vellorgues qui se trouvera nécessaire pour couvrir tout le fond.

    Plus que les maçons seront tenus de creuser la terre pour faire le bagnadou et de sortir la terre hors de la maison du dit juif à la rue publique.

    Plus que les dits maçons seront tenus de faire un trou à leurs dépens à la muraille maîtresse et de le rebâtir et refermer de même pour faire sortir l'eau qu'on tirera du dit baignoir quand on le creusera.

    Plus que les dits maçons seront tenus comme promettent de couvrir de pierres de taille le dit baignoir à la présence d'une ouverture de six pans et demi qu'ils laisseront pour pouvoir descendre et entrer commodément dans le dit baignoir.

    Plus que les dits maçons seront tenus comme promettent à leurs dépends de fournir toutes et chacune les pierres de taille, gravier, chaux, sable et autres matérieux nécessaires pour tout le dit ouvrage, lequel les maçons promettent avoir fait, parfait, parachevé et trouvé recevable par tout le mois prochain venant et de faire place nette dans le même temps, à peine de tous dépends, dommages et intérêts.

    Le prix-fait pour et moyennant le prix et somme universelle de soixante livres de bons patas, laquelle somme le dit juif a promis et promet payer aux dits maçons (...).

Références documentaires

Documents d'archives
  • Prix-fait de construction d'un bain rituel privé à L'Isle-sur-la-Sorgue. Dans minutes de Me Noureau, notaire à L'Isle-sur-la-Sorgue, 1709. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : 3 E 37/447.

    Fol. 134, 26 août 1709
  • JOURDAN, Blandine. Dossier de protection : L'Isle-sur-la-Sorgue. Immeuble de rapport dit maison Beaucaire. Octobre 2019. Direction régionale des affaires culturelles de Provence-Alpes-Côte d’Azur, Conservation régionale des Monuments historiques, Aix-en-Provence : non coté.

Documents figurés
  • Plan cadastral de la commune de L'Isle-sur-la-Sorgue. / Dessin à l'encre sur papier par Guillon, géomètre en chef du cadastre, 1827-1828. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : 3 P 2-054/1 à 3 P 2-054/30.

    3 P 2-054/30
  • Plan de la ville de L'isle en 1793 reconstituée d'après les documents de l'époque. Sans date. Bibliothèque municipale, Avignon : Est. Fol. 206/77.

  • [Plan d'alignement]. 1820. Archives communales, L'Isle-sur-la-Sorgue : non coté.

  • [Plan de masse et de situation de la synagogue en 1834] / Dessin à l'encre sur papier, 1834 dans "Pièces sur L'Isle" / Joseph de Joannis. Musée Arbaud, Aix-en-Provence : MQ 685.

    8 avril 1834
  • [Plan de masse et de situation de la synagogue de L'Isle-sur-la-Sorgue en 1857.] / Dessin à l'encre sur papier, 1857. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : 2 O 54-12.

  • / Dessin à l'encre sur papier par Auguste Cournaud, géomètre du cadastre, 1828, annoté par Roselyne Anziani, 2018, dans "La juiverie de L'Isle, 1791-1828" / Roselyne Anziani, édité à compte d'auteur, 2018.

  • L'Isle-sur-la-Sorgue, ancienne carrière. / Dessin numérique d'après le cadastre rénové par la Direction du patrimoine de L'isle-sur-la-Sorgue, 2016. Archives communales, L'Isle-sur-la-Sorgue : sans cote.

Bibliographie
  • MOULINAS, René. Les Juifs de L'Isle-sur-la-Sorgue au 18e siècle. Dans : Troisième journée d'études vaudoises et historiques du Lubéron. Association d'études vaudoises et historiques du Lubéron, 1979.

  • ANZIANI, Roselyne. La juiverie de L'Isle, 1791-1828. Édité à compte d'auteur, 2018.

  • BARROU Pascal, GUYONNET François, LAVERGNE David. L'Isle-sur-la-Sorgue, enquête archéologique : la place de la Juiverie. Dans : Bilan scientifique du Service Régional d'Archéologie, 2011, p. 217-218.

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Bonan Aurélie
Bonan Aurélie

Chercheur Inventaire.


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