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Présentation de l'aire d'étude de Menton

Dossier IA06002797 réalisé en 2016

Fiche

Œuvres contenues

Une frange littorale à l'abri d'un cirque de montagnes

La commune de Menton est située à l’extrême sud-est de la France, à la frontière italienne. Son territoire est très accidenté. L’altitude passe du niveau de la mer à 746 mètres au mont Carpano, le point culminant, sur la frontière. Le territoire comprend une étroite plaine côtière constituée par les apports d’alluvions de quatre petits fleuves au régime torrentiel, grossissant avec les pluies, le Gorbio qui assure la démarcation avec la commune voisine de Roquebrune-Cap-Martin, le Borrigo, le Careï et le Fossan. Ces torrents empruntent de profondes vallées orientées nord-sud, entaillant des collines aux versants abrupts dominant la mer et la ville. Au nord, bien qu’extérieur aux limites de la commune, un cirque de montagnes élevées, entre 800 et 1300 mètres, constitue l’arrière-plan paysager de la ville, cime de Gorbio, montagne de Sainte-Agnès, cime du Baudon, pointe de la Penna. Le long de la frontière, une succession de sommets et barres rocheuses constitue un rempart naturel à environ 1 100 mètres d’altitude : cime de Restaud, Roc de l’Orméa. Les falaises escarpées des Rochers rouges tombent à pic dans la mer rendant difficile le passage entre la France et l’Italie.

La vieille ville avec la basilique Saint-Michel et le musée Jean-Cocteau. A l'arrière plan, le hameau perché de Mortola Superiore, en Italie.La vieille ville avec la basilique Saint-Michel et le musée Jean-Cocteau. A l'arrière plan, le hameau perché de Mortola Superiore, en Italie.

La côte est orientée au sud-est. Elle forme deux baies très ouvertes, comprises entre le cap Martin au sud et la pointe de la Mortola, au nord-est, séparées par un promontoire rocheux, le cap Saint-Sébastien. C’est une côte qui a été entièrement redessinée et régularisée avec l’aménagement de plages artificielles, d’espaces gagnés sur la mer et de ports.

La vieille ville. A l'arrière plan, le roc de l'Orméa, la cime de Restaud et la crête formant la frontière italienne.La vieille ville. A l'arrière plan, le roc de l'Orméa, la cime de Restaud et la crête formant la frontière italienne.

L’exposition au sud-est et la position abritée par les hauts sommets de l’arrière-pays qui barrent le passage aux vents du nord et par les falaises de l’est qui assurent la réverbération des rayons du soleil, confèrent à la station un climat particulièrement doux et ensoleillé l’hiver, avec des températures moyennes comprises entre 8 et 14 degrés. Les reliefs qui arrêtent les nuages d’évaporation permettent un bon taux d’humidité l’été, un climat quasiment subtropical favorisant la création de jardins d’acclimatation d’un intérêt majeur. Ce sont les seuls lieux en France où poussent des espèces qui ne peuvent, sous nos latitudes, être obtenues qu’en serre.

De la Préhistoire au rattachement à la France : bref survol historique

Ce territoire est très anciennement peuplé comme en témoignent les nombreux sites paléolithiques mis au jour autour de Nice et de la frontière italienne. A Menton, la sépulture de la dame du Cavillon (- 24 000 ans) découverte en 1872 en est un exemple majeur.

Dans l’Antiquité, la Via Julia Augusta, qui reliait la colonie militaire de Placentia (Plaisance) en Emilie-Romagne à Cimiez, sur les hauteurs de Nice, passait par l’actuelle frontière italienne, longeait le bord de mer avant de s’élever jusqu’à La Turbie où fut édifié le trophée d’Auguste (6 av. J.-C.), monument en l’honneur de la victoire du futur empereur sur les peuples des Alpes.

Monument commémoratif du rattachement de Menton à la France, par Denys Pierre Puech, 1896.Monument commémoratif du rattachement de Menton à la France, par Denys Pierre Puech, 1896.Au Moyen-Age, une première implantation, l’oppidum de Puypin, où se trouve maintenant le monastère de l’Annonciade, est délaissée vers le milieu du XIIIe siècle au profit d’un site plus proche de la mer, au sommet d’un éperon dominant à 77 mètres l’ancienne voie romaine. C’est le site du cimetière du Vieux Château. Le château entouré de maisons construites sur le rocher est le siège d’une seigneurie domaniale appartenant à la famille génoise des Vento. En 1346, les Vento vendent la seigneurie de Menton à Charles Grimaldi, seigneur de Monaco. Elle suit alors le destin de la Principauté sous protectorat espagnol (1524) puis français (1641). En 1793, la Principauté est annexée à la France jusqu’à la chute de l’Empire. En 1848, Menton et Roquebrune font sécession et se proclament « villes libres » sous protection du royaume de Sardaigne. Après un retour à la Principauté, elles sont définitivement rattachées à la France par le traité de Paris du 2 février 1861 où elles rejoignent le département des Alpes-Maritimes avec le comté de Nice annexé en 1860.

Du village perché à la ville du XVIIIe siècle

La vieille ville de Menton.La vieille ville de Menton.Au Moyen-Age et jusqu’au début du XVIIe siècle, la ville s’étage sur le flanc est de la colline du château, opérant un glissement vers le bord de mer, ces évolutions étant concrétisées par la construction d’une première enceinte (milieu XIIIe siècle), puis d’une seconde (2e moitié XIVe siècle). Les ruelles sont étroites, très pentues, jalonnées de marches et de passages voutés. La rue Longue, qui suit le trajet de la Via Julia Augusta, est le grand axe de circulation et de commerce. La rue ouvre sur deux portes, la porte Saint-Julien, au nord et la porte Saint-Antoine, au sud. Les élévations arrière des maisons du côté est de la rue sont directement au ras de l'eau. La bourgade compte 800 habitants au début du 16e siècle.

Le règne d’Honoré II, entre 1604 et 1662, qui érige la seigneurie de Monaco en principauté en 1612, est une période faste du point de vue administratif et économique, qui se traduit par un développement urbain en direction du sud. C’est le début des cultures d’exportation, agrumiculture, oléiculture, avec leurs corollaires le négoce et le cabotage. En 1618, la rue Neuve (actuelle rue de Bréa) est tracée pour relier le couvent de capucins (maintenant chapelle de pénitents noirs) à la ville. La première pierre de la nouvelle église Saint-Michel est posée en 1619 à l’emplacement d’un édifice plus ancien. Le Bastion, redoute en position avancée, est construit sur un rocher en face du cap Saint-Sébastien, entre 1619 et 1639. Un faubourg de pêcheurs se développe sur le cap autour d’une chapelle et d’une place. Sur la rue Longue, des hôtels particuliers sont édifiés ou embellis, maison Bottini (1633), hôtel Pretti (1649) ou nouveau palais des princes (1650) qui abandonnent le vieux château sur la colline. La ville compte 1700 habitants en 1700.

La tendance se poursuit au XVIIIe siècle, l’extension continuant au sud-ouest jusqu’au lit du Fossan avec la première partie de la rue Saint-Michel. C’est un quartier dont l’activité tourne autour du commerce (négociants, banquiers, tonneliers fabriquant les contenants pour l’exportation des citrons), où sont construites les demeures des élites de l’administration princière : Hôtel d’Adhémar de Lantagnac (milieu 18e siècle), Palais Trenca de Monléon (1780). C’est alors le centre de la cité, lieu du pouvoir économique et politique.

Passé le Fossan, quelques maisons éparses au milieu de jardins et de vergers de citronniers et d'orangers, sont construites le long du Grand chemin de Nice à Menton, à l’arrière de plages de sable ou de gravier. Au nord-est, l'agglomération ne dépasse pas la porte Saint-Julien. Au-delà, ce sont des champs d'oliviers qui s'étendent le long de la grève, le chemin de Menton à Vintimille empruntant le trajet en retrait de l’actuelle avenue Laurenti. La côte au niveau du quai Bonaparte est rocheuse, il n'y a pas de passage.

La séparation entre la ville haute, celle du peuple, des « autochtones », et la ville basse, de la bourgeoisie et de la noblesse puis des « étrangers », ainsi que l’évolution presque exclusive de la ville vers l’ouest reste une constante pendant tout le XIXe siècle et le début du XXe siècle, au moment où se développe la station de villégiature.

La population est de 3 060 habitants au recensement de 1793. Elle est d’environ 4 850 habitants en 1859.

L’agrumiculture

Citronniers.Citronniers.La production d’agrumes, et principalement de citrons, est au cœur de l’économie de Menton du XVIIe siècle jusqu’à l’avènement du tourisme. Elle continue à marquer fortement l’identité de la station et donc à participer à l’attrait qu’elle exerce auprès des visiteurs. Cette particularité est mise en valeur avec la fête du citron, créée par les hôteliers au début des années 1930 afin de continuer à animer la ville pendant l’hiver. Elle a lieu tous les ans en février-mars.

Au Moyen-Age, les ressources de la communauté sont la pêche, l’élevage ovin et caprin et une agriculture essentiellement tournée vers l'autoconsommation et l'économie de subsistance. On retrouve les productions typiques des régions méditerranéennes, céréales, figues, raisins, olives. La production de citrons, destinés à être commercialisés et exportés vers les cours seigneuriales d’Europe, commence vers la fin du XVe siècle et confirme son importance dans la deuxième moitié du XVIIe siècle où apparaissent les premiers textes réglementant la culture et le commerce : calibrage, courtage, fixation des prix, taxation… Elle est à la base d’une économie induite faisant vivre courtiers, exportateurs, armateurs de bateaux pratiquant le cabotage, fabriquant de tonneaux-conteneurs… L’âge d’or se situe dans les années 1740-1840. Certaines variétés cultivées ici produisent toute l’année. Malgré quelques grandes propriétés, comme celle de Jérôme Monléon qui en 1810 produit 15 millions de citrons, les exploitations sont nombreuses et modestes. Ce sont de petits jardins épars dans la campagne et aux abords immédiats de la ville comme on peut le voir sur le plan parcellaire levé en 1800-1814 où, par exemple, ce qui va devenir la place aux Herbes est alors planté de citronniers.

La crise de l’agrumiculture commence dans les années 1850 avec une série de gels et des conditions de production peu adaptées à la modernité. Les surfaces sont morcelées et les techniques n’ont pas évolué. Menton ne dispose pas de port permettant d’exporter en grosses quantités et les armateurs vont lui préférer l’Italie ou l’Espagne où les fruits sont par ailleurs moins chers. Le développement de la villégiature, par la spéculation foncière qu’il induit, achève de ruiner cette production. La station et les villas se construisent dans les anciennes citronnerais et les Mentonnais se tournent vers une mono-économie du tourisme. Le géographe Elisée Reclus n’hésite pas à parler en 1864 de « l’exploitation des étrangers, principale ressource ».

Ce n’est qu’à une période récente, au début des années 2000, que l’on observe une incitation à reprendre la production de citrons et d’autres agrumes en vue de l’exportation. Le « citron de Menton », appellation sous laquelle on trouve cinq variétés, a reçu en 2015 le label Indication Géographique Protégé (IGP). Une partie de la production est achetée par les chefs étoilés, le citron de Menton étant devenu une référence dans le milieu de la gastronomie.

Un pays d’accès difficile

Jusqu’au XIXe siècle, Menton bien que relativement prospère reste très à l'écart des voies de communication. On y accède alors principalement par la mer, sachant qu’il n’y a pas de port et que les bateaux doivent rester à l’ancre, ou bien à pied ou à dos de mulet. A partir de Nice, la route construite en 1782 et reliant le comté de Nice à Turin, la capitale, s'éloigne de la côte et monte vers Sospel, le col de Tende et Coni. A partir de Sospel, un chemin muletier descend à Menton en empruntant la vallée du Careï. L’ancienne voie romaine par La Turbie et la route de la côte ne sont alors que de simples sentiers franchissant des zones de rochers à pic, entre Nice et Monaco ou à la frontière italienne.

Une première route de communication à des fins militaires entre la France et l’Italie est aménagée par Napoléon suivant le trajet de la voie romaine. La circulation y demeure très dangereuse car elle nécessite le franchissement des nombreux torrents au débit important en période hivernale. La route est souvent détruite par des éboulements. Le pont Saint-Louis, nouveau lieu d’entrée en Italie, est construit en 1806.

Après le rattachement définitif de Menton à la France, en 1861, le Second Empire souhaite désenclaver le territoire et faciliter les relations avec Nice, la Ligurie et l’arrière-pays. Les travaux de la route passant par La Turbie sont repris (Grande Corniche) et une route côtière (Basse Corniche) est commencée en 1861 et terminée en 1881. Elle suit par endroit la voie de chemin de fer en cours de construction. Une route carrossable remplace en 1863-1864 le chemin muletier de la vallée du Careï rejoignant le col de Braus et la route de Tende.

En 1864, Elisée Reclus mentionne que le prix de pension dans les hôtels est très élevé car l’approvisionnement se fait presque exclusivement par le col de Tende et que l’on reçoit même le beurre de Milan. Il faut attendre la mise en service du chemin de fer en décembre 1869 pour que l’accès à la station soit véritablement facilité.

Aires d'étudesMenton
AdresseCommune : Menton
Sites de proctectionsite inscrit

Références documentaires

Documents figurés
  • Plan géométrique de la ville de Menton / Dessin à l'encre par Fabre, 1800-1814. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : CE P 0203/02.

  • Plan cadastral de la commune de Menton / Dessins à l'encre par Fouque, Guichard, Laubeuf et Verrier, 1861-1862. Archives départementales des Alpes-Maritimes, Nice : 25 F i 083.

  • MENTON. - La Vallée du Borrigo et les Hôtels Riviera et Winter-Palace. / Carte postale, entre 1901 et 1910. Collection particulière.

    Photographie prise vers 1900. Le Riviera Palace n'a pas encore été agrandi.
  • 930 - MENTON. Vallée du Borrigo. Hôtels Winter et Riviera-Palace. / Carte postale, Éditions Neurdein frères (ND Phot.), début 20e siècle après 1910. Collection particulière.

  • MENTON. - La Vallée du Careï et la Route de Sospel. / Carte postale, Éditions Lévy et fils (LL), vers 1910. Collection particulière.

Bibliographie
  • BENNET, James Henry. La Méditerranée. La rivière de Gênes et Menton comme climats d'hiver et de printemps. Paris : Asselin et Cie, libraires de la faculté de médecine, 1880.

  • Notre histoire. Ville de Menton. Service du Patrimoine. Accès internet :

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