Dossier IA83003171 | Réalisé par
batterie dite ouvrage Est du Mont Caume
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  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Var
  • Commune Le Revest-les-Eaux
  • Lieu-dit Mont Caume
  • Dénominations
    batterie
  • Appellations
    ouvrage Est du Mont Caume

HISTORIQUE ET TYPOLOGIE GENERALE

Le contexte stratégique fin XIXe siècle

Au mois de mai 1867, le comité des fortifications avait défini un projet général de vaste camp retranché autour de la place forte de Toulon contribuant à mettre ses établissements maritimes à l'abri d'un bombardement. Ce programme de défense terrestre prévoyait d'occuper les hauteurs du nord-est, du Cap Brun au Faron, et celle de l'ouest : Bau de Quatre Aures, Chartreuse, Six-Fours. Sa réalisation été avait lancée avec la redoute de la Croix-Faron, conçue en 1870 et réalisée à l’échelle d’un fort à partir de 18721. Cette même année, une instruction du 30 mai 1872 instituait une commission mixte de révision de l'armement du littoral de l’arrondissement maritime de Toulon, pour la mise aux normes des batteries de côte.

La défense terrestre éloignée de la place de Toulon fit l’objet d’un rapport rédigé en mars 1873 par le colonel Le Masson, directeur des fortifications, renouvelant complètement le précédent projet général de camp retranché de mai 1867, en intégrant les enseignements tirés, entre temps, de la guerre de 1870 qui avait révélé les faiblesses de l'artillerie française. Le rapport Le Masson préconisait d’occuper solidement les points principaux d’où (l’ennemi) pourrait opérer un bombardement, faisant en sorte d’élargir le rayon d’investissement, d’isoler et de rendre bien plus difficiles les attaques par l’est et par l’ouest… Dès le mois suivant, le comité des fortifications proposait de renforcer les défenses du Mont Faron, et d’occuper les hauteurs autours de Toulon, avec un espacement d’un ouvrage à l’autre pouvant aller jusqu’à 6 km (portée normale des canons de gros calibre de cette génération), soit, du nord à l'ouest, Mont Caume, Cap Gros, Croupatier, Gros Cerveau et Six-Fours et, dans le secteur nord-Est, à partir de la redoute en construction à La Croix-Faron : Mont Coudon, Thouars et la Colle-Noire. La ceinture des ouvrages de défense terrestre ainsi définie couvrait d’est en ouest une amplitude de plus de 30 km.

Toujours en 1873, à l’échelle nationale, le Comité de Défense créé l’année précédente pour programmer la réorganisation défensive des frontières terrestres et maritimes de la France était placé sous la direction du général Raymond-Adolphe Séré de Rivières, commandant et grand ingénieur du génie. On lui doit une instruction datée du 9 mai 1874, fondatrice d’une nouvelle typologie de forts et batteries détachés à distance des places fortes, armés de canons permettant des tirs à longue portée (6-9km).

Un nouveau plan de défense de la rade de Toulon approuvé le 4 avril 18772 et révisé le 27 aout, était mis en œuvre à partir de l’année 1878, en appliquant les normes du « système Séré de Rivières », pour les batteries de côte et pour une partie des ouvrages de la défense terrestre, complétant les forts déjà réalisés ou en cours d'achèvement de la Croix-Faron et de Six-Fours. Ces réalisations terrestres concernent le secteur est, avec les forts du Coudon et de la Colle Noire, l'occupation de la hauteur intermédiaire de Thouars par un troisième fort étant finalement abandonnée. On notera que dans les deux cas, le programme comportait un fort et un ouvrage d'appui voisin fermé et resserré qualifié de "fortin", construit dans un second temps mais avant achèvement du fort : s'agissant du Coudon (1879-1882), le fortin du Bau Pointu (1882-1884), et s'agissant de la Colle-Noire, le fortin de la Gavaresse, à vocation annexe de batterie de côte.

S’agissant du secteur ouest, la décision d’implantation et la réalisation du programme avaient connu une première étape plus précoce par la construction du fort de Six-Fours, programmée en 1874 et réalisée de 1875 à 1880. Dans le cas de Six-Fours, le projet du fort fut complété de celui d’un ouvrage annexe d’appoint qui n’est pas un fortin mais une batterie de côte ouverte dite du Claffard.

Comme celle de Six-Fours ou celles du massif du Cerveau, la position du Mont-Caume, la plus septentrionale et la plus haute du dispositif, avait été choisie dès le programme Le Masson de 1873 pour un fort, et confirmée en 1877, le projet d'occupation de la hauteur dite du Cap Gros, plus au sud/sud-ouest, ayant été en revanche abandonné. La mise en œuvre des travaux de construction fut différée jusqu’en 1887, commençant toutefois deux ans avant celle des ouvrages du Cerveau (ouvrage du Gros Cerveau et ouvrage de la Pointe Ouest), avec lesquels le programme du Mont Caume présente des analogies. Il s’agissait dans les deux cas d’équiper un site de hauteur à la topographie contraignante d'arête rocheuse de deux ouvrages d’artillerie distincts, en principe d’importance égale, échelonnés d’est en ouest sur l'arête, à une distance d'un peu plus de 1km dans le cas du Mont Caume. Comme au Cerveau, aucun des deux ouvrages Est et ouest du Mont Caume n’a le statut d’un fort et n’est une simple annexe de l’autre. L’un et l’autre sont conçus comme des batteries fermées adaptées à des canons de 120mm (modèle 1878), mais l'ouvrage ouest, qui abritait un moins grand nombre de plates-formes d'artillerie, est associé à une batterie annexe ouverte, que la route stratégique reliant les deux ouvrages dessert au passage. Sur cette même route, entre les deux ouvrages étaient aménagées deux petites batteries intermédiaires de 2 plates-formes chacune, et, plus près de l’ouvrage Est, deux plates-formes isolées.Ouvrages du Mont Caume. [Plan général de situation des deux ouvrages Est et Ouest]. [début du 20e siècle]Ouvrages du Mont Caume. [Plan général de situation des deux ouvrages Est et Ouest]. [début du 20e siècle]

Conception et construction de l'ouvrage Est

L'ouvrage Est, le plus étendu en surface et plus haut situé en altimétrie, fut conçu pour accueillir deux batteries de 5 plates-formes d'artillerie chacune, taillées directement dans le roc, la plus haute orientant ses tirs vers le nord/nord-est, au-dessus de la plus basse dont les tirs faisaient face au nord/nord-ouest. A l'extrémité nord-ouest de cet ouvrage Est étaient aménagées 3 à 4 plates-formes plus sommaires (pour canons ou pour poste d'observation ?) face au nord-ouest, d'après une copie d'un plan d'atlas des années 1900.3 Mont Caume Est. [Plan général de l'ouvrage]. Vers 1920.Mont Caume Est. [Plan général de l'ouvrage]. Vers 1920.

L'ouvrage Ouest fut équipé d'une batterie de 6 plates-formes, tirant vers le nord/nord-ouest tandis que 6 autres, analogues et tirant dans la même direction, équipaient la batterie annexe ouverte contiguë. La répartition de l'armement sur ces différentes batteries comptant au total 22 sections d'artillerie de même type, dont 16 dans les batteries fermées (26 à 28 en comptant les petites batteries intermédiaires) et peut-être 3 à 4 autres, doit être déduite de la confrontation avec les données des sources contemporaines, qui donnent un armement global de 14 canons de 120mm, de 8 canons de 95mm et de 2 mortiers de 15cm : les canons de 120mm et de 95mm se répartissaient-ils entre les deux batteries, y compris la batterie ouverte ouest, occupant toutes les plates-formes d'artillerie des quatre batteries majeures, les mortiers pouvant être placés dans l'ouvrage est ? Une source indirecte place l'ensemble des 8 pièces de 95mm et les deux mortiers dans les batteries ouvertes (6 + 2x2 plates-formes), ce qui invite à répartir les 14 pièces de 120mm entre les deux batteries fermées, induisant que deux de leurs plates-formes n'étaient pas armées.4

On observe que seule la plus haute des deux batterie de 5 plates-formes de l’ouvrage Est comporte, entre les plates-formes une étroite galerie casematée de communication forée dans les traverses et maçonnée, abritant de petites niches à munitions.

D'après la légende d'une copie de plan d'atlas postérieure à 1900, la construction des deux ouvrages Est et Ouest, y compris les batteries ouvertes intermédiaires, conduite entre 1887 et 1890, coûta 164.168 francs, et les améliorations (non précisées) apportées entre 1891 et 1896, 12.000 francs.

La chronologie du chantier porte à attribuer la direction des travaux au capitaine du génie Honoré Pierrugues, chef du génie de Toulon de 1887 à 1891, responsable des plans des ouvrages Est et Ouest du Cerveau.

A la différence des deux ouvrages du Cerveau, ceux du Mont Caume n'intègrent pas de casernement important, mais seulement, pour chacun des deux, un baraquement d'une capacité réduite (39 hommes de troupe en temps de paix 47 en temps de guerre + 8 sous-officiers) complété en temps de guerre par les abris des souterrains en caverne, pouvant accueillir jusque 60 hommes.

Dans l'ouvrage Est, le baraquement est implanté à l'intérieur du front de gorge de l’enceinte, enclavé dans une réservation rectangulaire du rocher, déroctée en front de taille, selon le même principe que celui appliqué de façon plus élaborée pour les casernements des ouvrages du Cerveau. Ce baraquement dispose d'une citerne de 100m3 creusé sous la rampe d’accès. Il est accompagné, à peu de distance, échelonnés au revers du même mur d’enceinte du front de gorge, d’autres petits bâtiments militaires à usage de magasins (à projectiles, à pétrole) et de latrines. Les dispositions anciennes de ces bâtiments ne sont connues que par une feuille de plan d'atlas des bâtiments militaires datable du premier tiers du XXe siècle, documentant un état apparemment déjà remanié.

Petit atlas des fortifications militaires. Ouvrage du Mt Caumes Est. [Plans des bâtiments et souterrains caverne de l'ouvrage Est du Mont Caume]. vers1900.Petit atlas des fortifications militaires. Ouvrage du Mt Caumes Est. [Plans des bâtiments et souterrains caverne de l'ouvrage Est du Mont Caume]. vers1900.

L'enceinte de l'ouvrage est discontinue et informe : l’aire incluant les deux batteries, vaste plateau rocheux aride pendant vers le nord-est, au contour grossièrement polygonal irrégulier, se défend par les escarpements naturels mais ceux-ci ont été aménagés par un retranchement bâti sur deux fronts. Le principal est le front de gorge, formant deux pans reliés en angle obtus saillant, précédé de deux revêtements successifs maçonnés étagés en terrasse, constituant les murs de soutènement accueillant la rampe d’accès et ses retours, la dernière partie de cette rampe comportant deux branches divergentes Est et ouest longeant le mur d'enceinte proprement. L'extrémité Est de ce mur d’enceinte dit forme deux flancs successifs en forte saillie, étagés sur la pente et en profondeur, ces flancs intégrant deux « coffres » flanquants casematés adaptés au tir d’infanterie prenant en enfilade les trois retours de la rampe. Le plus extérieur et le plans ample de ces deux coffres est qualifié de "blockhaus" sur un plan d'atlas datant de l'entre-deux guerres ce qui sous-entend probablement une fonction annexe d'abri casematé pour loger un effectif limité.

Le second front de l'ouvrage retranché artificiellement est celui de l’est, ce retranchement y étant matérialisé par un rempart en pierre sèche.

La conception de la distribution interne de l’ouvrage, contrainte par l’étagement du front de gorge et de sa rampe, est très originale : à la différence du cas le pus commun, la porte principale du fort ne desservait pas d’abord le bâtiment de casernement ordinaire, en l‘occurrence le baraquement : elle ouvre latéralement dans le mur d'enceinte à l'extrémité de la branche Est de la rampe, et débouche dans une sorte de courette encaissée accédant principalement dans l’axe, au souterrain en caverne, et secondairement aux dessus de l’ouvrage (casemates des coffres, baraquement et bâtiments) par un itinéraire piéton. Autrement dit, la galerie principale du souterrain caverne, rectiligne et débouchant à l'est au bord du rempart en pierre sèches, était un passage obligé pour l’accès aux batteries par roulage, sur des rampes desservant d'abord, au sortir du souterrain, la batterie nord, puis remontant à la batterie nord-est.

Le plan du souterrain en caverne de l'ouvrage Est du Mont Caume est presque identique à celui de l'ouvrage du Gros Cerveau, avec galerie principale desservant latéralement d'un côté (droit au Mont Caume) trois casemates avec murs d'isolement formant sas, dévolues aux magasins à poudres, à projectiles et à l'atelier de chargement, et de l'autre côté une galerie casematée secondaire de dégagement, de plan en U, destinée à accueillir les abris pour les hommes de troupe et pour les approvisionnements. De même au Gros Cerveau, le passage par le souterrain semble avoir été le mode d'accès sinon unique de la batterie, au moins le plus roulable pour les canons.

Le XXe siècle

Les deux ouvrages semblent avoir été laissés à l’abandon dès l’entre-deux guerres, et non réoccupés durant la seconde guerre mondiale. Leur réutilisation stratégique est un peu postérieure.

En décembre 1951, pendant la "Guerre froide", l'Etat major général du secrétaire d'Etat à la Marine avisait le préfet Maritime de Toulon (IIIe région maritime) d'une décision ministérielle arrêtant la répartition des ouvrages du Mont Caume entre l'armée de l'air et la Marine, répartition qui attribuait à la première l'ouvrage Est pour l'installation de « maîtres radars », et à la seconde l'ouvrage Ouest afin d'y implanter une batterie anti-aérienne mobile. La construction des radars, accompagnés de locaux techniques, entraina une modification de l'entrée dans l'enceinte par la branche Est ; le baraquement, encore couvert de son toit d'origine dans les années 1950, avait été réutilisé par la suite et couvert d'un nouveau toit en tôle, de même que le magasin voisin. Il sont aujourd'hui en ruines et abandonnés, comme le reste des équipements d'origine de l'ancienne batterie. Le radar principal antiaérien a été remplacé en 1969 par la grande antenne relai actuelle.

DESCRIPTION

Site et implantation générale

L'ouvrage Est du Mont Caume est situé à une cote d'altitude variant de 765m à 778m, au point culminant du massif rocheux, ce qui en fait le plus haut des ouvrages XIXe siècle de la défense terrestre de Toulon. On accède aux deux ouvrages Ouest et Est par une ancienne route militaire actuellement chemin départemental n° 662 montant en lacets du sud/sud-ouest depuis le col du Corps de Garde (alt. 391m), sur la route départementale n° 62 venant de Toulon depuis le sud-est par la vallée du Las. L'ancien chemin stratégique se divise en deux branches divergentes à la côte 670m, ces deux branches formant un chemin parallèle à la ligne de crête nord, aboutissant à chaque extrémité à l'un des deux ouvrages Est et ouest. Ce chemin est encore bordé du côté nord par les vestiges des positions de batteries ouvertes isolées, et par la batterie ouverte contiguë à l'ouvrage ouest.

Vue aérienne de l'ouvrage Est du Mont Caume. 1970.Vue aérienne de l'ouvrage Est du Mont Caume. 1970. L'emprise de l'ouvrage, de plan grossièrement triangulaire -front de gorge à la base au sud/sud-est, pointe du triangle au nord/nord-est- couvre une aire assez vaste constituée pour l'essentiel d'une plate-forme rocheuse en léger pendage du sud au nord portant les deux batteries. Les escarpements naturels est et nord-ouest ont été en partie aménagés par l'apport de déblais formant un terrassement de pierre sèche ; une large échancrure naturelle ou crevasse rompt la continuité de l'escarpement nord ouest dans sa moitié ouest, retranchant naturellement la plate-forme portant les deux batteries d'une petites plates-formes à la pointe ouest, sur lesquels sont installés l'actuelle antenne relai dominant le site, avec ses locaux techniques. A l'extrémité est de l'enceinte est implanté un ex radar des années 1950, avec son local technique.

Plan, distribution spatiale, circulations et issues, structure et mise en œuvre

L'enceinte de l'ouvrage Est du Mont Caume n'est matérialisée par un mur maçonné et des organes de flanquement actifs que sur le front de gorge (sud/sud-ouest), long de 200 m. Ce mur de défense n'est pas bordé d'un fossé, puisqu'il surplombe directement la pente escarpée du terrain naturel, aménagée pour recevoir l'extrémité du chemin ou rampe d'accès, formant trois segment en retour l'un de l'autre en zigzag serré, les 2eme et 3eme portant sur des murs de soutènement d'axe grossièrement Est-ouest, rehaussés en muret d'appui. Ces murs de soutènement, de hauteur totale variable (1 à 3 m pour le premier en montant, 4 à 7m pour le second) sont bâtis pour partie en moyen appareil de moellons équarris et en en opus incertum de moellons calibrés, terminés par une arase en pente verts l'extérieur en pierres sommairement appareillées. Le soubassement rocheux du premier mur de soutènement est en partie revêtu d'un parement en glacis de pierres sèches en opus incertum.

chemin d'accès et alignement de la moitié gauche, haute, du front de gorge de l'enceinte et antenne-relai, à l'arrière plan, l'ouvrage ouestchemin d'accès et alignement de la moitié gauche, haute, du front de gorge de l'enceinte et antenne-relai, à l'arrière plan, l'ouvrage ouest chemin d'accès en lacets et terrassement étagés du front de gorge de l'enceinte, aux abords de la portechemin d'accès en lacets et terrassement étagés du front de gorge de l'enceinte, aux abords de la porte

Le mur d'enceinte proprement dit du front de gorge, de hauteur moyenne assez médiocre (environ 4 à 5m), nullement crénelé, forme deux pans principaux de longueur semblable reliés par un angle saillant obtus. Ce mur présente les mêmes caractéristiques de mise en œuvre que les deux murs de soutènement de la rampe, y compris l'arase inclinée vers l'extérieur. A l'extrémité nord-ouest de ce mur, l'enceinte se referme en angle aigu saillant, en formant une sorte de demi-bastionnet avec flanc enfilant le front de gorge. A l'autre extrémité (Est) ce mur de gorge se retourne en angle rentrant droit pour former un premier flanc défensif saillant de 15m, équipé d'une série régulière de créneaux de fusillade, qui défendaient la porte d'entrée d'origine de l'ouvrage, nichée dans le mur d'enceinte, au raccord avec cet angle rentrant. Dans l'état actuel, le flanc crénelé a été percé d'une entrée de gabarit charretier, dépourvue de couvrement et de vantaux laissant passer le prolongement de la rampe, et remplaçant l'ancienne entrée. Ce remaniement non défensif, réalisé lors des la réaffectation du site au début des années 1950 pour la desserte des radars anti-aériens, a supprimé une partie des créneaux avec la portion du mur du flanc que la nouvelle entrée a remplacée. Les créneaux (9 dans l'état d'origine, 5 dans l'état actuel) étaient desservis depuis un petit "coffre" casematé adossé à l'intérieur du flanc. Amputé également d'une partie de son développement par la percée de la nouvelle porte, ce coffre en forme de galerie existe encore, couvert d'une voûte en berceau longitudinale en moellons équarris. Les créneaux ont un ébrasement et un appui surhaussé à l'intérieur, adapté à un tir plongeant dans les fentes extérieures, encadrées en pierre de taille. On accède au coffre par une porte couverte d'un arc segmentaire ménagée à son extrémité gauche, donnant sur la courette qui règne au revers de l'ancienne porte d'entrée.front de gorge de l'ouvrage en haut de l'accès, ancienne porte à gauche du flanc crénelé repercé de la porte actuellefront de gorge de l'ouvrage en haut de l'accès, ancienne porte à gauche du flanc crénelé repercé de la porte actuelle flanc crénelé casematé défendant l'ancienne porte, intérieur de la casemate activeflanc crénelé casematé défendant l'ancienne porte, intérieur de la casemate active

Cette porte d'entrée initiale de l'ouvrage Est dans son ensemble, aujourd'hui déchue et murée, est ménagée dans un segment de mur-écran parementé en pierre de taille, bâti en retrait d'alignement du mur d'enceinte, en renfoncement, et dans un axe légèrement différent. Elle est encadrée de deux créneaux, et le pan de mur formant le côté gauche du renfoncement est également percé de trois créneaux flanquants. L'arcade d'entrée charretière est couverte d'un arc surbaissé en anse de panier extradossé en escalier ; deux assises au-dessus de la clef de l'arc, une pierre lisse insérée dans deux assises ordinaires est gravée du millésime 1889. Le mur-écran accueillant la porte et celui du flanc crénelé avec coffre adossé sont plus hauts que le reste du mur de gorge, d'où une arase rampante sur le pan de mur latéral. L'arase de ces trois pans de murs est couverte d'une épaisse tablette en pierre de taille en pente vers l'extérieur. Le revers du mur-écran de l'entrée, donnant sur la courette intérieure, est parementé en blocage ; l'arcade d'entrée est semblable de ce côté, sans ébrasement ni feuillure de vantaux, les deux créneaux qui l'encadrent ont un très large ébrasement. La courette, créée par déroctage, est étroitement resserrée ente deux parois rocheuses non revêtues. Celle du côté droit en entrant est adossée d'un escalier rectiligne maçonné montant au chemin de ronde piéton qui passe sur l'arase du mur-écran et se prolonge vers l'ouest au revers de la partie supérieure du mur d'enceinte pour desservir l'ancien baraquement et les petits bâtiments militaires annexes bâtis aussi dans des réservations du rocher au revers de ce mur d'enceinte. L'escalier, encore pourvue d'une rampe en fer prolongée par une rambarde garde-corps sur le chemin de ronde, repose sur deux voûtes boutantes et une pile intermédiaire ; la porte d'entré du coffre est nichée sous la seconde voûte, la plus haute.ancienne porte de l'ouvrage millésimée 1889 encadrée de flancs crénelés, vue extérieureancienne porte de l'ouvrage millésimée 1889 encadrée de flancs crénelés, vue extérieure ancienne porte de l'ouvrage encadrée de créneaux, vue de la courette encaisséeancienne porte de l'ouvrage encadrée de créneaux, vue de la courette encaissée

Au-delà du premier flanc crénelé à coffre, qui flanquait la porte et l'extrémité de la rampe, le mur d'enceinte se continue en retour d'angle légèrement obtus, son revêtement prolongeant dans le même axe et sans discontinuité ni différence de parement le mur de soutènement du dernier segment de la rampe. Après 25m linéaires, cette continuité du mur d'enceinte fondée 6 à 7m plus bas sur le terrain naturel, forme un second flanc défensif crénelé, en retour d'angle rentrant droit, saillant de 12m. Ce second flanc faisant face au retour des deux premiers segments en zigzag de la rampe, de plus grande hauteur murale que le premier flanc, comporte un pan coupé dans l'angle rentrant ; il est percé d'une batterie serrée de 26 créneaux de fusillade de même type que ceux du premier flanc, superposés sur deux niveaux, y compris dans le pan coupé d'angle rentrant. Ce mur de flanc est parementé avec un soin particulier en moyen appareil de moellons équarris, plus fins sur le registre des créneaux, avec finition rustique ; le chaperon de couvrement de l'arase, à versant unique vers l'extérieur, présente la même finition. Etrangement, les 13 créneaux de la rangée supérieure sont tous murés d'origine donc non fonctionnels, et 2 sur les 13 de la rangée inférieure sont dans le même cas, deux autres ayant été bouchés après coup. Cette anomalie ne saurait s'expliquer par une volonté délibérée de leurre ou simulacre de défense, peu vraisemblable dans la fortification des années 1880-1890 ; il s'agit plutôt de la conséquence assumée d'un changement de parti en cours de construction dans la conception de ce flanc crénelé. Le projet initial (non documenté) devait comporter deux galeries casematées étroites superposées parallèles au mur et voûtées en berceau, sur le modèle du coffre du premier flanc crénelé proche de la porte. Ce principe qui aurait permis de rendre fonctionnels tous les créneaux, a été remplacé par un système de casemates perpendiculaires au mur crénelé, développées en profondeur et étagées sur deux niveaux, l'ensemble offrant un volume interne beaucoup plus important et pouvant servir d'abris pour des hommes de troupe.

second flanc défensif crénelé casematé du front de gorge avec chemin de ronde et cavalier, vue plongeantesecond flanc défensif crénelé casematé du front de gorge avec chemin de ronde et cavalier, vue plongeante

C'est ce complexe de casemates semi-enterrées qui est qualifié de "blockhaus" sur la légende d'un plan d'atlas de l'entre-deux guerres. La partie de ce blockhaus attenant au mur crénelé, comporte trois travées de casemates sur un niveau unique correspondant à la desserte des créneaux de la rangée inférieure, sauf ceux condamnés par les deux murs de refend entre casemates. Les créneaux de la rangée supérieure sont entièrement condamnés par l'adossement des reins des voûtes des casemates, voûtes rechargées en pierre sèche pour former au dessus un chemin de ronde d'infanterie à ciel ouvert, bordé par la partie supérieure du mur, avec réservation d'une trémie d'accès a ces casemates actives, au revers du pan coupé. A l'arrière de cette première série de casemates actives et du chemin de ronde, un autre ensemble de trois travées de casemates passives s'étage sur deux niveaux : le niveau supérieur offre le même type de voûtement en berceau plein cintre que les casemates actives, dans le même axe, communiquant entre elles par des portes couvertes en plein-cintre percées dans les murs de refend, tandis que le voûtement du niveau inférieur, en berceau très surbaissé, réalisé dans une phase secondaire de construction, est monté dans un axe perpendiculaire.second flanc défensif crénelé casematé du front de gorge, intérieur d'une casemate créneléesecond flanc défensif crénelé casematé du front de gorge, intérieur d'une casemate crénelée

L'élévation complète des casemates arrière, deux fois plus importante que celle des casemates actives, est incluse en partie supérieure dans un cavalier en pierres sèches (opus incertum) profilé en glacis dominant le chemin de ronde. L'accès à ces casemates est procuré par une trémie au-dessus du cavalier, desservant un escalier de pierre mural débouchant sans une des casemates supérieures, distribution relayée par des échelons de fer scellés dans les parois du mur de fond des casemates, en partie logés dans un renfoncement, ces murs de fond comportant également de hautes niches voûtées en berceau et de petites niches à lampe. La prise de jour de ces casemates n'existe que du côté sud, procurée par une baie ménagée dans le revêtement de ce côté du "blockhaus", en retour d'angle du mur de flanc. Ce revêtement sud se caractérise par son plan tourmenté formant trois épis asymétriques juxtaposés, évoquant de petits organes flanquants au service du chemin de ronde, mais dont on peine à comprendre l'utilité, peut-être ne s'agit-il que de contreforts habillant en partie inférieure les irrégularités du rocher. On observe que le principe du cavalier en pierre sèche au-dessus du chemin de ronde d'infanterie se prolonge sur le revêtement de la partie du mur d'enceinte régnant entre les deux flancs crénelés.second flanc défensif crénelé  du front de gorge détail du chemin de ronde et cavalier en pierre sechesecond flanc défensif crénelé du front de gorge détail du chemin de ronde et cavalier en pierre seche second flanc défensif crénelé casematé ou blockhaus du front de gorge, intérieur d'une casemate d'étage avec escalier d'accèssecond flanc défensif crénelé casematé ou blockhaus du front de gorge, intérieur d'une casemate d'étage avec escalier d'accès second flanc défensif crénelé casematé ou blockhaus du front de gorge, intérieur d'une casemate d'étage avec niche et echellesecond flanc défensif crénelé casematé ou blockhaus du front de gorge, intérieur d'une casemate d'étage avec niche et echelle second flanc défensif du front de gorge, détail du chemin de ronde à redanssecond flanc défensif du front de gorge, détail du chemin de ronde à redans courtine du front de gorge et second flanc défensif crénelé casematé avec chemin de ronde et cavaliercourtine du front de gorge et second flanc défensif crénelé casematé avec chemin de ronde et cavalier

L'entrée du souterrain en caverne (aujourd'hui murée), grande arcade de gabarit charretier à arc plein-cintre extradossé en pierre de tailles, est ménagé dans un pan de mur en blocage, dans l'axe de l'ancienne porte de l'ouvrage Est, entre les parois brutes de déroctage de la courette encaissée. Comme on l'a vu, il fallait passer par cette arcade d'entrée et par le souterrain pour desservir les batteries.

Porte d'entrée (murée) du souterrain-caverne au fond de la courette encaissée de l'ancienne portePorte d'entrée (murée) du souterrain-caverne au fond de la courette encaissée de l'ancienne porte

A l'entrée comme à la sortie de la galerie principale, un segment de couloir voûté en pierre (moellons équarris avec joints ciment) cède place, dans la partie centrale, plus large et desservant à droite les trois magasins en caverne et à gauche la galerie secondaire de plan en U, à un plafond constitué d'une succession serrée de voûtains transversaux en brique enduites sur solives métalliques de type IPN. Ce plafond porte sur deux parois murales verticales maçonnées en blocage, l'une en revêtement direct de la roche brute de taille, l'autre formant un mur indépendant décollé de la paroi de 1,50m pour former un corridor parallèle tenant lieu de couloir d'isolement pour les trois magasins en caverne. Par précaution à l'égard des risques d'explosion des poudres et munitions, les trois portes, couvertes d'un arc surbaissé, communiquant de la galerie principale au couloir d'isolement, ne sont pas placée en vis à vis des portes des trois magasins en caverne, mais en alternance. De plus, l'entrée du magasin à poudres (en position centrale) et celle de l'atelier de chargement, sont filtrées par un sas en chicane entre deux murs épais. Le magasin des projectiles n'est isolé du corridor et de la galerie que par un mur épais. Ces murs d'isolement, formant sas ou non, sont percés de créneaux à lampe ébrasés, permettant l'éclairage indirect du volume intérieur. Les toits de tôle qui couvraient ces magasins caverne, les protégeant de filtrations d'eaux pluviales dans le roc, ont disparu, mais l'armature de tirants métalliques à laquelle ils étaient suspendus est encore en partie en place.

souterrain-caverne, galerie principale plafonnée en voûtains, à gauche, entrée de la galerie secondaire en U, à droite porte du corridor des magasinsouterrain-caverne, galerie principale plafonnée en voûtains, à gauche, entrée de la galerie secondaire en U, à droite porte du corridor des magasin

La galerie secondaire de plan en U qui devait abriter les hommes de troupe en période de bombardement, est couverte d'une voûte en berceau en pierre, comme les extrémités, de la galerie principale. Cette galerie secondaire était recoupée en 5 pièces inégales par des cloisons, aujourd'hui ruinées. Les dispositions de ce souterrain en caverne ne se différencie de celles du souterrain de l'ouvrage du Gros Cerveau que par d'infimes dissemblances : un plafond sur voutains de la galerie centrale plus bas et surhaussé seulement aux droit des deux issues de la galerie secondaire, et un atelier de chargement à fond plan, et non en hémicycle.

L'issue du souterrain, dans l'axe et à l'opposé de l'entrée, débouche comme l'entrée dans une réservation déroctée du socle rocheux naturel, et elle forme une arcade cintrée semblable dans un parement de moellons en recharge des irrégularités du roc. Cette réservation en front de taille, assez étroite et profonde, forme un coude tournant à gauche en sortant, amorce du chemin ou piste rectiligne qui aboutit à la première batterie (face au nord) par sa droite. Le chemin de desserte et la batterie sont protégés et défilés des vues lointaines à l'est par un important rempart en pierres sèches de plan incurvé comblant une dépression naturelle du rocher sur un remblai à pierres coulantes, rempart qui définit le front Est de l'ouvrage, le seul autre, après le front de gorge, qui soit retranché artificiellement. Le rempart de pierre sèche, de hauteur variable selon l'étagement du socle rocheux, est parementé avec soin en opus incertum, est profilé régulièrement pour comporter un parapet garde-corps épais bordant chemin de ronde.

issue du souterrain-caverne et rempart en pierre sèche du front estissue du souterrain-caverne et rempart en pierre sèche du front est rempart en pierre sèche du front est et talus en pierres coulantesrempart en pierre sèche du front est et talus en pierres coulantes

Les cinq plates-formes d'artillerie de la première batterie, directement taillées dans le roc, sont actuellement en ruines, le chemin et les emplacements de tir encombrés de déblais. Le contour des traverses semble avoir toujours été laissé brut de déroctage, donc irrégulier. Les seuls aménagements maçonnés encore visibles sont de petites niches à munitions mises en oeuvre en blocage et moellons équarris dans des anfractuosités du roc.

Batterie : ruines des plates-formes d'artillerie taillées dans le roc de la première batterieBatterie : ruines des plates-formes d'artillerie taillées dans le roc de la première batterie

Egalement taillées en déroctage brut, et actuellement en ruines, les plates-formes de la seconde batterie sont plus élaborées et d'aspect moins informe. Le fond comporte un revêtement de genouillère maçonné en moellons calibrés, avec ressaut d'épaisseur continu ou formant des niches, et des issues latérales piétonnes couvertes d'un arc segmentaire en pierre de taille extradossé, desservant les galeries casematées rectilignes de communication à couvert d'une plate-forme à l'autre. L'issue latérale droite de la dernière plate-forme à droite de la batterie n'est qu'une niche-abri en cul de sac. L'une des plates-formes conserve une forme cimentée au sol, qui semble témoigner d'une utilisation postérieure.batterie, ruines d'une plate-forme d'artillerie, vue axiale, mur de fond et issue latérales d'une des galeries casematées reliant les plates-formes de la seconde batteriebatterie, ruines d'une plate-forme d'artillerie, vue axiale, mur de fond et issue latérales d'une des galeries casematées reliant les plates-formes de la seconde batterie batterie, ruines d'une plate-forme d'artillerie, vue axiale, mur de fond et issue latérales d'une des galeries casematées reliant les plates-formes de la seconde batteriebatterie, ruines d'une plate-forme d'artillerie, vue axiale, mur de fond et issue latérales d'une des galeries casematées reliant les plates-formes de la seconde batterie

Les anciens bâtiments militaires non casematés, échelonnés au revers du front de gorge et nichés dans des réservations du roc naturel, sont encore en partie en place, mais délabrés, mal conservés et portant trace de remaniements liés à une réutilisation éphémère dans les années 1950. Si les petits magasins annexes (à pétrole, à projectiles) ont perdu tout caractère distinctif, le bâtiment le plus important, soit l'ancien baraquement qui logeait la garnison au service des batteries, reste reconnaissable en dépit des remaniements qu'il a subi pour l'agrandir à l'arrière (côté front de taille) sur l'ancien couloir d'isolement et pour le couvrir d'un toit à versant unique. Ce bâtiment renduit au ciment gris est actuellement découvert et toutes ses baies sont murées. On reconnait les dispositions primitives, variante sommaire et de moindre longueur des casernements des ouvrages du Cerveau, soit un bâtiment rectangulaire en simple rez-de-chaussée d'environ 20m X 8m couvert d'un toit à deux versants, bâti en blocage enduit sur une plinthe de pierre de taille appareillée en opus incertum et avec des chaines d'angles appareillées en besace. Le mur-pignon sud-est, façade principale de ce baraquement, comportait trois baies semblables couvertes d'un arc segmentaire, soit une porte centrale, seule ayant conservé son encadrement en pierre de taille, et deux fenêtres. Les quatre fenêtres condamnées du mur gouttereau sud-ouest, rectangulaires et dépourvues d'encadrement sont inégales en rythme et en largeur, ce qui ne correspond apparemment pas à l'état primitif, mais à un remaniement ancien déjà réalisé sur un plan d'une feuille d'atlas des bâtiments militaires du premier tiers du XXe siècle.ancien barraquement du casernement (remanié et découvert), dans l'enceinte du front de gorgeancien barraquement du casernement (remanié et découvert), dans l'enceinte du front de gorge

1Instruction destinée à guider les Commissions mixtes d’officiers de l’artillerie, du génie et de la marine qui devront, dans chaque arrondissement maritime, procéder à la révision de l’armement du littoral., Commission de défense des côtes. SHDV ancien article 13 (cote précise non notée)2Rapport de la commission … sur un nouveau plan d’ensemble de la défense du port de Toulon. Vincennes, SHM DD² 10453SHD Toulon, feuilles d'un petit atlas des fortifications et d'un petit atlas des bâtiments militaires, non datées. 4Bernard Cros, Citadelles d'Azur, Aix en Provence 1998, p. 125, donne une répartition qui ne correspond pas à celle des plates-formes dans les ouvrages. M. Frijns, L. Malchair, J-J Moulins, J. Puelinckx, Index de la fortification française. Métropole et Outre-Mer, 1874-1914, Welkenraedt, Belgique, 2008, p. 318-319, notices Mont Caume.

Comme celles du massif du Cerveau, la position du Mont-Caume avait été choisie pour l'implantation d'un ouvrage d'artillerie dès le programme défini en 1873 par le colonel Le Masson, directeur des fortifications de Toulon, pour la défense terrestre éloignée de Toulon. Cette position, la plus septentrionale et la plus haute en altitude du dispositif général composé de forts, ouvrages et batteries formant une ceinture de plus de 30km d'amplitude d'est en ouest, fut confirmée dans le nouveau plan de défense de 1877, appliquant les nouvelles normes du « système Séré de Rivières », pour les batteries de côte et pour une partie des ouvrages de la défense terrestre, qui complétaient les forts déjà réalisés ou en cours d'achèvement de la Croix-Faron et de Six-Fours.

Au Mont-Caume, la mise en œuvre des travaux de construction fut différée jusqu’en 1887, commençant toutefois deux ans avant celle des ouvrages du Cerveau, avec lesquels le programme du Mont Caume présente des analogies. Il s’agissait dans les deux cas d’équiper un site de hauteur à la topographie contraignante d'arête rocheuse de deux ouvrages d’artillerie distincts, en principe d’importance égale, échelonnés d’est en ouest sur l'arête, à une distance d'un peu plus de 1km dans le cas du Mont Caume. Aucun des deux ouvrages du Mont Caume n’a le statut d’un fort et n’est une simple annexe de l’autre. L’un et l’autre sont conçus comme des batteries fermées à enceinte discontinue adaptées à des canons de 120mm (modèle 1878).

L'ouvrage Est, le plus étendu en surface et plus haut situé en altimétrie, fut conçu pour accueillir deux batteries de 5 plates-formes d'artillerie chacune, taillées directement dans le roc, la plus haute orientant ses tirs vers le nord/nord-est, au-dessus de la plus basse dont les tirs faisaient face au nord/nord-ouest. La date 1889 portée sur la porte d'entrée de l'ouvrage pourrait correspondre à l'achèvement des travaux.

Les ouvrages du Mont Caume n'intègrent pas de casernement important, mais seulement, pour chacun des deux, un baraquement d'une capacité réduite (39 hommes de troupe en temps de paix 47 en temps de guerre + 8 sous-officiers) complété en temps de guerre par les abris des souterrains en caverne, pouvant accueillir jusque 60 hommes.

Les deux ouvrages semblent avoir été laissés à l’abandon dès l’entre-deux guerres, et non réoccupés durant la seconde guerre mondiale. Leur réutilisation stratégique est un peu postérieure. Elle date de 1951 : alors fut décidée une répartition des ouvrages entre l'armée de l'air et la Marine, qui attribuait à la première l'ouvrage Est pour l'installation de « maîtres radars », et à la seconde l'ouvrage Ouest afin d'y implanter une batterie anti-aérienne (DCA) semi mobile.

Dans l'ouvrage Est, la construction des radars, accompagnés de locaux techniques, entraina une modification de l'entrée dans l'enceinte ; le baraquement avait été réutilisé et remanié. Il est aujourd'hui en ruines et abandonné, comme le reste des équipements d'origine de l'ancienne batterie. Le radar principal antiaérien a été remplacé en 1969 par la grande antenne relai actuelle.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 19e siècle , daté par source
  • Dates
    • 1889, porte la date

L'ouvrage Est du Mont Caume d'élève à une cote d'altitude variant de 765m à 778m, au point culminant du massif rocheux, ce qui en fait le plus haut des ouvrages XIXe siècle de la défense terrestre de Toulon. On accède aux deux ouvrages par une ancienne route militaire actuellement chemin départemental n° 662 montant en lacets du sud/sud-ouest depuis le col du Corps de Garde. L'ancien chemin stratégique se divise en deux branches divergentes à la côte 670m, ces deux branches formant un chemin parallèle à la ligne de crête nord, aboutissant à chaque extrémité à l'un des deux ouvrages Est et ouest.

L'emprise de l'ouvrage, de plan grossièrement triangulaire -front de gorge à la base au sud/sud-est, pointe du triangle au nord/nord-est- couvre une aire assez vaste, plate-forme rocheuse en léger pendage du sud au nord portant les deux batteries . Les escarpements naturels est et nord-ouest ont été en partie aménagés par des terrassement de pierre sèche. A l'extrémité est de l'enceinte est implanté un ex radar des années 1950, avec son local technique.

L'enceinte de l'ouvrage est discontinue et informe : l’aire incluant les deux batteries, vaste plateau rocheux aride pendant vers le nord-est, au contour grossièrement polygonal irrégulier, se défend par les escarpements naturels mais ceux-ci ont été aménagés par un retranchement bâti sur deux fronts. Le principal est le front de gorge, formant deux pans reliés en angle obtus saillant, précédé de deux revêtements successifs maçonnés étagés en terrasse, constituant les murs de soutènement accueillant la rampe d’accès et ses retours en zig-zag, la dernière partie de cette rampe comportant deux branches divergentes Est et ouest longeant le mur d'enceinte proprement dit.

L'extrémité Est de ce mur d’enceinte forme deux flancs successifs en forte saillie, étagés sur la pente et en profondeur, ces flancs intégrant deux « coffres » flanquants casematés adaptés au tir d’infanterie prenant en enfilade les trois retours de la rampe.

Le front de gorge long de 200 m, se limite à un mur de hauteur médiocre (environ 4 à 5m) qui se retourne à l'Est en angle rentrant droit pour former le premier flanc défensif saillant de 15m équipé d'une série régulière de créneaux de fusillade, qui défendaient la porte d'entrée d'origine de l'ouvrage, nichée dans le mur d'enceinte, au raccord avec cet angle rentrant. Dans l'état actuel, ce flanc crénelé est percé d'un passage charretier des années 1950 remplaçant l'ancienne entrée. Les créneaux (9 dans l'état d'origine, 5 dans l'état actuel) étaient desservis depuis un petit "coffre" casematé adossé à l'intérieur du flanc.

La conception de la distribution interne de l’ouvrage, contrainte par l’étagement du front de gorge et de sa rampe, est originale. La porte principale du fort ne desservait pas d’abord une cour au service du bâtiment de casernement ordinaire, elle s'ouvrait latéralement dans le mur d'enceinte à l'extrémité de la branche Est de la rampe, débouchant dans une sorte de courette encaissée accédant principalement dans l’axe au souterrain en caverne, et secondairement aux dessus de l’ouvrage (casemates des coffres, baraquement et bâtiments) par un itinéraire piéton. Cette porte d'entrée initiale, arcade couverte en anse de panier, aujourd'hui déchue et murée, est ménagée en renfoncement dans un segment de mur-écran en pierre de taille (millésimé 1889), encadrée de deux créneaux et flanquée à gauche de trois autres. La courette intérieure est étroitement resserrée entre deux parois rocheuses non revêtues. Celle du côté droit en entrant est adossée d'un escalier maçonné montant au chemin de ronde piéton qui passe sur l'arase du mur-écran et se prolonge vers l'ouest au revers de la partie supérieure du mur d'enceinte pour desservir l'ancien baraquement et les petits bâtiments militaires annexes bâtis aussi dans des réservations au revers de ce mur d'enceinte. On accède au coffre du flanc crénelé par la courette, sous l'escalier.

Au-delà du premier flanc crénelé à coffre qui flanquait la porte et l'extrémité de la rampe, le mur d'enceinte se retourne à l'est sur 25m linéaires, fondé 6 à 7m plus bas sur le terrain naturel, pour former ensuite le second flanc défensif crénelé (dit "blockhaus") en retour d'angle rentrant droit, saillant de 12m. Faisant face au retour des deux premiers segments en zigzag de la rampe, ce second flanc de plus haute élévation murale que le premier, parementé avec un soin particulier, est percé d'une batterie serrée de 26 créneaux de fusillade superposés sur deux niveaux. Les 13 créneaux de la rangée supérieure sont tous murés d'origine donc non fonctionnels, et 2 sur les 13 de la rangée inférieure sont dans le même cas. Cette anomalie résulte d'un changement de parti en cours de construction dans la conception des casemates de ce flanc crénelé, prévues parallèles au mur, sur le modèle du coffre du premier flanc crénelé, mais réalisées perpendiculaires au mur, développées en profondeur et étagées sur deux niveaux, l'ensemble offrant un volume interne beaucoup plus important et pouvant servir d'abris pour des hommes de troupe. Près du mur, ce dispositif comporte trois travées de casemates voûtées en berceau sur un niveau unique permettant la desserte des créneaux de la rangée inférieure, l'appui des voûtes condamnant les créneaux de la rangée supérieure. A l'arrière de ces casemates actives, un autre ensemble de trois travées de casemates passives s'étage sur deux niveaux, l'inférieur voûté après coup. L'élévation complète de ces casemates arrière, deux fois plus importante que celle des casemates actives, est incluse en partie supérieure dans un cavalier en pierres sèches (opus incertum) profilé en glacis, dominant un chemin de ronde qui borde le parapet en haut du mur. L'accès des casemates se fait par une trémie au-dessus du cavalier, desservant un escalier de pierre mural débouchant dans une des casemates supérieures et par des échelons de fer scellés dans les parois du mur de fond. La prise de jour n'existe que du côté sud, procurée par une baie ménagée dans le revêtement de ce côté du "blockhaus", en retour d'angle du mur de flanc, formant trois épis asymétriques juxtaposés.

L'entrée du souterrain en caverne (aujourd'hui murée), grande arcade charretière à arc plein-cintre en pierre de tailles, est ménagée au fond de la courette d'entrée dans l'axe de l'ancienne porte de l'ouvrage. Cette arcade d'entrée et la galerie principale du souterrain étaient un passage obligé pour desservir les batteries à l'intérieur de l'enceinte. La galerie principale, voûtée en pierre à ses deux extrémités, est couverte dans sa partie centrale, plus large, par un plafond de voûtains transversaux en brique enduites sur solives métalliques. Cette partie du souterrain dessert à droite les trois magasins en caverne et à gauche la galerie secondaire de plan en U. Le parement côté magasins est un mur décollé de la paroi de 1,50m pour former un corridor parallèle tenant lieu de couloir d'isolement pour les trois magasins en caverne. Les trois portes de ce mur ne sont pas placée en vis à vis des portes des magasins, et l'entrée du magasin à poudres et celle de l'atelier de chargement comporte un sas en chicane percé de créneaux à lampe ébrasés, pour l'éclairage indirect du volume intérieur. La galerie secondaire de plan en U qui devait abriter les hommes de troupe en période de bombardement, couverte d'une voûte en berceau en pierre, était recoupée en 5 pièces inégales par des cloisons, aujourd'hui ruinées.

L'issue du souterrain, dans l'axe et à l'opposé de l'entrée, débouche dans une réservation du socle rocheux naturel étroite et profonde, tournant à gauche en sortant, pour desservir la piste rectiligne qui aboutit à la première batterie (face au nord) par sa droite. Le chemin de desserte et la batterie sont protégés et défilés à l'est par un important rempart en pierres sèches comblant une dépression naturelle du rocher sur un remblai à pierres coulantes, rempart qui définit le front Est de l'ouvrage, le seul outre le front de gorge, qui soit retranché artificiellement.

Les cinq plates-formes d'artillerie de la première batterie, directement taillées dans le roc, sont actuellement en ruines, le chemin et les emplacements de tir encombrés de déblais. Le contour des traverses semble avoir toujours été laissé brut de déroctage. Dans le même état, les plates-formes de la seconde batterie sont plus élaborées et d'aspect moins informe. Le fond maçonné en moellons calibrés dessert des issues latérales piétonnes vers les galeries casematées de communication à couvert d'une plate-forme à l'autre.

Les anciens bâtiments militaires non casematés, échelonnés au revers du front de gorge et nichés dans des réservations du roc naturel, sont encore en partie en place, mais délabrés, mal conservés et portant trace de remaniements liés à une réutilisation éphémère dans les années 1950. Si les petits magasins annexes (à pétrole, à projectiles) ont perdu tout caractère distinctif, l'ancien baraquement qui logeait la garnison au service des batteries, privé de son toit, reste reconnaissable en dépit des remaniements qu'il a subi pour l'agrandir à l'arrière (côté front de taille) et pour murer ses baies. C'était un bâtiment rectangulaire en simple rez-de-chaussée d'environ 20m X 8m couvert d'un toit à deux versants, bâti en blocage enduit avec plinthe appareillée en opus incertum et chaînes d'angles de pierre de taille. Le mur-pignon sud-est, façade principale, comportait trois baies semblables couvertes d'un arc segmentaire, soit une porte centrale, seule ayant conservé son encadrement en pierre de taille, et deux fenêtres.

  • Murs
    • pierre moellon parement
    • pierre pierre de taille parement
    • pierre pierre sèche
  • Couvrements
    • voûte en berceau
  • Typologies
    batterie fermée
  • État de conservation
    mauvais état
  • Statut de la propriété
    propriété de l'Etat
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Sites de protection
    zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique

Site d'intérêt Communautaire (FR 9301608) depuis 2013

Documents d'archives

  • Rapport de la Commission de révision de l'armement du littoral du 5e arrondissement sur un nouveau plan d'ensemble de la défense du port de Toulon. 28 novembre 1876. Service Historique de la Défense, Vincennes : DD2 1045.

Bibliographie

  • CROS, Bernard. Citadelles d'Azur, quatre siècles d'architecture militaire varoise. Aix-en-Provence : 1998, 159 p.

  • FRIJNS, M., MALCHAIR, L., MOULINS, J.-J., PUELINCKX, J. Index de la fortification française, Métropole et Outre-mer, 1874-1914. Welkenraedt : 2008.

    p.318-319.

Documents figurés

  • Ouvrages du Mont Caume. [Plan général de situation des deux ouvrages Est et Ouest]. / Dessin, feuille d'atlas des fortifications, sd [début du 20e siècle]. Service Historique de la Défense, Toulon : 92 048 77.

  • Mont Caume Est. [Plan général de l'ouvrage]. / Dessin, copie d'une feuille d'atlas des fortifications non daté, [vers 1920]. Service Historique de la Défense, Toulon : 92 048 77.

  • Petit atlas des fortifications militaires. Ouvrage du Mt Caumes Est. [Plans des bâtiments et souterrains caverne de l'ouvrage Est du Mont Caume]. Dessin, feuille d'atlas des bâtiments militaires, sd [vers 1900]. Service Historique de la Défense, Toulon : 92 048 77.

  • Vue aérienne de l'ouvrage Est du Mont Caume. / Photographie noir et blanc, Institut Géographique National, 1er janvier 1970. Institut Géographique National, Saint-Mandé : mission C3346-0481_1970_CDP5846_7205.

Date d'enquête 2018 ; Dernière mise à jour en 2020
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