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atelier de fabrication du savon

Dossier IA13005836 réalisé en 2014

Fiche

Œuvres contenues

L’atelier où se fait la fabrication du savon est le plus ancien du site. Les bâtiments qui le composent sont le résultat de nombreuses campagnes de construction.

Un plan de la ville de Marseille de 1870, signé de Louis Lan1, montre que l’usine comptait à l’origine quatre bâtiments (2, 3, 4, 52) disposés parallèlement au boulevard de la Bougie et séparés par deux rues intérieures formant une croix irrégulière. Plusieurs plans de Marseille de la fin du 19e siècle, dont on ne peut affirmer qu’ils ne se sont pas repris les uns les autres, sans réactualisation systématique à partir d’observations in situ, montrent la même disposition. Ces plans ne sont pas suffisamment précis, ni même fiables, pour déterminer avec exactitude quelles parties de cette première usine sont encore présentes, ni même s’il en existe.

Il faut en fait attendre 1923, et les premières photographies aériennes disponibles, pour disposer d’une représentation fiable de cet atelier. Les bâtiments actuels sont déjà tous en place à cette date, et ils n’ont connu depuis que des modifications marginales.

La confrontation de l’analyse du bâti et de celle des documents d’archive conduit à formuler un certain nombre d’hypothèses pour reconstituer les étapes de construction et de transformation de cet atelier entre 1870 et 1923.

A l’origine, l’usine possédait deux entrées, l’une donnant sur le chemin de Sainte-Marthe et l’autre sur le boulevard de la Bougie3. Au fur et à mesure de la transformation de l’usine, les deux rues intérieures ont été remplacées par des constructions et les deux entrées ont été obstruées.

Bâtiments 1

Leur existence est ancienne, même si le plan de 1870 ne les figure pas. L’acte de vente aux enchères de 1873 donne des précisions. Il liste les différentes parties de l’usine (cf. annexe 1). La mention, en tête de cette liste, du logement « élevé d’un étage sur rez-de-chaussée » et du magasin en rez-de-chaussée peut faire penser aux dispositions actuelles. L’usine serait décrite en partant de l’ouest, là où se trouvait l’entrée principale. À l’époque, l’entrée se serait donc faite en plein air par une voie assez étroite (1b) située entre le logement (1a) et le magasin (1c).

La construction qui a remplacé l’entrée, avec son couvrement très original, est plus tardive. Cette succession inclinée de voûtains de briques est vraisemblablement postérieure au plafond en béton et pavés de verre qu’elle jouxte (8b) et qui peut avoir été un état antérieur de l’entrée de l’usine.

Bâtiment 2

Le bâtiment 2 a connu de nombreuses transformations. On peut imaginer qu’à l’origine n’existait que la partie 2a, de deux étages. Cette hypothèse repose d’une part sur ce qu’on déduit des plans des années 1870-1880, mais aussi, et surtout, de l’examen du mur longeant le boulevard. Ce mur semble à première vue homogène. Les moellons à tête dressée sont semblables sur l’ensemble de l’élévation. On n’y voit pas de collage, les joints sont uniformes. Pourtant, deux indices permettent de comprendre que ce mur a fait l’objet de reprises. L’ensemble du bâtiment 2 développe une succession de piliers portant poutres et fermes. Sur le boulevard, les piliers de la partie 2a sont saillants, alors que ce n’est pas le cas en 2b. On retrouve cette même saillie le long de la partie 2a dans l’ancienne rue intérieure, au nord du bâtiment 7a. L’espacement entre les piliers (5 m) est également spécifique.

En outre, cette élévation nord comporte, au niveau du bâtiment 6, les vestiges en briques de l’encadrement d’une ancienne porte cochère et d’une petite porte piétonne qui correspondent à l’ancienne entrée donnant sur le boulevard.

On peut donc sans doute en conclure que l’uniformité apparente de l’élévation nord n’est pas un signe de son homogénéité mais qu’elle résulte d’une reprise pratiquée au cours du 20e siècle.

L’élévation nord enseigne également que le deuxième étage qui occupe partiellement le bâtiment 2a est postérieur à cette reprise.

Cette élévation n’est pas le seul endroit où se lit l’histoire complexe de ce bâtiment qui pose bien d’autres problèmes. En 2b, le plancher du premier étage et les piliers qui le supportent sont en béton. Encore une fois, il n’est pas possible de dater cette intervention. Il ne fait pourtant guère de doute qu’elle est antérieure à 1923, comme l’ensemble des parties en béton de cet atelier (voir bâtiment 8).

On note à ce sujet les caractéristiques impressionnantes des planchers du bâtiment 2. La partie en béton, à l’ouest, est constituée de solides et nombreuses poutres. L’espacement entre chaque poutre mesure 1,25 m et leur hauteur varie de 45 cm dans les travées latérales du plancher en béton à 60 cm dans sa partie centrale. La partie est du bâtiment, qui a conservé son plancher en bois, a des poutres encore plus resserrées. Une photographie ancienne montre que l’étage de ce bâtiment était dévolu, dans la première moitié du 20e siècle, à la solidification du savon après cuisson, dans de grandes mises de séchage. Le poids colossal que représentaient ces mises explique la nécessité renforcer le plancher.

Les piliers qui supportent les poutres de béton ont eux aussi été nettement renforcés, confirmant que la structure en béton a été insérée à l’intérieur du bâtiment d’origine, sans que celui-ci n’ait été détruit pour être reconstruit.

À l’exception de la partie surélevée, la toiture est assez homogène.

Sous la partie 2a, et se prolongeant sous le bâtiment 6, se trouve un long sous-sol rectangulaire renfermant 7 cuves en tôles d’acier rivetées de 12 m3 de capacité. Il peut s’agir des cuves ayant servi à stocker le savon liquide avant son transfert dans les mises au premier étage. Ce sous-sol est postérieur à la suppression de l’entrée donnant sur le boulevard de la Bougie et peut dater de l’aménagement de la savonnerie.

Bâtiment 3

Il remonte vraisemblablement à 1870. Il ne comporte qu’un étage et n’a que peu été transformé. C’est là qu’est installée, à partir des années 1920, une unité de traitement des huiles et corps gras inférieurs utilisant notamment des graines noires et des huiles de poisson4.

Bâtiment 4

À l’origine, le bâtiment 4 accueillait la chaudière et la machine à vapeur nécessaire au fonctionnement des pompes. Il comportait une cheminée détruite vers 19495. Les archives concernant les déclarations d’appareils à vapeur montrent que Louis Régis possède en 1882, dans sa savonnerie du chemin de Sainte-Marthe, une chaudière fabriquée à Marseille par le constructeur Obanel. On peut suivre grâce aux archives l’évolution de ces chaudières jusqu’en 19236. La machine à vapeur est probablement supprimée vers 1925 et la chaufferie principale transférée de l’autre côté du ruisseau. Le bâtiment 4 est alors transformé pour accueillir deux petites chaudières, un évaporateur et un autoclave servant au traitement des corps gras d’origine animale mis en place à partir de cette date dans le bâtiment 3. Il faut sans doute dater des années 1930 l’installation dans ce bâtiment des réservoirs d’huile et de soude.

Bâtiment 5

Le bâtiment des chaudrons est vraisemblablement le résultat de l’extension vers l’ouest d’une construction déjà présente en 1870. En effet, la partie 5a correspond assez bien au plan de Louis Lan, et on retrouve les piliers faisant saillie au droit du mur, à l’intérieur comme à l’extérieur.

La partie 5b, en revanche, en est dépourvue. En outre, seule la partie 5a possède un sous-sol. Il est difficile de dater l’extension, tout comme il est difficile de dater l’installation des chaudrons. Il est possible que l’installation des chaudrons remonte à la transformation de la stéarinerie en savonnerie en 1873-74.

Le toit a subi des modifications. Le lanterneau qui couvrait la partie 5a a été supprimé vers 19677.

Bâtiment 6

Construit vraisemblablement à la place de l’entrée qui donnait sur le boulevard de la Bougie (voir supra) après 1873.

Bâtiment 7

Les photographies aériennes de 1923 montrent que les bâtiments 7a et 7d existaient déjà, tout comme existait la surélévation correspondant aux deux grandes cuves (7b), là où se trouvaient avant les années 1950 les pompes nécessaires à l’envoi du savon liquide jusqu’à l’étage des mises. La partie 7c n’était peut-être pas encore couverte.

Les toitures ont bien évolué. La partie 7a a conservé sa toiture d’origine, si ce n’est que le lanterneau qui la couvrait a été réduit de moitié. La toiture de la partie 7d, percée elle aussi d’un lanterneau, a été détruite à la fin des années 1950. Les parties 7c et 7d ont alors été recouvertes de la charpente métallique qui est encore en place.

Il n’est pas exclu que la rue intérieure ait été occupée par des constructions dès 1874, au moment de l’aménagement de la savonnerie. On l’a vu, le 24 octobre 1874, Louis Régis achète au baron Louis Nicolas de Samatan une parcelle de 1101 m pour la somme de 6611 F. Cette parcelle longe l’usine au sud, entre le chemin de Sainte-Marthe et le ruisseau de Plombière. C’est une langue de terre de 12,50 m en façade sur le chemin de Sainte-Marthe et 91 m de longueur jusqu’au ruisseau8. Cette acquisition correspond à ce qui va par la suite devenir la cour de l’usine. Elle a peut-être été rendue indispensable par la suppression de la rue intérieure.

Bâtiment 8

Le bâtiment 8 est construit en béton. Il se compose d’une façade disposée de biais, entre le bâtiment des chaudrons et l’élévation sud du bâtiment 1, et d’un plancher. Ce dernier s’appuie sur un alignement central de piliers et sur une ceinture périphérique reposant elle-même sur les structures environnantes. L’ensemble est couvert d’une charpente en bois.

La structure du plancher est la même que pour les parties en béton du bâtiment 2b.

Le toit est aujourd’hui le même qu’en 1923, tout comme le biais de la façade. Ces observations incitent à penser que l’ensemble des structures béton de l’usine est antérieur à cette date.

La partie 8b correspond peut-être à une ancienne entrée de l’usine, avant que la partie 1b ne vienne obstruer ce passage. Les piliers chanfreinés peuvent être plus anciens que le plafond de béton et de pavés de verre qu’ils supportent.

1Plan géométral de la ville de Marseille et d'une grande partie de son territoire... Par Louis Lan, échelle 1/10000e, 1870. 2Pour la localisation de ces différents bâtiments, voir le plan intitulé Repérage des zones étudiées. 3L’existence de cette seconde entrée est confirmée par la retranscription de l’adjudication du 4 juin 1873. Arch. Dép. des Bouches-du-Rhône, 4Q2 4322, enregistrements. 4Arch. Dép. des Bouches-du-Rhône, 5 M 362. 5Une comparaison des photographies aériennes du CDP du 1er juin 1948 et du 6 avril 1950 permet de situer sa destruction entre ces deux dates. 6Arch. Dép. des Bouches-du-Rhône, 2 sup 121 à 125. Le cylindre de la chaudière de 1882 était horizontal, à fond hémisphérique, et avait une capacité de 1,5 m3. En 1896, les successeurs de D. Leca déclarent une chaudière Babcock et Wilcox de 3, 358 m3. 7Il est encore présent sur la photographie aérienne de CDP du 1er mars 1966, mais a disparu sur celle du 1er janvier 1968. 8Arch. Dép. des Bouches-du-Rhône, 4Q2 4380. Enregistrements. Retranscription du 4 novembre 1874 de l’acte de vente du 24 octobre 1874.
Dénominationsatelier de fabrication
Aire d'étude et cantonBouches-du-Rhône
AdresseCommune : Marseille 14e arrondissement
Adresse : 66 chemin de
Sainte-Marthe
Cadastre : 2014 894 E 01 98

Le bâtiment de production du savon est issu de la transformation en savonnerie, à partir de 1873, d'une stéarinerie construite en 1870. Depuis l'ajout de planchers et d'une halle en béton les bâtiments qui forment cet atelier n'ont plus beaucoup évolué. En revanche, la chaîne de production du savon a été entièrement modernisée à partir de 1958.

Période(s)Principale : 3e quart 19e siècle
Dates1870, daté par source
1874, daté par source

L'atelier où se fait la production du savon occupe une surface au sol d'un peu plus de 5000 m2. Il se compose d'un ensemble hétéroclite de bâtiments de 2 ou 3 étages. Les matières premières qui servent à la fabrication du savon sont stockées dans la partie sud-est de l'atelier puis acheminées par un réseau de canalisation au bâtiment des chaudrons où se fait la saponification. De là, le savon liquide est conservé dans de grandes cuves avant d'être acheminé vers l'atomiseur qui solidifie le produit. Différentes boudineuses transforment le savon solide, soit en copeaux de savon (les bondillons) qui peuvent être vendus à d'autres savonneries, soit en cubes de savon de Marseille qu'il suffit alors de faire passer à travers un tunnel de croûtage et des mouleuses pour en faire un produit fini.

Références documentaires

Documents figurés
  • Les successeurs de D. Leca et Cie, chemin de Sainte-Marthe. / Dessin à l'encre sur papier, échelle de 0,005 m p m, 1924. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille. 5 M 362.

  • Savonnerie Leca. Chemin de Sainte-Marthe à Marseille. Plan d'ensemble et de masse de l'usine. / Tirage d'un plan du second quart du 20e siècle. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille. 216 W 145.

  • Photographie de l'atelier des chaudrons après la Seconde Guerre mondiale. / Photographie. Collection particulière.

  • Le savonnier Valentin devant les mises. / Photographie, vers 1950(?), collection particulière.

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