Dossier d’œuvre architecture IA83001474 | Réalisé par ;
  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
fort du Grand-Saint-Antoine
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Var
  • Commune Toulon
  • Lieu-dit Mont Faron

Construction et armement

L’intérêt d’occuper le Mont Faron par des ouvrages de défense dépendant de la place forte de Toulon, non perçu par Vauban, fut mis en évidence pendant la guerre de succession d’Espagne, la prise de Toulon ayant été un des objectifs de la coalition formée par l’Empire, l’Angleterre, la Hollande et la Savoie, en 1707.

La stratégie mise en œuvre par le prince Eugène de Savoie, à la tête de l’armée coalisée de 40.000 hommes qui entreprit le siège de Toulon en juillet 1707, a démontré notamment l’utilité d’ouvrages défensifs contrôlant le passage à l’ouest du Mont-Faron, par la vallée du Las dite gorge de Dardennes ou de Saint-Antoine (toponyme respectif de deux châteaux, le premier au nord de la gorge, vers le Revest, le second, résidence épiscopale, à l’entrée de la même gorge).

Le maréchal de Tessé, commandant en chef de l’armée française des Alpes, chargé de contrer les entreprises militaires terrestres du duc de Savoie et du prince Eugène, écrivait au roi, dans une lettre datée du 12 juillet 1707, que Toulon n’était pas une place, mais un jardin, où l’on n’avait jamais songé aux fortifications du côté de la terre, tandis que tout ce qui regardait la mer était en bon état.

Le 29 juillet, les troupes savoyardes ayant occupé le secteur sud-est du Faron, attaquèrent en contrebas les positions d’Artigues et de Sainte-Catherine, qu’ils purent occuper avantageusement, dominant le camp de Sainte-Anne, retranchement avancé du front nord de Toulon. Renonçant à une attaque frontale du camp de Saint Anne, le prince Eugène partit à la tête de ses Allemands, fit passer ses troupes germano-savoyardes au nord du Faron, par le Revest et Dardennes, pour déboucher par la gorge Saint-Antoine et prendre à revers la position française. Au plus étroit de la gorge, à la hauteur du château Saint-Antoine, cette formation se trouva contrée par une ligne de défense tenue par 3 000 hommes sous le commandement de M. de Barville, dut se retirer au château de Dardennes, avant de revenir à la position initiale de Sainte-Catherine.

Après la levée du siège, l’alerte fut jugée décisive pour les hauteurs d’Artigues et Sainte Catherine qui furent occupées dès 1708 par des redoutes, inégalement pérennes, conçues par le directeur des fortifications de Provence Antoine Niquet. Du côté de la vallée de Dardennes, rien ne fut entrepris avant que la menace d’une nouvelle offensive de l’armée austro-savoyarde contre Toulon, en 1746, dans le cadre de la guerre de succession d’Autriche, ne suscite un effort de fortification préventive, organisé par le maréchal Charles-Louis Fouquet de Belle-Isle.

A cette occasion fut construite sur une hauteur à l’ouest de la gorge, à mi-distance de l’éminence rocheuse du Bau de Quatre Houres, une seule redoute pérenne, le fort des Pomets, tandis qu’un mur de retranchement en pierre sèche était édifié sur la pente ouest du Faron, descendant vers la vallée, au pied de la barre de l’Hubac. Une redoute en pierre sèche, intermédiaire, s’ajoutait au dispositif.

Le fort et la batterie inachevés de Saint-Antoine, 1768-1775

Une carte datée de 1762 1 indique les « redoutes et retranchements » relativement récents et plus ou moins pérennes des abords de la place forte. Pour le secteur ouest du Faron sont indiqués les ouvrages mis en place par le Maréchal de Belle-Isle : « H retranchement en pierre sèche pour barrer la gorge de Saint-Antoine, en partie détruit, I , redoute de St Antoine en pierre sèche au même usage et à peu près dans le même état ». D’après cette carte, et un autre, moins précise, daté de 1759 2, la redoute mentionnée n’occupait pas l’emplacement des futurs forts ou redoutes du Grand et du Petit Saint-Antoine, n’étant pas située sur le versant sud-ouest du Faron, mais de l’autre côté de la gorge de Saint-Antoine, entre cette vallée et le fort des Pomets. Cette redoute « de Saint-Antoine » correspond à celle qui sera désignée par la suite sous le nom de redoute de Landré, comme on le voit sur la « carte des environs de Toulon avec les ouvrages extérieurs relatifs au projet général » de 1768 3, qui présente le « fort Saint-Antoine » à son emplacement définitif, ou sur une autre carte « relative aux projets de 1791 » 4. En 1775, la redoute Landré, en place, et le fort Saint-Antoine, en projet et à peine commencé, sont mentionnés à leur emplacement respectif, dans l’atlas de la place de Toulon, à propos d’un projet théorique de retranchement imaginé alors par l’auteur de l’atlas, Charles-François-Marie d’Aumale, directeur des fortifications de Provence, à partir d’ouvrages et amorces de retranchement en pierre sèche existants : « On appelle gorge de St Antoine le passage compris entre la croupe de l’ouest de la montagne de Faron et le Bau de quatre Houres. Ce passage est fermé par un retranchement susceptible, malgré son étendue, d’une très bonne défense. Sa droite s’appuye à une masse de rochers escarpés de la montagne de Faron qu’on appelle Bau du midy. Il y a dans cette partie de difficile accès deux batteries en amphithéatre qui flanquent efficacement la fuite de la ligne. Le canon y seroit aisément amené du fort de St Antoine en pratiquant un chemin à mi-côte qui seroit presque de niveau (…)ce chemin ne serait pas moins utile pour retirer l’artillerie dans le cas où le passage serait forcé, le retranchement projeté barre ensuite les deux chemins qui arrivent du valon des Favières et de Dardenne, traverse la rivière de Las dans l’endroit ou son lit est le plus étroit, et gagne la hauteur de St Landré ou il est soutenu par une grande redoute qui porte ses feux sur les deux avenues de Dardenne et du vallon des Favières. Il lie cette redoute avec le fort des Pomets qui ferme l’avenue du village de ce nom (…) Ce retranchement, tel qu’il vient d’être décrit, n’existe pas en totalité, mais les circonstances du terrain en indiquent le tracé à ne pouvoir s’y méprendre et il serait au besoin de la plus facile et la plus prompte exécution. » 5

D’après une source fiscale, la première acquisition de terrain sur le site du futur fort du Grand Saint-Antoine aurait été réalisée dès1755 par le département de la Guerre 6.

Le projet général pour la défense de Toulon, mis au point par le directeur des fortifications de Provence Nicolas Milet de Monville en 1763-1764 sous le contrôle du Lieutenant-Général Pierre-Joseph de Bourcet , ingénieur en chef des fortifications du Dauphiné, propose, dans le détail, en janvier 1764 : à l’ouest du Faron, un projet de redoute pour 500 hommes au Grand Saint-Antoine, avec redoute d’appoint en contrebas, au Petit Saint-Antoine 7. Cette même année 1764, le domaine militaire sur le site du futur fort s’accroît à la faveur d’acquisitions de terrains privés, moyennent une somme de 6480 livres 4 sols 10 deniers.8 Le même projet est représenté deux ans plus tard, le 31 janvier 1766, pour une réalisation en 1767. Des plans de 1768 expriment ce projet 9, dont l’exécution n’a pas commencé, incluant celui d’une seconde redoute d’appoint dans le même secteur, plus au sud-est, dite des Jésuites. Le fort de Saint-Antoine est prévu comme un assez petit ouvrage de plan pentagonal irrégulier allongé fossoyé avec un unique bastionnet à l’angle droit du front d’entrée, contenant un magasin voûté à l’épreuve. Comme pour le projet du fort Faron, les bâtiments militaires sont d’une part « adossés au revêtements, voûtés à l’épreuve, avec plate-forme au-dessus », un autre, plus haut, coupant la cour en deux à l’arrière du front d’entrée, étant qualifié de « cavalier voûté à l’épreuve avec plate-forme au-dessus et citerne au-dessous ». Une galerie de contrescarpe à feu de revers est proposée au front d’entrée, de même qu’un chemin couvert formant une place d’armes à l’entrée, avec un glacis. Autre point commun avec le projet contemporain du fort Faron, un dehors d’artillerie important, relié au fort par une communication en caponnière, est proposé à l’opposé du front d’entrée : il n’est pas qualifié de lunette mais seulement de « pièce » ; c’est un vaste ouvrage détaché à flanc de pente, au pied du glacis, de plan régulier évoquant une demi-lune (deux faces et deux flancs symétriques), avec trois étages de parapets échelonnés en profondeur pour des tirs assurant « la défense du passage de la gorge de St Antoine ».

Ce fort n’est pas prévu isolé, mais raccordé à un retranchement « appuyé au rocher de la montagne », en forme de chemin couvert ou de parapet, avec deux branches, l’une montant vers le nord et l’autre partant vers le sud-est.

Le mémoire descriptif des ouvrages de la place forte de Toulon, inclus dans l’atlas de cette place rédigé en 1775 par Charles-François-Marie d’Aumale, donne quelques indications sur les « Grand et Petit forts Saint-Antoine » 10, mais sans y joindre de plans, le principe de l’atlas étant de ne figurer que des ouvrages existants, et ceux-ci « ne sont ni faits ni arrêtés, on conserve les dessins seulement en projet » Leur mission est définie tout d’abord : «… trois ravins partagent la montagne du côté de la ville en quatre parties, la première, à l’orient, est gardée par le fort de Saint-Antoine et sa redoute séparée par le ravin de Touras ; ces deux établissements ont encore pour objet de la gorge St. Antoine, porter des feux en avant dans l’avenue entre la redoute de Malbousquet et la montagne d’Arène et du côté des Pomets ». Plus loin, le directeur des fortifications revient sur le fort en projet et sa redoute, précisant leur configuration et l’amorce d’exécution qu’ils ont reçues : « On a du voir dans la description quelle doit être l’utilité d’un fort qui est commencé et qu’on appelle fort St Antoine sur un plateau au-dessous du Bau de Midy. Sa position ne peut être dans aucun cas ni négligée ni abandonnée. Quoiqu’on vienne de dire qu’il est commencé, l’intérieur n’est cependant encore que creusé et les déblais en sont assez considérables. L’enceinte de ce fort dans lequel il y a projet de construire bâtiment et citerne, sera nécessairement allongée ; un des côtés verra dans la gorge ; le tête se présentera depuis le fort des Pomets jusqu’à la montagne des Arcs, même plus loin, et pour que les effets de cet emplacement portent des coups plus certains, on pourra faire une pièce basse au dessous de la tête en forme de lunette à plusieurs étages de feux ; leurs effets en seront d’autant meilleurs qu’ils seront plus plongeants. Le petit fort St Antoine qui ne doit être qu’une redoute de cinq côtés est placé beaucoup plus bas que celuy ci-dessus, plus près de la ville d’environ 300 toises, et n’est encore que préparé par des commencements de déblais. Un de ses côtés fera augmentation à la défense de la gorge de St Antoine, un autre découvrira depuis la hauteur des arènes jusqu’à celle de Malbousquet (…) il y a de même projet d’y faire trouver citerne et bâtiment. En attendant qu’on puisse s’occuper des travaux de ces deux forts, il a été fait d’avance en dehors aux dépens du roy des bâtiments qui servent de magasins pour outils, travailleurs et tout ce qui doit servir aux différentes constructions. »

Les deux ouvrages, respectivement « fort Saint-Antoine » et « redoute Saint-Antoine » sont portés sur une carte imprimée établie d’après le relevé des défenses de la place en 1793 par le lieutenant-colonel du génie Boullement de la Chesnaye, qui participa à la reprise de Toulon sur les Anglo-Espagnols11.

On doit en conclure que les infrastructures de ces deux redoutes ébauchées avaient pu être utilisées et adaptées comme fortification de campagne.

Les travaux du Petit Saint-Antoine semblent avoir été un peu plus avancés qu’ils ne sont décrits en 1775, après cette date ; en effet cet ouvrage pentagonal à usage de batterie annexe apparaît délabré mais abouti, avec banquettes de terre organisées, sur les plans des années 1830-1840.

En revanche, la construction du fort du Grand Saint-Antoine conformément au projet de 1768 n’a pas dépassé le stade du creusement de ses fossés à même le rocher aplani, définissant complètement ses contours, mais sans aucune structure maçonnée en élévation. Il apparaît ainsi en 1810, à l’occasion d’un projet de remise en état de défense ponctuelle des fortifications du Faron. Le projet de 1768 est alors repris à l’identique par l’officier du Génie Duhamel de Querlonde, mais sa réalisation est différée, au bénéfice immédiat d’un retranchement sommaire en pierre sèche sous forme d’un mur au tracé tenaillé avec front d’entrée bastionné avec fossé précédé d’un tambour, le tout « autour de l’emplacement du fort à y construire par la suite »12.

Croquis du plateau Grand St Antoine indiquant le projet de retranchement à pierres sèches autour de l'emplacement du Fort à y construire par la suite. 1811.Croquis du plateau Grand St Antoine indiquant le projet de retranchement à pierres sèches autour de l'emplacement du Fort à y construire par la suite. 1811.

Le plan de 1810 montre aussi un bâtiment militaire à l’extérieur du fort, à droite de l’extrémité du chemin d’accès, qui correspond aux « bâtiment » que d’Aumale signalait en 1775 avoir été faits « d’avance en dehors aux dépens du roy (…) qui servent de magasins pour outils, travailleurs et tout ce qui doit servir aux différentes constructions ». Cette configuration rappelle évidemment celle de la caserne retranchée du Faron édifiée en 1766-1768 à proximité du chantier du fort Faron, à cette différence près que le bâtiment associé au chantier du fort Saint-Antoine n’est ni retranché ni projeté comme caserne, encore que sa forme s’y apparente ; il évoque davantage un bâtiment qui existait aussi en 1775 à côté de la caserne retranchée du Faron et servait au chantier du fort.

Les plans postérieurs à 1810, notamment ceux des projets du nouveau fort à partir de 1840, montrent que le retranchement en pierres sèches d’après 1810 et le bâtiment extérieur de 1768, étaient tombés en ruines. Autant qu’on peut en juger, le retranchement en pierre sèche enveloppant le fort avait un plan moins régulier que prévu, et comportait deux murs successifs au front d’entrée, le premier enveloppant le bâtiment extérieur.

Sur le plan topographique nivelé de l’ensemble de la place forte de Toulon, dessiné pour le projet de 1841, le fort existant, inachevé et ruiné, est nommé « fort du Grand Saint-Antoine ou fort Rouge ».

Le fort neuf du Grand Saint-Antoine, 1841-1845

Le commencement des travaux du fort du Grand Saint-Antoine est proposé précisément pour l’exercice 1841, sur un projet dont les bases avaient été fixées par la délibération du Comité des fortifications du 29 novembre 1836 qui avait voté 400.000f pour le fort du Grand Saint-Antoine et 150.000fr pour la redoute du Petit Saint-Antoine.

D’après cette délibération, et selon les observations du chef du génie, le fort du Grand Saint-Antoine a pour but principal « d’éloigner l’investissement et de prêter un appui considérable à la défense de l’Ouest de la place de Toulon. Cette position porte l’investissement au-delà de la montagne du Faron ; avec le fort des Pomets mis en état, les deux forts et leurs postes avancés rejetteront l’investissement au-delà du Croupatier ». En cas de perte du fort des Pomets, le Grand Saint-Antoine, qui est défilé de 700m de distance, vers les hauteurs des Jésuites et de Lesteau, et à 1400m de la hauteur des Pomets, assurerait l’essentiel de la défense arrière de Toulon à l’ouest. Cependant, « L’insuffisance (des vues) du fort du Grand Saint-Antoine a lieu vers le pied du plateau sur lequel il est assis ; elle est en partie compensée par l’action de la batterie du Petit Saint-Antoine, par celle du retranchement qui doit lier le fort aux rochers de Lesteau (soit vers le nord et les hauts du Mont Faron). » Le principe du retranchement proposé en 1768 est donc toujours d’actualité, au moins en ce qui concerne sa branche nord.

Le projet de 1841 apporte par ailleurs plusieurs modifications au premier parti défini après novembre 1836 : « On a réduit le nombre des fronts afin de leur donner plus d’étendue et d’assurer l’effet du flanquement ; On a agrandi les bastions. Les flancs ont 6m de crête. Les bastions 2,3,4 (front de tête) sont bâtis en contrebas de l’enceinte générale, afin d’assurer leur défilement et d’être plus maître de régler convenablement la hauteur des escarpes. Les parapets sont en maçonnerie faute de terre, ils ne peuvent d’ailleurs être battus que de loin par le canon, ils ont l’avantage de permettre des feux plus plongeants. On a diminué les dimensions de la caserne, et, au lieu de combler les fossés anciennement préparés autour de son emplacement, on les met à profit pour faire de cette caserne un réduit défensif… » 13.

Les fossés « anciennement préparés » mentionnés correspondent à ceux du fort de 1768, qui se retrouvent en partie à l’intérieur de l’enceinte du fort projeté et qu’il est question de conserver une partie pour retrancher la façade d’entrée de la caserne interne au fort.

L’entrée du fort telle que définie en 1836 a aussi été modifiée. Le chemin se trouve plus complètement couvert jusqu’au fort, « avec abris fournis par la tenaille (de l’enceinte en pierre sèche de 1810) et la contrescarpe ».

« On trouve sur place, pour la construction du Grand Saint-Antoine, une grande quantité de moellons provenant des travaux faits en 1768 et antérieurement »

Le projet dessiné en avril 1841 par le garde du génie Clerc, d’après des croquis du chef du génie Louis, n’est qu’un dessin inabouti en ce qu’il n’indique pas les positions des batteries qui sont prévues sur les courtines et sur les bastions. Il montre un fort pentagonal asymétrique avec un bastion à chaque angle, le front de gorge ou d’entrée (côté est) encadré de deux bastions de plan losangique rappelant l’unique bastion du projet de 1768, tandis que les trois bastionnets (2,3,4) du front de tête (ouest), disposés en « couronné » sont des pentagones à angle obtus en capitale. La caserne casematée incluse, assez monumentale avec ses deux étages, reprenant le principe du bâtiment formant cavalier appliqué simultanément au fort Faron, est adossée au front d’entrée et retranchée de la cour intérieure par un fossé particulier, réemploi d’un segment du fossé de 1768. L’implantation générale projetée de ce nouveau fort est très différente de celle du fort ébauché de 1768 : l’ancienne emprise fossoyée de ce dernier, reconnaissable sur les plans, encore qu’exprimée comme une carrière, est recoupée à mi-longueur par la nouvelle enceinte, qui en incorpore la partie postérieure, tandis que l’ancien front d’entrée avec son unique bastion reste extérieur et très en avant du nouveau. Il est précédé par les ruines des murs du retranchement tenaillé et de la caserne de 1810. Le fort de 1768 était de proportions allongées en profondeur, le nouveau dessein est à la fois plus vaste et plus large que profond.

Dans un mémoire de 1841 sur la place de Toulon, le directeur des fortifications E Sicot14 donne un avis sur le projet du Fort du Grand Saint-Antoine : « Le comité a réduit à 400.000 francs la demande de 500.000 faite pour le fort en 1836. Cette somme sera suffisante pour l’exécution du projet présenté en 1841, et que nous appuyons, sauf les modifications suivantes : rentrer le saillant trop aigu de la batterie (bastion) 1 (…) réduire à 1/9e les plans de défilement 5, 8, 9, 10, 11, 13 et 14 car n’ayant à craindre (…) que des feux de mousquetterie d’un ennemi péniblement posté sur des pentes entre 2 sur 1 et 3 sur 1, il nous semble qu’il suffit de se défiler à 400mètres, surtout pour des batteries aussi petites que ceux situées entre 4, 5 et 1 et pour les courtines étroites qui les relient. Faire des épaulements de batteries en bonne terre meuble pour deux pièces à la demi courtine gauche 4-5, pour quatre pièces à la courtine 3-4 pour deux pièces à la demi courtine de droite 2-3… »

En 1842, le chef du génie Louis présente pour le projet du fort deux dessins concurrents, qui reprennent dans ses grandes lignes le plan du projet de 1841, en lui donnant des proportions moins étirées en largeur, en agrandissant les trois bastions du « couronné » (2-3-4), mieux tracés, et en déplaçant la porte du fort du grand front de gorge est (1-5), au milieu du petit front latéral sud (1-2), surplombant de près les escarpements naturels, avec un épi terrassé portant le coude de la chaussée d’accès, qui aborde la porte presque à angle droit.

Le « projet 2 » de 1842 reste assez tributaire de celui de 1841, avec une moindre profondeur, deux bastions très asymétriques et aplatis (face latérale très courte) encadrant le front de gorge, et une caserne imposante adossée à ce front. Il n’est plus question de réutiliser le reste du fossé de 1768 pour retrancher cette caserne, car on s’est avisé en affinant le projet, qu’il était trop en avant dans la cour. Les banquettes des batteries y sont prévues directement sur les courtines, (ouest 2-3, 3-4, nord 4-5) en partie portées par une série de petites casemates adossées.

C’est le « projet 1 », assez différent et plus moderne pour l’organisation interne, qui sera retenu, avec deux bastions normalement proportionnés et amples aux angles du front de gorge. La batterie, toujours à trois côtés, forme désormais un cavalier qui recouvre des casernements et magasins, traités en casemates enterrées, avec façades sur trois côtés d’une cour centrale. Ce cavalier est dégagé en périphérie par un large chemin de ronde circulant en retrait des courtines. Le projet comporte plusieurs traverses maçonnées recoupant le chemin de ronde nord et des murs fermant la gorge des bastions 2,3,4 sur le chemin de ronde ouest. Ces bastions et la courtine nord comportent aussi des emplacements de tir d’artillerie de moindre portée participant à la batterie du fort, en appoint de la batterie haute du cavalier. Les importantes banquettes de terre talutées de la batterie haute forment parados défilant la porte du fort, à laquelle il est prévu d’adosser un important corps de garde dont l’affectation de l’étage fait un « pavillon d’officiers ».

La réalisation du fort définitif est conforme à ce dessin de 1842, à quelques détails près, certains intégrés dans le projet de 1843, revu avec précision par le nouveau chef du génie de Toulon, le lieutenant-colonel Dautheville, secondé par le capitaine Noël. C’est le cas pour la suppression de la rampe d’artillerie montant de la cour aux banquettes de la batterie haute, remplacée par un escalier. Le bastion 2 (sud-ouest) sera réalisé plus large que prévu, et le pavillon d’entrée, encore proposé en 1843 comme un bâtiment à étage d’un seul tenant surmontant la porte, sera réduit à deux petits corps de garde indépendants. La question du financement de ce pavillon de la porte d’entrée ou pavillon d’officiers est pendante en 1843 : sa réalisation n’est alors possible que si elle est imputée au chapitre des bâtiments militaires, non à celui des fortifications.

Le projet de 1843, pour « terminer le fort du Grand Saint-Antoine » comporte non seulement les glacis du fort, mais aussi la recharge du terrain situé immédiatement à l’est du fort, ensevelissant les vestiges de la partie de l’ancien fort 1768-1810 exploités comme carrière, afin que ce terrain soit profilé comme un glacis, sans repli caché aux vues plongeantes depuis la route montant au Bau de Midi, à la barre de Leydet et à Beaumont, ou sont projetés des ouvrages ou tours relais.

Les plans du projet de 1843 permettent de repérer les parties du fort en cours d’exécution, qui sont encore assez limitées : le fossé, soit le cuvelage mais aussi les escarpes revêtues sont réalisés, de même que la courtine du front de gorge est, sur plus de la moitié de son élévation définitive, les fondations du casernement principal sont en place, mais tout le reste des élévations, maçonnées ou en terre de remblai, demeure à faire.

A propos des escarpes, le rédacteur du projet de 1844 rappelle une circonstance liée à au souci d’économie fréquemment exprimé par le Comité des Fortifications : « Le comité avait voulu que le rocher qui forme la partie inférieure des escarpes sur presque tout le pourtour du fort fut laissé à nu. Lorsque son avis du 3 aout 1843 qui contient cette recommandation parvint à Toulon, la chemise de maçonnerie de toutes ces escarpes était déjà entreprise, et en certains endroits on avait déjà dépassé la cime du rocher. Nous ne pensons pas qu’on doive éprouver des regrets à ce sujet, car on ne pouvait laisser à nu un rocher crevassé et plein d’anfractuosités sans compromettre la sécurité du fort et la solidité du revêtement qui aurait formé la partie supérieure de l’escarpe (…) Quand aux contrescarpes rien n’est commencé et on laisse le rocher à nu partout ou il se présente »15.

En mars 1844, le directeur des fortifications Sicot demande l’imputation d’une somme de 119.000 fr sur la réserve des fonds des travaux extraordinaires, pour « achever le fort en 1844, en ajournant le retranchement qui doit le rattacher au Bau de Midi »16. On notera qu’en 1841, ce retranchement devait s’étendre plus haut que le Bau de Midi, jusqu’à la barre de Lesteau. Le directeur rappelle la dépense faite sur les deux exercices antérieurs pour les travaux du fort, soit 122.724,34 francs sur 1842 et 163.000 francs sur 1843.

L’article 18 des projets pour 1844, présenté par le chef du génie Dautheville, propose, pour le pont levis du fort du Grand Saint-Antoine, le « pont du capitaine Devèze » dessiné par l’officier de ce nom, l’un des capitaines du corps du génie de Toulon17. Ce capitaine est en effet l’inventeur d’un des systèmes de pont-levis à contrepoids roulant (auquel il a laissé son nom) en usage dans la seconde moitié du XIXe siècle, amélioration du système dit « à la Delille », en usage depuis 1812. Ce modèle ne sera finalement pas celui choisi pour la porte du fort, mais il sera tout de même réalisé en 1845 sur le Faron pour la porte de la caserne défensive du Pas de la Masque (dite aussi Lebat, ou Centrale).

[Fort du Grand-Saint-Antoine. Projet final] 1844.[Fort du Grand-Saint-Antoine. Projet final] 1844.

Le Grand et le Petit Saint-Antoine après 1845

Alors que le fort du Grand Saint-Antoine est en cours d’achèvement, rien n’a encore été entrepris à la batterie du Petit Saint-Antoine, restée dans l’état réalisé après 1775, ruiné. Les projets pour 1845 comportent un article consacré à « améliorer le fort du Petit St Antoine », comme batterie d’appui du Grand St Antoine, sur un budget estimé de 115.000 francs 18. Moins ambitieux et radical que le projet pour 1844, qui proposait de « construire le fort du Petit St Antoine », selon un plan quadrangulaire à bastions d’angle du même type que ceux du Grand Saint-Antoine, le projet de 1845, établi par le capitaine du génie Velay sous l’autorité du chef de bataillon Corrèze, nouveau chef du génie de la place, se conforme au plan de base pentagonal de l’ouvrage existant, en y ajoutant des bastionnets très petits, une grosse banquette d’artillerie sur deux fronts, abritant des souterrains casematés pour le logement des troupes et pour la citerne, et une porte à pont-levis. En 1855, le fort du Petit St Antoine est toujours dans le même état et n’a pas été amélioré. Il est déclassé et remis aux Domaines par décision ministérielle du 14 février 188119. Lotie par la suite, la redoute a été détruite au XXe siècle pour laisser place à plusieurs maisons et immeubles résidentiels.

L’état non détaillé des bouches à feu armées de la place de Toulon, en date du 30 juin 1847, donnait un chiffre de douze pièces d’artillerie pour le fort du Grand Saint-Antoine, et de sept au Petit Saint-Antoine20, ce qui tend à démontrer que si cette redoute n’avait alors été ni reconstruite ni améliorée, elle avait au moins été mise en état de servir de batterie, ouverte ou fermée.

En 1873, l’armement du fort du Grand Saint-Antoine est toujours de douze pièces, soit deux canons de 30 livres, six canons de 8 de campagne et quatre mortiers de 22cm. On ignore leur répartition sur les emplacements de batterie, mais il y a tout lieu de penser qu’à part les mortiers, tous garnissaient la batterie haute. Celle-ci a été pourvue de trois grosses traverses-abri non datées qui appartiennent à la campagne générale d’amélioration des fortifications du Faron conduite pour l’essentiel entre 1868 (projets) et 1877. La batterie du cavalier a été réorganisée en 1893

Après une période de relative mise en sommeil de la fonction défensive active, l’armement du fort est entièrement renouvelé en 1933 pour la D.C.A. (Défense contre aéronefs). La batterie haute est alors armée de quatre canons anti-aériens de 90mm , modèle 1926-1930 CCA (côte contre avions) de Marine, avec télémètre et conduite de tir par télépointeur CA et calculateur de tir PCCA (poste de calcul contre avions) modèle 1930. Le fort est donc considéré dès lors exclusivement comme une batterie de D.C.A.

De nouveaux bâtiments (logements, garage) et équipement (lavoir) furent construits dans le fort pour offrir au personnel de la batterie de DCA (le service du calculateur PCCA exigeait à lui seul la présence de six personnes) des commodités et un confort plus moderne que ceux offerts par la caserne casematée de 1845.

En 1942, remise à la Marine au même titre que les autres batteries de DCA de Toulon, qualifiée de batterie n° 14, elle est commandée par le lieutenant de vaisseau Barbet. Après le sabordage de la flotte française le 27 novembre dans le port de Toulon par décision de l’amiral Laborde, le fort Saint-Antoine est pris par l’armée allemande, qui le cède à une garnison italienne, présente sur le site jusqu’en septembre 1943. Les occupants italiens ont déposé les canons anti-aériens de 1933, sabordés, pour les remplacer par quatre pièces de 75 mm CA Modèle 1924 provenant du cuirassé « le Provence » sabordé avec la flotte française dans le port de Toulon. A la libération de 1944, seules les pièces de 90 sabordées étaient encore sur le site ; les opérations de reprises ont occasionné des tirs (de char ?) contre le front d’entrée du fort, qui y ont laissé des impacts.

Durant la seconde moitié du XXe siècle, le fort, abritant des logements alors de construction assez récente, a continué à être gardé, voire occupé de façon résiduelle par du personnel de la Marine. Une partie des archives de la Marine de Toulon a été déstockée dans les casemates de casernement du fort. Depuis les années 2000, toujours propriété de la Marine Nationale, le fort accueille un chantier de réinsertion chargé de travaux d’entretien et de restauration.

Analyse architecturale

Site et implantation générale

Placé sur un replat au sud du contrefort ouest du Faron, à 150m d’altitude, en vue du secteur ouest de la rade de Toulon, le fort du Grand Saint-Antoine est la pièce maîtresse du dispositif défensif qui verrouille la vallée du Las, dite gorge ou vallée de Dardennes, dite aussi anciennement gorge de Saint-Antoine. Dans son état définitif fixé dans les années 1840, la partie de ce dispositif situé du côté gauche de la vallée, soit étagée sur le Faron, et desservie par la montée ouest de la route ex-militaire du Faron, est composée du fort du Grand Saint-Antoine, de la tour et batterie de l’Hubac (en co-visibilité), et de la tour et batterie de Beaumont.

La redoute du Petit Saint-Antoine, au pied de la montagne et à l’entrée sud de la vallée de Dardennes, coiffait une petite éminence isolée à 40m d’altitude. Elle a totalement disparu. Environ 80m en aval d’un virage à droite assez ample de la route du Faron, qui passe au-dessus du front de gorge du fort, le chemin rectiligne d’accès au fort, de 150m de longueur environ, se branche à gauche dans le sens de la montée. L’axe est-ouest de ce chemin, perpendiculaire au front de gorge du fort, aborde latéralement le front d’entrée sud, longe son fossé et forme un coude pour aborder la porte et son pont d’accès.

Vue générale plongeante depuis le chemin d'accès de la tour de l'Hubac; fronts Est et nord, cavalier.Vue générale plongeante depuis le chemin d'accès de la tour de l'Hubac; fronts Est et nord, cavalier.

Plan, distribution spatiale, circulations et issues

Le fort du Grand Saint-Antoine est, avec le fort Faron, l’un des deux ouvrages majeurs du Mont-Faron au sein du grand programme réalisé dans la décennie 1840.

Cependant, à la différence du fort Faron, qui est en quelque sorte l’achèvement perfectionné d’une forte redoute conçue et commencée en 1766-1770 à laquelle on a ajouté des tours bastionnées, le fort du Grand Saint-Antoine est entièrement affranchi du plan et de l’échelle de l’ouvrage ébauché vers 1770 dont il occupe l’assiette.

Il en résulte une conception d’ensemble sans doute plus représentative d’un fort de cette génération 1840, un plan plus ample que celui du fort Faron, avec de véritables bastions, et un programme qui ne fait pas passer la fonction de batterie au second plan de celle de casernement. De plus l’organisation interne dissocie nettement défense rapprochée et tirs de batterie à longue portée.

Le plan d’ensemble de l’enceinte est un pentagone flanqué d’un bastion à chaque angle, plus développé en largeur (90m hors œuvre de courtine à courtine dans l’axe nord-sud) qu’en profondeur (72m dans l’axe est-ouest, de la base à la pointe du pentagone), avec un front de gorge (est) encadré de deux bastions, un front de tête (ouest) en « couronné » à trois bastions, et deux fronts latéraux 21. La mise en application de ce plan de principe n’a pas cherché la régularité géométrique qu’on aurait obtenue en créant une symétrie de part et d’autre d’un axe est-ouest passant au milieu du front de gorge et par l’angle de capitale du bastion central du front de tête. S’adaptant aux contraintes topographiques, ce pentagone idéal est déformé notamment du fait que le front latéral gauche (sud), dans lequel s’ouvre l’entrée du fort, est beaucoup plus court (48m sans les bastions) que le front latéral droit (73m sans les bastions). D’autre part, aucun des cinq bastions n’est identique en plan, du fait d’une certaine variation dans leur taille, l’ouverture des angles d’épaule et de capitale, la longueur des faces.

Fort Saint-Antoine. [Plan]. vers 1900.Fort Saint-Antoine. [Plan]. vers 1900.Front d'entrée sud (1-2) courtine crénelée à décrochements, fossé, porte à pont-levis.Front d'entrée sud (1-2) courtine crénelée à décrochements, fossé, porte à pont-levis.

La seule recherche de symétrie au sein du plan d’ensemble concerne le front latéral gauche (sud), en tant que front d’entrée. La porte du fort y est précisément centrée dans la courtine, et les deux bastions qui l’encadrent (1,2) sont symétriques en apparence, du point de vue du visiteur abordant la porte du fort (qui ne jouit que d’un recul limité), c'est-à-dire en ce qui concerne leur flanc et leur face regardant le sud. En revanche, à partir de l’angle de capitale cette symétrie disparaît, les autres faces et flancs des mêmes bastions s’adaptant à l’ouverture d’angle des courtines attenantes, celle du front de gorge pour le premier bastion (1, angle de capitale en dessous de 90°), et la courtine de gauche du front de tête pour le second (2, angle de capitale au-dessus de 90°).

L’ouverture d’angle rentrant des flancs sur les courtines est constante pour tous les bastions, légèrement obtuse, conforme à la norme en vigueur dans la fortification bastionnée depuis la fin du XVIIe siècle. En revanche le relief (ou longueur) des flancs des bastions n’est pas tout à fait constant d’un point à un autre de l’enceinte : assez important (8m) sur le front de gorge 1-5, il tend à se réduire un peu sur les autres fronts (6,50m au front d’entrée, 7m au front opposé).

Le bastion de l’angle nord-est (4) se distingue par une forte asymétrie (face droite et flanc droit 23m et 7m, face gauche et flanc gauche 14m et 4m), proportionnée d’ailleurs à la longueur respective des deux courtines qu’il flanque. Résultante logique, le plus grand bastion -accessoirement celui dont l’angle de capitale est le plus aigu- est celui (5) de l’angle nord-est (faces de 25m), à la rencontre des deux plus longues courtines du fort, celle du front de gorge (72m) et celle du front latéral nord (42m). Le plus petit est le bastion d’axe du front de tête, flanquant des courtines longues de 26m (gauche) et 33m (à droite).

Le fort est entièrement retranché d’un fossé à contrescarpe revêtue, de tracé tenaillé à angles rentrants obtus au milieu des courtines, angles saillants arrondis à la capitale des bastions.

La porte du fort était précédée d’une place d’armes en épi, dont ne reste que la terrasse aux contours déformés.

Le glacis en pierres coulantes est bien conservé devant le front de tête ouest, où il est très pentu ; il n’a jamais été prévu de chemin couvert, et le sentier actuel qui fait le tour de la contrescarpe du fort a été aménagé en entamant le haut du glacis au raccord avec le revêtement de contrescarpe, qui émerge de ce fait côté glacis à la manière d’un mur-bahut.

Front de tête ouest, courtine (4-3), bastion d'axe (3), muret de contrescarpe du fossé, glacis.Front de tête ouest, courtine (4-3), bastion d'axe (3), muret de contrescarpe du fossé, glacis.Façades sur cour Est du cavalier / batterie haute : magasin à poudres, escalier, traverses-abri, casemates.Façades sur cour Est du cavalier / batterie haute : magasin à poudres, escalier, traverses-abri, casemates.

A l’intérieur, deux cours successives décloisonnées desservent en rez-de-chaussée les bâtiments militaires : au revers du front d’entrée, une première cour de dégagement de plan pentagonal dessert les corps de garde encadrant la porte, le magasin à poudres, puis donne accès latéralement à la gorge des bastions voisins et au chemin de ronde qui fait le tour de l’enceinte. Ensuite, et à droite de cette cour d’entrée, s’ouvre la cour centrale du fort, également de plan pentagonal inscrit dans celui de l’enceinte, bordée sur trois côtés (nord, ouest, sud-ouest) par les façades des casernes et magasins que surmonte le cavalier ou batterie principale du fort.

L’organisation défensive du fort est bipartite :

-Le front de tête ouest, qui comporte deux côtés (2-3-4) et le front latéral nord (4-5) sont organisés pour la batterie. Celle-ci est répartie sur deux niveaux et échelonnée en profondeur : batterie basse dans les quatre bastions concernés (2-3-4, moitié gauche du bastion 5), batterie haute à trois côtés, pour les tirs à plus longue portée vers le nord, l’ouest et le sud-ouest, sur le cavalier superposé aux casemates de casernement et de magasins sur cour intérieure centrale. Un chemin de ronde d’artillerie circule entre les deux batteries.

-Le long front de gorge est (1-5), face aux pentes montantes de la montagne, et le front d’entrée sud (1-2) sont simplement crénelés, voués essentiellement à la défense rapprochée pour l’infanterie.

Front de gorge Est (1-5), vue intérieure du flanc droit du bastion nord-est (5) et de la courtine crénelée.Front de gorge Est (1-5), vue intérieure du flanc droit du bastion nord-est (5) et de la courtine crénelée.

Cette logique défensive, liée au fait que l’assiette rocheuse du fort n’est pas plane, mais déclive d’est en ouest, justifie un nivellement inégal des escarpes : Le fossé du front de tête (cote alt. 142,30m) règne plus de 8m en contrebas du point le plus haut de celui du front de gorge (cote alt. 150,90m), cette importante différence de niveau étant compensée par le pendage des fossés des fronts latéraux. Le niveau de la cour intérieure, ou rez-de-chaussée du fort, est de plain pied avec le fond du fossé du front de gorge. On notera accessoirement au raccord de ce fossé du front de gorge (est) et du fossé nord, la présence d’un seuil vertical de près de 2m de hauteur avec mur de soutènement dans le strict prolongement de la face gauche du bastion 5. Ce mur bas recoupant le fossé, construit d’un seul tenant avec le revêtement du bastion, avait été conçu pour former le soubassement du départ du mur de retranchement projeté en 1843 jusqu’au Bau de Midi, mais ce dernier n’a jamais été réalisé.

Les fronts hauts crénelés, de gorge (1-5) et d’entrée (1-2)

Le dénivelé du fond de fossé se répercute sur les hauteurs du revêtement d’escarpe, tant sur les courtines que sur les bastions, de manière assez diverse : la courtine du front de gorge, le flanc et la face rampante gauches du bastion sud-est (1) sont les parties les plus hautes du revêtement, le flanc et la face rampante droite du bastion nord-est (5) en étant légèrement décrochés. Cette haute élévation murale de la courtine en particulier, non remparée vers l’intérieur, où elle domine la cour du fort de plus de 8m (et d’autant le fond du fossé), ne forme à proprement parler qu’un parapet percé d’une série continue de créneaux de fusillade battant le fossé. Ce niveau de tir d’infanterie est desservi par un chemin de ronde dont le sol est porté 2,20m au-dessus de la cour sur une étroite banquette, ce qui a permis de percer les créneaux assez haut dans l’élévation murale pour qu’ils soient hors de portée d’un ennemi susceptible de tenter de les obturer depuis le fossé par des planches dressées. Au dessus de ce niveau de crénelage, le surcroît très considérable de hauteur murale (Fig. 08) n’a d’autre utilité que de servir de parados à la batterie haute du fort, pour la défiler des vues et des tirs à courte portée d’un ennemi qui aurait pu aborder le fort par la gorge.

Côté gorge, les pentes montantes régularisées artificiellement en glacis ne permettaient pas à un ennemi de prendre position, excepté dans le tournant de la route militaire du Faron (plus étroite en 1845 qu’aujourd’hui) qui passe immédiatement au dessus de ce front, à 80m de distance. Cette position sur la route même, face à laquelle la courtine Est joue efficacement son rôle de parados, mur-bouclier ou mur-écran, ne pouvait en tout état de cause être utilisée comme batterie pour une artillerie de siège ennemie qui eut pu battre en brèche ces élévations relativement fragiles. D’autre part les positions plus lointaines et plus hautes de la montagne offrant des plongées sur le fort et ses batteries, insuffisamment défilées par la courtine-écran, notamment le Bau de Midi et la barre de l’Hubac, étaient occupés, ou devaient l’être, par d’autres ouvrages du système défensif du Faron (tour et batterie de l’Hubac, en co-visibilité optimale) qui découvraient et défendaient à distance les abords du fort.

Le front latéral sud, ou front d’entrée du fort, dont on a vu la composition symétrique en plan, répercute la déclivité non par une arase rampante, mais par plusieurs décrochements verticaux successifs « en crémaillère ». Le premier décrochement, de 2m, au droit de l’angle de capitale du bastion sud-est (1), terminant sa face gauche rampante (qui a déjà fait perdre environ 1m d’élévation), est suivi de la face et du flanc droits du même bastion, arasés à l’horizontale. Un second décrochement, de 1,50m environ, affecte la courtine au tiers de la distance qui sépare le flanc du bastion (1) de la porte du fort, en sorte que la partie centrale de cette courtine règne en arase horizontale sur une longueur de 19m environ (la courtine est longue de 30m en tout) jusqu’au décrochement suivant, également d’environ 1,50m. Le flanc du bastion sud-ouest (2) par lequel commence la partie de l’enceinte occupée par la batterie, est lui-même décroché d’environ 1m du dernier segment de courtine ; ce décrochement correspond à la transition entre le parapet d’infanterie maigre et crénelé de la courtine sud, et le parapet d’artillerie plus épais et plus bas du bastion.

Front de gorge crénelé Est, caserne casematée et front d'artillerie nord, vus depuis l'intérieur du bastion 5.Front de gorge crénelé Est, caserne casematée et front d'artillerie nord, vus depuis l'intérieur du bastion 5.

Le crénelage de ce front d’entrée comporte trois décrochements de niveau : dans le bastion sud-est (1) il est au niveau du terre-plein de ce bastion, surélevé de la cour (soit du rez-de-chaussée) d’environ 2,20m. Ce terre-plein, et ce niveau de crénelage s’étendent au revers de l’amorce de la courtine jusqu’au premier décrochement d’arase de celle-ci, qui coïncide avec le début de l’adossement intérieur des deux corps de garde de l’entrée du fort. De ce point, le crénelage se décroche pour passer au niveau du rez-de-chaussée (sol cour), où il se tient jusqu’aux abords flanc du bastion sud-ouest (2), où il remonte d’un mètre. De chaque côté de la porte, trois de ces créneaux sont desservis depuis l’intérieur des corps de garde, les trois suivants, vers le bastion 2, étant percés dans un simple parapet.

La face et le flanc droit du bastion sud-est (1) sont, de plus, équipés d’un chemin de ronde d’arase sur arcades desservi par un escalier droit partant du terre-plein intérieur, le long du flanc. Ce chemin de ronde circule au revers de la partie haute non crénelée du parapet garde-corps, permettant des vues et des tirs de fusillade par-dessus ce parapet ; son extrémité est dessert deux créneaux hauts percés dans le surcroît d’élévation de la face gauche du bastion. Les trois arcades assez profondes portant ce chemin de ronde dans le bastion servent de niche d’accès aux créneaux des faces et flancs droits, selon un principe qu’on retrouve appliqué sur les fronts de gorge et de tête du fort Faron. Le chemin de ronde sur arcades se continue sur la courtine d’entrée (1-2), descendant en escalier de 1,20m environ au droit du premier décrochement, passant le long des pignons du toit des corps de garde adossés, et, entre ces deux corps de garde, sur une arche surbaissée formant arrière-voussure de la porte du fort. Outre leur fonction porteuse du chemin de ronde d’arase, les sept arcades-niches, y compris celles des deux travées des corps de garde et celle de la porte, constituent une armature donnant à la partie élevée de la courtine et des faces et flanc droits du bastion 1 une solidité et une résistance balistique que les murs seuls, simples parapets surhaussés, n’avaient pas. Ce système de contreforts intérieurs (qui rappellent celui, enterré, des revêtements de la fortification bastionnée depuis le XVIe siècle) répondait au fait que ce front d’entrée sud était plus exposé que le long front de gorge, à des tirs ennemis à longue portée.

Du reste, cette façade d’entrée du fort, face droite du bastion 1 comprise, porte une vingtaine d’impacts spectaculaires d’obus, certains rebouchés au ciment d’autres laissés en l’état, qui datent de 1944.

Il convient de préciser que dans les trois flancs de bastions assurant le flanquement des courtines crénelées sud et est, soit le flanc droit du bastion nord-est (5). et les deux flancs du bastion sud-est (1)., une embrasure à canon s’intercale dans la série des créneaux, assurant les tirs de flanquement réciproque à moyenne portée en enfilade des faces des bastions (1,2,5), jusqu’au-delà de la contrescarpe. Il faut ajouter à ces trois embrasures de flancs une quatrième, au milieu de la face droite du bastion sud-est (1) qui s’intercale dans la série des créneaux qui battent le chemin d’accès à la porte, pour des tirs de moyenne portée vers le sud.

La porte à pont-levis du fort n’est pas incorporée à un bâtiment d’entrée à étage, comme il était proposé en 1843-1844, mais simplement encadrée côté cour par les deux pavillons ou corps de garde symétriques. De ce fait, elle est réduite à une simple arcade d’entrée avec encadrement architecturé vertical se détachant en léger relief sur la courtine du fait du fruit de celle-ci ; cette porte n’a pas d’autre profondeur, dans sa partie couverte, que celle procurée par l’arcade qui porte le chemin de ronde d’infanterie, jouant le rôle d’arrière-voussure. Ce manque de profondeur couverte, résultant de l’abandon du projet de bâtiment d’entrée à étage, est responsable du rejet du système de pont-levis du capitaine Devèze, proposé en 1844, qui nécessite un développement trop important en profondeur des rampes de roulage sinusoïdes ou en doucine des contrepoids. Le système de pont-levis en place, « à la Poncelet » (en usage depuis 1820) a été retenu pour la facilité de l’intégration de ses contrepoids, constitués d’un chapelet de lourdes masselottes accroché au bout de la chaîne de levage, descendant verticalement dans un logement maçonné immédiatement au revers de la façade d’entrée, prolongé au sol par une cavité de dimensions réduites.

Porte à pont-levis au milieu du front sud (1-2), élévation intérieure, chemin de ronde et corps de garde.Porte à pont-levis au milieu du front sud (1-2), élévation intérieure, chemin de ronde et corps de garde.

A l’extérieur, le pont-levis est précédé, non d’une arche dormante, mais d’une culée pleine s’avançant dans le fossé, avec à droite un flanc curviligne continuant le revêtement de contrescarpe en accompagnant le tournant du chemin d’accès. Un escalier droit inscrit au raccord du revêtement curviligne de la culée et de celui de la contrescarpe, permet de descendre dans le fossé.

Les fronts bas d’artillerie, front nord (4-5) et front de tête (2-3-4)

Le front latéral nord, en tant que front d’artillerie, caractérisé par un parapet bas à embrasures découvertes et par des terre-pleins et banquettes adossées à l’intérieur du revêtement, commence à l’angle de capitale du grand bastion nord-est (5). Ce bastion, garni comme son pendant du sud-est (1) d’un terre-plein régnant environ 4 m au-dessus de la cour, est, on l’a vu, à l’image du fort entier, ouvrage d’artillerie à gauche, ouvrage d’infanterie crénelé à droite. La face droite rampante de ce bastion, qui perd plus d’un mètre de hauteur de l’angle d’épaule à l’angle de capitale, se retourne dans sa partie supérieure pour former un petit pan coupé au-dessus et en retrait de cet angle aigu, avant de se décrocher verticalement d’environ 2m, au raccord de la face gauche. Le pan coupé est percé d’une embrasure à canon couverte qui faisait déjà partie de la batterie, seule à permettre un tir en direction du nord-est, soit vers les escarpements de la montagne, en enfilade du retranchement projeté et jamais réalisé. Ce principe du pan coupé à embrasure unique à l’angle de capitale se retrouve à la tour bastionnée gauche du front de tête du fort Faron. Dans l’état actuel du bastion (5), les banquettes et positions de tir de la batterie qui régnait de l’angle de capitale au flanc gauche, ont été en grande partie détruites et déblayées, remplacées par une piscine en ciment, en sorte que les deux créneaux de la face droite les plus proches de l’angle de capitale, plus haut percés que les autres, mais aussi l’embrasure couverte de capitale (murée) et la première des deux embrasures découvertes du parapet bas de la face gauche, surplombant de plus de 2m de fond de cette piscine, ne sont plus abordables.

Front nord (4-5) façade posterieure de la caserne, chemin de ronde, batterie basse, traverse.Front nord (4-5) façade posterieure de la caserne, chemin de ronde, batterie basse, traverse.

L’arase rampante qui caractérise le front nord du fort commence avec la face gauche du bastion nord-ouest (5), dont le parapet d’artillerie à deux embrasures est recoupé à l’intérieur, à mi-longueur du front d’une traverse maçonnée, simple mur perpendiculaire (limite ouest de la piscine actuelle) dont la mission était de défiler la position de tir de droite d’éventuels tirs ennemis à longue portée venus de l’ouest. Cette traverse, et la partie gauche du parapet, ont servi d’appui, après dérasement de la banquette de tir, à un lavoir en ciment couvert en appentis établi au plus tard en 1933. L’arase rampante de la face gauche du bastion (5) se continue dans son flanc, lui-même percé d’une embrasure flanquante découverte. Le parapet d’artillerie de la courtine nord (4-5) qui fait suite, après une remontée verticale d’environ 1m de haut (liée à un mur de traverse en retour d’équerre sur lequel on reviendra), poursuit l’arasement rampant de ce front nord, sur une pente descendante régulière. Ce parapet de la courtine est jalonné de trois embrasures découvertes correspondant à autant d’emplacements de tir nichés en renfoncement revêtu dans l’épaississement intérieur en terre du parapet.

Le terre-plein qui règne entre cette courtine et le revêtement du cavalier de la batterie haute, forme, en arrière des positions de tir, la branche nord du chemin de ronde d’artillerie desservant l’ensemble de la batterie basse, laquelle, cette courtine exceptée, n’est implantée que dans les bastions. Ce chemin de ronde contourne les talus de terre de la batterie haute ou cavalier, qui ne s’appuient sur un revêtement maçonné émergeant en surcroît que dans cette branche nord, soit dans la partie de ce cavalier qui recouvre le casernement casematé. Ce mur en surcroît, sorte de façade postérieure des casemates, haute de deux à trois mètres, accueille les fenêtres qui donnent du jour au fond de chaque casemate. Ce segment nord de la batterie basse et du chemin de ronde est cloisonné à ses deux extrémités par un mur de traverse analogue à celui de la face gauche du bastion 5. Le projet de 1843 comportait quatre murs de traverse séparant les trois positions de tir de la courtine, car on craignait, du fait de la pente descendante de ce front d’est en ouest, les effets néfastes d’un tir d’enfilade ennemi à longue portée venu de l’ouest. A l’exécution, les deux traverses extrêmes ont été jugées suffisantes. Elles sont percées d’une porte appuyée à la façade postérieure du casernement, livrant passage au chemin de ronde d’artillerie.

Le front de tête du fort, soit deux courtines et trois bastions (2-3-4), partie basse de l’enceinte se distingue avant tout par la position surbaissée (d’environ 2m) des batteries des bastions et de leurs parapets par rapport au chemin de ronde d’artillerie et aux parapets des courtines. Cette particularité se combine avec la présence de murs crénelés fermant la gorge de ces bastions, en continuité de niveau du parapet des courtines, qui n’est, lui, ni crénelé, ni percé d’embrasures, mais simplement bordé vers l’intérieur d’un petit talus en terre portant un chemin de ronde d’infanterie.

En arrière, le chemin de ronde d’artillerie de la batterie basse est suffisamment large entre le pied du grand talus du cavalier et le parapet, pour dégager l’emprise en décaissement de rampes d’artillerie qui descendent dans les batteries des bastions en passant sous une arcade ménagée dans le mur de gorge crénelé. L’accès du bastion sud-ouest (2) n’est pas une rampe mais un simple passage de plain-pied, car la gorge de ce bastion ne donne pas sur le terre-plein du chemin de ronde contournant ce cavalier, qui s’interrompt juste avant, mais sur la cour d’entrée du fort (niveau rez-de-chaussée), plus basse d’environ 2m.

A la gorge de ce même bastion 2, le mur crénelé continue directement le parapet crénelé qui termine la courtine du front d’entrée sud (1-2). A l’autre extrémité du front de tête, le mur crénelé fermant la gorge du bastion nord-ouest (4) part en retour d’équerre, et en continuité de niveau d’arase, de la traverse gauche de la courtine d’artillerie nord, le tout dominant nettement le bastion. Partant de ces deux amorces, les trois murs crénelés de gorge des bastions (2-3-4) se relient en continuité avec les parapets des courtines intermédiaires, à un niveau d’arase constant dominant de 1,50m à 2m la tablette du parapet des bastions. Il en résulte, sur ce front de tête, la présence d’un chemin de ronde d’infanterie sur banquettes (aujourd’hui en partie déblayées) qu’on pouvait rendre continu en lançant des passerelles au-dessus des portes des rampes d’accès aux bastions ; ce chemin de ronde circulant en surplomb et en retrait des terrasses d’artillerie des trois bastions comme un retranchement isolant ces terrasses. On observe que le crénelage est réservé à la partie du parapet à chemin de ronde correspondant au mur de gorge des bastions, pour permettre des tirs d’infanterie des défenseurs vers l’intérieur des batteries, sans doute dans l’hypothèse où un ennemi parviendrait à y pénétrer par les faces depuis le fossé22.

L’organisation interne des batteries des bastions du front de tête est mal conservée, du fait de l’érosion ou du déblaiement volontaire des banquettes, mais les embrasures ouvertes des parapets témoignent des emplacements de tir d’artillerie : du sud au nord, les bastions n°2 et n° 3 en comportent quatre trois, dont un dans chaque flanc (pour le flanquement réciproque à moyenne portée) et un par face ; le bastion asymétrique n°4 en comporte cinq, un par flanc, un dans la face gauche, deux dans la face droite.

Si l’on fait le décompte des emplacements de tir à moyenne et longue portée de la batterie basse et de l’enceinte du fort en général (en comptant les embrasures de flanquement des fronts hauts crénelés), on atteint un total de 34 embrasures, dont cinq couvertes.

Le cavalier est à la fois composé des casemates de casernement et de magasins, et de la batterie haute qui les recouvre. Il s’organise, autour de la cour centrale du fort qui en forme la gorge, en trois segments à peu près parallèles aux trois courtines des fronts (2-3-4-5) occupés par la batterie basse, la batterie haute doublant l’action de cette dernière par des tirs exclusivement à longue portée. Cette batterie haute, en exécution du projet de 1844, n’a pas d’autre accès qu’un escalier droit sur arcs-boutants montant le long des 6m de hauteur de la façade sur cour du segment sud-est. Le renoncement à la rampe d’artillerie initialement proposée (incompatible avec un revêtement vertical côté cour formant façade) signifiait que la batterie était armée une fois pour toutes de pièces sur affût fixe ou tournant, non de canons sur affût de campagne à roues.

La batterie haute n’a conservé de son organisation des années 1870-1890 que ses trois magasins sous traverses voûtés en berceau, un sur chaque segment, les terres des traverses proprement dites ayant été déblayées. La distribution se fait, au débouché de l’escalier d’accès extérieur, par une coursive assez étroite régnant en haut des façades sur cour, munie d’un garde-corps en fer, qui passe devant les façades des magasins de traverse.

Batterie haute ou cavalier, détail de la carcasse du calculateur de tir PCCA modèle 30 de 1933.Batterie haute ou cavalier, détail de la carcasse du calculateur de tir PCCA modèle 30 de 1933.

Il subsiste surtout de la batterie, sur le reste dégradé des banquettes d’artillerie, des cuves bétonnées circulaires correspondant aux affûts tournants modèle 1931 CCA (côte contre avion) des pièces d’artillerie anti-aériennes de 90 mm modèle 1926-1931, la cuve du télépointeur ( ?), des niches à munitions à portes de fer, et surtout la plate-forme ou cuve mirador en ciment armé, de plan octogonal du calculateur de tir tournant PCCA modèle 30, sur laquelle subsiste la carcasse en fer de l’engin de précision (dégarnie de ses optiques et accessoires de commande). Cette plate-forme octogonale à garde-corps est surhaussée et son soubassement creux comporte un puits central descendant sous le PCCA jusqu’à une casemate de la caserne, et comportant une issue ou regard au niveau du sol des batteries. Ce dispositif était destiné au passage des câbles d’alimentation électrique, reliant générateur au calculateur, et ce dernier aux pièces d’artillerie dont il déterminait très précisément les axes de tir. La plate-forme octogonale était flanquée d’un local carré couvert en béton, abri PDT (poste directeur de tir) lequel a été démoli après 1996. L’escalier monobloc encore en place accédant à la plate-forme desservait aussi ce local.

Les restaurations en cours par le chantier de réinsertion ont remonté des maçonneries en moellons de facture traditionnelle sans grande pertinence sur le contour circulaire des cuves des affûts tournants des pièces de la DCA de 1933.

La caserne casematée du fort, d’une capacité d’hébergement de 120 hommes, est enterrée sous les segments nord et ouest du cavalier. Le corps de caserne principal, conforme au projet de 1843-1844, adopte un schéma en plan propre aux casernes défensives de forts ou corps de garde défensifs de batterie de côtes de cette décennie 1840, particulièrement féconde. Long de 56 m (est-ouest), pour une profondeur de 19 m, il comporte quatre grandes casemates médianes transversales voûtées en berceau brisé, larges de 6 m, hautes sous voûte de 4 m, et aux deux extrémités une travée de même largeur subdivisée en trois petites casemates d’axe longitudinal, dite travée de culée parce que les murs de refend et les voûtes des petites casemates contrebutent le voûtement des grandes.

Caserne casematée sous batterie haute, façade sur cour (sud), vue de l'aile ouest du cavalier.Caserne casematée sous batterie haute, façade sur cour (sud), vue de l'aile ouest du cavalier.

La distribution interne se fait par une communication longitudinale en corridor passant au milieu des murs de refend. Les trois casemates de culées communiquent entre elles à partir de la casemate centrale.

La façade sur cour est haute de 6 m en moyenne, car son arase n’est pas horizontale, mais très légèrement rampante, en montée d’ouest en Est. Les quatre casemates médianes, logement pour la troupe, y débouchent sous la forme d’une arcade refermée d’un mur de remplage percé d’une porte et une fenêtre (porte à droite pour les deux casemates de droite, à gauche pour les deux de gauche) et dégageant un jour de tympan horizontal en segment de cercle calé en haut de la voûte. La caserne comporte une façade latérale à l’Est, en retour d’angle légèrement obtus de la façade sur cour, donnant sur la rampe d’accès au bastion 5 et à la batterie basse, façade percée d’une fenêtre par petite casemate de culée ; ces petites casemates étaient affectées à des chambres de sous-officiers, l’une d’elle est munie d’un haut conduit de cheminée émergeant du talus de la batterie haute. Cette façade latérale est plus élevée que les autres mais arasée irrégulièrement en pignon selon le profil des banquettes de la batterie haute. La caserne comporte aussi, on l’a vu, une façade postérieure basse en retour d’angle arrondi de la façade latérale, donnant sur le chemin de ronde d’artillerie du front nord et recouverte par le talus de la batterie haute. Le fond de chacune des quatre grandes casemates médianes prend jour dans cette façade par une fenêtre haute axée, juxtaposée à une cheminée dont le conduit émerge discrètement sur l’arase.

Les trois casemates de culée de l’ouest, qui étaient des magasins, sont en arrière du retour de façade sur cour, entièrement enterrées sous la batterie, sans prise de jour directe. Elles surplombent la citerne du fort, divisée aussi en trois travées. Deux autres casemates de mêmes dimensions et de même axe qu’elles leur font suite au sud, et s’ouvrent dans le court pan de façade sur cour du segment ouest du cavalier, traitées de la même manière (mur de remplage à porte et fenêtre, jour de tympan), que les quatre grandes casemates du corps de caserne principal. La seconde de ces casemates est surplombée par une des traverses à magasins de la batterie haute, mais sans communication verticale. Dans le projet de 1843, ces deux casemates étaient prévues moins profondes, et celle de gauche (sud) devait servir de cuisine ; celle de droite, près de l’angle des façades sur cour, est superposée au citerneau et abrite le puisard par lequel on tirait l’eau de la citerne.

Le segment sud-ouest du cavalier ne recouvre pas de locaux souterrains dans les deux premiers tiers de son développement. Sa façade sur cour, aveugle, est assez largement occupée dans ce secteur par l’escalier montant, sur deux arcs-boutants et culée, à la batterie haute. Le dernier tiers de ce segment, individualisé par un ressaut du mur de revêtement, plus haut d’1,50m que le reste de la façade, est occupé par le magasin à poudres du fort, dont la salle voûtée en berceau (capacité de 8400 kg), parallèle par son grand côté au mur de façade sur cour, mesure 7m sur 4,50m. Donnant au sud-est, sur la cour d’entrée, presque en vis-à-vis de la porte du fort, la façade d’entrée du magasin est précédée d’un avant-corps couvert en appentis servant de sas, qui n’était pas prévu au projet de 1843-1844. Un couloir d’isolement enveloppe les deux côtés de la salle du magasin (sud-ouest et nord-ouest) qui sont entièrement enterrés sous le cavalier ; ce couloir débouche à un bout dans la façade sur cour, par une petite porte cintrée, à l’autre bout dans le sas, à gauche de la porte de la salle des poudres. Celle-ci est munie dans chacun de ses deux murs latéraux, de deux évents en chicane caractéristiques, donnant d’une part sur la cour, d’autre part dans le couloir d’isolement.

Les deux pavillons ou corps de garde symétriques de l’entrée adoptent un plan carré d’environ 8m de côté, dégageant une aire intermédiaire d’environ 4,50m de large pour le passage d’entrée du fort. Peu élevés, couverts d’un toit à deux versants avec mur-pignon au nord, côté cour, percés de deux fenêtres semblables, ces deux petits édifices comportent une salle principale rectangulaire qu’éclairent les deux fenêtres nord avec porte d’entrée sur le passage d’entrée (celle du pavillon est, très remanié, est supprimée). Au sud, cette salle est séparée par un mur de refend, avec porte axiale, d’un local voûté sans profondeur desservant trois des créneaux de la courtine, qui n’est rien d’autre qu’une des niches-arcade portant le chemin de ronde du front d’entrée. L’état réalisé est tellement revu à la baisse par rapport au bâtiment d’entrée à deux niveaux proposé jusqu’en 1844, qu’on ne voit pas dans le fort d’emplacement approprié pour les chambres d’officiers qui étaient prévus à l’étage de ce bâtiment. Faute d’indication contraire, on peut admettre que le pavillon à gauche en entrant était le « corps de garde de l’officier » (assurant le commandement du fort) prévu à cet emplacement dans le projet ambitieux non réalisé, et que celui de droite était, comme prévu également, le logement du concierge.

Le fort ne comporte pas d’autre bâtiment militaire antérieur à une date avancée du XXe siècle. A droite de la cour intérieure, un bâtiment d’habitation de plan rectangulaire (20,20m x 6,77m) en béton armé à deux niveaux sous toit terrasse, est implanté de telle façon qu’il bloquait le départ de la rampe montant au terre-plein du bastion 1. Une aile basse de même facture, également de plan rectangulaire, à usage de garage, est greffée du même côté de la cour et dans le même axe en retour d’équerre de la façade du corps de caserne. Un passage large de 8m réservé entre ces deux bâtiments permet de maintenir un accès commode à la rampe montant au bastion 5, dans lequel sont installés le lavoir, jadis couvert en tôle ondulée, des cabines de douche (détruites), et la piscine déjà mentionnée, et au chemin de ronde de la batterie basse .

Autre adjonction : un local de plan carré en béton adossé au chemin de ronde de la courtine d’entrée et au pavillon corps de garde de droite (est) entre ce pavillon, sur lequel il fait saillie, et le bastion 1. Enfin des cloisons de remplage refermant les arcades-niches de tir du flanc et de la face droites du même bastion.

L’ensemble de ces bâtiments et aménagements, toujours en usage et plus ou moins remaniés, a été réalisé pour le service de la batterie de DCA de 1933 ; ils sont bien visibles sur une photographie aérienne du fort prise en 1946 23.

Structure et mise en œuvre

Le fort du Grand Saint-Antoine est, sur le Mont Faron, l’ouvrage de sa génération le plus luxueusement construit. Ses revêtements d’escarpe chemisent entièrement le socle rocheux depuis le fond du fossé au lieu de le laisser en partie apparent dans les secteurs de l’enceinte où l’affleurement est le plus haut (front de tête). Les parements de ces revêtements sont majoritairement réalisés en moellons de pierre blanche dure soigneusement équarris tête dressée, calibrés et assisés, au point de former un appareil entre moyen et petit de carreaux de hauteur d’assises régulière (front de tête) ou décroissante en trois hauteurs de bas en haut (grande courtines du front de gorge), qui ne se différencie d’un parement en pierre de taille que par l’imperfection des joints, assez épais, et de la finition en tête.

Parement du front d'entrée sud.Parement du front d'entrée sud.

Le front ou façade d’entrée du fort, dont on a vu qu’il avait fait l’objet d’un soin particulier, par la recherche de symétrie qui le caractérise, et par le traitement de la dénivellation des arases en décrochements verticaux, se distingue au surplus par ce qu’il est entièrement parementé en moyen appareil de pierres de taille de même veine fini à la boucharde, parfaitement régulier dans ses assises, à peu près équivalentes en hauteur à celle des parements réguliers moins soignés des autres fronts. On note la présence de discrètes chantepleures sur une à deux assises de ces parements, au niveau des sols en terre-plein intérieurs. La transition des deux qualités de parement ordinaire se fait à gauche du front d’entrée (vu de dehors), curieusement, sur la face droite du bastion 2, et non au droit de l’angle de capitale du même bastion, alors que du côté droit, le beau parement en pierre de taille du bastion 1 s’étend à sa face gauche, qui est bien en vue du chemin d’accès à la porte du fort. Ces particularités témoignent d’un souci de mise en valeur « esthétique » de cette façade d’entrée.

Les parements de la face intérieure des murs-parapets et parapets de l’enceinte, courtines et bastions, bien visibles dans la partie haute de l’enceinte vouée à l’infanterie (front de gorge, partie droite du bastion 5, front d’entrée) du fait de leur haute élévation peu ou pas remparée, sont de mise en œuvre plus médiocre, en moellons plus sommairement équarris et dressés, mais toujours correctement assisés. Cette mise en œuvre caractérise aussi les murs crénelés de fermeture de la gorge des bastions, attenants aux parapets.

La qualité de mise en œuvre des maçonneries des parements ordinaires s’altère encore plus avant dans l’intérieur du fort, pour les murs de traverse, les trois façades de la caserne casematée et les murs de façade sur cour, magasin à poudres, mur de profil de la batterie. Toutefois, cette mise en œuvre médiocre en petits moellons n’était pas destinée à être vue, mais revêtue d’un enduit couvrant qui est encore en place sur la quasi-totalité des façades des bâtiments donnant sur les deux cours ou sur le chemin de ronde, et constituait le parement proprement dit. Dans le cas particulier de la façade de la caserne casematée et de celle des deux casemates supplémentaires, l’enduit masque totalement le contour de l’arcade structurante du débouché en façade des travées voûtées, gommant le raccord de cette arcade et du mur de remplage ; en revanche, il souligne en bandeau la fenêtre haute horizontale en arc de cercle.

La pierre de taille dure est employée pour les chaînes en harpe des angles saillants (bastions, parapets), avec, pour les murs d’enceinte un gabarit deux fois supérieur aux pierres de parement ordinaire, ce qui permet de faire concorder régulièrement deux assises de ce parement ordinaire avec une assise de pierres d’encoignure.

La pierre de taille règne aussi pour l’ensemble des tablettes couronnant les parapets de maçonnerie et les façades extérieures de la caserne casematée et murs de profil en raccord avec les talus en terre de la batterie haute. On différencie les tablettes larges appareillées et profilées en talus des parapets d’artillerie épais, tablettes moins talutées ou plates (front d’entrée, front de gorge), pour les parapets d’infanterie plus maigres, y compris les murs de gorge des bastions. Les tablettes plates sont aussi employées pour l’arase, parfois rampantes, des murs d’enveloppe de la caserne, et pour celle du surcroît en bahut du mur de contrescarpe du fossé du front d’entrée. Assez analogues aux tablettes plates sont les dalles de sol des chemins de ronde d’infanterie maçonnés (courtine du front d’entrée et bastion 1, coursive de la batterie haute en haut de façade sur cour) et les marches d’escalier ; les arcs boutants de l’escalier de la batterie haute sont également clavés en pierre de taille.

Les pierres d’appareil qui forment l’encadrement des fentes ébrasées des créneaux de fusillade ou celui, ébrasé vers l’extérieur sous voûte segmentaires, des embrasures couvertes, sont plus hautes que les assises du parement ordinaire, en sorte qu’il n’y a pas concordance avec ce parement, même dans la façade d’entrée tout pierre de taille. La plupart des créneaux ont d’ailleurs un jambage formé d’une unique pierre posée de chant. L’embrasure du pan coupé de l’angle de capitale du bastion 5 a fait l’objet d’un soin particulier, avec le talus triangulaire sur l’angle saillant qui prolonge son appui.

Une veine de pierre de taille plus tendre, et plus jaune, est employée pour les façades des bâtiments militaires, chaînes d’encoignure sur cour, évents du magasin à poudres, encadrement harpé à plate-bande des portes et fenêtres rectangulaires des casemates et des deux pavillons ou corps de garde de l’entrée du fort. Ces deux pavillons sont les seuls bâtiments du fort qui soient couverts d’un toit sur charpente à versants revêtus de tuiles-canal, couverture portés en saillie sur une gênoise sur les rampants du pignon. Les façades sur cour des bâtiments en question, magasin à poudre compris, ont toutes une plinthe de deux à trois assises en pierre de taille.

On note un emploi limité de la brique. Elle apparaît pour les arcs de tête des voûtes de couvrement des arcades-niches du chemin de ronde de la courtine et du bastion 1 du front d’entrée (y compris celle faisant arrière-voussure de la porte, et l’arc boutant portant l’escalier dans le bastion), alors que les piédroits sont en pierre de taille et le gros des voûtes en moellons. La brique est employée remarquablement dans les murs-parapets d’infanterie fermant la gorge des bastions à usage de batterie, pour l’encadrement des créneaux de fusillade et pour l’arc des passages d’entrée des bastions (jambages en pierre de taille), soigneusement mise en œuvre (arcs extradossés, chaînes de jambages harpées). On trouve aussi des briques à l’encadrement des portes de sortie du couloir d’isolement du magasin à poudres et à celui des portes des magasins de traverses de la batterie haute. Ces traverses-abri de la génération 1870 se distinguent par le parement de moellons équarris assez rustique de leur façade, et par l’arc de tête de la voûte en berceau (enduite) du magasin, nettement apparent en façade malgré le mur de remplage. L’arc segmentaire de leur porte est souligné d’un larmier moulé en ciment.

Les revêtements de contrescarpe du fossé sont en majeure partie réalisés en pierre sèche, dans un bel « opus incertum » d’assez gros gabarit. Seule la contrescarpe du fossé du front d’entrée, qui doit encaisser le poids des charges sur roues passant sur le terre-plein du chemin d’accès à la porte, et qui donne naissance à la culée saillante du pont-levis, est maçonnée, dans une mise en œuvre assez médiocre, en blocage de moellons. La partie du revêtement en pierre sèche du fossé du front de tête qui fait l’angle avec celui du front d’entrée a été jointoyée.

La porte à pont-levis du fort, morceau de choix des ouvrages en pierre de taille, est composée sobrement et sa mise en œuvre se distingue de celle des parements de la façade non seulement par la hauteur de ses assises, équivalente à celle des chaînes d’angle, mais par la finition des faces vues, parfaitement lisses et non bouchardées. L’encadrement forme une sorte de chambranle rectangulaire inscrivant l’arcade d’entrée couverte d‘un arc segmentaire dans un tableau en retrait de nu pour l’encastrement du tablier. Les trois claveaux de têtes de l’arc se prolongent d’une seule pièce dans la plate-bande du chambranle. En assise au-dessus de cette plate-bande règne une corniche moulurée surmontée d’une assise d’attique sur laquelle court la tablette du parapet du chemin de ronde. Le pont-levis à la Poncelet donne lieu à la classique fente de passage des chaînes de levage en haut des piédroits du chambranle et, vers l’intérieur, de chaque côté de l’arcade d’entrée, à deux curieux logements saillants verticaux en pierres de taille dans lesquelles jouait verticalement le chapelet de masselottes du contrepoids. Ces logements, un peu dégradés, étaient fermés d’une porte grille. La poulie des chaînes et sa roue de guidage sont conservées en place, ainsi que les contrepoids à masselottes, accrochées dans leur logement, témoins du dispositif démonté du pont-levis « à la Poncelet ».

Détail de la porte à pont-levis, vue intérieure d'un logement de contrepoids du pont ""à la Poncelet"".Détail de la porte à pont-levis, vue intérieure d'un logement de contrepoids du pont ""à la Poncelet"".

Les bâtiments et équipements (cuves de pièces de DCA, lavoir…) de 1933 sont tous construits en ciment et béton armé, parfois avec finition soignée (plate-forme octogone du PCCA), certains éléments d’infrastructures de la batterie sont en parpaings de béton, d’autres en maçonnerie de moellons traditionnelle.

Le fort conserve quelques éléments de second œuvre anciens en fer : les gardes-corps de la culée de contrescarpe du pont-levis, avec barres en croix de Saint-André. Ceux de la coursive de la batterie et du garde corps de son escalier, garnis de grillage, semblent refaits en 1933, comme la grille d’entrée du fort, à la différence d’une intéressante grille défensive ouvrante à barres rayonnantes en quart de cercle qui défend l’entrée de cet escalier. Les fenêtres du casernement sont toutes munies de grilles fixes simples, les huisseries en bois des portes et fenêtres des bâtiments militaires sont sans caractère particulier. On notera en revanche des portes de fer uni, comme celles des niches à munition de la batterie de DCA, une sous-sellette d’une pièce de 90 de cette batterie, hors de son emplacement, les potences de toit du lavoir, et surtout la carcasse du calculateur de tir PCCA, vestige d’un type d’équipement rarement conservé en place.

1Carte des rades et de la ville de Toulon & du Bruscq avec les environs. Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1833), n° 34 2Carte de la rade de Toulon et des environs de cette place. Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1833), n° 27 3Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1834), n° 22. 4Carte de Toulon et de ses environs relative aux projets de 1791 (avec projet d’une série de lunettes d’Arçon en deux ailes ouest et est encadrant la place entre les extrémités du Faron et la côte) Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1838) n° 18. La comparaison peut être faite également avec le plan topographique nivelé de l’ensemble de la place forte de Toulon pour le projet de 1841, figurant avec précision le Mont Faron et la position de la redoute de Landré. Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1858). 5Vincennes SHD, Bibliothèque du Génie, Atlas n° 64, Toulon, par d’Aumale, 1775. 6Recherches sur l’origine des propriétés militaires sur le Faron, effectuées en 1855, plans. Vincennes SHD, 4VT 255 (1-2) 7Vincennes SHD, Vincennes SHD, Art. 8 sect 1 (1 VH 1834)8 Vincennes SHD, 4VT 255 (1-2) 9Carte des environs de Toulon avec les ouvrages extérieurs relatifs au projet général, et Forts extérieurs à la gauche de la montagne de Faron, Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1834), n° 22 10Vincennes SHD, Bibliothèque du Génie, Atlas n° 64, Toulon, par d’Aumale, 1775. 11« Carte des environs de Toulon sur celle de M. Boullement de la Chenaye pour le siège de Toulon en 1793 » imprimé, deb. XIXe s. (coll. les Amis du Vieux Toulon) 12Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1840), n° 28 13Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1858) n° 2 Cahier d’apostilles sur les travaux que l’on propose pour 1841 14Mémoire sur le projet de perfectionnement de la place de Toulon, et sur la répartition des fonds votés pour l’exécution de ce projet, Toulon , le 8 juin 1841, le Directeur des Fortifications E. Sicot ; Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1858), n° 304 15Vincennes SHD, Art. 8 ( 1 VH 1861) 16Vincennes SHD, Art. 8 ( 1 VH 1861) 17 Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1861) Projets pour 1844, fortifications, feuille 14 art. 18 et 19. 18Vincennes SHD, Art. 8 (1 VH 1862), Mémoire sur les projets de 1845 19Vincennes SHD, 4VT 255. Son emplacement, aujourd’hui loti et bâti, ne conserve aucun vestige significatif. 20Vincennes SHD, Artillerie W. 1052, état d’armement des places 1845-1848, renseignement Bernard Cros. 21La profondeur d’un ouvrage est l’espace entre front de gorge et front de tête. Le fait que la porte du fort ait finalement été placée dans un front latéral et non dans le front de gorge, perturbe un peu cette notion. 22Deux des créneaux du mur de gorge du bastion 4 ont été défoncés et remplacés, durant la seconde guerre mondiale ( ?), par la porte d’une structure adossée côté terre-plein du bastion, qui semble avoir été un four. 23Vincennes SHD, Marine, 1946. Communiqué par Jean-Jacques Moulins.

Dans le cadre du projet général pour la défense de Toulon du directeur des fortifications de Provence Milet de Monville, en 1763-1766, est prévu un programme de fortification du Mont Faron. Un projet de redoute pour 500 hommes proposée au Grand Saint-Antoine en 1764 prend forme en 1768 et tarde à être mis en oeuvre : il s’'agit d'’un petit ouvrage de plan pentagonal allongé avec un unique bastionnet à l’'angle du front d'’entrée. Pendant du fort Faron à l'’ouest de la montagne, cet ouvrage reste de la même manière inachevé. Autres points communs : il comporte un dehors d'’artillerie nettement détaché (non exécuté) et un bâtiment de logement d’'ouvriers et de soldats hors enceinte de la redoute. Un nouveau programme d’'ensemble de fortification du Mont Faron, lancé en 1836, comporte la refondation d’'un fort au Grand Saint-Antoine, et la création d’'une redoute d'’appui au Petit Saint-Antoine. Le projet du fort, dessiné en 1841 par le chef du génie A. Louis, réoccupe l'’emplacement de l'’ouvrage antérieur sans en reprendre le plan. La redoute des années 1770 était encore moins achevée que le fort Faron, au point qu'’un retranchement tenaillé en pierres sèches avait dû être construit autour en 1810 pour la rendre défendable. Les matériaux de déblais laissés sur place fournissaient une carrière pour le nouveau fort, implanté en recoupement de l'’ancien, selon un plan pentagonal développé en largeur et non plus en profondeur, avec un bastion à chaque angle. L'’idée du réemploi d’'une portion du fossé de l’'ancienne redoute à l'’intérieur du nouveau fort pour en retrancher la caserne est vite abandonnée, de même que le principe de l’'entrée par le front de gorge, auquel est préférée une entrée dans le front latéral sud, surplombant Toulon. Le projet de 1842 propose une alternative, le parti non retenu comportant encore une imposante caserne dégagée adossée au front de gorge, qui est rejetée au profit d'’une caserne plus petite enterrée sous la batterie haute ou « cavalier ». Le gros des travaux est exécuté entre 1843 et 1845, intégrant des retouches du nouveau chef du génie Dautheville. Le mur de retranchement prévu au nord-est entre le fort et le Bau de Midi est ajourné. En 1847 comme en 1873, l’'armement du fort est de douze pièces d'’artillerie. Vers cette dernière date, trois traverses-abri ont été bâties sur la batterie haute. En 1933, une batterie de DCA de 4 canons anti-aériens avec calculateur de tir est installée dans le fort.

Sur un replat au sud du contrefort ouest du Faron, à 150m d’'altitude, en vue du secteur ouest de la rade de Toulon, le fort du Grand Saint-Antoine est la pièce maîtresse du dispositif défensif qui verrouille la vallée du Las, dite gorge de Dardennes, ou de Saint-Antoine. La redoute du Petit Saint-Antoine, au pied de la montagne et à l'’entrée sud de la vallée de Dardennes, coiffait une petite éminence isolée à 40m d'’altitude. Elle a totalement disparu. L’'enceinte du fort, affranchie de toute contrainte préexistante, adopte un plan pentagonal flanqué d'’un bastion à chaque angle, plus développé en largeur (90m) qu'en profondeur (72m), avec un front de gorge (Est) encadré de deux bastions, un front de tête (ouest) en « couronné » à trois bastions, et deux fronts latéraux, celui du sud étant le front d'’entrée. La géométrie de ce plan est imparfaite, et la seule recherche de symétrie concerne le front d’'entrée : la porte y est centrée, et les bastions semblables en apparence, malgré l’'adaptation au pendage est-ouest du terrain qui impose une élévation rampante de ce front, à la faveur de plusieurs décrochements. Autre soin particulier à ce front : l’'emploi exclusif de la pierre de taille en parement. L'’organisation défensive du fort est bipartite : le front de tête, qui comporte deux côtés (2-3-4) et le front latéral nord (4-5), sont organisés pour la batterie. Celle-ci est répartie sur deux niveaux et échelonnée en profondeur : batterie basse dans les quatre bastions concernés (2-3-4, moitié gauche du bastion 5), batterie haute à trois côtés, pour les tirs à plus longue portée vers le nord, l’'ouest et le sud-ouest, sur le « cavalier » superposé aux casemates de casernement et de magasins sur cour intérieure centrale. Un chemin de ronde d’'artillerie circule entre les deux batteries. Le long front de gorge est (1-5), point haut du site face à la montagne, et le front d’'entrée sud (1-2) sont formés de hauts murs crénelés, voués essentiellement à la défense rapprochée pour l’'infanterie. Les bastions de la batterie sont fermés à la gorge vers le chemin de ronde par un mur crénelé. La caserne, sous l'’aile nord du cavalier, comporte quatre grandes casemates en berceau surbaissé et deux travées de culées tripartites, selon les normes des années 1840. L'aile ouest du cavalier est terminée par le magasin à poudres, en partie enterré. La porte du fort, encadrée de deux pavillons corps de garde sans étage, est équipée d'’un pont-levis « à la Poncelet » (restes). La batterie haute conserve ses trois traverses des années 1870 et la cuve-mirador en ciment de la DCA de 1933, portant encore la carcasse du calculateur de tir tournant.

  • Murs
    • calcaire moellon enduit
    • calcaire moyen appareil
    • brique enduit
  • Étages
    en rez-de-chaussée
  • Couvrements
    • voûte en berceau
  • Statut de la propriété
    propriété de l'Etat
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    inscrit MH, 2014/02/27
  • Précisions sur la protection

    En totalité le fort, y compris les fossés et les glacis (cad. EW 134) : inscription par arrêté du 27 février 2014

  • Référence MH