Dossier d’œuvre architecture IA13006281 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Batterie de côte du Südwall dite batterie de Cavalas
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Martigues
  • Lieu-dit près de la Plaine de Cavalas
  • Adresse route du Vallon de Cavalas
  • Cadastre 2026 DH 26  ; 2026 DE 285
  • Dénominations
    batterie
  • Précision dénomination
    batterie de côte du Südwall
  • Appellations
    batterie de Cavalas
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

I- Historique, topographie et typologie générale

            La construction de cette batterie de la marine allemande (Marine-Küsten-Batterien de  la Kriegsmarine) , dite M.K.B. Cavallas, dans le cadre du Südwall, commença l'été 1943, confiée d'abord au  régiment d'artillerie de Marine (Marine-Artillerie-Abteilung)  611, créé fin décembre 1942. En  novembre 1943, la batterie, armée mais toujours en construction, était prise en charge par un nouveau régiment d'artillerie de Marine dissocié du  611, le Marine-Artillerie-Abteilung  625, en charge de six  batteries, dont elle était la 5ème, et prit le nom de code 5./ M.A.A. 6251, pour l'unité, servie par deux officiers, douze sous-officiers et 137 hommes , le point d'appui  proprement dit, de la catégorie dite  Stützpunkt (Stp) soit point d’appui lourd, étant codée Stp Rhl 049. Cette batterie était la plus lourde et la plus en retrait de la côte de celles de la Kriegsmarine projetées et mises en œuvre dans le secteur de Martigues et Fos, et aussi une de celles créés à neuf sur un site vierge (comme celle de l'Espanet), et non sur le site d'une batterie française préexistante (comme celle de la Couronne).

            L'armement principal se composait  de cinq canons de 21 cm K. 39/40 d'une portée de 30 km (capacité de 3 coups en 2 minutes), placés sur d'amples plates-formes circulaires en béton à ciel ouvert espacées entre elles, toutes incluses dans une large cuve annulaire en partie taillée dans le roc et complétée en pierre sèche, avec abris souterrains associés. Les cuves 2, 3 et 4 sont alignées sur le plateau du point haut du site (97 à 99m d'altitude) , les deux autres un peu plus bas (91m et 84m d'alt.) , de part et d'autre, sur le versant sud. Le poste de direction de tir (leitstand) type Bh19, sur le même versant (à 90m d'alt.) au sud de la cuve 4, appartient à une typologie provisoire définie en février 1942, et non à la typologie définitive Regelbauten dominante dans les batteries du Südwall à partir de 1943.

            La défense antiaérienne fut d'abord assurée, en 1943, par  trois pièces de 2cm Flak 30, puis  au printemps 1944, par la mise en place définitive de trois canons de 3,7cm Flak M.25 (f) dans des cuves type Bh179 et de six canons de 7,5cm Flak 17-34 (f) Schneider français, dans des cuves de type Bh212, avec conduite de tir . Ce dernier sous-ensemble groupé au point culminant (100m d'alt.), au nord des cuves 2 et 3 de la batterie de 21cm, constituait l'Alarmflakbatterie Cavallas. Les cuves des pièces antiaériennes en principe octogonales flanquées d'abris (personnel, munitions, réservoir d'eau de refroidissement), bâties en pierre locale et partie en ciment, relèvent elles aussi d'une typologie parallèle à celle des Regelbauten, les plans-type de principe dans ce cas  n'étant pas fidèlement reproduits dans les constructions réalisées, plus organiques du fait des matériaux employés.

             L'équipement de la batterie était complété par un projecteur de 60cm (pour les tirs antiaériens) alimenté par un groupe électrogène placé sous un abri spécifique, des baraquements pour loger la troupe, un poste de combat couvert à quatre créneaux, un complexe de deux ringstande (tobrouks) communicants, pour mortiers, avec poste d'observation, et de nombreux petits postes de combat individuels découverts avec tranchées d'accès. Deux canons russes de 76,2 mm FK39 (r) hippomobiles assuraient en outre la défense rapprochée du site en 1944.

            L'intensité des bombardements alliés du printemps 1944 entraîna la décision de construire des casemates type Regelbau 683 pour y abriter les cinq canons de 21cm K 39 de la batterie de marine ou batterie principale. A la différence du cas d'autres batteries comme celles du Pharo ou de l'Espanet, où les casemates furent construites à côté des cuves (d'un modèle plus élaboré), le projet plaça les cinq casemates à un autre emplacement, plus bas sur le versant à l'est/sud-est de la batterie existante (80 à 84m d'altitude) , alignées sur un axe est-ouest avec un espacement entre chaque casemates trois fois plus serré que celui des cinq cuves.        

            L'ensemble du dispositif de la batterie, état des lieux et projet, est sommairement figuré sur un plan allemand daté du 17 avril 19442, exprimant la topographie du site par des courbes de niveau. Les cinq cuves de la batterie de 21cm y sont exprimées par un simple cercle assez large, celles des pièces de Flak de la batterie antiaérienne par des cercles plus petits, et les cinq casemates par un contour conforme à leur géométrie. Le petit poste de direction de tir auxiliaire prévu devant ces casemates n'est pas figuré sur le plan. 

[Plan topographique général d'aménagement de la batterie de Cavalas], 1944.[Plan topographique général d'aménagement de la batterie de Cavalas], 1944.

            En juillet 1944, seule les excavations préalables à la construction des casemates étaient réalisées, l'économie générale des travaux du Südwall d'alors ne permettant pas de mettre en œuvre sur ce site  l'important chantier  que  représentaient ces cinq gros ouvrages de béton armé. Servie par un effectif de 213 marins encadrés de trente-cinq sous-officiers et trois officiers, la batterie disposait le 25 juillet d'un complément d'armement léger et de deux pièces supplémentaires de Flak, de 2cm, mais le lendemain, deux des six canons antiaériens de 7,5cm de l'Alarmflakbatterie Cavallas furent enlevées de leurs cuves pour être envoyées dans le secteur de Nice. Bombardée le 13 aout, la batterie fut abandonnée le 21 aout après sabordage des canons de 21cm (d'un poids individuel de 40 tonnes), seules les pièces de Flak, plus légères, ayant pu être évacuées.

            L'état des lieux après la libération est bien lisible en vue générale sur une photographie aérienne verticale prise le 13 octobre 1949. On y repère parfaitement les cinq excavations des casemates non réalisées, aux contours alors bien nets, les cinq grandes cuves des canons de 21cm, alors complètement désarmées, et le groupe des six cuves Bh212 de la batterie antiaérienne de 7,5cm Flak, disposées en hexagone comme sur le plan d'avril 1944. On y repère aussi trois autres cuves plus petites, dans une répartition un peu différente de celle figurée sur le plan. Les deux postes de direction de tir, principal au sud-est et auxiliaire, au sud-ouest y sont aussi visibles, ainsi que quelque rares bâtiments, découverts.

Vue aérienne verticale de la commune de Martigues, quartier de la Plaine de Cavalas], 1949. Détail : la batterie de Cavalas.Vue aérienne verticale de la commune de Martigues, quartier de la Plaine de Cavalas], 1949. Détail : la batterie de Cavalas.

            Trois photographies prises  en 1946 pour l'illustration du rapport d’un officier français sur le mur de l’Atlantique et le Südwall montrent  l'aspect à cette date du poste de direction de tir principal, revêtu d'un rocaillage de camouflage, ainsi que celui d'une des grande cuves encore garnie de son canon de 21cm sabordé, et d'une des petites cuves type Bh179 avec l'affût pivotant  du canon de 3,7cm Flak enlevé3.

[Vues d'une cuve avec canon de 21cm, du poste de direction de tir et d'une cuve de 3,7cm flak de la batterie de Cavalas], 1946.[Vues d'une cuve avec canon de 21cm, du poste de direction de tir et d'une cuve de 3,7cm flak de la batterie de Cavalas], 1946.

            Isolé et désert, le site de la batterie abandonné  n'a pas subi de démolitions volontaires ni de vandalisme dans la seconde moitié du XXe siècle et jusqu'aujourd'hui, les aménagements rapportés, non destructeurs,  se limitant à la mise en place de deux pylônes électriques de ligne à haute tension près de la première et de la quatrième grandes cuves de canon de 21cm, la construction d'une tour d'observation métallique, d'une grande citerne et d'un bâtiment technique.

II- Description

 

            De la batterie de Cavalas, située à 1km au nord de l'agglomération de La Couronne, subsiste la totalité des ouvrages réalisés ou commencés, majeurs ou mineurs, certains à l'état d'ébauche (excavations des casemates) ,  dans un état semi ruiné, disséminés sur une superficie étendue.

            Ces ouvrages et aménagements occupent un éperon partiellement tabulaire de grand axe est-ouest, infléchi sud-est, entre le vallon de Cavalas au nord et celui de la Brègue au sud. La distance maximum entre l'extrémité ouest, occupée par l'excavation de la première casemate et l'extrémité Est/sud-est, occupée par la cinquième cuve de l'ancienne batterie de marine de 21cm4 est d'environ 950m, avec une variation d'altitude de 80 à 100m (voir ci-dessus, partie historique). Dans cette amplitude, les cinq grandes cuves de la batterie de marine, inégalement espacées (de 140m à 180m d'une à l'autre)  sont désalignées, la première et la cinquième implantées plus au sud que les trois médianes. Un chemin de crête principal carrossable dessert ces cinq cuves plus ou moins directement, toutes au sud du chemin , sauf la première, qu'il contourne de près par le sud. Ce chemin de crête est prolongé vers l'ouest, en légère déclivité desservant de la même manière les cinq excavations de casemates, alignées et espacées entre elles d'environ 50m, sur le versant sud en pente modérée. Les six cuves de la principale batterie antiaérienne pour pièces de 7,5cm sont disposées  en hexagone régulier plus large (c. 100m) que profond au nord du chemin et des cuves n°2 et 3 de la batterie de marine. Les nombreux autres aménagements annexes, excepté les abris directement associés aux cuves, sont répartis sur l'ensemble du site, principalement dans l'amplitude occupée par par les positions de batterie de marine en cuves, la partie ouest ayant peu ou pas reçu d'aménagements autres que l'amorce de réalisation du programme tardif et avorté des cinq casemates. Dans ce cadre, en dépit du caractère dégagé et non bâti du site le nombre important de petits équipements ne permet pas d'individualiser chacun et porte à hiérarchiser la lecture des ouvrages, d'autant que la mise en œuvre et la typologie sont moins normatives que dans la plupart des autres batteries de marine du Südwall.

            L'accès principal du site de la batterie se fait par le nord-est, soit dans le vallon de Cavalas, par un chemin partant à l'ouest de la route départementale 49 reliant La Couronne à Martigues. Ce chemin d'abord parallèle à la route, forme une chicane à gauche d'où partait une rampe rectiligne constituée d'une série serrée de traverses de béton armé gravissant à contre-pente le versant nord pour déboucher perpendiculairement sur le chemin de crête qui dessert la batterie. Aujourd'hui dégradée dans sa partie inférieure  mais complète sur la photographie aérienne IGN de 1949, cette rampe monte-charges qui  parait avoir été destinée à porter des rails, ne figure pas sur le plan d'avril 1944, ce qui fait supposer une réalisation tardive liée à l'alimentation en béton du projet de chantier des cinq casemates, et laissée inachevée lors de l'abandon de ce projet.

Infrastructures de la rampe monte-charge d'accès à la batterie, partie rampanteInfrastructures de la rampe monte-charge d'accès à la batterie, partie rampanteInfrastructures de la rampe monte-charge d'accès à la batterie, partie haute, traversesInfrastructures de la rampe monte-charge d'accès à la batterie, partie haute, traverses

            En vis-à-vis du débouché de la rampe et du côté sud du chemin, à peu près à mi-distance entre les grandes cuves n°3 et n°4 de la batterie de marine, une cuve de plan rectangulaire aux murs bâtis  en blocage de pierre brute locale, avec dalle d'appui horizontale en béton  sur son mur de fond (face à la mer), serait l'infrastructure d'un poste d'observation (B-Stelle) pour diriger les tirs des positions de défense antiaérienne du site. Cette cuve est flanquée sur son côté droit d'un abri enterré aux murs de pierre sous dalle de béton armé banché, composé d'une salle et deux réduits.

Cuve carrée en pierre du poste d'observation de la batterie antiaérienneCuve carrée en pierre du poste d'observation de la batterie antiaérienneAbri enterré contigu à la cuve du poste d'observation de la batterie antiaérienneAbri enterré contigu à la cuve du poste d'observation de la batterie antiaérienne

Quelques mètres au nord-ouest de cet équipement et à l'ouest du débouché de la rampe, au bord du chemin de crête, une petite cuve de plan hexagonal flanquée d'une soute-abri enterrée à droite de son entrée présente la même mise en œuvre en blocage de moellons bruts locaux, avec réservation d'une petite niche dans l'épaisseur d'un pan.

Cuve hexagonale en pierre pour canon antiaérien de 3,7cm avec abri latéral enterré. Cuve hexagonale en pierre pour canon antiaérien de 3,7cm avec abri latéral enterré.

Cette cuve est clairement identifiée sur une des trois photographies de 1946 (qui montre au centre un affut pivotant encore en place) comme une de celles qu'armait un canon antiaérien de 3,7cm. Il s'agirait donc théoriquement d'une cuve du modèle Bh179, auquel elle correspond par ses dimensions restreintes (c. 4m de largeur interne), son abri latéral enterré, mais elle se différencie des plans-type publiés de ce modèle par son plan interne hexagone et non octogone, et par l'absence d'abris-soutes à munition en plus de l'abri en place.

[Plans-type allemands de cuves Bh219 et BH212 pour pièces de défense aérienne].[Plans-type allemands de cuves Bh219 et BH212 pour pièces de défense aérienne].

Une seconde cuve analogue, 50m au nord-est de celle-ci et à l'ouest de la rampe, du côté nord du chemin, bien lisible sur la photo verticale de 1949 a perdu ses murs, détruits dans l'état actuel, mais la sous-sellette en béton de l'affût de la pièce de 3,7cm y reste visible avec ses tiges filetées disposées en couronne.

Ruines d'une cuve détruite pour canon antiaérien de 3,7cm, sous-sellette de l'affûtRuines d'une cuve détruite pour canon antiaérien de 3,7cm, sous-sellette de l'affût

A proximité immédiate à l'ouest de cette cuve ruiné, un petit abri rectangulaire semi-enterré contrastant avec les cuves par sa mise en œuvre tout béton armé monobloc, avec accès en escalier, semble pouvoir être identifié à une citerne.

Petit abri béton monobloc enterré près d'une position de défense antiaérienne de 3,7cmPetit abri béton monobloc enterré près d'une position de défense antiaérienne de 3,7cm

            Toujours au nord du chemin mais beaucoup plus à l'est/sud-est, à équidistance entre les grandes cuves n°4 et n°5 de la batterie de marine, un abri technique souterrain est niché dans le versant nord du site, plus abrupt et escarpé en ce point. Son accès côté versant forme un couloir parallèle à la courbe de niveau, à ciel ouvert et couvert à son extrémité d'une dalle de béton, bordé à droite et en partie à gauche d'un mur de revêtement en blocage de moellons bruts local. Le mur de droite  y formant un côté de l'abri comporte un chaînage en béton. L'abri proprement dit assez vaste est compartimenté, était en principe dévolu au groupe électrogène du projecteur de la batterie antiaérienne, mais servait aussi pour le personnel. Ses murs sont presque entièrement en béton (rares portions en pierre), ainsi qu'une partie des cloisonnements, d'autre cloisons plus légères, aujourd'hui largement démolies, étant en briques creuses. La dalle de couvrement est composite : des poutres ou solives en béton armé portent un plafond de bois type traverse de chemin de fer jointives, au-dessus duquel est coulée la dalle.

Mur de gorge en pierre de l'abri souterrain du projecteur/groupe électrogène, avec porte et couloir d'accèsMur de gorge en pierre de l'abri souterrain du projecteur/groupe électrogène, avec porte et couloir d'accès

Intérieur de l'abri souterrain du projecteur/groupe électrogène, salle principaleIntérieur de l'abri souterrain du projecteur/groupe électrogène, salle principaleIntérieur de l'abri souterrain du projecteur/groupe électrogène, cloisonnements en bétonIntérieur de l'abri souterrain du projecteur/groupe électrogène, cloisonnements en béton

            Dans le même secteur sur le versant sud, à environ 70m au sud de la cuve n° 4 et au sud-ouest du chemin, le poste de direction de tir des cinq canons de 21 cm de la batterie de marine est bien conservé. Ses dispositions reprennent en principe celles d'un modèle-type défini en février 1942 codé Bh 195, mais la conception de ce modèle étant antérieure aux modèles-type normatifs  des autres Leitstand de la typologie définitive  Regelbauten réalisés dans le Südwall à partir de 1943, et moins massive dans sa structure, d'importantes variantes caractérisent celui construit à Cavalas. Il s'agit d'un ouvrage en béton armé à deux niveaux étagés en retrait frontal l'un de l'autre conformément à l'usage général pour les postes de direction de tir français et allemands depuis les années 1930. Il se différencie nettement de la typologie Regelbauten par une mise en œuvre beaucoup plus légère et plus économique en cubage de béton employé, limitant l'épaisseur des parois murales et des dalles de couvrement à l'équivalent de celles d'abris bétons ordinaire, à la différence des blocs casematés. Accessoirement, les formes extérieures émergentes de ce poste de direction de tir partiellement enterré côté gorge sont d'un aspect architectural très géométrique à lignes horizontales contrastées, mal intégrée à un site naturel, faute de lignes courbes et d'adoucissement des angles. La partie postérieure à deux niveaux, locaux techniques de soubassement aveugles et étage d'observation et télémétrie à fenêtre panoramique continue en principe sur les quatre côtés (le côté gorge de la fenêtre étant ici bouché), adopte un plan parfaitement carré, couvert d'une dalle fortement débordante en visière, aux angles vifs, plus épaisse que celle du modèle-type Bh 19. Le niveau 1, en saillie frontale, accueillant le poste de veille, adopte un plan à 5 pans, dont un plus court en tête, encadré de deux pans coupés symétriques, ces trois côtés accueillant la fenêtre panoramique sous une dalle de même épaisseur que celle du poste d'observation du niveau 2, mais non débordante.

Poste de direction de tir, vue frontale avec fenêtres panoramiques et dalles de couvrement des niveaux 1 et 2Poste de direction de tir, vue frontale avec fenêtres panoramiques et dalles de couvrement des niveaux 1 et 2

Poste de direction de tir, intérieur du poste d'observation du niveau 2 fenêtre panoramiquePoste de direction de tir, intérieur du poste d'observation du niveau 2 fenêtre panoramique

Poste de direction de tir, intérieur du poste de veille du niveau 1, fenêtre panoramiquePoste de direction de tir, intérieur du poste de veille du niveau 1, fenêtre panoramique

Le dessus de la dalle du niveau 1 règne au ras de l'appui de la fenêtre panoramique du niveau 2. Cette dernière n'est recoupée que des quatre courts piliers d'angle en béton portant la dalle de couvrement, le porte-à-faux de la dalle du niveau 1 étant délesté à mi-longueur des cotés en pan coupé de la fenêtre par un potelet en fer. La partition interne entre le poste de veille du niveau 1 et, à l'arrière le niveau de soubassement aveugle sous le poste de direction télémétrique du niveau 2, comporte un couloir central avec escalier compensant la différence de niveau des deux parties, l'ensemble des parois et couvrement intérieurs étant en béton brut.

Poste de direction de tir, intérieur, couloir central entre poste de veille du niveau 1 et salle arrièrePoste de direction de tir, intérieur, couloir central entre poste de veille du niveau 1 et salle arrière

L'accès unique de l'ouvrage se fait non à la gorge (enterrée) mais par une porte latérale, sur le côté droit (ouest)  descendant en escalier au niveau 1, ce qui est conforme au modèle-type Bh19. Un rocaillage superficiel par incrustation de pierres brutes de petit calibre, destiné à camoufler autant que possible la géométrie des formes subsiste en partie sur la tranche des dalles de couvrement, sur le surcroît mural entre le dessus de la fenêtre du niveau 2 et le dessous de la dalle et sur la souche de cheminée saillant sur la dalle du niveau 2. Ce rocaillage évoque davantage une finition d'architecture pré-brutaliste type Bauhaus qu'un camouflage efficace. En revanche, l'arrière du dessus de la dalle du niveau 2, émergeant peu du terrain, et un petit abri carré en pierre type corps de garde bâti sur une plate-forme à gauche de ce niveau 2 et à l'arrière de l'entrée, sont masqués des vues depuis le chemin de crête par un mur en moellons bruts de plan incurvé apparemment conçu comme une fausse ruine.

Vue arrière et dessus de la dalle du niveau 2 du poste de direction de tir, mur de camouflage en fausse ruineVue arrière et dessus de la dalle du niveau 2 du poste de direction de tir, mur de camouflage en fausse ruine

            Les cinq grandes cuves pour canon de 21cm K. 39/40 des positions de tir de la batterie de marine sont toutes conservées, mais inégalement lisibles. Le contour circulaire de la plate-forme interne, d'un diamètre d'environ 18m, est défini par une excavation modérée taillée dans l'affleurement rocheux pour dégager une aire plane revêtue d'une dalle de béton coulée en plusieurs morceaux, excavation plus ou moins complétée ou remplacée, selon la hauteur résiduelle de l'affleurement, par un large anneau en pierre sèche. Cette enveloppe périphérique tenait lieu de mur de genouillère, justifiant la qualification de cuves pour définir ces positions d'artillerie lourde. Les dispositions de ces cuves présentent d'autres constantes : la première est, au centre de la plate-forme bétonnée, la réservation carrée en creux avec une cornière de calage en acier au quatre angles sur laquelle s'ajustait le bâti en poutrelles métallique du châssis fixe qui portait la plaque tournante formant socle de l'affût du canon. Cette réservation est seul témoin du canon dans les cinq cuves, celle de cuve n°3 actuellement comblée d'un déblai de pierres sèches.

Cuve n°2 de la batterie principale pour canon de marine de 21cmCuve n°2 de la batterie principale pour canon de marine de 21cmCuve n°3 de la batterie principale pour canon de marine de 21cmCuve n°3 de la batterie principale pour canon de marine de 21cmCuve n°4 de la batterie principale pour canon de marine de 21cmCuve n°4 de la batterie principale pour canon de marine de 21cmCuve n°5 de la batterie principale pour canon de marine de 21cmCuve n°5 de la batterie principale pour canon de marine de 21cm

Une autre constante de ces cuves est une tranchée d'accès rectiligne traversant dans un axe rayonnant l'enveloppe annulaire du côté nord, du côté opposé à la mer, les canons n'étant évidemment pas conçus pour couvrir ce secteur. Toujours du même côté nord, quatre des cinq cuves (n°1,2,3,5) comportent une autre tranchée d'axe rayonnant, partant à un quart de circonférence à droite ou à gauche de la tranchée d'accès, cette seconde tranchée étant conçue et creusée pour desservir un abri enterré au service de la position de tir. Dans certaines cuves, la tranchée d'accès dessert aussi un abri.

            Dans le cas de la cuve n°5, un peu en contrebas des autres et sur le versant, le secteur nord de la cuve est plus profond car excavé plus bas, ce qui se répercute sur les deux tranchées divergentes taillées assez encaissée dans le roc. A droite de la tranchée d'accès, celle desservant l'abri longue de plus de 15m, est encaissée de 2 à 3m entre fronts de taille verticaux non parementés. La porte de l'abri s'ouvre au bout de la tranchée à droite; elle est précédée d'une sorte de sas ouvert aux parois de béton banché, couvert d'un plafond en traverses de bois entre deux poutres de béton armé, celle de tête formant linteau à l'entrée. L'intérieur de l'abri, aux parois en béton banché, de plan rectangulaire divisée en deux travées par un mur de refend en béton, plafonnée de même en bois sur poutres de béton.

Cuve n°5 de la batterie principale, anneau en pierre sèche et tranchées d'entrée et d'accès à l'abriCuve n°5 de la batterie principale, anneau en pierre sèche et tranchées d'entrée et d'accès à l'abriCuve n°5 de la batterie principale pour canon de marine de 21cm, détail tranchée d'accès à l'abriCuve n°5 de la batterie principale pour canon de marine de 21cm, détail tranchée d'accès à l'abriCuve n°5 de la batterie principale, détail de la porte d'entrée de l'abri enterréCuve n°5 de la batterie principale, détail de la porte d'entrée de l'abri enterréCuve n°5 de la batterie principale, intérieur cloisonné de l'abri enterréCuve n°5 de la batterie principale, intérieur cloisonné de l'abri enterré

            Les abris de tranchée des cuves n°1, 2 et 3 présentent des dispositions tout à fait semblables, implanté du côté droit ou gauche de leur tranchée.

Cuve n°1 de la batterie principale, tranchée et entrée de l'abri enterréCuve n°1 de la batterie principale, tranchée et entrée de l'abri enterréCuve n°3 de la batterie principale, détail de la porte d'entrée de l'abri enterréCuve n°3 de la batterie principale, détail de la porte d'entrée de l'abri enterréCuve n°3 de la batterie principale, détail intérieur plafond d'un local de l'abri enterréCuve n°3 de la batterie principale, détail intérieur plafond d'un local de l'abri enterré

Cuve n°3 de la batterie principale,  intérieur cloisonné de l'abri enterré et porte vers la tranchée d'accèsCuve n°3 de la batterie principale, intérieur cloisonné de l'abri enterré et porte vers la tranchée d'accès

            Dans le cas de la cuve n° 2, la tranchée desservant  l'entrée de l'abri à gauche n'est pas en cul de sac mais se prolonge au nord, passant sous le chemin de crête à la faveur d'une dalle sur poutrelles de béton (semblables à celles de la rampe monte-charge d'accès au site) jetée sur la tranchée et formant tablier de pont.

Cuve n°2 de la batterie principale, entrée de l'abri enterré et tranchée prolongée au-delàCuve n°2 de la batterie principale, entrée de l'abri enterré et tranchée prolongée au-delàProlongement nord de la tranchée partant de la cuve n°2 de la batterie principale, passant sous le cheminProlongement nord de la tranchée partant de la cuve n°2 de la batterie principale, passant sous le chemin

Le prolongement de cette tranchée au nord du chemin se continue sur une cinquantaine de mètres, pour desservir au passage deux aménagements défensifs, de part et d'autre. Le premier, en position surplombante du côté gauche, est un poste de combat rapproché de plan carré construit en béton et blocage de pierre brute, percé de quatre créneaux ébrasés vers l'extérieur, un par côté, bien conservé à l'exception de la plaque blindée ou dalle qui devait le couvrir.

Prolongement nord de la tranchée partant de la cuve n°2 de la batterie principale, vers poste crénelé Prolongement nord de la tranchée partant de la cuve n°2 de la batterie principale, vers poste crénelé Poste de combat crénelé à l'ouest de la tranchée nord partant de la cuve n°2 de la batterie principalePoste de combat crénelé à l'ouest de la tranchée nord partant de la cuve n°2 de la batterie principale

Le second aménagement, du côté droit de la tranchée nord-sud, en vis à vis du poste de combat carré, est une petite cuve pour canon antiaérien de 2 cm, de plan hexagonal, avec deux issues, une en tranchée étroite au nord descendant vers la tranchée nord-sud, l'autre au sud, plus large formant couloir d'entrée coudé ouvrant vers le chemin de crête. Les murs de ce couloir et le mur de genouillère de la cuve proprement dite, de même hauteur à l'appui, sont parementés en moellons brut de pierre locale liés au ciment.

Cuve en pierre pour canon antiaérien de 2cm desservie à l'est par la tranchée nord Cuve en pierre pour canon antiaérien de 2cm desservie à l'est par la tranchée nord Cuve en pierre pour canon antiaérien de 2cm, au nord du chemin de crête de la batterieCuve en pierre pour canon antiaérien de 2cm, au nord du chemin de crête de la batterie

            A l'est de ces aménagements, sur le point haut en plateau du secteur intermédiaire entre la cuve n°2 et la cuve n°3, au nord du chemin, les six cuves groupées de la batterie antiaérienne de 7,5cm présentent les caractéristiques inspirées du modèle-type de cuve Bh212, mais avec les mêmes importantes variation par rapport aux plans de principe de ce modèle que celles constatées ci-dessus  pour les cuves plus petites et non groupées, plus à l'est, pour canon antiaérien de 3,7cm.

Ensemble de la batterie antiaérienne de six cuves pour canons de 7,5cm, au nord du chemin de crête desservant les battteriesEnsemble de la batterie antiaérienne de six cuves pour canons de 7,5cm, au nord du chemin de crête desservant les battteries

Ces six cuves, toutes identiques, se caractérisent par leur plan intérieur octogonal (large d'environ 6m), leur plan extérieur circulaire et par leur mise en œuvre en maçonnerie de moellons bruts locaux liés au ciment, avec linteaux de baies dalles de couvrement en béton banché, le dessus des dalles revêtu d'un rocaillage de cailloux locaux. La hauteur d'appui de l'enveloppe maçonnée, d'environ 1m, est celle d'un mur de genouillère ordinaire; le revêtement extérieur est en grande partie masqué par un remblai formant talus à terre et pierre coulante. Chaque cuve comporte une ouverture d'entrée, un abri principal à demi enterré pour le personnel, logé dans l'épaisseur murale entre revêtement extérieur et un pan de l'octogone intérieur, avec accès latéral par un couloir-escalier coudé partant d'un angle rentrant, trois petits abris-soutes à munitions de même configuration et mode d'accès, et une niche à munitions horizontale réservée dans un des pans.

Ensemble de la batterie antiaérienne de six cuves pour canons de 7,5cm, au nord du chemin de crête desservant les battteriesEnsemble de la batterie antiaérienne de six cuves pour canons de 7,5cm, au nord du chemin de crête desservant les battteriesPortes d'abris-soutes dans les murs d'une des six cuves en pierre de la batterie antiaérienne pour canons de 7,5cmPortes d'abris-soutes dans les murs d'une des six cuves en pierre de la batterie antiaérienne pour canons de 7,5cmIntérieur de l'abri principal mural d'une des six cuves en pierre de la batterie antiaérienne pour canons de 7,5cmIntérieur de l'abri principal mural d'une des six cuves en pierre de la batterie antiaérienne pour canons de 7,5cmVue partielle d'une des six cuves de la batterie antiaérienne pour canons de 7,5cm, mur en pierre avec et niche et entrées de soutesVue partielle d'une des six cuves de la batterie antiaérienne pour canons de 7,5cm, mur en pierre avec et niche et entrées de soutes

            A l'extrême ouest du site, les excavations destinées à la construction des cinq casemates non réalisés demeurent apparentes, en partie masquées par la végétation. Toutes sont dans le même état, soit une excavation dans le substrat rocheux d'une profondeur modérée (moins de 2m) de plan grossièrement hexagonal, formé de 3 côtés d'un carré et, en tête (face au sud) de trois pans plus court, préfigurant le plan des casemates. L'aire intérieure est revêtue d'une dalle de fondation plane cimentée, les contours sont recouverts d'un déblai périphérique de cailloux plus ou moins régulièrement répartis d'une excavation à l'autre, et en partie tombés dans l'aire intérieure.

Excavation d'une des casemates non réalisées pour la batterie principale de marine, à l'extrême ouest du site Excavation d'une des casemates non réalisées pour la batterie principale de marine, à l'extrême ouest du site Déblai périphérique d'excavation d'une des casemates non réalisées à l'extrême ouest du siteDéblai périphérique d'excavation d'une des casemates non réalisées à l'extrême ouest du site

Le petit poste de direction de tir auxiliaire au moins en partie construit, subsiste aussi à l'état de ruine, la mise en œuvre de son mur maigre en blocage de pierres brutes locales jointe au ciment, rappelle celle des cuves de la batterie antiaérienne et évoque trompeusement la ruine d'une construction pastorale plus ancienne.

Ruines du petit poste de direction de tir auxiliaire en pierre lié aux casemates non réalisées de la batterie principaleRuines du petit poste de direction de tir auxiliaire en pierre lié aux casemates non réalisées de la batterie principale

            Les différents postes de défense individuels à ciel ouvert et le complexe de deux ringstande (tobrouks) communicants pour mortiers, restent apparents et bien conservés sur la périphérie des trois quarts ouest du site de la batterie.

 

1Alain Chazette, Pierre Gimenez, Südwall : batteries côtières de Marine. Port-Vendres-Sète-Fos-Marseille-Toulon,  Vertou, 2009, p 27, 70, 78-80.2Bundesarchiv-Militärarchiv de Koblenz. Publié par Alain Chazette, Pierre Gimenez, Op. Cit, p. 79.3Rapport Pinczon du Sel sur les installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949, Vincennes SHD, Marine, MV 2 DOC 7bis (photos pl. 142/VIII, n° 513  à 515).4La numérotation de principe des cuves et excavations de casemates se fait d'ouest en est, sens de lecture occidental des cartes et vues aériennes plaçant le nord en haut.5Voir plan-type allemand du Gedeker Leitstand Bh 19 publié par Alain Chazette, Pierre Gimenez, Op. Cit, p. 78.

La batterie de Cavalas a été construite à partir de l'été 1943 et en 1944  par l'occupant allemand dans le cadre du Südwall. Batterie neuve classée point d'appui lourd (Stützpunkt : Stp), elle était la plus puissante et la plus en retrait de la côte de celles de la Kriegsmarine projetées et mises en œuvre dans le secteur de Martigues et Fos. En 1944, elle était  la 5e des batteries occupées par le 625e  Régiment d’Artillerie de Marine, codée Stp Rhl 049 - 4./ M.A.A. 625.

L'armement principal se composait, de cinq canons de 21 cm K. 39/40 d'une portée de 30 km, placés sur d'amples plates-formes circulaires en béton à ciel ouvert espacées entre elles, incluses dans une  cuve annulaire en partie taillée dans le roc et complétée en pierre sèche, et complétées d'abris semi-enterrés.

Le poste de direction de tir (leitstand) Bh19, en avant des cuves, appartient, comme lesdites cuves, à un type provisoire défini en 1942, et non à la typologie définitive Regelbauten dominante dans les batteries du Südwall à partir de 1943.

La défense antiaérienne, très importante, était assurée principalement au printemps 1944, par trois canons de 3,7cm Flak M.25 (f) dans des cuves type Bh179 et de six canons de 7,5cm Flak 17-34 (f) Schneider français, dans des cuves de type Bh212. Ce dernier sous-ensemble groupé au point culminant du site (100m d'alt.), à l'arrière des cuves 2 et 3 de la batterie de 21cm, constituait l'Alarmflakbatterie Cavallas. Trois pièces de 2 cm Flak 30 complétait la défense antiaérienne. L'équipement de la batterie était complété par un projecteur de 60cm (pour les tirs antiaériens) alimenté par un groupe électrogène sous abri, et de nombreux postes de combat individuels, dont deux tobrouks.

L'intensité des bombardements alliés du printemps 1944 entraîna la décision de construire des casemates type Regelbau 683 pour y abriter les cinq canons de 21cm K 39 de la batterie principale. Projetées à un emplacement différent de celui des cuves, plus bas sur le versant sud du site à l'est de la batterie existante avec un espacement trois fois plus serré que celui entre les cinq cuves, ces casemates ne furent commencés qu'au stade de l'excavation et de la dalle de fondation, du fait de l'abandon du chantier en juillet 1944.

Bombardée le 13 août, la batterie fut abandonnée le 21 août après sabordage des canons de 21cm (d'un poids individuel de 40 tonnes), seules les pièces de Flak, plus légères, ayant pu être évacuées. 

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
  • Dates
    • 1943, daté par source

De la batterie de Cavalas, située à 1km au nord de l'agglomération de La Couronne sur un éperon partiellement tabulaire de grand axe est-ouest, subsiste la totalité des ouvrages réalisés ou commencés, majeurs ou mineurs, certains à l'état d'ébauche (excavations des casemates),  dans un état semi ruiné. Ces ouvrages sont disséminés sur une superficie étendue, la distance maximum entre l'extrémité ouest, occupée par l'excavation de la première casemate et l'extrémité Est/sud-est, occupée par la cinquième cuve de l'ancienne batterie de marine de 21cm, est d'environ 950m, avec une variation d'altitude de 80 à 100m. Les cinq grandes cuves de la batterie de marine, désalignées et inégalement espacées (de 140m à 180m d'une à l'autre) sont disposées au sud du chemin de crête principal carrossable qui les dessert plus ou moins directement. Le contour circulaire de la plate-forme interne des cuves, d'un diamètre d'environ 18m, est défini par une excavation taillée dans l'affleurement rocheux complétée par un large anneau en pierre sèche, que traverse vers le nord la tranchée d'accès. Du même côté, une seconde tranchée rayonnante, en cul de sac, dessert un abri enterré en béton pour le personnel au service de la position de tir. Au centre des cuves, une réservation carrée en creux avec cornière en acier au quatre angles est seul témoin actuel du canon et de son affût qui s'y ajustaient. A environ 70m au sud de la cuve n° 4 et au sud-ouest du chemin, le poste de direction de tir de la batterie de marine est un ouvrage en béton armé à deux niveaux étagés (poste de veille et locaux techniques surmontés du poste d'observation/télémétrie) en retrait frontal l'un de l'autre, conformément à l'usage général dans les batteries françaises et allemandes depuis les années 1930. Il adapte le modèle-type Bh 19, beaucoup moins massif et plus économique en cubage de béton que les leitstand de la typologie Regelbauten, avec des formes extérieures d'un aspect très géométrique à lignes horizontales contrastées fenêtres panoramiques, dalle de couvrement supérieure débordante), mal intégrée à un site naturel, faute de lignes courbes et d'adoucissement des angles. Les bords des deux dalles de couvrement conservent un rocaillage superficiel par incrustation de petites pierres brutes de petit calibre qui évoque davantage une finition d'architecture pré-brutaliste type Bauhaus qu'un camouflage efficace.

Au nord du chemin et du secteur intermédiaire entre la cuve n°2 et la cuve n°3 de la batterie de Marine, les six cuves identiques et groupées de la batterie antiaérienne de 7,5cm sont inspirées du modèle-type de cuve Bh212. De plan intérieur octogonal (c. 6m de large), circulaire à l'extérieur, elles sont bâties en maçonnerie de moellons bruts locaux liés au ciment, un abri principal, trois petits abris soutes semi-enterrés couverts d'une dalle béton, et une niche à munitions étant réservés dans l'épaisseur murale. Plus à l'est, non groupées, de part et d'autre du chemin, les trois cuves pour canon antiaérien de 3,7cm, inégalement conservées, présentent les mêmes caractéristiques de mise en œuvre que celles de 7,5cm, et des dispositions comparables en plus petit, avec un plan intérieur hexagonal de moindre épaisseur murale et un seul abri semi enterré.

On trouve en outre sur le site, dans ce secteur Est, au sud du chemin, une cuve carrée en pierre flanquée d'un abri enterré, identifiée à l'infrastructure du poste d'observation antiaérien, et, au nord de cette cuve, les restes de la rampe rectiligne monte-charge qui donnait accès à la batterie en gravissant le versant nord de l'éperon, constituée d'une série serrée de traverses de béton armé. A proximité, sur le versant nord, est creusé dans le front de taille du rocher naturel l'abri du groupe électrogène, avec murs de revêtements en pierre et béton. Plus à l'ouest du site, une tranchée nord-sud partant de la cuve n°2 de la batterie de marine passe sous le chemin de crête pour desservir au nord, d'une part à gauche un poste de combat carré bétonné à 4 créneaux, d'autre part à droite une petite cuve hexagonale en pierre pour canon antiaérien de 20mm.

A l'extrême ouest du site, les excavations destinées à la construction des cinq casemates non réalisées demeurent apparentes, en partie masquées par la végétation, avec dalle de fondation et contours taillés dans le roc bordés de déblais de cailloux.

  • Murs
    • béton béton armé rocaille
    • calcaire moellon sans chaîne en pierre de taille
    • calcaire pierre sèche
  • Toits
    béton en couverture
  • Couvrements
    • dalle de béton
  • Couvertures
  • État de conservation
    désaffecté, mauvais état
  • Techniques
  • Statut de la propriété
    propriété privée,
  • Protections

  • Historique (1888-1945) de la défense des côtes à Martigues (compte-rendu d'une mission d'identification et d'historique des vestiges militaires), par Frédéric Saffroy, décembre 2007. Archives communales, Martigues : non coté.

  • [Plan topographique général d'aménagement de la batterie de Cavalas]. / Tirage, 17 avril 1944. Bundesarchiv-Militärarchiv. Dans : "Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon". / CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009, p. 79.

  • [Vue aérienne verticale de la commune de Martigues, quartier de la Plaine de Cavalas]. / Photographie, 13 octobre 1949. Institut Géographique National, Saint-Mandé.

    <https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.048423&lat=43.346979&z=13.5&layer=pva&year=1948&mission=93PHQ8141>

  • [Vues d'une cuve avec canon de 21cm, du poste de direction de tir et d'une cuve de 3,7cm flak de la batterie de Cavalas]. / Photographie, 1946. Dans : "Catalogue général des constructions allemandes sur les côtes de France. Livres VIII et IX : installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949." / Yves Marie Fernand Pinczon du Sel. Service Historique de la Défense, Vincennes: Marine, MV 2 DOC 7bis (photos pl. 142/VIII).

  • [Plans-type allemands de cuves Bh219 et BH212 pour pièces de défense aérienne]. / Tirage. Dans : "Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon". / CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009, p. 80.

Date(s) d'enquête : 2026; Date(s) de rédaction : 2026
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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