Photographe Inventaire général.
- enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
-
Aire d'étude et canton
Bouches-du-Rhône
-
Commune
Martigues
-
Lieu-dit
-
Adresse
rue d' Auguette
-
Cadastre
2026
CD
3
-
Dénominationsbatterie
-
Précision dénominationbatterie de côte du Südwall
-
Appellationsbatterie de l'Espanet
-
Dossier dont ce dossier est partie constituante
I- Historique, topographie et typologie générale
La construction de cette batterie de côte de la marine allemande (Marine-Küsten-Batterien de la Kriegsmarine) , dite M.K.B. Espanet, dans le cadre du Südwall, est décidée en février 1943, et confiée au régiment d'artillerie de Marine (Marine-Artillerie-Abteilung) 611, créé fin décembre 1942 pour occuper à court terme les anciennes batteries françaises du secteur entre Port de Bouc et Marseille. L'effectif de la batterie neuve, détaché de Toulon, était constitué de 3 officiers, 17 sous-officiers dont 5 supérieurs et de 110 marins. D'abord codée 2./ M.A.A. 611 (2e batterie de la Marine-Artillerie-Abteilung 611), elle passe en novembre 1943 à la compétence d'un nouveau régiment d'artillerie de Marine dissocié du 611, le Marine-Artillerie-Abteilung 625, en charge de six batteries, dont elle est la 4ème, et prend le nom de code 4./ M.A.A. 6251.
Le point d'appui proprement dit (de la catégorie Wiederstandnest : nid de résistance ou point d'appui léger) est alors numéroté Wn 068. La batterie dispose dès lors de 150 artilleurs de marine et accueille le PC de l’Etat-major de la M.A.A..625. Opérationnelle et bonne pour le service depuis le mois de mars 1943, son artillerie, constituée de 6 canons de 138 mm Mle 1910 français ( dénomination allemande : 13,8 cm K.M. 24 KL/40 (f) fut d'abord installé dans des cuves à ciel ouvert du modèle- type Bh47a, octogonal avec soutes-abri, et commandées par un poste de direction de tir (leitstand ) type Bh19. En mai 1943, l'armement était complété d'un projecteur de 150mm et de deux canons de défense antiaérienne de 2cm Flak 30. Le Konteramiral Adalbert Zuckschwerdt, en visite d'inspection, donna des instruction qui aboutirent la construction de casemates pour abriter les pièces et d'un poste de direction de tir (leitstand) définitif. Ce dernier, du modèle-type Regelbau M 178 à trois niveaux, était achevé fin décembre 1943, implanté sur un petit cap en faible saillie sur la ligne de côte ouest, 200m en avant des cuves des six canons de 138mm. Ce petit secteur ouest autour du leitstand ne relevait pas que de la Kriegsmarine , mais était aussi inclus dans un point d'appui de l'armée de terre (Heer) codé Wn 38. Au printemps 1944, six grandes casemates du modèle-type Regelbau M 270 furent construites a proximité des cuves Bh47a, sans s'y superposer, pour abriter les canons de 138mm2. Les trois premières en partant de l'ouest avaient un axe de tir face à l'ouest, les trois suivantes face au sud-ouest. Les six pièces ne furent mises en service dans ces casemates que fin mai 1944.
Un plan allemand du projet d'aménagement général de la batterie en cours de réalisation, établi vers la fin de 1943, montre l'ampleur du terrain couvert par les ouvrages (dont les six casemates en construction exprimées en noir, les six cuves antérieures) et le nombre important d'équipements divers disséminés sur ce terrain3 .
Ce plan exprime sur le petit cap ouest, immédiatement à l'arrière du leitstand M 178 achevé deux casemates-abri alors en projet. Elles seront réalisées, dans une implantation légèrement différente de celle proposée sur le plan, semi enterrées, l'une du modèle-type Regelbau 621, l'autre, plus grande, du modèle-type Regelbau 656. A la gauche du leitstand, l'armée de terre (Heer) fit construire une casemate de flanquement du modèle-type Regelbau 680, armée d'un canon antichar de 5cm Pak 384. Cette dernière casemate n'est pas portée sur le plan de projet, à la différence d'une autre casemate du même modèle-type 680, construite au début de 1944, pour un canon de 7,62 cm F.K. 39 (r), à l'extrémité Est de l'ensemble de la batterie . Cet ensemble fut complété à la même période d'une casemate type Regelbau 671 abritant un canon de 6,5cm K.M. 02 (f) -portée sur le plan de projet- construite à l'arrière de la batterie des six pièces de 138mm, entre celle-ci et la casemate de flanquement 680 de l'est. Trois canons de 4,7cm K.M. 02 (f) furent en outre ajoutés à l'armement de la batterie, placés en cuve en trois points espacés du site. Le plan de projet montre que les équipements de la batterie s'étendaient sur la ligne de côte en deux points en avancée, de part et d'autre et à inégale distance de l'avancée portant le poste de direction de tir , l'un à l'extrémité sud, accueillant un projecteur de 150mm, deux casemates-abri type Regelbau 621, trois tobrouks (ringstande Vf58c), l'autre sur l'isthme nord-ouest, accueillant un second projecteur de 150mm et une casemate-abri type Regelbau 656. La partie du site étendue à l'ouest et au nord de la batterie de 138mm comportait douze petits abris de personnel type Feldm, des soutes et des abri-usines, dont un pour un projecteur de 60mm, trois ringstande Vf58c et trois emplacements pour mortiers de 5cm et de 8,14cm.
La répartition des différents ouvrages effectivement réalisés, est parfaitement lisible après guerre sur une photographie aérienne verticale de l'IGN datée du 13 octobre 1949.
On y repère nettement les six cuves octogones type Bh47a qui accueillaient les canons de 138mm avant la construction des casemates M 272; ces casemates y apparaissent aussi, moins nettement, trois d'entre elles étant dans un état ruiné, suite au sabordage de leur canon opéré par l'occupant avant la Libération.. On note aussi sur l'avancée de la côte portant le poste de direction de tir M 178 , la présence de tranchées, partant de la gorge des deux casemates-abri et de la casemate de flanquement, pour desservant des postes de tir légers. On observe que les casemates-abri étaient enterrées sur trois côtés, gorge exceptée, et la casemate de flanquement sur ses faces latérales, pour les rendre invisibles depuis la mer. Le poste de direction de tir était aussi semi-enterré sous des remblais rapportés sur ses faces, dans le même but d'en limité la visibilité, mais il n'avait reçu aucun camouflage de surface. Son état en 1946, ainsi que celui des casemates M 272 (aussi sans camouflage) de la batterie de 138mm non sabordées, est documenté par des une photographies et deux planches de plans de détail illustrant le rapport d’un officier français sur le mur de l’Atlantique et le Südwall5.
[Plans et coupe du poste de direction de tir de la batterie de l'Espanet],1946.
[Plans et coupe d'une casemate M270 de la batterie de l'Espanet],1946.
Le poste de direction de tir était alors intact, mais la photographie aérienne de 1949 montre que la dalle de son étage supérieur avait été détruite après 1946. Dans les années 1950, c'est son étage médian qui fut détruit comme on le voit sur une photographie IGN oblique de 1958. A cette date, plus à l'est, l'ensemble des aménagements principaux et annexes de la batterie de 138mm proprement dite (dont les six cuves et casemates) avait disparu, détruit et remplacé par l'aménagement intensif des raffineries du port pétrolier de Lavéra.
II- Description
L'ancienne batterie de l'Espanet, actuellement en majeure partie recouverte par la zone industrielle pétrochimique de Lavéra, est située immédiatement au sud/sud-est de l'ancien îlot de Bouc, et à environ 800 m du fort de Bouc.
Du vaste ensemble que constituait cette batterie allemande, ne restent aujourd’hui que les quatre ouvrages normatifs Regelbau en béton armé occupant le petit cap médian en saillie sur la ligne de côte : à savoir le poste de direction de tir, la casemate de flanquement et les deux casemates-abri de personnel. Dans l'état actuel, ces ouvrages ont été dégagés des remblais de terre et cailloutis qui à l'origine masquaient plus ou moins haut leurs faces latérales pour les rendre peu visibles de la mer. Les déblais opérés sur le cap ont également fait disparaître les tranchées et les postes de tir à l'arme légère qu'elles desservaient.
Le poste de direction de tir était à peu près conforme au modèle-type M 178, caractérisé par son organisation à trois niveaux superposés échelonnés en retrait l'un de l'autre, mais dans sa variante comportant en tête du niveau inférieur large abritant les locaux techniques casematés un premier poste d'observation avec fenêtre panoramique sur trois côtés pour lunette de visée télescopique. Le second niveau, en retrait frontal et latéral, était occupé par un second poste d'observation analogue, plus large que celui du niveau 1, étant disposé au dessus et en retrait, sous dalle de couvrement de 2m d'épaisseur, le niveau 3, en retrait frontal du niveau 2 et de même largeur, étant dévolu au poste de télémétrie avec fenêtre panoramique continue sur ses 4 côtés, couvert d'une dalle de béton carrée peu épaisse (0,78m). Les dispositions du Leitstand type M 178 sont communes à un autre modèle-type de poste de direction de tir, le Regelbau M 157, avec des différences de détail limitées dans l'organisation interne, mais celui de la batterie de l'Espanet s'inspirait du M 178, notamment par la superposition plus cloisonnée des niveaux 2 et 3, non communicants et sans accès commun6. Pour autant, le relevé français de 1946 du poste de direction de tir de l'Espanet montre des différences avec le modèle-type M 178, notamment le plus grand développement en profondeur du local du niveau 2, qui s'étendait sous le local du télémètre du niveau 3, et pas seulement devant, et avait son accès propre par l'arrière (et non un accès vertical par échelle depuis le niveau 1). Quoiqu'il en soit, il ne reste dans l'état actuel de ce poste de direction de tir que le niveau 1, les deux niveaux supérieurs ayant été entièrement dérasés, le renfoncement du sol du niveau 2 dans l'épaisseur de la dalle de couvrement du niveau 3 étant comblé de remblais de démolition. D'autre part le terrain extérieur est aujourd'hui fort raviné et excavé, en sorte que le substrat rocheux sur lequel l'ouvrage a été fondé après un nivellement à l'horizontale affleure du sol actuel sur près de 2m, particulièrement en tête.
Poste de direction de tir type M 178, front de tête et face latérale gauche
Poste de direction de tir type M 178, front de tête et fenêtre panoramique du niveau 1
Cette tête de l'ouvrage, soit le volume extérieur saillant à angles abattus du poste d'observation du niveau 1 avec sa fenêtre panoramique (en partie murée sur les côtés) couverte d'une dalle de couvrement de plus de 2m d'épaisseur, est donc beaucoup plus dégagé du terrain qu'il ne l'était en 1946, la photographie prise à cette date montrant que le sol extérieur remblayé montait jusqu'à l'appui de la fenêtre panoramique.
Le côté gorge ou côté de l'entrée de l’ouvrage n'est pas un simple mur plan : il intègre dans sa moitié gauche un saillant flanquant qui génère un angle rentrant obtus et un flanc percé d'un créneau ébrasé en trémie pour la défense rapprochée du mur de gorge proprement dit et de la porte qui s'y ouvre, accès aux locaux principaux du poste, au niveau 1. L'angle rentrant et l’embrasure, mais non la porte, sont abrités sous un pan coupé du bloc béton porté en encorbellement sur poutrelles métalliques.
Poste de direction de tir type M 178, mur de gorge avec saillant flanquant
Poste de direction de tir type M 178, porte dans le mur de gorge et flanc avec créneau à gauche
Les deux étages supérieurs aujourd'hui disparus étaient accessibles en passant au-dessus de l'angle à droite du mur de gorge, sur le remblai rapporté, aujourd'hui déblayé, qui s'élevait de ce côté jusqu'au plain-pied du dessus de la dalle de couvrement du niveau 2. De là, une petite plate-forme à ciel ouvert occupant l'arrière de la dalle desservait le niveau 2, par un escalier de 7 marches y descendant , et le niveau 3 par un escalier extérieur en béton sur le côté droit. La porte du niveau 1 au seuil surélevé et sans vantail extérieur, descend par un escalier de 5 marches dans un couloir (aujourd'hui en partie encombré d'éboulis) tournant à gauche pour former une chicane, plafonné en plaques de métal, contrôlé dans l’axe de l'entrée par un créneau de défense interne7 à volet coulissant métallique avec système de verrouillage.
Poste de direction de tir type M 178, porte et couloir d'entrée en chicane avec créneau dans l'axe
Le second segment du couloir, parallèle au mur, est ventilé par des prises d'air traversant ce mur, le troisième segment, en retour d'angle droit, forme un sas anti-gaz qui était cloisonnée de 2 portes blindées. Ce troisième segment dessert à gauche une casemate latérale pour le personnel, qui se termine dans le saillant du mur de gorge ou elle dessert le créneau flanquant à l'extérieur la porte d'entrée du niveau 1, muni d'un volet en acier coulissant sur une plaque de blindage renforcée.
Poste de direction de tir type M 178, intérieur, créneau flanquant dans la caponnière du saillant
Après la seconde porte du sas, le couloir débouche dans la salle principale du niveau 1 ou salle de calcul, de plan en T, formé de la salle proprement dite rectangulaire, dans l'axe de l'ouvrage, et de deux branches latérales perpendiculaires plus étroites, la partie centrale à la croisée des trois branches étant plus haut couverte, en poutrelles et plaques d'acier, que les trois branches.
Poste de direction de tir type M 178, intérieur, salle principale de plan en T du niveau 1
Poste de direction de tir type M 178, intérieur, salle principale du niveau 1 portes, d'entrée et de locaux annexes
La porte du débouché du couloir d'entrée s'ouvre dans cette partie centrale, à côté d'une autre porte qui dessert un petit local carré calé dans le rentrant de la chicane du couloir, local dans lequel l'officier de garde pouvait contrôler les entrées par le créneau à volet coulissant défendant la porte d'entrée. Une gaine de ventilation écorchée pour la salle passe dans le mur trumeau entre les deux portes contiguës. La branche latérale droite de la salle en T dessert, dans le même mur arrière, une troisième porte ouvrant sur un local rectangulaire aveugle qui était affecté aux communications : radio, téléphonie. Le personnel de service pouvait être au repos dans les branches latérales de la salle en T. En tête de la salle de calcul, une porte de plain pied dessert le poste d'observation du niveau 1, avec sa fenêtre panoramique étroite, ébréchée au centre et murée sur les deux côtés.
Poste de direction de tir type M 178, intérieur, fenêtre panoramique du poste d'observation en tête
Les parois interne de ce poste d'observation sont en béton banché brut, comme ceux des locaux casematés annexes et à la différence de celle de la salle, et du couloir, revêtus d'un enduit ciment lissé. Le modèle de poste de direction de tir à trois niveaux M 178 est rare et n'est représenté sur le Südwall que par celui de l'Espanet.
La casemate de flanquement, faisant face au sud à une cinquantaine de mètres en avant du côté gauche du poste de direction de tir, est aujourd'hui dans un état semi-ruiné, dégagée des remblais qui masquaient ses faces latérales, environné de déblais de démolition.
casemate de flanquement Regelbau 680, façade active avec embrasure et contrefort latéral
Ses dispositions sont conformes au modèle-type Regelbau 680 (à peu très semblable au modèle-type 612), bloc à peu près cubique de 8,90m de large sur 8,90m de long, avec deux angles abattus en tête, élargi à l'arrière par deux contreforts latéraux de plan en trapèze, et comportant à l’angle à droite de la façade active et de l’embrasure, un mur de flanquement d’axe oblique (mutilé dans l'état actuel) qui assurait le défilement du canon contre les coups venus de la mer. L'organisation intérieure est limitée à la salle de tir et à deux niches à munition symétriquement disposées à l'arrière de part et d'autre de l'entrée ménagé à la gorge, de gabarit large pour faciliter l'entrée ou l'évacuation du canon.
casemate de flanquement Regelbau 680, mur de gorge et porte
La casemate-abri Regelbau 656, la plus éloignée à l'arrière gauche du poste-direction de tir, est bien conservée et bien visible, aujourd'hui démasquée sur ses trois côtés aveugles (front et flancs) initialement enterrés.
casemate abri type Regelbau 656, faces aveugles jadis enterrées
Elle est conforme au plan-type, soit un bloc rectangulaire large de 11,70m, profond de 10m, élargi à la gorge à 16,70m par deux contreforts latéraux asymétriques de plan en trapèze.. Le mur de gorge percé de trois portes, la première à gauche donnant accès à un tobrouk (ringstand) logé dans la masse du contrefort latéral le plus saillant, pour la défense rapprochée8.
casemate abri type Regelbau 656, contrefort latéral gauche du mur de gorge et porte du tobrouk intégré
casemate abri type Regelbau 656, intérieur du tobrouk intégré
La très forte épaisseur du mur de gorge (4m) intègre un sas d'entrée anti-gaz desservi symétriquement par les deux autres portes, dans la partie médiane, par l'intermédiaire de deux vestibules parallèles à l'axe du mur. Chaque porte accède à son vestibule par un couloir-escalier descendant de 8 marches et couvert d'un blindage de plaques métalliques rampant dans le sens de la pente. Dans l'axe de chaque entrée, le mur un créneau en trémie est percé dans le mur de fond du vestibule assurant la défense interne des accès. Ces deux créneaux sont desservis depuis l'intérieur de la salle unique de l'abri, de plan rectangulaire, aveugle, à vocation de chambrée d'une capacité d'une quinzaine d'hommes.
La seconde casemate-abri, plus proche à l'arrière du poste de direction de tir, est moins bien conservée et encore en partie enterrée, ses portes d'entrées étant actuellement condamnées par un remblai de démolition récent . Elle est en tous points semblable à la précédente dans ses dispositions, le modèle-type Regelbau 621 qu'elle applique ne différant du 656 que par ses dimensions un peu moindres (bloc de 9,80m de large pour 9,70m de profondeur.) Seul son tobrouk reste accessible dans l'état actuel, sa porte n'étant pas condamnée par les matériaux de démolition.
La batterie de côte de l'Espanet a été construite en deux étapes en 1943 et 1944 par l'occupant allemand dans le cadre du Südwall, au bord et en partie en retrait du littoral. Batterie neuve prise en charge par la marine allemande (Kriegsmarine), comme point d'appui léger ou nid de résistance (Wn : Wiederstandnest), elle était en 1944 la 4e des batteries occupées par le 625e Régiment d’Artillerie de Marine avec pour nom de code Wn 068 - 4./ M.A.A. 625. Son artillerie, constituée de 6 canons de 138 mm Mle 1910 français fut d'abord installée en mars 1943 dans des cuves à ciel ouvert du modèle- type Bh47a.
Le poste de direction de tir (leitstand) définitif, du modèle-type Regelbau M 178 à trois niveaux, était achevé fin décembre 1943, implanté sur un petit cap en faible saillie sur la ligne de côte ouest, 200m en avant des cuves des six canons de 138mm. Au printemps 1944, six grandes casemates du modèle-type Regelbau M 270 furent construites à proximité des cuves Bh47a, sans s'y superposer, pour abriter les canons. Le petit secteur ouest autour du poste de direction de tir ne relevait pas que de la Kriegsmarine , mais était aussi inclus dans un point d'appui de l'armée de terre (Heer) codé Wn 38, qui fit construire deux casemates de flanquement type Regelbau 680, l'une à coté du poste de direction de tir, armée d'un canon antichar de 5cm, l'autre à l'extrémité Est de l'ensemble de la batterie, pour un canon de 7,62 cm. Cinq casemates abri de personnel furent construites sur le littoral, dont deux à proximité du poste de direction de tir. Les équipements et armement de la batterie étaient complétés de deux projecteurs de 150mm, de deux canons de défense antiaérienne de 2cm Flak 30, d'une casemate type Regelbau 671 abritant un canon de 6,5cm, à l'arrière de la batterie de 138mm, de trois canons de 4,7cm en cuves, trois emplacements pour mortiers de 5cm et de 8,14cm, et d'un vingtaine de petits abris, soutes et abris-usine, et plusieurs tobrouks (ringstande). En partie sabordée avant la Libération, la batterie fut en majeure partie détruite par l'aménagement intensif des raffineries du port pétrolier de Lavéra, à l'exception des ouvrages situés sur le cap de la ligne de côte.
-
Période(s)
- Principale : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
-
Dates
- 1943, daté par source
Du vaste ensemble que constituait cette batterie allemande, ne restent aujourd’hui que les quatre ouvrages normatifs Regelbau en béton armé occupant le petit cap médian en saillie sur la ligne de côte : à savoir le poste de direction de tir, la casemate de flanquement et les deux casemates-abri de personnel. Dans l'état actuel, ces ouvrages ont été dégagés des remblais de terre et cailloutis qui à l'origine masquaient plus ou moins haut leurs faces latérales pour les rendre peu visibles de la mer.
Le poste de direction de tir M 178 (rare), adaptant le modèle type avec quelques différences, est mutilé du fait de la destruction ses deux niveaux supérieurs, le premier affecté à un poste d'observation, le second au local de télémétrie. Le niveau inférieur est en revanche bien conservé, comportant en tête un premier poste d'observation avec fenêtre panoramique, et abritant une grande salle de calcul de plan en T, des locaux techniques aveugles et le couloir d'entrée-sas en chicane. La porte distribuant ce couloir s'ouvre dans le mur de gorge, défendue à l'extérieur à gauche par un saillant flanquant du mur percé d'un créneau, et à l'intérieur par un autre créneau dans l'axe de l'entrée, ces deux créneaux desservis depuis les locaux techniques internes.
La casemate de flanquement, du côté gauche du poste de direction de tir, est conforme au modèle-type Regelbau 680, bloc à peu près cubique à deux angles abattus en tête du mur de flanquement oblique à droite de l'embrasure et mur de gorge plat élargi.
Les deux casemates abri, en arrière du poste de direction de tir, sont identiques dans leur disposition, mais de taille un peu différente, conformes au modèle-type Regelbau 656, pour la plus grande, au 621 pour l'autre. Elles intègrent un tobrouk dans le contrefort latéral qui élargit à gauche leur mur de gorge, et contiennent une salle d'abri pour le personnel desservi par une double entrée symétrique avec couloir-sas, dans l'épaisseur du mur de gorge.
-
Murs
- béton béton armé rocaille
-
Toitsbéton en couverture
-
Couvrements
- dalle de béton
-
Couvertures
-
État de conservationdésaffecté, mauvais état
-
Techniques
-
Statut de la propriétépropriété privée
-
Protections
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) IGN
- (c) Ministère de la Défense
- (c) Ministère de la Défense
- (c) Ministère de la Défense
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
-
Historique (1888-1945) de la défense des côtes à Martigues (compte-rendu d'une mission d'identification et d'historique des vestiges militaires), par Frédéric Saffroy, décembre 2007. Archives communales, Martigues : non coté.
-
[Plan général d'aménagement de la batterie de l'Espanet ]. / Tirage, fin 1943. Bundesarchiv-Militärarchiv, Koblenz. Dans : "Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon". / CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009, p. 76.
-
[Vue aérienne verticale du littoral de Martigues entre Ponteau et le chenal de Caronte]. / Photographie, 13 octobre 1949. Institut Géographique National, Saint-Mandé.
<https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.019112&lat=43.374413&z=12.9&layer=pva&year=1948&mission=93PHQ8141>
-
[Vue aérienne oblique du poste de direction de tir et vue d'une casemate M272 de la batterie de l'Espanet]. / Photographie, 1946. Dans : "Catalogue général des constructions allemandes sur les côtes de France. Livres VIII et IX : installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949." / Yves Marie Fernand Pinczon du Sel. Service Historique de la Défense, Vincennes: Marine, MV 2 DOC 7bis (photos pl. 147/VIII).
-
[Plans et coupe du poste de direction de tir (Regelbau 178) de la batterie de l'Espanet]. / Tirage, 1946. Dans : "Catalogue général des constructions allemandes sur les côtes de France. Livres VIII et IX : installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949." / Yves Marie Fernand Pinczon du Sel. Service Historique de la Défense, Vincennes : Marine, MV 2 DOC 9, t. 1, pl. 008.
-
[Plan et coupe d'une casemate (Regelbau M270) de la batterie de l'Espanet]. / Tirage, 1946. Dans : "Catalogue général des constructions allemandes sur les côtes de France. Livres VIII et IX : installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949." / Yves Marie Fernand Pinczon du Sel. Service Historique de la Défense, Vincennes : Marine, MV 2 DOC 9, t. 1, pl. 160.
-
CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.