Dossier d’œuvre architecture IA13006275 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Double batterie du Cap Morgiou (batterie de côte)
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 9e arrondissement
  • Lieu-dit Cap Morgiou
  • Adresse ,
  • Cadastre 2026 K 111
  • Précisions
  • Dénominations
    batterie
  • Précision dénomination
    batterie de côte, double batterie
  • Appellations
    batterie du Cap Morgiou
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante
  • Parties constituantes non étudiées
    mur défensif

 I- Historique, topographie et typologie générale

             L'intention de mettre en état de défense la presqu'île ou la calanque de Morgiou, point de mouillage non protégé entre le Cap Croisette et Cassis, remonte à la période des guerres  révolutionnaires amorcée en 1793, une prescription non réalisée du 16 prairial an 4, émise par le général commandant la 1ere division militaire, concernait la création et l'armement d'une batterie à Morgiou, sans précision.

            Sous le premier Empire, dans le contexte des guerres napoléoniennes, la prise par les anglais de sept navires à la calanque de Morgiou en 18091 relança le projet.

           Un décret impérial du 17 novembre 1810 arrêtait que deux batteries seraient établies sur le Cap Morgiou. Le projet de ces batteries est exprimé à la suite sur une planche de plans et profils datée du 18 avril 1811, dessinée par le garde du génie François, sous la direction de Geoffroy, sous directeur des fortifications de Toulon, et contresignée par Jean-François Sorbier, directeur des fortifications2.

Plan de la batterie dont la construction a été ordonnée au Cap Morgiou par le décret de sa majesté du 17 9bre 1810 [...]. [Plans d'ensemble et de détail des bâtiments du projet de double batterie au cap Morgiou]. 1811.Plan de la batterie dont la construction a été ordonnée au Cap Morgiou par le décret de sa majesté du 17 9bre 1810 [...]. [Plans d'ensemble et de détail des bâtiments du projet de double batterie au cap Morgiou]. 1811.

Cette planche est assortie d'un devis détaillé du coût des diverses constructions projetées qui, outre les épaulements des deux batteries ouvertes A et B proposées aux deux pointes droite (sud-ouest) et gauche (sud-est) de l'extrémité du cap Morgiou, comportaient un corps de garde  à la gorge de chaque  batterie, celui de la batterie de droite, la plus étendue, étant plus grand pour intégrer le logement de l'officier chef de poste et celui du gardien. Dans cette batterie de droite était prévu un magasin à poudre avec mur d'isolement, et dans celle de gauche, un très petit dépôt de poudres et un fourneau à réverbère. La batterie de droite était conçue pour être armée de quatre pièces de 36, une de 18, toutes sur affûts de côte et d'un mortier de 12 pouces en fer et à plaques, celle de gauche pour deux pièces de 24 sur affût de côte et un mortier.

           En juillet 1812 l'avancement de la construction des batteries de Morgiou avait permit l'achèvement des épaulements, ce qui permettait la mise en place de l'armement, mais les bâtiments proposés sur le plan du projet  n'avaient pas été commencés, en sorte que le logement des 23 hommes au service des pièces, 40 hommes en 1813,  était assuré par des barraques provisoire en bois, un dépôt de poudre sommaire et un fourneau à réverbère étant également en place. L'ajournement de la construction des bâtiments pérennes était aussi en partie dû à la formulation d'un contre-projet consistant à remplacer les corps de garde par une tour-modèle n° 2, selon une configuration analogue à celle proposée simultanément pour les batteries de l'Ile Verte près de La Ciotat.  

           Le terrain occupé par les deux batteries de Morgiou en construction  fut acheté en 1812 au sieur Rostan, propriétaire de divers sites littoraux du cap Croisette à La Ciotat, et payés en 18133.

           Le 30 mars 1813, une compagnie de 200 à 300 anglais débarquèrent à Sormiou, et prirent à revers les deux batteries de Morgiou, neutralisant la garnison ; ils précipitèrent les canons et les affûts à la mer, et endommagèrent les épaulements.

            Le 29 juin 1813, une séance du comité central des fortifications, présidée par le général du Génie Andreossy, examinait un projet de fermer à la gorge la batterie de Morgiou4. Le projet chiffré à une dépense de 21650 francs s'étendait à la réalisation d'un  escarpement avec mur de  barrage en pierre sèche au droit de l'anse des deux débarcadères du Cap ou presqu'île, et surtout d'un autre escarpement avec muraille formant retranchement très en arrière des batteries, barrant la partie la plus étroite de la presqu'île, dite le Pas du Renard, ce retranchement comportant  la construction d'un petit corps de garde. Le projet comportait la  construction, entre les deux batteries et en arrière, d'une caserne retranchée reliée à l'escarpement naturel par un mur crénelé. Cette dernière proposition du directeur des fortifications se substituait à celle de la tour n° 2 qui avait été ordonnée et commencée au stade des excavations, l'argument en faveur de ce parti étant son moindre coût et sa plus grande capacité de logement.  Cependant, le comité central considérait que la tour n°2  en capacité de loger  30 hommes suffirait aux besoins de la batterie en donnant plus de sécurité aux défenseurs, étant à l'épreuve de la bombe. En conséquence, la question de la dépense et celle du temps de mise en œuvre étaient les seuls arguments en faveur de l'adoption du projet alternatif du directeur. Au-delà de cette considération, le compte rendu de séance conclut que "d'après l'intention expresse de sa majesté de défendre par des tours modèles voûtées à l'épreuve toutes les batteries importantes du littoral, le comité est d'avis que l'exécution de la tour modèle n°2 soit continuée, que M le ministre de la guerre veuille bien faire sur le fond spécial des tours, la somme de 37000 francs pour l'achèvement de la tour n°2 et des ouvrages accessoires proposés par M. le Directeur." En revanche, le projet du  retranchement proposé au pas du Renard n'était pas retenu dans son principe, ce qui n'empêcha pas sa réalisation à la suite, les travaux exécutés comportant en outre la construction d'un corps de garde et d'un magasin à poudre dans une des batteries. Ces ouvrages en cours de construction furent ruinés à leur tour par un second débarquement anglais, avant la fin de 1813.

            Un état des lieux circonstancié de la double batterie de Morgiou peu après la fin de l'Empire est donné dans le mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et dépendances5 rédigé le 20 novembre 1816  par Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, chef du génie de Marseille. Le chef du génie rappelle en préliminaire le contexte de la fortification du site, liée à l'absence d'armement dans un secteur côtier  régnant entre la batterie de Riou et la batterie de la Cacao, sur une distance d'environ trois lieues, d'ou un déficit de protection du  cabotage et une perte importantes pour le commerce maritime. De ce fait, A force de réclamations de la part du commerce et sur le compte-rendu par diverses commissions, on se décida à armer le cap Morgiou de manière à protéger les bâtiments qui se réfugieraient dans les calanques de Morgiou et de Sormiou ou peuvent mouiller des bâtiments e toute espèce surtout dans la première ou ils sont à l'abri de tous les vents excepté celui du large. On construisit deux batteries à l'extrémité de ce Cap, celle de gauche élevée de 30 mètre au-dessus du niveau de la mer défend les approches de la calanque de Morgiou, celle de droite moins élevée de 6m porte ses feux sur la calanque de Sormiou et en défend l'entrée (...) la partie ou sont les batteries qui est escarpée sur presque tout son pourtour forme une espèce de presqu'île abordable seulement par le débarcadère de St Pierre, et dont l'isthme n'a que 70m de largeur en remontant plus haut vers le point ou le cap se détache des montagnes, il existe encore un escarpement nommé le Pas du Renard qui forme une espèce de rempart de 5m de hauteur qui n'est accessible que par le petit sentier qui le traverse. Le chef du génie évoque ensuite les deux entreprises destructive des anglais en 1813 et les projets inaboutis : Malgré l'avantage de ce site et bien qu'il y eut outre les canonniers un détachement d'infanterie fort de 20 hommes, l'ennemi s'en empara, détruisit les épaulements et un fourneau à réverbère et jetta les canons à la mer. On cherchait a réparer les dégats faits aux batteries lorsque l'ennemi fit une seconde attaque...il chassa les ouvriers et les  canonniers qui travaillaient à la reconstruction et démolit de nouveau les épaulements et renversa un corps de garde et un petit magasin à poudre que l'artillerie y avait construit. Pour éviter de semblables attaques on avait escarpé soigneusement le Pas de Renard qu'on avait couronné d'un mur crénelé, on y avait placé un petit pont-levis, ou fermé encore par des murs les débarcadères de St Pierre et de la Gorguette par lesquels l'ennemi était arrivé lors de la seconde attaque, on se proposait en outre d'y achever une tour modèle qui devait être placée vers le milieu de l'isthme... l'excavation en avait été commencée en 1811 mais le manque de fonds avait fait suspendre les travaux qui devinrent d'ailleurs bientôt inutiles par la cessation de la guerre. Les batteries de Morgiou sont donc restées imparfaites et sans aucun établissement , à devoir démonter une barraque en bois qui y avait été construite provisoirement, le désarmement la rendait inutile et elle était très exposée à être volée ou brulée dans ces parages isolés.

Ces batteries importantes avaient été armées dans la dernière guerre de 8 pièces de canon dont 3 de 36 et 2 mortiers de 12 pouces.

            En 1818 un atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat réalisé sous la direction du même Tournadre aîné, réunissant des relevés détaillés de chaque batterie et des commentaires. Dans le cas de Morgiou, ce commentaire développé reprend la description de 1816 en y apportant quelques précisions : Le cap Morgiou, un des plus avancés en mer entre celui de Croisette et Cassis, est occupé par 2 batteries (...) placées aux deux extrémités de la tête du cap. Celle de droite se compose d'un épaulement en terre et pierraille contenu entre deux mauvais murs en pierres sèches recrépies en mortier, la plate-forme n'est autre que le terrain naturel qui domine la mer de 28 mètres par un escarpement à pic, tant sur le front de la batterie qu'à sa gorge (...) la batterie de gauche placée à l'autre extrémité du cap Morgiou, du côté de l'anse et port de ce nom, a son épaulement circulaire de la même construction que le précédent, la plate-forme est à 32 mètres d'élévation au dessus du niveau de la mer (...) entre ces deux batteries est le débarcadère de Saint Pierre, d'un accès fort difficile et qui a néanmoins été barré par un retranchement en maçonnerie. On en a fait autant pour un autre petit débarcadère dit de la Gorguette, de sorte qu'on peut regarder comme inaccessible, du côté de la mer, toute la côte formant le cap, qui est bordé partout (...) d'un escarpement impénétrable. Les établissements de cette batterie se bornent à un petit dépôt pour la poudre et attirails d'artillerie (...)Un fourneau à réverbère y fut construit aussi mais il a été entièrement démoli par l'ennemi lorsqu'il s'empara de cette batterie en 1813. On y avait, à la fin de la même année, fait transporter une barraque en bois qui avait été construite à la tour de Pomègue pour le logement des conscrits réfractaires, cette barraque a été démontée et les bois rentrés en magasin (...) Au fond de l'anse de Morgiou est un poste de douane avec quelques maisons, on y avait établi une petite batterie de 2 pièces de 8 pour être servie par les préposés afin de (...) s'opposer aux tentatives des contrebandiers. Pour monter du poste des douanes sur le Cap ou se trouvent les batteries de Morgiou on parcourt un sentier fort roide et fort étroit (...) en arrivant en haut du cap on trouve on trouve un escarpement de rocher presque entièrement à pic nommé Le Pas du Renard, qui barre l'espèce d'isthme par leque le Cap Morgiou(...) tient au continent. Cet escarpement que la nature semblait avoir créé pour la défense des batteries du côté de terre a été perfectionné & couronné d'un mur crénelé, on a formé en avant un petit fossé que le chemin traverse au moyen d'un pont-levis & on avait commencé la construction d'un petit corps de garde pour la défense de ce passage, mais la paix étant survenue, ces ouvrages n'on point été complètement terminés, le corps de garde n'a même que ses fondations.  Une observation complémentaire évoque le projet avorté de la tour modèle, en précisant que la réalisation de celle ci aurait ajouté deux canonnades à l'artillerie de la batterie.  La planche de plans et profils incluse dans l'atlas de 1818, illustre les deux épaulements de batterie en cadrage serré, à l'exclusion d'un plan général ou de détails sur les autres aménagements du site. Le plan de l'épaulement de la batterie de droite est conforme à celui du projet de 1811, celui de la batterie de gauche étant un peu différent, avec un retour d'angle de l'épaulement à l'extrémité droite réduisant l'ouverture à la gorge.

 Plan et profils des batteries du Cap Morgiou,1818. Plan et profils des batteries du Cap Morgiou,1818.

            Le programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes issues des travaux  de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles instituée en février 1841 donna lieu à des projets pour le secteur de Marseille à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Dans ce cadre, l'organisation de la batterie de Morgiou, pour un budget estimé de 30.500 francs,  fit l’objet du 13e article du Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 18466 rédigé le 2 juin par le chef du génie, et accompagné de deux planches de plans.

Plan d'ensemble des batteries de Morgiou [projet d'organisation], 1846.Plan d'ensemble des batteries de Morgiou [projet d'organisation], 1846.Projet pour l'organisation des batteries de côte. Batterie de Morgiou, 1846.Projet pour l'organisation des batteries de côte. Batterie de Morgiou, 1846.

Conformément aux préconisations de la commission, le projet conservait les deux épaulements distants de 220m, en les restaurant pour recevoir chacun quatre canons, et en construisant à l'arrière une tour type n°2 servant de réduit, conforme à la typologie des réduits de batterie définie et proposé à l'échelle nationale le 13 septembre 1845. Le chef du génie proposait d'implanter cette tour à l'emplacement qui avait été excavé en 1811 pour une tour-modèle n°2 conforme aux normes en vigueur sous l'Empire. On note sur le plan d'ensemble du projet la présence, près de l'emplacement de la tour, d'un petit dépôt de poudre existant de plan circulaire, qui pourrait avoir été un ancien moulin à vent remployé à cet usage. Ce plan d'ensemble intègre aussi en arrière le retranchement du Pas du Renard, en y indiquant la présence d'un petit corps de garde complet. Le projet comportait en outre l'achèvement du mur de retranchement qui avait été commencé à l'arrière du débarcadère de la petite anse Saint-Pierre, seul point abordable par mer de la presqu'île, face au large, entre les deux épaulements de batterie. L'autre point de débarquement dérobé possible, dit de la Gorguette, encore plus étroit, séparé de la pointe portant la batterie de droite par l'anse de la Triperie, est aussi exprimé sur le plan général avec son petit mur de retranchement de 1813. Le directeur des fortifications proposait dans son apostille d'implanter la tour carrée n°2 et mettant ses faces à peu,près d'équerre aux diagonales de la tour du projet afin que chacune des deux batteries puisse être défendue par les feux d'une face de ladite tour. Sur le plan du projet resserré sur les batteries, cette variante d'implantation  de la tour est ajoutée en surcharge de même que le tracé de deux branches d'un fossé de retranchement  proposé par le directeur, reliant celui de la tour aux escarpements latéraux de la presqu'île. Les couleurs employées pour exprimer l'état des lieux et les reprises proposées montrent pour la batterie de droite une simple recharge d'épaisseur du mur de revêtement extérieur de l'épaulement, et pour la batterie de gauche, une reconstruction de ce mur plus haut et plus vertical, avec recharge du remblai de l'épaulement.

            Ajourné, le projet ne fut pas représenté dans l’état estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour l'année 1849, qui concerne seulement la baie de Marseille, jugée de première importance,  mais dans le mémoire sur les projets de travaux pour la défense des côtes pour 1850, rendu le 28 février 1849 par le capitaine du génie Alfred Schoennagel et le chef du Génie Lebas, concernant les baies de La Ciotat et de Cassis7. Les rédacteurs y précisent que les batteries de ce secteur étaient de 2e et 3e importance. Le projet de la double batterie de Morgiou, proposé désormais pour six pièces avec une tour-réduit n°2, désormais du modèle type fixé à l'échelle nationale en 1846, était alors estimé à une dépense totale de 51.500 francs.

            Reportée aux exercices ultérieurs, l'organisation de la batterie de Morgiou est détaillée, telle que redéfinie en 1849, toujours sous la direction du chef du génie Lebas dans le 14e article (coût estimé de 65.500 francs) du  Mémoire sur les Projets pour 1851-1852, daté du 14 décembre 18508accompagné d'une planche de plans et coupe.

Travaux pour la défense des côtes. Projets pour 1851 et 1852. Organiser la batterie de Morgiou. [Plan], 1850.Travaux pour la défense des côtes. Projets pour 1851 et 1852. Organiser la batterie de Morgiou. [Plan], 1850.

Le plan du projet intègre les propositions faites en 1846 par le directeur des fortifications, quand à l'orientation des faces de la tour  de manière à ce que deux faces regardent chacune  l'un des deux épaulements, et à la création d'un fossé de retranchement entre cette  tour et les escarpements naturels, fossé qui dans le projet est bordé d'un mur.  Les plans et coupe montrent l'intention d'épaissir l'épaulement des deux batteries, celles de gauche en faisant déborder le mur de revêtement extérieur par le remblai, traité en glacis à terres coulantes, et pour la partie semi-circulaire de la batterie de droite, en enveloppant  le mur existant d'un avant-mur de même plan. Les six pièces de canon sont réparties à raison de quatre dans l'épaulement de gauche et deux dans la partie circulaire de celui de droite, pourtant prolongée  sur plan rectiligne face au large. Le chef du génie explique dans son apostille que le comité des fortifications dans son avis du 21 janvier 1847 avait prescrit de conserver cet épaulement dans toute son étendue, il en résulte un développement de parapet plus considérable que ne le nécessite l'armement, mais on a l'avantage  de placer les pièces suivant les besoins. Il confirme son intention de réparer le mur de retranchement de l'anse St Pierre détruit en partie, avec quelques créneaux., et propose la restauration du retranchement du Pas du Renard qui ferme la presqu'île, comportant la réparation du pont-levis et la mise en état d'un ancien corps de garde en partie détruit qui doit servir de logement aux défenseurs de ce petit poste avancé, dans le cas ou il y aurait à craindre une attaque par terre. La tour, estimée à un coût de 43.500 francs et les murs avec fossé formant retranchement de part et d'autre, estimés à 10.700 francs, étaient les sections les plus chères du projet, la réparation du Pas du Renard n'étant évaluée qu'à un coût de 3000 francs. Classé en 3eme degré d'importance, sans demande de fonds pour l'exercice en cours, ce projet ne fut pas réalisé, et ne fut pas non plus reformulé dix ans plus tard, comme ceux la plupart des batteries des baies de Cassis et de La Ciotat de même degré d'importance, et à la différence de celles de 2e importance, comme celles de La Lecque à Cassis, de  l'île Verte ou du môle Bérouard du port de La Ciotat.

            Un état de l'armement recommandé par la commission de défense en 1859 prévoyait pour la batterie de Morgiou (sans précision de répartition) jugée de seconde importance, trois canons rayés en fonte de 30 cm et trois obusiers à âme lisse de 22 cm.

            Les derniers projets inaboutis concernant  la rade de la Ciotat et Cassis  seront abandonnés dès 1865-1866  aucun article ne les concernant plus dans le mémoire sur les projets de cet exercice, entérinant la clôture du programme des batteries de côte.

            Le déclassement défensif et militaire des batteries de la baie de Cassis, celles défendant le port et celles de Riou, Morgiou et Cacao, est inscrit dans un projet de loi présenté à la chambre des députés en séance du 29 juin 1882; il fut confirmé par un avis du conseil supérieur de la guerre du 3 décembre 1888.

            Depuis lors, le site est déserté et n'a jamais été réoccupé ou refortifié.

 

II- Description

            A mi-distance entre la baie de Cassis à l'Est, et  le Cap Croisette à l'ouest (qui marque l'extrémité sud-est de  la baie de Marseille), le Cap Morgiou est, dans cette partie de côte,  le plus découpé et avancé  dans la mer, entre deux amples calanques (calanque de Morgiou à l'est/nord-est, calanque de Sormiou à l'ouest. A la faveur d'un isthme qui le détache d'un massif de même appellation entre les deux calanques, plus large et deux fois plus haut à la crête, le cap proprement dit forme une presqu'île de moindres reliefs, aux contours escarpés très découpés incluant au sud-est une petite anse en fer-à-cheval dite de La Triperie9; le plan d'ensemble de cette presqu'île peut-être qualifié par une métaphore zoomorphe : en forme d'hippocampe. L'ancienne batterie de Morgiou se décompose en deux principaux sous-ensembles, conservés à l'état de ruine relativement stable dans l'état actuel : à l'extrémité du cap (autrement dit, métaphoriquement, sur la tête de l'hippocampe), secteur de moindre altimétrie, le premier sous-ensemble est constitué des deux épaulements de batteries droite (27,50m au-dessus de la mer) et gauche (32,40m au dessus de la mer), et, en retrait, de l'excavation de la tour-modèle jamais réalisée (c. 40m d'altitude). Le second sous-ensemble, à environ 550m à l'arrière des batteries et en surplomb (c. 100m d'altitude) est constitué du retranchement du Pas du Renard, barrant l'isthme de la presqu'île sur un point dominant.

 [Vue aérienne oblique du cap Morgiou prise du sud], 1931.[Vue aérienne oblique du cap Morgiou prise du sud], 1931.[Vue aérienne verticale du Cap Morgiou et des calanques de Morgiou et Sugiton], 1952.[Vue aérienne verticale du Cap Morgiou et des calanques de Morgiou et Sugiton], 1952.

            Le retranchement du Pas du Renard est constitué d'une muraille maçonné en blocage de moellons, de médiocre élévation, fondée sur un escarpement rocheux naturel transversal en ressaut au-dessus du point le plus étroit de l'isthme. La muraille ne règne pas sur toute la largeur de cette partie de la presqu'île. Du côté gauche (Est), vers la calanque de Morgiou, le plus haut (112m) l'escarpement côtier, profilé en versant  très pentu et accidenté, constitue un obstacle naturel inabordable, et inconstructible. Du côté droit (ouest), vers la calanque de Sormiou, la muraille ne s'étend pas jusqu'à  l'escarpement côtier en falaise verticale, dans la mesure où le tiers ouest du barrage rocheux naturel transversal a été jugé suffisamment élevé et régulier pour dissuader toute escalade, sans qu'il soit nécessaire de le couronner d'un mur.

Vue générale de la partie basse fortifiée du cap, prise des hauteurs nord-ouest : retranchement du Pas du Renard et site des batteriesVue générale de la partie basse fortifiée du cap, prise des hauteurs nord-ouest : retranchement du Pas du Renard et site des batteries

La majeure partie de la muraille, soit les trois quart gauche (Est) de son développement linéaire, suit les sinuosités du rocher, fondée à des hauteurs variable selon qu'elle passe sur une arête ou referme une brèche;  son arase , horizontale ou rampante, est profilée en glacis et revêtue d'un enduit; à l'extrémité Est, elle se retourne à angle droit pour former une terrasse surplombant en balcon la calanque de Morgiou. Le quart ouest (droit) de la muraille se distingue par ses aménagements spécifiques : une élévation verticale plus importante, dont la partie supérieure est constituée d'un parapet crénelé plus maigre desservi par un chemin de ronde, la porte d'entrée traversant la muraille en chicane pour accéder à la partie retranchée et fortifiée du Cap, enfin, une large terrasse ou plate-forme  terminant la muraille face à l'ouest, de plan polygonal évoquant un bastion, qui était aussi surmontée d'un parapet crénelé, aujourd'hui ruiné. Le corps de garde inachevé était adossé à la partie de la muraille crénelée en retour d'angle rentrant faisant transition avec la terrasse polygonale.

Retranchement du Pas du Renard, partie ouest vue de l'extérieur : muraille crénelée traversée par l'entrée et terrasseRetranchement du Pas du Renard, partie ouest vue de l'extérieur : muraille crénelée traversée par l'entrée et terrasse

            La porte d'entrée, complètement détruite dans l'état actuel, était ménagée dans un pan de mur formant façade, perpendiculaire à l'axe principal de la muraille, formant un flanc, et desservie par une rampe maçonné parallèle à la muraille, dont le mur de soutènement à arase rampante est toujours en place. 

Retranchement du Pas du Renard, vue rapprochée de l'entrée dans la muraille crénelée, avec rampeRetranchement du Pas du Renard, vue rapprochée de l'entrée dans la muraille crénelée, avec rampe

Le sol de la rampe, aujourd'hui dégradé et raviné, était porté sur un remblai de  cailloux compacté suivant la pente de l'arase rampante du mur de soutènement, et s'interrompait pour former la culée d'une coupure ménagée entre rampe et façade d'entrée, coupure franchie par le pont-levis qui était ménagé dans cette façade.

Retranchement du Pas du Renard, détail de la rampe qui accédait à la porte d'entrée à pont-levis détruiteRetranchement du Pas du Renard, détail de la rampe qui accédait à la porte d'entrée à pont-levis détruite

Dans l'état actuel, la façade de la porte à pont-levis a disparu et la coupure a été comblée pour permettre l'accès. La continuation de la rampe intra-muros longe le parapet crénelé formant chemin de ronde d'infanterie pour la la desserte de ces créneaux dont l'ébrasement intérieur, couvert d'un linteau monolithe non  taillé et mis en œuvre  en maçonnerie panachée de petits moellons et de tuileau, offrait une orientation biaise pour diriger les tirs vers les approches extérieurs de la porte. L'arase de ce parapet crénelé, aussi en petits moellons, est profilée en chaperon bombé ou bahut.

Retranchement du Pas du Renard, détail de la muraille crénelée vue de l'intérieur au débouché de l'entréeRetranchement du Pas du Renard, détail de la muraille crénelée vue de l'intérieur au débouché de l'entrée

            Au-delà du Pas du Renard, en direction du sud-est, l'épaulement de la batterie de gauche est précédé par les larges talus de déblais de cailloux disposés en carré autour de  l'excavation qui devait former le fossé de la tour-modèle,  laissés en l'état depuis 1811. Cette excavation est elle-même précédée d'un mur droit maçonné inachevé en élévation , qui devait former barrage en haut d'un renfoncement ou faille de l'escarpement côtier Est ou l'on craignait des incursions venues de la mer.

Extrémité sud-est du cap vue du nord : déblais de l'excavation de la tour-modèle avortée et épaulement de la batterie de gaucheExtrémité sud-est du cap vue du nord : déblais de l'excavation de la tour-modèle avortée et épaulement de la batterie de gaucheAncien mur de retranchement barrant le haut d'un rentrant de l'escarpement côtier Est, près de l'excavation de la tour-modèleAncien mur de retranchement barrant le haut d'un rentrant de l'escarpement côtier Est, près de l'excavation de la tour-modèle

A l'extérieur de l'angle nord est des déblais de l'excavation de la tour subsistent les ruines d'une petite construction de plan circulaire en blocage de moellons, correspondant au dépôt de poudre porté sur le plan du génie du 2 juin 1846.

Vestiges d'un petit dépôt de poudre au bord des déblais de l'excavation de la tour-modèleVestiges d'un petit dépôt de poudre au bord des déblais de l'excavation de la tour-modèle

            L'épaulement de la batterie de gauche est très bien conservé, dans un état conforme à celui donné par la planche de l'atlas de 1818 : plan en arc de cercle face à l'est (à gauche), légèrement infléchi d'un court segment droit face au sud, prolongé d'un segment en retour d'angle droit, avec angle saillant extérieur arrondi, pour former du côté ouest (à droite)un autre segment droit, sorte de traverse amincie a son extrémité, dans laquelle le revêtement extérieur se relie à celui de la genouillère en formant un petit angle aigu arrondi. 

Epaulement de la batterie de gauche face à la mer, vu du côté intérieurEpaulement de la batterie de gauche face à la mer, vu du côté intérieurEpaulement de la batterie de gauche, détail de la plate-forme, du parapet et du mur de genouillère, branche droiteEpaulement de la batterie de gauche, détail de la plate-forme, du parapet et du mur de genouillère, branche droite

L'arase de l'épaulement ou parapet d'artillerie en remblai  de terre et pierraille entre parement de genouillère (actuellement ébréché en divers points) et parement du revêtement extérieur est profilée en glacis, érodé par l'érosion, mais reconnaissable. Le parement du revêtement extérieur, haut de plus de 3m, conserve le témoin archéologique de la reconstruction partielle de l'épaulement de 1811 en 1813 après l'investissement et la mise à mal de la batterie par un contingent anglais. La partie d'élévation de 1811 en blocage soigné de petits moellons de gabarit dégressif de bas en haut s'interrompt à une ligne d'arase à un peu plus de 2m de hauteur, où elle est surmontée d'un surcroît de maçonnerie en blocage de pierres brutes de tout venant non calibré, réalisée à la hâte. L'angle arrondi entre le segment nord droit du revêtement, qui montre cette chronologie du bâti, et le segment en retour vers l'ouest est de construction homogène sur toute l'élévation, en blocs bruts en cohérence avec la surélévation, de même que le segment ouest en retour d'angle dans sa totalité.

Epaulement de la batterie de gauche, détail  du revêtement extérieur avec liaison entre deux campagnes de constructionEpaulement de la batterie de gauche, détail du revêtement extérieur avec liaison entre deux campagnes de constructionEpaulement de la batterie de gauche, revêtement de la branche droite construite en 1813Epaulement de la batterie de gauche, revêtement de la branche droite construite en 1813

Cette observation  montre que ce segment et l'angle droit arrondi ont été entièrement construits en 1813, sur un plan différent de celui prévu et au moins en partie réalisé en 1811, comme on le voit par la comparaison des plans d'archives de 1811 et 1818. Le parement de l'angle aigu arrondi terminant le segment ouest conserve un millésime 1813 formé d'un piquetage de petits morceaux de tuileau dont la teinte rouge fait contraste.

            L'épaulement de la batterie de droite surplombe en falaise verticale l'anse de la Triperie.

Vue générale de l'épaulement de la batterie de droite, sur la pointe escarpée sud du cap, au-dessus de la calanque de la TriperieVue générale de l'épaulement de la batterie de droite, sur la pointe escarpée sud du cap, au-dessus de la calanque de la Triperie

Plus étendu que celui de la batterie de gauche, il est de moindre élévation au-dessus du sol dans son  revêtement extérieur. Son plan est allongé, avec un front demi-circulaire au dessus de la pointe sud-ouest et un log front rectiligne face au large (sud). Le revêtement extérieur, de faible élévation est parementé en blocage de moellons d'aspect homogène. le profil de l'arase du parapet d'artillerie en remplissage  entre ce parement et le mur de genouillère était en glacis. Comme celui de la batterie de gauche, il est aujourd'hui érodé, et cette érosion a entraîné la dégradation du parement du mur de genouillère, dégarni.

Epaulement de la batterie de droite, revêtement extérieur et profil du parapetEpaulement de la batterie de droite, revêtement extérieur et profil du parapetEpaulement de la batterie de droite, détail du mur de genouillère dégradé par l'érosion du parapetEpaulement de la batterie de droite, détail du mur de genouillère dégradé par l'érosion du parapet

La finition de ce parement, recoupé de brèches et d'écorchements, montre encore sa finition soignée en blocage de cailloux calibré de petit gabarits de type rocaillage. 

Epaulement de la batterie de droite, élévation du mur de genouillère ébréchéEpaulement de la batterie de droite, élévation du mur de genouillère ébréché

La plate forme intérieure des deux batteries ne semble jamais avoir été revêtue d'un dallage, bien qu'il existe deux ou trois dalles carrés de pierres de taille en désordre dans la batterie de gauche, qui ont pu appartenir à un socle isolé pour une pièce, comme on en voit un exemple dans la batterie de Mounine.

 

1Archives Nationales F8 232Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 103Notes et recherches sur les forts et les batteries de côte anciennes et nouvelles de la circonscription de Marseille, manuscrit anonyme 1869, Archives des Bouches du Rhône, 1J13464SHD Vincennes 1VH1079, n° 115 Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 146SHD Vincennes, 1VH 1084, n° 17SHD Vincennes, 1VH 10858SHD Vincennes, 1VH 10869L'anse de la Triperie a acquis une notoriété considérable depuis la découverte de la grotte Cosquer

            L’intention de fortifier le cap Morgiou, presqu'île contrôlant un point de mouillage exposé entre le cap Croisette et Cassis, remonte à 1796, mais il ne fut lancé qu’en 1811, à la suite d’un décret impérial ordonnant la construction de deux batteries pour défendre les calanques de Morgiou et de Sormiou. Les plans du projet, dressés par le garde du génie François sous la direction de Geoffroy sous-directeur des fortifications de Toulon, prévoyaient deux batteries ouvertes, aux deux extrémités du cap : celle de droite (sud-ouest), plus étendue armée de quatre canons de 36, un de 18 et un mortier de 12 pouces, celle de gauche (sud-est), de deux canons de 24 et un mortier, avec corps de garde, dépôt de poudre et fourneau à réverbère. Un contre-projet en 1812  proposa de remplacer les deux corps de garde par une tour-modèle n° 2, comme aux batteries de  l’île Verte. Le 30 mars 1813, un débarquement anglais de 200 à 300 hommes prit à revers les deux batteries, ruina les épaulements et jeta les canons à la mer. Le 29 juin 1813, le comité central des fortifications, présidé par le général Andreossy, examina un projet de retranchement barrant Cap très en arrière des batteries, sur un escarpement naturel dit le Pas du Renard . Les ouvrages en travaux, dont un corps de garde et un magasin à poudre, furent ruinés par un second débarquement anglais avant la fin de 1813.

            En 1816, peu après la fin de l'Empire, un mémoire de Tournadre aîné, sous-directeur des fortifications de Toulon et chef du génie de Marseille, décrit les deux batteries, celle de gauche défendant la calanque de Morgiou, celle de droite côté calanque de Sormiou, chacune armée avant la fin des guerres napoléoniennes (1814) de trois canons de 36 et deux mortiers de 12 pouces. Le  retranchement du Pas du Renard,  était couronné d’un mur crénelé avec pont-levis et petit corps de garde. L’excavation de la tour-modèle n° 2, commencée en 1811, était restée inachevée faute de crédits.

            En 1846, en application du programme national de réorganisation des batteries selon les nouvelles normes issues des travaux  de la commission mixte d’armement des côtes de 1841, le chef du génie Marie-Tranquille Lebas proposa la restauration et d’achèvement des batteries de Morgiou pour huit canons et la construction d’une tour-réduit n° 2 type 1845, implantée sur l’excavation de 1811. Ajourné, le projet fut représenté pour 1850 et pour 1851-1852 avec épaississement des deux épaulements de batterie et changement d'implantation de la tour-réduit type 1846 projetée, lié à un fossé de retranchement. La batterie de Morgiou étant classée de troisième importance, le projet, trop coûteux,  ne fut jamais réalisé.

            Le déclassement définitif des batteries de la baie de Cassis, dont  Morgiou, Cacao, inscrit dans un projet de loi dès 1882 fut arrêté le 3 décembre 1888. Depuis cette date, le site n’a jamais été réoccupé  ni refortifié.

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 19e siècle , daté par source
  • Dates
    • 1811, daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Geoffroy
      Geoffroy

      Major du génie, sous-directeur des fortifications de Toulon en 1811 et 1812, co-auteur du projet de batterie de la Cride et de la modification de celle de Portissol (Sanary), participe à la même période aux projets de batteries de côte du secteur de Marseille.

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      ingénieur militaire attribution par source

            La fortification du  cap Morgiou, presqu’île rocheuse entre les calanques de Morgiou et de Sormiou, présente deux sous-ensembles distincts :

- Au sud, sur les deux pointes droite (est), à 27,50m d'altitude) et gauche (ouest) à 32, 40m, les deux batteries de 1811-1813, avec leurs épaulements, et, en arrière, l’excavation de la tour-modèle inachevée. --Au nord des batteries, en retrait d'environ 550m et en surplomb (100 m d’altitude), le retranchement du Pas du Renard, barrant l’isthme, passage obligé de l'accès aux batteries.

Le retranchement du Pas du Renard est constitué d'une muraille maçonnée en blocage de moellons fondée sur un escarpement rocheux naturel transversal en ressaut au-dessus du point le plus étroit de l'isthme. La muraille ne règne pas sur toute la largeur de cette partie de la presqu'île, le tiers ouest de l'escarpement rocheux formant un barrage suffisant. Son implantation suit les sinuosités du relief, et se termine à l’est par une terrasse surplombant en balcon la calanque de Morgiou. À l’ouest, elle comporte un parapet crénelé avec chemin de ronde, et était traversée par la porte d’entrée dont la façade en chicane a disparu, de même que le pont-levis qui franchissait une coupure dans la rampe maçonnée toujours en place. Les créneaux de fusillade du parapet ont une orientation biaisée pour défendre l'approche de la porte.

Le déblai de pierraille de l’excavation carrée creusée en 1811 pour dégager le fossé de  la tour-modèle jamais construite reste inchangé, attenant à la ruine d’un petit dépôt de poudre circulaire. L'épaulement de la batterie de gauche est bien conservé, avec  son parapet semi-circulaire face à l’est, prolongé à droite par un segment en retour à angle droit vers l'ouest. Le parement extérieur, haut de 3 m, présente deux phases de maçonnerie : dans la partie semi-circulaire, la première, témoin de la construction de 1811, sur une  hauteur de 2m, en blocage régulier de petits moellons, est surhaussée par la seconde, de mise en œuvre plus sommaire, qui appartient à la reconstruction postérieure aux dégradations par un contingent anglais, de même que le segment rectiligne ouest en retour d'angle, qui porte un millésime “1813” en tessons de tuile rouge.

L'épaulement de la batterie de droite,  surplombant en falaise verticale l'anse dite de la Triperie, est plus étendu et de moindre élévation que celui de la batterie de gauche. Il présente un front semi-circulaire sur la pointe sud-ouest prolongé d'un long  segment  rectiligne au sud. Le revêtement extérieur et le mur de genouillère ébréché sont parementés en moellons calibrés, le parapet en terre de remplissage est érodé.

  • Murs
    • calcaire moellon
  • Autres organes de circulation
    rampe d'accès
  • Typologies
    batterie ouverte
  • État de conservation
    vestiges
  • Statut de la propriété
    propriété de l'Etat (incertitude)
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Sites de protection
    site classé, parc naturel national, loi littoral
  • Protections

  • Précisions sur la protection

    Massif des calanques classé au titre des sites par arrêté du 27 décembre 1976

Image non consultable
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  • Mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications du secteur de Marseille et de La Ciotat, par Jean-François Sorbier, 15 frimaire an 9. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 5.

  • Mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et de ses dépendances par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 20 novembre 1816. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 16.

  • Atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat, 1818. Par Tournadre aîné. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4.

  • Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1851-1852, par Marie-Tranquille Lebas, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1086.

  • Plan de la batterie dont la construction a été ordonnée au Cap Morgiou par le décret de sa majesté du 17 9bre 1810 [...]. [Plans d'ensemble et de détail des bâtiments du projet de double batterie au cap Morgiou]. / Dessin aquarellé par François, dirigé par Geoffroy, sous-directeur des fortifications, 18 avril 1811. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079 n°10.

  • Plan et profils des batteries du Cap Morgiou. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, feuille de l'atlas des batteries de côte de 1818. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4, pl. 25.

  • Plan d'ensemble des batteries de Morgiou [projet d'organisation]. / Dessin aquarellé par Lebas, chef du génie, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1084, n° 1.

  • Projet pour l'organisation des batteries de côte. Batterie de Morgiou. / Dessin aquarellé par Lebas, chef du génie, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1084, n° 1.

  • Travaux pour la défense des côtes. Projets pour 1851 et 1852. Organiser la batterie de Morgiou. [Plan]. / Dessin aquarellé par Edouard de Réginel, dirigé par Lebas, chef du génie, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1086.

  • [Vue aérienne oblique du cap Morgiou prise du sud]. / Photographie,1931. Institut Géographique National, Saint-Mandé.

    <https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.445861&lat=43.204467&z=13.9&layer=pva&year=1931&mission=CF0A-2765>

  • [Vue aérienne verticale du Cap Morgiou et des calanques de Morgiou et Sugiton]. / Photographie,1952. Institut Géographique National, Saint-Mandé.

    <https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.449479&lat=43.195763&z=12.6&layer=pva&year=1951&mission=3245-0321>

Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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