Dossier d’œuvre architecture IA13006274 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Batterie de côte de Riou
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 8e arrondissement
  • Lieu-dit calanque de Marseilleveyre
  • Adresse ,
  • Cadastre 2026 A 60, 62
  • Précisions
  • Dénominations
    batterie
  • Précision dénomination
    batterie de côte
  • Appellations
    batterie de Riou
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

 I- Historique, topographie et typologie générale

             La batterie de Riou est une des rares batteries de côte des baies  de Marseille, Cassis et La Ciotat  fondée ex nihilo durant la période des guerres révolutionnaires (1793-1802). La plupart des autres batteries alors prises en main et armées par l'Etat existaient depuis 1695, voire plus anciennement (en comptant celles intégrées à des forts ou châteaux). Nombre d'entre elles, principalement les batteries ouvertes, avaient été désarmées au cours du XVIIIe siècle, certaines abandonnées et ruinées, plusieurs furent alors réhabilitées. Dans ce cadre, la fondation de la batterie de Riou  comblait un vide dans la défense côtière à mi-distance entre le sud-est de la baie de Marseille et le port de Cassis, à basse altitude à côté d'un mouillage pouvant accueillir 10 à 12 vaisseaux, et à peu de distance d'une ancienne batterie de 1695 abandonnée dite du Four de Caux, implantée plus haut et plus en arrière sur le versant côtier.       

Un mémoire de l'inspecteur général des fortifications Pierron daté du 30 fructidor an 31(16 septembre 1795) témoigne de la construction en cours de la batterie de Riou, en partie finie, très couteuse par le luxe de pierre de taille (du pavement ?). Son usage est de défendre le mouillage qui porte son nom. Il reste a finir une citerne et à construire un magasin à poudre. La situation isolée de cette batterie exigeroit qu'on y fit camper un corps de troupe de 300 hommes. Les abords sont très pénibles par terre et fort incertains par mer, le cap Croisette étant difficile à doubler.

            Daté du 15 frimaire an 9, un mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications du secteur de Marseille et de La Ciotat, rédigé par Jean-François Sorbier, directeur des fortifications à Toulon et Boyer, sous-directeur2, donne un état des lieux et des interventions sur la batterie de Riou à cette date. Les rédacteurs y estimaient que les plates-formes et les parapets en passable état, mais les jugeaient mal organisées. On les a trouvé trop élevés au-dessus de la mer et trop en ligne droite surtout ayant été construit sans épaulement (sans mur de revêtement ?). C'est pourquoi on y a construit à la hâte des petites batteries plus basses et mieux situées par rapport aux attaques, mais qui demanderaient une construction plus solide et plus sûre. Les couvertures des logements y ont été ravagées par les gros vents. Il serait à propos d'y construire une citerne. Cette batterie fort essentielle pour abriter les navires de cabotage ne reçoit pas toujours l'eau dans les barils que portent les bateaux de services contrariés par les vents et souvent par les corsaires. Il s'agissait alors d'une batterie ouverte, non retranchée par un fossé. L'article 21 des projets des fortifications de la chefferie du génie de Marseille pour l'an 10 propose un agrandissement du bâtiment de casernement de la batterie de Riou, illustré d'une planche détaillée de plan, coupe et élévation.

Plan, profil et élévation de la caserne de la batterie de Riou avec l'augmentation proposée, an 10.Plan, profil et élévation de la caserne de la batterie de Riou avec l'augmentation proposée, an 10.

Le bâtiment existant, de plan rectangulaire allongé à niveau unique est divisé en deux travées par un mur de refend, la première à l'usage au gardien de batterie, la seconde aux casernes, un autre mur de refend  isolant  un tiers de la travée du  logement du gardien pour  un dépôt de poudre. Le projet propose la suppression de ce mur de refend pour affecter la première travée complète au casernement, le rallongement du bâtiment d'environ deux tiers de sa longueur existante, intégrant deux travées logeables, une pour la gardien, l'autre pour un officier,  et le transfert des poudres dans un magasin normatif, voûté, adossé à la rallonge projetée du bâtiment et enveloppé par ailleurs d'un mur d'isolement. Le projet dessiné comporte aussi une citerne à creuser devant la façade du bâtiment tel que rallongé.

            Le 2 janvier 1812, le général de division Gassendi signait un rapport au ministre de la guerre rendant compte d'un repérage de terrain faisant suite une communication du 8 décembre 1811 du général Jean Ambroise de Lariboisière, 1er inspecteur général de l'artillerie, à propos de la demande faite par les principaux négociants de la ville de Marseille pour l'établissement d'une batterie au Cap Croisette3. Outre  cette batterie jugée  nécessaire et qu'il proposait d'accompagner d'une tour modèle n°2, le général Lariboisière projetait aussi, comme indiqué sur une carte de ce secteur du littoral  jointe au rapport Gassendi, une autre batterie de côte à plus basse altitude et une tour n°3 plus à l'est  sur la pointe Mounine, en remplacement de la batterie qui existe sur la pointe de Rioux. Cette dernière était alors armée de deux pièces en fer de 24 sur affûts de côte, d'un mortier en bronze de 9 pouces sur affût en bois, qui était à remplacer par un mortier de 12 pouces,  et d'une pièce de 16 dans la petite batterie basse annexe construite en avant sur la pointe du cap. La carte exprime aussi l'état en 1811 de  la batterie de Riou, complètement ouverte à la gorge, composée d'un  épaulement rectiligne face au large avec en arrière, parallèle à l'épaulement mais non centré, le corps de garde rectangulaire, inchangé (faute d'exécution du projet de l'an 10). Le dessin, bien que sommaire, figure aussi, au bout de l'épaulement, une tour circulaire (ancien moulin à vent ? guérite?) et sur la pointe même, la petite batterie plus basse. D'après les rapporteurs, les marins et les caboteurs jugeaient l'emplacement sur la pointe Mounine, à 400 m  à l'ouest de la batterie de Riou, plus avantageux du fait de son  accès plus facile et parce qu'il découvrait  mieux les autres mouillages de droite et de gauche. Cette proposition de deux nouvelles batteries, la seconde supposée remplacer la batterie de Riou, pourtant de construction récente,  donna lieu à un Rapport de la commission mixte chargée de déterminer la position et l'armement d'une batterie au cap Croisette, daté du  20 mai 1812, co-signé du colonel Dianous, directeur des fortifications, et de Ponge sous-directeur d'artillerie4. Ayant reconnu la nécessité de remplir par une nouvelle batterie la grande lacune qui existe entre celles de Montredon et de Riou, les commissaires s'étaient  transportés d'office sur la pointe Mounine située entre le cap Croisette et la batterie de Riou et avaient jugé cet emplacement convenable pour 4 pièces de canon, mais ils estimaient que la batterie de Riou ne pouvait être suppléée par aucune autre et méritait non seulement d'être conservée mais aussi augmentée et améliorée, pour deux  pièces de plus, soit 5 au lieu de 3. Riou et Mounine étant très isolées et sans communication par terre avec Marseille, il convenait de lier leur défense, en conséquence de quoi la commission estimait qu'une tour n°1 placée à égale distance des deux batteries sur l'arête qui les sépare remplirait cet objet. Un sentier de communication serait en outre à créer entre ces batteries, partant de Montredon..

            Un état des lieux circonstancié des  batteries de Riou et de Mounine peu après la fin de l'Empire est donné dans le mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et dépendances5 rédigé le 20 novembre 1816  par le chef du génie de Marseille, Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné : "La batterie de Riou protège un mouillage bon pour les vaisseaux de guerre et assure les bâtiments caboteurs qui sans elle seraient très exposés dans ces parages à cause des îles peu éloignées de la côte ou l'ennemi à toutes facilités à s'embusquer. Ces objets essentiels ont suggéré l'idée d'agrandir cette batterie et de lui donner plus de consistance en la retranchant à la gorge, le site s'y prétait peu étant dominé de très près par des rochers fort élevés mais... extrêmement escarpés et peu accessibles par la gauche. (...) On a en 1813 construit une partie du mur crénelé qui ferme la batterie de Riou, le manque de fonds a forcé de le laisser à la hauteur des créneaux, on agrandit aussi à cette époque la caserne qui peut maintenant contenir 30 hommes, et le logement du gardien et on bâtit un magasin à poudre dont cette batterie essentielle manquait. On avait aussi commencé l'excavation d'une citerne mais elle n'a pu être achevée faute de fonds."  L'armement de la batterie Riou arrêté en 1813 consistait en deux pièces de 24, une de 18 et deux de 4.

            Tournadre aîné compléta la description de la batterie de Riou en 1818 dans un atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat réunissant des relevés détaillés réalisés sous son autorité, dont une planche de plan et profils de cette batterie[6 : "La batterie de Riou formée d'un simple bout d'épaulement en ligne droite et en terre contenue dans un coffre en maçonnerie dont la plate-forme en terre pouvait recevoir  deux pièces de gros calibre sur affut de côte, il n'y avait aussi qu'un petit corps de garde pour 8 hommes, un logement pour le gardien au fond duquel on avait pratiqué un réduit pour les poudres qui y étaient fort mal placées. On a commencé en 1812 l'agrandissement de cette batterie et de ses établissements; le bâtiment ou était le corps de garde a été agrandi de manière à pouvoir y loger 30 hommes; on y a construit un petit magasin à poudre voûté et entrepris le creusement d'une citerne que le retour à la paix a fait abandonner. On a aussi laissé imparfait et la continuation de l'épaulement et le mur crénelé dont on se proposait de fermer la gorge de cette importante  batterie. Il y avait anciennement une petite batterie en avant à 50m de celle de Riou, formée d'un simple mur et ne pouvant recevoir qu'une pièce; elle est abandonnée..."

Plan et profils de la batterie de Riou,1818.Plan et profils de la batterie de Riou,1818.

            La planche de plan montre que le mur de fermeture à la gorge avait été commencé et le principal bâtiment militaire agrandi en 1812-1813, sous l'autorité de Tournadre, très différemment de ce qui avait était projeté en l'an 10 : le bâtiment préexistant à deux travées n'a pas été rallongé, sa première travée restée à l'usage du logement du gardien, mais un nouveau corps de garde ou casernement pour 30 hommes, plus large y a été rajouté en retour d'angle droit à l'arrière de la seconde travée, affectée à la cuisine. Le plan en équerre de l'ensemble a été conçu pour s'intégrer au plan du mur de fermeture à la gorge, qui reprenait le modèle du mur de gorge crénelé de la batterie de  Mounine, construite simultanément, soit un mur formant deux demi-bastions encadrant une courtine avec porte centrée, l'un d'eux accueillant le corps de garde. Dans la batterie de Riou, plus grande, les bâtiments, beaucoup plus développés (la capacité de garnison de Riou étant supposée suppléer à l'insuffisance de celle de Mounine) prenaient place dans le demi-bastion de gauche et en partie en débord vers l'extérieur, au raccord du mur de gorge et du mur de revêtement de l'épaulement. Ce dernier, formé d'un front rectiligne prolongé symétriquement à ses deux extrémités d'un mur de revêtement en angle arrondi  étant plus large que l'emprise du mur de gorge à deux demi-bastions, le raccord formait, de chaque côté symétriquement (comme à la batterie de Mounine), une saillie en retour d'angle rentrant, occupée du côté gauche du mur de gorge par le bâtiment préexistant. Le plan d'état des lieux en 1818 montre que le mur de gorge n'avait été achevé sur toute son élévation crénelée que dans la partie du demi-bastion gauche à laquelle s'adossaient les bâtiments (le crénelage étant intégré à ces bâtiments), et à un segment faisant raccord avec l'angle arrondi de l'épaulement. Le reste de mur de gorge, flanc du demi bastion gauche, courtine et demi-bastion droit,  n'avait été monté qu'à un niveau correspondant à celui de l'appui des créneaux, donc sans son crénelage. Le plan figure l'excavation de la citerne commencée, devant la façade du corps de garde. Le petit magasin à poudre voûté, sans mur d'enveloppe, était en place en position isolée à l'arrière du demi-bastion droit du mur de gorge, faisant pendant à l'implantation de  la citerne. Le plan figure aussi sur la pointe du cap, en avant de la batterie et à gauche, la petite batterie annexe construite avant l'an 9, formée d'un simple  mur parapet de plan en U à quatre pans.

            Le chef du génie évoque rétrospectivement le projet de protéger les deux batteries par une tour modèle n°2 placée entre elles deux, qui lui parait encore très convenable si le renouvellement d'une guerre maritime obligeait à mettre la côte en état de défense. Il ajoute que la batterie de Riou gagnerait à être pourvue d'un fourneau à réverbère.

Projet pour l'organisation des batteries de côte. Batterie de Riou. [Plan], 1846.Projet pour l'organisation des batteries de côte. Batterie de Riou. [Plan], 1846.

            Les propositions de principe formulées en 1818 n'eurent pas de suite, du fait de l'absence de menace, la batterie désarmée fut remise aux Domaines en réserve le 1 Juin 1820. Sur le plan cadastral de 1820, la batterie de Riou est nommée batterie de Marseille Veïre.

            Le vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes issues des travaux  de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles instituée en février 1841 donna lieu à des projets pour le secteur de Marseille à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Dans ce cadre, la réhabilitation et l'organisation de la batterie de Riou  fit l’objet du 14e article du Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 18467 rédigé le 2 juin par le chef du génie, et accompagné d'une planche de plans.

Le chef du génie précisait que la commission d'armement des côtes, proposait de réhabiliter la batterie de Riou en l'armant de cinq pièces de canon, en améliorant les tracés de l'épaulement et du mur de gorge crénelé, et en lui donnant pour réduit une tour n°3 (typologie 1845). Son projet, évalué à 23.200 francs, adaptait l'existant dont l'épaulement de batterie, en augmentant sa longueur pour accueillir 5 pièces alignées, les  deux angles arrondis du mur de revêtement d'enceinte de part et d'autre étant à supprimer et à remplacer par des angles rentrants droits. Les deux bâtiments en place étaient conservés, de même que le principe de symétrie du plan du mur de fermeture à la gorge, en  y ajoutant un redan triangulaire saillant entre faces des deux demi-bastions. Ces nouvelles dispositions avaient pour objet de dégager l'espace nécessaire, au milieu de l'aire intérieure, pour implanter la tour-modèle n°3 et son fossé de retranchement et permettre la circulation au pourtour de ce fossé. L'apostille du chef du génie précise : l'entrée de la batterie que l'on a  oublié de tracer sur le (dessin du) projet serait placée sur la face droite du redan près des bâtiments militaires.

   Dans son apostille au projet, le directeur des fortifications proposait de renoncer à la construction de la tour n°3 votée par la commission d'armement, du fait de son insuffisance pour loger les 25 canonniers servant une batterie de 5 pièces, et pour stocker les munitions de ce nombre de pièces. Pour obtenir une capacité suffisante, la tour projetée devrait être élargie de 2m, ce qui porterait son coût à 25.000 francs. La réfection de l'épaulement était estimée à 24.000 francs. Le directeur estimait qu'il fallait réduire la demande de fonds à 5000 francs, pour réparer sans changement le mur crénelé bastionné de fermeture à la gorge et  les bâtiments en place, dont la petite caserne suffisante au logement des hommes, pour achever la citerne commencée en 1812 et pour adapter le parapet de l'épaulement, à rallonger de 24 à 40m.

            Ajourné, le projet ne fut pas représenté dans l’état estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour l'année 1849, qui concerne seulement la baie de Marseille, jugée de première importance,  mais dans le mémoire sur les projets, de travaux pour la défense des côtes pour 1850, rendu le 28 février 1849 par le capitaine du génie Alfred Schoennagel et le chef du Génie Lebas, concernant les baies de La Ciotat et de Cassis8. Les rédacteurs y précisent que les batteries de ce secteur étaient de 2° et 3° importance. Le projet de la batterie de Riou, proposé avec une tour-réduit n°3 agrandie, désormais du modèle type 1846, était alors estimé à une dépense totale de 44.000 francs.

Reportée aux exercices ultérieurs, l'organisation de la batterie de Riou est détaillé sous une forme renouvelée, toujours sous la direction du chef du génie Le Bas dans le 13e article du  Mémoire sur les Projets pour 1851-1852, daté du 14 décembre 18509] accompagné d'une planche de plan et coupe.

Travaux pour la défense des côtes. Projets pour 1851 et 1852. Organiser la batterie de Riou. [Plan], 1850.Travaux pour la défense des côtes. Projets pour 1851 et 1852. Organiser la batterie de Riou. [Plan], 1850.

         Le chef du génie précise dans son apostille que le nouveau projet applique les modifications indiquées dans l'avis du comité des fortifications du 21 janvier 1848, prescrivant de conserver le plan du front de tête de la batterie existante, y compris les angles arrondis du mur de revêtement, de part et d'autre du parapet de  l'épaulement en place, à refaire pour cinq pièces de canon, mais en prolongeant le terrassement de ce  parapet  en enveloppement  desdits angles arrondis pour former deux parados. Le creusement d'un fossé est proposé autour de l'épaulement, y compris dans ses deux  retours d'angle saillant sur le mur bastionné de fermeture à la gorge. Le projet, estimé à 64.000 francs, intègre la tour-réduit crénelée n°3 modifiée pour 25 hommes, représentant un coût de 40.000 francs, le reste de la dépense correspondant au coût de la réfection de l'épaulement. La tour réduit type 1846 est implantée  différemment du projet de 1846, entre les deux demi bastions du mur de fermeture à la gorge, en position diagonale afin que deux de ses angles regardent l'alignement du mur de gorge (soit les faces des demi-bastion), la tour et son  fossé recoupant et remplaçant toute la partie centrale de ce mur, dans laquelle est ménagée la porte d'entrée existante. De ce fait,  le projet déplace la porte d'entrée dans la face du demi-bastion de gauche, la porte de la tour, étant proposée du côté  opposé de la cour, face à  l'ancien corps de garde conservé  en bon état, inclus en partie dans le bastionnet de droite. L'ancien magasin à poudre semble condamné par le projet, sans doute au profit de celui inclus dans la tour comme dans tous les modèles de réduit de batterie type 1846 ; en revanche, la citerne est figurée comme achevée, sans que l'on puisse préciser si cet achèvement avait été réalisé après 1846 à la suite de l'avis du directeur des fortifications, ou s'il faisait partie du projet pour 1851-1852. Le plan du projet indique à l'extérieur de la batterie et à sa droite, sur la pointe du cap, un petit ouvrage formé d'un simple mur formant un pentagone ouvert à la gorge, désigné par l'apostille du chef du génie comme un reste de vieux retranchement que nous croyons inutile de réparer. Mentionné et porté sur plan en 1818, ce petit dehors figurait déjà sur le plan du projet de 1846.

Classé en 3eme degré d'importance, sans demande de fonds pour l'exercice en cours, ce projet ne fut pas réalisé, et ne fut pas non plus reformulé dix ans plus tard, comme ceux de la plupart des batteries des baies de Cassis et de La Ciotat de même degré d'importance, et à la différence de celles de 2e importance, comme celles de la Lecque à Cassis, de  l'île Verte ou du môle Bérouard du port de La Ciotat.

            Un état de l'armement recommandé par la commission de défense en 1859 prévoyait pour la batterie de Riou,  alors jugée de seconde importance, deux canons rayés en fonte de 30 cm et trois obusiers à âme lisse de 22 cm.

            Les derniers projets inaboutis concernant Riou, et les batteries des  rades de la Ciotat et de Cassis  seront abandonnés dès 1865-1866  aucun article ne les concernant plus dans le mémoire sur les projets de cet exercice, entérinant la clôture du programme des batteries de côte.

            Le déclassement défensif et militaire des batteries (désarmées) de la baie de Cassis, celles qui défendaient le port et celles de Riou, Morgiou et Cacao, est inscrit dans un projet de loi présenté à la chambre des députés en séance du 29 juin 1882; il fut confirmé par un avis du conseil supérieur de la guerre du 3 décembre 1888. Dès 1887, l'ancien corps de garde et le magasin à poudre de la batterie de Morgiou étaient passés à l'usage d'un pécheur professionnel nommé Marius Bouze, résidant sur le site. Vers le début du XXe siècle, les abords immédiats de l'ancienne batterie, côté terre, firent l'objet d'une exploitation limitée en carrière de sable. Cette exploitation a creusé un front de taille du côté de l'ancienne entrée de la batterie, qui ne se superpose pas à l'ancien fossé de retranchement. La transgression d'usage des lieux liée à l'activité de pêcherie du propriétaire a entraîné la suppression ou l'érosion  progressive des murs d'enceinte et de l'épaulement de batterie, tout en conservant  les deux ailes de l'ancien corps de garde tel qu'achevé en 1813, réutilisées et remaniées. L'ancien magasin à poudre a été remplacé dès le début du XXe siècle par un important hangar (déjà en place en 1926).

II- Description

Le site de la batterie, sur le cap de Riou dégagé à l'ouest par la petite anse du même nom, avec plage abordable aux petites embarcations de pèche ou de plaisance, reste  isolé et très faiblement bâti, son seul accès terrestre étant le sentier littoral de grande randonnée partant à l'ouest du hameau de Callelongue (à l'est du Cap Croisette) et passant par l'ancienne batterie de la Mounine.

            Dans son état actuel, l'ancienne  batterie de Riou, implantée à 12m d'altitude au-dessus de la mer, est réduite à l'état de  vestiges peu lisibles, assez chaotiques,  relevant de l'interprétation archéologique, mais toujours occupés par une maison habitable et ses annexes.

Vue aérienne verticale de Marseille, massif de Marseilleveyre, calanque de Marseilleveyre et du Podestat], 1968. Détail : la batterie de Riou.Vue aérienne verticale de Marseille, massif de Marseilleveyre, calanque de Marseilleveyre et du Podestat], 1968. Détail : la batterie de Riou.

Une photographie aérienne verticale  de 1968, montrant un état des lieux peu différent de l'actuel, permet de constater en comparant avec le plans de la batterie en 1818, que la maison de pécheur en deux corps en retour d'angle droit l'un de l'autre occupe et pérennise le bâtiment principal de la batterie, corps de garde au nord, cuisine et logement du gardien au sud-ouest. Le mur-pignon nord de l'ancien corps de garde, d'axe oblique, est toujours prolongé à l'est par un mur bas, avec un angle obtus, vestiges de la face et du flanc du demi-bastion gauche du mur de fermeture à la gorge. Cette vue verticale montre aussi la disparition complète de l'ancienne courtine d'entrée, du demi-bastion droit dont l'emplacement, et celui du magasin à poudre sont  du magasin à poudre sont occupés par le hangar de pêcherie bâti il y a plus d'un siècle. On voit encore sur cette photographie verticale l'état très dégradé de l'ancien épaulement de batterie, dont des vestiges de murs bas ne subsistent plus que dans sa moitié ouest.

            Vus du nord, les restes de l'ancienne batterie prêtent à confusion : le front de taille de l'ancienne carrière de sable exploitée après le déclassement évoque trompeusement un fossé de retranchement du front de terre, le véritable fossé qui a existé autour du demi-bastion occupé par le corps de garde, était en retrait de ce front de taille et n'est plus perceptible.

Vue générale nord des vestiges de la batterie, ancien front de gorgeVue générale nord des vestiges de la batterie, ancien front de gorge

Les murs du bâtiment en équerre de l'ancien corps de garde et du logement du gardien est entièrement revêtu d'un enduit au ciment du XXe siècle, qui masque complètement les ancien créneaux, et des baies y ont été repercées. Le corps de garde a été divisé intérieurement par deux murs de refend et le souches de cheminées ne correspondent pas à l'état documenté par les plans du XIXe siècle; les couvertures actuelles sont en fibro-ciment ondulé, remplaçant les tuiles-canal de l'état ancien, les charpentes en place étant peut-être encore celles du XIX e siècle. Seule la façade sud, anciennement sur cour, de l'aile du logement du gardien et de la cuisine, conserve ses portes et fenêtres implantées conformément à ce qu'indiquent les plans de 1818 et 1850. 

Vestiges de la batterie : ancien bâtiment militaire du logement de gardien de batterie, remanié.Vestiges de la batterie : ancien bâtiment militaire du logement de gardien de batterie, remanié.

Du côté ouest de l'ensemble actuel, surplombant l'anse  et la plage de Riou, on observe entre les bâtiments et le front de mer sud, une persistance du relief de l'ancien épaulement de batterie sous la forme d'un bourrelet de terre chaotique  d'où émerge un pan mur en ruine de faible élévation.

Vue générale ouest des vestiges de la batterie : anciens bâtiments militaires remaniés et vestiges de l'épaulementVue générale ouest des vestiges de la batterie : anciens bâtiments militaires remaniés et vestiges de l'épaulement

Ce reste de mur rectiligne d'axe est-ouest, en réduit à ses fondations dans la partie est de l'ancien épaulement, est semi enterré sur ses deux faces nord et sud : il s'agit de l'ancien mur de genouillère qui régnait entre le parapet d'artillerie en terre, dont la hauteur atteignait l'arase de ce mur, et la plate-forme portant les canons, surhaussée du niveau de la cour avec sol maçonné nivelé sur un remblai. Aujourd'hui, ces anciens terrassement massés contre le mur sont informes car en majeure partie érodés ou déblayés irrégulièrement, et il ne reste plus de vestige apparent de l'ancien mur de revêtement extérieur de l'épaulement, soit de son parapet, qui était en saillie sur le front sud de la batterie.

 Vestiges de l'épaulement (avec mur de genoullère) et bâtiments militaires remaniés. Vestiges de l'épaulement (avec mur de genoullère) et bâtiments militaires remaniés.

1SHD Vincennes 1VH1079 n°12SHD Vincennes 1VH1079 n°53SHD Vincennes 1VH1079 n°124SHD Vincennes 1VH1079 n°125Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 146Archives départementales des Bouches du Rhône 2 J 4, pl. n°247 SHD Vincennes, 1VH 1084, n° 18 SHD Vincennes, 1VH 10859SHD Vincennes, 1VH 1086

            Fondée ex hilo durant les guerres révolutionnaires, la batterie de Riou fut l’une des rares créations nouvelles parmi les défenses côtières des baies de Marseille et de Cassis et La Ciotat. Elle complétait le dispositif en protégeant un mouillage stratégique, comblant le vide laissé dans la défense côtière à mi-distance entre le sud-est de la baie de Marseille et le port de Cassis. En 1795, la construction était en cours, avec plate-forme à canons et casernement, mais inachevée faute de citerne et de magasin à poudre. Des projets successifs de l'an 9 et de l'an 10, non réalisés, signalaient la construction sommaire d'une petite position de batterie extérieure plus basse à la pointe du cap pour la défense du mouillage de Riou et proposaient l'agrandissement du casernement complété d'un magasin à poudre normatif.

            Sous l’Empire, dans le cadre du plan de défense côtière de 1811-1813 ordonné par Napoléon Ier , le général Gassendi, répondant à une instruction du général Jean-Ambroise de Lariboisière, inspecteur général de l’artillerie, proposait la construction d'une nouvelle batterie à la pointe de la Mounine, à faible distance à l’ouest de la batterie de Riou, qu'elle devait remplacer. La batterie de Mounine fut construite en 1812, en appui et non en remplacement de celle de Riou, une tour-modèle, jamais concrétisée, étant proposée à mi-distance entre les deux.  Armée de deux pièces de 24 sur affûts de côte, d'un mortier de 9 pouces et d'une pièce de 16 dans la petite batterie basse annexe, la batterie de Riou devait être adaptée pour cinq pièces. En 1812-1813, sous l'autorité de Tournadre aîné, chef du génie de Marseille, elle avait été fermée à la gorge par un mur crénelé à deux demi-bastions symétriques encadrant la porte, comme celui de la batterie de Mounine, et pourvue dans l'un d'eux d'un nouveau corps de garde pour 30 hommes bâti en retour d'équerre du casernement existant, d'un petit magasin à poudre, une citerne projetée ayant été seulement commencée. Les propositions de principe d'achèvement formulées par Tournadre en 1818 n'eurent pas de suite, du fait de l'absence de menace, la batterie désarmée fut remise aux Domaines en réserve dès 1820.

            Le programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes issues des travaux  de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles instituée en février 1841 donna lieu en 1846 à un projet de réhabilitation la batterie de Riou rédigé par le chef du génie de Marseille Marie-Tranquille Lebas. Il s'agissait de l'armer de cinq pièces de canon, en améliorant les tracés de l'épaulement et du mur de gorge crénelé, et en lui donnant pour réduit intra-muros une tour n°3. Ajourné, représenté pour 1850, puis pour 1851-1852 avec des changements , ce projet ne fut pas réalisé, et ne fut pas non plus reformulé dix ans plus tard, comme ceux de la plupart des batteries des baies de Cassis et de La Ciotat de même degré d'importance, et à la différence de celles de 2e importance.

             Le déclassement défensif et militaire des batteries désarmées de la baie de Cassis, celles qui défendaient le port et celles de Riou, Morgiou et Cacao, objet d'un projet de loi en juin 1882, fut confirmé par le conseil supérieur de la guerre en décembre 1888.

L’ancien corps de garde et le magasin à poudre furent repris par des pêcheurs, transformés en habitation et hangar, transgression d'usage accompagné d'importantes démolition touchant les murs et l'épaulement, l'aspect du  site étant en outre modifié par  l’exploitation d’une carrière de sable au début du XXᵉ siècle.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 18e siècle, limite 18e siècle 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 1er quart 19e siècle
  • Dates
    • 1795, daté par source
    • 1812, daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Tournadre Jean-Joseph-Amable , dit(e) dit Tournadre aîné
      Tournadre Jean-Joseph-Amable

      Chef de bataillon du génie. Sous-directeur des fortifications de Toulon à partir de 1812; chef du génie de la place de Marseille. Supervise dans le secteur de Toulon les travaux du fort de la Croix des Signaux, du fort Saint-Elme, des batteries de la Carraque et de Marégau. Dans le secteur de Marseille, il participe aux travaux des batteries de côte en 1812-1813 et dirige la réhabilitation du haut fort de la citadelle Saint Nicolas de Marseille de 1814 à 1830. Auteur d'un atlas des batteries de côte du secteur de Marseille à La Ciotat en 1818.

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      ingénieur militaire attribution par source

Située sur le cap de Riou, à 12 mètres au-dessus de la mer, la batterie domine une petite anse encore accessible par le sentier littoral reliant la Mounine au cap Croisette. Le site est aujourd’hui en ruine et largement défiguré, mais l’organisation d’origine reste partiellement lisible. La maison actuelle de pêcheur conserve les volumes de l’ancien corps de garde et du logement du gardien formant un plan en L ; la façade sud garde ses ouvertures d’origine, tandis que les murs et toitures ont été réenduits et remaniés. le front de taille de la carrière de sable exploitée après le déclassement évoque trompeusement un fossé de retranchement du front de terre, le véritable fossé qui a existé autour du demi-bastion occupé par le corps de garde, était en retrait de ce front de taille et n'est plus perceptible. La courtine d’entrée et le bastion droit du mur de gorge ont disparu, remplacés par un hangar de pêche. L’emplacement de l’ancien épaulement de la batterie est encore marqué par un  bourrelet de terre informe, avec un pan de mur de genouillère semi-enterré, seuls vestige du parapet et de la plate-forme des canons.

  • Murs
    • calcaire moellon enduit
  • Toits
    tuile creuse
  • Plans
    système bastionné
  • Typologies
    batterie fermée
  • État de conservation
    vestiges, menacé
  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne privée (incertitude)
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Sites de protection
    loi littoral, parc naturel national
  • Protections

  • Rapport de la commission mixte chargée de déterminer la position et l'armement d'une batterie au cap Croisette, par le colonel Dianous, 20 mai 1812. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 12.

  • Mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et de ses dépendances par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 20 novembre 1816. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 16.

  • Atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat, 1818. Par Tournadre aîné. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4.

  • Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1851-1852, par Marie-Tranquille Lebas, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1086.

  • Plan et profils de la batterie de Riou. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, feuille de l'atlas des batteries de côte de 1818. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4, pl. 24.

  • Travaux pour la défense des côtes. Projets pour 1851 et 1852. Organiser la batterie de Riou. [Plan]. / Dessin aquarellé par Edouard de Réginel, dirigé par Lebas, chef du génie, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1086.

Documents figurés

  • Plan, profil et élévation de la caserne de la batterie de Riou avec l'augmentation proposée. / Dessin aquarellé par l'adjoint au génie de 1ere classe, sous l'autorité de Sorbier, directeur des fortifications, an 10. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 6.

  • Projet pour l'organisation des batteries de côte. Batterie de Riou. [Plan]. / Dessin aquarellé par Lebas, chef du génie, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1084, n° 1.

  • [Vue aérienne verticale de Marseille, massif de Marseilleveyre, calanque de Marseilleveyre et du Podestat]. / Photographie,1968. Institut Géographique National, Saint-Mandé.

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Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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