Photographe Inventaire général.
- enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
-
Aire d'étude et canton
Bouches-du-Rhône
-
Commune
Cassis
-
Lieu-dit
-
Adresse
chemin des Lombards
,
-
Cadastre
2026
BR
87
casemates Regelbau non cadastrées : domaine public maritime
-
Précisions
-
Dénominationsbatterie
-
Précision dénominationbatterie de côte
-
Appellationsbatterie de la Pointe des Lombards
-
Dossier dont ce dossier est partie constituante
I- Historique, topographie et typologie générale
La fondation de cette batterie de côte défendant l'entrée du port de Cassis doit être associée, comme celle de La Lecque, à la grande campagne de création de batteries planifiée en 1695 pour défendre en particulier la baie de Marseille contre les menaces de croisière anglaise de l'amiral Russel. La mise en œuvre de ce programme, bientôt élargi, avait été placée sous l’autorité du maréchal de France Anne Hilarion de Tourville, lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant, nommé le 30 mars 1695 par Louis XIV au commandement des côtes de Marseille à Toulon.
Un plan de Cassis et du Port-Miou, datable de 1696 environ, signé du cartographe Gaulette1, exprime et légende quatre batteries défendant le port de Cassis : en A La batterie de La Lecque, armée de 3 canons de 8, en B, sur l'extrémité e l'avancée rocheuse formant môle à droite de l'entrée du port, la batterie de St Pierre (vocable de la chapelle contiguë), armée d'un canon de 8, en C la batterie du château de Cassis (dit aussi fort de St Michel), armée de 2 canons de 24 et de 4 de 8, en D la batterie des Lombards, armée de 2 canons de 24.
La batterie du Lombard est portée en 1740 sur la carte de la partie des côtes de Provence depuis l'embouchure du Rhône jusqu'au Cap de la Fauconnière, à l'Est de La Ciotat , sans précision sur son armement2. Ce plan exprime aussi la batterie du Bistoir, à l'emplacement de la future batterie de La Lecque, mais le château de Cassis n'y est pas porté, non considéré alors comme point d'appui de la défense de l'Etat.
Un plan du port de Cassis daté de 1744, plus précis, figure la batterie de La Lecque (cotée C) dite alors de St Clair, armée de deux canons du calibre de 24 et la batterie du Lombard, de deux canons du calibre de 18 (cotée B); les deux batteries sont représentée sous forme d'un épaulement en arc de cercle a embrasures, avec un petit bâtiment à sa gorge. Les deux pièces de 18 constituant l'armement de principe de la batterie du Lombard semblent n'avoir été mises en place qu'à la suite d'un ordre donné le 1er juin 1745 par Jacques-Philippe de Mauriac, brigadier des armées du roi commandant en Provence, ordre dans lequel la batterie est dite d'Orléans ou des Lombards3.
En 1755, la Carte de la côte de Provence depuis l'embouchure du Rhône jusques au port de Villefranche, signée de Nicolas-François Milet de Monville4 directeur des fortifications de basse Provence, exprime et nomme les batteries du Bistoir et de la pointe du Lombard, mais la légende de la carte ne compte que la seconde, cotée S, au nombre des forts et batteries de la coste de Provence qu'il conviendroit d'armer pour en protéger la navigation et pour interdire le mouillage des rades à une armée navale ennemie, et propose de l'armer de 4 pièces de canon.
Une source d'archive locale du 18 juillet 1761 signale la construction du corps de garde de la batterie du Lombard. Une autre, du 5 juillet 1778, atteste d'un ordre d'armer cette batterie de deux pièces de 24, adressé à la communauté de Cassis par Messire Amé de Saint Paul, commandant l'artillerie de Provence5.
La période des guerres révolutionnaires (1793-1802) voit la reprise en main directe des batteries de côte par l'Etat. En témoigne un mémoire de l'inspecteur général des fortifications daté du 30 fructidor an 3 qui fait allusion à des travaux de remise en état des batteries de Cassis6 : Cette ville contient trois batteries, La Lecque, les Lombards et le château. Les deux premières sont approchant finies et la dernière à peine commencée... Daté du 15 frimaire an 9 ,le mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications du secteur de Marseille et de La Ciotat, rédigé le 15 frimaire an 9 par Jean-François Sorbier, directeur des fortifications à Toulon et Boyer, sous-directeur7, ne mentionne à Cassis les trois mêmes batteries, qui ont tant aux parapets qu'aux couvertures plusieurs réparations à faire, un vent impétueux les a rendues si urgentes qu'on y travaille actuellement.
En 1804, un état nominatif des batteries de côte dépendant de la direction de Toulon depuis Cassis jusqu'au Cap Sicié, avec carte8, précise que la batterie des Lombards, qui défend l'entrée du port de Cassis et en protège le golfe est une batterie ouverte revêtue de maçonnerie, armée de 2 pièces de 24 dont dépend un magasin à poudre et une caserne (corps de garde).
Un état des lieux circonstancié de la batterie des Lombards peu après la fin de l'Empire est donné dans le mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et dépendances9 rédigé le 20 novembre 1816 par Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, chef du génie de Marseille : " Située dans la partie Est du Cap qui forme la droite du port de Cassis, cette batterie croise ses feux sur les avenues de l'entrée de ce port, avec celles de la Lecque et de La Cacao. Elle est ouverte à sa gorge et la disposition du terrain ne permet pas de la retrancher étant dominée par des ressauts successifs de terrain dont le relief la prive de la protection du château de Cassis qui quoiqu'étant fort près ne peut l'apercevoir. Il n'y a d'autres établissements à la batterie des lombards qu'un petit corps de garde et un magasin à poudre fort humide. L'armement de cette batterie consistait en 2 pièces de 24 et 1 de 18."
En 1818 un atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat réalisé sous la direction du même Tournadre aîné, réunissant des relevés détaillés de chaque batterie et des commentaires, apporte des précisions descriptives. Celles relatives à la batterie des Lombards, illustrée par une planche de plan et profils un peu simplifiée, complètent l'état des lieux antérieur : "Le mamelon sur lequel se trouve le château de Cassis offre au sud une pente très rapide jusqu'au bord de la mer, c'est au bas de cette pente et au bord de l'escarpement qui la termine qu'est placée la batterie des Lombards. Son épaulement en partie circulaire (plan en quart de cercle) est formé d'un mur à hauteur de genouillère au-devant duquel on a établi un parapet à tertres coulantes, la plate-forme en pierre élevée de 30 mètres au-dessus du niveau de la mer (altimétrie surestimée d'environ 10m) peut recevoir trois pièces montées sur affûts marins. Un corps de garde pour dix hommes et un magasin à poudre bien construit mais un peu humide à cause de la hauteur des terres en arrière composent tous les établissements de cette batterie(...) Entièrement ouverte à la gorge et peu susceptible d'un bon retranchement à cause de la domination du terrain en arrière coupé par ressauts soutenus de murailles en pierres sèches et couvert d'oliviers, cette batterie est enlevée aussitôt qu'attaquée et ne peut en conséquence avoir aucune influence sur les progrès de l'ennemi qui serait débarqué sur la plage d'Arenc[10. Son effet doit donc se borner à empêcher l'arrivée de l'ennemi sur ce point sur lequel quoiqu'elle en soit fort rapprochée, elle a peu d'action, d'autant que ces débarquements se font ordinairement de nuit"11.
Plan et profils de la batterie des Lombards, 1818.
Le programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes issues des travaux de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles instituée en février 1841 donna lieu à des projets pour le secteur de Marseille à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Dans ce cadre, l'organisation de la batterie des Lombards fit l’objet du 9e article du Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 184612 rédigé le 2 juin par le chef du génie. Estimé à un coût de 17.050 francs, le projet, consistait à recharger le parapet de l'épaulement de la batterie existante, sans en changer le plan, pour trois pièces de canon, en supprimant les deux bâtiments en place, antérieurs à 1804, pour les remplacer par un corps de garde défensif avec fossé, comme exprimé sur un plan de situation montrant la batterie et ses abords, jusqu'au château de Cassis.
[Plan de situation du projet d'organisation de la batterie des Lombards],1846.
Le corps de garde projeté était conforme à la typologie des réduits de batterie définie et proposé le 13 septembre 1845, avec une diffusion limitée, et qui fut remplacée par les modèles-type fixés le 31 juillet 1846, pratiquement sans réalisation des modèles antérieurs. Le projet comptait aussi, à gauche de la gorge de la batterie et du corps de garde, un nouveau segment de mur d'enceinte formant un petit front retranché de plan tenaillé. Dans son apostille, le directeur des fortifications proposait d'employer les matériaux de déblais du creusement du fossé du corps de garde projeté pour prolonger l'épaulement de la batterie vers la gauche, afin de mieux assurer le défilement face aux tirs venus de la mer, et de décaler l'implantation du corps de garde projeté vers la gauche, plus près du chemin d'accès à la batterie, ce qui permettait de ne pas démolir le magasin à poudre existant.
Ajourné, le projet ne fut pas représenté dans l’état estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour l'année 1849, qui concerne seulement la baie de Marseille, jugée de première importance, mais dans le mémoire sur les projets, de travaux pour la défense des côtes pour 1850, rendu le 28 février 1849 par le capitaine du génie Alfred Schoennagel et le chef du Génie Lebas, concernant les baies de La Ciotat et de Cassis13. Les rédacteurs y précisent que les batteries de ce secteur sont de 2° et 3° importance. Le projet de la batterie des Lombards, inchangé excepté le corps de garde défensif , désormais n°3 du modèle type 1846, était alors estimé à une dépense de 28.500 francs.
Reportée aux exercices ultérieurs, l'organisation de la batterie des Lombards est détaillée sous une forme renouvelée, toujours sous la direction du chef du génie Le Bas, dans le 10e article du Mémoire sur les Projets pour 1851-1852, daté du 14 décembre 185014 accompagné d'une planche de plan et coupe.
Le plan du projet est resserré et très diffèrent de celui présenté par le même chef du génie en 1846, s'agissant de la forme de l'épaulement, qui ne se limite plus à remployer celui de l'ancienne batterie, mais le remplace par un fort parapet de plan en U, avec branches latérales rallongées formant parados pour joindre à droite le fossé du corps de garde défensif n°3, à gauche un mur de fermeture à la gorge reliant ce même fossé à l'escarpement naturel. Rien n'est conservé dans ce projet des deux bâtiments de l'ancienne batterie. L'apostille du chef du génie justifie les changements par les contraintes topographiques: ce projet a présenté de grandes difficultés, le parapet actuel est trop avancé pour être allongé de manière à recevoir 3 pièces et en le reculant on tombait dans des déblais énormes pour l'emplacement du corps de garde défensif, à cause de la pente très raide du terrain en arrière. On a donc été forcé de faire deux retours pour avoir l'emplacement des trois pièces (...) on a été forcé de démolir le petit magasin à poudre pour trouver l'emplacement du réduit, mais ce n'est pas une grande perte, car M. L'inspecteur général en 1848 reconnait (...) qu'il ne faut pas compter qu'on puisse tirer aucun parti des bâtiments existants. Le coût estimé du projet montait à 56.000 francs, dont 26.000 francs pour refaire l'épaulement, 24.000 pour le corps de garde défensif et 6000 pour la fermeture à la gorge. Classé en 3eme degré d'importance, sans demande de fonds pour l'exercice en cours, ce projet ne fut pas réalisé, et ne fut pas non plus reformulé dix ans plus tard, comme ceux de la plupart des batteries des baies de Cassis et de La Ciotat de même degré d'importance, et à la différence de celles estimées ou réévaluées de 2e importance, comme celles de La Lecque, aussi à Cassis, celles l'île Verte ou du môle Bérouard du port de La Ciotat.
Un état de l'armement recommandé par la commission de défense en 1859 prévoyait pour la batterie des Lombards, jugée de seconde importance, un canon rayé en fonte de 30 cm et un obusier à âme lisse de 22 cm.
Les derniers projets inaboutis concernant la rade de la Ciotat et Cassis seront abandonnés dès 1865-1866 aucun article ne les concernant plus dans le mémoire sur les projets de cet exercice, entérinant la clôture du programme des batteries de côte.
Le déclassement défensif et militaire des trois batteries de Cassis, La Lecque, le château et le Lombard, est inscrit dans un projet de loi présenté à la chambre des députés en séance du 29 juin 1882; il fut confirmé par un avis du conseil supérieur de la guerre du 3 décembre 1888.
L'ancienne batterie et son terrain devinrent par la suite propriété privée, dépendance d'une importante villa (Ville Jeanne) construite moins de 100m à l'arrière, le terrain intermédiaire, ancienne oliveraie, étant aménagé en jardins en terrasses. Au cours du XXe siècle, dans la batterie, l'ancien corps de garde fut agrandi en doublant sa largeur et en ajoutant un étage sous toit pour servir de pied-à-terre, le magasin à poudre laissé en l'état servant du bûcher. Une issue fut créée vers un sentier de promenade littorale aménagé sur le versant gauche (sud/sud-est) de la pointe, bordant l'anse Sainte Magdeleine, le côté ouest de la pointe étant escarpé en falaise avec éboulis rocheux, impropres à des aménagements. Cette configuration remaniée est clairement exprimée sur une photographie aérienne oblique prise en 1931.
L’occupation allemande du secteur de Marseille Cassis et La Ciotat et l'intégration d'anciennes batteries françaises au système défensif du Südwall en 1943 comporta la réalisation d'aménagements défensifs limités sur la pointe des Lombards, en contrebas de l'ancienne batterie sur le versant de l'anse Sainte Magdeleine, soit deux casemates de flanquement du type Regelbau 667 pour pièce de 5cm K.W.K, ouvrages de dimensions resserrées compatibles avec une implantation sur un emplacement étroit et contraint. La casemate située l'extrême pointe était combinée à un tobrouk ou ringstand Bauform 221 également pour pièce de 5cm K.W.K, documenté dans l'état des lieux en 1946 par une photographie participant à l'illustration d'un rapport français sur le mur de l’Atlantique et le Sudwall[15.
[Vue aérienne oblique de la casemate de la pointe des Lombards, vue du sud-ouest],1946.
II- Description
La batterie
Ce qui reste aujourd'hui de l'ancienne batterie des Lombards, surplombant la pointe du Cap, sur un socle rocheux naturellement escarpé, domine le niveau de la mer d'une vingtaine de mètres. L'épaulement de plan en quart de cercle avec mur de revêtement figuré sur les planches de plan du génie de 1818 et 1846 existe toujours sur une très faible élévation, en partie masquée par le remblai d'une plate-forme terrassée construite en avant, ce qui est bien visible sur la photographie aérienne de 1931. Cette plate-forme elle-même revêtue d'un mur de soutènement de plan arrondi, peut évoquer la configuration d'un épaulement.
Vue extérieure du revêtement de la terrasse en avant de l'ancien épaulement.
De ce fait, il est difficile de déterminer si cette plate-forme avancée, est un aménagement postérieur au déclassement de 1888 et à la privatisation du site, ou s'il peut s'agir d'une modification par agrandissement de l'épaulement existant faite par le génie sur l'exercice 1851-1852 en exécution partielle et à l'économie du projet de décembre 1850, jugé trop coûteux. De la plate-forme de l'épaulement de batterie en place en 1818,probablement construit en l'an 3 (1794), subsiste le dallage de sol très soigné en pierre de taille de Cassis bien conservé mais remanié dans l'état actuel (semblable à celui de la plate-forme de la batterie de la Lecque). Le petit corps de garde construit à la même époque à la gorge de cette plate-forme et de plain-pied avec elle, existe toujours aujourd'hui, bien que remanié. Sa façade donnant sur la plate-forme dallée correspond, par sa largeur, sa porte en cadrée d'un chambranle en pierre de taille de cassis, à celle du corps de garde exprimé en plan et coupe en 1818, les deux petites fenêtres encadrant la porte dans l'état actuel ne figurant pas sur ce plan, ayant sans doute été repercées.
Vue extérieure de l'ancien corps de garde, façade sur la plate-forme dallée de la batterie
Le principal remaniement apporté à ce corps de garde au XXe siècle est son agrandissement en profondeur, en mettant à couvert sous le toit à deux versants agrandi et rehaussé à la faitière, l'espace antérieurement à ciel ouvert qui régnait entre le mur gouttereau postérieur (toujours en place dans le volume agrandi) et le mur d'isolement du magasin à poudre. Le petit magasin à poudre (c. 5m X 6m hors oeuvre) est toujours en place, implanté à l'arrière du corps de garde dans un décaissement rectangulaire deux fois plus spacieux que le magasin, creusé par déroquetage dans le terrain naturel surplombant.
Ce décaissement dont les fronts de taille sont revêtus sur trois côtés par le mur d'isolement dégageant un promenoir autour du magasin, permettait d'asseoir ce magasin à un niveau de sol de peu supérieur à celui de la plate-forme, et de le renfoncer dans le terrain, ce qui lui assurait un bon défilement. Dans l'état actuel, ces dispositions anciennes remontant probablement à 1794 sont bien conservées, y compris l'emmarchement de l'escalier montant de la plate-forme dallée au sol du promenoir régnant autour du magasin, avec ses premières marches en pierre de Cassis appareillées aux dalles de pavement, et l'encadrement également en pierre de taille du passage de l'escalier à travers le mur d'isolement.
Escalier montant de la plate-forme de la batterie au magasin à poudre
Le magasin à poudre est aujourd'hui en médiocre état, du fait de la disparition ancienne de son toit à deux versants qui mettait à l'abri les reins de la voûte en berceau à l'épreuve couvrant la salle des poudres.
Le magasin à poudre encaissé et enveloppé dans son mur d'isolement, vue sud/sud-ouest
La voûte existe encore mais ses reins sont dégradés et couverts d'une végétation parasite. Le parement est sommairement mis en oeuvre en blocage de moellons, comme celui du mur d'isolement, seule la porte d'entrée du magasin ayant un encadrement en pierre de taille de Cassis avec linteau monolithe et feuillure pour un vantail (disparu) ouvrant vers l'extérieur, une semblable feuillure existant aussi vers l'intérieur. Le parement du mur gouttereau droit du magasin (côté corps de garde) est arraché, et le massif de remplissage a été consolidé et réparé assez récemment pour arrêter la ruine.
Les casemates allemandes
La première casemate de flanquement Regelbau 667, la plus avancée sur l'arête rocheuse de la pointe, en contrebas de la tête de l'ancienne batterie, est aujourd'hui très remaniée, ayant été aménagée après guerre pour porter une plate-forme de vue panoramique, avec rehausse de ses parois par un mur garde-corps en blocage de moellons.
Vue plongeante de la pointe et de sa casemate allemande (belvédère) prise de l'ancienne batterie
Son mur de flanquement oblique à droite de l'embrasure reste reconnaissable, ainsi que le volume général du bloc en béton banché, qui semble avoir été camouflé dès la construction initiale d'un enduit rocaillé de petite pierraille encore en place et en partie décollé.
En effet, l'aspect grenu de ce revêtement est perceptible sur la photographie aérienne de cette casemate en 1946. La rehausse des parois en garde corps a reproduit cette mise en œuvre rocaillée. La chambre de tir intérieure, sa porte d'entré et son embrasure ont été défoncés après guerre pour créer un passage prolongeant la promenade littorale bordant l'anse Saint Magdeleine, au sud-est de la pointe (accès initial des deux casemates) , jusqu'au pied des escarpement du front ouest de la pointe. La seconde casemate plus en retrait, flanquant l'anse Saint Magdeleine, est mieux conservée et conforme au modèle-type Regelbau 667 de forme cubique avec mur de flanquement oblique, pour celle-ci à gauche de l'embrasure, celle-ci, couverte d'un linteau en acier IPN, étant actuellement murée. Les parois extérieures en béton banché de ce bloc sont aujourd'hui largement visibles à nu, mais, comme dans le cas de la première casemates, elles étaient revêtu du même enduit rocaillé, dont restent des lambeaux sur le mur de flanquement, et au-dessus de l'embrasure (avec en ce point un jointoiement ciment couvrant).
Face arrière de la seconde casemate de flanquement allemande, en retrait de la côte Est du cap
Mur de flanquement arrière de la seconde casemate de flanquement allemande, avec enduit rocaillé
Face avant de la seconde casemate de flanquement allemande, avec embrasure murée
La pointe des Lombards, à droite et à quelque distance de l'entrée du port de Cassis, en avant du château, est un des points choisis en 1695 pour implanter des batteries de côte, en complément du programme de défense côtière de la baie de Marseille, programme conçu sous l'autorité de Vauban, et mis en œuvre par le maréchal de France Anne Hilarion de Tourville, vice-amiral du Levant. La batterie des Lombards, ouverte à la gorge était alors armée de deux canons de 24, remplacés en 1744 par des canons de 18. A cette date, son épaulement est figuré en arc de cercle sur une carte, avec un petit bâti à la gorge. Un corps de garde y est construit en 1761, et en 1778, le commandant l'artillerie de Provence ordonne à la communauté de Cassis de la réarmer de deux pièces de 24.
La période des guerres révolutionnaires voit la reprise en main directe par l'Etat des batteries de côte existantes du secteur de Marseille. Un mémoire de l'inspecteur général des fortifications daté du 30 fructidor an 3 (16 septembre 1795) témoigne de travaux de remise en état de défense des batteries de Cassis, dont celle des Lombards. En 1804, la batterie, pourvue d'un magasin à poudre et d'un corps de garde est toujours armée de deux pièces de 24 auxquelles s'ajouta une pièce de 18 pendant les guerres napoléoniennes. Le chef du génie de Marseille Tournadre aîné signale dans son atlas des batteries de 1818 sa vulnérabilité côté terre, faute de pouvoir retrancher efficacement sa gorge, du fait de la pente surplombante du terrain, responsable aussi de l'humidité dans le magasin à poudre renfoncé.
Le programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes issues des travaux de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles instituée en février 1841 donna lieu à deux projets successifs, l'un pour 1846 représenté pour 1850, l'autre pour 1851-1852, élaborés par le chef du génie Marie-Tranquille Lebas. Ces projets, qui ne furent pas réalisés, proposaient de remplacer les deux bâtiments existants par un corps de garde défensif avec fossé, aux normes des réduits de batterie définies en 1845 et 1846, de fermer la gorge de la batterie par un mur crénelé et d'épaissir l'épaulement existant, avec modification de sa forme dans le second projet.
Classée de troisième importance, la batterie des Lombards, fut réévaluée de seconde importance en 1859 avec un armement théorique d’un canon rayé de 30 cm et d’un obusier de 22 cm, avant d’être abandonnée avec la fin du programme de défense côtière en 1865–1866, puis déclassée définitivement le 3 décembre 1888.
Devenue propriété privée, elle fut intégrée à un domaine avec villa construite à proximité. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le site est refortifié par les Allemands dans le cadre du Südwall : deux casemates de flanquement type Regelbau 667 pour canons de 5 cm K.W.K. sont construites en contrebas de la batterie, l’une à l’extrémité de la pointe, combinée à un tobrouk, l’autre plus en retrait.
-
Période(s)
- Principale : 4e quart 17e siècle, limite 17e siècle 18e siècle , daté par source
- Secondaire : 4e quart 18e siècle, limite 18e siècle 19e siècle , daté par source
- Secondaire : 2e quart 20e siècle
-
Dates
- 1695, daté par source
- 1761, daté par source
- 1795, daté par source
- 1943, daté par source
-
Auteur(s)
-
Auteur :
Tourville Anne Hilarion deTourville Anne Hilarion deCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant (1689), Maréchal de France (1693) nommé par Louis XIV le 30 mars 1695 au commandement des côtes de Marseille à Toulon, pour suivre la réalisation des batteries de côte.
-
Auteur :
Les restes de la batterie des Lombards occupent la pointe rocheuse orientale du port de Cassis, dominant la mer d’une vingtaine de mètres. L'ancien épaulement en quart de cercle, identifiable sur les plans de 1818 et 1846, est masqué par une plate-forme terrassée postérieure construite en avant, elle-même de plan en fer à cheval évoquant un épaulement, réalisation inaboutie de 1852 ou aménagement postérieur au déclassement (?). Le dallage en pierre de Cassis de la plate-forme d’origine, d’exécution soignée, est encore en place, remanié.
Le corps de garde correspond à celui figuré sur le plan de 1818, avec façade percée d'une porte encadrée en pierre de taille, de plain-pied avec la plate-forme dallée. Deux petites fenêtres ont été percées ultérieurement. Ce bâtiment, toujours couvert d'un toit à deux versants, est néanmoins agrandi vers l'arrière et surélevé depuis le XXe siècle, en intégrant son ancien mur gouttereau postérieur. À l’arrière, renfoncé dans un décaissement rectangulaire deux fois plus spacieux que lui et creusé dans le rocher, subsiste le magasin à poudre, entouré d’un mur d’isolement dégageant un promenoir périphérique, aussi conforme à l'état donné par le plan de 1818. Ses maçonneries en blocage sont dégradées, de même que sa voûte en berceau dont les reins sont mis à nu du fait de la disparition du toit.
En contrebas du site, le long de la promenade littorale, les deux casemates de flanquement allemandes conformes au modèle-type Regelbau 667 sont encore en place. La première, la plus avancée sur la pointe, transformée après la guerre en belvédère sur un passage pour la promenade, conserve son volume, son mur de flanquement oblique et des restes d’enduit rocaillé de camouflage extérieur. La seconde, plus en retrait, beaucoup mieux conservée, présente la structure cubique caractéristique du modèle-type, avec son embrasure (murée), son mur oblique et ses parements de béton banché encore partiellement revêtus de l'enduit rocaillé.
-
Murs
- calcaire moellon enduit
- béton béton armé enduit d'imitation
-
Toitstuile creuse, béton en couverture
-
Couvrements
- voûte en berceau
-
Couvertures
- toit à deux pans
-
Escaliers
- escalier de distribution extérieur : en maçonnerie
-
Énergies
-
Typologiesbatterie ouverte
-
État de conservationremanié, vestiges
-
Statut de la propriétépropriété d'une personne privée, ancienne batterie
propriété de la commune (incertitude), deux casemates allemandes sur la promenade publique
-
Intérêt de l'œuvreà signaler
-
Sites de protectionsite classé
-
Protections
-
Précisions sur la protection
Cap Canaille, Bec de l'Aigle et leurs abords classement au titre des sites par décret du 4 avril 1989
- (c) Bibliothèque nationale de France
- (c) Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille
- (c) Ministère de la Défense
- (c) Ministère de la Défense
- (c) IGN
- (c) Ministère de la Défense
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
-
Mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et de ses dépendances par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 20 novembre 1816. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 16.
-
Atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat, 1818. Par Tournadre aîné. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4.
-
Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.
-
Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1851-1852, par Marie-Tranquille Lebas, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1086.
-
Plan du port de Cassis. / Dessin aquarellé, 1744. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et plans, GE SH 18 PF 75 DIV 4 P 6 D.
-
Plan et profils de la batterie des Lombards. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, feuille de l'atlas des batteries de côte de 1818. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4, pl. 28.
-
[Plan de situation du projet d'organisation de la batterie des Lombards]. / Dessin aquarellé par Lebas, chef du génie, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1084, n° 1.
-
Travaux pour la défense des côtes. Projets pour 1851 et 1852. Organiser la batterie des Lombards. [Plan]. / Dessin aquarellé d'Edouard de Réginel, dirigé par Lebas, chef du génie, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1086.
-
[Vue aérienne oblique de la baie de Cassis prise de l'Est]. / Photographie,1931. Institut Géographique National, Saint-Mandé. <https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.538426&lat=43.210386&z=14.7&layer=pva&year=1931&mission=CF0A-2765>
-
[Vue aérienne oblique de la casemate de la pointe des Lombards, vue du sud-ouest]. / Photographie, 1946. Dans : "Catalogue général des constructions allemandes sur les côtes de France. Livres VIII et IX : installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949." / Yves Marie Fernand Pinczon du Sel. Service Historique de la Défense, Vincennes: Marine, MV 2 DOC 7bis (photo n° 393).
-
SAUREL, Alfred, Répertoire des faits les plus saillants et des dates les plus remarquables de l'histoire de Cassis. Marseille : Édition Typographie-Roux, 1857. 10 p.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.