Photographe Inventaire général.
- enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Bouches-du-Rhône
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Commune
Cassis
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Lieu-dit
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Adresse
Avenue de l' amiral Ganteaume
,
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Cadastre
2026
CO
26
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Précisions
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Dénominationsbatterie
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Précision dénominationbatterie de côte
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Appellationsbatterie de la Lecque
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Dossier dont ce dossier est partie constituante
I- Historique, topographie et typologie générale
La fondation de cette batterie défendant l'entrée du port de Cassis doit être associée, comme celle des Lombards à la grande campagne de création de batteries de côte planifiée en 1695 pour défendre en particulier la baie de Marseille contre les menaces de croisière anglaise de l'amiral Russel. La mise en œuvre de ce programme, bientôt élargi, avait été placée sous l’autorité du maréchal de France Anne Hilarion de Tourville, lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant, nommé le 30 mars 1695 par Louis XIV au commandement des côtes de Marseille à Toulon.
Un plan de Cassis et du Port-Miou, datable de 1696 environ, signé du cartographe François Gaulette1, exprime et légende quatre batteries défendant le port de Cassis : en A La batterie de La Lecque, armée de 3 canons de 8, proche d'un calvaire et surplombée en arrière et apparemment à distance d'une chapelle St Clair. En B, sur l'extrémité de l'avancée rocheuse formant môle à droite de l'entrée du port, la batterie de St Pierre (vocable de la chapelle contiguë), armée d'un canon de 8. En C la batterie du château de Cassis (annoté aussi fort de St Michel), armée de 2 canons de 24 et de 4 de 8. En D, la batterie des Lombards, armée de 2 canons de 24.
Plan de Cassis et du Port-Miou, c. 1696. Détail.
Une batterie du Bistoir (appellation alternative) est portée en 1740 à l'emplacement de la batterie de La Lecque sur la carte de la partie des côtes de Provence depuis l'embouchure du Rhône jusqu'au Cap de la Fauconnière, à l'Est de La Ciotat , sans précision sur son armement2. Ce plan exprime aussi la batterie du Lombard, mais le château de Cassis n'y est pas porté, probablement non considéré alors comme point d'appui de la défense de l'Etat. Une retouche apportée à cette carte exprime sommairement au bout du môle du port de Cassis une batterie nommée Saint Clair (erreur d'inversion de vocable avec Saint Pierre), entre les deux batteries du Bistoir (de la Lecque) et du Lombard.
Un plan du port de Cassis daté de 1744, plus précis, donne à la batterie de La Lecque (cotée C) l'appellation batterie de St Clair, armée de deux canons du calibre de 24 et figure une soixantaine de toises à l'arrière, donnant sur le port, une chapelle Saint Clair (cotée F). La batterie est représentée sous forme d'un épaulement en arc de cercle a embrasures, avec un petit bâtiment à sa gorge. Le môle est figuré sur ce plan, apparemment rénové et rallongé, non porteur d'une batterie mais d'une chapelle Saint Pierre (cotée G). Sont également figurés le château (coté A) et la batterie du Lombard, de deux canons du calibre de 18 (cotée B).
Par lettre du 10 janvier 1747, l'intendant de la généralité de Provence Charles Jean Baptiste de la Tour de Gléné, prescrivait aux consuls de Cassis d'armer une batterie de deux ou trois pièces. D'après des sources archives locales, le 25 mars, elle était armée de deux canons de 24, et le 7 mai, la commune de Cassis prenait possession de cette batterie dite de Saint-Clair du nom de la chapelle qui était utilisée à son usage comme magasin à poudre3.
En 1755, la Carte de la côte de Provence depuis l'embouchure du Rhône jusques au port de Villefranche, signée de Nicolas-François Milet de Monville4 directeur des fortifications de basse Provence, exprime et nomme les batteries du Bistoir et du Lombard, mais la légende de la même carte ne compte que la seconde, au nombre des forts et batteries de la coste de Provence qu'il conviendroit d'armer pour en protéger la navigation et pour interdire le mouillage des rades à une armée navale ennemie, ce qui semble confirmer que l'armement de la première, alias batterie de La Lecque ou de Saint Clair, avait été laissé par la direction des fortifications à la charge et à l'initiative de la commune de Cassis.
La période des guerres révolutionnaires voit la reprise en main directe des batteries de côte par l'Etat. En témoigne un mémoire de l'inspecteur général des fortifications (Pierron) daté du 30 fructidor an 3 qui fait allusion à des travaux de remise en état des batteries de Cassis5: Cette ville contient trois batteries, La Lecque, les Lombards et le château. Les deux premières sont approchant finies et la dernière à peine commencée. Daté du 15 frimaire an 9, le mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications du secteur de Marseille et de La Ciotat, rédigé par Jean-François Sorbier, directeur des fortifications à Toulon et Boyer, sous-directeur6, mentionne à Cassis les trois mêmes batteries, qui ont tant aux parapets qu'aux couvertures plusieurs réparations à faire, un vent impétueux les a rendues si urgentes qu'on y travaille actuellement.
En 1804 , un état nominatif des batteries de côte dépendant de la direction de Toulon depuis Cassis jusqu'au Cap Sicié, avec carte7, précise que la batterie de La Lecque, qui défend l'entrée du port de Cassis, est une batterie ouverte revêtue de maçonnerie, armée de 2 pièces, une de 24, une de 12, dont ne dépend qu'un magasin à poudre et une caserne (corps de garde) fusionnés ou non en un seul bâtiment8.
Un état des lieux circonstancié de la batterie de la Lecque peu après la fin de l'Empire est donné dans le mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et dépendances9 rédigé le 20 novembre 1816 par Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, chef du génie de Marseille. On y observe que le corps de garde et le magasin à poudre sont deux bâtiments distincts : " Cette batterie à droite du port de Cassis en défend immédiatement l'entrée et porte ses feux tout le long de la côte jusqu'à la pointe de la Cacao; elle est ouverte à la gorge et domine de trop près pour être retranchée mais sa proximité du village de Cassis rend ce défaut moins sensible en ce que les secours pourraient y être portés très rapidement. Il y a à cette batterie un corps de garde et un petit magasin à poudre. Elle était pendant la dernière guerre armée de trois bouches à feu."
Le même Tournadre aîné reprend cette description en 1818 dans un atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat réunissant des relevés détaillés réalisés sous son autorité. La batterie de La Lecque y est illustrée par une planche de plan et profils10 montrant l'épaulement de terre contenu dans un coffre de maçonnerie et percé de trois embrasures, de plan en quart de cercle avec prolongement rectiligne à droite. La batterie, très resserrée, est ouverte mais sa gorge est défilée par un surplomb du rocher au pied duquel sont disposés un petit corps de garde et, décalé à droite de la gorge, un petit magasin à poudre voûté enveloppé d'un mur d'isolement.
Plan et profils de la batterie de La Lecque,1818.
Cette configuration des deux bâtiments est semblable à celle de la batterie des Lombards. Le commentaire donne certaines précisions, sur la plate-forme de la batterie, en pierre, élevée de 18mètres au-dessus du niveau de la mer, sur la capacité de 12 hommes du corps de garde et sur l'absence de logement spécifique pour le gardien qui logeait au village.
Le vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes issues des travaux de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des iles instituée en février 1841 donna lieu à des projets pour le secteur de Marseille à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Lebas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Dans ce cadre, l'organisation de la batterie de La Lecque fit l’objet du 11e article du Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 184611 rédigé le 2 juin par le chef du génie. Le projet, consistait, pour un coût estimé très bas (2840 francs) à donner à l'épaulement en place le relief nécessaire, pour un armement de deux pièces, et à établir à la gorge un mur crénelé proposé par la commission pour permettre aux canonniers d'attendre les secours qui leur viendraient de la ville et du château de Cassis qui n'est qu'à 300m de distance. Le mur crénelé proposé pour fermer la batterie à la gorge, peu étendu, était conçu avec deux demi-bastions et un front latéral en tenaille raccordé à l'enclos du magasin à poudre en place. Le projet conservait ce magasin et le corps de garde, sans proposer un réduit défensif neuf, d'où son coût limité, à la différence de celui présenté simultanément pour la batterie des Lombards. Dans son apostille au projet, le directeur des fortifications estimait superflu de fermer à la gorge cette batterie située à 300m de la ville face au môle du port, la suppression de ce mur permettant de réduire encore la dépense à 1300 francs, dont 600 pour l'épaulement et 700 pour les réparations au corps de garde et au magasin à poudre.
Ajourné, le projet fut représenté dans le mémoire sur les projets, de travaux pour la défense des côtes pour 1850, rendu le 28 février 1849 par le capitaine du génie Alfred Schoennagel et le chef du Génie Lebas, concernant les baies de La Ciotat et de Cassis12. Les rédacteurs y précisent que les batteries de ce secteur étaient de 2° et 3° importance. Le projet de la batterie de la Lecque, proposé selon les avis du directeur des fortifications était alors estimé à une dépense totale de 2000 francs.
Reportée aux exercices ultérieurs, l'organisation de la batterie de La Lecque est détaillée toujours sous la direction du chef du génie Le Bas dans le 12e article du Mémoire sur les Projets pour 1851-1852, daté du 14 décembre 185013 accompagné d'une planche de plan et coupe. Le projet diffère assez peu dans son principe de celui de 1846, le chef du génie ayant persisté dans son parti de fermer la batterie à la gorge, selon un plan plus économique, en limitant le mur de fermeture à deux segments courts, l'un entre l'enceinte du magasin à poudre et le corps de garde, l'autre entre le corps de garde et un mur bordant l'escarpement naturel et de raccordant à l'épaulement du côté gauche, la porte étant ménagée dans ce segment et flanquée d'un demi-bastionnet d'angle. Ce parti avait été validé par le comité des fortifications dans une séance du 21 janvier 1848. Le coût estimé était alors de 4000 francs, dont 3600 francs pour la fermeture de la batterie à la gorge, la réfection des terres de l'épaulement existant en bon état étant limitée, ne coûtant que 400 francs.
Classé en 3eme degré d'importance, sans demande de fonds pour l'exercice en cours, ce projet ne fut pas réalisé, mais fut reformulé dix ans plus tard, à la différence de ceux de la plupart des batteries des baies de Cassis et de La Ciotat de même degré d'importance. La batterie de la Lecque était alors passée en 2e degré d' importance, comme celles de l'île Verte ou du môle Bérouard du port de La Ciotat.
Un état de l'armement recommandé par la commission de défense en 1859 prévoyait pour la batterie de La Lecque, deux canons rayés en fonte de 30 cm et un obusier à âme lisse de 22 cm. Une carte du littoral imprimée jointe aux projets pour 1861-186214 avec en surcharge à l'aquarelle une expression des batteries de côte, de leur champ d'action et de leur armement, crédite la batterie de la Lecque de 3 pièces, avec une expression graphique teintée en jaune correspondant aux batteries "en projet", la teinte rose désignant les batteries d'importance secondaire que l'on ne projetait plus d'organiser, les plus proches étant celles du Lombard et de Cacao .
[Carte indiquant l'état des batteries du port de Cassis, pour les projets de 1861-1862], 1861.
Dans le mémoire sur les projets de 1861-1862 établi sous la direction du chef du génie Alexandre Guillemaut, l'organisation de la batterie de La Lecque fait l'objet de l'article 13, évalué à 25.000 francs avec une planche de plans daté du 10 février 1861.
[Plan du projet d'organisation de la batterie de La Lecque pour 1861-1862], 1861.
Le projet différait sensiblement de celui pour 1851-1852 par plusieurs points : l'épaulement ancien de plan semi-circulaire n'y est plus remployé et simplement réorganisé, mais reconstruit sur un plan différent, avec parapet rectiligne pour 3 pièces alignées et petits retours de parapets à angle droit formant traverses. La batterie existante étant jugée trop petite, le projet comportait aussi la démolition du petit corps de garde en place, pour y substituer un nouveau corps de garde crénelé plus grand et plus en avant, lié au mur de fermeture à la gorge projeté, lui-même plus en avant pour dégager une cour plus spacieuse, et comportant un bastionnet d'angle (comme dans le projet pour 1851-1852). Ce nouveau projet conservait en revanche l'ancien magasin à poudre, le nouveau corps de garde projeté n'étant pas un réduit défensif fossoyé de la catégorie des modèles-type 1846, mais un bâtiment plus modeste non retranché, pour le personnel et le gardien, n'intégrant aucun magasin.
A nouveau ajourné, ce projet ne fut pas représenté pour l'exercice 1863-1864, à la différence de celui des batteries de l'île Verte et de La Ciotat. Les derniers projets inaboutis concernant la rade de la Ciotat et Cassis seront abandonné dès l'exercice suivant. Le mémoire sur les projets pour 1865-1866 rédigé par le lieutenant colonel Gras, chef du génie de Marseille, le 16 décembre 1864 et apostillé par Alexandre Guillemaut, devenu directeur des fortifications, entérine la clôture du programme des batteries de côte terminé, aucun article ne les concernant plus.
Le déclassement défensif et militaire des trois batteries de Cassis, La Lecque, le château et le Lombard, est inscrit dans un projet de loi présenté à la chambre des députés en séance du 29 juin 1882; il fut confirmé par un avis du conseil supérieur de la guerre du 3 décembre 1888.
L'état d'abandon de la batterie de la Lecque dès avant ce déclassement est documenté par une vue photographique du port de Cassis prise vers 1870 par Adolphe Terris. L'épaulement de la batterie, y apparaît en amorce avec ses embrasures à canon découvertes a ébrasement extérieur, ainsi que le corps de garde, dans un état inchangé depuis celui documenté par le plan de 1818.
[Vue de l'entrée du port de Cassis avec au premier plan la batterie de la Lecque], c. 1870. Détail.
La batterie abandonnée fut acquise en 1910 par une artiste peintre anglaise, Madge Oliver, qui habitait une villa construite à l'arrière du site, dite Pierrefroide, et utilisait l'ancien corps de garde comme atelier. Après sa mort, la propriété fut rachetée en 1939 par un autre artiste, américain, Jérome Hill, photographe et cinéaste expérimental, qui fit détruire l'ancien magasin à poudre et son mur d'isolement pour céder place, après 1945 à deux ailes résidentielles dont une à vocation de salon de réception, attenante au corps de garde conservé, l'autre étant une maison à étage donnant sur la rue, bâtie à l'emplacement du magasin à poudre préalablement détruit. L'état des lieux avant 1945 est documenté par une photographie prise depuis la maison Pierrefroide. Entre 1947 et 1949, Jérome Hill fit excaver le surplomb rocheux qui défilait la gorge de la batterie pour y aménager un "théâtre grec" en hémicycle face à l'entrée du port et fit bâtir entre ce théâtre et Pierrefroide une autre maison dont le nom perpétue le toponyme de La Lecque. L'épaulement de batterie, l'ancien corps de garde et une partie des murs de clôture de la batterie du côté du port furent épargnés par ces importants réaménagements.
[Vue de l'ancienne batterie de la Lecque, prise du nord], c. 1940.
La propriété est gérée par la fondation Camargo, fondée par Jérôme Hill en 1967, accueillant des artistes en résidence.
II- Description
Peu décelables dans l'état actuel depuis la voie publique, les restes de l'ancienne batterie de la Lecque, inclus dans les murs de la propriété gérée par la fondation Camargo, sont encore en partie représentatifs de l'état donné par le plan d'Atlas de 1818. En sont conservés l'ancien épaulement, dont la plate-forme s'élève à environ 11m d'altimétrie au-dessus du niveau de la mer, et l'ancien corps de garde restauré.
L'épaulement ou parapet d'artillerie, de plan hémicirculaire, surplombe en arrière-plan un mur de clôture de la propriété fondé sur les reliefs rocheux irrégulier du cap, dont l'arase rampante dudit mur répercute les dépressions, un sentier de promenade publique avec escaliers bordant ce mur à l'extérieur.
Vue extérieure de l'ancien épaulement prise du sud-ouest
Le revêtement maçonné de l'épaulement est mis en œuvre en blocage de moellons. Son état actuel remanié , légèrement rehaussé et surmonté d'une rambarde métallique ne garde plus trace des décrochements des anciennes embrasures à canon, encore parfaitement visibles sur la photographie Terris de 1870. Les dispositions d'origine de cet épaulement sont en revanche mieux conservées du côté intérieur, où le plan du parapet d'artillerie proprement dit entre revêtement extérieur et genouillère reste bien lisible, formé d' un segment d'un tiers de cercle prolongé à droite par un segment rectiligne.
Mur de genouillère de l'ancien épaulement et plate-forme dallée, vus de l'est
Le mur de genouillère, lui aussi parementé en blocage de moellons irréguliers, comporte une assise de réglage de moellons plus grands et en partie équarris pour former une arase horizontale. Au-dessus de cet arase, la maçonnerie discontinue en surcroît d'élévation de la genouillère correspond aux portions de mur qui encadraient la bouche intérieure des trois anciennes embrasures; ces parties d'élévations sont dégradées dans l'état actuel. Le sol de la plate-forme de batterie est en très bon état de conservation, avec son parement de grandes dalles de pierre de taille de Cassis soigneusement appareillées. On observe a la base du mur de genouillère, au raz du dallage de la plate-forme, la présence de trois ou quatre pierres de taille percées d'un trou évoquant un petit arc monolithe. Ces orifices dont deux rapprochés de chaque côté de l'emplacement d'une embrasure, semblent correspondre à l'entrée de goulottes pour l'évacuation des eaux pluviales de la plate-forme.
mur de genouillère de l'ancien épaulement et plate-forme dallée, vus du nord-ouest
Le corps de garde et le magasin à poudre de cette batterie étaient à peu près identiques ceux de la batterie de la pointe des Lombards, de l'autre côté du port de Cassis. Le magasin a disparu mais le corps de garde, petit et bas couvert d'un toit à deux versants revêtu de tuile canal, a conservé son volume d'origine tel qu'exprimé sur la planche de plans et profils de 1818. Comme à la batterie du Lombard, il est placé à la gorge de la plate-forme, de plain-pied avec son dallage de pierre de taille.
Vue extérieure de l'ancien corps de garde, prise de la plate-forme dallée de la batterie
Ses murs sont revêtus d'un enduit couvrant mais sa porte d'entrée dans le mur gouttereau côté plate-forme et la petite fenêtre dans le mur-pignon du même côté ont un encadrement en pierre de taille de Cassis, avec linteau monolithe et pierres longues posée en délit, qui appartiennent à la construction d'origine, qui remonte très probablement aux travaux de l'an 3 (1794). A l'intérieur, le carrelage en terre cuite, le vantail de la porte restauré à planches cloutées et les trois pannes de la charpente en bois rond de pin datent de l'époque d'occupation militaire du corps de garde, sinon de sa construction initiale.
Vue intérieure de l'ancien corps de garde
La batterie de la Lecque, contrôlant à gauche l'entrée du port de Cassis, est une des batteries de côte créées en 1695, en complément de celles du programme de défense côtière de la baie de Marseille conçu sous l'autorité de Vauban, et mis en œuvre par le maréchal de France Anne Hilarion de Tourville, vice-amiral du Levant. Connue aussi sous les nom de batterie du Bistoir ou de Saint-Clair, elle était alors armée de trois canons de 8, remplacés en 1744 par deux canons de 24. A cette date, son épaulement est figuré en arc de cercle sur une carte, avec un petit bâti à la gorge. La chapelle Saint-Clair voisine était en partie utilisée comme magasin à poudre. En 1755, l'armement de la batterie de La Lecque ou de Saint Clair, avait été laissé par la direction des fortifications à la charge et à l'initiative de la commune de Cassis.
La période des guerres révolutionnaires voit la reprise en main directe par l'Etat des batteries de côte existantes du secteur de Marseille. Un mémoire de l'inspecteur général des fortifications daté du 30 fructidor an 3 (16 septembre 1795) témoigne de travaux de remise en état de défense des batteries de Cassis, dont celle de La Lecque. En 1804, elle est mentionnée pourvue d'un magasin à poudre et d'un corps de garde, et armée d'une pièce de 24 et d'une autre de 12, trois bouches à feu y étant ensuite mentionnées pendant les guerres napoléoniennes.
Le programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes issues des travaux de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles instituée en février 1841 donna lieu à plusieurs projets successifs, l'un pour 1846 représenté pour 1850, l'autre pour 1851-1852, élaborés par le chef du génie Marie-Tranquille Lebas. Ces projets ajournés, moins lourds que ceux proposés simultanément pour la batterie du Lombard, proposaient de fermer la batterie à la gorge par un mur crénelé et conservant les bâtiments existants et d'épaissir l'épaulement en place. Classée de seconde importance, la batterie de la Lecque était jugée en 1859 devoir être armée de deux canons rayé de 30 cm et d’un obusier de 22 cm. Estimée plus stratégique que la batterie des Lombards, elle fit l'objet d'un nouveau projet de réorganisation pour l'exercice 1861-1862 sous la direction du chef du génie Alexandre Guillemaut. Dans ce projet, plus coûteux que les précédents, l'épaulement était reconstruit sur un plan différent et le corps de garde en place détruit et remplacé plus à l'arrière de la gorge par un corps de garde crénelé plus grand, mais sans fossé et non conforme aux modèles-type des réduits de batterie 1846. A nouveau ajourné, ce projet ne fut pas représenté pour l'exercice 1863-1864, à la différence de celui des batteries de l'île Verte et de La Ciotat, et resta sans suite.
Le déclassement défensif et militaire des trois batteries de Cassis, La Lecque, le château et le Lombard, a été proposé en projet de loi en 1882 ; il fut arrêté par le conseil supérieur de la guerre du 3 décembre 1888. Restée dans son état de 1818, l'ancienne batterie fut vendue en 1910 à une artiste anglaise, qui habitait une villa construite à l'arrière du site, dite Pierrefroide, puis rachetée en 1939 par le photographe et cinéaste Jérome Hill, qui fit détruire l'ancien magasin à poudre et son mur d'isolement pour céder place, après 1945, à deux bâtiments résidentiels, et fit aménager sur le site un théâtre de plein air en hémicycle face à la mer.
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Période(s)
- Principale : 4e quart 17e siècle, limite 17e siècle 18e siècle , daté par source
- Secondaire : 4e quart 18e siècle, limite 18e siècle 19e siècle
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Dates
- 1695, daté par source
- 1795, daté par source
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Auteur(s)
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Auteur :
Tourville Anne Hilarion deingénieur militaire attribution par sourceTourville Anne Hilarion deCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant (1689), Maréchal de France (1693) nommé par Louis XIV le 30 mars 1695 au commandement des côtes de Marseille à Toulon, pour suivre la réalisation des batteries de côte.
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Auteur :
Les vestiges de la batterie de la Lecque sont aujourd’hui inclus dans la propriété de la fondation Camargo, dominant le port de Cassis à environ 11 m d'altitude au-dessus du niveau de la mer. En sont conservés l'ancien épaulement, dont la plate-forme s'élève à environ 11m d'altimétrie au-dessus du niveau de la mer, et l'ancien corps de garde restauré.
L’épaulement ou parapet d'artillerie de plan hémicirculaire, conserve son revêtement extérieur en moellons, remanié, et son mur de genouillère, dans lesquels les trois embrasures à canon, portées sur le plan de 1818 et encore bien conservées après le déclassement, ne sont plus lisibles. Le mur de genouillère percé de goulottes d'évacuation pluviale, délimite la plate-forme dont le dallage en pierre de Cassis de facture soignée est très bien conservé.
De plain-pied sur cette plate-forme, le corps de garde, couvert d’un toit à deux versants, subsiste à la gorge de la batterie, à peu près conforme à son état documenté en plan en 1818. Sa façade enduite est percée d'une porte et une fenêtre d'origine encadrées de pierre de taille de Cassis, A l’intérieur, peu remanié, on remarque les pannes en bois rond de la charpente du toit, un carrelage en terre cuite et le vantail de la porte à planches cloutées.
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Murs
- calcaire moellon
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Toitstuile creuse
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Couvrements
- charpente en bois apparente
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Couvertures
- terrasse toit à deux pans
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Typologiesbatterie ouverte
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État de conservationvestiges, remanié
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Statut de la propriétépropriété d'une personne morale, Fondation Camargo organisant des résidences d'artistes
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Intérêt de l'œuvreà signaler
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Éléments remarquablescorps de garde
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Protections
Le corps de garde a très probablement conservé la majeure partie de ses caractéristiques d'origine : pavement, cheminée, encadrements, vantail de la porte.
- (c) Bibliothèque nationale de France
- (c) Bibliothèque nationale de France
- (c) Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille
- (c) Bibliothèque nationale de France
- (c) Ministère de la Défense
- (c) Ministère de la Défense
- (c) Archives de l'École nationale des ponts et chaussées
- (c) Fondation Camargo
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- Inventaire
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Mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et de ses dépendances par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 20 novembre 1816. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 16.
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Atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat, 1818. Par Tournadre aîné. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4.
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Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.
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Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1851-1852, par Marie-Tranquille Lebas, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1086.
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Place de Marseille. Mémoire sur les projets de 1861-1862, par Charles Alexandre Guillemaut, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes, 1VH 1089.
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Plan de Cassis et du Port-Miou. / Dessin aquarellé de François Gaulette, c. 1696. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et plans, GE SH 18 PF 75 DIV 4 P 1 D.
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Plan du port de Cassis. / Dessin aquarellé, 1744. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et plans, GE SH 18 PF 75 DIV 4 P 6 D.
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Plan et profils de la batterie de La Lecque. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, feuille de l'atlas des batteries de côte de 1818. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4, pl. 26.
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Travaux pour la défense des côtes. Projet pour 1851 et 1852. Organiser la batterie de la Lecque. [Plan] / Dessin aquarellé d'Edouard de Réginel, dirigé par Lebas, chef du génie, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1086.
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[Carte indiquant l'état des batteries du port de Cassis, pour les projets de 1861-1862]. / Dessin imprimé avec surcharge aquarellée, [par Charles Alexandre Guillemaut], 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes: 1VH 1089.
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[Plan du projet d'organisation de la batterie de La Lecque pour 1861-1862]. / Dessin aquarellé dirigé par Alexandre Guillemaut, chef du génie, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1089.
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[Vue de l'entrée du port de Cassis avec au premier plan la batterie de la Lecque]. / Photographie par Adolphe Terris, c. 1870. Archives de l'École nationale des ponts et chaussées, Paris : PH 385 P.29.
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[Vue de l'ancienne batterie de la Lecque, prise du nord]. / Photographie, c. 1940. Collection Fondation Camargo.
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SAUREL, Alfred, Répertoire des faits les plus saillants et des dates les plus remarquables de l'histoire de Cassis. Marseille : Édition Typographie-Roux, 1857. 10 p.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.