Photographe Inventaire général.
- enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Bouches-du-Rhône
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Commune
Martigues
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Lieu-dit
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Adresse
rue Pierre Laplace
,
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Cadastre
2026
BY
2, 3
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Précisions
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Dénominationsfort
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Appellationsfort de Bouc
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Dossier dont ce dossier est partie constituante
I- Historique, topographie et typologie générale
La fortification du site à l'époque médiévale, la tour du XVe siècle
Un acte latin de 1225 du comte de Provence Raimon Beranger V confirme que le castrum dit Castel Masselhes édifié par la ville de Marseille dans l'île de Caronte était tenu par cette ville, sous l'autorité de l'archevêque d'Arles, de même que la bastide fondée sur l'île Saint-Geniès1, noyau de la future agglomération de Martigues. L'implantation du Castel Masselhes correspond, d'après l'interprétation des sources le mentionnant près du port de Bouc, à celle de la future Tour de Bouc, puis fort de Bouc, mais sa consistance architecturale n'est pas documentée. De plus, la préexistence d'une fortification sur le même emplacement semble démentie par l'attribution de la construction du castrum aux marseillais2. L'acte de 1225 concernant le Castel Masselhes peut être rapproché de celui du même comte de Provence daté de mai 1223 accordant à la ville de Marseille, sous la protection de l'évêque de Toulon, les droits de possession du château de Brégançon, sur une île proche d'Hyères, antérieurement inféodé aux seigneurs de Fos3.
Les droits de la ville de Marseille sur le Castel Masselhes furent remis en cause précocement, à une date incertaine du XIIIe siècle, dès la décennie 1230, par le comte et par Bertran de Fos, a l'issue de transactions avec l'archevêque d'Arles. Sous Charles d'Anjou, frère du roi de France Louis IX, comte de Provence depuis 1246, les marseillais furent définitivement évincés des concessions comtales antérieures, comme l'exprime une clause du traité de composition conclu le 2 juin 1257 entre Marseille et le comte capétien, stipulant que la commune abandonne au comte, à la comtesse, à leurs héritiers à perpétuité, ses domaines, seigneuries, juridictions et droits de tout genre qu'elle possédait sur Marseille et son territoire, sur terre et sur mer, et dans ses châteaux d'Hyères et de Brégançon... 4. Pour autant, l'appellation Castel Masselhes perdura au XIVe siècle5, comme en témoigne un acte de 1302 y mentionnant un faro répondant à celui de Fos, un autre de 1331 précisant la localisation du château. Un autre acte, daté de 1394, relatif aux droits de justice de la cour comtale, apporte une précision intéressante sur l'état, alors ruiné ou détruit, du "castel Marseillais", sur l'île appartenant au domaine comtal, près du port de Bouc (Insulam castri dirrutti vocati Castel Masselhes prope portum de Buco)6. A en juger par cet actes et d'autres postérieurs de même nature (1410, 1424) le château ne semble mentionné que pour mémoire pour désigner l'île, objet de droits de justice, chasse et pâturage, ce qui porte à supposer que le pouvoir comtal n'y accordait pas d'intérêt et l'avait abandonné à la ruine. On notera que cette information tend à infirmer l'hypothèse selon laquelle la tour actuellement conservée dans le fort de Bouc pourrait être antérieure à ces circonstances, d'autant qu'aucun des actes ne mentionne explicitement une tour en mentionnant le château. La construction de la Tour de Bouc pourrait donc se situer entre la dernière occurrence dans les sources de la mention de l'île du Castri Masselhesii, en 1460, sans évoquer une tour, et les premières mention d'un capitaine de Bouc, puis de la Tour de Bouc, nommé Monet Coca, rémunéré en florins et en blé et vin, en juillet-août 1467 et en 1475. Le premier des deux actes fait état de pierres mises à disposition de ce capitaine, pouvant avoir été destinée à la tour7. En 1477, d'autres sources8 témoignent de l'achat de munitions pour la Tour de Bouc, dont on déduit que l'armement se composait d'arbalètes, à main et à cric, et d'une bombarde. On serait donc fondé à faire l'hypothèse d'une construction de la tour de Bouc vers 1465, à l'initiative du prince Valois René d'Anjou (1409-1480), duc d'Anjou et comte de Provence depuis 1434, avec nomination d'un premier capitaine responsable du suivi des travaux et de la mise en état de défense de la tour. Cependant, un article des statuts de la ville de Martigues datés de 1505 fait remonter la construction de la tour de Bouc, sur ordre du roi René d'Anjou, environ soixante dix années plus tôt, ce qui situerait le début de la construction en 1435, sauf erreur du rédacteur9. Quoiqu'il en soit, il s'agissait d'une fortification de sûreté consistant principalement en une tour carrée de défense et de garde, probablement porteuse d'un feu ou faro, ce qui justifiait l'élévation imposante de la tour, mais aussi son architecture austère, moins monumentale et beaucoup moins luxueuse et raffinée que celle de la tour Saint Jean attenante à la commanderie Saint Jean de Marseille, à l'entrée du port, construite de 1447 à 1442 sur ordre de René d'Anjou.
En 1481, Johan Sallon, successeur de Monet Coca dans les fonctions de capitaine de la Tour de Bouc, renouvelait la provision de poudre à bombarde10. A cette date, avant la fin du règne de Louis XI, du fait de la mort prématurée de Charles d'Anjou, la Tour de Bouc passait avec le comté de Provence dans le domaine royal. Des lettres conservés datées de 1508, 1515, 1522 témoignent des échanges d'information entre Laurent Rudolphe capitaine de la Tour de Bouc et son collègue arlésien capitaine de la Tour du Lion (ou du Balouard) surveillant l'embouchure du Rhône, au sujet de signalements de navires suspects.
François Ier, qui fit construire de 1529 à 1533 la Tour d'If sur l'île de ce nom, pour contrôler les approches du port de Marseille, enjeu de pouvoir stratégique majeur, n'a pas accordé d'intérêt à la Tour de Bouc. Elle fut même alors distraite un temps du domaine royal avec la vicomté de Martigues, vendue par la couronne en 1521 au condottiere milanais Galeazzo Sanseverino, passé au service des rois de France et promu grand écuyer de France, tué à Pavie en 1525.
Des travaux a minima pour faire les plates-formes (d'artillerie) à la Tour de Bouc sont documentés en 1527, Charles Bouquier étant capitaine. Son successeur en 1529 Johan de Cadenet, seigneur d'Oraison, défendit la Tour de Bouc attaquée en 1536 par des galères de la flotte d'Andréa Doria au service de Charles Quint. L'épisode est rapporté dans les mémoires de Martin et Guillaume du Bellay, qui précisent que l'artillerie de la Tour donna des coups dans l'une des galères dont ils firent gros dommages aux ennemis et les contraignirent de se retirer11.
Le front bastionné retranchant la tour côté terre, projet de 1592 et réalisation jusque 1608
La tour semble être restée isolée au cours du XVIe siècle, sans autre fortification extérieure qu'un petit ravelin de plan rectangulaire avec saillant carré adossé probablement dès le XVe siècle du côté de sa porte, soit du côté nord, la défense étant au mieux complétée par des plates-formes à canon sommaires, sans enceinte pérenne. Son intégration dans un véritable fort bastionné n'a été initiée que sous le règne d'Henri IV, dans le contexte de la huitième guerre de Religion, plus précisément après 1588, date à laquelle la nouvelle commune de Martigues, née en 1581 de la réunion des communautés de Ferrières, l'Isle et Jonquières, prit formellement le parti de la Ligue.
Bernard de Nogaret de La Valette, amiral de France, commandant des forces royales en Provence, gouverneur de Provence pour le roi en 1588 et 1589 en substitution temporaire de son frère Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Epernon, avait placé à Martigues en 1589 une garnison pour tenir en respect la communauté hostile. A la suite de sa mort en février 1592, la commune de Martigues, renforcée dans sa position politique par la nomination d'un gouverneur de Provence ligueur, Gaspard de Pontevès, comte de Carcès, recruta Antoine Borel, jeune ingénieur et architecte arlésien chargé de concevoir des fronts d'enceinte bastionnés retranchant du côté des terres l'agglomération de Martigues, à savoir les deux sous-ensembles urbains de Ferrières et Jonquières encadrant celui de l'Isle lequel était retranché naturellement par l'eau de l'étang ou canal de Caronte et de l'étang de Berre12. Antoine Borel s'acquitta de cette tâche et fut aussi sollicité par la commune de Martigues pour dessiner les fortifications nouvelles de la Tour de Bouc (sur laquelle elle n'avait en principe pas compétence), soit que celles-ci aient été commencées depuis peu sous l'autorité d'un capitaine relevant du pouvoir royal d'Henri IV, soit que le projet de principe en ait été demandé à Borel (comme pour les fortifications de Martigues), à la faveur d'une prise de contrôle de la tour et de son capitaine par le parti ligueur. Par deux fois, en 1594 et en 1595, le capitaine en poste fut assiégé et poussé à reddition, à la suite de quoi le conseil de ville de Martigues fit occuper la tour par des hommes de confiance désignés commandés par un notable. Des projets de 1592 témoignent deux planches de dessin, l'une pour Jonquières l'autre pour la Tour de Bouc, aujourd'hui conservées aux archives de l'Etat à Turin13, avec un cartouche de légende portant les armoiries de la ville de Martigues, définies en 1581: " de gueules à la tour donjonnée d'or, ouverte du champ, ajourée et maçonnée de sable, adextrée d'une lettre F capitale (Ferrières) et senestrée d'une clef du même (Jonquières) le tout posé sur un pont de trois arches d'argent, maçonné de sable, lui-même posé sur une mer d'argent.
Set le portr(ait) de la Tour de Bouc et fortificacions d'icelle faict en l'année 1592, 1592.
La planche de plan intitulée Set le portr(ait) de la Tour de Bouc et fortificacions d'icelle faict en l'année 1592, signée du monogramme A.B. (Antoine Borel) AF (arlésien fecit ?) présente le plan de la tour proprement dite (B de la nomenclature légendée) et de son revelin (C), petit ouvrage quadrangulaire avec saillant carré qui chemisait le côté nord de la tour et avait son entrée à l'est. Les fortifications bastionnées exprimées, exclusivement à l'est de la tour, pourraient être considérées soit comme un état partiellement amorcé ou déjà proposé, soit comme un état de projet conçu par Borel, ce qui est difficile à trancher. On observe que le parti du front bastionné à deux demi-bastions symétriques chacun avec un flanc profondément retiré derrière un orillon semi-circulaire et deux faces reliées par un angle de capitale aigu, est conforme dans son principe et son échelle a l'état réalisé et actuel. Le fossé devant ce front (G) et, sur sa contrescarpe, le chemin couvert avec petites places d'armes (H Le coridol de la c (ontre). escarpe) sont aussi assez en accord avec ce qui sera effectivement réalisé. On note cependant dans la géométrie du plan et les proportions des dissemblances entre le dessin et l'état réalisé, imputables soit à une approximation du relevé, soit à des propositions un peu différentes de ce qui sera construit. La principale dissemblance tient à l'implantation du front bastionné par rapport à celle de la tour : cette dernière est moins décentrée au nord du revers du front bastionné sur le dessin que dans l'état réalisé, et le front bastionné dessiné est aussi un peu moins développé vers le sud, le demi-bastion de droite14 ne joignant pas la ligne de côte sur le dessin. L'autre dissemblance, assez déconcertante, est le plan de la courtine d'entrée entre les deux demi-bastions, figurée sur le dessin non sur un alignement droit normal, mais formée deux pans reliés au centre par un angle saillant obtus, sans indication de la porte d'entrée qui devrait trouver place sur cet angle. Cette disposition insolite et tout à fait inusitée semble avoir été conçue, au moins sur le dessin, pour favoriser le flanquement réciproque des deux demi-bastions depuis leurs flancs retirés. Cette courtine à deux pans est légendée "la muraille du rempart" (F) soit un revêtement au revers duquel s'étend un "terre plain" (E) limité sur la cour intérieure dans laquelle s'élève la tour par un mur droit (D) légendé "muraille que soutien la T" (la terre du terre-plein ?) On doit observer qu'à part le plan insolite de la courtine en deux pans saillants, le principe et l'emprise du rempart ou terre-plein à l'arrière de cette courtine correspond à l'état réalisé. Le plan de 1592 montre une fermeture à la gorge de la cour et du front bastionné par deux murs partant obliquement des angles nord-est et sud-est de la tour pour joindre l'extrémité des faces extérieures des deux demi-bastions, le raccord du mur à ceux-ci formant un saillant flanquant, bastionnet complet à droite (sud), demi-bastionnet à gauche (nord).
Cette comparaison attentive du plan Antoine Borel de 1592 avec l'état du fort tel qu'il était dans la période 1610-1630 porte à considérer que le demi-bastion de gauche pouvait avoir été commencé en 1592 ou avant, ainsi qu'une partie du reste du front d'entrée bastionné, les travaux ayant pu être lancés et interrompus du fait de la fluctuation de la maîtrise d'ouvrage entre ligueurs et officiers royaux dans cette période instable. Il semble plus probable qu'Antoine Borel, âgé de 17 ans en 1592, ait tracé son dessin de la Tour de Bouc d'après un plan dû à un ingénieur militaire plus expérimenté. On notera que le dessin du front bastionné qu'il proposa simultanément pour retrancher Jonquières en avant du fossé de l'enceinte médiévale est d'une conception plus simple, avec des bastions à flancs droits sans orillons, le seul point commun des deux dessins étant le chemin couvert de contrescarpe.
Les caractéristiques des deux demi-bastions à flanc retiré et orillon du plan de la Tour de Bouc sont communes aux bastions d'enceintes de villes ou de forteresses contemporaines construites sur les plans de l'architecte et ingénieur militaire piémontais Ercole Negro (ou Nigra), qui donna des projets pour des fortifications royales françaises jusqu'en 1588, date de son passage du service du roi Henri III, représenté par Charles de Lorraine, duc de Mayenne, à celui du duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier. On peut citer les fronts bastionnés de l'enceinte de Toulon, construits à partir de 1589, ceux de l'extension de l'enceinte de Saint Tropez construite en 1592, ou encore ceux du Fort Barraux en Dauphiné, dans l'état initial de 1597. Toutefois l'analogie la plus décisive du dessin de Borel pour la tour de Bouc avec une œuvre de l'ingénieur piémontais concerne la citadelle de Valence, construite en 1581-1582, et dont une vue cavalière de projet signée Hercole Negro est aussi conservée aux archives de l'Etat de Turin15.
[Vue cavalière de la citadelle de Valence, c. 1581.
Cette citadelle de plan triangulaire présentait des particularités rarissimes sinon uniques, communes au dessin de 1592 pour le fort de Bouc, à savoir un front d'entrée entre deux demi-bastions à flanc retiré et orillon encadrant une courtine formée de deux pans symétriques se joignant en angle saillant obtus au centre pour accueillir la porte à pont-levis. On peut ajouter une autre analogie tout aussi particulière : la présence d'un saillant flanquant en forme de bastionnet au raccord de la face extérieure du demi-bastion de droite et de la muraille d'enceinte qui fait suite. Ercole Negro, devenu comte de Sanfront en Piémont, était présent à Marseille en 1591, date à laquelle il dessina une vue topographique détaillée de la ville pour le compte du duc de Savoie dans le cadre de l'alliance de ce dernier avec le parti ligueur marseillais représenté par Charles de Cazaulx. Il n'est pas invraisemblable que dans cette courte période, avant la fin de l'alliance et le départ des troupes du duc de Savoie en mars 1592, la communauté de Martigues ait eu l'occasion de consulter Ercole Negro pour ses projets de fortifications, avant de recruter Antoine Borel, le second ayant pu aussi être conseillé par le premier pour concevoir son dessein de la Tour de Bouc.
Le document graphique postérieur le plus ancien figurant le Portraict au naturel de ladicte tour de Bouc avec sa nouvelle fortiffication, est dû à François Martelleur, ingénieur du roi en 1606, cette vue cavalière au cadre large ayant sans doute été réalisé entre cette date et 161016.
Portraict au naturel de ladicte tour de Bouc avec sa nouvelle fortiffication, c. 1606.
Là encore, la fiabilité du document est trompeuse si on le considère comme un état des lieux, ce à quoi invite son titre. La tour y est environné d'une enceinte complète couvrant la totalité de l'île, soit comportant non seulement le front d'entrée et ses deux demi-bastions, avec sur la contrescarpe du fossé un petit chemin couvert à place d'armes centrale unique, mais aussi un prolongement de l'enceinte sur les fronts latéraux se terminant à la pointe ouest de l'île par un angle aigu, et comportant un bastionnet au sud à l'emplacement de celui qui figurait sur le plan de 1592. La vue cavalière de Martelleur, qui indique aussi des bâtiments de troupes à l'arrière du terre-plein ou rempart adossé à la courtine d'entrée, une guérite aux angles saillants de l'enceinte et un ouvrage faiblement saillant contre le côté nord de la tour, identifiable à l'ancien ravelin, rehaussé d'un ou deux étages, parait renseigner un état achevé proche de l'état définitif, ce qui est démenti par des documents postérieurs, montrant qu'il exprime au contraire un état en partie projeté.
A cette époque, les travaux de construction du front bastionné de la Tour de Bouc avaient été conduits sous la direction de Raymond de Bonnefons, qui assurait les fonctions d' ingénieur du roi pour le Provence et le Dauphiné depuis 1600, mourut accidentellement en 1607 et fut remplacé par son fils Jean de Bonnefons dans sa compétence territoriale en Provence. Ces travaux, qu'il convient de considérer, au vu de ce qui précède, comme une reprise, continuation et amélioration d'un parti projeté et commencé en1592, auraient pu dans l'absolu commencer dès 1598, date de paix de Vervins scellant la fin des Guerres de Religion, voire dès après fin décembre 1595, date de la soumission de Martigues au roi, représenté par Charles de Lorraine, duc de Guise, récemment fait gouverneur de Provence. La Tour de Bouc était avant cette soumission sous contrôle de la ville depuis qu'elle avait été assiégée et canonnée en septembre 1594 par Alessandro Vitelli, officier du duc de Savoie guerroyant en Provence, allié des ligueurs17. Dans les faits, l'intervention de Raymond de Bonnefons à la Tour de Bouc ne commença qu'en aout 1604, date à laquelle il s'engageait à fournir à Sully les devis des travaux prévus18. La dépense des travaux s'éleva finalement à 35000 livres, sans compter les gages des officiers, personnel et ingénieurs19. L'apport de Raymond de Bonnefons s'inscrit dans la même logique que ses réalisations aux château d'If et aux forts de Ratonneau et Pomègues après l'évacuation des Iles du Frioul par les troupes d'occupation florentines de Ferdinand Ier de Médicis, grand-duc de Toscane. On ignore, faute de sources, sa carrière d'ingénieur avant sa promotion de 1600 en Provence et Dauphiné, mais l'hypothèse d'une possible intervention de sa part avant 1592 à la Tour de Bouc ne parait pas recevable compte tenu du contexte, en sorte qu'il doit être considéré non comme le concepteur mais comme le continuateur du projet du fort enveloppant la tour. On ignore dans quelle mesure les travaux furent poursuivis en 1607 sous la direction de son fils Jean de Bonnefons, qui lui succéda dans les fonction d'ingénieur du roi pour la Provence; il est possible qu'ils furent interrompus en 1608, sans reprise en main de Jean de Bonnefons. Un état rétrospectif des recettes et dépenses faites par Honoré de Serres, trésorier des fortifications de Provence, daté du 29 mars 160820, précise que le fossé du front d'entrée du fort avait été creusé dans le rocher en 1606 moyennant 4500 livres par le tailleur de pierre Anthoine Mollures, le document donnant aussi le nom de l'entrepreneur des travaux de maçonnerie Jean Abellan, pour un bâtiment du fort et celui des maçons qui construisirent le four et le moulin du fort en 1607.
L'achèvement de l'enceinte de la Tour de Bouc sous Louis XIII
Les travaux semblent avoir été interrompus en 1608, sans atteindre la perfection des ouvrages construits. Sous le règne de Louis XIII, entre 1610 et 1640, Claude de Nargonne, baron de Mareuil en Brie, chevalier de l'ordre du roi, capitaine d'une compagnie de deux cent hommes de pied au régiment de Champagne ( maréchal de Camp Charles de Rambures), était gouverneur pour S.M. de la tour et forteresse de Boucq en Provence21.
L’aspect de la tour de Bouc à cette période est documentée par une vue cavalière assez sommaire due au cartographe et mathématicien aixois Jacques Maretz, incluse dans une série de vues topographiques des villes et forts des côtes de Provence réalisées principalement en 163122.
[Vue cavalière de la Tour de Bouc], 1631.
Comme les autres dessins de la série, la vue de la tour de Bouc, prise du sud, présente l'intérêt de donner un état des lieux et non un état de projet plus ou moins réalisé. Le front d'entrée encadré de ses deux demi-bastions à flanc retiré et orillon est apparemment achevé, la courtine est adossée d'un terre-plein portant terrasse, un pont dormant et le pont-levis de la porte sont en place, le fossé a sa contrescarpe revêtue, mais sans chemin couvert. A l'arrière du terre-plein, la cour est exprimée dans les mêmes limites que sur le plan de 1592, sans bâtiment adossé au front d'entrée et limitée au sud par un mur de clôture bas d'axe oblique reliant la face sud de la tour à l'arrière de la face droite du demi-bastion de droite, sans bastionnet au point de raccord. La porte d'entrée d'étage de la tour est indiquée dans sa face est, précédée d'un escalier extérieur en partie adossé à un bâtiment couvert d'un toit qui enveloppe l'angle nord-est de la tour et qui correspond à l'emprise du ravelin indiqué sur le plan de 1592, rehaussé de deux étages. La tour est terminée par une plate-forme à ciel ouvert bordée d'un parapet avec créneaux de type médiéval, qui pouvaient être utilisables pour y placer des canons. A l'arrière de la tour, la pointe ouest de l'île (sous-dimensionnée sur le dessin) n'est ni bâtie ni fortifiée. Maretz y place deux canons sans affut, et indique trois autres canons sur affut à roues disposés en batterie sur la plate-forme du demi-bastion de gauche, face au port de la tour de Bouc. En résumé, les dispositions du fort indiquées par Jacques Maretz pour les parties situées au sud et à l'ouest de la tour sont plus proches de ce qu'indiquait le plan de 1592 que de celles données par la vue cavalière de François Martelleur vers 1608.
Les relevés sommaires en vue cavalière des lieux fortifiés de Provence réalisés par Jacques Maretz répondaient à une commande d'Henri de Séguiran, sieur de Bouc23, lieutenant général ès mers du Levant, premier président en la cour des comptes de Provence, dans le but d'illustrer le rapport de sa tournée d'inspection des côtes de Provence faite jusqu' en 1633, sur ordre du cardinal de Richelieu. Le rapport de Séguiran, qui se concentre sur les villes, est très succinct dans son compte-rendu de visite de la forteresse et tour de Bouc : sur l'embouchure du dit port, au cote de midy, il y a une grosse tour qui le domine, etant la dite tour revestue du coté de terre par une fortification de deux bastions commences du vivant du feu roi et qui s’acheveront à fort peu de frais24. Cette précision suggère que le front bastionné lui-même n'était pas entièrement achevé, et ne fait aucune mention du projet d'enceinte plus ample enveloppant la tour au sud et à l'ouest, ce qui peut s'expliquer par le fait que cette extension projetée sans doute par Raymond de Bonnefons et illustrée par Martelleur avait été ajournée depuis plus de deux décennies et n'était pas d'actualité. Le rapport de Séguiran détaille en revanche l'armement du fort, assez hétérogène et apparemment procuré par le gouverneur du fort : Premierement deux pieces hors callibre dentre coullevrine et canon de douze pieds huict poulces de longueur aux armes de Claude de Guise jadis abbé de Cluny.
Sur un bastion regardant dans le Port:
une bastarde callibre de France tirant dis piedz dans armes, une moyenne esvente de huict pieds et demi aux armes et devises de Henry second, une bastarde callibre de France tirant huict pieds et demi en longueur
deux faucons callibre de France de cinq pieds et demi de long sans armes
vingt cinq quintaux de plomb, soixante boulletz a bastarde et vingt cinq a moyenne, six balles a faucon
dans un magasin deux cens quarante mousquetz, vingt deux corcelletz et quarante piques bien ferrées, deux milliers de poudre un millier de mesche le tout appartenant au sr de Nargonne ainsi quil nous a dit le capne Arnaud auquel ledit Sr a laissé la garde et direction de la place en son absence"25.
Les travaux d'achèvement et d'agrandissement de l'enceinte du fort furent relancés à la suite de la prise en compte par le cardinal ministre du rapport d'inspection de Séguiran, qui avait pour objet de l'informer de l'état des villes, ports et des ressources économiques locales, et de l'état de défense des fortifications publiques des côtes de Provence, afin de prendre des mesures nécessaires à l'amélioration de la situation constatée.
La reprise du chantier de la Tour de Bouc avait permis d'avancer la construction des parties d'enceinte en 1636, à en juger par le compte-rendu fait par les édiles de Martigues d'un ordre de service à eux adressé le 13 juin par le roi Louis XIII : "Le Roy ayant nouvellement fait augmenté la fortification de la tour de Bouc qui est une des places considérables de la province(...)entend que le sieur de Nargonne capitaine et gouverneur de la dite tour commande et ordonne en la dite ville de Martigues tout ce qu'il sera a faire pour son service (...) le tout sous l’authorite du sieur Mareschal de Vitry gouverneur et lieutenant général pour sa Majesté en Provence "26. Cette même année 1636, le roi avait également ordonné que la viguerie d'Aix participe au financement des fortifications de la tour de Bouc à hauteur de 7500 livres, pareille somme étant imposée aussi à Marseille et Arles27.
Le déficit des sources d'archives écrites ne permet pas de reconstituer l'évolution des travaux du fort, qui se poursuivirent jusqu'en 1640. Le maître d'œuvre même n'est pas connu mais pourrait être identifié à Honoré de Bonnefons, ingénieur mal connu, auteur de plusieurs plans de fortifications de Provence dans cette période, dont le lien de parenté avec Jean de Bonnefons n'est pas établi, mais qui pourrrait être de sa génération (frère cadet ?) ou de la suivante (fils ?).28
Plusieurs plans contemporains, certains non datés ou donnant un état plus ou moins projeté, permettent toutefois d'apporter des précisions.
Un état du projet du fort contemporain de l'état des lieux donné par Jacques Maretz est donné sur le détail de la tour de Bouc en marge de la vue cavalière du canal de Martigues gravée par Christophe Tassin en 1634. La même information est exprimée de manière plus précise et complète, sans doute aussi en 1634, sur un plan manuscrit de la Tour de Bouc inséré des recueils de plans, cartes et vues topographiques de la collection Gaston d'Orléans, constitués à partir de 164029.
[Plan de projet pour l'enceinte du fort de la Tour de Bouc], c. 1636.
Cet état de projet était, pour le tracé de l'enceinte, assez proche de celui exprimé vers 1608 sur la vue cavalière de François Martelleur. Il s'en différenciait par la présence de deux saillants flanquants en forme de portion de bastion à orillon (une face, un flanc) faisant raccord entre les faces extérieures des deux demi-bastions et la partie ouest de l'enceinte. Le saillant de gauche (sud) remplaçait le bastionnet proposé depuis 1592, celui de droite (nord), en avant de la face nord de la tour, remplaçait l'ancien ravelin. Le tracé polygonal de la partie ouest de l'enceinte, formant angle aigu à son extrémité, était dans cet état de projet suffisamment en retrait des berges pour proposer une fausse braie flanquée de quatre saillants semi-circulaires. A l'extérieur du fort, une petite place d'armes triangulaire est toujours prévue à la tête du pont, participant d'un mur au-dessus de la contrescarpe qui n'est plus exprimé comme bordant un chemin couvert30. Le fossé est exprimé comme incomplètement creusé dans son quart nord. A l'intérieur de l'enceinte sont proposés des bâtiments de casernement, celui adossé au revers du terre-plein ou rempart de la courtine d'entrée (déjà proposé sur la vue de Martelleur), composé de six travées de pièces, trois de chaque côté du passage d'entrée. Un autre bâtiment, de cinq travées, est proposé implanté dans le même axe nord-sud que celui de la courtine, dans la partie ouest de l'enceinte, derrière la tour. Un autre bâtiment, plus petit, est proposé en retour d'angle à droite du casernement du front d'entrée.
L'état d'avancement des travaux et du projet entre 1636 et 1640 est documenté par plusieurs plans, dont un seul daté, de 1639, et signé, d'Honoré de Bonnefons. Ce plan de la forteresse de Bouc et de son port31 cadre très largement les abords, le fort n'y étant figuré qu'à petite échelle. Il exprime vraisemblablement l'état des lieux réalisé en 1639 : l'enceinte ouest est entièrement achevée, avec son tracé polygonal irrégulier, la muraille du front sud-ouest étant figurée avec des contreforts intérieurs. Le casernement est en place au revers du rempart du front d'entrée et, en tête du pont franchissant le fossé, la petite place d'armes triangulaire est remplacée par une demi-lune fossoyée.
Un état d'avancement et de projet un peu antérieur, vers 1637, est documenté par un plan et une vue cavalière manuscrits32, et surtout, avec beaucoup plus de précision, par un plan manuscrit de la forteresse de Bouc33, attribuable à Honoré de Bonnefons, assorti d'un commentaire tenant lieu de légende.
Plan de la forteresse de Bouc, c. 1637.
L'enceinte du fort, alors en cours d'achèvement dans sa partie ouest, parait complète sur ce plan (teintée en gris), dans ses dispositions à peu près définitives. Elle comporte, au raccord des faces latérales des deux demi-bastions à la partie ouest de l'enceinte, deux saillants flanquants différents de ceux projetés sur le plan de 1634, soit sans orillon. Celui du sud est un redan simple, flanquant vers l'est la face extérieure du demi- bastion de droite. Celui du nord, enveloppant la face nord de la tour, est un redan double en tenaille, soit formé de deux faces reliées en angle rentrant obtus, et de deux flancs, l'un à l'est flanquant la face extérieure nord du demi-bastion de gauche, l'autre à l'ouest flanquant le segment ouest du front nord de l'enceinte, jusqu'a la pointe extrême ouest. Deux coupes de détail de la muraille d'enceinte, incluses dans la planche de plan, montrent la différence de traitement des profils en fruit à deux cordons du revêtement, entre le front sud, vers le large, et le front nord, vers le port. Sur le front sud (coté E-F-G) la partie inférieure du revêtement, sous le cordon du bas, forme un grand talus profilé en glacis, y compris sur la face extérieure du demi-bastion de gauche du front d'entrée, où ce talus était ajouté à la construction réalisée avant 1607. Sur le front nord, le détail en coupe est légendé : profil de la muraille ou l'on ne fait point le grand talus, ce qui revient à dire que le revêtement des murailles et ouvrages -dont le double saillant en tenaille- en cours d'achèvement vers 1637 continuait à l'identique le profil du revêtement des deux demi- bastions du front d'entrée, avec le même fruit sur toute l'élévation, au-dessus et en dessous du cordon du bas. Ce détail en coupe et le plan expriment aussi les quatre embrasures à canon ménagées dans le double saillant en tenaille, une par flanc, une par face, desservies depuis le sol intérieur de la place au pied de la tour. Une embrasure semblable est portée sur le flanc du saillant sud, mais aucune autre n'est indiquée sur le reste du circuit (celles des flancs retirés des deux demi-bastions étaient en place, mais ne sont pas exprimées, le plan n'indiquant que celles en cours d'exécution vers 1637). Le plan exprime des ouvrages et bâtiments en projet dans la partie ouest de l'enceinte, annotées "nouveau travail" . Trois plates-formes d'artillerie sur terre plein (cotées C), sont prévues, dont deux contigües, l'une au revers de la pointe ouest de l'enceinte formant angle aigu (G), l'autre au revers d'un large redan en angle saillant obtus formé par la partie attenante du front sud, sans doute non encore construit à l'époque. Ces deux plates-formes projetées sont soutenues côté cour par un mur de terrassement formant des angles obtus rentrants et saillants. La troisième est prévue au revers du redan flanquant sud, mais n'est pas exprimée graphiquement sur le plan. Un bâtiment de casernement (très différent de celui projeté sur le plan de 1634, de la collection Gaston d'Orléans) est proposé en partie en appui contre le mur de soutènement des plates-formes projetées ouest et sud-ouest; il se compose de deux ailes en retour d'équerre, une adossée aux plates-formes, l'autre d'axe est-ouest, joignant la face ouest de la tour. Une poterne est projetée dans la face nord de la pointe ouest en angle aigu, près du flanc ouest du saillant flanquant en tenaille. Le plan montre en outre que des perfectionnements étaient en cours aussi au front d'entrée, notamment au droit des façades du casernement adossé à la courtine et à son rempart ou terre-plein, dont seul le rez-de-chaussée de six travées était déjà construit, et pour achever l'organisation interne des deux demi-bastions, comportant des couverts casematés dont deux pour la desserte des embrasures des flancs bas retirés (cote A). Le traitement des façades sur cour semble avoir alors fait l'objet d'un projet de réalignement (lavé en jaune) pour masquer l'asymétrie des murs de gorge obliques (l'un rentrant, l'autre saillant) des deux demi-bastions de part et d'autre de la façade du casernement. Les commentaires détaillés portés sur le plan complètent l'information : Tout le nouveau travail est de pierre de taille (...) ce qui reste à faire à cette place sont la demy-lune D avec son fossé (ce qui est figuré sur le plan n'est pas la demi-lune projetée mais l'emprise au sol préparée du chemin couvert de contrescarpe avec une simple place d'armes triangulaire en tête du pont), la contrescarpe, les casemates du flanc A (du demi-bastion de gauche), l'approfondissement du fossé B d'environ 3 pieds dont les débris serviron à la massonnerie et fault faire des palissades aux extrémités d'iceluy; les 3 platesformes qu'il faut en C, dont les voutes sur lesquelles elles seront portées serviront de magasins; une bonne citerne, & les logements pour les soldats & les officiers; Le pont dormant de l'entrée & les piliers pour le porter (un pont dormant à arches existait déjà, à en juger par la vue cavalière de Jacques Maretz en 1631, mais la construction de la demi-lune augmentant la largeur du fossé imposait sa suppression et son remplacement); une plateforme à fleur pour deux canons à la pointe G (hors les murs à fleur d'eau sur la berge rocheuse, accessible par la poterne projetée du côté sud de la pointe ouest): Tous lesquelles choses (...) pour encore 22 mil livres : La despense de se qui se fait ci avant se monte a mesme somme, et 300 l de plus.
Le fort de la Tour de Bouc au milieu du XVIIe siècle, d'après les sources graphiques
L'état des lieux après achèvement de la majeure partie des ouvrages projetés est exprimé sur deux documents graphiques distincts, détaillés et précis, ni datés ni attribués donnant des informations convergentes et complémentaires. Les rares divergences de détail de l'un à l'autre peuvent s'expliquer par un léger décalage chronologique ou par l'indication d' éléments de bâti commencés et non achevés. L'un de ces deux documents est un plan teinté pouvant dater de1640, potentiellement attribuable à Honoré de Bonnefons34, l'autre une vue cavalière prise de l'ouest35, exprimée avec précision, datable de la même période, accompagnée d'un plan sommaire.
Plan de de la Tour de Bouc [avec projet], c. 1640.
[Plan et vue cavalière du fort de la Tour de Bouc], c. 1640.
Ces deux documents montrent le casernement du front d'entrée achevé, son élévation supérieure à deux étages construite en partie au-dessus du terre-plein ou rempart (en B sur le plan teinté, c sur la vue cavalière), en partie sur les travées préexistantes du rez-de-chaussée, traitées en casemates; la façade des étages est en retrait de celle des six casemates du rez-de-chaussée, pour dégager une coursive balcon desservant les portes du premier étage, coursive accessible par un escalier à double volée symétrique encadrant le débouché sur cour de la porte du fort. Le détail de ces dispositions du bâtiment principal n'apparait que sur la vue cavalière, très précise pour les façades, et donnant l'affectation des cinq premières casemates du rez-de-chaussée en partant de la gauche, l: four, m: moulin, n : chapelle, o : magasin de bois, p: forge. Le second étage du bâtiment est couvert d'un toit-terrasse représenté de façon simplifiée et trompeuse comme régnant en profondeur jusqu'au chemin de ronde de la courtine, alors que cet étage régnait au-dessus du sol du terre plein ou rempart le séparant du chemin de ronde. Au dessus du rempart, une travée centrale surhaussée au-dessus de la travée de la porte, est qualifiée de corps de garde (f), avec guérite (e) au-dessus de la porte, côté fossé.
Les plates-formes des deux demi-bastions sont figurées achevées au-dessus des voûtes des casemates, et garnies de canons, seule la casemate du flanc bas (4) restant à ciel ouvert. La différence, très mineure, dans l'expression de l'enceinte ouest entre l'état vers 1637 et celui donné par ces deux documents vers 1640, tient au fait que l'angle aigu de la pointe d'extrémité ouest a été finalement abattu d'un pan coupé. Le parapet d'infanterie du chemin de ronde couronnant les murailles de l'enceinte et les demi-bastions est jalonné de huit guérites couvertes en dôme, sur les angles saillants (sauf sur celui du flanc ouest du saillant flanquant en tenaille nord) et sur l'orillon des deux demi-bastions. La vue cavalière signale les embrasures (4) des flancs bas du saillant flanquant en tenaille, bien exprimées aussi sur le plan teinté. Ce plan et la vue cavalière expriment l'un comme l'autre la plate-forme à canon de la pointe ouest, de plan triangulaire, limitée à cette pointe avec mur de soutènement vers l'intérieur de la place, qualifiée de batterie sur le port (3). Les deux autres plates-formes d'artillerie qui étaient projetées en 1637 au revers de l'enceinte du front sud n'avaient pas été réalisées, mais préparées par la construction d'une série de contreforts intérieurs qui étaient destinés soit à être enterrés dans un rempart adossé, soit à porter des voûtes sur les reins desquelles auraient été assises les plates-formes. Dans le redan médian du front sud, réalisé plus étroit que dessiné en 1637 et à angle saillant droit, la plate-forme projetée avait été remplacée par un bâtiment de plan carré figuré à ciel ouvert sur la vue cavalière et légendé (y): lieu pour les magasins. La principale différence d'information entre le plan teinté et la vue cavalière (et son plan) tient à l'expression des bâtiments à l'ouest de la tour. Le bâtiment en deux ailes en équerre projeté sur le plan de 1637 n'est pas concrétisé, mais le plan teinté en exprime encore l'aile qui devait être adossée à la plate-forme d'artillerie de la pointe ouest, ce qui fait supposer que cette aile avait été commencée. Sur la vue cavalière n'apparait dans ce secteur qu'une petite travée carrée découverte au revers du mur de la face nord de la pointe, à l'arrière de la plate-forme, près du flanc ouest de l'ouvrage en tenaille, à l'emplacement de la poterne projetée en 1637. Le plan teinté figure aussi l'aile en retour d'équerre du casernement Est, au sud de la cour, qui était projetée vers 1634 sur le plan de la collection Gaston d'Orléans, absente de la vue cavalière, ce qui porte aussi à conjecturer un commencement d'exécution abandonné, ou un retour de projet. A la face ouest de la tour, le plan teinté adosse un petit bâtiment de deux travées, très différent de l'aile de caserne d'axe est-ouest projetée en 1637. Sur la vue cavalière est indiqué, calé entre le mur ouest de la tour et le revers du mur en tenaille, un petit bâtiment d'une seule travée avec un étage, couvert d'un toit en bâtière, légendé (t et v) : salle et chirurgie (infirmerie?) Ce bâtiment était construit en surélévation de la partie ouest de l'ancien ravelin figuré sur le plan de 1592. A la moitié de la face est de la tour les deux documents adossent un petit bâtiment d'un seul niveau, légendé (r) : cave.
La tour elle-même est conforme sur la vue cavalière à sa représentation par Jacques Maretz en 1631, mais son talus d'embase n'est pas exprimé (il l'est sur le plan teinté). Les deux documents présentent la demi-lune, légendée (D) nouvellement faicte, sur le plan teinté, avec son fossé, franchi par un pont dormant desservant la porte et son pont-levis, sur la face gauche, un petit corps de garde étant adossé au revêtement à l'intérieur, à droite de la porte. La gorge de la demi-lune et la traversée du fossé jusqu'à la porte du fort sont exprimés dans un état imparfait sur les deux documents36. Le pont dormant n'est pas réalisé, mais remplacé provisoirement dans la partie de la traversée du fossé attenante à la gorge de la demi-lune par un chemin passant sur une réservation étroite du rocher aux bords irréguliers laissée lors du recreusement du fossé, légendé sur la vue cavalière (6): chemin dans le rocher. Le plan teinté indique au milieu du fossé une partie plus profonde, canal ou cunette, inondable, qui n'était qu' un projet, au même titre qu'un dehors fossoyé de plan couronné figuré , en teinte jaune37, devant le contrescarpe de la partie sud du fossé, à droite de la demi-lune, légendé (E) : une pièce de corne qui est très nécessaire estre faicte.
L'information sur l'aspect du fort de Bouc dans la décennie 1640 est complétée par une autre vue cavalière, aussi accompagnée d'un plan, prise sous un angle opposé, soit depuis l'Est. Cette vue datée de 1647 est due à François Blondel38, alors sous-lieutenant de galères et ingénieur militaire, futur architecte royal et théoricien, directeur de l’Académie royale d’architecture sous Louis XIV.
[Plan et vue cavalière du fort de la Tour de Bouc],1647.
Blondel s’était vu confier une mission de relevé des places-fortes de Provence, dont il tira une série de dessins à la plume, aujourd'hui conservés à la Bibliothèque Nationale. Dans le cas du fort de Bouc, il donna une variante de sa vue cavalière, à peu près semblable, dans un recueil constitué en 165139.
La fiabilité documentaire des dessins de Blondel est sujette à caution pour divers détails améliorant l'esthétique de l'architecture, notamment dans la représentation de la tour, bien pourvue de son talus, mais dont l'élévation est recoupée de deux cordons et terminée par un couronnement à mâchicoulis qui n'ont jamais existé. De ce fait, on ne sait quel crédit accorder aux différences de détail entre les deux vues cavalières de Blondel. On note que la présence de pont-levis à flèches à la porte du fort et à celle de la demi-lune est plus clairement exprimée dans la version de 1651 que dans celle de 1647, très sommaire pour ces détails. L'aspect de façade de la porte du fort ne correspond pas à l'état définitif, monumental, de cette porte à pont-levis, mais se limite à une simple arcade plein-cintre, comme celle de la porte de la demi-lune, mais surmontée d'une bretèche (dessin de 1651) et, au-dessus du parapet, sur le corps de garde de la terrasse, d'une guérite en lanternon. Les deux variantes du dessin de Blondel figurent le chemin de ronde couronnant la courtine d'entrée et les deux demi-bastions circulant entre le parapet d'infanterie crénelé et, au arrière un parapet d'artillerie plus épais dans lequel seul le dessin de 1651représente des embrasures. Ce double parapet est également représenté par Blondel sur la demi-lune.
La notice du rapport d'inspection de Blondel, après avoir évoqué pour mémoire un coup de mer qui avait renversé des ouvrages de maçonnerie faits au début de la guerre pour la fortification40, insiste sur les trop petites dimensions de la place, et sur d'autres deffauts essentiels , à savoir que les murailles de l'enceinte de la Tour de Bouc ne sont pas terrassées, sans rempart ni parapet, pouvant facilement être rompues du canon des ennemis, mesme du côté de la mer, sans que celui de la forteresse leur puisse aucunement nuire, faute de plateformes et d’affuts, ce jugement valant effectivement pour la majeure partie du front sud, face au large, dont les contreforts intérieurs laissés apparents témoignaient de la non réalisation des terrasses ou plates-formes d'artillerie, excepté à la pointe ouest. Cette faiblesse relative de la muraille concerne aussi le front nord face au port, mais pas le front d'entrée, non exposé aux tirs venus des vaisseaux. Blondel précise que le fossé qui retranche le front d'entrée est sans chemin couvert sur sa contrescarpe et facile a estre abordé, ce que montre bien sa vue cavalière, à la différence de ce qu'il ajoute de façon sans doute exagérée sur l'état des logements, corps de garde et guérites, découverts et ruinés.
A cette époque, le gouverneur de la Tour de Bouc (et de Port-Cros) était Jean-Baptiste de Covet de Marignane, qui obtint l'érection en marquisat de son fief de Marignane, enregistrée au parlement de Provence le 23 janvier 164841.
Le fort à la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, projets et réalisations limitées
Aucune amélioration défensive ne semble avoir été apportée au fort pendant un demi-siècle et au-delà, à en juger par la planche de plan de la Tour de Bouc dans un recueil des plans des places-fortes de France constitué en 167642. Les dispositions sont identiques à celles documentées par la vue cavalière avec plan datable de 1640, excepté pour la plate-forme de la pointe ouest du fort, absente de ce plan43. La contrescarpe du fossé y est indiquée bordée d'un mur au nord de la demi-lune et autour d'elle, avec un aplanissement du terrain au pourtour, dégageant l'emprise pour un chemin couvert projeté de longue date. En revanche, la liaison entre la gorge de la demi-lune et le pont-levis de la porte du fort est encore exprimée sur ce plan comme un chemin sur une réservation rocheuse aux contours irréguliers, non encore remplacé par un pont dormant à arches.
Cette observation sur l'état des lieux en 1676 est en contradiction avec une tradition sans fondement diffusée par l'érudition du XIXe siècle selon laquelle la Tour de Bouc aurait fait l'objet d'une importante campagne de fortification en 1664, à laquelle elle devrait l'essentiel de son enceinte44, cette date correspondant à l'époque de l'achèvement de la partie principale de la citadelle Saint Nicolas de Marseille sous la direction de Louis-Nicolas de Clerville, commissaire général des fortifications. Cette fausse réputation a été développée abusivement par Alfred Saurel, auteur de différentes monographies historiques de localités des Bouches du Rhône, qui attribue de façon assez anachronique à Vauban les prétendus travaux de 1664 de la Tour de Bouc45.
En revanche, des travaux d'amélioration des défenses et du front d'entrée du fort ont pu être réalisés après 1676, date à laquelle Jean-Baptiste Colbert donnait (le 5 octobre) une instruction sur les travaux des places de Provence à son fils Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, en vue d'une tournée d'inspection. Il y précisait : Je joins à cette instruction les plans de la citadelle de Marseille, fort Saint Jean, tour de Bouc et chasteau d'If, dont le sieur Brodart (intendant des galères à Marseille) prend soin...46. Les consignes concernaient surtout les ouvrages importants exécutés depuis 1674 dans la citadelle et au fort Saint Jean de Marseille sous la direction de l'ingénieur Jean-Louis du Cayron. Elles ne donnent pas de précision sur la Tour de Bouc, que Colbert de Seignelay visita le 31 octobre, mais dont le compte-rendu sur l'état de cette place n'est pas conservé.
Une vue du front d'entrée de la citadelle de la Tour de Bouc, non datée mais probablement du troisième quart du XVIIe siècle47, exprime maladroitement la porte à pont-levis du fort avec un encadrement monumental montant jusque dans le parapet d'infanterie de la courtine, pour y former une sorte de fronton curviligne. Au-dessus, le corps de garde est toujours couronné d'une guérite. Cette vue montre aussi que les plates-formes des deux demi-bastions avaient été surmontées d'un parapet en terre rapportée ou cavalier assez informe, sur lequel étaient disposés plusieurs canons en batterie sur les deux faces.
Plan et veüe de la citadelle de la Tour de Bouc. [Plan et vue cavalière du front d'entrée], c. 1660.
Deux plans aquarellés non datés, postérieurs à 1676, donnent deux états de projets très différents, mais intégrant l'un comme l'autre un véritable pont franchissant le fossé. L'un de ces deux plans proposait une extension des plates-formes sur casemates des deux demi-bastions au-delà de la gorge de ceux-ci, à l'intérieur des deux saillants flanquants nord et sud de l'enceinte. Ce plan figure un parapet à embrasures sur les deux faces des deux demi- bastions, projet de perfectionnement du cavalier en terre déjà existant, un chemin couvert esquissé sur la contrescarpe du fossé, et exprime la plate-forme de la pointe sud en place; le bâtiment carré dans le redan du front nord, qui était inachevé vers 1640, y est figuré comme un bâtiment couvert. Datable de la décennie 1680, ce plan semble un peu antérieur à celui donné par un autre plan (géométriquement médiocre) de la tour de Bouc, inclus dans un recueil des plans des places du Royaume faits en l'année 1693, qui donne un état des lieux. On y repère un commencement de réalisation du chemin couvert autour du fossé de la demi-lune, un projet esquissé de batardeaux pour fermer les extrémités du fossé du fort, et, sur la face Est des deux demi-bastions un parapet d'artillerie à deux embrasures formant cavalier en arrière du chemin de ronde d'infanterie et de son parapet; dans la cour intérieure, deux bâtiments en place sont adossés à la muraille du front nord, le bâtiment carré du redan, voûté, à usage de cantine, et un autre récemment construit, assez court, isolé entre le redan et le saillant qui fait raccord avec le demi-bastion de droite, ce bâtiment étant à usage de pavillon d'officiers.
L'autre plan non daté exposant un projet manifestement de cette même période, soit vers 1690-1693, de meilleure qualité géométrique et graphique que les deux précédents, est intitulé plan de la tour du bouc avec ses projets.
Plan de la tour du Bouc avec ses projets, c. 1680.
Il présente une ambitieuse réorganisation défensive générale du fort et de ses dehors, comportant une réalisation rationnelle des plates-formes d'artillerie au revers des murailles des fronts nord et sud de l'enceinte, notamment au droit des contreforts intérieurs du front sud, laissés depuis 1640 en attente d'un rempart terrassé ou casematé. Ce projet comportait aussi l'unification des plates-formes des deux demi-bastions et de la courtine intermédiaire, en couvrant les flancs bas restés à ciel ouvert, et proposait de remplacer le chemin de ronde d'infanterie par un parapet d'artillerie maçonné à embrasures sur tout le périmètre de l'enceinte, demi-bastions inclus, en conservant et intégrant les 9 guérites des angles saillants et des orillons. Ce projet aurait entrainé la suppression du bâtiment carré dans le redan du front sud et l'intégration avec extension du pavillon d'officiers sous les plates-formes, portées par ailleurs sur des voûtes de casemates en capacité d'accueillir des casernements. Le même parapet d'artillerie à embrasures est proposé par ce plan sur la demi-lune, ou la convention de couleurs (jaune: projet, rose: état des lieux) indique qu'il avait déjà été commencé au dessus de la porte de ladite demi-lune, bordant une plate-forme également ajoutée sur un porche bâti à l'arrière de cette porte et sur le corps de garde contigu préexistant. Le projet comporte aussi l'achèvement du chemin couvert bordant la contrescarpe du fossé, dont le mur d'enveloppe était manifestement commencé, en y ajoutant au nord, devant la porte de la demi-lune, une place d'armes en forme de saillant carré servant de tambour d'entrée avec avant-porte du côté l'est. Au sud de la demi-lune, le projet du chemin couvert comporte une place d'armes triangulaire et un important saillant en angle aigu avec parapet d'artillerie à embrasures. Les deux extrémités du chemin couvert joignent la contrescarpe du fossé, au point ou sont projetés les deux batardeaux fermant le fossé à ses extrémités. Une variante postérieure de ce projet, donnée sur une autre planche de plans, proposait de modifier le tiers ouest du front sud de l'enceinte en remplaçant la face droite du redan et la courtine suivante, jusqu'à l'angle de la pointe ouest par une muraille rectiligne construite en avant et reliant cet angle ouest à l'angle saillant du redan48.
Ce chemin couvert plus élaboré que dans les projets antérieurs, qui sera réalisé, à la différence des plates formes à parapet d'artillerie du fort, est à mettre, au même titre que le reste du projet, non réalisé, au crédit d'Antoine Niquet directeur des fortifications de Provence, Dauphiné et Languedoc depuis 1680, qui concevait et supervisait la plupart des projets du secteur de Marseille, dont ceux du fort de Bouc, dans les décennies 1680 à1700. Niquet agissait sous l'autorité de Vauban, commissaire général des fortifications, qui ne porta pas une attention particulière au fort de Bouc, mais l'avait qualifié dans un rapport de 1687 de bonne forteresse à l'entrée du Port de Bouc, qui y tient tous les bâtiments en sûreté49. Les propositions formulées par Niquet pour la Tour de Bouc, notamment dans un état de projet rédigé en 1693, s'attachaient à l'accroissement des capacités de casernement à l'intérieur de l'enceinte du fort, ce qui ne fut pas plus suivi d'effet que l'aménagement des plates-formes d'artillerie en partie sur des casemates de casernement proposées.
Un plan de la tour de Bouc daté de 1719, dans un atlas des places fortes de Provence50, permet de constater le caractère très limité des travaux réalisés entre la fin du XVIIe siècle et cette date dans le fort.
Plan de la Tour de Bouc, 1719.
Le seul élément nouveau est un logement pour le gouverneur bâti au pied de la tour, à l'intérieur du saillant en tenaille à deux flancs du front nord, en remplacement ou en agrandissement du petit bâtiment à étage adossé au nord-ouest de la tour vers 1639. Auparavant, le gouverneur était logé dans la tour. L'agrandissement de ce petit bâtiment pour améliorer le logement du gouverneur, était prévu en 1693. Le plan de 1719 montre aussi qu'un mur de clôture avait été construit entre l'angle sud-ouest de la tour et la muraille du front sud de l'enceinte, pour isoler à l'ouest de la cour principale et en contrebas de la plate-forme de la pointe une cour privative à l'usage du gouverneur, la porte de ce sous-ensemble étant au nord-est de la tour et non dans le mur de clôture. Ce mur de clôture fut supprimé avant 1743. La cave adossée à la face est de la tour avait été convertie en glacière. Ce plan donne aussi l'état de réalisation des parapets d'artillerie à embrasures du fort : il sont localisés sur la plate-forme ou batterie de la pointe ouest, sur les deux demi-bastions, participant d'un cavalier, avec une embrasure unique sur le parapet épais de la face Est, et trois embrasure face à la mer dans le parapet de la face latérale sud du demi-bastion de droite. Le parapet de la demi-lune a été continué à peu près comme prévu en 1693, et le pont dormant définitif est en place.
Le commentaire manuscrit accompagnant le plan de 1719 mentionne que le fort est capable au plus de 100 hommes, que le fossé est trop large, et que le commandement appartient toujours au gouverneur de la Provence et y a un commandant qui y réside mais point d'Etat Major. A cette époque, le bénéfice de gouverneur de la Tour de Bouc, réservé aux Bourbon-Vendôme depuis le milieu du XVIIe siècle avait été attribué à Philippe de Vendôme, grand prieur de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, par substitution à son frère aîné Louis Joseph de Bourbon-Vendôme, duc de Beaufort prince de Martigues, gouverneur de Provence, puis réattribué par le roi en 1713 à Armand-Honoré duc de Villars et pair de France, prince de Martigues, gouverneur et lieutenant général de Provence. Le logement dit du gouverneur dans le fort de Bouc était donc exclusivement destiné à un lieutenant chargé de commandement.
Un arrêt du Conseil du Roi du 27 décembre 1745 autorisait les syndics des capitaines et patrons du corps de la marine de la ville de Martigues à établir un fanal en haut de la tour de Bouc et à percevoir pour assurer son entretien des "droits de phare" sur tous les bateaux étrangers ayant mouillé dans le port de Bouc51. L'établissement de ce fanal, mis en service en 1746, introduisait une servitude civile dans le périmètre militaire du fort, le personnel affecté au phare disposant d'un logement à l'étage supérieur de la tour.
La comparaison de deux vues extérieures du fort de Bouc, l'une insérée dans un portulan de 1704, l'autre dessinée en 1794, montre les principaux points de l'évolution de la silhouette du fort après les travaux réalisés sous la direction de Niquet et après la mise en place du fanal.
Veüe du fort de Bouc, 1704.
[Vue du fort de Bouc avec le fanal sur la tour], 1794.
La première vue52, prise depuis le port de Bouc, soit depuis le nord, montre le parapet en haut de la tour ruiné, et au pied de cette même tour, le bâtiment ouest non encore transformé pour le logement du gouverneur. La demi-lune est encore dégagée et non masquée en avant plan par la place d'armes d'entrée du chemin couvert non encore achevé. La seconde vue53, prise du sud-ouest, exprime très nettement en avant du font d'entrée du fort le mur crénelé de l'extrémité sud du chemin couvert, et, en haut de la tour au parapet restauré, le fanal mis en place en 1745-1746.
Un rapport d'inspection des côtes de Provence réalisé en 1747 par Nicolas-François Milet de Monville, alors directeur de fortifications à Toulon et chargé de différentes missions54, donne un état détaillé des bâtiments du fort, en signalant quelque améliorations et extensions qu'il serait souhaitable d' y apporter : Logemens. Celuy du gouverneur dans la tour et a costé composé de cinq pieces de plein pied. Au second et 3eme etage (de la tour) quatre chambres. Sur la place un petit pavillon (d'officiers) contenant quatre chambres et un vestibule. Il faut le continuer jusques auprès de la cantine ce qui fournira six chambres a 4 lits (...) sur la place dans le corps de cazernes, deux chambres de soldats a trois lits, huit autres a deux lits. Une prison pour des prisonniers par lettres de cachet55. Une prison militaire. Trois cachots. Deux corps de garde, l’un dans la place (sur le corps de caserne) et le second dans la demi-lune. Une chapelle. Un fournil et son four. Le logement du cantinier avec cuisine, cabinet, trois chambres et une cave (dans le bâtiment carré du redan sud) . Un magasin sous voute à l’usage de l’entrepreneur des fortifications. Deux magasins id. ou l’entrepreneur des fournitures tient son bois.
Deux citernes, la grande contient 1440 pieds cubes d’eau et la petite 720 pieds cubes d’eau.
Un fanal sur la plate forme (de la tour) pour servir pendant la nuit de signal aux navigateurs.
Batimens affectés à l’Artillerie : Au rez de chaussée de la Tour un magasin à poudre a l’épreuve qui contient 21200 L de poudre. Un petit magasin contigu id. pour les effets d’artillerie. Une salle d’armes qui est dans le corps de cazernes et qui ne peut contenir que 200 fusils. Il est indispensable d’en construire une pour 800 fusils et de laisser la salle d’armes qui existe à l’usage de la troupe.
Il ne l’est pas moins de paver en caillous les deux communications voutées qui aboutissent aux flans bas des demi-bastions de la corne du fort (le front d'entrée du fort) et de les fermer par deux petits murs percés d’une grande porte pour le passage des affuts. Cet emplacement sera propre à les mettre à couvert en tems de paix, et servira de logement pour 40 soldats en tems de guerre. Quoique l’on place la salle d’armes a costé de la tour sous partie du logement du gouverneur, cet emplacement peut servir en pleine paix de hangard à l’artillerie en l’accomodant a cet usage". Le fort était alors armé de vingt pièces d'artillerie, dont deux canons de fonte de 36 livres, huit de 24 livres, quatre de 18 livres, un canon de fer de 16 livres, un de 12 livres, deux de 8, un de 4 et un mortier de 1256.
La chapelle mentionnée dans le rapport d'inspection de Milet de Monville était vraisemblablement celle qui, comme le fournil, occupait une des casemates de rez-de-chaussée du casernement depuis plus d'un siècle, mais une nouvelle chapelle plus importante était projetée depuis 1743 adossé à l'extrémité ouest du côté sud de l'enceinte, en vis à vis de la façade du logement du gouverneur. La suppression du mur de clôture qui isolait la cour du logis du gouverneur était liée à ce projet de chapelle à l'usage de l'ensemble du personnel du fort. Une série de plans aquarellés de la Tour de Bouc, de facture identique, illustrant les projets entre 1743 et 175757, documentent la mise en place de cette chapelle, proposée sur les plans de projets de 1743 à 1747 , absente du plan des projets pour 1748, à nouveau présentée pour 1751, construite à la suite et indiquée achevée dans le plan du projet de 1753 pour 1754 .
Montage photographique des projets de chapelle au fort de Bouc de 1743, 1748 et 1754.
Cette chapelle, qui accueillit la sépulture de certains officiers58, se composait d'une nef unique de trois travées avec contreforts, façade vers la cour et chevet plat (non orienté) adossé d'une sacristie engagée dans le mur de soutènement de la plate-forme d'artillerie de la pointe ouest. Ces plans n'indiquent pas d'autre changement ou projet depuis celui donnant l'état des lieux en 1710. La chapelle fit l'objet de travaux de réparations devisés en octobre 1772 par le maçon martégau Jean Gourgue, principalement réfection des enduits intérieurs, y compris sur la voûte, avec finition au lait de chaux. Un tableau assez gâté est mentionné au dessus de l'autel59. En 1652, le secrétaire d'Etat à la Guerre Antoine-René de Voyer d'Argenson, marquis de Paulmy, signalait dans son journal d'une tournée militaire sur les frontières de Provence, Languedoc et Dauphiné, que la tour de Bouc était gardée par une compagnie d'invalides60, de 60 hommes, ce qui est déjà mentionné par Milet de Monville, qui précisait que les officiers résidents étaient un major commandant, un aumônier, un chirurgien major et un garde d'artillerie.
Charles François Marie d'Aumale, successeur de Milet de Monville en 1774 à la direction des fortifications de Provence, élabora à la fin de l'année un projet général des ouvrages à faire pour mettre les places du département de Marseille dans l'Etat désirable, dont les derniers articles (33 et 34) sont consacrés au Fort de la Tour de Bouc (nouvelle appellation), illustrés d'un plan signé de l'ingénieur en chef du génie à Marseille Claude-Quentin La Chiche61.
Plan du fort de la Tour de Bouc pour servir au projet général, 1774.
Le projet principal consistait à exhausser d'un étage de plain-pied au chemin de ronde le pavillon des officiers coté 16 et continuer le corps de cazernes commencé dont ce pavillon fait partie jusqu'à la cantine cottée 15. A ce poste s'ajoutaient des réparations ordinaires aux chemins, pont-levis et dormant, aux revêtements, plates-formes et souterrains, aux cazernes cotées 10, à la tour et logement du commandant cotté 11, à la chapelle cottée 19, le tout pour un coût estimé de 22635 livres. Le plan exprime clairement l'extension projetée du bâtiment des officiers, en indiquant le long de la façade un projet de portique voûtée, pour porter un balcon coursive à l'étage. La légende du plan précise que le bâtiment carré de la cantine voûtée comportait une chambre au-dessus, que le bâtiment adossé à l'ouest de la tour, anciennement cave, puis glacière, était alors une prison voûtée (cotée 20). Enfin, le premier étage de la tour (cotée 11), au-dessus du magasin à poudre, était toujours utilisé comme partie du logement du commandant. Ajourné, le projet de la tour de Bouc fut représenté à l'identique en 1775 pour 1776. Un long mémoire de présentation générale des ressources défensives de la place de Marseille, rédigé par d'Aumale la même année62, fait une proposition de principe pour remédier à la faiblesse défensive du fort de Bouc, dont l'enceinte, à l'exception du front d'entrée, ni terrassée ni flanquée, ne comporte qu'une batterie à la pointe ouest (cotée 14). Sa proposition consistait à ouvrir l'enceinte au sud entre 15 et 16 pour établir sur la berme rocheuse face à la mer une batterie flottante ou quelque pourtour armé.
Le mémoire contient des indications sur l'économie du fort, en temps de paix ou de guerre.
Les deux citernes sous les chambres des casernes cotées 10, avaient une capacité de 1322,7 et de 1179,7 m3, satisfaisant largement à la consommation de 150 hommes de garnison, maximum d'effectif en cas de siège, faute de souterrains pour entreposer les munitions de toutes espèces. Les magasins et souterrains utilisables, en comptant la prison voûtée cotée 20, qui pourrait aussi servir d' hôpital, ne suffisaient pas pour ces approvisionnements en munitions, malgré la faiblesse de la garnison. Le casernement coté 10 comptait treize chambres pouvant contenir en tout 69 lits dont 33 de 4 pieds 1/2 de large et 36 de 3 pieds 1/2, ce qui permettait de loger au maximum 138 hommes en plaçant deux hommes par lit.
En novembre 1776, d'Aumale rédigea un nouveau projet des ouvrages les plus pressés et indispensables à faire en 1777, ceux du fort de la tour de Bouc, objet d'un article unique, étant le remplacement du pont (levis) de la porte d'entrée cotée 9, et la réparation des casernes (17,3 toises quarrées de parement vu de pavé d'échantillon de La Couronne, sans doute pour la couverture en pierre, et 16 toises quarrées de maçonnerie d'un pied d'épais).
Les deux articles du projet général de 1775 pour le fort de la Tour de Bouc (n° 32 et 33) furent de nouveau présentés en septembre 1777 par Nicolas de Pontleroy, nouveau directeur des fortifications de la Provence et du Dauphiné, dans son projet général pour 1778, en déduisant du coût estimé une dépense de 1034 livres correspondant aux travaux réalisés dans l'année pour le pont et le casernement63.
Les mêmes deux articles du fort de la tour de Bouc furent successivement ajournés et représentés dans les projets généraux des années suivantes, de 1781 à 1789, en reprenant les termes de 1774, sans commencement de réalisation pour le projet d'extension du pavillon d'officiers. Parallèlement, furent présentés pour 1782 deux articles, n°15 et 16 sur le fort de Bouc (première occurrence de cette appellation) dans l'exposé des projets et estimation des ouvrages les plus pressés à faire64, (en principe compris sans détails dans l'article n° 33 du projet général), à savoir : réparer les parties dégradées de la tour cottée 11 et partie des contreforts qui soutiennent le chemin des rondes, ainsi que le revêtement du corps de place entre la courtine cottée 15 et le pavillon d'officiers cotté 16 (pour 538 livres) réparer les murs et la couverture de l'escalier cotté 12 , donnant accès au gouvernement et à l'étage de la tour (482 livres). La réparation des contreforts ne fut menée à bien qu'en 1783 et 1784, celle du revêtement, étendue au rempiètement du talus jusqu'à la pointe ouest cotée 16 se continua en 1785, sous la responsabilité de Pierron, colonel en second au corps du génie de Marseille. Un plan du 21 aout 1782, signé de Pierron et de Lagravière65, donne une nomenclature chiffrée un peu plus complète que celle du plan de 1774.
Plan du fort de Bouc pour servir au projets de 1783, 1782.
Il permet le repérage de certains points mentionnés dans le mémoire abrégé de l'état actuel des fortifications des places du département de Marseille rédigé dans les mêmes termes pour le fort de Bouc en septembre 1786, septembre 1789 et aout 1790, notamment la porte de secours, masquée (n°18) autrement dit la poterne nord près du logement du gouverneur, alors murée de puis une date indéterminée. Les ouvrages du corps de place et des dehors (demi-lune, chemin couvert) étaient dans l'ensemble en bon état excepté quelques dégradations ponctuelles au parapet et parement des deux demi-bastions. Ce plan renseigne sur la disposition des parapets d'artillerie à embrasures sur les deux faces du cavalier de chacun des deux demi-bastions (n°6 et 7), sur l'escalier couvert (n°12) accédant à l'étage de la tour (n°11). Il exprime aussi la plate-forme sommitale de cette tour, dont le parapet de la face ouest, côté terre, est épaissi et percé de deux embrasures à canon. La plate forme est occupée au centre par le corps circulaire du fanal signalé en 1747 par Milet de Monville, et dans un angle par la guérite de l'escalier. Deux logettes de latrines sont signalées (n°21) sur le chemin de ronde de l'enceinte, en deux points opposés du front sud et du front nord; à côté de celle du nord, le plan indique que la guérite du XVIIe siècle à l'angle du flanc est du saillant de plan en tenaille avait été supprimée. On y repère aussi que la couverture de l'étage du bâtiment carré de la cuisine (n°15), sur le redan médian du front sud, semble s'étendre au chemin de ronde de l'enceinte, qui sur les plans antérieurs contournait à ciel ouvert cette couverture.
Un nouveau mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications en l'an 8 de la République66, mentionne la forte dégradation à la base des angles flanqués des deux demi-bastions (6 et 7) du fort de Bouc, à cause des vagues qui les creusent, et dont il deviendrait fort coûteux de retarder la réparation, proposée depuis l'an 4, ce qui était aussi le cas de la courtine d'entrée intermédiaire et, à l'opposé, de la pointe ouest (14). La plate-forme de la tour nécessitait des rejointoiements, pour préserver la voûte qui la porte, et les autres bâtiments, y compris la chapelle sécularisée et utilisée pour le logement de la garnison, appelaient des réparations. A la suite, un mémoire détaillé sur les travaux ordonnés pendant l'an 967 mentionne la réalisation de travaux aux bâtiments, dont la caserne et corps de garde, soit remaniements de couverture, rejointoiement aux toits en terrasse, pose de volets et contrevents, crépis, enduits, réparation au magasin à poudre, aux pavés et aux murailles, réédification d'une partie de voûte tombée.
Du premier au second Empire, le fort de Bouc batterie de côte
Sous le premier Empire, en 1810, le fort de Bouc était armé de 13 bouches à feu , dont deux canons de 36, sept canons de 18, deux de 8 et de deux mortiers, un de 32 et un de 22 . Cette même année, un rapport sur une inspection de l'armement des côtes de la Méditerranée en vue d'améliorer les batteries de côte existantes ou d'en créer de nouvelles68, donnait un avis circonstancié sur celles du fort de Bouc, qui avaient besoin d’être réparées, en remontant les certains parapets à la hauteur qu’exigeait la monture des pièces. La guérite de l’angle de la batterie de la pointe ouest , face à l'entrée du port, était à démolir, pour favoriser le placement d'une pièce sur affût de côte, en baissant le parapet. Toutes les embrasures inutiles étaient à fermer. Le rapporteur précisait que la caserne aménagée dans l’ancienne chapelle, récemment réparée, pouvait contenir 24 hommes, et que le restant des logements, nécessitant des réparations, pourrait contenir 150 hommes de garnison. Le garde batterie logeait dans la tour, ainsi que les gardes sémaphoriques et employés au phare. Il écrivait en conclusion : Ce fort va devenir important par l’établissement d’un nouveau port et des chantiers de construction de l’Empire ordonnés par sa majesté.
Le projet évoqué, remontant à 1805 et proposé par Napoléon Ier, consistait à établir à l'abri dans le bassin du Port de Bouc un important chantier de construction pour des vaisseaux de guerre et un port qui puisse en recevoir deux ou trois, destinés à migrer vers le port de guerre de Toulon avec l’armement seulement indispensable pour la traversée. Les différentes déclinaisons du projet comportaient une nouvelle agglomération, et divers établissements militaires. A partir de 1809, les projets implantèrent ce grand quartier militaire, qui devait comporter plusieurs hangars, dont un à l'usage de corderie, des ateliers de construction et divers magasins, des forges, bureaux et deux calles de construction, dans l'aire intérieure spacieuse de l'îlot de bouc, en avant du fort. Ce quartier de marine militaire devait être retranché à l'intérieur d'une vaste enceinte bastionnée, plus spacieuse que celle enveloppant à cette époque le port militaire et l'arsenal de Toulon. Le dernier état des projets est exprimé en détail sur un grand plan du 25 octobre 181269, dessiné par Ange-Alexandre Bondon, l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées en charge du projet du canal d'Arles et du Port-de-Bouc .
Trois tracés différents et d'étendue variable proposés pour l'enceinte depuis 1811 par le directeur des fortifications de Toulon et par la commission mixte des travaux publics sont exprimés sur ce plan, le plus récent en pointillé, le tracé le plus étendu, proposé par la commission du 14 février 1812, incluant la totalité des différents bâtiments proposés par l'ingénieur Bondon. Le tracé en pointillé, moins spacieux, défini par la commission mixte le 13 aout 1812, plaçait une tour modèle n°1 de la typologie définie en 1811 à l'extrémité de l'enceinte opposée au fort de Bouc, sur la pointe de la Culate, séparée par l'anse du même nom dudit fort. Cette tour était proposée pour appuyer la gauche de l'enceinte et former un réduit complémentaire du fort de Bouc. L'extrémité de ces enceintes confinant au fort de Bouc s'y serait raccordée soit directement au demi-bastion de gauche (sud-est) soit à la demi-lune, soit à la place d'armes médiane du chemin couvert. Ce projet grandiose fut abandonné sans commencement d'exécution avant la chute de l'Empire.
Daté du 10 juillet 1814, un mémoire sommaire sur la place de Marseille et dépendances70 rédigé par le chef de bataillon du génie Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, sous-directeur des fortifications de Toulon, passe en revue toutes les batteries de côte, en y incluant le Fort de Bouc, assez éloigné de Marseille dont il a toujours été regardé comme une dépendance ...bâti à l'entrée du port de ce nom à l'extrémité d'une langue de terre (l'îlot de Bouc) séparée du continent pas un bras de mer que l'on traverse sur un pont de pierre. Tournadre aîné dresse un état des lieux du fort, tant pour les ouvrages pouvant servir de batterie que pour les bâtiments : les terre-pleins (plates-formes d'artillerie) sont fort étroits et ne sont même presque partout que des chemins de ronde. Ce n'est qu'avec peine que l'on a pu remplacer par des affuts de côte une partie des affuts marins dont ce fort était armé. En général, il a fort peu de capacité et ne peut guère être considéré que comme une batterie de côte fermée, et sous ce rapport, il eut pu être mieux disposé.
Revêtements fort dégradés du côté de la mer. Ponts levis et dormants de la porte hors de service. Etablissements : 1° Une tour carrée à cinq étages couverte d'une plate-forme voûtée et surmontée d'un phare. Au rez-de-chaussée un magasin à poudres qui peut en contenir 12.320kg. Aux étages supérieurs le logement du garde de l'artillerie, du signaliste et du fanaliste, et des magasins. 2° Un logement pour le commandant du fort, une chapelle (réhabilitée sous l'Empire) une caserne et deux autres petits bâtiments servant de logement des troupes, pouvant contenir environ 11 hommes. Il y a dans la caserne cotée 10 deux citernes et un four pouvant cuire 1350 rations de pain en 24 heures. En bon état. 3° Deux corps de garde et un magasin pour la fortification, en mauvais état. Sous les bastions du front de terre, souterrains formant casemates dans les flancs, dont une partie peut servir de magasin.
Port ensablé, manque de fonds pour les vaisseaux considérables. La situation et le peu de capacité de ce fort ne lui offrent aucun rôle à jouer dans le cas d'une guerre de terre.
Deux ans plus tard (20 novembre 1816 ) un nouveau mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et dépendances 71 rédigé le même Tournadre aîné, donne quelques compléments d'information sur les travaux urgents justifiés par l'état du fort de Bouc : Les ponts-levis du corps de place et de la demi-lune sont en mauvais état et le dernier surtout. On en propose la reconstruction à l'article 4 du projet pour 1817. L'art. 5 a pour objet le rejointoiement des revêtements du côté de la mer, et des plates-formes. La couverture du logement du commandant a besoin d'être réparée, on y travaille en ce moment.
Tournadre aîné choisit de ne pas inclure le Fort de Bouc dans son atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat réunissant des relevés détaillés réalisés sous son autorité, à la différence de la batterie de Sineyme, construite en 1793 à 6 km de distance à l'est du fort. Cette exclusion n'a pas de justification géographique, l'atlas incluant la tour Saint-Louis à l'embouchure du Rhône, beaucoup plus éloignée de Marseille. Il faut donc admettre une certaine réticence à compter ce fort au nombre des batteries de côte selon les critères de l'époque, au même titre que le château d'If et les forts des îles de Pomègues et de Ratonneau, également exclus de cet atlas.
L'entretien du fort de Bouc fit l'objet d'articles du mémoire sur les projets de la place de Marseille pour 183572. Dans le chapitre des fortifications, l'article 10e propose, au titre des réparations les plus urgentes, de niveler et établir en pente le terre plein adossé au bâtiment A du front de terre 1-2 (casernement), de ragréer le parapet de la plate-forme de la tour carrée et de remplacer des pierre de taille du parement de cette tour. Le 6e article mentionne la réfection des ponts-levis, réalisée. Au chapitre des bâtiments militaires, l'article 11 propose d'approprier le pavillon coté E (ancien pavillon des officiers) pour le gardien, en y aménageant une petite cuisine et un logement. Le mémoire pour 1837 comporte deux articles pour les bâtiments, l'un pour réparer la chape (couverture en pierre) du bâtiment A, l'autre pour réparer la citerne.
Les capacités d'utilisation des batteries d'artillerie du fort furent prises en compte dans le cadre du vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes définies à la suite des études de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des iles, instituée en février 1841. A ce titre, il fait l'objet du 34° article du Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 rédigé par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot73. Dans son apostille, le chef du génie donne plusieurs précisions : la commission estime qu'il serait préférable d'avoir à la place du fort de Bouc une simple batterie avec épaulement en terre et un réduit, mais elle propose la conservation de ce qui existe sauf toutefois le remplacement par un pan coupé de la guérite du saillant de la pointe ouest, laquelle gêne beaucoup le tir. Le fort de Bouc serait armé de 7 pièces. Nous partageons l'avis de la commission sur une batterie à établir en dehors du fort de Bouc, car tous les parapets sont en maçonnerie et il n'y a pas de place pour y établir des parapets en terre. D'ailleurs les escarpes sont vues de haut en bas et il serait facile de les battre en brèche, le fort de Bouc pourrait seulement servir de réduit à la batterie qui serait établie au-dehors. Le projet, daté du 2 juin 1846, estimé à 2300 francs, ne proposait dans le fort que la réhabilitation de la batterie de la pointe ouest (n°5), pour trois canons, avec suppression de la guérite et de son couloir d'accès depuis la plate-forme, remplacé par un pan coupé intérieur, et la reconstruction du mur de soutènement de cette plate-forme e arrière pour augmenter la surface. Les quatre autres pièces étaient proposées sur le front sud, une dans le redan central (n°6), les trois autres sur la face extérieure du demi-bastion de droite du front d'entrée (n°1). Le directeur des fortification estimait dans son apostille du 18 septembre que l'armement du fort de Bouc avec trois canons de 30 et quatre obusiers de 22 n'était qu'une mesure provisoire, en attente d'un projet à venir d'une batterie extérieure de sept pièces à placer à l'extrémité sud du chemin couvert, ou elle serait défilée par la face droite de la demi-lune. Il demandait en conséquence une provision de 5000 francs supplémentaires pour inclure la construction de cette batterie dans l'exercice prochain. A l'intérieur du fort son avis était d'armer provisoirement la pointe du saillant 5 d'une pièce unique, en créant le pan coupé, deux autre pièces pouvant être placées sur les deux faces du redan 6, les quatre dernières sur la branche droite du demi-bastion 1.
Le colonel Picot missionna le garde du génie Hurquin pour dessiner le plan des projets du fort de Bouc pour 1847 avec la batterie extérieure, donnant lieu à une planche de plan et coupes détaillée datée de décembre 184674.
Proposée comme prévu à l'extrémité sud du chemin couvert qui lui servirait de communication, cette batterie, estimée à un coût de 6000 francs était formée d'un épaulement de plan en chevron en angle obtus haut de 2,50m accueillant les sept pièces en batterie juxtaposées, quatre sur la face ouest défendant l'approche du port de Bouc, une sur l'angle et deux sur la face gauche tirant au sud vers le large. Le plan du projet comporte en surcharge au crayon un disposition alternative de la batterie , un peu plus en retrait et avec deux faces à angle droit. S'agissant du fort, le projet comporte toujours une batterie de trois pièces sur la plate-forme de la pointe ouest (5), sans reconstruction du mur de soutènement. Le plan indique aussi une batterie de deux pièces sur le redan sud (6), mais aucun armement sur le demi-bastion sud-est (1). Au chapitre des bâtiments militaires, le chef du génie demandait pour 1847 un budget de 6000 francs pour les réparations, rappelant leur consistance dans une introduction dédiée : Les bâtiments militaires du fort de Bouc peuvent contenir 100 hommes, il y a du logement pour 4 officiers et un logement de gardien. Il contient en outre un corps de garde, un logement de cantinière, un fournil, une cuisine, des souterrains dans les deux demi-bastions pouvant servir d'abris aux défenseurs, de magasins de vivres et de dépôt pour les poudres; une citerne et une ancienne chapelle appartenant à l'artillerie et servant de magasin au matériel de cette arme. La dépense demandée était justifiée par le fait que ces bâtiments, inoccupés (le seul résident du fort étant un gardien), tombaient en ruines, faute d'un entretien suivi : les toitures s'écroulent, toutes les fermetures sont à renouveler et les enduits et crépis à refaire. Le bâtiment A, casernement principal, d'une capacité de 60 hommes, justifiait à lui seul pour ses réparations une dépense de 4980 francs, celles du pavillon des officiers, aussi en très mauvais état, étant estimées à 700 francs.
Le plan indique une particularité pour le bâtiment du gouverneur occupant la moitié ouest du saillant nord de plan en tenaille, au pied de la tour : la moitié de ce bâtiment directement attenante à la tour, correspondant à l'emprise du premier bâtiment à étages en place dès 1640 monté sur l'ancien ravelin figuré sur le plan de 1592, est exprimé couverte en terrasse, et séparée par un mur à deux pans du reste de bâtiment couvert d'un toit; la partie couverte d'un toit comportait un étage. Celle en terrasse, correspondant à la saillie ouest de l'ancien ravelin, était dérasée au niveau du sol de ce premier étage, un peu plus haut que le chemin de ronde de l'enceinte.
Les seuls travaux liés aux bâtiments militaires dont l'exécution fut approuvée, en 1850, consistaient, à recouvrir d’une aire en bitume la terrasse en arrière de la caserne A, sur laquelle avait été proposé un dallage en 1849. Le revêtement de bitume fut aussi réalisé sur une moitié de la caserne.
Abandonné durant dix ans, le projet de batterie de côte de 7 pièces du fort de Bouc fut représenté dans les projets pour 1857-185875, pour un budget de 19000 francs, dans sa logique initiale de 1846, selon un avis formulé par l'inspecteur général du génie en 1852, sans batterie extérieure, en plaçant les sept pièces dans le fort, à raison de 3 pièces dans le demi-bastion n°1, à mettre en place en 1857, trois dans la plate-forme de la pointe n°5, à reporter en 1859, et une pièce dans le redan n°6, à mettre en place en 1858 en épaississant la voûte du bâtiment carré de ce redan qui porte la plate-forme. Les travaux d'appropriation de ces positions de batterie étaient en cours et en voie d'achèvement en 1859, excepté un remplissage de terre à l'intérieur des parapets et l'achèvement du dallage en pierre tendre du terre-plein bas (dallage des plates-formes)76. L'état des lieux des fronts de mer du fort (sud) et des emplacements de batterie est documenté par une planche de relevés datée du 20 novembre 1858, liée aux projets pour 1859-1860, dessinée sous la direction du chef du génie de Marseille Boubée de Lespin.
Cette planche donne les plans et coupes de détail des bâtiments voûtés ou dessous casematés de ce front, attenants aux positions de batteries, soit les deux niveaux du flanc bas du demi-bastion 1, le bâtiment f (ancienne cuisine portant la plate-forme du redan 6, et le bâtiment g (ancienne chapelle), dont la coupe exprime le voûtement en berceau avec lunettes en pénétration au droit des trois travées, portant directement un toit à deux versants sans charpente. Sur cette planche de plan et coupes de 1858, l'emplacement de batterie proposé sur le cavalier du demi-bastion sud-est n'est pas plus aménagé qu'en 1846, ce n'est donc qu'en 1859-1860 que la plate-forme pour trois canons y fut installée. Cette mise en place, du fait de la largeur cumulée du parapet et de la plate-forme alors créés, imposa de couvrir le flanc bas de ce demi-bastion ( laissé à ciel ouvert depuis le XVIIe siècle) par une voute portant dallage.
En mai 1867, suite aux premiers travaux de la commission locale de défense des côtes chargée de préparer la révision de l'état de l'armement des batteries en intégrant l'artillerie rayée, un avis commun des comités de l'artillerie et des fortifications estimait qu'il n'y avait pas lieu d'affecter au fort de Bouc un autre armement que celui de batterie de côte de sept pièces déjà en place. Un état détaillé des bouches à feu des batteries de la circonscription de Marseille fait en 1869 mentionne pour le fort de Bouc un armement de trois canons rayés en fonte de 30 et de quatre obusiers à âme lisse de 22. A cette même époque, l'insuffisance avérée du fort en place pour assurer la défense du Port de Bouc, que les travaux de recreusement du canal de Martigues vers l'étang de Berre (1863-1868 ) ouvrait à des navires de plus fort tonnage, avaient justifié l'étude d'un projet de nouveau fort sur l'ilôt de Bouc, présenté pour 1867-1868, à la demande de l'inspecteur général du génie formulée en 186577. Estimé à 850.000 francs, ce projet consistait à occuper plus largement l'îlot par un ouvrage fermé avec escarpes taillées dans le roc, présentant de grands développement de tir vers le large ainsi que sur l'entrée du canal, en maîtrisant aussi le golfe de Fos, à la différence du fort existant. Ce projet fut jugé insuffisamment justifié par l'enjeu stratégique peu décisif lié à l'amélioration du canal, le rôle du nouveau fort se limitant à empêcher des navires ennemis de donner la chasse à des bâtiments de commerce en les poursuivant dans le port de Bouc. Il fut abandonné sans commencement de réalisation.
Déclassement, réhabilitation de la batterie pour la seconde guerre mondiale, restaurations
Le tableau de contenance des magasins à poudre de la Place de Marseille et batteries de côte qui en dépendent, estimé par procès verbal de conférence du 28 novembre 1869 par le lieutenant colonel Quiquandon, commandant du génie, et le commandant de l’artillerie, crédite le magasin à poudre du fort de Bouc, toujours dans la tour, d'une capacité de 6000kg, dans 120 barils78. Les bâtiments militaires restaurés utilisés pour le casernement, indépendamment du service de la batterie, qui n'était plus aux normes en vigueur, valurent au fort en 1880 la dénomination de caserne Suffren, affichée au-dessus de la porte de la demi-lune. Il s'agissait du casernement principal, l'ancien pavillon des officiers et l'ancien logement du gouverneur étant laissés à l'abandon.
Obsolète dans ses défenses, le fort de Bouc fut inclus dans la liste des batteries de côte déclassées sur avis du comité de défense et du conseil supérieur de la guerre du 3 décembre 1888, au même titre que la tour de Port-Saint-Louis-du-Rhône, qui avait perdu tout intérêt stratégique et était désarmée depuis plusieurs décennies. A la suite, le fort de Bouc renommé Fort Vauban79, fut concédé, pour l'usage de la tour, à la Direction des phares et balises, relevant des Ponts et chaussées, le 23 juillet 189180.
Libéré en principe des servitudes militaires, le fort fut inscrit à l' l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques par arrêté du 6 janvier 1930. Pour autant, la Marine avait récupéré l'usage du fort par concession temporaire après la première guerre mondiale, ce qui permit de programmer la mise en place d'une nouvelle batterie de côte d'artillerie légère au début des années 1930 .
Sommairement défini depuis 1926, le programme de défense des côtes approuvé par le ministre de la Marine le 13 juin 1933, plaçait la réalisation des quatre ouvrages projetés dans la région de Fos-Martigues en Première Urgence. Le fort Vauban était le plus légèrement armé, avec quatre pièces de 75 modèle 1908 d'une portée de 10km réparties sur le front sud, comme celles de la batterie réalisée en 1859. Entre 1935 et 1937, les quatre cuves circulaires en béton des canons de 75 furent mises en place avec leurs abris-soutes , la première sur la plate-forme de la pointe ouest, la seconde au-dessus du mur d'enceinte et de la voûte de l'ancien bâtiment de la chapelle, le troisième au-dessus du redan médian et de la voûte de l'ancienne cuisine, la quatrième sur le parapet d'artillerie épais sud du cavalier du demi-bastion sud-est. Un poste de direction de tir sommaire fut installé en haut de la tour. Ces travaux comportèrent la démolition de la partie de l'ancien bâtiment du gouverneur, à l'ouest de la tour qui s'élevait d' un étage couvert d'un toit en appentis.
La batterie de Marine française du fort Vauban fut occupée par la Kriegsmarine allemande à la fin de 1942, intégrée au du Südwall avec ses quatre pièces de 75, la garnison des différentes batteries de Martigues et La Couronne étant dirigées par la Marine Artillerie Abteilung 625. Codée Wn Rhl 035, cette batterie de barrage portuaire assez mineure au sein du dispositif du Südwall fut complétée en 1943 de deux pièces de défense antiaérienne (DCA) de 4cm Bofors Flak 28, dans des cuves , l'une carrée, sur le corps de garde au-dessus de la porte du fort, l'autre polygonale, à l'angle de capitale de la plate-forme de la demi-lune. Deux mitrailleuses Hotchkiss de 13,2 mm81 étaient placées à l'extérieur du front sud, au-dessous d'un poste de guet annexe du poste de télémétrie du haut de la tour, un autre poste de mitrailleuse étant implantée sur le demi-bastion nord-est. Deux projecteurs furent installés sur le site, un de 60cm et un de 120cm, et une petite casemate active pour mitrailleuse fut construite au pied du front nord, adossée au flanc ouest du saillant flanquant de plan en tenaille, près de l'ancienne poterne ou porte de secours. Cette casemate et un poste de commande et de tir aménagé au-dessus , en superstructure du flanc ouest du saillant, étaient en principe disposés pour activer à distance un champ de mines marines sous l'entrée du port. Le dessus du rempart ou terre-plein du front de terre entre la courtine d'entrée et le corps de caserne, bitumé au XIXe siècle, avait été couvert d'une dalle de béton, de part et d'autre de la saillie du corps de garde.
Avant d'évacuer le fort en juillet 1944, les allemands sabordèrent les pièces d'artillerie et les soutes à munitions. Le sabordage de la pièce n°2 entraina la destruction du bâtiment de l'ancienne chapelle et la ruine de la muraille d'enceinte à laquelle elle s'adossait, largement et écroulée dans ce secteur.
L'état du "fort Vauban" immédiatement après la guerre est documenté par des photographies aériennes , notamment une vue verticale IGN de 1949, et par un plan français de 1945, qui localise les différents aménagements de la batterie allemande, et exprime la brèche créée par le sabordage de la pièce de 75 n°282.
[Plan d'état des lieux après guerre du fort de Suffren de Bouc dit fort Vauban], 1954.
On notera qu'à cette époque, l'ancien pavillon des officiers adossé à la muraille du front sud au sud-est de la cour intérieure, abandonné depuis deux ou trois décennies, était en ruines, réduit à des décombres, et que de l'ancien logement du gouverneur, seule subsistait la moitié basse terrassée attenante à la face ouest de la tour. Le porche à l'arrière de l'avant porte du fort, dans la demi-lune, était écroulé, et plusieurs parties des élévations du fort, notamment la casernement et le demi-bastion nord-est, avaient été impactées et présentaient des écorchements.
Une campagne de restauration fut entreprise en 1948, sous la direction de l' architecte ordinaire des monuments historiques des Bouches du Rhône Jacques Van Migom, pour refermer la brèche sud-ouest de la muraille d'enceinte, ce qui revint à reconstruire le segment entre la pointe ouest et le redan médian. Le chantier de reconstruction occasionna la mise en place d'une grue tournant sur chemin de fer sur la berme rocheuse en avant de la pointe ouest, visible sur la photographie aérienne de 1949. La muraille fut reconstruite sur une épaisseur moindre que celle d'origine, avec quatre contreforts intérieurs évoquant ceux qui existaient avant la construction de la chapelle adossée en 1751. Au raccord de la muraille reconstruite et du redan médian un gros massif de maçonnerie fut construit vers l'intérieur avec les moellons de tout venant provenant des décombres de la chapelle et une terrasse bordée d'un mur d'appui en angle rentrant remployant des moellons équarris fut créée avec des remblais dans la partie ouest de la cour, entre la muraille reconstruite et les restes du logement du gouverneur. Les ruines du pavillon des officiers furent alors rasées.
L'état du fort de Bouc après ces travaux est documenté par des photographies aériennes des années 1950 qui montrent la muraille reconstruites, les aménagements de la batterie de la seconde guerre mondiale laissées en place (les trois cuves de 75 restantes, cuve de DCA du corps de garde). L'état général du fort était assez négligé; trois seulement sur les huit guérites des angles saillants du corps de place restaient complètes, avec leur toit en coupole(sur les demi-bastions).
[Vue aérienne du fort de Bouc prise du nord / nord-est], [vers 1955].
[Vue aérienne oblique du chenal de Caronte et du fort de Bouc prise du sud-ouest ], 1953.
Cet état général délabré du fort, excepté la tour et son phare, perdura jusqu'à la fin du XXe siècle, comme en témoigne un reportage photographique fait en 1983, complété en 1989 pour le service des Monuments historiques83. Le délabrement de certaines parties (demi-bastion nord-est et casernement) s'était encore aggravé lorsque la ville de Martigues acheta le fort de Bouc en 1993. Une importante campagne de restauration fut réalisée entre 1999 et 2006 sous la maîtrise d'œuvre de Philippe Prost, architecte du patrimoine et spécialiste de l'architecture militaire de la fin de l'Epoque moderne et du premier Empire. Cette restauration conserva en place les trois cuves de canons de 75 de 1937, sans leur abri, supprima les cuves de DCA allemandes du corps de garde au-dessus de la porte et de la demi-lune, et restitua trois guérites du XVIIe siècle antérieurement décapitées, dont celle de la demi-lune. Elle rétablit également l'état fin XVIIe siècle du porche et des plates-formes de la demi-lune, et reconstruisit les contreforts intérieurs de la muraille du front sud à l'est du redan médian. Elle supprima également une chape de béton qui recouvrait depuis 1937. la terrasse ou rempart de la courtine d'entrée, au revers du casernement. Les talus d'embase des murailles du front sud (demi-bastion sud-est compris), dégradés par la mer, furent largement reparementés, mais, s'agissant des dehors du front de terre, le mur du chemin couvert et la contrescarpe du fossé n'ont pas été restaurés.
II- Description
Le fort de Bouc occupe l'extrémité ouest de l' ancien îlot de Bouc, formant une pointe étirée étranglant du côté droit la passe d'entrée du bassin du Port de Bouc, dit aujourd'hui (chenal) de Caronte, entre le large, au sud, et une petite anse, au nord, participant du bassin du port. En vis-à-vis du fort, la jetée de la Leque s'avance du côté gauche de la passe d'entrée, et fait partie de l'actuelle agglomération de Port-de-Bouc et de son port de plaisance et de pèche. Dans l'état actuel, l'îlot de Bouc n'est plus une île, le canal qui la détachait ayant été recouvert et occupé depuis le milieu du XXe siècle, de même que l'anse sud du port de Bouc, par les infrastructures du port pétrolier de Lavéra dont les raffineries occupent très largement tout les abords sud-est, jusqu'au hameau de ce nom. L'accès actuel par la terre de l'îlot et du fort de Bouc, en venant de Martigues, n'est donc possible aujourd'hui qu'en traversant cette vaste zone industrielle dite de Martigues-Lavéra.
Les caractéristiques du plan et de l’élévation de l'ensemble du fort de Bouc ont été évoquées dans la partie historique de cette monographie à l’occasion de la description des différentes campagnes de construction et de l'évolution des dispositions architecturales. L'état actuel conserve des témoins de toutes les époques de cette évolution, sur la chronologie longue, depuis la tour du XVe siècle jusqu'aux aménagements de la batterie de 1937, mais pour l'essentiel, les dispositions et l'aspect du fort actuel sont ceux réalisés en deux campagnes distinctes entre 1604 et 1640, sous la direction des ingénieurs fortificateurs de la famille Bonnefons, Raymond puis probablement Jean et Honoré, à partir d'un premier projet dessiné en 1592 par Antoine Borel sous influence d'Ercole Negro.
Plan et dispositions d'ensemble
L'assiette rocheuse du fort est en très faible surplomb au-dessus du niveau de la mer : l'escarpe du front sud est fondée sur la berme à 1,30 m d'altitude, le niveau de la cour intérieure varie d'est en ouest de 1,75m à 4m, et celui du fond du fossé de retranchement du front de terre régnait de 0,40 m à 0,70 m au-dessus du niveau de la mer sur les relevés du milieu du XIXe siècle, en sorte qu'il n'était pas inondé sinon superficiellement au gré des vagues. Dans l'état actuel, le fossé est faiblement inondé de façon permanente dans sa partie sud, cette inondation s'étendant plus largement en amplitude maximale84. Le plan de l'enceinte du fort, contraint dans sa géométrie par les limites étroites du socle rocheux, est un polygone très irrégulier formant trois fronts, sans pour autant pouvoir être qualifié de triangle. L'ensemble de ce parti présente des points communs avec celui fort Saint Jean de Marseille, construit plus tard (de 1660 à 1675) et à une échelle deux fois plus grande, au nombre desquels l'intégration d'une grande tour carrée du XVe siècle.
[Plan du fort de Bouc au niveau du Rez-de-Chaussée], 1999.
La largeur du front de terre du fort de Bouc, d'un angle de capitale de demi-bastion à l'autre, au niveau du fossé, est de 90m, la profondeur du fort (dehors exclus), du seuil la porte à la pointe ouest, de 85m, le front de mer étant le plus long, soit un peu plus de 120m de l'angle du demi-bastion sud-est à la pointe ouest. Ces dimensions relativement resserrées sont intermédiaires entre celles du petit fort de Notre-Dame de La Garde et celles du Fort Saint-Jean, à Marseille.
Seul le front de terre du fort de Bouc, face à l'ouest, est bastionné, composé d'une courtine flanquée de deux demi-bastions casematés à flancs retiré et orillon semi-circulaire, et précédé d'une demi-lune de plan triangulaire, classiquement isolée par un fossé particulier prolongeant le fossé principal. La porte du fort est ménagée au centre de la courtine, à laquelle sont adossés en double épaisseur un rempart ou terre-plein et un corps de caserne de six travées de casemates, trois de chaque côté du passage d'entrée. Ce développement en profondeur se répercute sur celui des deux demi-bastions dont le mur de gorge sur cour est plus ou moins bien raccordé à la façade du corps de caserne, dans un axe légèrement biaisé rentrant. A première vue la géométrie du plan et de l'élévation de ce front de terre est parfaitement symétrique, y compris dans l'orientation rentrante des longues faces latérales nord et sud des demi-bastions, déterminant un angle de capitale aigu. On note toutefois sur plan que le demi-bastion de droite (sud-est), est un peu moins large et profond que celui de gauche, dans des proportions imperceptibles à l'œil.
Cette géométrie rigoureuse est complètement absente du reste du tracé de l'enceinte, réalisé non sans tâtonnements par la seconde campagne de construction du XVIIe siècle, entre 1634 et 1640. Cette enceinte enveloppant la cour intérieure et la tour est constituée, à partir du demi-bastion sud-est, d'un front sud face à la mer à peu près rectiligne, avec redan médian à angle saillant droit, et d'un front nord vers le port, plus court d'un tiers, composé, à partir du demi-bastion nord-est, d'un saillant flanquant de plan en tenaille à deux flancs, et de la face droite de la pointe ouest du fort portant plate-forme d'artillerie, point de convergence des deux fronts.
Vue aérienne oblique du fort de Bouc prise de l'ouest, 2005.
Le raccord de la muraille du front sud à la face latérale sud du demi-bastion de droite se décroche pour former un flanc avec angle rentrant et angle saillant, ce dernier couronné d'une guérite restaurée. La totalité du circuit de l'enceinte, y compris le front de terre, est couronnée d'un chemin de ronde d'infanterie pour l'essentiel conservé avec son parapet percé de créneaux de fusillade, qui desservait au passage les guérites ou échauguettes cylindriques sur cul-de lampe des angles saillants, cinq d'entre elles étant aujourd'hui conservées ou restituées dans leur état du XVIIe siècle, avec coupole en pierre. Sur le front de terre, le chemin de ronde d'infanterie enveloppe les cavaliers d'artillerie remaniés qui couronnent les deux demi-bastions, et borde la plate-forme du rempart entre courtine et corps de caserne. Du fait de ce contournement, le chemin de ronde est à peu près continu, seulement intercepté par les deux plates-formes d'artillerie au sud et à l'ouest de l'enceinte, qu'il dessert de plain-pied. La première plate-forme, sur le redan médian du front sud, aménagée au-dessus de l'ancienne cuisine en 1857-1859 pour un canon, est réoccupée depuis 1937 par la cuve n° 2 de la batterie de 75; la seconde, dans la pointe ouest de l'enceinte, existe dès 1640 et a aussi été réaménagée en 1856-1859, pour trois canons, en dérasant la guérite du XVIIe siècle, et réoccupée depuis 1937 par la cuve n° 1 de la batterie de 75. Ces cuves en béton sont toujours en place, mais sans les abris-soutes qui les accompagnaient, supprimées sélectivement par la restauration de 1999-2006. Un peu plus loin du côté nord de la pointe, le chemin de ronde est intercepté depuis 1943 par un petit poste de commande allemand construit au-dessus du flanc ouest du saillant de plan tenaillé, maintenu en place lors de la restauration.
La grande tour carrée du XVe siècle s'élève dans l'enceinte au revers de la partie Est du saillant de plan en tenaille du front nord. Du bâti de l'ancien logement du gouverneur, qui occupait le reste de ce saillant et communiquait avec la tour, ne subsiste aujourd'hui qu'une petite terrasse de plan pentagonal bordée d'un mur aveugle, un peu plus haute que le chemin de ronde. Les murs de cette petite terrasse sont un vestige de l'ancien ravelin qui enveloppait la face nord de la tour dans l'état XVIe siècle. Du fait de la disparition de l'ancien logement du gouverneur et de l'ancien pavillon des officiers, qui s'adossait à la muraille est du front sud, le seul bâtiment militaire actuellement conservé outre le corps de caserne est celui de l'ancienne cuisine, construit dès 1640 mais achevé et voûté seulement vers 1690.Vue plongeante oblique de la demi-lune d'entrée, du fossé et du chemin couvert, prise du haute de la tour le seul ouvrage présentant dans son état actuel sur des deux faces une plate-forme d'artillerie bordée de parapets maçonnés épais percés d'embrasures, conformes aux modèles du XVIIe siècle, conservé et restauré dans l'état documenté depuis 1719. Un plan-relief récent du fort, exposé sur place, exprime un état conforme à celui documenté par les plans de la seconde moitié du XVIIIe siècle, notamment le plan de 1783, notamment pour les parapets d'artillerie à embrasures de la demi-lune (conforme à l'état actuel) et pour ceux des cavaliers des deux demi-bastions du front de terre.
[Maquette du fort de Bouc restituant l'état des lieux vers 1780].
La plate-forme d'artillerie de la demi-lune, sur laquelle sont aujourd'hui présentés quatre canons en batterie dans les embrasures, trois sur la face gauche, un sur la face droite, est portée en face droite sur un terre-plein, et en face gauche sur les voûtes du corps de garde et du porche (reconstruit en béton en 2006); elle est accessible par un escalier droit bordant le mur intérieur de la face gauche le long du corps de garde.
Le parapet de cette face gauche de la demi-lune n'est pas homogène : la partie au-dessus de la porte, déjà en place vers 1680 est un peu plus haute et entièrement maçonnée, avec deux embrasures dont l'appui part du cordon, le reste du parapet, construit dans un second temps, plus épais avec remplissage en terre, a des embrasures plus hautes à l'appui. Indépendamment de ces détails témoignant d'une chronologie à étapes, l'élévation extérieure de la demi-lune est conforme aux dispositions crées vers 1639, retouchées fin XVIIe siècle, avec son revêtement en partie fondé sur une retaille du substrat rocheux, parementé en blocage soigné enduit, son angle de capitale chaîné en pierre de taille surmonté de la guérite restaurée sur cul-de-lampe à trois ressauts toriques, et son cordon à la transition de l'escarpe en léger fruit et du parapet.
Vue d'ensemble Est du front de terre : demi-lune, fossé et demi-bastions, prise du chemin couvert
En revanche, sur les deux cavaliers des demi-bastions, surplombant de 2m les parapets du chemin de ronde d'infanterie ( remaniés en dernier lieu en 1937), seul celui du demi-bastion nord-est conserve les embrasures de son parapet d'artillerie encore en partie ouvertes et plus ou moins remaniées; celles du cavalier du demi-bastion nord-est sont murées mais encore en partie lisibles.
Autour du front d'entrée et de la demi-lune, la contrescarpe du fossé, en partie taillée dans le roc, en partie revêtue de maçonnerie, est bien conservée sans restauration apparente. Le mur de garde du chemin couvert, en blocage de moellons de tout venant, est à peu près complet, à l'exception de la place d'armes d'entrée qui le terminait au nord, aujourd'hui dérasée. Les deux branches médianes de ce mur, à droite de la demi-lune, formant dans leur retour d'angle rentrant une place d'armes triangulaire, au raccord du fossé de la demi-lune au fossé principal, ne sont pas crénelés.
Vue plongeante du fossé et du chemin couvert du front de terre, prise du demi-bastion de droite
Seules la branche terminant ce mur à droite (au sud), en retour d'angle aigu, jusqu'au bord du fossé, et, à l'opposé, la branche plus longue parallèle à la face gauche du fossé de la demi-lune sont percées d'une série de créneaux de fusillade très rapprochés, dont l'ébrasement intérieur et la fente extérieure son encadrés en pierre de taille.
Détail de l'extrémité droite (sud) du chemin couvert, avec mur de garde crénelé
Vue générale prise de l'ouest/nord-ouest: mur crénelé du chemin couvert devant la face d'entrée de la demi-lune
La porte à pont-levis de la demi-lune, très simple et sans ornement, est certainement conforme à l'état d'origine achevé vers 1640, mal exprimé sur l'iconographie contemporaine (Blondel). L'arcade d'entrée de gabarit charretier, encadrée en pierre de taille est couverte d'un arc segmentaire à claveaux longs, non extradossé, la clef de l'arc seule, étroite, ayant un traitement particulier, bossage en pointe de diamant.
Elévation extérieure de la porte à pont-levis de la demi-lune, avant-porte du fort
Les réservations verticales de rabattement des flèches du pont-levis traversent le cordon et se prolongent en hauteur dans le parapet, jusque sous la tablette de couvrement, y encadrant l'une des deux embrasures à canon de cette partie du parapet. Une plaque de marbre rivetée depuis la fin du XIXe siècle (?) sur le trumeau au-dessus de l'arcade d'entrée porte l'inscription : caserne Suffren de Bouc. L'arrière-voussure de la porte, en berceau surbaissé avec arc de tête à claveaux plus larges que longs, abrite la majeure partie du châssis-contrepoids des flèches du pont-levis (refait en 2006) en position ouverte. La voûte d'arêtes couvrant le porche et l'arcade ouvrant en pleine largeur le corps de garde voûté en berceau sur le côté Est de ce porche, sont une reconstruction de 2006, en béton, sans restitution de la façade qui existait sous l'arcade avant la seconde guerre mondiale (non documentée).
La façade d'entrée du front de terre, avec ses deux demi-bastions, fruit pour l'essentiel de la première campagne du XVIIe siècle (1604-1608) est la partie la plus monumentale du fort, déployant une architecture militaire sobre mais ostentatoire, caractéristique de la fin du XVIe siècle et du premier tiers du XVIIe siècle.
Vue d'ensemble du front de terre et partie du front de mer du fort, prise du sud-est
Le profil des revêtements des demi-bastions se caractérise par un fruit constant et marqué sur toute l'élévation, jusqu'au cordon faisant transition avec le parapet d'infanterie vertical, un premier cordon régnant un peu plus bas qu'à mi-hauteur du revêtement. On observe que la partie inférieure de la face latérale sud du demi-bastion sud-est a été retouchée après coup (c. 1634-1640) lors de la construction du reste du front sud, par l'adjonction en recharge, sous le premier cordon, d'un talus destiné à donner à ce front en construction une meilleure résistance à l'érosion provoquée par les vagues. Le talus en pierre de taille dure, restauré dans l'état actuel, est collé contre le revêtement du demi-bastion, parementé en gros moellons sommairement équarris et assisés, en partie sur l'affleurement rocheux retaillé. Le parapet d'infanterie de ce front de terre, mis en œuvre en blocage de petits moellons de tout-venant et enduit, est percée d'une série de créneaux encadrés en pierre de taille, principalement des créneaux de fusillade à fente extérieure courte sans plongée, alternant avec quelques créneaux-fenêtre carrés (un pour deux à trois créneaux fente). On note que les guérites des deux demi-bastions, à l'angle de capitale et à l'angle d'épaule arrondi pour former l'orillon, également percées de deux types de créneaux, reposent sur un cul de lampe dont la modénature est plus complexe et savante (avec quarts de rond, fasce, scotie) que celle des guérites de la seconde campagne du XVIIe siècle. L'élévation de la courtine se différencie de celle des demi-bastions par le fait que le fruit du revêtement n'existe qu'en partie inférieure, sous le premier cordon, le parement de l'élévation verticale entre les deux cordons étant en pierre de taille de moyen appareil régulier.
Le long pont dormant traversant le fossé, construit en pierre de taille appareillée, comporte cinq arches voûtée en anse de panier portant sur des piles de faible épaisseur; la dernière arche, moins large que les autres, vient buter contre la culée plus épaisse que les piles, recevant le tablier du pont-levis. Au dessus de chaque arche, une gargouille traverse le tablier pour égoutter la chaussée. Ce pont dormant n'a été construit que dans une période comprise entre 1680 et 1710, en remplacement d'un "chemin dans le rocher" provisoire.
La composition monumentale en pierre de taille de la façade de la porte à pont-levis du fort, qui intègre le premier cordon et recoupe le second pour s'élever un peu plus haut que le niveau d'arase du parapet d'infanterie de la courtine, a vraisemblablement été conçue et réalisée après l'achèvement de la campagne de construction de 1604-1608, et même après la seconde campagne de 1634-1640.
Elévation de la façade monumentale de la porte à pont-levis du fort
Elle a dû remplacer un premier état de la porte plus simple dont témoignent médiocrement les quelques vues cavalières de cette époque (évoquées dans la partie historique), avec bretèche et surmontée d'une guérite couronnant le corps de garde bâti sur le rempart. La composition actuelle à pilastres d'ordre toscan est apparemment inachevée, les chapiteaux des pilastres n'étant surmontés que d'une architrave, à laquelle manque les registres de frise et de corniche pour former un entablement complet, conçu ou non pour participer d'un fronton. La façade est bien intégrée au parement en pierre de taille de la courtine, non sans quelques discrètes discordances d'assises, et la partie inférieure intégrant le cordon, jusqu'au dessous des bases surhaussées des pilastres, pourrait appartenir au premier état. Les pilastres sur dosseret, à bossages un sur deux, qui encadrent en un seul registre vertical l'arcade d'entrée couverte d'un arc en anse de panier et, au-dessus le trumeau à cartouche emblématique entre les réservations des flèches, évoquent un ordre colossal. Théoriquement, ce vocabulaire architectural est connu dès la fin du XVIe siècle et présent dans des chantiers civils d'élite au début du XVIIe siècle (Fontainebleau) dans des variations plus complexes, moins classiques, mais son introduction dans l'architecture militaire se manifeste dans le contexte marseillais sous le règne de Louis XIV, notamment pour les différentes portes de la citadelle Saint Nicolas, dans la décennie 1660. Inscrit dans un cadre rectangulaire en retrait de nu du trumeau, avec appui mouluré simulant celui d'une fenêtre, le cartouche héraldique est sculpté en moyen relief dans grands trois blocs superposés d'une pierre différente de celles du parement courant, plus blanche et plus fine. Le style de l'encadrement, la forme de l'écu inscrit relèvent de l'esthétique baroque, mais l'érosion de la pierre ne permet plus de reconnaitre que la forme de la couronne royale sculptée dans le bloc supérieur. Le déficit de documentation sur la construction de cette porte monumentale ne permet pas de la dater, mais on peut proposer l'hypothèse d'une réalisation à l'époque de Vauban et d'Antoine Niquet, à partir de 1680. Le vocabulaire architectural classique employé dans cette composition de façade (pilastres toscans sur dosseret, avec ou sans bossage portant entablement avec ou sans fronton) est représenté, sous des formes variées, dans plusieurs portes de places-fortes de Vauban85.
Au revers de cette façade monumentale, le passage d'entrée comporte un premier segment de même largeur que la porte, traversant l'épaisseur de la courtine, voûté en berceau un peu surbaissé pour permettre le calage du châssis-contrepoids des flèches du pont-levis sous les sommiers de sa voûte. Deux petites potences tournantes en fer munies de chaînes sont disposées de chaque côté de l'issue de ce segment, pour verrouiller ou déverrouiller le basculement du châssis contrepoids entrainant le pont-levis. Ce premier segment du passage débouche dans un sas rectangulaire aveugle, deux fois plus large, voûté en berceau, dont la profondeur correspond à celle du rempart ou terre-plein entre courtine et casernement.
Vue intérieure du passage d'entrée voûté de la porte à pont-levis du fort, 1er segment et sas élargi
Les dispositions extérieures et l'organisation interne casematée des deux demi-bastions sont semblables. On note toutefois une différence de mise en œuvre des parements extérieurs entre le demi-bastion sud-est et celui du nord-est : l'élévation en fruit de ce dernier est en partie directement taillée dans le roc sous le premier cordon, dans l'orillon et les deux tiers sud de la face, le reste du parement, soit l'élévation entre cordons et celles sous le cordon à l'angle de capitale et aux abords, étant en moyen appareil régulier de pierre de taille semblable à celui de la courtine86. Cette différence témoigne probablement d'une variation de l'économie du chantier de 1604-1608 plutôt que d'une chronologie nettement différente.
Détail de l'orillon du demi-bastion de droite et de sa guérite d'angle d'épaule
Vue latérale sud de la courtine, de la porte à pont-levis et du demi-bastion de gauche (nord-est), prise du demi-bastion de droite
Les flancs bas retirés des deux demi-bastions étaient en principe conçus initialement, comme dans la plupart des autres bastions à orillons de places fortes des XVIe et XVIIe siècle, pour former une casemate active, entièrement couverte d'une voûte et armée d' une pièce de canon assurant des tirs de flanquement dans une embrasure. Dans l'état réalisé en 1604-1608, ces flancs bas furent laissés à ciel ouvert et le projet de les casemater ne se concrétisa pas non plus lors de la campagne de 1634-1640. La fermeture de ces flanc est de conception assez complexe. Elle se compose structurellement d'une haute arche en plein-cintre lancée entre le rentrant de l'orillon et la courtine, montant jusqu'au dessous du cordon supérieur du revêtement et portant la continuité du chemin de ronde d'infanterie et son parapet crénelé, à la manière d'une arche de pont ; cette arche est refermée sur toute son élévation par un mur de remplage de faible épaisseur, en blocage de moellons de tout-venant, bâti au nu du revêtement extérieur.
Détail intérieur du demi-bastion de gauche, flanc bas crénelé et chemin de ronde sur arcade au-dessus, vus de l'étage
Détail extérieur du demi-bastion de gauche, flanc bas crénelé, arcade, cordon et parapet du chemin de ronde au-dessus, vus de l'étage
Le mur de remplage n'est percé, non au niveau du sol inférieur du flanc bas mais 2m plus haut sur une banquette, de trois créneaux de fusillade assez semblables à ceux du parapet d'infanterie au-dessus, avec ébrasement intérieur et fente extérieure encadrés en pierre de taille. Il est impossible de préciser à quelle époque (seconde moitié XVIIe siècle ?) ce mur a été construit, témoignant de l'abandon du projet d'aménager une casemate d'artillerie dans le flanc bas, pour limiter son usage à une défense flanquante de la porte et du pont-levis du fort par des armes légères. L'intérieur du vide du flanc bas était conçu pour accueillir deux niveaux aménagés qui constituent les seuls locaux internes de chaque demi-bastion, conçus pour être casematés, mais laissés en partie voûtés, en partie à ciel ouvert. Le niveau inférieur, correspondant à peu près à celui du fond du fossé, est celui qui aurait du être aménagé en casemate basse active; sa partie postérieure, peu développée en profondeur, est couverte d'une voûte en berceau, conçue pour porter , 3m plus haut, une partie du sol du second niveau. Le côté Est de la partie découverte de ce niveau inférieur s'ouvre sur une petite casemates voûtée en berceau, elle-même communiquant latéralement à une autre petite casemate en cul de sac, les deux réservées dans l'épaisseur murale de la face Est du demi-bastion. Ces petites casemates aveugles étaient sans doute conçues pour servir de magasins à poudre et à munition pour l'armement du flanc bas. Le second niveau se développe davantage en profondeur, sur toute la largeur des demi-bastions, en s'évasant, jusqu'au mur de la face latérale, en sorte que sa partie postérieure au moins a été casematée dès la fin du XVIIe siècle en phase avec l'aménagement des cavaliers.
L'accès aux deux niveaux internes de chaque demi-bastion est assuré par deux branches divergentes de couloir ou rampe voûtées en berceau rampant, partant d'une sorte de porche assez profond couver t d'une voûte en berceau asymétrique, porche ménagé dans le mur de gorge et ouvert sur la cour de chaque côté du casernement. La branche de couloir descendante dessert le niveau inférieur ou flanc bas proprement dit , la branche montante accédant au second niveau.
Dans le demi-bastion de gauche (nord-est), les locaux restent en partie découverts dans l'état actuel, en sorte que le second niveau évoque une cour intérieure. Le débouché de la branche montante dans cette pièce à ciel ouvert témoigne de l'état projeté voûté jamais réalisé de ce local; en effet, l'extrémité de la voûte rampante du couloir, qui devait se lier en pénétration dans la partie de voûte non réalisée de la pièce, est traité en harpe d'attente. La partie postérieure de cet étage interne au demi-bastion est toutefois été aménagé pour accueillir deux casemates parallèles ouvrant chacune par une porte sur le volume laissé à ciel ouvert, la voûte de ces casemates portant la partie nord des plates-formes du cavalier.
Dans le demi-bastion de droite (sud-est), le vide intérieur du second niveau avait été plus largement couvert d'une voûte sous le cavalier, en sorte que le couloir rampant montant à ce niveau y débouche dans la partie voûtée.
Cette partie forme une casemate unique décloisonnée (à la différence des deux casemates du demi-bastion de gauche), d'où un voûtement complexe retombant sur un pilier carré non centré. La partie nord du volume de ce second niveau, en balcon au-dessus du flanc bas, du premier niveau, est aussi voûtée, en berceau.Détail intérieur du demi-bastion de droite, flanc bas crénelé sous arcade XVIIe siècle et voûte 1859 de la casemate Cette partie de voûte confinant au chemin de ronde du flanc haut, au-dessus de l'arche et du mur de remplage à trois créneaux, n'a été construite qu'en 1859 lors de l'aménagement de la batterie de trois pièces sur le cavalier, participant des positions de batterie alors installées exclusivement du côté de la mer.
Dans l'état actuel, le cavalier de ce bastion sud-est conserve des témoins de la chronologie complexe de ses aménagements : les parapets maçonnés du cavalier fin XVIIe siècle, surplombant le chemin de ronde d'infanterie, la plate-forme dallée de pierre et le parapet épais en terre de la batterie de trois pièces de 1859, et la cuve béton du 4e canon de 75 de la batterie de 1937, complétée en 1944 d'un tobrouk allemand , coulé à l'extrémité ouest du parapet.
La restauration de 1999-2006, en supprimant l'abri-soute en béton associé à la cuve, à remis en évidence l'emplacement des trois canons de 1859 sur la plate-forme en grandes dalles de pierre blanche, sur laquelle reste bien visible la rainure du rail en demi-cercle qui guidait la rotation de l'affût tournant des trois canons. Cette plate-forme en deux partie, construite en relief de l'équivalent de 4 marches au-dessus des reins des voûtes des casemates, est desservie par un chemin de ronde haut également pavé de dalles plus rustiques, passant sur la voûte construite en 1859 au dessus du flanc bas, et sur un segment de mur en appareil polygonal aussi de 1859 fermant cette voûte sur le chemin de ronde d'infanterie du flanc haut.
Le corps de caserne et le corps de garde
Les dessus du reste du front de terre du fort, outre les cavaliers des deux demi-bastions et le chemin de ronde d'infanterie, consistent en une terrasse sur le terre-plein ou rempart entre courtine et corps de caserne. Légèrement surélevée du chemin de ronde d'infanterie, cette terrasse avait été conçue initialement pour porter de l'artillerie servant à la défense du fort côté terre, mais a sans doute très peu été garnie de canons au cours de son histoire. Elle est recoupée dans sa partie centrale par le surcroît de hauteur du corps de garde du fort, construit au-dessus de la travée élargie formant sas dans le passage d'entrée entre pont-levis et cour. Le toit terrasse de ce corps de garde, presque plat (deux versants en pente extrêmement faible, peu perceptible), pavé de dalles de pierre, est un peu plus haut que celui du corps de caserne, aussi dallé de pierre de taille, en appentis à faible pente vers la cour. Ce toit de pierre couvrant le second étage du corps de caserne est surmonté de cinq souches de cheminées des casemates de casernement.
Le corps de caserne superpose sur trois niveaux six travées de casemates en faible profondeur séparées par des murs de refend, réparties à raison de trois travées de chaque côté d'une travée centrale étroite réservée, au rez de chaussée, pour le dernier segment du passage d'entrée débouchant sur la cour, et, au-dessus, pour l'escalier couvert montant au corps de garde, établi un peu plus haut que le second étage. Les casemates du rez-de-chaussée, voûtées en berceau segmentaire, qui n'étaient pas destinées au logement de la garnison, mais à des magasins, ateliers, et autres espaces économiques87 (les deux de l'extrémité sud accueillent une citernes) sont plus profondes que celles de l'étage. Leur alignement de façade fait saillie sur celui des casemates d'étage, cette saillie portant la coursive à ciel ouvert, bordée d'un garde-corps, qui dessert les portes du premier étage. les six travées des deux étages de casernement ne sont voûtées qu'au second étage, plus bas couvert, ces voûtes portant le toit en pierre de taille du corps de caserne; un simple plancher, aujourd'hui absent de certaines travées sépare le premier du second étage. La largeur des casemates est inégale : de part et d'autre et en partant de la travée centrale, les deux premières sont disposées symétriquement, la première plus large d'un tiers que la seconde; à la suite, la casemate d'extrémité nord du corps de caserne est large , celle de l'extrémité sud étroite, ce qui crée une discrète asymétrie dans la composition générale de la façade.
L'état actuel de cette façade est issu de la restitution partielle mise en œuvre lors de la campagne de restauration de 1999-2006.
Vue latérale de la façade sur cour du corps de caserne, prise de la porte de la tour
L'état d'origine des fenêtres des étages, qui avaient été modifiées notamment au XIXe siècle, a été restitué d'après les témoins des anciens encadrements en pierre de taille dégagés lors du piquage du dernier état des enduits muraux. Cet état ne correspond pas à celui exprimé sur la vue cavalière du fort vers 1640, qui n'est manifestement pas fiable pour cet aspect de la façade88, mais il est archéologiquement fondé. La répartition des baies déroge au principe de symétrie à partir de l'axe central constaté dans la dimension des quatre premières casemates; en effet, seules les porte et fenêtres des deux premières casemates en partant de cet axe sont disposées symétriquement, avec la porte d'entrée précédant la travée des fenêtres, celle du premier étage à croisée de pierre, celle du second, moins haute sous linteau, à simple meneau. A la suite, la deuxième casemate plus petite, en partant de l'axe central, est éclairée au premier étage d'une demi-croisée verticale, au second d'une fenêtre de même largeur sans traverse, mais le placement de la travée de fenêtre en façade est inversée : au sud, elle fait suite à la porte du 1er étage, comme pour la première travée, au nord, elle précède cette porte. A la suite, la dernière travée sud est identique en façade à celle qui la précède, tandis qu'au nord, la porte précède la travée de fenêtre, qui comporte une croisée de pierre au premier étage et une petite fenêtre sans division au second. Les encadrements des six portes donnant sur la coursive ne sont pas tous semblables; celui à linteau simple, unique exemplaire, semble correspondre à l'état XVIIe siècle, tandis que celui à chambranle couvert d'un arc segmentaire à clef saillante est d'un modèle plus tardif, (XVIIIe siècle ?).
L'accès au second étage est assuré par des portes palières latérales dans l'escalier voûté de la travée centrale montant de la coursive au corps de garde. Un second accès, créé seulement vers 178089, prend la forme d'un escalier montant en bordure de la façade en prolongement nord de la coursive, au-dessus du porche d'accès aux locaux internes du demi-bastion nord-est, et passant par une arcade ménagée dans le mur de gorge du demi-bastion, pour desservir une porte ménagée dans le mur-pignon nord du cors de caserne au second étage. La partie de façade des casemates du rez-de-chaussée, formant mur d'appui de la coursive, en partie parementée en pierre de taille, porte encore trace de différents remaniements; sa partie à droite de la façade, ruinée en 1944, a été reconstruite lors des travaux de 1999-2006, la partie à gauche conserve une arcade qui ouvrait largement la première casemate sur cour, refermée d'un mur de remplage avec porte piétonne. Les deux travées de casemates suivante ne sont percées sur cour que d'une petite porte et une petite fenêtre, celles de la dernière travée murées dans l'état actuel.
La travée centrale du corps de caserne se distingue par un traitement architectural sobre mais témoignant d'une recherche de monumentalité et de composition symétrique. Le rez-de-chaussée est occupé par la saillie d'un escalier en pierre de taille de plan rectangulaire tournant à deux volées droites, construit autour du débouché du passage d'entrée du fort. L'arcade en plein-cintre sur cour du passage est encadrée de chaque côté d'une première volée double à montée divergente suivie de deux repos faisant transition avec une seconde double volée convergent sur un palier de plain-pied avec la coursive, dans l'axe de la grande arcade d'entrée de l'escalier voûté montant au corps de garde.
L'escalier desservant le corps de garde, couvert d'une voûte en berceau rampante, et son arcade d'entrée, ont des dimensions en hauteur et largeur plus importante que ne le justifiait leur fonction, ce qui participe de la recherche de monumentalité.
Le segment principal de l'escalier, le plus long, aboutit à un repos qui dessert latéralement les portes des chambres voûtées ou casemates du second étage.
Il est prolongé par un second segment plus étroit et beaucoup plus court, couvert d'une voûte en berceau non rampante, qui débouche dans le corps de garde. La salle casematée du corps de garde, assez basse sous sa voûte en berceau segmentaire, est un peu plus grande en surface au sol que les casemates du casernement voûtées de même au second étage. Bien représentative de l'état d'origine et restaurée, elle a conservé sa cheminée d'origine très simple à hotte droite (la souche n'a pas été rétablie sur le toit en pierre), son sol en calade de galets et deux grandes niches profondes voûtées en berceau très surbaissé dans le mur du côté de l'entrée de part et d'autre de la porte à deux vantaux.
Intérieur du corps de garde casematé; débouché de l'escalier voûté central, niches et cheminée
Au pied de la face Est de la tour et de l'extrémité nord de la façade du corps de caserne, est conservé en place le local voûté en simple rez-de-chaussée, aux murs pratiquement aveugles, présent sur les plans d'archives depuis 1640, et qualifié successivement de cave, glacière, puis de prison. La couverture en pierre de taille de ce local, à deux versants à très faible pente (comme celle du corps de garde), repose sur la voûte en berceau couvrant le volume interne sans surcroît d'élévation murale verticale en partie basse sous les sommiers de la voûte. Revêtus d'un enduit couvrant, la voûte est percée de deux oculi zénithaux débouchant dans le toit en pierre de taille.
Intérieur du local vouté adossé au pied du côté est de la tour, ancienne glacière, puis prison
La tour et les fronts nord et sud de l'enceinte
La tour carrée du XVe siècle, haute de 21m, intégralement parementée en pierre de taille, est élargie progressivement en fruit dans le quart inférieur de son élévation, formant un imposant talus en tronc de pyramide.
Elévation extérieure de la tour, faces sud et Est, escalier d'accès à sa porte et local voûté au pied de la face Est
Elévation extérieure de la tour, face sud
Le plan carré de l'élévation verticale de la tour a 10,50m de côté, passant à 14m à la base du talus. L'intérieur abrite quatre niveaux superposés, tous couverts d'une voûte en berceau surbaissée d'une hauteur sous voûte assez constante. Les trois étages et la plate-forme sommitale sont desservis par un escalier en vis inclus dans l'épaisseur murale de l'angle nord-ouest. Cet escalier ne se prolonge pas en dessous jusqu'au local aveugle du rez-de-chaussée, correspondant à l'élévation extérieure talutée. Large de 5m dans œuvre, utilisé comme magasin à poudre depuis le XVIIe siècle, ce local est percé depuis cet usage d'une issue piétonne au milieu de la face nord, traversant l'épaisseur murale de 4, 50m. Auparavant , il était une basse fosse seulement accessible par une ouverture zénithale. Les rares baies dont les étages de la tour sont percées, plus nombreuses aux deux premiers étages, ont toutes été remaniées ou repercées et aucune ne présente un caractère bien marqué évoquant l'architecture civile seigneuriale, ce qui souligne la grande austérité de l'architecture, très différente de celle de la tour Saint Jean de Marseille.
Le couronnement actuel de la tour conserve un parapet maçonné sur les quatre côtés, celui du côté Est plus épais, arasé en glacis, percé de deux embrasures à canon portées sur le plan d'archive de 1783. Les trois autres côtés du parapet, soulignés à la base dans le parement extérieur par un corps de moulure maigre ou corniche, ne sont qu'un garde corps sans créneau ni embrasure, non antérieur au XVIIIe siècle. Sur la face sud de ce couronnement, près de l'angle sud-ouest, deux consoles à deux ressauts en place, recoupant la moulure, correspondent probablement à une logette de latrine détruite90. La plate-forme actuelle est surmontée par le phare, dont la lanterne actuelle est une réfection du XIXe siècle, et par le bâti en béton lisse du poste de direction de tir de la batterie de 75 de 1937.
L'intérieur des pièces d'étage, en partie recloisonné tardivement à l'usage du service du phare, confirme l'austérité de cette tour, l'embrasure des fenêtres d'origine, non ébrasée et voutée en berceau surbaissé, étant d'aspect très sobre, sans coussiège.
Détail intérieur de la tour, pièce du 3eme étage, voûte et fenêtre du côté nord
Les voûtes des pièces carrées, excepté celle du dernier étage, portant la plate-forme sommitale, semblent avoir été construites seulement au XVIIe siècle, en remplacement de planchers. La porte actuelle de la tour , au premier étage, est repercée, aussi au XVIIe siècle, dans la face Est, près de l'angle nord-est, et desservie par une volée extérieure d'escalier en pierre, à l'arrière du mur de gorge du bastion, longeant un mur partant de l'angle de la tour. La porte d'origine était ménagée au même niveau, au milieu de la face nord. Elle a été condamnée et transformée en petite fenêtre, avec des reprises de parement soignées, mais la lecture archéologique de ces reprises permet de reconnaitre les deux rainures ou réservations verticales murées des deux flèches d'un pont-levis dont cette porte était pourvue.
Cette porte était défendue verticalement par une bretèche placée à l'aplomb en saillie sur parapet du couronnement de la tour, dont restent dans l'état actuel les vestiges dégradés des trois consoles d'appui. Le pont-levis de la porte devait reposer sur une pile ou sur un mur diaphragme du ravelin qui enveloppait toute la face nord de la tour (en C du plan de 1592). Ce ravelin a laissé plusieurs portions de murs conservés lors de la construction du front nord de l'enceinte en 1634-1640, ces murs du XVe siècle ayant été remployés ensuite pour servir de support au logement du gouverneur hors la tour. Outre la portion relique de ce ravelin remblayée en terrasse, saillant à l'ouest de l'angle nord-ouest de la tour, la partie Est du même ravelin subsiste en partie, limitée à un pan de mur sud en belle pierre de taille, partant de l'angle nord-est de la tour au niveau du talus, et à l'amorce en retour d'angle du petit côté est, avec, à l'emplacement de la porte d'entrée indiqué sur le plan de 1592 l'arrachement de cette porte, avec arrière-voussure segmentaire. Le pan de mur sud et le talus de la tour conservent le sommier de deux arcs diaphragmes qui traversaient la largeur de l'ancien ravelin.
Les murailles de l'enceinte des fronts sud et nord sont inégalement remaniées. Le saillant à deux flancs du front nord, de plan en tenaille, enveloppant le côté nord de la tour et l'emprise de l'ancien ravelin, à conservé ses revêtements extérieurs parementés en pierre de taille de moyen appareil moins soigné que celui du demi-bastion nord-est attenant.
L'emploi de la pierre de taille s'y étend au parapet crénelé. On y observe, près de l'angle saillant du flanc Est, une des deux logettes qui étaient nouvellement construites sur le plan d'archives de 1783, aux dépens d'e la guérite d'angle du XVIIe siècle supprimée. Le revêtement conserve aussi, prenant appui sur le cordon inférieur, deux arcades murées, qui sont l'ébrasement extérieur très large des deux embrasures à canon des faces de ce saillant, ménagées dès sa construction en 1634-1640. Des embrasures des flancs, reste apparente celle du flanc Est. Celle du flanc ouest du saillant est masquée par la petite casemate active en béton construite en 1943 par les allemands , dans l'angle rentrant du flanc et de la muraille ouest du front nord. Ce petit bunker percé d'une embrasure horizontale, surmonté en retrait du poste de commande bâti en superstructure du flanc , est collé au revêtement de la muraille ouest au ras de l'ancienne poterne créée dès 1640, condamnée au XVIIIe siècle, et réouverte en 1943.
Détail du front nord de l'enceinte : casemate allemande de 1943 et ancienne poterne réhabilitée
La muraille du front sud a été beaucoup plus remaniée et restaurée. Son segment Est, auquel s'adossait le pavillon des officiers détruit en 1944, dans la partie dont les contreforts intérieurs n'ont pas été restitués en 1999-2006, présente une mise en œuvre des contreforts neuf plus luxueuse que ne l'était celle des contreforts d'origine, bâtis en 1634-1640 en attente d'un rempart, donc non destinés à rester vus.
Dans le redan médian, le bâtiment carré voûté de l'ancienne cuisine , conserve ses murs du XVIIe siècle, et porte la plate-forme dallée en pierre de taille blanche de la batterie de 1859, à laquelle se superpose la cuve circulaire de le 3e pièce de 75 de la batterie de 1937, restaurée sélectivement, sans sa soute-abri. Le mur Est du bâtiment de la cuisine est percée d'une porte basse surmontée de deux fenêtres à meneaux superposées, séparées par un linteau épais non assimilable à la traverse d'une croisée, disposition particulière non expliquée.
Les deux contreforts amorcés contre ce bâtiment, l'un à l'angle, ébauche, l'autre sur la face nord, monté plus haut, sont dus aux travaux de reconstruction d'après guerre réalisés en 1948, de même que l'énorme masse de maçonnerie construite avec des matériaux tirés des décombres au raccord du bâtiment et de la courtine. Leur justification n'est pas documentée. La muraille qui fait suite, soit le segment ouest du même front sud, avait été détruite en même temps que la chapelle adossée en 1751, lors du sabordage du canon de 75 n°2, en 1944. Son état actuel, jusqu'à la plate-forme de la pointe nord portant la cuve de la pièce n°1, est entièrement due à la reconstruction de 1948. Les contreforts intérieurs, réinventés (ils avaient été supprimés en 1751 pour faire place à la chapelle) supportent dans l'état actuel une galerie en bois créée lors des travaux de 1999-2006 pour assurer la continuité du chemin de ronde de l'enceinte, qui ne pouvait trouver place sur l'arase du mur reconstruit en 1948 sur une épaisseur très inférieure à celle du mur d'origine.
A l'extérieur, la reconstruction a reproduit fidèlement le parement de moyen appareil de qualité de l'élévation en fruit, le cordon inférieur et le talus d'embase fortement incliné. La seule anomalie de cette reconstruction restitutive est le traitement du cordon supérieur, qui présente plusieurs décrochement réguliers d'une assise, sous un parapet restitué comme un parapet d'artillerie à embrasures murées, ce qui n'est pas conforme à l'état ancien, dont le cordon pouvait avoir au plus un décrochement de niveau, et dont le parapet était un parapet d'infanterie crénelé. Au pied de cette muraille reconstruite, la berme rocheuse est creusé en retaille d'une tranchée rectiligne dont l'explication pourrait être un début d'exécution d'un projet avorté des années 1690 qui proposait une muraille en avant et en remplacement du front existant.
Désigné invariablement jusqu'au cours du XVIIIe siècle sous l'appellation de Tour de Bouc, le fort a pour origine la tour carrée qu'il intègre, elle-même construite au XVe siècle à l'emplacement, sur une île faiblement détachée, d'un castrum ruiné dit Castel Masselhes édifié avant 1225 et possédé de façon éphémère par la ville de Marseille sur autorisation du comte de Provence Raimond Béranger V. La tour de Bouc, qui portait un feu de nuit ou faro, fut construite pour contrôler la passe d'entrée du port de Bouc, à l’initiative du comte de Provence René d’Anjou, à une date incertaine entre 1435 et 1467, la seconde date étant celle de la première mention d'un capitaine en titre. En 1481, avant la fin du règne de Louis XI, du fait de la mort prématurée de Charles d'Anjou, la Tour de Bouc passait avec le comté de Provence dans le domaine royal.
François Ier, qui fit construire de 1529 à 1533 la Tour d'If sur l'île de ce nom, pour contrôler les approches du port de Marseille, enjeu de pouvoir stratégique majeur, n'a pas accordé d'intérêt à la Tour de Bouc. Des travaux a minima pour faire les plates-formes d'artillerie à la Tour de Bouc sont documentés en 1527. Elle fut défendue avec succès en 1536 par le capitaine Johan de Cadenet, contre une attaque de la flotte d'Andréa Doria au service de Charles Quint.
L'intégration de la tour et du petit ravelin qui s'y appuyait du côté de l'entrée (nord) dans un fort bastionné n'a été initiée que sous le règne d'Henri IV, dans le contexte de la huitième guerre de Religion, plus précisément après 1588, date à laquelle la nouvelle commune de Martigues, née en 1581 de la réunion des communautés de Ferrières, l'Isle et Jonquières, prit formellement le parti de la Ligue. En 1592, favorisée dans ce choix politique par la nomination d'un gouverneur de Provence ligueur, Gaspard de Pontevès, Martigues recruta le jeune ingénieur et architecte arlésien Antoine Borel, pour concevoir des fronts d'enceinte bastionnés retranchant l'agglomération du côté des terres, et pour dessiner les fortifications nouvelles de la Tour de Bouc. Le dessin du projet pour la tour de Bouc est manifestement sous influence de l'architecte et ingénieur militaire piémontais Ercole Negro qui donna des projets pour des fortifications royales françaises jusqu'en 1588, date de son passage du service du roi Henri III, à celui du duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier, auteur notamment de la citadelle de Valence dont le plan a pu servir de modèle de référence.
On ignore dans quelle mesure le dessein de 1592 reçut un début d'exécution à la suite, mais le principe général proposé du front de terre ou d'entrée symétrique encadré de deux demi-bastions à flanc retiré derrière un orillon, avec terre-plein adossé a été suivi avec quelques adaptations, lors de la grande campagne de construction conduite entre 1604 et 1608 sous la direction de Raymond de Bonnefons, ingénieur du roi pour la Provence et le Dauphiné. Le projet de Bonnefons, plus complet que celui de Borel, comportait une enceinte couvrant la totalité de l'île et incluant la tour, avec guérites aux angles saillants, comportant outre le front d'entrée, auquel devait s'adosser un casernement, deux fronts polygonaux non bastionnés, à saillants flanquants et redan, l'un face à la mer (sud), l'autre côté port (nord) se joignant en angle aigu à la pointe ouest de l'île, ce dont témoigne une vue cavalière d'état projeté dessinée avant 1610 par François Martelleur, ingénieur du roi. Une autre vue cavalière, dessinée en 1633 par le cartographe et mathématicien aixois Jacques Maretz, montre que seul le front de terre bastionné avait alors été construit. Le dessin de Maretz était lié à une tournée d'inspection des côtes de Provence faite sur ordre du cardinal de Richelieu par Henri de Séguiran, lieutenant général ès mers du Levant, premier président en la cour des comptes de Provence. Le rapport de Séguiran, qui mentionne à la tour de Bouc un armement hétéroclite fourni par Claude de Nargonne, gouverneur en titre du fort, est à l'origine de la reprise des travaux de construction de l'enceinte du fort, entre 1634 et 1640, probablement sous la direction de l'ingénieur Honoré de Bonnefons. Plusieurs plans contemporains témoignent de l'évolution du projet, dont l'adjonction d'une demi-lune dans le fossé du front de terre, accueillant l'avant-porte du fort. Le corps de caserne sur cour adossé au front de gorge fut réalisé par cette campagne. Le rempart portant terrasses d'artillerie prévus au revers du front de mer ne furent pas achevés, seuls les contreforts intérieurs associés étant construits, en sorte que l'enceinte ne fut couronnée que d'un chemin de ronde d'infanterie, seule la pointe ouest étant aménagée en plate-forme d'artillerie.
Dans les décennies 1680 et 1700, plusieurs projets d'amélioration du fort furent proposés par Antoine Niquet, ingénieur en chef du roi pour la Provence, Dauphiné et Languedoc, sans intervention directe de Vauban. Les réalisations furent limitées, mais comportèrent la mise en place du chemin couvert sur la contrescarpe du fossé, celle des cavaliers sur les deux demi-bastions, le pont à arches entre demi-lune et porte du fort, et la construction de bâtiments militaires adossés en trois point de l'enceinte : un pavillon d'officiers, un logement du gouverneur contigu à la tour, et une cuisine.
En 1745-1746, un fanal fut installé au sommet de la tour, et en 1751 une chapelle fut construite en fond de cour, appuyée au revers de la plate-forme d'artillerie de la pointe ouest et adossée à la muraille d'enceinte sud. Cette chapelle fut désacralisée à la Révolution.
Un projet de chantier de construction de vaisseaux de guerre et de port annexe de Toulon proposé par Napoléon Ier, dans le bassin du port de Bouc, devait comporter un important quartier de marine militaire retranché à l'intérieur d'une vaste enceinte bastionnée sur l'îlot de Bouc, en avant du fort, objet de dessins de projets alternatifs en 1812. Il fut abandonné à la chute de l'Empire sans commencement de réalisation.
Trois décennies plus tard, le fort fut intégré au programme de réarmement des batteries de côte initié en 1841. Un projet de batterie de sept canons concentrés sur le font sud et la pointe ouest fut présenté pour 1847, avec une variante proposant la batterie hors du fort, à l'extrémité sud du chemin couvert. Le projet initial, ajourné, fut réalisé en 1859 sous la direction du chef du génie de Marseille Boubée de Lespin, en aménageant les plates formes des canons sur le cavalier du demi-bastion sud-est, sur la cuisine du redan médian du front sud.
Un projet de nouveau fort en avant du fort de Bouc fut étudié en 1867-1868, et jugé trop coûteux pour un objet insuffisant. Obsolète dans ses défenses, mais abritant une caserne utile dite caserne Suffren, le fort de Bouc fait partie de la série des batteries de côte déclassées en décembre 1888. Inscrit à l' l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1930, le "fort Vauban", nouvelle appellation, était affecté à la Marine, qui entreprit alors de réhabiliter sa fonction de batterie de côte, pour quatre canons de 75 de 10km de portée, réparties sur le front sud, comme celles de la batterie de 1859. Entre 1935 et 1937, les quatre cuves circulaires en béton des canons furent mises en place sur la plate-forme de la pointe ouest, sur la voûte de l'ancien bâtiment de la chapelle, au-dessus du redan médian et sur le cavalier du demi-bastion sud-est. Un poste de direction de tir fut installé en haut de la tour.
Occupée par la Kriegsmarine allemande à la fin de 1942, la batterie française fut intégrée au Südwall, sans gros changements : ajout de deux pièces antiaériennes, postes de mitrailleuse, projecteurs et petite casemate active au nord commandant à distance un champ de mines marines sous l'entrée du port. Avant d'évacuer le fort en juillet 1944, les allemands sabordèrent armes et munitions. Le sabordage de la pièce n°2 entraina la destruction du bâtiment de l'ancienne chapelle et l'écroulement de la muraille d'enceinte à laquelle elle s'adossait ; la muraille seule fut reconstruite en 1948. L'état général du fort, excepté cette partie reconstruite et la tour et son phare, resta dans un état délabré jusqu'à la fin du XXe siècle. La ville de Martigues ayant acquis le fort de Bouc en 1993, lança une importante campagne de restauration réalisée entre 1999 et 2006 sous la maîtrise d'œuvre de Philippe Prost, architecte du patrimoine.
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Dates
- 1859, daté par source
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Auteur(s)
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Auteur :
Borel Antoineingénieur militaire attribution par sourceBorel AntoineCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Architecte et ingénieur arlésien actif à partir de 1588. A travaillé à l'enceinte fortifiée d'Arles. Recruté en 1592 par le communauté de Martigues pour la fortification de l'agglomération et pour celle de la Tour de Bouc (fort de Bouc). Auteur de l'église Ste Anne d'Arles et du château de l'Armellière.
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Auteur :
Negro (Nigra) Ercoleingénieur militaire (incertitude), attribution par travaux historiquesNegro (Nigra) ErcoleCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Architecte, ingénieur militaire et homme de guerre piémontais né sujet du Marquisat de Saluces mouvant du Dauphiné, auteur des plans et architecte de la modernisation du château de La Tour d'Aigues pour Jean-Louis-Nicolas de Bouliers-Cental de 1566 à 1573. Recruté comme ingénieur militaire pendant les guerres de Religion par Lesdiguières, chef des huguenots du Dauphiné (fortification de Gap et La Mure), il passe au service du Roi de France Henri III, après la prise de La Mure en 1580 par Charles de Lorraine, duc de Mayenne, amiral de France, conçoit le citadelle de Valence 1581. Consulté à la suite pour divers travaux de fortification et d'ingéniérie hydraulique en Bourgogne, pour le projet de l'enceinte de ville de Toulon, il se rallie au duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier en 1588 suite à la réunion au duché du marquisat de Saluces. Fait comte de Sanfront par le duc en 1589, il poursuit sa carrière d'ingénieur topographe et fortificateur, dessinant pour son service de nombreux relevés (dont une vue cavalière de Marseille en 1591) et concevant des fortifications, en particulier celles du Fort Barraux en 1597.
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Auteur :
Bonnefons Raymond deingénieur militaire attribution par sourceBonnefons Raymond deCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Ingénieur pour le roi en 1600 en Provence et Dauphiné. Il travaille notamment en Provence aux fortifications d'Antibes, de Saint-Tropez, de Toulon, de Marseille (Iles du Frioul) et du fort de Bouc, et en Dauphiné à Fort Barraux et Exilles. Mort accidentellement avec le fils de Jean Errard. Il avait pour apprentis et assistants son fils Jean de Bonnefons, qui lui succèdera en Provence, et Jean de Beins, qui lui succédera en Dauphiné.
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Auteur :
Bonnefons Honoré deingénieur militaire (incertitude), attribution par travaux historiquesBonnefons Honoré deCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Ingénieur militaire, topographe-cartographe actif en Provence dans la décennie 1630, parent direct de Raymond de Bonnefons et de son fils Jean de Bonnefons (petit-fils du premier et fils du second ?) et de Pierre de Bonnefons (frère ?). Vraisemblable maitre d'œuvre de l'achèvement du fort de Bouc.
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Niquet Antoineingénieur militaire attribution par sourceNiquet AntoineCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Ingénieur général des fortifications de Provence, de Dauphiné, de Languedoc en 1680. En 1700, il est à Toulon où il travaille avec Vauban sur un nouveau projet d'aménagement du site : retranchement de la ville, aménagement du port et de la darse, défense de la ville avec des forts et des tours. Auteur des projets de fortification de la place de Seyne (Alpes-de-Haute-Provence) en 1690.
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Auteur :
Boubée de Lespin Alphonse Louis Bernardingénieur militaire attribution par sourceBoubée de Lespin Alphonse Louis BernardCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Chef de bataillon du génie en 1846 en Algérie, chef du Génie à Marseille entre 1853 et 1859. Retraité fin 1861. chevalier de la Légion d'honneur.
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Auteur :
Le fort occupe l’extrémité occidentale de l’ancien îlot de Bouc, jadis séparé de la terre par un canal aujourd’hui comblé. Le site, dès les abords du fort, est occupé depuis le milieu du XXe siècle par les infrastructures du port pétrolier de Lavéra, l'implantation des raffineries s'étendant très largement vers le sud-est.
Le plan de l'enceinte du fort, adapté aux contours irréguliers du socle rocheux, à très faible altimétrie au-dessus de la mer, décrit un polygone très irrégulier tendant au triangle. Le front d’entrée ou de terre, à l’est, seul bastionné et symétrique, encadre une courtine de deux demi-bastions à flanc retiré derrière un orillon demi-circulaire et angle de capitale aigu, précédé d'une demi-lune de plan triangulaire classiquement isolée par un fossé particulier prolongeant le fossé principal, le tout bordé d'un chemin couvert avec mur de garde en partie crénelé. La porte du fort est ménagée au centre de la courtine, à laquelle sont adossés en double épaisseur un rempart ou terre-plein et un corps de caserne de six travées de casemates, trois de chaque côté du passage d'entrée. Ce développement en profondeur se répercute sur celui des deux demi-bastions, abritant chacun un vide intérieur en partie casematé dont fait partie le flanc bas. Le reste de l'enceinte enveloppant la cour intérieure et la tour carrée du XVe siècle est constitué, à partir du demi-bastion sud-est, d'un front sud face à la mer à peu près rectiligne, avec redan médian à angle saillant droit, et d'un front nord vers le port, plus court d'un tiers, composé, à partir du demi-bastion nord-est, d'un saillant flanquant de plan en tenaille à deux flancs, les deux fronts se joignant dans la pointe ouest du fort portant plate-forme d'artillerie.
La totalité du circuit de l'enceinte, y compris le front de terre, est couronnée d'un chemin de ronde d'infanterie pour l'essentiel conservé avec son parapet percé de créneaux de fusillade, qui desservait au passage les guérites ou échauguettes cylindriques sur cul-de lampe, avec coupole en pierre, placées des angles saillants, dont l'angle d'épaule sur l'orillon des deux demi-bastions. Cinq de ces guérites six en comptant celle de l'angle de la demi-lune, sont conservées ou restituées dans leur état du XVIIe siècle, les autres décapitées ou supprimées. Les cavaliers des demi-bastion avaient des parapets d'artillerie à embrasures sur leurs deux faces, aujourd'hui masquées par les remaniements postérieurs, dont les positions de batterie de 1859 (plate-forme dallée, parapet épaissi) et de 1937 (cuve béton circulaire) sur le demi-bastion sud-est.
L'élévation des revêtements extérieurs des trois fronts est pour l'essentiel profilée en fruit, et parementée en pierre de taille, parapet excepté, soulignée de deux cordons continu, l'un faisant transition avec le parapet, l'autre à peu près au niveau du sol intérieur. Le front de mer (sud) se distingue par le traitement en talus très incliné de sa base, sous le cordon inférieur, et la courtine d'entrée par son plan vertical entre les deux cordons.
La porte à pont-levis de la demi-lune est une simple arcade couverte d'un arc segmentaire, surmonté des réservations des flèches montant jusque dans le parapet d'artillerie à embrasures qui couronne les deux faces, l'ensemble étant représentatif pour l'essentiel des dispositions du second quart du XVIIe siècle, peu remaniées. La porte à pont-levis du fort, au centre de la courtine, présente une composition monumentale avec pilastres toscans à bossages un sur deux portant un entablement incomplet, et dans le trumeau entre les réservations des flèches, un cartouche héraldique baroque devenu illisible ; elle est probablement construite sous Louis XIV, dans le dernier quart du XVIIe siècle, comme le pont dormant à cinq arches qui la précède.
Le vide intérieur des deux demi-bastions, dans l'axe des flancs, superpose deux niveaux, desservis depuis la cour intérieure par deux rampes voutées divergentes, l'une descendant vers le flanc bas, l'autre montant vers l'étage, la second en partie décloisonné du premier. Le flanc bas proprement dit n'était pas aménagé pour le canon, mais équipé de trois créneaux de fusillade. Il comporte des retraits et réduits muraux casematés aveugles. Dans le demi-bastion de gauche (nord-est), l'étage n'est qu'en partie casematé, ce qui laisse l'autre partie du flanc bas qu'elle surplombe à ciel ouvert dans le cavalier. Dans le bastion de droite (sud-est), l'ensemble est complètement casematé et couvert, depuis l'aménagement au-dessus de la position de batterie de trois canons en 1859.
Le corps de caserne sur cour adossé au rempart du front d’entrée, couvert d'un toit en pierre de taille, peu développé en profondeur, s'élève sur trois niveaux et s'articule à un niveau supérieur au corps de garde couvert de même, inclus au centre du rempart au-dessus du sas central du passage d'entrée voûté du fort. Au rez-de-chaussée, les six travées de casemates du corps de caserne, affectées anciennement à divers usages non locatifs (four, moulin, chapelle, magasin, forge, citernes) sont plus profondes que celles des étages, la saillie sur cour de leur façade servant de support à une coursive en balcon bordant la façade en retrait des étages, et desservant les portes du premier étage. Un escalier tournant à deux volées droites, construit autour du débouché du passage d'entrée du fort, dessert cette coursive et l'escalier monumental sous voûte rampante occupant la travée centrale de la caserne pour monter au corps de garde, desservant au passage le second étage de casernement. La travée centrale du passage et des escaliers fait axe de symétrie à la façade de la caserne, dont les portes et fenêtres (restaurées de façon semi-restitutive en 1999-2006) n'appliquent ce principe de symétrie que pour la première casemate de part et d'autre de l'axe.
La tour carrée du XVe siècle, portant le phare refait au XIXe siècle, et le poste de direction de tir en béton de 1937, est haute de 21m, intégralement parementée en pierre de taille, fortement talutée dans le quart inférieur de son élévation, passant de 10,50m à 14m de côté. Elle superpose quatre niveaux voûtés en berceau segmentaire, le plus bas aveugle, servait de magasin à poudre au fort. Les trois étages sont desservis par un escalier en vis dans la masse murale d'un des angles. L'architecture de cette tour est très austère : rares fenêtres étroites (remaniées), couronnement sobre qui n'a jamais comporté de mâchicoulis, parapet remanié au XVIIIe siècle avec deux embrasures à canon du côté Est. La porte actuelle, au premier étage dans la face Est, desservie par un escalier de pierre, a été percée au XVIIe siècle, la porte d'origine, au même niveau, murée, était dans la face nord et comportait un pont-levis à flèches. Elle s'ouvrait au-dessus du ravelin du XVe siècle, dont restent quelques pans de mur au pied de la tour, à l'est et à l'ouest, plus ou moins intégrés dans le saillant de la muraille d'enceinte du front nord à deux flancs et plan en tenaille. L'ancien logement du gouverneur, aujourd'hui détruit, s'appuyait en partie sur l'ancien ravelin.
Appuyé à l'est de la base talutée de la tour, face à la caserne, un local voûté en berceau et couvert en pierre a servi successivement de cave, glacière, puis de prison.
Le seul autre bâtiment militaire conservé est celui de l'ancienne cuisine voûtée, de plan carré, dans le redan médian du front sud de l'enceinte ; il porte une plate-forme aménagée pour la batterie de 1859, réaménagée pour celle de 1937 avec sa cuve en béton. La plate-forme de la pointe ouest du fort, en place dès 1640, a subi les mêmes réaménagements, conservés dans l'état actuel. La muraille du front sud entre le redan médian et la plate-forme de la pointe ouest témoigne de la reconstruction imparfaitement restitutive de 1948 (moindre épaisseur, traces de la chapelle de 1751 non prises en compte). Le saillant de plan en tenaille du front nord est bien conservé dans son état du XVIIe siècle, avec ses embrasures (murées) dans les deux faces et les deux flancs. Au flanc ouest est adossée la petite casemate allemande en béton de 1943, avec embrasure, à côté d'une ancienne poterne du XVIIe siècle longtemps murée et rouverte lors des aménagements de la seconde guerre mondiale.
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Murs
- calcaire moellon
- calcaire pierre de taille
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Toitspierre en couverture
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Planssystème bastionné
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Étages2 étages carrés
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Couvrements
- voûte en berceau segmentaire
- fausse voûte en berceau plein-cintre
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Couvertures
- terrasse
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Escaliers
- escalier de distribution extérieur : escalier symétrique en maçonnerie
- escalier dans-oeuvre : escalier en vis en maçonnerie
- escalier dans-oeuvre : escalier droit en maçonnerie
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Autres organes de circulationrampe d'accès
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Typologiesbatterie fermée ;
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État de conservationbon état, restauré
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Statut de la propriétépropriété de la commune
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Intérêt de l'œuvreà signaler
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Précisions sur la protection
1930/01/06 : inscrit MH
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Référence MH
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Procès-verbal contenant l'estat véritable auquel sont de presant les affaires de la coste maritime de Prouvence, rédigé par Henri de Séguiran, 1634. Bibliothèque nationale de France, Paris : Ms. fr. 24169.
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Les plans et profils et devis des places maritimes de Provence, par François Blondel, maréchal de bataille aux armées du Roy et ingénieur ordinaire de la Marine, 1651. Service Historique de la Défense, Vincennes, Bibliothèque (ancien fonds Marine), Ms S.H. 86.
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Rapport d'inspection des côtes de Provence par Nicolas-François Milet de Monville, 1747. Bibliothèque nationale de France, Paris, Ms. fr. 8021.
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Projet général des ouvrages à faire pour mettre les places du département de Marseille dans l'Etat désirable par Charles François Marie d'Aumale, 1774. Service Historique de la Défense, Vincennes: 1VH 1077, n° 55.
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Mémoire sommaire sur la place de Marseille par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 10 juillet 1814. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 14.
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Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.
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Place de Port de Bouc. Mémoire sur les projets pour 1857-1858 par Alphonse-Louis-Bernard Boubée de Lespin, décembre 1856. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1469 n° 23.
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Le fort de Bouc, manuscrit d'Anne-Marie Mignacco, juillet 1994. Archives communales, Martigues : non coté.
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Evolution architecturale du Fort de Bouc. Etude historique, par Isabelle Warmoes, janvier 2002. Archives communales, Martigues : non coté.
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Set le portr(ait) de la Tour de Bouc et fortificacions d'icelle faict en l'année 1592. / Dessin, par Antoine Borel. 1592. Archivio di Stato, Biblioteca Antica, Turin : Architettura militare, disegni di piazze et fortificazioni, vol. III, f° 4.
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[Vue cavalière de la citadelle de Valence]. / Dessin, par Ercole Negro, c. 1581. Archivio di Stato, Biblioteca Antica, Turin : Architettura militare, disegni di piazze et fortificazioni, vol. III, f° 62 v°-63.
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Portraict au naturel de ladicte tour de Bouc avec sa nouvelle fortiffication.../ Dessin aquarellé par François Martelleur, c. 1606. British library, Londres : Ms Add. Mss. 21117, fol 102 v°.
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[Vue cavalière de la Tour de Bouc]. / Dessin de Jacques Maretz, détail d'une planche de huit vues de places de Provence, 1631. Bibliothèque nationale de France, Paris, Cartes et Plans, GE SH 18E PF 71 DIV 3 P2/1 Res.
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[Plan de projet pour l'enceinte du fort de la Tour de Bouc]. / Dessin aquarellé, c. 1636. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et Plans, GE BB-246 (X, 137-138).
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Plan de la forteresse de Bouc. / Dessin lavé, [par Honoré de Bonnefons ?], c. 1637. British library, Londres : Topographical collection of King George III, Maps K.Top.70.6.b.
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Plan de la Tour de Bouc [avec projet]. / Dessin aquarellé, c. 1640. Bibliothèque nationale de France, Paris : Estampes et photographie, EST VA-13 (9).
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[Plan et vue cavalière du fort de la Tour de Bouc]. / Dessin lavé, c. 1640. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et Plans, GE SH 18 PF 74 DIV 3 P 5 D.
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[Plan et vue cavalière du fort de la Tour de Bouc]. / Dessins de François Blondel, 1647. Bibliothèque nationale de France, Paris : Estampes et photographie, coll. Gaignières, VA 13 (9).
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Plan et veüe de la citadelle de la Tour de Bouc. [Plan et vue cavalière du front d'entrée]. / Dessin lavé, c. 1660. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et Plans, GE SH 18 PF 74 DIV 3 P 7 D.
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Plan de la Tour de Bouc. / Dessin aquarellé, 1719. Service Historique de la Défense, Vincennes : Bibliothèque, Atlas des places fortes de Provence, Atlas 117.
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Veüe du fort de Bouc. / Dessin, par Barras de La Penne, 1704. Dans "Portulan de la mer Méditerranée", Marseille, 1704. Bibliothèque nationale de France, Paris : Manuscrits, Ms. Fr 6171 f°35.
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Plan du fort de la Tour de Bouc pour servir au projet général. / Dessin aquarellé par La Chiche, 1774. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1077.
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Plan du fort de Bouc pour servir au projets de 1783. / Dessin aquarellé par Pierron, 21 août 1782. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1078.
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[Vue du fort de Bouc avec le fanal sur la tour]. / Dessin aquarellé par Antoine Groignard, 1794. Détail d'un plan du nouveau port de Bouc. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et Plans, GE C-3367 (2)
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Port de Bouc. [Plans de l'îlot de Bouc pour le projet du chantier naval militaire du nouveau port, entouré d'une enceinte fortifiée]. / Dessin lavé par Ange-Alexandre Bondon, 25 octobre 1812. Archives nationales, Paris : Marine DD2/801/6.
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Projet pour 1847. Fort de Bouc. [Plan du projet de batterie du fort de Bouc, options à l'intérieur ou à l'extérieur du fort]. / Dessin aquarellé par le capitaine Hurquin, dirigé par Lebas, chef du génie, 15 décembre 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1084, n° 2.
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Etablir des batteries pour 7 bouches à feu. Etat actuel des lieux des fronts de mer du fort de Bouc. / Dessin aquarellé par le capitaine Chaplain, dirigé par Boubée de Lespin, chef du génie 20 novembre 1858. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1469, n°24.
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[Plan d'état des lieux après guerre du fort de Suffren de Bouc dit fort Vauban]. / Tirage, 1945. Archives communales, Martigues : non coté.
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[Vue aérienne oblique du chenal de Caronte et du fort de Bouc prise du sud-ouest ]. / Photographie, 1953. Institut Géographique National, Saint-Mandé. <https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=4.995249&lat=43.387567&z=13.8&layer=pva&year=1952&mission=DUR002795>
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CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009.
Bibliographie
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BUISSERET, David, Ingénieurs et fortifications avant Vauban, l’organisation d’un service royal aux XVIe-XVIIe siècles. – Paris : Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 2002.
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RIBIERE, Henri. Le fort de Bouc. Dans : "Vauban et ses successeurs en Provence occidentale" / Congrès de l'Association Vauban (2006 ; Martigues). Paris : Association Vauban, 2009. p. 221-247.
Documents figurés
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Plan de la tour du Bouc avec ses projets. / Dessin aquarellé, c. 1680. Service Historique de la Défense, Vincennes.
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Plan de la Tour de Bouc. / Dessin aquarellé par Nègre, 20 décembre 1743. Archives nationales, Paris : MAP-G-213-II-2-(B-D-J).
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Plan de la Tour de Bouc. Projet pour 1748. / Dessin aquarellé, 1748. Archives nationales, Paris : MAP-G-213-II-2-(B-D-J).
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Plan de la Tour de Bouc pour servir au projet de l'année 1754. / Dessin aquarellé signé Renard. Archives nationales, Paris : MAP-G-213-II-2-(B-D-J).
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[Vue aérienne oblique du fort de Bouc prise du nord / nord-est]. / Carte postale, Editions La Pie, [vers 1955].
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[Plan du fort de Bouc au niveau du rez-de-Chaussée]. / Tirage, 1999. Archives communales, Martigues : non coté.
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[Maquette du fort de Bouc restituant l'état des lieux vers 1780]. Fort de Bouc, Martigues.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.