Dossier d’œuvre architecture IA13006267 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
château fort, puis batterie
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Cassis
  • Lieu-dit
  • Adresse Traverse du Vieux château ,
  • Cadastre 2026 BR 91, 92
  • Précisions

 I- Historique, topographie et typologie générale

        L'histoire connue du castrum de Cassis commence au XIIIe siècle, lors de sa prise de possession, en 1223, avec la baronnie d'Aubagne, par la grande famille féodale des Baux. La forme définitive de l'enceinte du château, de plan grossièrement quadrangulaire, flanquée de tours carrées, aurait été fixée à l'occasion d'une campagne de construction entreprise dans la décennie 1370  par François des Baux1, issu d'une branche latérale de la famille surtout implantée en Italie,  seigneur de Berre, duc d'Andria dans les Pouilles, marié à Marguerite de Tarente, sœur de Louis, prince de Tarente et roi de Naples. L'église paroissiale Saint Michel de Cassis aurait été fondée à cette époque à l'intérieur du château, qui n'était pas une résidence seigneuriale de son possesseur, mais une enceinte fortifiée abritant la petite agglomération castrale locale. Cet habitat castral avec rues et plusieurs dizaines de maisons a précédé historiquement  le développement de la localité définitive de Cassis autour du port.  Les descendants directs de François des Baux ne pouvant hériter de ses seigneuries Provençales,  Cassis passa à sa cousine issue de la branche aînée, Alix des Baux, morte sans postérité en 1426, en sorte que Louis III d'Anjou, comte de Provence, réunit à son domaine, en vertu du droit d'Aubaine,  la seigneurie des Baux et d'autres fiefs dont le château de Cassis. Héritier de son frère Louis III, René, duc d'Anjou, roi de Sicile et comte de Provence disposa en 1474 des terres et seigneuries de Cassis, Aubagne, Roquefort, St Marcel, Le Castellet,  pour en faire don à Jean Allardeau, nouvel évêque de Marseille, son ancien secrétaire et trésorier général des finances, prévôt de la Major et archidiacre d'Aix, en échange de trois terres appartenant à l'évêché2.

        L'église Saint Michel dans le château fit l'objet d'une nouvelle consécration  en novembre 1521. Le 7 septembre 1524, le château de Cassis fut assiégé, pris et pillé par une compagnie d'impériaux sur ordre du connétable déchu Charles de Bourbon, devenu  lieutenant général de Charles Quint, notamment pour en récupérer l'artillerie et les munitions au service de la continuation du siège de Marseille. Le 11 novembre 1533, le roi François Ier accordait une charte aux  habitants de Cassis, répondant à leur demande d' aide pour la réparation des défenses du château et pour son réarmement, qui étaient à leur charge, et non à celle du seigneur, l'évêque de Marseille3. Les travaux furent réalisés à la suite, sans que les sources d'archives  permettent de préciser les changements qu'ils apportèrent aux fortifications du château. L'enveloppement de l'enceinte principale dans une enceinte extérieure basse ou fausse braie, sur ses deux côtés non retranchés par l'escarpement naturel , et la construction d'un boulevard attenant à cette fausse braie à l'angle nord-est, devant la porte du château, pourraient avoir été réalisés à cette époque.

             Pendant les guerres de Religion, l' intérêt stratégique du château  de Cassis justifia son occupation sur ordre du gouverneur de Provence Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Epernon, par une garnison d'infanterie commandée en 1589 par Antoine d'Hermitte, écuyer de la ville de Marseille, nommé gouverneur du château.

          L’aspect du port et de la bourgade de Cassis sous Louis XIII est documenté par une vue cavalière due au cartographe et mathématicien aixois Jacques Maretz, incluse dans une planche de vues topographiques des villes et forts des côtes de Provence4. Le château  y est figuré très sommairement mais avec dans son enceinte un bâti dense de maisons avec rues, et une église. Les relevés de Jacques Maretz avaient été réalisée entre 1631 et 1633 à la demande d'Henri de Séguiran, sieur de Bouc, lieutenant général ès mers du Levant, premier président en la cour des comptes de Provence, dans le but d'illustrer son rapport d’inspection des côtes de Provence rendu à Richelieu en 1633. Ce rapport témoigne de l'incapacité défensive du château  au-delà de l'intérêt d'auto-défense des habitants: "serions allé au château fort dudit Cassis appartenant au sieur évêque de Marseille, ou nous n'aurions trouvé pour toute garnison qu'un concierge, serviteur domestique dudit évêque, qui nous aurait fait voir ladite place, ou il y a seulement deux fauconneaux, calibre de France, de cinq pieds chacun de longueur, l'un desquels est éventé, cinquante mousquets, cinquante livres de poudre et vingt boulets pour les fauconneaux"5. Cet armement rudimentaire correspond à ce que les consuls de Cassis avaient été autorisés à doter le château en conseil de ville  le 3 décembre 1623, face au risque occasionné par la présence d'une flotte barbaresque de soixante vaisseaux signalée au large par le premier président du parlement de Provence. Le conseil avait aussi évoqué des travaux de fortifications des murailles et des portes du château6.

            La prise en compte du château de Cassis comme point d'appui défensif au service de l'Etat semble avoir commencé dans le cadre de  la grande campagne de création de batteries de côte planifiée en 1695 pour défendre en particulier la baie de Marseille contre les menaces de croisière anglaise de l'amiral Russel.

            Un plan de Cassis et du Port-Miou, datable de 1696 environ, signé du cartographe Gaulette7, exprime et légende quatre batteries défendant le port de Cassis : La batterie de La Lecque, armée de 3 canons de 8, à gauche de l'entrée du port, la batterie de St Pierre , à l'extrémité du môle à droite de l'entrée du port, armée d'un canon de 8,  la batterie du château de Cassis (annoté aussi fort de St Michel, selon le vocable de l'église paroissiale incluse), fortement armée de 2 canons de 24 et de 4 de 8, et  la batterie des Lombards, armée de 2 canons de 24.

            En 1722, l'horloge placée en 1605 en haut de la tour qui flanquait la porte principale du château, au nord, en fut enlevée pour être placée au clocher de la nouvelle église paroissiale en ville. En 1682, la cloche de l'église du château avait été déplacée dans cette même "tour de l'horloge"8.

            La batterie installée sans doute sommairement dans l'enceinte du château, sans création d'un épaulement, probablement à la faveur du dérasement du mur du front de mer, semble désarmée dans la décennie 1740-1750, à en juger par différentes cartes portant les batteries de côte en indiquant leur armement. Ces cartes  soit ne signalent pas le château, soit, comme c'est le cas d'un plan du port de Cassis daté de 1744, l'expriment, mais sans artillerie.

Plan du port de Cassis, 1744.Plan du port de Cassis, 1744.

            En  décembre 1770, les consuls de la ville demandèrent à ce que les canons qui avaient été en place dans le château, désarmé sur ordre du roi, y soient replacés9. L'état de délabrement de l'église Saint Michel du château de Cassis entraîna en 1777  le transfert du service paroissial dans la chapelle St Antoine, hors de l'enceinte du château. Le principe de réparation de l'église  fut autorisé par le Directoire des Bouches du Rhône le 19 avril 1791, sous condition de production de devis et d'adjudication au moins offrant10.  Ce projet ne se réalisa pas et l'évolution politique de la France à court terme porta à un choix radicalement opposé.

            La période des guerres révolutionnaires, à partir de la première coalition de 1793, voit la reprise en main directe par l'Etat des batteries de côte existantes du secteur de Marseille. En témoigne un mémoire non signé de l'inspecteur général des fortifications (Pierron) daté du 30 fructidor an 3 (16 septembre 1795) qui fait allusion à des travaux de mise en état de défense ou réfection des batteries de Cassis11 : Cette ville contient trois batteries, La Lecque, les Lombards et le château. Les deux premières sont approchant finies et la dernière à peine commencée; on y proposera un corps de garde adossé contre un gros mur qui existe, ce qui rendra cette dépense moins coûteuse." Un an plus tôt, le 1er vendémiaire an 3 (22 septembre 1794), l'ancienne église Saint Michel, paroisse du château désaffectée servant provisoirement au dépôt de poudres, avait été démolie sur ordre du capitaine du génie Ponge, dans l'intention d'allonger la batterie installée sur le front ouest et de construire un corps de garde12. Ce corps de garde qui n'était encore qu'en projet le 30 fructidor dut être construit peu après 1795, à un autre emplacement que celui proposé, en l'occurrence non adossé à la courtine sud du château.        

Le  mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications du secteur de Marseille et de La Ciotat, rédigé le 15 frimaire an 9  par Jean-François Sorbier, directeur des fortifications à Toulon et Boyer, sous-directeur13,  mentionne à Cassis les trois mêmes batteries, qui "ont tant aux parapets qu'aux couvertures plusieurs réparations à faire, un vent impétueux les a rendues si urgentes qu'on y travaille actuellement."

        En 1804 , le château de Cassis ne figure pas dans l'Etat nominatif des batteries de côte dépendant de la direction de Toulon depuis Cassis jusqu'au Cap Sicié14, qui liste l'armement des batteries en état de défense, ce qui indique qu'il n'avait pas d'artillerie à cette date.

            En 1806, un plan du château  indiquant l'emprise au sol de l'église Saint Michel et des anciennes maisons sur rue  intra-muros, alors en ruines, fut dessiné par Louis-Bonaventure Eydoux, garde-magasin d'artillerie, dans une démarche d'archéologue amateur, avec l'intention de localiser les ostals ou maisons citées dans un document de 1531.

Plan du château de Cassis,1806.Plan du château de Cassis,1806.

Ce plan localise le parcellaire des maisons d'après leurs ruines alors encore en place, il exprime dans l'angle sud-ouest de l'enceinte le plan de l'église (Gleyso) d'après ses vestiges, peut-être restés apparents au niveau des fondations depuis sa démolition en 1794,  avec un cimetière (samenteri) disposé parallèlement à l'église mais à l'extérieur de la courtine du château, dans l'extrémité de la fausse braie. Ce plan  indique aussi le corps de garde construit après 1795 à la gorge de la batterie, et, dans le secteur sud-est de l'enceinte, entre deux maisons,  le puits d'une citerne. Les portes d'entrée du château et les circulations associées y sont clairement figurées dans leur état en 1806 :  une première porte charretière était ménagée au milieu du front Est dans le mur de la fausse braie, suivie, en tournant à droite dans la fausse braie,  d'une double porte  secondaire précédée d'un petit fossé creusé au sol de la fausse braie, après quoi on débouchait dans  le boulevard d'angle nord-est en saillie sur l'enceinte, pour accéder en tournant à gauche à la porte de la seconde enceinte ou enceinte principale du château, en contournant une tour de plan en trapèze (ex "tour de l'horloge") flanquant cette porte. Une poterne piétonne percée dans le mur nord du boulevard nord-est, près de la tourelle d'angle flanquant ce boulevard, accessible par un escalier extérieur et un petit pont-levis, se prolongeait  en escalier souterrain pour déboucher dans le boulevard et accéder à la porte principale en faisant une chicane.

            L 'amélioration du château de Cassis et le rétablissement de la batterie de Cacao étaient à  l'ordre du jour d'une séance du comité central des fortifications du 14 septembre 1813 présidée par le général du Génie Andreossy. Les améliorations du château, non précisées, étaient estimées à un coût assez modeste de  6800 francs15. Selon une source rapportée par l'érudition locale du XIXe siècle, non confirmée par les archives militaires, la chapelle Saint Antoine du château de Cassis aurait été démolie en septembre 1813 dans le cadre des travaux réalisés par le génie16. Cette chapelle, qui était très proche du château, bien que située hors de ses murs,  n'apparaît pas sur le plan de 180617.

          Un état des lieux du château de Cassis est donné, peu après la fin de l'Empire, le  mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et dépendances18 rédigé le 20 novembre 1816  par Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, chef du génie de Marseille. En ressort implicitement une appréciation modérée de son intérêt défensif, en tant que batterie de côte : "Ce château de forme quadrangulaire est situé sur les sommets d'un cap fort élevé, au pied et à droite duquel est bâti le village de Cassis, escarpé d'une manière tout à fait inaccessible du côté de la mer. Le château est fermé du côté de la terre par une double enceinte de vieux murs flanqués de trois tours. Il  n'a été armé que fort tard et sur la fin de la guerre sous prétexte qu'il était trop élevé (il domine la mer de 34 mètres) pour être utile à la défense du port de Cassis, fut réparé et mis en défense en 1813. L'année d'après, des pluies abondantes firent ébouler une partie du mur ce qui a rendu ce château accessible par cette brèche. On en avait demandé la réparation dans le projet pour 1815, cet article n'a pu être reproduit pour 1816 parce qu'on  a considéré que ce travail qui ne deviendrait très urgent qu'en temps de guerre et qui pourrait s'exécuter promptement, s'il devenait nécessaire, pouvait être ajourné jusqu'alors. Les mêmes motifs m'engagent à ne point le comprendre dans le projet pour 1817.

Les établissements de ce château consistent dans un petit magasin à poudre et un corps de garde qui tombe en ruine (bien que bâti seulement vingt ans plus tôt). Son armement était de 2 pièces de 12, 1 de 8 et 1 de 4, on devait aussi y placer un mortier à grande portée."

              Un atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat réalisé en 1818 sous la direction du même Tournadre aîné, réunissant des relevés détaillés de chaque batterie et des commentaires, apporte des précisions descriptives. Dans le cas de la batterie du château de Cassis, ce commentaire développé complète l'état des lieux de 1816, avec l'appui de la planche de plan et profils du château dans son ensemble :  "La batterie du château (...) occupe l'angle sud-ouest de son enceinte, elle est formée d'un épaulement à barbette à la hauteur seulement de la genouillère et ne peut être armée que par des affuts marins.(...) La plate-forme en pierre de taille élevée de 63 mètres au-dessus de la mer peut recevoir 4 pièces de canon et plusieurs mortiers. A côté de la plate-forme est un vieux corps de garde (construit 22 ans plus tôt) pour 8 à 10 hommes,  en si mauvais état qu'il ne serait point étonnant qu'il s'écroule aux premiers coups de canon ou mortier que l'on tirerait. En arrière de la batterie, dans une partie enfoncée du sol du château est un petit magasin à poudre (construit après 1806) et à côté une ancienne citerne pratiquement comblée et en mauvais état (portée sur le plan de 1806). Le côté de ce château (...) donnant sur la mer et faisant face à l'ouest est très escarpé et bordé seulement d'un mur de parapet, l'escarpement se continuant vers le nord du côté du village et vient se terminer à une tourelle placée à l'angle N-E à côté de laquelle se trouve un mur de contre escarpe formant un petit  fossé que l'on traverse sur un pont-levis qui y fut placé en 1813 (rétabli, ce pont-levis existait déjà), la porte de la première enceinte (poterne piétonne) auquel il aboutissait fut démasquée (rétablie) et devint l'entrée du fort qui était percée auparavant vers le milieu de l'enceinte du côté de l'est du château. Il (le château) est formé de ce côté par une double muraille, la première (fausse braie) qui n'est pas fort élevée ni bien épaisse est percée de créneaux, la 2e enceinte dont l'entrée est dans l'angle  N-E est formée d'une muraille fort épaisse en bonne maçonnerie flanquée de 2 tours peu saillantes, cette double enceinte qui commence vers la porte de la 2eme se continue jusque vers l'angle S-O auprès de la batterie, c'est à dire sur toute la partie du château qui n'est pas inaccessible par ses escarpements. Ces vieux murs réparés en 1813 sont en assez bon état sauf la partie joignant la batterie qui s'est écroulée en partie,  a formé une brèche et comblé le fossé qui avait été creusé pour augmenter promptement le relief (...) ."

Plan et profils  du château de Cassis,1818.Plan et profils du château de Cassis,1818.

Le plan du château montre que la brèche  mentionnée ne concernait que le mur crénelé de la première enceinte ou fausse braie. On observe aussi sur la planche de plan et profils  que dans cette même  partie du front  sud,  la courtine de la seconde enceinte attenante à la batterie et à sa plate-forme est un peu plus basse, crénelée, portant chemin de ronde, et flanquée à l'angle sud-ouest d'une tour rectangulaire également crénelée au rez-de-chaussée voûté, ouverte à la gorge. Cette partie de l'enceinte, à laquelle s'adossait l'église Saint Michel rasée en 1794 pour élargir la batterie, semble avoir été entièrement reconstruite en créant à neuf cette tour crénelée lors des travaux de 1813, car elle a en 1818  une forme très différente de celle donnée par le plan  du château dessiné en 1806.  Sur le front Est, le plan de 1818 n'exprime plus  la première porte charretière du château, au milieu du mur de la fausse braie du front est, condamnée par murage lors des travaux de 1813, la poterne piétonne du boulevard sud-est,  pourvue d'un pont-levis en 1813, étant alors devenue l'unique première porte d'entrée du château, donnant accès à la porte de la seconde enceinte et à la fausse braie en passant dans le boulevard nord-est.  La double porte charretière dans la fausse braie restait toutefois en place avec son petit  fossé. Enfin, la planche de plans montre l'aire intérieure du château vide de tout autre bâtiment que le corps de garde et le magasin à poudre, avec un sol au  relief irrégulier et un peu chaotique, en partie du fait de décombres laissés par la démolition des maisons anciennement adossées à la grande courtine rectiligne du front Est. Une observation écrite complétant la description dans cet atlas de 1818 tend à montrer l'intérêt de conserver le château de Cassis non seulement comme batterie, mais aussi comme poste de repli : "Outre la protection immédiate qu'offre au port de Cassis la batterie du château et celle qu'elle assure aux bâtiments caboteurs en tenant par le feu l'ennemi à  une grande distance de la côte, le château convenablement réparé est un bon poste où peuvent se réfugier les détachements chargés de la défense de la côte s'ils étaient forcé dans leurs premières positions, et y faire assez de résistance pour attendre des secours de Marseille ou de La Ciotat, et il serait bien à désirer qu'il y eut de distance en distance de semblables points d'appui le long de la côte."

            Après près de vingt ans d'abandon des projets, le château de Cassis fit l'objet du 19° article du mémoire sur les projets de la place de Marseille daté du 2 mars  1837, signé du chef du génie Hurpaut19. Il y était proposé de rétablir l'enceinte en ruines et de faire les renformis urgents, mais l'apostille du directeur des fortification demandait l'ajournement de ce projet sans actualité, ayant soulevé la principale objection: "à quoi bon rétablir ce château dans lequel tout est ruiné ? "

            Peu après cette tentative avortée de réhabilitation défensive de l'ancien château de Cassis, le programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes issues des travaux  de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles instituée en février 1841 donna lieu à des projets pour le secteur de Marseille à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Dans ce cadre, la commission ayant estimé que ce château "pouvait servir à la défense de la route de La Ciotat à Marseille et à appuyer quelques batteries voisines", sa  restauration pour un coût estimé de 40.100 francs,  fit l’objet du 12e article du Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 184620 rédigé le 2 juin par le chef du génie.  Le projet consistait à "terminer les murs d'enceinte en partie ruinés du côté de terre,  le parapet qui existe du côté de la mer qui peut recevoir six bouches à feu, à renformir et récrépir toutes les anciennes maçonneries, reconstruire le pont-levis et niveler les cours." Le plan du château joint au projet exprime au lavis jaune les murs à restaurer ou reconstruire, avec un bastionnet neuf proposé au milieu du front de terre (Est) de la fausse braie, le parapet d'artillerie de la batterie en place, adapté pour l'artillerie projetée, occupant toujours le tiers sud du front ouest. Dans son apostille, le directeur des fortifications précisait que la batterie de six pièces projetée dans le château, étant à 63 m d'altitude au dessus de la mer et à 500m de distance de l'entrée du port, le tir à 1/8e de ses pièces serait très efficace. Jugeant cette position importante, il était d'avis de prévoir une dépense supplémentaire de 35.000 francs pour construire dans l'enceinte du château un corps de garde n°1  susceptible de loger 60 hommes, les vivres et les munitions nécessaires à la défense. Ce corps de garde n'est pas porté sur le plan car non intégré au projet du chef du génie.

[Plan du projet d'organisation de la batterie du château de Cassis], 1846.[Plan du projet d'organisation de la batterie du château de Cassis], 1846.

             Ajourné, ce projet ne fut pas représenté dans  l’état estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour l'année 1849, qui concerne seulement la baie de Marseille, jugée de première importance,  mais il revint, sous une forme renouvelée, toujours signé du chef du génie Lebas, dans le 10e article du  Mémoire sur les Projets pour 1851-1852, daté du 14 décembre 185021 accompagné d'une planche de plan et coupe.

[Plan et coupe du projet de réorganisation du château de Cassis, pour 1851-1852],1850.[Plan et coupe du projet de réorganisation du château de Cassis, pour 1851-1852],1850.

Dans l'intervalle, une amorce de travaux avait été réalisée pour assurer la continuité du chemin de ronde d'arase de la courtine sud du château (entre partie ancienne dégradée et partie reconstruite en 1813), conformément au projet de 1846. Le nouveau projet, reconsidéré en fonction d'un ordre donné par l' inspecteur général du génie en 1848 comportait la continuation de la réparation des fronts sud et Est, courtines et fausse braie (sans adjonction d'un bastionnet au sud), le couronnement par un simple mur d'appui de l'escarpement au-dessus de la mer (front ouest) tour en conservant tel qu'il est l'épaulement construit en 1840 (erreur de date pour 1850?), l'amélioration complète de l'entrée par la face nord (avec murage de  l'ancienne porte à pont-levis, déplacée à sa droite et remplacée par une  tour casematée et crénelée,  et création d'un nouveau pont-levis à la seconde porte, en supprimant la tour flanquante de plan en trapèze et la chicane d'entrée) . Etait aussi proposés, le règlement du terre-plein intérieur et la construction, vers son milieu, d'une barraque  caserne pour cent hommes. La planche de plan exprime l'épaulement de batterie plus régulier dans ses contours que sur le projet de 1846 et assez proche de l'état en 1818. Elle donne des précisions sur la modification  proposée de l'entrée du château et sur la baraque de casernement proposée, grand bâtiment rectangulaire de 28m x 14m en simple rez-de-chaussée abritant les chambrées, dans un secteur bas de l'aire intérieure au revers du mur d'enceinte du front (est), soit à l'emplacement jadis occupé par des maisons. Elle montre aussi, dans ce front est, un projet de poterne pour relier la cour intérieure à la fausse braie, condamnant l'accès à cette fausse braie par le boulevard nord-est, et supprimant la double porte qui se trouvait dans ce secteur de la fausse braie. Y sont exprimés aussi  en plan et coupe, les remaniements proposés de l'entrée du château. On note que le mur d'enceinte du front nord du château, de plan non rectiligne, est entièrement teinté en jaune sur le plan, à partir de la porte de du boulevard nord-est, ce qui indique que son état de ruine nécessitait une reconstruction. Le coût estimé du projet montait à 40.000 francs, dont 20.000 francs pour la modification de l'entrée et 22.000 francs pour le règlement du terre-plein et la construction de la baraque. 

             Classé en 3eme degré d'importance, sans demande de fonds pour l'exercice en cours, ce projet qui reprenait l'idée (formulée en 1818) d'utilisation du château en poste de repli de troupes davantage que pour sa batterie, ne fut pas réalisé et ne fut pas non plus reformulé dix ans plus tard, comme ceux de la plupart des batteries des baies de Cassis et de La Ciotat de même degré d'importance, et à la différence de celles de 2e importance, soit celles de la Lecque à Cassis, de  l'île Verte ou du môle Bérouard du port de La Ciotat.

             Un état de l'armement recommandé par la commission de défense en 1859 prenait encore en compte l'ensemble des batteries de côte des secteurs de Cassis et de La Ciotat concernées par des projets en 1851, depuis  laissées en l'état ou toujours objet de projets, à l'exception de celle du château de Cassis, qui semble avoir été définitivement désarmée et abandonnée peu après le dernier projet présenté. Ce déclassement implicite est confirmé par le fait que le château de Cassis n'est pas exprimé sur une carte du littoral imprimée jointe aux projets pour 1861-186222 à la différence des batteries voisines de La Lecque, du Lombard et de Cacao.

            Le déclassement défensif et militaire des trois batteries de Cassis, La Lecque, le château  et le Lombard, est inscrit dans un projet de loi présenté à la chambre des députés en séance du 29 juin 1882; il fut confirmé par un avis du conseil supérieur de la guerre du 3 décembre 1888. A cette époque, le château de Cassis avait  l'apparence d'une ruine médiévale pittoresque, dont témoignent les photographies éditées en carte postale vers 1900, qui ne permettent pas de reconnaître les aménagements caractéristiques liés à la batterie de 1795 et aux travaux de 1813, peu apparents et à première vue, de l'extérieur, peu discernables des ouvrages plus anciens.

Cassis - Le Vieux château. [Vue générale sud-ouest des ruines du château], c. 1900-1910.Cassis - Le Vieux château. [Vue générale sud-ouest des ruines du château], c. 1900-1910.Cassis - Les ruines du Château. [Vue de l'ancien boulevard nord-est, avec tourelle d'angle et poterne], c. 1900-1910.Cassis - Les ruines du Château. [Vue de l'ancien boulevard nord-est, avec tourelle d'angle et poterne], c. 1900-1910.

            En 1896, l'administration des domaines vendit le château à un buraliste de Saint-Cyr-sur-Mer. Il appartint ensuite à la famille Michelin, qui laissa les ruines à l'abandon. Une photographie aérienne de 1931 documente cet état des lieux et permet de repérer dans l'aire intérieure l'ancien corps de garde, ruiné et l'épaulement de la batterie, très dégradé.

[Vue aérienne oblique de la baie de Cassis prise du sud], 1931. Détail : le château.[Vue aérienne oblique de la baie de Cassis prise du sud], 1931. Détail : le château.

D'autres photographies aériennes postérieures montrent à peu près  le même état, le seul bâtiment couvert étant le magasin à poudre, mais avec quelques améliorations apportées par le propriétaire du château architecte américain  Edouard-Antoine Montgomery (réparations des arases des murs des tours et courtines, jardin paysager dans l'enceinte). Mort en 1943, Montgomery ne construisit pas de maison à son usage dans le château, mais à l'extérieur, la "Villa Mauresque". L'industriel et juriste Robert Bernière, président de l'Union française des industries exportatrices, propriétaire depuis 1963, mort en 1994, fit construire  en 1968-1969 dans l'enceinte du château, une maison d'architecture contemporaine de forme irrégulière en béton et matériaux traditionnels, avec une petite tour bâtie en surélévation de l'ancien corps de garde. Cette maison fut complétée au début des années 1970 au nord-ouest en retrait du front nord de l'enceinte du château, par un ensemble complexe et cumulatif de nouveaux bâtiments en pierre, d'architecture hybride intégrant des références éclectiques historicistes, notamment néo-byzantines. Ce bâti fut étendu à une petite unité d'habitation construite dans l'ancien boulevard nord-est et sa tourelle, et complété de jardins et  d'une piscine à l'est de la cour.

            Dans la décennie 2000, le château de Cassis fut acquis par la société privée Malsa Consultants Limited qui y a aménagé et y exploite un hôtel de luxe.

II- Description

            Dans son état actuel, l'enceinte du château de Cassis conserve toutes les élévations murales, courtines et tours, fausse braie, boulevard nord-est qui étaient en place à l'état de ruine plus ou moins stabilisée jusqu'à l'après seconde guerre mondiale. Aujourd'hui l'aire intérieure est densément occupée par la suite continue de différents  bâtiments de plan et forme irrégulière construits après 1967 dans une composition  organique, souvent couverts de voûtes en brique de forme complexe, surmontés de toits-terrasses,  complétés  par des aménagements paysagers (jardins clos, piscine, parterres d'eau). L'ancien magasin à poudre, de 1795 est le seul bâtiment militaire subsistant, dans un état apparemment peu remanié23, se distinguant par son isolement et par sa couverture en tuiles.

Vue générale aerienne oblique du château prise de l'Est.Vue générale aerienne oblique du château prise de l'Est.

            L'emplacement de l'ancienne batterie est aujourd'hui recouvert par une partie des bâtiments des années 1970, et la tour carrée crénelée 1813 de l'angle sud-est remaniée pour l'intégrer à la continuité de ces bâtiments.

            Le front nord / nord-est du château, le plus irrégulier, dont le mur d'enceinte était, déjà dérasé au XIXe siècle, concentre autour de l'angle nord-est les élévations des ouvrages d'entrée de la fin du moyen-âge ou du XVIe siècle, à savoir la porte de l'enceinte principale avec un haut mur bouclier et l'ancienne tour de plan en trapèze, précédée par le boulevard d'angle, avec sa poterne et sa tourelle d'angle cylindrique en figure de proue. Ces deux éléments monumentaux anciens demeurent reconnaissables,  le boulevard conservant quelques créneaux de fusillade à fente courte, mais ils sont  largement réoccupés par des bâtis couverts des années 1970 parementés en moellons pour s'harmoniser avec les élévations antérieurement semi-ruinées, d'où un brouillage de la lecture archéologique.

Vue d'ensemble extérieure du château prise du nord-ouestVue d'ensemble extérieure du château prise du nord-ouest

            Les élévations extérieures de l'enceinte les mieux conservées sans parasitage de bâtis des années 1970 sont celles du front de terre Est. Le mur de l'enceinte basse est percé dans sa partie supérieure formant mur-parapet de la fausse braie de quelques créneaux de fusillade probablement percés à l'époque des guerres Révolutionnaires ou de celles de l'Empire. On doit noter que l'ancienne première porte charretière du château, ménagée au milieu du mur de  la fausse-braie de ce front est, qui avait été condamnée par murage en 1813, est réouverte dans l'état actuel, depuis les grand travaux de réhabilitation résidentielle du château dans les années 1970.

Détail du front Est du château, détail de la double enceinte, courtine, fausse braie avec créneaux et porte démuréeDétail du front Est du château, détail de la double enceinte, courtine, fausse braie avec créneaux et porte démurée

1Abbé Paul Mouton, Auguste Berengier, Histoire de la commune de Cassis, Ms. Arch Municipales t. I, p.f°692Abbé Paul Mouton, Auguste Berengier, Histoire de la commune de Cassis, Ms. Arch Municipales t. I, p.f°94-953Abbé Paul Mouton, Auguste Berengier, Histore de la commune de Cassis, Ms. Arch Municipales t. I, p.F° 116-1174Planche de huit vues cavalières de places de Provence. BnF,Cartes et Plans, GE SH 18E PF 71 DIV 3 P2/1 Res.5Eugène Sue (ed.), Correspondance de Henri d’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, chef des conseils du roi en l’armée navale (...), Paris 1839, t. III, (voyage et inspection de Henri de Séguiran, p. 223-317), p. 257.6Alfred Saurel, Répertoire des faits les plus saillants et des dates les plus remarquables de l'histoire de Cassis, Marseille, 1857 p. 15.7BNF Cartes et plans, GE SH 18 PF 75 DIV 4 P 1 D. Gaulette, mort en 1698, a daté de 1695 ses relevés des tours et forts des îles d'Hyères.8Alfred Saurel, Répertoire des faits les plus saillants et des dates les plus remarquables de l'histoire de Cassis, Marseille, 1857 p. 20 et p.42.9Alfred Saurel, Répertoire des faits les plus saillants et des dates les plus remarquables de l'histoire de Cassis, Marseille, 1857 p. 16.10Louis Blancard, Inventaire des archives départementales postérieures à 1789, Bouches-du-Rhône, série L. documents de la période Révolutionnaire, t.II, Marseille 1896, p.100.11SHD Vincennes 1VH1079 n°112Archives municipales de Cassis, XX, 204, cité par Abbé Paul Mouton, Auguste Berengier, Histoire de la commune de Cassis, Ms. Arch Municipales t. III, f° 88-89. Ponge semble pouvoir être identifié à Joseph-Noël Ponge, architecte et ingénieur à Marseille en 1791, auteur de dessins de la citadelle Saint Nicolas démantelée, et mentionné dans le mémoire Pierron du 30 fructidor an 3 comme ayant réalisé le revêtement de la batterie de La Tasse à La Ciotat.13SHD Vincennes 1VH1079 n°514BNF Cartes et plans, GE SH 18 PF 72 P 4-4 D15Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 1316Alfred Saurel, Statistique de la commune de Cassis, Marseille, 1857, p. 219.17Voir dans Alfred Saurel, Statistique de la commune de Cassis, Marseille, 1857, p. 45 un plan gravé du château adapté par Saurel de celui de 1806, qui qualifie de chapelle Saint-Antoine une des deux petites chapelles latérales de l'église Saint Michel du château, du côté nord de la nef. Par ses très petites dimensions et son emplacement partie intégrante de l'église détruite en 1794, il ne peut s'agir de la chapelle Saint-Antoine hors les murs démolie en 1813 après avoir accueilli le service paroissial.18Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 1419SHD Vincennes, 1VH 1082, n° 120SHD Vincennes, 1VH 1084, n° 121SHD Vincennes, 1VH 108622SHD Vincennes, 1VH 108923Nous n'avons pu accéder au magasin à poudre dans le cadre de la mission d'inventaire.

            Le castrum de Cassis est mentionné dès 1223, lors de sa prise de possession par la famille des Baux. La forme quadrangulaire de l’enceinte du château  médiéval, flanquée de tours carrées, fut fixée dans les années 1370 sous François des Baux, seigneur de Berre et duc d’Andria. Le château abritait une église paroissiale Saint-Michel et une petite agglomération castrale avec maisons sur rues, qui précéda l’urbanisation du secteur du port. Après 1426, la seigneurie passa aux comtes de Provence  Louis III, puis  René d’Anjou, qui la céda  en 1474 à l'évêque de Marseille. En 1524, en marge du siège de Marseille par des troupes impériales sous l'autorité du connétable déchu Charles de Bourbon, le château de Cassis fut pris, pillé et désarmé. Le roi François Ier accorda en 1533 une aide aux habitants pour en restaurer les défenses, sans participation de l'évêque seigneur et possesseur. C'est probablement dans ce cadre que l'enceinte principale fut doublée d’une fausse braie et renforcée d’un boulevard à l’angle nord-est. Pendant les guerres de Religion, le château fut occupé en 1589 par une garnison d'infanterie placée par le gouverneur de Provence Jean-Louis de Nogaret de La Valette. En 1633, l’armement se limitait à deux fauconneaux et cinquante mousquets.

            La prise en compte du château de Cassis comme point d'appui défensif au service de l'Etat semble avoir commencé dans le cadre de la grande campagne de création de batteries de côte planifiée en 1695 pour défendre en particulier la baie de Marseille contre les menaces de croisière anglaise de l'amiral Russel. Une batterie de deux canons de 24 et quatre de 8, y est alors établie pour la défense du port de Cassis, complétant l'action de celles de la Lecque, de Saint-Pierre et des Lombards. La batterie du château, dont la mise en place a justifié le dérasement de la courtine face à la mer, au-dessus de l'escarpement naturel, fut désarmée vers 1740 et le resta dans les décennies suivantes, malgré une demande de réarmement formulée par les consuls en 1770.

            La période des guerres révolutionnaires voit la reprise en main directe par l'Etat des batteries de côte existantes du secteur de Marseille. Un mémoire de l'inspecteur général des fortifications daté du 30 fructidor an 3 (16 septembre 1795) témoigne de  travaux de remise en état de défense des batteries de Cassis, dont celle du château, ce qui entraîna la démolition de l'ancienne église désaffectée Saint-Michel, et la construction d'un corps de garde.

            L'emplacement de l'église détruite et des maisons en ruines dans l'enceinte du château,  est documentée par un plan de 1806 qui montre aussi le corps de garde et le système d'accès complexe par la fausse braie, avec avant-portes  et poterne. Le magasin à poudre n'y est pas encore en place, mais l'était en 1813, date d'importants travaux d'amélioration de la batterie, pour quatre canons et des défenses du château. Alors, un changement fut apporté à l'accès, concentré sur la poterne du boulevard d'angle côté ville, et, à l'opposé, la partie d'enceinte à laquelle s'appuyait l'église détruite, attenante à la batterie, fut reconstruite à neuf avec une tour crénelée. Les ruines des maisons disparurent.

            Le programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes issues des travaux  de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles instituée en février 1841 donna lieu à deux projets successifs, pour 1846 et pour 1851-1852, présentés par le chef du génie Marie-Tranquille Leabs, qui ne furent pas réalisés. Le second comportait la construction d'une grande caserne légère dite baraque, pour cent hommes. Classé de troisième importance, le château de Cassis fut désarmé après 1852, et déclassé avec les batteries de la Lecque et du Lombard le 3 décembre 1888.

Vendu en 1896 à des particuliers, le château resta à l'état de ruines pittoresques, avec seulement le magasin à poudre et le corps de garde intra-muros, jusqu’à son acquisition en 1963 par l'industriel et juriste Robert Bernière. Ce dernier fit édifier dans l'enceinte entre 1968 et la décennie 1970 un ensemble dense de constructions résidentielles sur cours, jardins et piscines dans une architecture de pierre éclectique, partiellement  néo-historicistes. Cet ensemble est aujourd'hui exploité comme hôtel de luxe.

  • Période(s)
    • Principale : 2e moitié 14e siècle , daté par travaux historiques
    • Secondaire : 2e quart 16e siècle , (incertitude)
    • Secondaire : 4e quart 17e siècle , daté par source
    • Secondaire : limite 18e siècle 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 1er quart 19e siècle , daté par source
  • Dates
    • 1695, daté par source
    • 1813, daté par source

            Le château de Cassis conserve l'essentiel de son enceinte grossièrement quadrangulaire avec courtines, tours, fausse braie et boulevard à poterne à l'angle nord-est. Les élévations médiévales et modernes, déjà ruinées au XIXᵉ siècle, ont été partiellement intégrées dans les constructions résidentielles aux volumes irréguliers voûtés en brique, couverts de terrasses, postérieures à 1967, qui occupent largement l’aire intérieure. L’ancien magasin à poudre est le seul bâtiment militaire préservé dans un état peu remanié.

            L’épaulement de la batterie de 1795-1813, au sud-ouest de l’enceinte, face au large, a disparu sous les bâtiments des années 1970 ; la tour carrée crénelée édifiée en 1813 a été remaniée pour s’intégrer à cet ensemble. Le front nord et nord-est, le plus irrégulier, conserve les élévations médiévales de la porte principale flanquée d'une tour trapézoïdale flanquante et celle du boulevard d'entrée avec  la tourelle d’angle cylindrique partiellement englobées dans les bâtiments modernes. Quelques créneaux de fusillade subsistent sur le boulevard.

Les élévations extérieures du front est, côté terre, sont les mieux conservées : le mur bas de la fausse braie, percé de créneaux de fusillade, témoigne des remaniements de la fin du XVIIIᵉ ou du Premier Empire. L’ancienne porte charretière, murée en 1813, y a été rétablie lors des grands travaux de restauration résidentielle des années 1970. Malgré la réoccupation radicale de l'espace clos par cet important et remarquable ensemble d'architecture contemporaine aux références traditionnelles et éclectiques, le tracé général des enceintes, la disposition du boulevard permettent encore une lecture résiduelle des principales étapes constructives du château, du Moyen Âge aux réaménagements du XIXᵉ siècle.

 

  • Toits
    tuile creuse
  • Couvertures
    • terrasse
  • Autres organes de circulation
    rampe d'accès
  • Typologies
    batterie fermée
  • État de conservation
    remanié
  • Statut de la propriété
    propriété d'une société privée, Usage d'hôtellerie de luxe
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Sites de protection
    site inscrit
  • Protections

  • Précisions sur la protection

    Vieux Château de Cassis et abords inscrit au titre des sites par arrêté du 3 janvier 1964

  • Mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications du secteur de Marseille et de La Ciotat, par Jean-François Sorbier, 15 frimaire an 9. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 5.

  • [Rapport au comité central des fortifications sur le rétablissement de la batterie de Cacao et l'amélioration du château de Cassis] par Tournadre aîné, 14 septembre 1813. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 13.

  • Mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et de ses dépendances par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 20 novembre 1816. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 16.

  • Atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat, 1818. Par Tournadre aîné. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4.

  • Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1851-1852, par Marie-Tranquille Lebas, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1086.

  • MOUTON, Paul, BERENGIER, Auguste. Histoire de la commune de Cassis, Ms. c. 1930. Archives communales, Cassis.

  • Plan du port de Cassis. / Dessin aquarellé, 1744. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et plans, GE SH 18 PF 75 DIV 4 P 6 D.

  • Plan du château de Cassis. / Dessin aquarellé par L-B Eydoux, 9 mai 1806. Archives communales, Cassis.

  • Plan et profils du château de Cassis. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, dans Atlas des batteries de côte de 1818. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4, pl. 27.

  • [Plan du projet d'organisation de la batterie du château de Cassis]. / Dessin aquarellé par Lebas, chef du génie, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1084, n° 1.

  • [Plan et coupe du projet de réorganisation du château de Cassis, pour 1851-1852]. / Dessin aquarellé par le capitaine du génie Réginel, dirigé par Lebas, chef du génie, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1086.

  • Cassis - Le Vieux château. [Vue générale nord-ouest des ruines du château]. / Carte postale, Editions Emile Lacour, c. 1900-1910. Collection particulière.

    Collection particulière
  • Cassis - Les ruines du Château. [Vue de l'ancien boulevard nord-est, avec tourelle d'angle et poterne]. / Carte postale, c. 1900-1910. Collection particulière.

  • [Vue aérienne oblique de la baie de Cassis prise du sud]. / Photographie,1931. Institut Géographique National, Saint-Mandé. <https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.539225&lat=43.212314&z=14.3&layer=pva&year=1931&mission=CF0A-2765>

  • SAUREL, Alfred, Répertoire des faits les plus saillants et des dates les plus remarquables de l'histoire  de Cassis. Marseille : Édition Typographie-Roux, 1857. 10 p.

Bibliographie

  • SAUREL, Alfred. Statistique de la commune de Cassis. Marseille : Édition Typographie-Roux, 1857, 350 p.

Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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